L'essentiel de l'homme, ce sont les pensées, les hirhourim (représentations de l'esprit) et les volontés du cerveau et du cœur : voilà sa spiritualité ; le corps est la « chair de l'homme ». Pour Rabbi Tsadok, lorsque pensée et volonté sont englouties dans les vanités, l'homme est appelé « homme mauvais » (adam ra), face à l'homme du Trône d'où sont taillées les âmes. L'homme mauvais revêt l'âme d'Israël, mais la racine demeure : « même s'il a fauté, il est Israël ». « Délivre-moi, Hachem, de l'homme mauvais » (Tehilim 140,2) sort des vêtements du passé ; « de l'homme de violences préserve-moi » garde de la colère, qui spolie l'âme déjà dégagée.
[ריז] עיקר האדם הוא המחשבות והרהורים ורצונות שבמוח ולב שזהו רוחניות אדם אבל הגוף הוא גשמי ונקרא בשר אדם. וכשח"ו מחשבתו ורצונו שקועים בהבלים אז נקרא אדם רע כידוע דדמות אדם יושב על הכסא והוא מקור מחצב הנשמות וזה לעומת זה יש אדם בליעל פי' קומה שלימה מכל מיני מחשבות ורצונות לרע.
וכנודע מטעם הזוהר משפטים צ"ה ב' ע"פ עת אשר שלט האדם באדם וגו' וע"ז מבקשין חלצני ה' מאדם רע כי בסנהדרין (מד.) המשילו חטאי ישראל להוצי הסובבים האסא. כי באמת שורש נשמת ישראל מאדם שעל הכסא וכמ"ש בצלמנו כדמותינו רק שהאדם רע מלבישם ואסורים וכבושים בו.
וכד"ש בברכות (ו.) וקיימי עלן כו' כל חד מינן אלפא משמאליה ורבבתא מימיניה. מימינו פי' תאות וחמדות עוה"ז זהו רבוא לשון רבוי שהוא בתוקף עצום כי זהו עיקר היצ"ר שבלב בנ"י כמו ששמעתי בטעם דמצורע משתלח חוץ למחנה ישראל ולא הזב.
ומשמאלו דהיינו גבורה רעה בכעס וקנאה וניצוח ואביזרייהו אלף הוא המספר היותר גדול כמ"ש הרמב"ן ע"פ נתתי אלף כסף. והיינו דדבר שתחת סוג המספר והגבול רק שהוא בתוקף וגוזמא נקט אלף ודבר שאינו בסוג המספר תופס רבבה.
כמ"ש במק"א דלכן שרים עד אלף ועל הרבוא הוא מדרגת מלך. ולפי שיצ"ר דתאוה הוא טוב מאד וכמ"ש במדה"נ (זח"א קלח א) שישאר גם לעתיד רק דאתלבן דלולי כן לא אשתכח חמידו דאורייתא ומצד זה הוא בלתי גבול לכך גם התפשטותו לרע הוא ברבוי.
וכל זה רק מצד ומימין שסובבים ומלבישים. ואליך פי' אל פנימיותך ומעמקי שורשך לא יגש דהשורש נשאר ואע"פ שחטא ישראל הוא רק לבוש תוך האדם רע.
וע"ז הוא הבקשה חלצני וגו' על העבר מה שכבר נשתקע תוך מחשבות ורצונות אשר לא לה' המה ונעשו ח"ו מלבושים לנשמתו חלצני והוציאני מהם. ועל להבא מאיש חמסים תנצרני פי' אדם שם כללי וחלוקים לזכר ונקיבה איש ואשה.
וידוע דהתאוה והחשק נוקבא והכח וגבורה דכורא שממנו נמשכים ברע רציחה וכעס ואביזרה. וזהו איש חמסים שהוא בא לעשוק הנפש שכבר נחלצה ממנה כשרואה שהיא חלושה כטעם איזה גבור הכובש את יצרו וכשאין בו כח לכבוש הוא חומסו אע"פ שכבר בא לטהר ונטהר על העבר כפי כחו הוא משתדל לשוב לעושקו ולחומסו לחלקו בגזילה.
וזה כח האיש והוא ע"י הכעס כידוע מהאריז"ל ע"פ טורף נפשו באפו שע"י הכעס הנפש נטרפת ח"ו שהאיש חמסים המכניס הכעס חומסה ואז עי"ז אח"כ יש שליטה לרע בו גם בכל מיני הרהורים וחמדות. וע"ז מבקש שישמרנו להבא מכעס וקנאה ואביזרייהו שלא יהיה נחמס וממילא יהי' שמור ג"כ בתאוה שהיא הנוק' שאין בה כח החמוסה.
