Il est impossible à l'homme de demeurer toute la journée à un seul degré dans la deveikout (l'attachement à D.ieu). Rabbi Tsadok : c'est à ce sujet qu'il est dit « s'il tombe, il n'est pas terrassé » (Tehilim 37,24) et « sept fois le juste tombe et se relève » (Michlé 24,16) : se renforcer et se confier en Hachem. Dans « Ata guibor » l'on dit « Il soutient ceux qui tombent », Ses guevourot (actes de puissance), en louange du Maqom (le Lieu) sans demande. L'essentiel du soutien se fait par les paroles de Torah, possibles dans la chute, la prière étant alors impossible. Puisque Hachem veut soutenir ceux qui tombent, Il les soutiendra, et cette parole éveille de soi Sa volonté.
Aussi : la louange de la communauté agit, telle la parole d'Hachem dans le monde de Assia ; si les justes le voulaient, ils créeraient un monde par la Torah, force de Rabbi 'Hiya ; « tire-le vers la maison d'étude »
[רלו] א"א לאדם כלל לעמוד בכל היום כולו במדרגה א' תקוע בדביקות כראוי וע"ז נאמר כי יפול לא יוטל. ושבע יפול צדיק וקם.
ובירוש' ברכות (ר"פ ה) שלא יהי' הפסוק הזה זז מפיך ה' וגו' משגב לנו וגו' וחברי' ה' וגו' בוטח בך היינו לצורך נפילות הללו להתחזק ולבטוח בהש"י שהוא ישגבהו. וע"ז אומרים באתה גבור סומך נופלים שהן הן גבורותיו לחזק לכל שגם החלש יאמר גבור אני.
ולא תקנו ע"ז בקשה רק בכלל הזכרת שבחו של מקום. כי אז"ל (תענית כה:) שבחו של צבור א' משיב הרוח נשיב זיקא כו' פי' כטעם טרם וגו' עוד הם מדברים וגו' סי' קריאה נקרא שקורא לחבירו שיענהו ודבור היינו שלא לצורך עני' רק מדבר לפניו כמו ד"ת.
וכן ספור שבחיו של מקום וכאשר הש"י מתפאר בשבחן של ישראל לו מדה כנגד מדה זהו שבחן של צבור. ואז הם דברים הפועלים דהיינו שהשבח אינו בדרך ספור דברים לבד שזה אינו אצל הש"י כי בדבר ה' שמים נעשו ודבורו של הש"י חשוב מעשה.
ומאחר ששבחו של מקום הוא שבחן של צבור היינו דדבורן של צבור כאלו הוא דבורו של מקום והדבור פועל ישועות. כי דבור הש"י אינו משפה ולחוץ רק בכל העולמות ובעולם העשי' הוא במעשה.
וזהו ג"כ כח התורה שהוא דבורו של הש"י ונקרא דבור יעו"ש בירוש' על הלוך ודבר דאלישע ובגמ' תענית (י:). ולכ"א (סנהדרין סה:) אי בעי צדיקי ברו עלמא היינו ע"י עסקם בתורה במע"ב.
וזה כחו של ר"ח ובניו בב"מ (פה:) אמר משיב הרוח נשיב כו' היינו כמ"ש שם דעביד לתורה דלא תשכח. ובסוכה (כ.) דנשתכחה תורה ועלו ר"ח ובניו ויסדוה.
ומצד ד"ת דכתיב בה אמת כח דבורו להיות אמת דהיינו מבורר לעין ולא אמונה לבד. והוא מדת יעקב אע"ה שהוא נגד שם הוי"ה הכולל כל העולמות ומבריח מקצה לקצה גם בעולם עשיי' במעשה ממש.
ועיקר סמיכת נופלים ממדריגתן הוא ע"י ד"ת שנותנת עוז ותושי'. והיינו ע"י דבור של אמת בהכרת מעלת הש"י הגם שהוא מרוחק ממנו בתכלית.
שזהו ד"ת שאינו כעומד לפני המלך וזה אפשר גם בעת הנפילה והריחוק ועי"ז נסמך. אבל תפלה שהוא כעומד לפני המלך היינו מקורב זה א"א בעת נפילה שהרי אינו מקורב.
