L'homme offre à Hachem ce qui lui est cher et s'y donne une barrière pour Sa volonté : « tout » est ce à quoi l'âme est liée de naissance, asservi à Son amour. Rabbi Tsadok voit Avraham en « de tout ton cœur » (Devarim 6,5), qui met une barrière aux désirs ; Its'hak en « de toute ton âme », qui retient guevoura (rigueur) et empressement ; Yaakov en « de tout ton bien », dont l'argent était plus cher que son corps. Le Saint béni soit-Il éprouve par cela : Avraham dans les objets de convoitise, Its'hak par « Séjourne dans ce pays », Yaakov chez Lavan. David, hechek (désir ardent) sans satiété de la Mal'hout, n'y tient pas et établit le joug de la techouva.
Aussi : on loue le « paresseux et pourtant gagnant », hors le degré de « de tout » ; dix birourim (tris), l'essentiel le dernier, par parole explicite chez Avraham et Its'hak ; David faute « afin que Tu sois juste dans Ta parole », toujours en aspiration
[רנד] האדם צריך לנדב להש"י דבר החביב לו שבו יגדור עצמו לרצון הש"י. ומי שהוא ממולא בכל מיני תאות כאברהם אע"ה וגודרם הוא הנקרא בכל לבבך לא מי שמקורר בטבעו ואינו בעל תאוה אין זה עובד בכל לבבך כשאינו מתאוה לחמדות עוה"ז.
וכן עצלן בטבעו ואינו פועל במעשה בעניני עוה"ז אין נקרא בכל נפשך. רק כמו יצחק שהי' מדתו הגבורה בכח הפעולה וזריזתו ועצר זריזותו בעניני עוה"ז.
וכן בכל מאודך הוא יעקב אע"ה שא' (חולין צא.) דנשתייר על פכין קטנים דממונו חביב מגופו בו הי' הנדיבות דכל מאודך. ובו הוא בירור מדה זו ולא מי שבטבעו ותרן ואין ממון חשוב כלל.
ומ"מ אמרו (סוכה כז:) משבח אני את העצלנים כו' דודאי מ"מ טוב ועצל ונשכר קרינן לי' (כמ"ש פסחים נ:) רק שאינו במדריגת בכל וגו' כל נקרא הדבר שנפשו בתולדה נקשרת בו והוא משעבדו לאהבת הש"י ועבודתו. וכל בירורין של האדם הוא בזה שהוא מקושר בזה הקב"ה מנסו לדעת אשר בלבבו.
וכל נסיונות אברהם אע"ה הם בעניני חמדות של האדם אשתו ובניו וחייו ומזונותיו. ונסיון יצחק במאמר גור בארץ וגו' שגם מפני זלעפות רעב לא יפעל שום פעולה הגם שידע כשיצא חו"ל יהי' לו לאכול והוא בטבע תולדתו כח הפעולה והשתדלות שהוא נגד עמוד העבודה ולכן נא' בו ויזרע יצחק וגו' עסק השתדלות ואז נמנע בדבר ה'.
ונזכר רק נסיון זה כי י' הוא מספר קומה שלימה כנודע ובודאי לכל א' יש י' בירורים ואצל אברהם אע"ה שהוא התחלה נזכרו כולם. ובאמת העיקר הוא האחרון שהוא תכלית הבירור ואם לא עמד בו כאלו לא עמד בכולם (וכמ"ש בב"ר פ' נו) וזה הוא שנזכר לבדו ביצחק.
ובו וכן בא"א בנסיון י' דעקידה הי' להם מאמר ה' בבירור שיעשה כך והנסיון מה ששמע לדבר ה'. הוא לפי שאין מיטתם שלימה כי יצא פסולת וסיגים ולכך אלמלא דבר ה' המבורר לא הי' אפשר שיעמדו בו מצד הפסולת שהוא כח הנטי' שבהם לצד א'.
