« Parce que j'ai appelé et que vous avez refusé, j'ai tendu ma main » (Proverbes 1,24) : D.ieu appelle l'homme chaque jour. Selon Rabbi Tsadok, cet appel, ce sont les pensées du cœur qui montent d'elles-mêmes vers D.ieu, « comme dans l'eau le visage répond au visage » ; tendre la main éveille par la Torah, Sa droite, ou par les tefilin, Sa gauche, l'amour d'Israël chez le am ha-arets (l'homme sans étude). D.ieu fait affluer techouva et amour ; l'homme doit s'y tenir, le cœur aux vanités n'entend rien. Le matin, Avraham, amida, prêt à l'influx ; le soir, Its'hak, si'ho (sa plainte) ; la nuit, Yaakov, peguia (insistance) : il saisit le vêtement et ne lâche pas jusqu'à voir que c'est ainsi.
[רכב] הש"י קורא לאדם בכל יום שנא' יען קראתי ותמאנו נטיתי ידי וגו'. הקריאה הוא הרהורי הלב הבאים מעצמן בתשוקה להש"י והוא ע"י קריאת הש"י לו כמים הפנים וגו'.
ונטיית היד הוא התעוררות ע"י ד"ת שהוא ימינו (ברכות ו.) או לע"ה ע"י תפילין שהוא שמאלו. פי' תפילין דמארי עלמא הוא אהבת ישראל כמשז"ל (שם) ומכניס בלבו אהבת ישראל שזהו אצל ע"ה במקום אהבת התורה.
ועי"ז מתעורר לשוב להש"י ולעולם הש"י משפיע הרהורי תשובה וחשקות לאהבה ולתורה ולעבודה בלבות בנ"י. רק שהאדם צריך להכין עצמו לשמוע בקול ה' הקוראו ומשפיע בלבו הרהורי תשובה להחזיק בם בל ירפה.
כי מי שלבבו פונה להבלי עולם אינו שומע ומשיג כלל שפע הש"י. והיינו צלותא דאברהם אע"ה שנקרא עמידה לבד כמ"ש בר"פ תה"ש ע"פ המקום אשר עמד משם נלמד תפלת שחרית.
כי בבוקר כשהאדם מתעורר משינתו אז צריך הוא התשוקה באדם מה לעשות ביום זה דבר שחפץ. וצריך לייחד כל חשקותיו ותאותיו לאהבת הש"י מדת אברהם אע"ה ויקוה להש"י כי ישפיע אליו שפעו ודי החפלה רק במה שעומד מוכן ומזומן לפני הש"י להשפיעו.
ואח"כ כאשר ינטו צללי ערב ומתחיל להחשיך שהוא היפוך אור המאיר ורואה שלא השיג לישועה שלימה עדיין או נופל עליו היראה מדת יצחק ואז מתפלל תפלת העני ולב נשבר דנקרא שיחו כמשאז"ל שם על תפלת יצחק מלשון זה. ואח"כ בלילה שהוא בעת החשכות הגמור שרואה גם אחר תפלה שני' לא נענה בישועה שלימה עדיין רק אדרבא מחשיך והולך.
כי כל זמן שלא נענה לגמרי הרי מחשיך והולך. אז בא למדת יעקב אע"ה באמת ואמונה שמתחזק באמונתו ית' שודאי יושיע והכל לטובה שזהו האמת הגמור.
והוא חבור ב' מדות דאברהם ויצחק דהיינו היראה בהוה והבטיחות והשמחה בעתיד ותפלתו אז נקרא בלשון פגיעה ע"ש בר"פ תה"ש. והוא כמו ששמעתי על לשון מפגיע בתפלות ומפגיע אין בידינו ובפ"ק דתענית (ח.) ע"פ ויצו עליו כמפגיע דר"ל כמו פגע שאינו רוצה לשוב וללכת מהש"י בשום אופן רק שיענהו והרי זה כאוחז בבגדו ואומר איני מניחך.
וזהו תפלת הלילה בעת החושך הגמור אחר שרואה שלא נענה זה פעמיים הגם שהי' באהבה ויראה ובלב נשבר ג"כ. צריך שיהי' כמפגיע עד שיוכרח להיענות ולהשיג במדת אמונה מדת האמת היינו הבירור לעין שהוא כן כמו שהוא בוטח באמונתו.
[222] ה' béni soit-Il appelle l'homme chaque jour, ainsi qu'il est dit : "parce que j'ai appelé et que vous avez refusé, j'ai tendu ma main, etc." (Proverbes 1,24). Cet appel, ce sont les pensées du cœur qui montent d'elles-mêmes dans un élan de désir vers ה' béni soit-Il, et cela se produit par l'appel que ה' béni soit-Il lui adresse, selon "comme dans l'eau le visage répond au visage" (Proverbes 27,19).
