Les âmes des impies d'Israël errent après la mort, revêtues de leurs pensées étrangères : c'est le kaf ha-kela (la fronde). Pour Rabbi Tsadok, cette pensée se répand dans l'air jusqu'au cœur : c'est la venue des âmes auprès des sages, afin qu'ils les réparent. Une pensée étrangère (ma'hchava zara) qui ne vient ni de soi ni des proches, mais des âmes qui vagabondent, ne laisse aucune impression au cœur entièrement pur. S'il extrait aussitôt le bien et les paroles de Torah enfouies, cette âme s'intègre dans la sainteté et l'accompagne comme un fils et un disciple. S'il tarde, le sommeil peut implanter, par ibbour (enracinement d'une âme), cette racine de mal.
Aussi : le yetser hara entourant face à la lumière entourante du keter (couronne) ; Yo'hanan le grand prêtre devenu sadducéen ; D.ieu ne suscite que des pensées qu'il est au pouvoir de réparer
[רלט] כל רשעי ישראל אשר נפשותן זוממות והולכת שזה דין כף הקלע הנז"ל אות רל"ד שנפשו מלובשת באותן מחשבות זרות גם אח"כ ומשוטטת בעוה"ז באותן מקומות כנודע. מחשבתן זו מתפשטת באויר כי המחשבה רוחניות וכן הנפש.
וכאשר משוטטות באויר הם מתפשטות גם ללב האדם וכנ"ל אות ר"ה דהאויר מכניס הרהורים בלב. וזה ענין הנזכר בספרים ביאת נפשות לחכמי הדור לתקנם פי' כאשר נולד בו מ"ז והרהור מאיזה תאוה או קנאה וכבוד וכדומה שיודע שאינו מעצמותו כלל.
וגם לא מן המקורבים אצלו החיים שגם הם מולידים בו לתקנם כנ"ל אות רי"ט כי מה שהוא מהמקורבים שייך ג"כ לעצמותו רק שכבר נפלט מלבו אבל מ"מ יש לו התפשטות סביביו. כענין מקיף באור כך זה לעומת זה בחושך שמאחר שהם בעלי בחירה ויש כח בהטיי' הרי זה נקרא יצ"ר שביד האדם לכופו והוא יצ"ר המקיפו והמ"ז באה לו מצד המקיף וההכפי' לזה והחלצת הטוב המלובש בו הוא ע"י התעוררות אור מקיף לעומתו.
כי כמו שהם יצ"ר שבהם הוא מקיף לו כך אור וטוב שבו הוא מקיף להם. ועי"ז מעורר התעוררות טוב בהם כטעם מושל מקשיב ע"ד אמת כל משרתיו צדיקים (כמ"ש חולין ד:).
וכתר נקרא אור מקיף וכתר היינו ממשלת המושל על עבדיו. וידוע שהכתר הוא מכלל הי' ספירות שהגם שהוא למעלה מהרגשה אף במוח כלל מ"מ הוא המוליד ראשית הגלוי דמחשבת המוח כנודע דנקרא יש מאין.
והאין הוא עומק ראשית של היש וממילא נמשכים ממנו אח"כ כל הי"ס קומה שלימה ונכנס ללב ולכחות הפעולה. וכן בזלעו"ז המ"ז שנולדים בו מצד המקיף מולידים יש במוח ואח"כ הרגשה בלב ג"כ ועוד יותר רק צריך להתגבר מיד נגדם.
אבל המ"ז שבאה דרך העברה בעלמא שאין לה שום שייכות עם עצמותו כלל דהיינו שאינו מצד המקיף רק מצד נפשות הזוממות והולכות. הגם דלמי שאין לבו נקי ודאי גם זה מוליד תיכף רצון בלבו ג"כ לזה דמצא מין את מינו וניעור (ע"ז עג.).
לאותן שלבן נקי לגמרי אינו מוליד כלל קומה שלימה רק עובר במחשבתו ממילא ואינה ניכרת ועושה רושם כלל. וכמו מחשבה קדושה דפושעי ישראל הנ"ל אות רל"ח.
ואם נתעורר ע"ז תיכף והחליץ הטוב והד"ת הגנוז בו כנ"ל אות ר"ג אז ממילא מתקן ג"כ אותו נפש שהיא מצד הקדושה באמת וכח מיוחד בקדושה ובד"ת רק שהמ"ז שלו בחייו מלבישו וכאשר הוא יגע ומצא הטוב הגנוז בו ממילא נעלם הרע ונתבטל ואותו הנפש נכלל בקדושה. ואם לא תיקנו תיכף אז יוכל להיות ע"י השינה ישכים וימצא עצמו ברע באמת כאותו שורש הרע שנתעבר בו ע"י המ"ז והרהורא דיומא שלא תיקנו כידוע מטעם האריז"ל על שינה לצדיקים כו'.
