Le sommeil est une bonne chose : les mohin (facultés intellectuelles supérieures) se retirent, une âme nouvelle revient, et l'on établit à nouveau sa pensée selon la volonté de Hachem Yitbarakh ; la veille est oubliée. C'est sur cela que portent, selon Rabbi Tsadok, « que nous nous levions tôt et que nous trouvions notre cœur aspirant à craindre Ton Nom » et « crée en moi un cœur pur » : création nouvelle par le sommeil. L'Ari Z"L appelle cela ibour (gestation : adjonction de l'âme d'un autre) de l'âme d'un tsadik. Le bien venu de soi-même d'une force révélée d'une autre âme attache l'homme à cette âme, et au lever le cœur aspire à Hachem hors de l'ordre des éveils.
Aussi : chaque jour l'homme devient créature nouvelle, d'où la netilat yadaïm du matin et « E-lokaï nechama » ; le sommeil pour les rechaïm et l'inverse pour les tsadikim, et selon l'Ari Z"L seulement le sommeil du jour
[רלח] השינה גם היא טובה לחזור ולהתעורר אחר נפילת המוחין בבלבול מחשבות זרות והעדר מחשבות דקדושה וד"ת. בעת השינה הוא הסתלקות המוחין ואח"כ חוזר נשמה חדשה כמשאז"ל (שוח"ט תהלים ריש מז' כה) ויוכל להתחזק מחדש להעמיד מחשבתו כרצון הש"י ונשכח כל מה שהי' ביום אתמול.
וע"ז הוא הבקשה דברכות (טז:) ונשכים ונמצא יחול וגו' שפעמים מיד בהשכמה הוא מוצא עצמו ברי' חדשה כמ"ש הקדמונים דבכל יום נעשה ברי' חדשה שע"ז תקנו נטילת ידים שחרית וברכת א-להי נשמה כמובא בב"י. והוא כמ"ש המחדש בכל יום תמיד מע"ב וגם האדם מכלל מע"ב והיינו בקומו משנתו יוכל להיות מתחדש לטוב.
וזה טעם (מ"ש סנהדרין עא:) שינה לרשעים כו' וההיפוך לצדיקים דמסתלקין המוחין ומחשבות דקדושה שלהם כל היום צריך למחר חיזוק חדש והתחלה חדשה וכל התחלות קשות משא"כ ביומו שהמחשבה מקושרת והולכת. ומ"מ האריז"ל א' דזהו רק בשינת היום ואכ"מ.
וההיפוך מחשבתן של רשעים זוממות והולכת כל היום שא"א לדבקה בד"ת כמעט אם לא בקושי גדול מחמת תוקף התקשרותה בדברים הזרים שחושב. שהיצ"ר שבלבו מקשר לבו בזה ח"ו.
וע"ז ביקש דוד המע"ה לב טהור ברא וגו' בריאה חדשה היינו ע"י השינה שישכים וימצא לבו טהור מכל חמדות עוה"ז ונקי מהם. ומטעם האריז"ל נקרא דבר זה עיבור נשמת איזה צדיק בשינתו.
פי' כי ודאי זהו סייעתא דשמיא ועזר א-להי להיות נשכים וגו' בלא אתערותא דלתתא מקודם. והכל הוא במשפט ודאי הי' לו אתעדל"ת איזה דבר טוב ומחשבה טובה ביום ההוא שזה א"א לאדם מישראל בלא זה שאפי' פושעי ישראל מליאים מצות כרמון (כמ"ש סו' חגיגה) ומליאים חרטה בלב ג"כ.
רק ששפע הרצון דרע ודהבלי עוה"ז שופע בלב עד שלא נודע וניכר כלל מעט הטוב והוא כמעט בלא אתערותא שלו רק ממילא מכח שורש נפשו הדבוק בהש"י. ולכך המשפט לעזרו ג"כ ממילא בלא אתדל"ת ואתדל"ע המשפיע שכך הוא הסדר להיות מיין נוקבין וחשק האדם מלמטה ואח"כ הש"י כנגדו משפיע לו.