שמאחר שכל מחשבותיו שקועים בד"ת אין שליטה להרהורי תאות וכמ"ש הרמב"מ (סוף ה' אסו"ב) דאין הרהורין שולטים אלא בלב פנוי מן התורה. רק שהכעס יכול לגבר ח"ו כמ"ש (תענית ד.) האי צורבא מרבנן דרתח כו' ובזה יש שליטה לאיש חמסים ח"ו לבוא לכעס גמור הרע ח"ו.
וצריך לבקש מהש"י שישמרנו וזהו אחר שכבר נטהר לשעבר בתפלתו חלצני וגו' ונחלץ ממחשבות והרהורים השוטפים ועוברים במוחו ולבו לדעתו ושלא לדעתו ונתייחד להש"י כטעם אין את יהיב עינא ולבא לי אנא ידע דאת דילי (ירושלמי ברכות פ' א' ה' ה) שזהו עיקר האדם העין רומז על מחשבות והרהורי המוח שבאים ממנו. ואז עכ"ז יש לו לבקש אלהבא מאיש וגו' כנ"ל:
[217] L'essentiel de l'homme, ce sont les pensées, les hirhourim (pensées et représentations qui traversent l'esprit) et les volontés qui sont dans le cerveau et dans le cœur : voilà la spiritualité de l'homme ; mais le corps, lui, est matériel et se nomme 'chair de l'homme'. Et lorsque, à D.ieu ne plaise, sa pensée et sa volonté sont englouties dans les vanités, il est alors appelé 'homme mauvais' (adam ra), car il est connu qu'une 'ressemblance d'homme (adam) siège sur le Trône' (Ezechiel 1,26) et que c'est là la source et la carrière d'où sont taillées les âmes ; et 'celui-ci en face de celui-là' (Ecclésiaste 7,14), il existe un 'homme de Belial' (adam beliyaal), c'est-à-dire une stature complète (koma chelema) faite de toutes sortes de pensées et de volontés tournées vers le mal.
Ainsi qu'on le sait de l'enseignement du Zohar, Michpatim 95b, sur le verset 'un temps où l'homme a dominé sur l'homme [pour son malheur]' (Ecclésiaste 8,9). Et c'est sur cela que l'on demande : 'Délivre-moi, ה', de l'homme mauvais' (Psaumes 140,2).
Car dans Sanhédrin (44a) ils ont comparé les fautes d'Israël aux ronces (houtsei) qui entourent le myrte (assa). Car en vérité la racine de l'âme d'Israël vient de l'homme (adam) qui est sur le Trône, comme il est écrit 'à notre image, selon notre ressemblance' (Genèse 1,26) ; seulement, l'homme mauvais les revêt, et elles sont liées et captives en lui.
Et comme ils ont dit dans Berakhot (6a) : 'et ils se tiennent sur nous... chacun d'entre nous en a mille à sa gauche et dix mille à sa droite' [Psaumes 91,7]. 'À sa droite' veut dire les désirs et les convoitises de ce monde-ci : c'est là 'revava' (dix mille), terme de multitude, car cela est d'une force immense, étant l'essentiel du yetser hara (penchant au mal) qui est dans le cœur des enfants d'Israël, comme je l'ai entendu au sujet de la raison pour laquelle le metsora (le lépreux) est renvoyé hors du camp d'Israël, et non le zav (celui qui a un écoulement impur). Et 'à sa gauche', c'est-à-dire la guevoura (rigueur) mauvaise, dans la colère, la jalousie, l'esprit de contradiction et leurs accessoires (avizrayhou) : 'mille' est le nombre le plus grand, comme l'a écrit le Ramban (Nahmanide) sur le verset 'j'ai donné mille pièces d'argent' (Genèse 20,16).
C'est-à-dire : une chose qui relève de la catégorie du nombre et de la limite, mais que l'on énonce avec force et exagération, il prend pour elle 'mille' ; et une chose qui ne relève pas de la catégorie du nombre, il lui applique 'dix mille' (revava). Comme il est écrit ailleurs : c'est pourquoi les chefs vont jusqu'à mille, et au-dessus de dix mille c'est le degré de roi.
