Le cœur est le récipient (keli kaboul). Pour Rabbi Tsadok, la crainte du Ciel, trésor du cœur, délimite la convoitise du yetser (le penchant) : le cœur net d’orgueil et de jalousie est récipient du bien, et le récipient de la bénédiction est la paix, demandée à la fin de la prière. Tant que le cœur de pierre n’est pas ôté, on ne reçoit pas l’abondance du bien ; Eliyahou fera la paix. Rabbi Akiva entra et sortit en paix ; Ben Zoma, par l’élan de l’amour, voulut recevoir davantage et se trompa sur la séparation des eaux. La crainte délimite l’amour pour l’honneur du Ciel, reconnaissance du manque ; par cette délimitation, on peut tout saisir.
[רטו] הלב הוא הכלי קבול כמ"ש בשבת (לא.) דיראה הוא האוצר וביומא (עב:) ע"פ ולב אין דשם היראה. והיינו דיר"ש הוא הגדרת חמדת היצר שבלב שזהו בידי אדם וכפי נקיון הלב מכל מיני פסולת כי הוא כלי קבול יותר לטובה וברכה.
ועיקר שיהי' נקי מגיאות וקנאה שזהו עיקר הכלי קבול שלא יבוא ע"י רוב טובה לגיאות המושכת אחרי' קנאה ושנאה ושאר מדות רעות. ולכן כלי מחזיק ברכה הוא השלום ובו מסיימת התפלה שמבקש מהש"י על טובה ובסוף מבקש על שלום כדי שיהי' כלי קבול לרוב טובה.
וא' ביבמות (מז:) ובתענית (כב:) דאין יכול לקבל רוב טובה בזמה"ז והיינו כל זמן שלא הוסר לב האבן. ולעתיד לבא אליהו בא לעשות שלום בעולם ויסתלק הקנאה והשנאה וגיאות מלב אז מקבל כל א' רוב טובה בשפע.
וא' (חגיגה יד:) רע"ק נכנס בשלום ויצא בשלום שע"י מדת השלום שאחז בה וכד"ש ביבמות (עז.) ואפי' לרועי צאן עי"ז נכנס ויצא והשיג חכמה שלמעלה ממדריגתו כדאי' (חגיגה טו:) דבקשו מלה"ש לדחפו משמע שהי' למעלה ממדרגתו. אבל על בן זומא אמרו אכול דייך פן וגו' כנ"ל אות ר"א ממנו וכנ"ל אות ר"ו דשבירת הכלים שבקשו לקבל אור יותר מן הראוי והוא גיאות.
ובגמ' (שם ע"א) אי' טעות ב"ז בהבדל שבין מים עליונים למים תחתונים ע"ש פי' מים עליונים ומים תחתונים ידוע דהם הנקרא בזוהר מיין דכרין ומיין נוקבין היינו האתערותא דלתתא ע"י החשק שבלב והמילוי מלמעלה ע"י החכמה שבמוח. והם תפלה ותורה וכמ"ש (ברכות לב:) מאי תקנתי' יעסוק בתורה ועץ חיים תאוה באה כי תורה הוא מילוי התאוה והחשק שבתפלה.
ביום א' היו מעורבים פי' כי יום א' נגד מדת אברהם אע"ה באהבה ונמצא החשק הוא עצמו המילוי. רק שבאמת בחשק האדם אפי' לתורה ולידיעת אלהות מאחר שאין הלב נקי החשק הטבע ממנו ג"כ אין נקי לגמרי ואפשר שיהי' תאוה ככל התאות וכמו שחושקין לדעת חכמה וכדומה.
וכמו ששמעתי ע"פ לא ברוח ה' וגו' פי' רצון והתלהבות באהבה ורעש ביראה הכל עדיין אינו נקי ושיהי' מעון הש"י בו. וע"ז הוא היראה שבלב שמגדרת האהבה ומצמצמתו שיהי' רק מה שהוא לכבוד שמים.
והתכללותם הוא מדת יעקב אע"ה הרומז לשם הוי"ה וצורת אדם שבמרכבה שהוא תכלית השלימות. ואברהם אע"ה לא נשלם אלא אחר נסיון י' בעקידה שאז אתכליל במדת יצחק וכמ"ש בזוהר (ח"א קיט ב) וכמ"ש עתה ידעתי כי ירא וגו'.
