« C'est par moi que les rois règnent » (Michlé 8,15) : toute élévation et toute autorité viennent par les paroles de Torah ; près du don de la Torah, la nomination de chefs se fait par Yitro. Rabbi Tsadok enseigne que l'âme israélite ne peut supporter aucune élévation, car chacun a une attache dans une lettre de la Torah et l'un a besoin de l'autre. L'argument de Kora'h est véridique : il n'y a pas lieu de s'élever. En ce monde-ci D.ieu a consenti à cette teinte par Yitro ; à l'avenir « ils n'enseigneront plus ». Le Zohar nomme les paroles de Yitro « paroles d'homme ordinaire », paroles de ce monde-ci tant qu'Israël n'est pas entièrement distingué des nations.
Aussi : « de mes élèves, plus que de tous », on recueille chez eux ce qui n'est pas en soi ; le creuseur de citernes occupe les besoins de la collectivité, sans paroles d'enseignement ; eved ivri et guer tochav seulement au temps du yovel.
[רלא] כל התנשאות ושררה הוא ע"י ד"ת כמ"ש בי מלכים ימלוכו. ולכן סמוך למ"ת ובאותה פרשה נאמר התמנות הראשום.
והי' זה ע"י יתרו דבאמת נפש הישראלית אין יכול לסבול התנשאות כלל אפי' מן הגדול בחכמה לפי שכל ישראל יש להם חלק בתורה כמ"ש מורשה קהלת יעקב. כמו שאמר ההוא ע"ה לר' ינאי במ"ר (פ' צו פ' ט) וכנודע דכל א' אחיזתו באות מהתורה וספר תורה שחסר אות א' פסול וא"כ כמו שזה צריך לזה כך צריך זה לזה.
והגם שיש לו חלק יותר גדול בד"ת מ"מ אינו יודע מחלקו של זה הקטן כלום. וזה טעם (תענית ז.) ומתלמידיי יותר מכולם כי רב אין לאדם רק אחד כמ"ש (ע"ז יט.) כל הלומד תורה מרב א' כו' גמרא מרב א' עדיף.
ואפי' יש לו יותר מ"מ חבירים מרובים יותר כנודע ותלמידים יותר מכולם דלזה אין קץ. והוא קולט כל הד"ת שבכל א' שאין נמצא בו ונמצא למד מהם יותר לרבויים.
וטענת קרח מדוע תתנשאו וגו' אמיתית דאין להתנשאות באמת. והגם דגם הוא ביקש כהונה גדולה וא"כ סותר דעת עצמו.
רק כונתו ודאי צריך כה"ג וזה מיוחד להיות שליחא דרחמנא לכנוס לק"ק ומשרע"ה מיוחד לקבלת התורה וכיוצא בו כל א' מישראל מיוחד לאיזה דבר ואין להתנשאות עליו. שכמו שהוא צורך בתורה כך הוא צורך.
כיון שבחסרון אות א' נפסל הוי כמו איברים שבחסרונן נטרף ואין להתעלות זה על זה אע"פ שזה למעלה וזה למטה מ"מ גם זה צורך לשימוש הגוף כמו זה. וזה טענת אותו חופר שיחין לריב"ז במד' שגם הוא עוסק בצרכי צבור.
רק הוא השיבו שאין זה ד"ת דד"ת לשון הוראה לאחרים והוא אין יכול להורות לאחרים שיבואו לשאול ע"ש. ומצד זה הוא התנשאות ת"ח על ע"ה משום דבע"ה הד"ת שלו בהעלם גדול והגלוי רק מצות ותלמוד גדול.
וזה לא שייך בדור המדבר שהיו דור דעה וכולם קדושים ובתוכם בפנימיותם שם הוי"ה שהוא קו אמצעי המבריח בכל קצוי הבריאה כנודע. רק עונשם היו דבאמת לא התנשאו כמ"ש והאיש משה עניו.
רק הגוון של התנשאות זה צריך בעוה"ז שהרי הסכים הקב"ה ע"י יתרו. דבעוה"ז א' צריך לחבירו שגדול ממנו בחכמה ורק לעתיד נא' ולא ילמדו וגו' כי כולם וגו' אפי' הע"ה יצא הד"ת הגנוז אצלם מן ההעלם.
