Sur les pensées futiles on ne trouve aucun interdit explicite. Seul le verset « vous n'explorerez pas après votre cœur et après vos yeux » (Bamidbar 15,39) est rapporté, en Berakhot, à propos de la pensée de transgression. Rabbi Tsadok rapporte que la mauvaise pensée n'est jointe à l'acte que pour l'idolâtrie, hors du libre choix, et qu'il en va de même des actes futiles, facultatifs (rechout). Seules les paroles futiles portent un 'assé et un lo taasse, car l'étude est permanente et toutes les paroles peuvent être Torah. L'homme ne peut se retenir de parler ni d'agir : que ses paroles soient Torah, et tous ses actes pour le nom du Ciel seulement par l'aide du Ciel.
Aussi : doëg, Torah du bout des lèvres et pensées étrangères par le lachon hara, inverse de David qui est prière ; nefech, acte ; roua'h, parole ; nechama, pensée ; creux de la fronde contre faisceau des vivants.
[רלד] על מחשבות בטילות לא נמצא שום איסור מפורש. רק לא תתורו וגו' מוקמי' בברכות (יב:) בהרהור עבירה ולא הרהור בטל לבד.
ואז"ל (קידושין מ.) דמחשבה רעה אין מצרפה למעשה ורק במחשבה דע"ז. והיינו כי זה אינו ביד האדם ובבחירתו כלל וכמש"ל אות רכ"ז.
וכן על מעשים בטילים דרשות. רק על דברים בטילים יש עשה ול"ת כמ"ש ביומא (יט.).
כי בדבור יש מצות ת"ת שהוא תמידי לא ימוש וגו' ויוכל להיות כל דבוריו תורה. משא"כ מעשה אין כאן עשיית מצוה בתמידות ואדם שיש לו כח הפעולה א"א שלא יפעיל.
וכמו ששמעתי ג"כ על הדבור ע"פ זאת תורת המצורע משז"ל (ערכין טו:) דתקנתי' דבעל לה"ר יעסוק בתורה לפי שהאדם שנברא בכח הדבור א"א לו לעצור עצמו שלא ידבר רק העצה שידבר אבל שיהי' כל דבוריו תורה. וכך מי שנברא בכח הפעולה וכד"ש (שבת יד.) סתם ידים עסקניות והגם דזהו מתעסק בעלמא דלאו מלאכה הוא לענין שבת כל שאינו בכונה ולא מקרי מעשה כלל.
מ"מ יש ג"כ בכונה ולהיות הכל עבודת ה' וכל מעשיו לש"ש זה א"א כיון שאינו מעשה מצוה. רק ע"י סייעתא דשמיא כד"ש (מ"ר ר"פ בחוקותי) בדוד המע"ה והי' רגלי מוליכות אותי לבתי כנסיות וב"מ שהי' הש"י עושה פעולותיו תכליתן לש"ש.
וע"י השמירה מדברים בטילים זוכה ג"כ לינצל ממחשבות בטילות ומעשה בטילות. ולהיפך המרבה בדברים בטילים וא"צ לומר בדברים אסורים כלה"ר וכדומה לא ימלט ממ"ז כלל.
ואז"ל (סנהדרין קו:) בדואג כל תורתו מן השפה ולחוץ פי' שהמוח ולב הי' מלא ממ"ז והרהורים ע"י הלה"ר. ובאמת המחשבה קודמת להדבור ומי שחפץ ומשתדל לינקות ממ"ז הקב"ה מסייעו ג"כ לינצל מדברים בטילים.
רק דואג שונא דוד המע"ה שזכה לברתא דמלכא דא צלותא שזו מדריגתו וכמ"ש בזוהר (ח"ג מט רע"ב) ע"פ ואני תפלה והיינו שלא הי' לו לעולם שום מ"ז ובודאי מי ששונאו הרי שונא לאותו דבר טוב והיינו שהוא ממש להיפך דמלא מ"ז כנ"ל דכל תורתו כו' ומזה נמשך לה"ר וגם מעשים בטילים ולכן נאמר ואת נפש אויביך יקלענה וגו'. ובזוהר בשלח נ"ט א' דהוא על מעשים שאינם לעבודת הש"י והיינו מעשים בטילים.
וזה נפש אויביך פי' אויבי דהמע"ה שורש כחו וענינו שהוא העדר המ"ז והם ממש היפוך זה. ונפש היינו דנודע כי יש נפש רוח נשמה המעשה מנפש ודבור מרוח כמ"ש לרוח ממללא.