ושכן הי' ביוחנן כהן גדול ששימש כו' ואח"כ נעשה כו' (ברכות כט.) ע"י עיבור נשמת רשע. והיינו כשפגעה בו ולא תיקנה שפעמים היא מתוקף הרע המלבישה ר"ל שהיתה שקועה בחיים הרבה כל ימי' בתוקף חמדות זרות ואש דתאוה או כעס וכיוצא בכח והתלהבות כל חלקי גופו.
וכן הוא מלביש ח"ו נפשו אח"כ וכשפוגע מחשבה זו באדם צריך כח להחליץ הטוב שהוא הנפש הגנוז ממנה. והכל לפי מה שהוא אדם אם אינו נקי לגמרי כענין לבי חלל אם תוקף הרע שבזה הגיע למדריגה עצומה מכפי מדריגת נקיון לבבו יוכל ח"ו למצוא מין את מינו באותו שמץ כ"ש שאין נקי בו.
וכך הוא המשפט לפי שפגעה בו ממילא ולא בח מצד אתערותא דילי' רק לפי שלא תיקן הוא משכים אחר השינה ונפילת המוחין מוצא מוחין חדשים מעורבין ח"ו עם הרע ההוא ומולידים קומה שלימה בקרבו ח"ו. וזה טעם מה שכתבו כי סכנה גדולה לתקן נפשות שפגומים ביותר כנודע.
ולפי שזה ממילא ואין הקב"ה בא בטרוניא ודאי אין מזמין לאדם אלא מחשבות שבכחו לתקנם [אם לא בפשיעתו ח"ו כענין יוחנן כ"ג]. והוא מדה נוהגת בכל אדם רק מי שאינו בודק בחדרי לבבו בכל רגע אינו עומד ויודע זה כלל והוא שלא בדעתו.
ומ"מ זכות גדול הוא לו עי"ז כי בתיקון אותה הנפש הוא זוכה בכחה שבקדושה להתלוות עמו ולהאיר לו נוסף על נר נשמתו של עצמו שנעשה לו כמו בן ותלמיד דברא מזכה אבא (כמ"ש סנהדרין קד.) ומתלמידי יותר מכולם:
[239] Tous les impies d'Israël dont les âmes errent et vagabondent - c'est la sentence du kaf ha-kela (la fronde) mentionnée plus haut, chapitre 234, selon laquelle son âme demeure revêtue de ces mêmes pensées étrangères même après [la mort] et erre en ce monde-ci dans ces mêmes lieux, comme on le sait. Cette pensée qui est la leur se répand dans l'air, car la pensée est chose spirituelle, et de même l'âme.
Et lorsqu'elles errent dans l'air, elles se répandent aussi jusqu'au cœur de l'homme, comme plus haut chapitre 205, que l'air introduit des pensées (hirhourim) dans le cœur. Et c'est là le sujet mentionné dans les livres, la venue des âmes auprès des sages de la génération afin qu'ils les réparent.
C'est-à-dire : lorsque naît en lui une pensée étrangère (ma'hchava zara) et une rêverie provenant de quelque désir, ou jalousie, ou honneur, et semblables, dont il sait qu'elle ne provient nullement de son propre être ; et non plus de ceux qui lui sont proches parmi les vivants, lesquels eux aussi engendrent en lui [de telles pensées] afin qu'il les répare, comme plus haut chapitre 219 - car ce qui vient des proches se rattache aussi à son propre être, sinon que cela est déjà sorti de son cœur, mais qu'il en garde néanmoins une extension autour de lui. À la manière de l'entourant (makif) dans la lumière, ainsi en va-t-il de son pendant dans l'obscurité : puisqu'ils sont doués de libre arbitre et qu'il y a en eux une force d'inclinaison, cela s'appelle le yetser hara (le mauvais penchant), qu'il est au pouvoir de l'homme de soumettre ; c'est un yetser hara qui l'entoure, et la pensée étrangère lui vient du côté de l'entourant.
Et la soumission de celle-ci, ainsi que l'extraction du bien qui y est revêtu, se font par l'éveil d'une lumière entourante qui lui fait face. Car de même que leur yetser hara est entourant à son égard, ainsi la lumière et le bien qui sont en lui sont entourants à leur égard ; et par cela il éveille en eux un éveil de bien, selon le sens de : "un souverain qui prête l'oreille à une parole de vérité, tous ses serviteurs sont justes" (d'après Proverbes 29,12, tel que l'expose Houlin 4b).
Et le keter (couronne, la plus haute des sefirot) est appelé lumière entourante, et keter signifie la domination du souverain sur ses serviteurs. Or il est connu que le keter fait partie des dix sefirot : bien qu'il soit au-dessus de toute sensation, même dans le cerveau, il est néanmoins ce qui engendre le commencement de la révélation de la pensée du cerveau, comme on le sait, ce qui est appelé "du yech (l'être) à partir du ayin (le néant)".