והיינו כי בעוה"ז יש סודות וסתרי תורה שא"א לגלותם שלא יבואו לידי קלות ראש מפני היצר עי' בס' ברית מנוחה כ' כן על מאור א' דאלו ידעו תוקפו אפשר לבוא לידי קלות ראש. וזהו טעם אין דורשין כו' וכן יש נפשות שד"ת שלהם נסתר מטעם זה והם בלבוש בעוה"ז ע"ה.
אבל כשיבוטל יצ"ר יתגלה הכל ולא ילמדו וגו'. ורק יתרו שהי' גר הרגיש דבר זה שגם לעתיד אז"ל (בר"ר פ' צח ותנ' שם) שמשיח ילמד תורה לגוים שעתידים להתגייר כמ"ש ונהרו וגו' כי הם אין להם חלק מיוחד בתורה מה שאין לישראל כלל.
ולכך אצלם שפיר שייך ענין התנשאות. וכן יש ענין עבד בגוי משא"כ בישראל עבדי הם כו' רק עבד עברי לשעה כענין התנשאות דעוה"ז.
וגם זה רק בזמן שהיובל כו' (כמ"ש ערכין כט.) שאז גם גר תושב נוהג (כמש"ש) שעכו"ם ששומר ז' מצות לבד גם הוא קרוי גר. לעומת זה יש בישראל ג"כ מדריגת עבדות ושעבוד וג"כ קרוי ישראל אע"פ שרשות אדון עליו דזהו כ"ז שיושביה עליה (כמ"ש שם לב:) מכבוש א' דיהושע שהי' כבוש דעוה"ז לבד שלא קידשה לעת"ל כלל.
אבל מעת גלות ראשון די' שבטים ובטלה כבישה הראשונה אז החל צמיחת גאולה וכבישה שני' כידוע במד' (איכה א' ע) וירוש' ברכות (פ"ב ה' ד) דבאותו יום נולד משיח. ומכוון למה שאז"ל (סנהדרין צד.) בקש לעשות חזקי' משיח דתיכף התחיל נביעת אותו אור לעולם ונסתלק העבדות מישראל ונתבטל ג"כ קבלת גר תושב מאומות כמו ששמעתי בגמ' דגר עמוני בברכות (כח.) שכאשר מתברר ענין ישראל יותר אז גם ענין העכו"ם מתברר ונבדל יותר מישראל.
ולכן אין נקודת ישראל סובלת שעבוד והתנשאות כלל אפי' ע"י ד"ת. ולכך קרי לה הזוהר ע' יתרו (סח סע"ב) מילי דהדיוטא כי מאמר יתרו להיות שרים על ישראל עצמן זהו אינו אמת גמור ומילי דהדיוט.
והגם דהש"י הסכים ונכתב בתורה שהיא נצחיית. זהו לגבי האומות הם ישיגו לעתיד ג"כ בישראל מדריגות שרי אלפים כו' כפי מעלתם בתורה כמו שהאחר מרגיש בהביטו על איזה אדם יתרון בראש על הרגל אבל האדם עצמו כך יכאיב לו כשיכו הרגל כמו הראש.
וגם לעתיד אינו אלא כפי השגת יתרו ושאר גרים. רק דמילי דהדיוטא מילי שבעוה"ז נראה כן הגוון גם בישראל עצמן שכל זמן שלא נתבררו ישראל מכל העכו"ם צריכים להתנהג כפי מה שהוא בגוון לעיני ההדיוטות.
[231] Toute élévation (hitnasseout) et toute autorité (serara) viennent par les paroles de Torah (divrei Torah), comme il est écrit : "C'est par moi que les rois règnent" (Michlé 8,15). C'est pourquoi, tout près du don de la Torah (matan Torah) et dans cette même paracha, est rapportée la première nomination [de chefs], et cela s'est fait par Yitro.
Car en vérité l'âme israélite ne peut supporter aucune élévation, pas même celle de plus grand que soi en sagesse, puisque tout Israël possède une part dans la Torah, comme il est écrit : "un héritage pour l'assemblée de Yaakov" (Devarim 33,4) ; ainsi que le dit cet homme du peuple (am haarets, ignorant de la Torah) a Rabbi Yannai dans le Midrach Rabba (paracha Tsav, ch. 9).