ומחשבה מנשמה ויקלענה היינו כשיצא לפועל גם במעשים בטילים. וז"ש שם הזוהר ע"פ כל המעשים כו' שממעשים בטילים נעשה הבל פי' זהו המחשבות בטילות.
ורעות רוח דהשברון רק לדברים בטילים שזהו האיסור ביחוד כנ"ל לכך בו העונש ולא על מחשבה ומעשה דאינו בידו ואז יקלענה ומפ' בשבת (קנב:) זוממות והולכות פי' מחשבות והולכות ר"ל שמתלבשות נפש רוח נשמה דבטלה הנ"ל. המעשה הוא גוף ונפש ודבור ומחשבה רוח ונשמה להלבישה.
ומחשבות והולכות בכל העולם כולו כמו בחיים באותם הדמיונות של קנאה תאוה וכבוד וכאלו פועלות אותם הפעולות של הבל. זהו פי' כף הקלע שהוא הופך צרורות בצרור החיים שהוא היפוך מחשבות הבל שאין בהם חיות כלל ואינו דבר קבוע ומחשבה שקביע וקיימא רק השתוטטות מחשבתו בכל אשר תפנה.
וזהו זוממות והולכות. אבל מחשבת אמת קבוע כיתד במקום נאמן ואינה הולכת ומשוטטות ע"פ רחבי התפשטות המחשבה רק צרורה וקשורה בקשר החיים שלא לחשוב ולהתבונן רק בדברים שהם חיי עולם.
וכן שכרו מדה כנגד מדה ופעולתו לפניו:
[234] Sur les pensées futiles on ne trouve aucun interdit explicite. Seul le verset "vous n'explorerez pas [après votre cœur et après vos yeux]" etc.
(Nombres 15,39) est rapporté dans Berakhot (12b) à propos de la pensée de transgression, et non de la seule pensée futile. Et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit (Kiddouchin 40a) que la mauvaise pensée, le Saint béni soit-Il ne la joint pas à l'acte, et cela seulement pour la pensée d'idolâtrie ('avoda zara).
C'est-à-dire parce que cela n'est nullement au pouvoir de l'homme ni dans son libre choix, comme il a été écrit plus haut, paragraphe 227. Et il en va de même pour les actes futiles, qui sont facultatifs (rechout).
Seules les paroles futiles comportent un commandement positif ('assé) et un interdit (lo taasse), comme il est dit dans Yoma (19a). Car dans la parole il y a la mitsva de l'étude de la Torah (talmoud Torah), qui est permanente : "il ne s'éloignera pas [ce livre de la Torah de ta bouche]" etc.
(Josue 1,8), et il est possible que toutes ses paroles soient Torah. Ce qui n'est pas le cas de l'acte : il n'y a pas là d'accomplissement de mitsva en permanence, et l'homme qui possède la force d'agir, il lui est impossible de ne pas agir.
Et de même que je l'ai entendu au sujet de la parole, sur le verset "telle est la loi (torat) du metsora" (Lévitique 14,2), d'après ce qu'ont dit nos Sages, de mémoire bénie ('Arakhin 15b), que le remède de celui qui pratique le lachon hara (la parole mauvaise, la médisance) est de s'occuper de Torah : parce que l'homme, qui a été créé avec la force de la parole, ne peut pas se retenir de parler ; le seul conseil est qu'il parle, mais que toutes ses paroles soient Torah. Ainsi en est-il de celui qui a été créé avec la force de l'action, et comme ils ont dit (Chabbat 14a) : "les mains sont ordinairement affairées".
Et bien que ce ne soit là qu'un simple mit'assek (celui qui agit sans intention), lequel n'est pas un travail (melakha) au regard du Chabbat, tout ce qui est fait sans intention n'étant pas appelé acte du tout, il y a néanmoins aussi des actes accomplis avec intention ; et que tout soit service de ה' et que tous ses actes soient pour le nom du Ciel (le-chem chamayim), cela est impossible, puisqu'il ne s'agit pas d'un acte de mitsva. Cela n'est possible que par l'aide du Ciel (siyata di-chmaya), comme ils ont dit (Midrach Rabba, début de la paracha Be-'houkotay) au sujet de David, roi d'Israël : "et mes pieds me conduisaient aux synagogues et aux maisons d'étude" - car le Saint béni soit-Il faisait que ses actions eussent pour finalité le nom du Ciel.