וזש"נ יעקב אשר פדה את אברהם כי מצד מדת יעקב שהוא ההתכללות שהי' ג"כ כלולה באברהם ניצול. דמצד מדתו לבד הרי ביום א' נאמר והארץ היתה תוהו דעולם התוהו והשבירה בא מזה ע"י תוקף החשק והאהבה להשיג אור הש"י בלא יראה המצמצמת.
ולכך ביום ב' נעשה רקיע מבדיל בין מים למים שהיראה הוא הכרת החסרון שאין חשקו בשלימות כמו המים עליונים שהוא רצון הש"י המשפיע. וההבדל כמלא נימא ופי' בתיקונים תיקון י"ט שהוא הסוד דאוריי' יעו"ש.
פי' דבאמת ידו של הש"י פחוחה להשלים תיכף רק שיש הפסק כמלא נימא רקיע המבדיל ומעלים שידע שיש סוד והעלם ושאין יכול לקבל הכל. וב"ז רצה לקבל יותר בתוקף האהבה והחשק ולפיכך טעה ללמוד מיום א' ובאמת אז לא הי' הבדלה כלל ולכך רוח א-להים מרחפת נוגע ואינו נוגע ע"י העדר ההבדלה כי אז הי' תוהו עדיין וזהו פן וגו' שעי"ז אדרבא נפגע ויצא מחכמה לפי שביקש להשיג הכל ושלא יהי' סוד והעלם כלל לפניו.
נתרחק ממנו עד ג' אצבעות ונוגע ואין נוגע. ולכן א' בשבת (לא.) אי יראת ה' היא אוצרו כו' מוטב שלא העלית שלא יהי' נפגע ח"ו כנ"ל אבל ע"י יר"ש שבלב המגדרתו יוכל להשיג הכל רק שיהי' מוגדר ביר"ש ומצומצם כנ"ל:
[215] Le cœur est le récipient (keli kaboul, le vase qui reçoit), comme il est dit dans Chabbat (31a) que la crainte est le trésor, et dans Yoma (72b) sur le verset "et il n'y a pas de cœur" (Michle 17,16) : c'est là que se trouve la crainte. C'est-à-dire que la crainte du Ciel (yirat chamayim) est la délimitation de la convoitise du yetser (le penchant) qui est dans le cœur, ce qui est au pouvoir de l'homme ; et cela selon la propreté du cœur, net de toute espèce de scorie, car il est alors davantage un récipient pour le bien et la bénédiction.
Et l'essentiel est qu'il soit net d'orgueil et de jalousie, car c'est là l'essentiel du récipient : qu'il n'en vienne pas, par l'abondance du bien, à l'orgueil, lequel entraîne après lui la jalousie, la haine et les autres mauvaises mesures (midot). C'est pourquoi le récipient qui contient la bénédiction, c'est la paix ; et c'est par elle que s'achève la prière : on demande au Nom béni le bien, et à la fin on demande la paix, afin d'être un récipient pour l'abondance du bien.
Et il est dit dans Yevamot (47b) et dans Taanit (22b) qu'on ne peut pas recevoir l'abondance du bien en ce temps-ci ; c'est-à-dire tant que le cœur de pierre n'a pas été ôté. Et dans l'avenir, Eliyahou vient faire la paix dans le monde, et la jalousie, la haine et l'orgueil se retireront du cœur ; alors chacun reçoit l'abondance du bien en profusion.
Et il est dit (Haguiga 14b) que Rabbi Akiva entra en paix et sortit en paix : c'est par la mesure de la paix à laquelle il se tenait, et comme il est dit dans Yevamot (77a) "et même aux bergers de troupeaux", que par cela il entra et sortit, et il atteignit une sagesse au-dessus de son degré, comme il est rapporté (Haguiga 15b) que les anges du service voulurent le repousser, ce qui indique qu'il était au-dessus de son degré. Mais de Ben Zoma ils ont dit "mange ce qui te suffit, de peur que..." (Michle 25,16), comme ci-dessus au paragraphe 201 à son sujet, et comme ci-dessus au paragraphe 206, que la brisure des vases (chevirat hakelim) fut qu'ils voulurent recevoir plus de lumière qu'il ne convenait, et cela est de l'orgueil.
Et dans la Guemara (ibid., 15a) il est rapporté que l'erreur de Ben Zoma porta sur la séparation entre les eaux supérieures et les eaux inférieures, vois là-bas. Explication : les eaux supérieures et les eaux inférieures, on sait que ce sont celles que le Zohar appelle mayin doukhrin et mayin noukvin (eaux masculines et eaux féminines), c'est-à-dire l'éveil d'en bas (itarouta diletata) par l'élan qui est dans le cœur, et le remplissage d'en haut par la sagesse qui est dans le cerveau.