Et l'extension de la main, c'est l'éveil par les paroles de Torah, qui sont Sa droite (Berakhot 6a), ou bien, pour le am ha-arets (l'homme sans étude), par les tefilin, qui sont Sa gauche. Explication : les tefilin du Maître du monde, c'est l'amour d'Israël, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (ibid.), et Il met dans son cœur l'amour d'Israël, ce qui tient chez le am ha-arets la place de l'amour de la Torah.
Par cela il s'éveille à revenir vers ה' béni soit-Il ; et toujours ה' béni soit-Il fait affluer des pensées de techouva (retour) et des élans d'amour, de Torah et de service divin dans les cœurs des enfants d'Israël. Seulement, l'homme doit se préparer à écouter la voix de ה' qui l'appelle et qui fait affluer dans son cœur des pensées de techouva, afin de s'y tenir fermement et de ne pas relâcher prise.
Car celui dont le cœur se tourne vers les vanités du monde n'entend ni ne saisit en rien l'influx de ה' béni soit-Il. Et c'est là la prière d'Abraham notre père, paix sur lui, qui est appelée seulement "station" (amida), comme il est écrit au début du chapitre Tefilat HaChahar (Berakhot 26b) : du verset "le lieu où il s'était tenu" (Genèse 19,27) on apprend la prière du matin (chaharit).
Car le matin, lorsque l'homme s'éveille de son sommeil, il lui faut alors ce désir qui est dans l'homme : que faire en ce jour, quelque chose qu'il souhaite. Et il doit rassembler tous ses élans et tous ses appétits vers l'amour de ה' béni soit-Il, mesure d'Abraham notre père, paix sur lui, et espérer en ה' béni soit-Il qu'Il fasse affluer vers lui Son influx ; et il suffit à la prière qu'il se tienne prêt et disposé devant ה' béni soit-Il pour qu'Il fasse affluer sur lui.
Ensuite, lorsque s'étendent les ombres du soir (Jérémie 6,4) et qu'il commence à faire sombre, ce qui est l'inverse de la lumière qui éclaire, et qu'il voit qu'il n'a pas encore atteint le salut complet, ou bien que tombe sur lui la crainte, mesure d'Its'hak, alors il prie la prière du pauvre et du cœur brisé, qui est appelée "sa plainte" (si'ho), comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie là-bas au sujet de la prière d'Its'hak, tirée de cette expression ["lasouah bassade", Genèse 24,63]. Ensuite, la nuit, qui est le temps de l'obscurité totale, lorsqu'il voit que même après la seconde prière il n'a pas encore été exaucé d'un salut complet, mais qu'au contraire l'obscurité va grandissant - car aussi longtemps qu'il n'est pas exaucé entièrement, voilà que l'obscurité va grandissant - alors il parvient à la mesure de Yaakov notre père, paix sur lui, la vérité et la foi : il se renforce dans sa foi en Lui, béni soit-Il, qu'Il sauvera assurément et que tout est pour le bien, ce qui est la vérité complète.
Et c'est là jonction des deux mesures, celle d'Abraham et celle d'Its'hak, à savoir la crainte dans le présent, et la confiance et la joie dans l'avenir. Sa prière est alors appelée du terme de peguia (rencontre, insistance pressante), vois cela au début du chapitre Tefilat HaChahar.
Et c'est comme je l'ai entendu au sujet de l'expression mafgia (celui qui presse, qui intercède) dans les prières : "et nous n'avons pas d'intercesseur (mafgia) en main" ; et au premier chapitre de Taanit (8a) sur le verset "et Il ordonna à son sujet" - "comme celui qui presse" (כמפגיע), ce qui veut dire : comme celui qui accoste quelqu'un (pegua) et ne veut en aucune manière s'en retourner et s'en aller d'auprès de ה' béni soit-Il, sinon qu'Il lui réponde ; et le voilà comme celui qui saisit son vêtement et dit : je ne te lâche pas. Et telle est la prière de la nuit, au temps de l'obscurité totale, après qu'il a vu qu'il n'a pas été exaucé, et cela deux fois, bien que ce fut avec amour et avec crainte, et avec un cœur brisé également.
Il faut qu'il soit comme celui qui presse (mafgia), jusqu'à ce qu'Il soit contraint de l'exaucer, et qu'il atteigne, par la mesure de la foi, la mesure de la vérité, c'est-à-dire la clarification visible à l'œil que c'est bien ainsi, comme il s'y confie dans sa foi.