וגם א"א בתפלה לעני מפאת שברות לב שגם לזה צריך חיזוק ובעת נפילה אף זה אין לו רק הלב מטומטם כאבן לגמרי. וע"ז א' (שם נב:) משכהו לבהמ"ד אם אבן וכו' הוא מתפוצץ שע"י ד"ת הוא נסמך ונתחזק להתעורר לקום מנפילתו.
וספור שבחו של מקום היינו נגד ד"ת שכולה אינה אלא שבחו של מקום כמ"ש כי שם ה' אקרא וגו' ודרז"ל בברכות (כא.) על ד"ת ופי' שם הוא השבח כי שמותיו ית' מורות על כחותיו. וכן שם הוא הרצון וכנודע כי שמו גימ' רצון כי כחותיו ית' היינו מדת רצונו.
וכן התורה רצונותיו ית' כלשון רז"ל שאמר ונעשה רצונו. וכן כל ג' ראשונות היינו כך רצונו ית'.
ומאחר שהש"י רוצה להיות סומך נופלים ודאי יהי' סומכם אע"פ שהנופל אין בו כח ודעת לבקש על עצמו זהו שיעורר רצון. אבל אנו אומרים שכך הוא רצונו מעצמו ממילא ע"י דבור זה מתעורר מדת רצונו העצמי לזה לפעול כיון שא"א לזה הנופל לאתערותא דלתתא בתפלה ע"ז נא' ואביט ואין עוזר וגו' ותושע לי וגו':
[236] Il est absolument impossible à l'homme de demeurer toute la journée entière à un seul degré, fiché dans la deveikout (l'attachement à D.ieu) comme il convient. C'est à ce sujet qu'il est dit : "s'il tombe, il n'est pas terrassé" (Tehilim 37,24), et "sept fois le juste tombe et se relève" (Michlé 24,16).
Et dans le Yerouchalmi Berakhot (début du chapitre 5) : que ce verset ne s'écarte jamais de ta bouche, "ה' Tsevaot est avec nous, un refuge pour nous" (Tehilim 46,8), ainsi que le verset qui lui fait pendant, "ה' Tsevaot, heureux l'homme qui met sa confiance en Toi" (Tehilim 84,13) - cela vise précisément le besoin de ces chutes : se renforcer et se confier en Hachem Yitbarakh, qui le mettra en lieu sur. Et c'est pourquoi l'on dit dans la bénédiction "Ata guibor" (Tu es puissant, deuxième bénédiction de la Amida) : "Il soutient ceux qui tombent" - car ce sont là précisément Ses actes de puissance (guevourot), fortifier chacun, au point que même le faible dise "je suis puissant" (Yoël 4,10).
Et l'on n'a pas institué sur ce point une demande, mais seulement dans le cadre général de la mention de la louange du Maqom (le Lieu, désignation de D.ieu comme Omniprésent). Car nos Sages ont dit (Taanit 25b) : la louange de la communauté - l'un a dit "Machiv harouah" (Il fait souffler le vent), et le vent souffla, etc.
Explication : c'est le sens de "avant qu'ils appellent, Moi Je répondrai ; ils parleront encore que déjà Moi J'entendrai" (Yechayahou 65,24). Le terme "appel" (keria) se dit de celui qui appelle son prochain pour que celui-ci lui réponde ; "parole" (dibour) désigne au contraire ce qui n'est pas dit en vue d'une réponse, mais que l'on dit devant lui, comme les paroles de Torah (divre Torah).
Ainsi en est-il du récit des louanges du Maqom. Et de même qu'Hachem Yitbarakh se glorifie de la louange d'Israël, mesure pour mesure, telle est la louange de la communauté.
Alors ce sont des paroles qui agissent, c'est-à-dire que la louange n'est pas seulement un récit de paroles - cela n'existe pas auprès d'Hachem Yitbarakh, car "par la parole de ה' les cieux ont été faits" (Tehilim 33,6), et la parole d'Hachem Yitbarakh vaut acte. Et puisque la louange du Maqom est la louange de la communauté, cela veut dire que la parole de la communauté est comme la parole du Maqom, et la parole "opère des deliverances" (Tehilim 74,12).