Et ce sont la prière et la Torah, comme il est dit (Berakhot 32b) "quel est son remède ? qu'il s'occupe de Torah", et "un arbre de vie, un désir accompli" (Michle 13,12), car la Torah est le remplissage de la convoitise et de l'élan qui sont dans la prière. Le premier jour ils étaient mêlés.
Explication : car le premier jour correspond à la mesure d'Avraham notre père, qui est dans l'amour, et il se trouve que l'élan lui-même est le remplissage. Seulement qu'en vérité, dans l'élan de l'homme, même vers la Torah et vers la connaissance de la divinité, dès lors que le cœur n'est pas net, l'élan naturel qui vient de lui n'est pas non plus entièrement net, et il se peut que ce soit une convoitise comme toutes les convoitises, ainsi qu'on convoite de connaître la sagesse et le reste.
Et comme je l'ai entendu sur le verset "ה' n'était pas dans le vent" etc. (Melakhim I 19,11) : explication, la volonté et l'exaltation dans l'amour, et le fracas dans la crainte, tout cela n'est pas encore net au point que la demeure du Nom béni soit en lui.
Et c'est à cela que sert la crainte qui est dans le cœur, qui délimite l'amour et le restreint (tsimtsoum), pour qu'il ne soit que ce qui est pour l'honneur du Ciel. Et leur inclusion l'un dans l'autre est la mesure de Yaakov notre père, qui fait allusion au Nom (הוי"ה) et à la forme de l'homme qui est dans le char (merkava), laquelle est le comble de la perfection.
Et Avraham notre père ne fut achevé qu'après la dixième épreuve, à la ligature d'Its'hak (akeda), car alors il fut inclus dans la mesure d'Its'hak, comme il est écrit dans le Zohar (I, 119b) et comme il est dit "maintenant je sais que tu crains" etc. (Bereshit 22,12).
Et c'est ce qui est écrit "Yaakov qui a racheté Avraham" (Yechayahou 29,22) : car c'est du côté de la mesure de Yaakov, qui est l'inclusion, laquelle était comprise elle aussi dans Avraham, qu'il fut sauvé. Car du côté de sa mesure à lui seule, voici qu'au premier jour il est dit "et la terre était tohu" (Bereshit 1,2) : le monde du tohu et la brisure sont venus de là, par la force de l'élan et de l'amour de saisir la lumière du Nom béni sans la crainte qui restreint.
Et c'est pourquoi au deuxième jour fut fait un firmament séparant entre les eaux et les eaux : car la crainte est la reconnaissance du manque, que son élan n'est pas dans la perfection comme les eaux supérieures, qui sont la volonté du Nom béni qui dispense. Et la séparation est de l'épaisseur d'un cheveu, et il est expliqué dans les Tikounim, tikoun 19, que c'est là le secret de "d'oraita" (ce qui relève de la Torah), vois là-bas.
Explication : en vérité la main du Nom béni est ouverte pour parachever aussitôt, seulement qu'il y a une interruption de l'épaisseur d'un cheveu, un firmament qui sépare et qui voile, afin qu'il sache qu'il y a un secret et un voilement, et qu'il ne peut pas tout recevoir. Et Ben Zoma voulut recevoir davantage, par la force de l'amour et de l'élan, et c'est pourquoi il se trompa en tirant leçon du premier jour ; et en vérité, alors, il n'y avait aucune séparation, et c'est pourquoi "le souffle d'Elokim planait" (Bereshit 1,2), touchant et ne touchant pas, du fait de l'absence de séparation, car alors c'était encore tohu.
Et c'est là le "de peur que" etc. : car par cela, au contraire, il fut atteint et sortit de la sagesse (il perdit la raison), parce qu'il chercha à tout saisir et à ce qu'il n'y ait devant lui ni secret ni voilement du tout. Il s'en éloigna jusqu'à trois doigts, touchant et ne touchant pas.
Et c'est pourquoi il est dit dans Chabbat (31a) "si la crainte de ה' est son trésor" etc., "mieux valait que tu ne l'aies pas monté", afin qu'il ne soit pas atteint, à D.ieu ne plaise, comme ci-dessus ; mais par la crainte du Ciel qui est dans le cœur et qui le délimite, il peut tout saisir, pourvu seulement que ce soit délimité par la crainte du Ciel et restreint, comme ci-dessus.