אבל בזה שהוא משכים ונמצא כמציאה הבאה בהיסח דעח המוצא ובלא דעת בעל אבידה שזה אבד והלה מוצא. והיינו כנודע דכל נפש מישראל יש לו כח מיוחד בקדושה וכמספר הדורות שעברו כך הם מספר כחות הקדושה והד"ת שנתגלה בעולם.
ולכך בכל דור ודור הקדושה הולכת ומתגלית יותר הגם דהדורות מתקטנים כנודע לפי שכבר נתגלו דברים שנגלו לקודמים כנודע ממשל דננס ע"ג ענק. וזהו בד"ת מצד הספרים ובוודאי גם כל נפשות ישראל שנשתלמו קדושתם כבר גלוי' בעולם פי' בלבבות בנ"י מה שא"צ ליגיעה ושלא במתכוין והשתדלות עושה דבר טוב ומחשבה טובה הוא מצד שכבר קדם אותו כח שבקדושה להתגלות בעולם.
וכל דבר ופעולה ומחשבה הוא מכח מיוחד ודבר קדושה מיוחדת שיש בזה חלוקות לאלפי אלפים ורבוא רבבות כמספר הנפשות. ומצד הזה באותו רגע שעשה או חשב דבר טוב מה שלא הי' מאתערותא דילי' היינו מצד השתדלות בכח נפשו המיוחד לו רק שבא לו ממילא שהוא מצד כח נפש אחר שכבר עמל ויגע בו הרי נדבק בכח אותו נפש לפי שהוא מקבל ממנו וזה משפיע ובמדרגת אב ובן או תלמיד ורב ועי"ז יוכל למצוא אח"כ ההשכמה יחול לבו להש"י בלא סדר אתערותא רק ע"י עיבור אותו נפש פי' התלוות אותו כח עמו בקרב לבו ומוחו כטעם לב טהור ברא מחדש ממש מה שלא הי' קודם רק דרך העברה:
[238] Le sommeil lui aussi est une bonne chose, pour revenir et s'éveiller après la chute des mohin (les facultés intellectuelles supérieures de l'âme) dans le trouble des pensées étrangères et l'absence de pensées de sainteté et de paroles de Torah. Au moment du sommeil il y a retrait des mohin, et ensuite revient une âme nouvelle, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Cho'her Tov, Tehilim, début du mizmor 25), et il peut se renforcer à nouveau pour établir sa pensée selon la volonté de Hachem Yitbarakh, et tout ce qui fut la veille est oublié.
C'est sur cela que porte la demande rapportée dans Berakhot (16b) : "que nous nous levions tôt et que nous trouvions notre cœur aspirant à craindre Ton Nom", etc. Car parfois, dès le lever, il se trouve lui-même créature nouvelle (beriya 'hadacha), comme l'ont écrit les anciens : chaque jour l'homme devient une créature nouvelle, et c'est pour cela qu'ils ont institué la netilat yadaïm (ablution des mains) du matin et la bénédiction "E-lokaï nechama" (mon D.ieu, l'âme [que Tu m'as donnée]), comme cela est rapporté dans le Beit Yossef.
Et c'est comme nous disons : "qui renouvelle chaque jour continuellement l'œuvre de la Création (maasse berechit)" - et l'homme aussi fait partie de l'œuvre de la Création ; c'est-à-dire qu'à son lever du sommeil il peut se renouveler vers le bien. Telle est la raison de ce qui est dit (Sanhédrin 71b) : "le sommeil pour les rechaïm (les méchants)" etc., et l'inverse pour les tsadikim - car les mohin se retirent, et leurs pensées de sainteté de toute la journée : il leur faut le lendemain un renforcement nouveau et un commencement nouveau, et tous les commencements sont difficiles ; ce qui n'est pas le cas au cours de leur journée, où la pensée demeure liée et se poursuit.
Néanmoins le Ari z"l (Rabbi Its'hak Louria) a dit que cela ne vaut que pour le sommeil du jour, et ce n'est pas ici le lieu d'en traiter. À l'inverse, la pensée des rechaïm complote et se poursuit toute la journée, si bien qu'il est presque impossible de l'attacher aux paroles de Torah, sinon à grand-peine, en raison de la force de son attachement aux choses étrangères auxquelles il pense ; car le yetser hara (le mauvais penchant) qui est dans son cœur y lie son cœur, à D.ieu ne plaise.