Et le ayin est la profondeur du commencement du yech ; et de là se tirent ensuite de lui toutes les dix sefirot, une stature complète (koma chelema), et cela entre dans le cœur et dans les facultés d'action. Et de même dans le pendant impur (ze le-oumat ze) : les pensées étrangères qui naissent en lui du côté de l'entourant engendrent un yech dans le cerveau, puis également une sensation dans le cœur, et plus encore ; seulement, il lui faut prendre aussitôt le dessus contre elles.
Mais la pensée étrangère qui vient seulement en passant, qui n'a aucun rapport avec son propre être - c'est-à-dire qui ne vient pas du côté de l'entourant mais uniquement du côté des âmes qui errent et vagabondent - bien que, pour celui dont le cœur n'est pas pur, elle engendre certes aussitôt dans son cœur, elle aussi, un désir pour cela, car "l'espèce a trouvé son espèce et s'est réveillée" (Avoda Zara 73a), pour ceux dont le cœur est entièrement pur elle n'engendre nullement une stature complète : elle ne fait que passer d'elle-même dans leur pensée, sans y être perçue ni y laisser la moindre impression. Il en va comme de la pensée sainte des transgresseurs d'Israël mentionnée plus haut, chapitre 238.
Et s'il s'éveille aussitôt à ce sujet et qu'il extrait le bien et les paroles de Torah (divrei Torah) qui y sont enfouies, comme plus haut chapitre 203, alors il répare du même coup cette âme-là, qui est en vérité du côté de la sainteté et porte une force particulière dans la sainteté et dans les paroles de Torah, sinon que ses pensées étrangères, de son vivant, la revêtent. Et lorsqu'il a peiné et qu'il a trouvé le bien qui y est enfoui, le mal disparaît de lui-même et s'annule, et cette âme est intégrée dans la sainteté.
Et s'il ne l'a pas réparée aussitôt, il peut arriver que, par le sommeil, il se lève au matin et se trouve réellement dans le mal, conformément à cette racine de mal qui s'est implantée en lui par ibbour (enracinement d'une âme) au moyen de la pensée étrangère et de la rêverie du jour (hirhoura de-yoma) qu'il n'a pas réparée - comme on le sait de l'explication du Ari zal (Rabbi Yitshak Louria) au sujet du sommeil des justes, etc. Et qu'ainsi il en fut de Yo'hanan le grand prêtre, qui officia [quatre-vingts ans dans la grande prêtrise] et qui a la fin devint [un sadducéen] (Berakhot 29a), par l'ibbour de l'âme d'un impie.
C'est-à-dire lorsqu'elle l'a rencontré et qu'il ne l'a pas réparée ; car parfois elle est dominée par la force du mal qui la revêt, c'est-à-dire qu'elle a été plongée durant sa vie, tous ses jours, dans la force de convoitises étrangères et dans le feu du désir, ou de la colère et semblables, avec la puissance et l'ardeur de toutes les parties de son corps. Et de même elle revêt ensuite, à D.ieu ne plaise, son âme à lui ; et lorsque cette pensée rencontre un homme, il faut de la force pour en extraire le bien, qui est l'âme enfouie en elle.
Et tout est selon ce qu'est l'homme : s'il n'est pas entièrement pur à la manière de "mon cœur est vide au-dedans de moi" (Psaumes 109,22), si la force du mal contenue en cela a atteint un degré immense au regard du degré de pureté de son cœur, il se peut, à D.ieu ne plaise, que "l'espèce trouve son espèce" dans cette moindre trace dont il n'est pas pur. Et telle est la règle du jugement : puisqu'elle l'a rencontré d'elle-même, et non par un éveil venant de lui (itaruta dilei), mais seulement parce qu'il ne l'a pas réparée, il se lève après le sommeil et la chute des mohin (facultés de l'intellect) et trouve des mohin nouveaux, mêlés, à D.ieu ne plaise, à ce mal-là, et ils engendrent en lui une stature complète, à D.ieu ne plaise.
Et telle est la raison de ce qu'ils ont écrit, qu'il y a grand danger à réparer des âmes trop endommagées, comme on le sait. Et puisque cela se produit de soi-même, et que le Saint béni soit-Il ne vient pas avec des exigences excessives (be-tarounia) envers Ses créatures, Il ne suscite certainement pour l'homme que des pensées qu'il est en son pouvoir de réparer [sauf par sa propre négligence, à D.ieu ne plaise, comme dans le cas de Yo'hanan le grand prêtre].
Et c'est une mesure qui vaut pour tout homme ; seulement, celui qui ne scrute pas les chambres de son cœur à chaque instant ne s'y arrête pas et n'en sait rien du tout, et cela se fait à son insu. Et néanmoins c'est pour lui un grand mérite, car par la réparation de cette âme il acquiert sa force du côté de la sainteté, pour qu'elle l'accompagne et l'éclaire en surcroît de la lampe de sa propre âme, car elle devient pour lui comme un fils et un disciple - "le fils confère du mérite au père" (voir Sanhédrin 104a) - et "de mes disciples, plus que de tous" (Taanit 7a).