Celui qui s’efforce d’échapper aux pensées étrangères (mah’chavot zarot), les repousse dès qu’il s’en avise et y met des paroles de Torah : même si elles le dominent, sa volonté n’est pas en elles. L’oubli hors de la paresse est contrainte (onès) ; même cette paresse, puisqu’il veut ne pas l’être. Rabbi Tsadok enseigne que, aucun interdit explicite n’étant dit, le Saint béni soit-Il l’aidera à être vraiment garde des pensées, s’il garde les paroles vaines par « et tu en parleras » (Devarim 6,7), qui répare aussi les pensées vaines. Faire sortir des paroles justes, même du bout des lèvres, enseigne la volonté au cœur et engendre, par la bouche, la vitalité qui éveille la forme de l’homme.
Aussi : la lecture du Chema, appel à s’écouter pour mériter la prière, « la fille du roi » ; le Targoum de « une âme vivante » (Berechit 2,7) par « un esprit parlant » ; le serpent, dont la parole n’est pas appelée parole.
[רלה] המשתדל להנצל ממחשבות זרות וגמר בלבו לדחותה וכל זמן שהוא נזכר מיד מדחה ומכניס בלבו מחשבות של ד"ת כפי כחו. רק שמ"מ היא תוקפתו ובעת ששקוע בה נשכח ממנו מחשבת ד"ת ורצונו באמת אינו בה ומיד שנזכר הוא מדחה אותה.
הרי שכחה שאינה מחמת עצלות חשוב אונס עבמג"א (סי' קח סקי"א) והר"ז כחישב לעשות מצוה ונאנס ולא עשאה מעלה עליו הכתוב כאלו עשאה (ברכות ו.). והגם דמאן ספין ומאן רקיע [שמעתי פירושו (במו"ק כח.) טהור וזך כמו הרקיע ר"ל נקי מנגיעה לרע] לדעת שאינו מחמת עצלות.
מ"מ גם על עצלות זה חשוב אונס מאחר שהוא מחשב ורוצה שלא להיות עצל בדחיית המ"ז. ומאחר שלא נזכר איסור ועבירה מפורשת במ"ז א"כ אינו כחישב לעשות מצוה ולא עשאה דהוא כעשאה וממילא יהי' המשפט אלהבא שהקב"ה יעזור לו באמת להיות עושה דהיינו שמור ממ"ז ולא כאלו עשה בלבד.
ובלבד שיהי' שמור בדברים בטילים והוא ע"י דבורו בתורה. ועיקר הזהרת דברים בטילים מודברת בם ולא בדברים בטלים (כמ"ש יומא יט:) וכח לאו הבא מכלל עשה אינו יותר מלאו הניתק לעשה שהעשה תיקון הלאו.
וכן בלאו הבא מכלל עשה כאשר מקיים העשה דודברת בם תיקן הלאו דדברים בטילים והוא מועיל ג"כ לענין מחשבות בטילות. וכמו ששמעתי על פ' שפתי צדיק ידעון רצון שכאשר מוציא בשפתיו דברים המצודקים אע"פ שהיא מן השפה ולחוץ ולבו בל עמו מ"מ הם ידעון מודיעים ומלמדים רצון ללב להיות רצון הלב באמת כן.
והרצון מוליד מחשבה להיות מחשבתו בזה לבד. וז"ש (עירובין נד.) חיים הם למוציאיהם בפה כי ד"ת נקרא עץ חיים היינו בסוד הו' דשם שהוא קו המבריח מן הקצה לקצה.
עי' כאשר עובר כל חלקי נר"נ שבגופו מוח ולב וכלי המעשה אז נקרא עץ חיים. והיינו כשמוציא בפה זהו במעשה וזה גורם רצון ללב ומחשבה למוח ואז הוא חיים ומוליד חיות.