אבל יעקב אע"ה דמטתו שלימה שהוא קו אמצעי שאין לו נטיי' כל נסיונותיו היו בהעלם ונסיון העשירי שלו הי' בלבן דמה משכורתך. ואמר ברחל וגו' ולא ביקש שכר ממון הגם דאצלו ממונו חביב מגופו מ"מ חשק יותר לפרסם אמונת הש"י באומה שלימה מחלציו.
ולכן שם קנה רכוש ג"כ ואצלו נזכר השתדלות רכוש בתורה שזו נגד מדתו בכל מאודך. והוא אוחז בעקב עשו לקלוט הקדושה שבו כנ"ל אות ר"נ לבן נגדו לעולם ויתר ממון בקניית הבכורה.
ובודאי הי' זה אז אצלם דבר חשוב וכן בקניית המערה כדרז"ל (שמו"ר ס"פ לא) ובמנחה ששלח ולא בטח במלחמת גופו לבד. כי קנין קדושה הוא ע"י נתינה לו איזה דבר כמו שהי' בקניית בכורה.
וכל עבודותיו דיעקב אע"ה הי' בענין הממון ורכוש ובכל מאודך. ונסיון דוד המע"ה הי' בענין החשק שזה מדת המלכות בתוקף החשק ונבנה מחשקות דנוק' בנות לוט ותמר ורות.
כי בנוק' תוקף החשק שאין לו מילוי ושביעה כמשאז"ל (ויק"ר פ' ד) ע"פ שאול ועוצר רחם. וזה הבדל בין מדת אברהם אע"ה באהבה דדכורא שיש לה מילוי ולכך נסיונותיו הי' בהעדר הדבר שאוהב.
אבל דוד המע"ה הוא בחשק שאין לו שביעה לכך נסיונו בהזמנת חשק ולא בהעדר המילוי שלו כאברהם אע"ה. והוא לא עמד בנסיון כי הוא נגד מדרגת טוב מאוד שביצ"ר כמו שדרשו רז"ל (ב"ר פ' ט) עליו.
כי זה דחשק שאין לו שביעה זהו תכלית תוקף היצר והוא בנוק' שבה ביחוד התגברות ולא הי' שליטת הסתת הנחש אלא בה ולא באדם רק על ידה. כי היא התחלת היצר היינו מדה זו דחשק בלא שביעה וממנה הוא אח"כ ההתפשטות באדם.
והתחלה זו הוא גדר טוב מאוד כאשר מושכו לענין חשקות דהש"י מדרגת אוהב לא ישבע (מכות י:). והנסיון הוא הבירור שכבר הוא מבורר ובתכלית השלימות וא"כ הוא שביעה שכבר שלם אבל זה אין לו שביעה והוא חסר לעולם.
ולכך הוא הקים עולה של תשובה (כמ"ש מו"ק טז:) כי להשיג בכל פעם יותר ושלא להיות לעולם על השלימות הוא רק בדרגא דתשובה ולכך א"א לו לעמוד בנסיון ובבירור דהיינו השביעה שזה נגד מדתו ואדרבא מדתו העדר השלימות. וזה טעם טענתו למען תצדק בדברך כמשאז"ל (סנהדרין קז.) והיינו שהוא חטא כדי שלא יהי' בשלימות הראוי נגד הש"י רק יהי' תמיד משתוקק ועיניו צופיות להש"י שיעזור לו וזהו מדת המלכות שזכה בה:
[254] L'homme doit offrir en don à Hachem (le Nom béni soit-Il) la chose qui lui est chère, et c'est par elle qu'il se donne une barrière pour la volonté de Hachem. Et celui qui est rempli de toutes sortes de désirs, comme Avraham notre père, que la paix soit sur lui, et qui se donne une barrière en eux, c'est lui qui est appelé "de tout ton cœur" (Devarim 6,5) ; et non celui qui est froid par nature et n'est pas un homme de désir : celui-là ne sert pas "de tout ton cœur" lorsqu'il ne convoite pas les plaisirs de ce monde-ci.