Et comme on le sait, chacun a son attache (a'hiza) dans une lettre de la Torah, et un sefer Torah auquel manque une seule lettre est invalide (passoul) ; ainsi, de même que celui-ci a besoin de celui-là, celui-là a besoin de celui-ci. Et même si l'un a une part plus grande dans les paroles de Torah, il ne sait pourtant rien de la part de ce petit.
Telle est la raison de ce qui est dit (Taanit 7a) : "et de mes élèves, plus que de tous" ; car un homme n'a qu'un seul maître (rav), comme il est dit (Avoda Zara 19a) : "quiconque étudie la Torah auprès d'un seul maître etc.", la guemara auprès d'un seul maître étant préférable. Et même s'il en a plusieurs, ses compagnons (haverim) sont malgré tout plus nombreux, comme on le sait, et ses élèves plus que tous, car à cela il n'y a pas de fin.
Or il recueille toutes les paroles de Torah qui se trouvent en chacun d'eux et qui ne se trouvent pas en lui, et il se trouve apprendre d'eux davantage, du fait même de leur multitude. Et l'argument de Kora'h, "pourquoi vous élevez-vous etc." (Bamidbar 16,3), est véridique, car en vérité il n'y a pas lieu de s'élever.
Et bien que lui-même ait réclamé la grande prêtrise (kehouna guedola), se contredisant ainsi lui-même, son intention était seulement celle-ci : il faut certes un cohen gadol, et celui-là est désigné (meyou'had) pour être l'envoyé du Miséricordieux (chli'ha derahmana) et entrer dans le saint des saints (kodech hakodachim) ; Moche notre maître, la paix soit sur lui, est désigné pour recevoir la Torah ; et de même chacun en Israël est désigné pour quelque chose, et il n'y a pas lieu de s'élever au-dessus de lui, car de même que celui-ci est une nécessité dans la Torah, celui-là l'est aussi. Puisque le manque d'une seule lettre rend [le sefer Torah] invalide, il en va comme des membres dont l'absence rend [la bête] terefa : l'un n'a pas à se hausser au-dessus de l'autre ; bien que celui-ci soit en haut et celui-là en bas, celui-là aussi est nécessaire au service du corps autant que celui-ci.
Tel est l'argument de ce creuseur de citernes (hofer chi'hin) face à Rabbi Yo'hanan ben Zakkai dans le Midrach : que lui aussi s'occupe des besoins de la collectivité. Seulement, il lui répondit que ce ne sont pas là des paroles de Torah, car "paroles de Torah" est un terme d'enseignement (horaa) donné à autrui, et lui ne peut rien enseigner à ceux qui viendraient l'interroger ; vois-y (ayen cham).
C'est de ce côté-là seulement qu'il y a élévation du talmid 'hakham (érudit) sur le am haarets, parce que chez le am haarets ses paroles de Torah sont dans une grande occultation (helem) et que le révélé n'est chez lui que les mitsvot, alors que "l'étude est plus grande". Or cela ne s'appliquait pas à la génération du désert, qui était une génération de connaissance (dor dea), tous saints, portant en eux, dans leur intériorité, le Nom ה' qui est la ligne médiane (kav emtsai) traversant toutes les extrémités de la Création, comme on le sait.
Leur châtiment vint seulement de ce qu'en vérité [Moche et Aharon] ne s'élevaient pas, comme il est écrit : "et l'homme Moche était très humble" (Bamidbar 12,3). Seulement, cette teinte (gavan) d'élévation est nécessaire en ce monde-ci, puisque le Saint béni soit-Il y a consenti par l'intermédiaire de Yitro : car en ce monde-ci l'un a besoin de son compagnon plus grand que lui en sagesse, et ce n'est qu'à l'avenir qu'il est dit : "et ils n'enseigneront plus etc., car tous etc.
[me connaîtront]" (Yirmiyahou 31,33) ; même pour les amei haarets, les paroles de Torah enfouies en eux sortiront de l'occultation. Et cela parce qu'en ce monde-ci il est des secrets et des mystères de la Torah (sitrei Torah) qu'il est impossible de révéler, de peur que l'on n'en vienne à la légèreté d'esprit (kalout roch) à cause du yetser (le penchant au mal) ; vois le livre Berit Menou'ha, qui écrit ainsi au sujet d'une certaine lumière (maor) : que si l'on connaissait sa puissance, on pourrait en venir à la légèreté d'esprit.