וממילא עי"ז נדחה מ"ז שהוא היפך החיות כנ"ל אות ר"ג שהבטלה כשינה א' מס' במיתה. וע"י הוצאת ד"ת בפה מוליד חיות כדמתרגמי' לנפש חי' לרוח ממללא שעיקר החיות ע"י הדבור.
וכאשר מתעורר רוח החיים אז מקיצו מתרדימת האולת שבזה נמשל כבהמות. שמ"ז הוא מצד נפש הבהמית והדבור הוא עיקר צורת אדם ויתרונו מן הבהמה אם הוא בד"ת דאז נקרא דבור [דבלא"ה לא נקרא דבור כלל כמו ששמעתי בענין הנחש דלת נזכר בקללה שניטל הדבור ממנו לפי שבאמת לא הי' לו דבור כלל דדבורו לא נקרא דבור ואכ"מ] זה מעורר צורת האדם שלא להשתקע בנפשו הבהמית.
ובלבד כאשר הוא מדבר בד"ת כדי לעורר הלב והמחשבה דכשאין זה ברצונו כלל הרי זה כנזכר לעיל אות רל"ד בדואג שתורתו משפה ולחוץ כי לא הי' דעתו ורצונו כלל שתקבע בלבו ומחשבתו ולהוציא מחשבת היפוך כלל. וזהו ק"ש שאומר פ' ודברת בם והתחלה שמע ישראל שישמע לזה.
וכן נקרא ק"ש לשון קריאה שקורא לעצמו שישמע ויקבל דברים הללו וע"י התעוררות זה הוא נקבע בלב ויוכל אח"כ לזכות לברתא דמלכא צלותא בכונת הלב:
[235] Celui qui s'efforce d'échapper aux pensées étrangères (mah'shavot zarot, les pensées impures ou idolâtres qui surviennent malgré soi), qui a résolu dans son cœur de les repousser, et qui, chaque fois qu'il s'en avise, la repousse aussitôt et introduit dans son cœur des pensées de paroles de Torah (divrei Torah) selon sa force - seulement voici que malgré tout elle le domine, et au moment où il y est plongé la pensée des paroles de Torah lui est oubliée, mais sa volonté, en vérité, n'est pas en elle, et dès qu'il s'en avise il la repousse : voici donc qu'un oubli qui ne provient pas de la paresse est tenu pour contrainte (onès, un empêchement forcé), vois le Magen Avraham (siman 108, sous-paragraphe 11) ; et cela revient à celui qui a pensé accomplir une mitsva, a été empêché par contrainte et ne l'a pas accomplie, dont l'Écriture lui compte comme s'il l'avait accomplie (Berakhot 6a). Et bien que 'qui est important et qui est pur' (man safin ou-man rakia, מאן ספין ומאן רקיע) [j'ai entendu son explication (dans Moed Katan 28a) : pur et limpide comme le firmament (rakia), c'est-à-dire net de toute attache au mal] pour savoir que cela ne provient pas de la paresse - malgré tout, même cette paresse-là est tenue pour contrainte, puisqu'il pense et veut ne pas être paresseux dans le rejet des pensées étrangères.
Et puisque aucun interdit ni aucune transgression explicite n'est mentionné au sujet des pensées étrangères, il ne s'agit donc pas de celui qui a pensé accomplir une mitsva et ne l'a pas accomplie, lequel est comme s'il l'avait accomplie ; et dès lors le jugement portera sur l'avenir, à savoir que le Saint béni soit-Il l'aidera véritablement à être un faiseur, c'est-à-dire à être garde des pensées étrangères, et non pas seulement 'comme s'il avait fait'. À condition toutefois qu'il soit garde des paroles vaines (devarim betelim), ce qui advient par sa parole dans la Torah.
Et l'essentiel de la mise en garde contre les paroles vaines se tire de 'et tu en parleras' (ve-dibarta bam, Deutéronome 6,7) - en elles, et non en paroles vaines (comme il est dit dans Yoma 19b). Or la force d'un interdit déduit d'un commandement positif (lav ha-ba mikhlal assé) n'excède pas celle d'un interdit rattaché à un commandement positif (lav ha-nitak la-assé), où le positif est la réparation (tikoun) de l'interdit.