De même, celui qui est paresseux par nature et n'agit pas concrètement dans les affaires de ce monde-ci n'est pas appelé "de toute ton âme" ; mais seulement comme Its'hak, dont la mesure était la guevoura (rigueur, force) dans la puissance de l'action et son empressement (zerizout), et qui a retenu son empressement dans les affaires de ce monde-ci. Et de même "de tout ton bien (mêôdekha)", c'est Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, dont il est dit (Houlin 91a) qu'il est resté en arrière pour de petites cruches, car son argent lui était plus cher que son corps : c'est en cela que fut chez lui le don de "de tout ton bien".
Et c'est en lui que se fait le birour (tri, clarification) de cette mesure, et non chez celui qui par nature renonce facilement et pour qui l'argent n'a aucune importance. Et malgré tout ils ont dit (Souka 27b) : "Je loue les paresseux, etc.", car assurément c'est bon malgré tout, et nous l'appelons "paresseux et pourtant gagnant" (comme il est écrit Pessahim 50b) ; seulement il n'est pas au degré de "de tout, etc.".
"Tout" (kol) désigne la chose à laquelle son âme est liée de naissance, et qu'il asservit à l'amour de Hachem et à Son service. Et tous les birourim de l'homme sont en cela : ce à quoi il est attaché, le Saint béni soit-Il l'éprouve par la pour savoir ce qui est dans son cœur.
Et toutes les épreuves d'Avraham notre père, que la paix soit sur lui, portent sur les objets de convoitise de l'homme : sa femme, ses enfants, sa vie et sa subsistance. Et l'épreuve d'Its'hak fut dans la parole "Séjourne dans ce pays, etc." (Bereshit 26,3), en ce que même devant les affres de la famine il n'accomplirait aucune action, bien qu'il sût qu'en sortant hors de la Terre il aurait de quoi manger ; or sa nature de naissance était la force de l'action et de l'effort (hishtadlout), qui correspond au pilier du service.
C'est pourquoi il est dit de lui "Its'hak sema, etc." (Bereshit 26,12), occupation d'effort ; et alors il en fut empêché par la parole de ה'. Et seule cette épreuve est mentionnée, car dix (י') est le nombre d'une stature complète, comme on sait, et assurément chacun a dix birourim ; et chez Avraham notre père, que la paix soit sur lui, qui est le commencement, elles sont toutes mentionnées.
Et en vérité l'essentiel est la dernière, qui est le terme du birour, et s'il n'y a pas tenu, c'est comme s'il n'avait tenu dans aucune (comme il est écrit dans Bereshit Rabba ch. 56) ; et c'est elle qui, seule, est mentionnée chez Its'hak.
Et chez lui, comme chez Avraham notre père lors de la dixième épreuve, celle de la ligature (akeda), ils avaient une parole de ה' explicite leur disant d'agir ainsi, et l'épreuve consistait en ce qu'il obéît à la parole de ה'. Cela parce que leur couche n'était pas parfaite (tous leurs descendants ne furent pas justes), car il en est sorti du rebut et des scories ; c'est pourquoi, sans la parole claire de ה', il n'aurait pas été possible qu'ils y tiennent, du fait de ce rebut, qui est la force du penchant qui était en eux vers un seul côté.
Mais Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, dont la couche était parfaite, lui qui est la ligne médiane sans penchant, toutes ses épreuves furent cachées, et sa dixième épreuve fut chez Lavan, dans "quel est ton salaire ?" (Bereshit 29,15). Et il répondit "pour Rachel, etc." et ne demanda pas de salaire en argent : bien que chez lui l'argent fut plus cher que son corps, il désira malgré tout davantage répandre la foi en Hachem par une nation entière issue de ses reins.