Telle est la raison de "on n'expose pas [publiquement les mystères] etc." (Haguiga 11b). De même il est des âmes (nefachot) dont les paroles de Torah sont cachées pour cette raison, et qui portent en ce monde-ci le vêtement (levouch) du am haarets ; mais lorsque le yetser hara sera aboli, tout se révélera, et "ils n'enseigneront plus etc.".
Et seul Yitro, qui était un converti (guer), a perçu cette chose, car même à l'avenir nos maîtres ont dit (Berechit Rabba ch. 98, et Tan'houma là-bas) que le Machia'h enseignera la Torah aux nations destinées à se convertir, comme il est écrit : "et elles y afflueront etc." (Yechayahou 2,2) ; car elles n'ont pas, elles, de part propre dans la Torah, ce qui n'est nullement le cas d'Israël, et c'est pourquoi la notion d'élévation s'applique bel et bien chez elles.
De même la notion d'esclave (eved) existe chez le non-juif, contrairement à Israël dont il est dit "ils sont Mes serviteurs etc." (Vayikra 25,55) ; seul existe l'esclave hébreu (eved ivri), pour un temps, à la manière de l'élévation de ce monde-ci. Et cela même uniquement au temps où le yovel (jubilé) est en vigueur, etc.
(comme il est dit dans Arakhin 29a), car alors s'applique aussi le guer tochav (l'étranger résidant), comme il est dit là-bas : un non-juif qui observe seulement les sept mitsvot [des fils de Noa'h] est lui aussi appelé guer. En face de cela, il existe également en Israël un degré (madrega) de servitude et d'asservissement, et celui qui s'y trouve est malgré tout appelé Israël bien que l'autorité d'un maître pèse sur lui : cela vaut tant que "ses habitants sont sur elle" (comme il est dit là-bas, 32b), en vertu de la première conquête, celle de Yehochoua, qui n'était qu'une conquête de ce monde-ci et n'a nullement sanctifié [la terre] pour l'avenir.
Mais depuis le premier exil, celui des dix tribus, où la première conquête a cessé, alors a commencé la germination de la délivrance et de la seconde conquête, comme on le sait dans le Midrach (Eikha Rabba 1,70) et dans le Talmud de Jérusalem Berakhot (ch. 2, hal.
4) : que ce jour-là le Machia'h est né. Et cela concorde avec ce que nos maîtres ont dit (Sanhédrin 94a) : que [le Saint béni soit-Il] voulut faire de 'Hizkiyahou le Machia'h, car aussitôt commença le jaillissement de cette lumière dans le monde, la servitude fut ôtée d'Israël, et fut abolie aussi l'acceptation du guer tochav parmi les nations, ainsi que je l'ai entendu au sujet de la guemara du converti ammonite dans Berakhot (28a) : que lorsque la réalité d'Israël se clarifie davantage, alors la réalité des nations se clarifie elle aussi et se sépare davantage d'Israël.
C'est pourquoi le point d'Israël ne supporte aucun asservissement ni aucune élévation, pas même par les paroles de Torah. Et c'est pourquoi le Zohar, paracha Yitro (68b), l'appelle "paroles d'homme ordinaire" (milei dehedyota) : car la parole de Yitro d'établir des chefs sur Israël eux-mêmes n'est pas une vérité complète, ce sont des paroles d'homme ordinaire.
Et bien que le Nom, béni soit-Il, y ait consenti et que cela ait été écrit dans la Torah, qui est éternelle, cela vaut à l'égard des nations : elles percevront à l'avenir, en Israël aussi, des degrés de "chefs de milliers" etc., selon leur élévation dans la Torah ; de même qu'un étranger, en regardant un homme, ressent la supériorité de la tête sur le pied, alors que l'homme lui-même souffre autant lorsqu'on frappe son pied que lorsqu'on frappe sa tête. Et même à l'avenir, il n'en sera ainsi que selon la perception de Yitro et des autres convertis.
Seulement, "paroles d'homme ordinaire" signifie : des paroles de ce monde-ci, où cette teinte apparaît ainsi même en Israël eux-mêmes, car tant qu'Israël n'a pas été entièrement distingué de toutes les nations, ils doivent se conduire selon ce qui apparaît en teinte aux yeux des hommes ordinaires (hedyotot).