De même donc pour l'interdit déduit d'un commandement positif : lorsqu'il accomplit le positif de 'et tu en parleras', il répare l'interdit des paroles vaines, et cela vaut aussi pour ce qui touche aux pensées vaines. Et de même que j'ai entendu sur le verset 'les lèvres du juste connaissent la faveur' (Proverbes 10,32) : lorsqu'il fait sortir de ses lèvres des paroles justes, même si c'est du bout des lèvres et que son cœur n'est pas avec lui, malgré tout elles 'connaissent' (ידעון, yed'oun) - elles font connaître et enseignent la volonté au cœur, pour que la volonté du cœur soit véritablement telle.
Et la volonté engendre la pensée, de sorte que sa pensée soit en cela seul. Et c'est ce qui est dit (Erouvin 54a) : 'elles sont vie pour ceux qui les font sortir par la bouche' (d'après Proverbes 4,22), car les paroles de Torah sont appelées arbre de vie, c'est-à-dire dans le secret du vav du Nom, qui est la barre traversant d'une extrémité à l'autre.
Vois : lorsqu'elle traverse toutes les parties du nefech-roua'h-nechama (nara"n, les trois niveaux de l'âme) qui sont dans son corps - le cerveau, le cœur et les organes de l'action - alors elle est appelée arbre de vie. C'est-à-dire : lorsqu'il fait sortir par la bouche, cela relève de l'action, et cela suscite la volonté dans le cœur et la pensée dans le cerveau, et alors c'est la vie, et cela engendre la vitalité.
Et par là même, les pensées étrangères sont repoussées, elles qui sont l'opposé de la vitalité, comme il a été dit plus haut au paragraphe 203, que l'oisiveté est comme le sommeil, un soixantième de la mort. Et par le fait de faire sortir des paroles de Torah par la bouche il engendre de la vitalité, ainsi que le Targoum traduit 'une âme vivante' (nefech haya, Genèse 2,7) par 'un esprit parlant' (roua'h memalela), car l'essentiel de la vitalité passe par la parole.
Et lorsque le souffle de vie s'éveille, alors il le réveille de la torpeur de la sottise par laquelle il est 'comparé aux bêtes' (Psaumes 49,13). Car les pensées étrangères viennent du côté de l'âme animale (nefech behamit), tandis que la parole est l'essentiel de la forme de l'homme et sa supériorité sur la bête - si elle est en paroles de Torah, car alors elle est appelée parole [autrement elle n'est nullement appelée parole, comme je l'ai entendu au sujet du serpent : il n'est pas mentionné dans la malédiction que la parole lui ait été retirée, parce qu'en vérité il n'avait aucune parole, car sa parole n'est pas appelée parole, et ce n'est pas ici le lieu] ; cela éveille la forme de l'homme, afin qu'il ne s'enfonce pas dans son âme animale.
À condition toutefois qu'il parle en paroles de Torah afin d'éveiller le cœur et la pensée ; car lorsque cela n'est nullement dans sa volonté, voici que c'est comme il a été mentionné plus haut au paragraphe 234 à propos de Doëg, dont la Torah était du bout des lèvres, car il n'avait ni intention ni volonté qu'elle se fixe dans son cœur et dans sa pensée, ni de chasser le moins du monde la pensée contraire. Et c'est cela la lecture du Chema (qeriat Chema), où l'on dit le passage 'et tu en parleras', et dont le début est 'Écoute Israël', pour qu'il écoute cela.
Et de même elle est appelée 'qeriat' Chema, du langage de l'appel, car il s'appelle lui-même à écouter et à recevoir ces paroles ; et par cet éveil cela se fixe dans le cœur, et il pourra ensuite mériter 'la fille du roi' (barta de-malka), la prière (tselota), avec l'intention du cœur.