Car la parole d'Hachem Yitbarakh ne reste pas au bord des lèvres : elle est dans tous les mondes, et dans le monde de Assia (le monde de l'action) elle est acte. Telle est aussi la force de la Torah, qui est la parole d'Hachem Yitbarakh et qui est appelée "dibour" - vois cela dans le Yerouchalmi à propos de "ils allaient et parlaient" au sujet d'Élicha, et dans la guemara Taanit (10b).
Et c'est pourquoi l'on a dit (Sanhédrin 65b) : "si les justes le voulaient, ils créeraient un monde" - c'est-à-dire par leur occupation de la Torah dans le maasse berechit (l'œuvre de la Création). Telle est la force de Rabbi Hiya et de ses fils, dans Bava Metsia (85b) : il dit "Machiv harouah" et le vent souffla, etc. - c'est-à-dire, comme il est dit là, parce qu'il œuvra pour que la Torah ne soit pas oubliée ; et dans Souka (20a) : la Torah avait été oubliée, et Rabbi Hiya et ses fils montèrent et la rétablirent.
Et du côté des paroles de Torah, dont il est écrit "vérité" ("acquiers la vérité", Michlé 23,23), la force de leur parole est d'être vérité, c'est-à-dire chose manifeste à l'œil et non pas seulement objet de foi. C'est là midda (mesure, attribut) de Yaakov notre père, qui correspond au Nom Havaya, lequel englobe tous les mondes et "traverse d'une extrémité à l'autre" (Chemot 26,28), y compris dans le monde de Assia, en acte véritable.
Et l'essentiel du soutien de ceux qui tombent de leur degré se fait par les paroles de Torah, qui donnent force et touchia (sagesse agissante). C'est-à-dire par une parole de vérité dans la reconnaissance de l'élévation d'Hachem Yitbarakh, bien que lui-même en soit éloigné au dernier degré.
Car tel est le propre des paroles de Torah : on n'y est pas comme celui qui se tient devant le roi ; cela est donc possible même au moment de la chute et de l'éloignement, et c'est par là qu'il est soutenu. Mais la prière, où l'on est comme celui qui se tient devant le roi, c'est-à-dire rapproché, cela est impossible au moment de la chute, puisqu'il n'est justement pas rapproché.
Il ne peut pas davantage prier la prière du pauvre par le biais du brisement du cœur, car pour cela aussi il faut de la force, et au moment de la chute il n'a même pas cela : son cœur est complètement bouché comme une pierre. C'est à ce sujet qu'il a été dit (ibid., Souka 52b) : "tire-le vers la maison d'étude ; s'il est de pierre il se dissoudra, s'il est de fer il éclatera" - car par les paroles de Torah il est soutenu et fortifié, jusqu'à s'éveiller et se relever de sa chute.
Et le récit de la louange du Maqom correspond aux paroles de Torah, elles qui ne sont rien d'autre, dans leur totalité, que la louange du Maqom, comme il est écrit "car j'invoque le Nom de ה', rendez hommage à notre D.ieu" (Devarim 32,3), verset que nos Sages ont exposé dans Berakhot (21a) à propos des paroles de Torah. Et l'explication en est que le "Nom" est la louange, car Ses Noms indiquent Ses puissances.
De même, le Nom est la volonté, comme il est connu que שמו (Chemo, "Son Nom") a la même valeur numérique (guematria 346) que רצון (ratson, "volonté") - car Ses puissances sont la mesure de Sa volonté. De même la Torah est Ses volontés, selon l'expression de nos Sages : "qui a parlé, et Sa volonté fut faite".
Et de même les trois premières bénédictions [de la Amida] : telle est Sa volonté. Or, puisque Hachem Yitbarakh veut soutenir ceux qui tombent, Il les soutiendra assurément, bien que celui qui est tombé n'ait ni force ni discernement pour demander pour lui-même - ce qui aurait éveillé la volonté.
Mais nous disons que telle est Sa volonté d'elle-même ; dès lors, par cette parole s'éveille de soi la mesure de Sa volonté essentielle, pour agir en cela, puisqu'il est impossible à celui qui est tombé de produire un éveil d'en bas (itarouta dilta'ta) par la prière. C'est à ce sujet qu'il est dit : "Je regardai, et nul ne secourait... alors Mon bras M'a sauvé" (Yechayahou 63,5).