Lorsqu'un homme demande une élévation, il doit demander qu'elle n'excède pas sa limite, selon « éloigne de moi la vanité et la parole de mensonge » (Proverbes 30,8). Rabbi Tsadok explique : la vanité, ce sont les imaginations du tohou ; la parole, les paroles de Torah, mensongères dès qu'elles dépassent sa limite. Yabets demande d'accroître sa limite : D.ieu peut agrandir le kli, bénir en Torah et multiplier les disciples, car le nourrisson multiplie le lait. Il demande ensuite la droite qui fait couler la Torah, pour ne pas oublier, puis les compagnons, puis que nulle faute ne fasse tout perdre. Cette fermeté délivre de toutes les craintes.
Aussi : la richesse d'une maisonnée, qui n'est plus que le pain nécessaire ; Yabets, seul après le décès de Moché, demande les disciples avant les compagnons.
[ריד] כשאדם מבקש על מעלה יש לו לבקש שלא יהי' יותר מגבולו וכמ"ש שוא ודבר כזב הרחק ממני. פי' שוא דמיונות של תוהו ודבר היינו ד"ת כנ"ל אות קפ"ג מגמ' דתענית (י:) ואפי' ד"ת רק שהוא למעלה מגבולו והר"ז כוזב ופוסק הרחק.
וסיים ע"ז ריש ועושר וגו' פן אשבע וכחשתי וגו' שכשיעלה במדריגות שאינם לפי ערך כלי קבולו יבוא לגיאות ולשקר ח"ו. וע"ז ביקש יעבץ אם ברך תברכני והרבית גבולי הגבול שלי תשמור שלא לצאת חוץ מגבול.
כי כל א' בעל גבול רק שבאותו גבול תתן ברכה ורבוי כי ודאי ביד הש"י להגדיל הגבול והכלי קיבול של האדם. וז"ש ז"ל בתמורה (טז.) ברך בתורה והרבית בתלמידים כטעם (תענית ז.) ומתלמידי יותר מכולם שכ"ז שהתינוק ממשמש מוצא וכשנגמל גם החלב נעתק משדים רק ע"י התינוק מתרבה החלב באם.
ורז"ל המשילו לזה לימוד התלמידים בפסחים (קיב.) יותר ממה שעגל כו' שע"י התלמידים נתגדל גבולו להיות כלי קבול יותר לקבל ברכה ושפע ד"ת מהש"י. כמו לענין עשירות כשיש לו בנים הרבה [וכן דרשו שם אח"כ והרבית גבולי בבנים ובנות שעי"ז נעשה כלי קבול גדול לענין העושר) וב"ב צריך לעשירות יותר שאינו אצלו עשירות רק לחם חוקו.
וכן לענין ד"ת לכך הסמיך בקשת התלמידים לברכה בד"ת דלולי כן שמא א"א לו לקבל כ"כ ברכה. ואח"כ ידך עמדי שלא ישתכח ויתקיים בידו וזהו ע"י ידך פי' דידכה בה' נדרש יד כהה (מנחות לז.) אבל ידך היינו ימין וא' בברכות (ו.) בימינו זו תורה כו' שימין הש"י הוא המשפעת ד"ת וכאשר תהיה עמדי א"א שישכח שהרי משפעת תמיד.
ולפי שביקש על הקיום ע"ז סמך תיכף בקשת החבירים שהם המקיימים בידו כנ"ל אות קפ"ה. והקדים תלמיד לחבר כי אז הי' אחר פטירת משרע"ה יעו"ש בגמ' ונתמנה יהושע לפרנס שעסקו הנחלת הארץ והתחיל עסק אחר.
רק יעבץ הוא עתניאל לבבו הי' רועש על ד"ת יעו"ש בגמ' דהי' מפולפל יותר מיהושע רק שלא הי' לו חבירים ולא תלמידים וביקש תחלה על הברכה בד"ת מאחר שהי' יחידי בלא רב וחבר ותלמיד. ותיכף לברכה הוצרך לבקש על התלמידים שעל ידם הוא כלי מחזיק ברכה כנ"ל.
ואחר הברכה צריך לבקש על הקיום ושלא ישכח ואז ביקש על החבירים. ואח"כ שלא יגרום איזה חטא ביקש לבלתי עצבי כדרז"ל שם ומיד ויבא וגו'.
והנה ברכה ותלמידים וחבירים אפשר להיות מיד כפשטי' אך הקיום ושלא יגרום החטא לכאורה זה אין נתוודע רק בקץ ימיו שרואה שנתקיים בו כל ימיו. ונראה כי גם בזה יש הרגשה בלב כאשר הד"ת הם קבוע וקיימא שמינה לא יזוע עוד ושאין עבירה מכבתו כי יש בו די לפוצץ היצ"ר והחכמה תעוז לחכם ומסלקת היראה שמא יגרום החטא שזה נקרא יראה גבי יעקב אע"ה (ברכות ד.).
ומי שיש לו תקיפות מד"ת הוא מסולק מכל מיני יראות:
[214] Lorsqu'un homme demande une élévation spirituelle, il doit demander qu'elle n'excède pas sa limite (guevoul), selon ce qui est écrit : שוא ודבר כזב הרחק ממני, 'éloigne de moi la vanité et la parole de mensonge' (Proverbes 30,8). Explication : שוא, ce sont les imaginations du tohou (le vide, l'informe) ; ודבר, ce sont les paroles de Torah (divrei Torah), comme ci-dessus au paragraphe 183 d'après la guemara de Taanit (10b) ; et même des paroles de Torah, dès lors qu'elles se situent au-dessus de sa limite, voilà que cela est mensonger, et le verset tranche : 'éloigne'.