Et par la garde contre les paroles futiles, on mérite également d'être sauvé des pensées futiles et des actes futiles. À l'inverse, celui qui multiplie les paroles futiles - et à plus forte raison les paroles interdites comme le lachon hara et ce qui y ressemble - n'échappera nullement aux pensées étrangères (ma'hchavot zarot).
Et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit (Sanhédrin 106b) au sujet de Doëg : "toute sa Torah n'était que du bout des lèvres" ; cela veut dire que son cerveau et son cœur étaient remplis de pensées étrangères et de rêveries, par l'effet du lachon hara. Et en vérité la pensée précède la parole, et celui qui désire et s'efforce de se purifier des pensées étrangères, le Saint béni soit-Il l'aide aussi à être sauvé des paroles futiles.
Mais Doëg haïssait David, roi d'Israël, qui avait mérité "la fille du Roi, c'est la prière" (berata de-malka da tsalouta), car tel était son degré, comme il est écrit dans le Zohar (tome 3, 49, début de la colonne b) sur le verset "et moi, je suis prière" (Psaumes 109,4). C'est-à-dire qu'il n'eut jamais aucune pensée étrangère ; et assurément celui qui le hait hait cette chose bonne elle-même, ce qui signifie qu'il en est exactement l'inverse, étant rempli de pensées étrangères comme il a été dit plus haut, "toute sa Torah etc." ; et de là découlent le lachon hara ainsi que les actes futiles.
C'est pourquoi il est dit : "et l'âme de tes ennemis, Il la lancera [au creux de la fronde]" etc. (I Samuel 25,29).
Et dans le Zohar, section Bechala'h (59a), [il est expliqué] que cela porte sur les actes qui ne sont pas au service du Nom, c'est-à-dire les actes futiles. Et ceci, "l'âme de tes ennemis", signifie : les ennemis de David, roi d'Israël, dont la racine de la force et le propre étaient l'absence de pensées étrangères, tandis qu'eux en sont exactement l'inverse.
Et "âme" (nefech) : il est connu qu'il y a nefech, roua'h et nechama ; l'acte vient du nefech, et la parole du roua'h, comme il est dit "un souffle parlant" (le-roua'h memalela, Targoum Onkelos sur Genèse 2,7), et la pensée vient de la nechama. Et "Il la lancera" signifie : lorsqu'elle sort à l'acte, même dans des actes futiles.
Et c'est ce que dit là le Zohar sur le verset "toutes les œuvres etc." (Kohelet 1,14) : que des actes futiles se fait "vanité" (hevel) - cela veut dire : ce sont les pensées futiles. Et "poursuite de vent" (re'out roua'h), qui est le brisement, ne se rapporte qu'aux paroles futiles, car c'est là spécialement que réside l'interdit comme dit plus haut ; c'est pourquoi le châtiment porte sur elles, et non sur la pensée et l'acte, qui ne sont pas en son pouvoir.
Et alors "Il la lancera", ce qui est expliqué dans Chabbat (152b) : "elles complotent et vont" (zomemot ve-holkhot), c'est-à-dire des pensées qui vont sans cesse, ce qui veut dire que se revêtent le nefech, le roua'h et la nechama de la futilité mentionnée. L'acte, c'est le corps et le nefech ; et la parole et la pensée sont le roua'h et la nechama qui viennent le revêtir.
Et les pensées vont par le monde entier comme durant la vie, dans ces mêmes imaginations de jalousie, de convoitise et d'honneur, et comme si elles accomplissaient ces actions de vanité. Voilà le sens de "le creux de la fronde" (kaf ha-kela) : c'est l'inverse d'être liées dans "le faisceau des vivants" (tseror ha-''hayim), lequel est lui-même l'opposé des pensées de vanité, où il n'y a aucune vitalité ; ce n'est pas une chose fixe, ni une pensée établie et permanente, mais seulement l'errance de sa pensée partout où elle se tourne.
Et c'est cela "elles complotent et vont". Mais la pensée de vérité est fixée "comme un piquet en un lieu sur" (Isaie 22,23), et elle ne va ni n'erre sur les vastes étendues du déploiement de la pensée ; elle est seulement liée et attachée dans le lien de la vie, de sorte à ne penser et à ne méditer que sur les choses qui sont la vie du monde à venir.
Et ainsi sa récompense est mesure pour mesure, "et son œuvre est devant Lui" (Isaie 40,10).