Et c'est sur cela que David, roi d'Israël, notre maître, a demandé : "crée en moi un cœur pur" etc. (Tehilim 51,12) - une création nouvelle, c'est-à-dire par le moyen du sommeil : qu'il se lève tôt et trouve son cœur pur de tous les désirs de ce monde-ci et net d'eux.
Et selon l'enseignement du Ari z"l, cette chose est appelée ibour (gestation : l'adjonction en l'homme de l'âme d'un autre) de l'âme de quelque tsadik durant son sommeil. Explication : car assurément c'est là une assistance du Ciel (siyata dichmaya) et un secours divin, que "nous nous levions tôt" etc. sans éveil d'en bas (itarouta diletata) préalable.
Or tout se fait selon la justice : il a certainement eu quelque éveil d'en bas, quelque bonne chose ou bonne pensée en ce jour-là, car il est impossible qu'un homme d'Israël en soit dépourvu, puisque même les fauteurs d'Israël sont pleins de mitsvot comme une grenade (comme il est dit à la fin de 'Haguiga) et pleins de regret dans le cœur également. Seulement que l'afflux du désir du mal et des vanités de ce monde-ci se déverse dans le cœur au point que ce peu de bien n'est ni connu ni discernable du tout ; et cela se fait presque sans éveil de sa part, mais de soi-même, par la force de la racine de son âme attachée à ה'.
C'est pourquoi le jugement est qu'on l'aide lui aussi de soi-même, sans éveil d'en bas ni éveil d'en haut (itarouta dilealea) qui répand l'influx ; car tel est l'ordre : qu'il y ait d'abord des mayin noukvin (eaux féminines, élan qui monte d'en bas) et le désir de l'homme d'en bas, et ensuite Hachem Yitbarakh répand vers lui en réponse. Mais en ceci, qu'il se lève tôt et trouve, c'est comme une trouvaille qui vient par détournement de l'attention (hessa'h hadaat) de celui qui trouve et sans que le propriétaire de l'objet perdu le sache : celui-ci perd et l'autre trouve.
Et cela est comme on le sait : chaque âme d'Israël possède une force particulière dans la sainteté, et selon le nombre des générations qui ont passé, tel est le nombre des forces de sainteté et des paroles de Torah qui se sont révélées dans le monde. C'est pourquoi, à chaque génération, la sainteté va se révélant davantage, bien que les générations aillent en s'amenuisant comme on le sait, parce que se sont déjà révélées les choses qui furent révélées aux prédécesseurs, comme on le sait par la parabole du nain sur les épaules du géant.
Cela vaut pour les paroles de Torah du côté des livres ; et assurément aussi pour toutes les âmes d'Israël dont la sainteté s'est déjà parachevée : elle est déjà révélée dans le monde, c'est-à-dire dans les cœurs des enfants d'Israël. Ce qui ne demande pas de peine, et ce que l'on fait de bon, acte ou pensée, sans intention ni effort, cela vient de ce que cette force-là de sainteté a déjà précédé en se révélant dans le monde.
Et chaque chose, chaque acte et chaque pensée provient d'une force particulière et d'une chose de sainteté particulière, et il y a en cela des divisions par milliers de milliers et par myriades de myriades, selon le nombre des âmes. Et de ce côté, à l'instant même où il a fait ou pensé une bonne chose qui ne venait pas de son propre éveil, c'est-à-dire de l'effort de la force d'âme qui lui est propre, mais lui est venue de soi-même - ce qui relève de la force d'une autre âme qui a déjà peiné et travaillé en cela - voici qu'il s'attache à la force de cette âme-là, puisqu'il reçoit d'elle et qu'elle répand, au degré du père et du fils ou de l'élève et du maître.
Et par cela il peut ensuite trouver, au lever du matin, que son cœur aspire à Hachem Yitbarakh sans l'ordre habituel de l'éveil, mais par l'ibour de cette âme-là : c'est-à-dire l'accompagnement de cette force-là avec lui, au-dedans de son cœur et de son cerveau, dans le sens de "crée en moi un cœur pur" - un renouvellement véritable, ce qui n'existait pas auparavant, sinon par voie de transmission.