Et il conclut là-dessus : ריש ועושר וגו' פן אשבע וכחשתי וגו', 'ne me donne ni pauvreté ni richesse... de peur que je ne sois rassasié et que je ne renie...' (Proverbes 30,8-9) ; car lorsqu'il s'élève à des degrés qui ne sont pas à la mesure de son kli (récipient) de réception, il en viendra à l'orgueil et au mensonge, à D.ieu ne plaise. Et c'est pour cela que Yabets a demandé : אם ברך תברכני והרבית את גבולי, 'si tu me bénis et que tu accrois ma limite' (I Chroniques 4,10) : ma limite à moi, tu la garderas, afin que je ne sorte pas hors de ma limite.
Car chacun est détenteur d'une limite ; seulement, à l'intérieur de cette limite même, donne bénédiction et multiplication, car il est certes au pouvoir de ה' d'agrandir la limite et le kli de réception de l'homme. Et c'est ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, dans Temoura (16a) : ברך, 'bénis', en Torah ; והרבית, 'et accrois', en disciples, dans le sens de (Taanit 7a) 'et de mes disciples plus que de tous' ; car tant que le nourrisson tête il trouve, et lorsqu'il est sevré le lait lui aussi se retire des seins : c'est uniquement par le nourrisson que le lait se multiplie chez la mère.
Et nos maîtres, de mémoire bénie, ont comparé à cela l'enseignement donné aux disciples, dans Pessahim (112a) : 'plus que le veau [ne veut téter, la vache veut allaiter]' ; car par les disciples sa limite s'agrandit, de sorte qu'il devient un kli de réception plus vaste pour recevoir de ה' la bénédiction et l'effusion (chefa) des paroles de Torah. Comme il en va pour la richesse, lorsqu'un homme a de nombreux enfants [et ainsi ont-ils exposé là-bas, ensuite : והרבית גבולי, 'et tu as accru ma limite', en fils et en filles, car par cela il devient un grand kli de réception quant à la richesse] : celui qui a une maisonnée (בני ביתו) a besoin d'une richesse plus grande, car ce n'est plus pour lui de la richesse, mais seulement son pain nécessaire.
Et il en va de même pour les paroles de Torah ; c'est pourquoi il a juxtaposé la demande des disciples à la bénédiction dans les paroles de Torah, car sans cela il ne pourrait peut-être pas recevoir une bénédiction aussi grande. Et ensuite : ידך עמדי, 'que ta main soit avec moi', afin que cela ne s'oublie pas et se maintienne entre ses mains ; et cela vient par ידך, 'ta main'.
Explication : ידכה, écrit avec un ה, est interprété comme יד כהה, 'la main affaiblie', c'est-à-dire la gauche (Menahot 37a) ; mais ידך, c'est la droite, et il est dit dans Berakhot (6a) : בימינו, 'dans sa droite', c'est la Torah, etc., car c'est la droite de ה' qui fait couler les paroles de Torah ; et lorsqu'elle sera avec moi, il est impossible qu'il oublie, puisqu'elle déverse en permanence. Et parce qu'il a demandé la pérennité, il a joint aussitôt à cela la demande des compagnons, qui sont ceux qui maintiennent la chose entre ses mains, comme ci-dessus au paragraphe 185.
Et il a placé le disciple avant le compagnon, car c'était alors après le décès de Moche notre maître, sur lui la paix, vois cela dans la guemara ; Yehochoua avait été nommé dirigeant (parnass), dont l'occupation était le partage de la Terre, et une autre occupation avait commencé. Seul Yabets, qui est Otniel, avait le cœur bouillonnant pour les paroles de Torah, vois cela dans la guemara, où il est dit qu'il était plus aiguisé en dialectique (mefoulpal) que Yehochoua ; seulement, il n'avait ni compagnons ni disciples, et il a demandé en premier lieu la bénédiction dans les paroles de Torah, puisqu'il était seul, sans maître, sans compagnon et sans disciple.
Et immédiatement après la bénédiction, il lui a fallu demander les disciples, car c'est par eux qu'il est un kli capable de contenir la bénédiction, comme ci-dessus. Et après la bénédiction, il faut demander la pérennité et de ne pas oublier, et c'est alors qu'il a demandé les compagnons.
Et ensuite, afin qu'aucune faute ne vienne tout faire perdre, il a demandé לבלתי עצבי, 'que je ne souffre pas', comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie là-bas ; et aussitôt : ויבא וגו', 'et D.ieu lui accorda ce qu'il avait demandé'. Or la bénédiction, les disciples et les compagnons peuvent advenir immédiatement, selon le sens simple ; mais la pérennité, et le fait qu'aucune faute ne vienne tout faire perdre, apparemment cela ne se fait connaître qu'à la fin de ses jours, lorsqu'il voit que cela s'est maintenu en lui tous ses jours.
Et il semble que là aussi il y ait une perception dans le cœur, lorsque les paroles de Torah sont en lui fixes et permanentes, de sorte que de là il ne bougera plus, et qu'aucune transgression ne les éteint, car il y a en lui de quoi faire éclater le yetser hara (le penchant au mal) ; et 'la sagesse rend le sage plus fort' (Ecclésiaste 7,19), et elle écarte la crainte qu'une faute ne vienne tout faire perdre, laquelle est appelée 'crainte' à propos de Yaakov notre père, sur lui la paix (Berakhot 4a). Et celui qui détient cette fermeté issue des paroles de Torah est délivré de toutes les sortes de craintes.