Et c'est pourquoi la aussi il acquit des biens, et c'est chez lui que la Torah mentionne l'effort pour les biens, ce qui correspond à sa mesure de "tout ton bien". Et il tient le talon d'Essav pour capter la sainteté qui est en lui, comme ci-dessus au paragraphe 250 ; Lavan lui est opposé à jamais ; et il renonça à de l'argent lors de l'acquisition du droit d'aînesse.
Et assurément c'était alors chez eux une chose importante, et de même lors de l'acquisition de la caverne, comme l'ont enseigné nos maîtres de mémoire bénie (Chemot Rabba, fin du ch. 31), et dans le présent qu'il envoya, ne se fiant pas au seul combat de son corps.
Car l'acquisition de la sainteté se fait en lui donnant quelque chose, comme ce fut le cas dans l'acquisition du droit d'aînesse. Et tous les services de Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, furent dans le domaine de l'argent et des biens, et dans "de tout ton bien".
Et l'épreuve de David, le roi, que la paix soit sur lui, fut dans le domaine du hechek (désir ardent), car telle est la mesure de la malkhout (royauté) dans la force du désir, et elle s'est bâtie à partir des désirs de la Noukva (le féminin) : les filles de Lot, Tamar et Ruth. Car dans la Noukva réside la force du désir qui n'a ni remplissement ni satiété, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Vayikra Rabba ch.
4) sur le verset "le Cheol et la matrice close" (Michlé 30,16). Et telle est la différence avec la mesure d'Avraham notre père, que la paix soit sur lui, qui est dans l'amour du masculin (dekhoura), lequel a un remplissement ; c'est pourquoi ses épreuves furent dans la privation de la chose qu'il aime.
Mais David, le roi, que la paix soit sur lui, est dans le désir qui n'a pas de satiété ; c'est pourquoi son épreuve fut dans la présentation d'un objet de désir, et non dans la privation de son remplissement comme chez Avraham notre père, que la paix soit sur lui. Et il n'a pas tenu dans l'épreuve, car elle se dresse face au degré de "très bon" qui est dans le yetser hara (le mauvais penchant), ainsi que nos maîtres de mémoire bénie l'ont exposé (Bereshit Rabba ch.
9) à son sujet. Car ce désir qui n'a pas de satiété, c'est le comble de la force du penchant, et il est dans la Noukva, en qui se trouve tout particulièrement cette intensification ; et l'emprise de la séduction du serpent ne s'exerça que sur elle, et non sur l'homme sinon par son intermédiaire.
Car elle est le commencement du penchant, c'est-à-dire cette mesure du désir sans satiété, et c'est d'elle que se fait ensuite la diffusion dans l'homme. Et ce commencement relève du "très bon" lorsqu'il l'attire vers le désir de Hachem, degré de "celui qui aime ne se rassasie pas" (Makot 10b).
Et l'épreuve est le birour attestant qu'il est déjà trié et au comble de la perfection ; or cela même est une satiété, puisqu'il est déjà complet ; mais celui-ci n'a pas de satiété et il est manquant à jamais. Et c'est pourquoi c'est lui qui a établi le joug de la techouva (retour, repentir) (comme il est écrit Moed Katan 16b), car atteindre chaque fois davantage et n'être jamais dans la perfection, cela n'existe qu'au degré de la techouva ; et c'est pourquoi il lui est impossible de tenir dans l'épreuve et dans le birour, c'est-à-dire dans la satiété, car cela est contraire à sa mesure, et bien au contraire, sa mesure est l'absence de perfection.
Et telle est la raison de son argument "afin que Tu sois juste dans Ta parole" (Tehilim 51,6), comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Sanhédrin 107a) ; c'est-à-dire qu'il a fauté afin de ne pas être dans la perfection qui conviendrait devant Hachem, mais d'être toujours dans l'aspiration, les yeux tournés vers Hachem pour qu'Il l'aide ; et telle est la mesure de la malkhout dont il a mérité.