Et puisque le yetser hara du désir est 'très bon', comme il est écrit dans le Midrach HaNé'elam (Zohar I, 138a) qu'il subsistera aussi dans l'avenir, seulement qu'il sera blanchi (de-itlaven), car sans cela ne se trouverait pas 'le désir de la Torah' (hamidou de-oraita) ; et de ce côté-là il est sans limite, c'est pourquoi son extension vers le mal est elle aussi en multitude (revava). Et tout cela n'est que du côté de 'ton flanc' et de 'ta droite', qui entourent et revêtent.
Mais 'vers toi', c'est-à-dire vers ton intériorité et les profondeurs de ta racine, 'il n'approchera pas' (Psaumes 91,7) : car la racine demeure, et 'même s'il a fauté, il est Israël' (Sanhédrin 44a) ; ce n'est qu'un vêtement à l'intérieur de l'homme mauvais. Et c'est sur cela que porte la demande 'délivre-moi...' pour le passé : ce qui s'est déjà enfoncé dans des pensées et des volontés qui ne sont pas pour ה', et qui sont devenues, à D.ieu ne plaise, des vêtements pour son âme ; 'délivre-moi' et fais-moi sortir d'elles.
Et pour l'avenir : 'de l'homme de violences (ich hamassim) préserve-moi' (Psaumes 140,2). Explication : 'adam' est un nom général, et ils se divisent en masculin et féminin, 'ich' et 'icha'.
Et il est connu que le désir et l'envie sont Noukva (le féminin), tandis que la force et la guevoura sont dekhoura (le masculin), d'où découlent, dans le mal, le meurtre, la colère et leur accessoire. Et voilà l'homme de violences : il vient spolier l'âme qui s'en est déjà dégagée, lorsqu'il voit qu'elle est faible, dans le sens de 'quel est le fort ? celui qui domine son penchant' (Avot 4,1) ; et lorsqu'il n'y a plus en lui la force de dominer, il le spolie.
Bien qu'il soit déjà venu se purifier et qu'il ait été purifié pour le passé selon ses forces, il s'efforce de revenir l'opprimer et le spolier, pour prendre sa part par rapine. Et telle est la force de l'ich, et elle passe par la colère, comme on le sait de l'Arizal (Rabbi Its'hak Louria) sur le verset 'il déchire son âme dans sa colère' (Job 18,4) : par la colère l'âme est déchirée, à D.ieu ne plaise, car l'homme de violences, qui fait entrer la colère, la spolie.
Et alors, par ce moyen, le mal obtient ensuite une emprise sur lui aussi dans toutes sortes de hirhourim et de convoitises. Et c'est sur cela qu'il demande d'être garde pour l'avenir de la colère, de la jalousie et de leurs accessoires, afin de ne pas être spolié ; et par là même il sera garde aussi quant au désir, qui est la Noukva, en laquelle il n'y a pas la force de la spoliation.
Car dès lors que toutes ses pensées sont plongées dans les paroles de Torah, les hirhourim du désir n'ont aucune emprise, comme l'a écrit le Rambam (Maïmonide, fin des Hilkhot Issourei Bia) : les hirhourim ne dominent que dans un cœur vide de Torah. Seulement, la colère, elle, peut prendre le dessus, à D.ieu ne plaise, comme il est dit (Taanit 4a) : 'ce jeune érudit qui s'emporte...'.
Et par là l'homme de violences a une emprise, à D.ieu ne plaise, pour en venir à une colère entière, qui est le mal, à D.ieu ne plaise. Il faut donc demander à Hachem Yitbarakh (le Nom, qu'Il soit béni) qu'Il le garde.
Et cela, après qu'il a déjà été purifié pour le passé par sa prière 'délivre-moi...', et qu'il s'est dégagé des pensées et des hirhourim qui déferlent et passent dans son cerveau et dans son cœur, sciemment et à son insu, et qu'il s'est uni à Hachem Yitbarakh, dans le sens de 'si tu Me donnes l'œil et le cœur, Je sais que tu es à Moi' (Talmud de Jérusalem, Berakhot ch. 1, halakha 5), car c'est là l'essentiel de l'homme, l'œil faisant allusion aux pensées et aux hirhourim du cerveau, qui viennent de lui.
Et alors, malgré tout cela, il lui reste à demander pour l'avenir 'de l'homme [de violences]...', comme ci-dessus.