Au moment de la prière, les imaginations (dimyonot) prennent le dessus plus qu'à tout autre moment : c'est le « iyoun tefila » dont nul n'est préservé. Pour Rabbi Tsadok, « je n'ai jamais dirigé mon intention », chez Rabbi Hiya et de tels grands, signifie qu'il n'en a jamais eu besoin : seul le Saint béni soit-Il est devant ses yeux. Quand un trouble leur vient du Ciel, ils ont besoin d'intention, et cela ne sert de rien. On institue « Ado-nai, ouvre mes lèvres » pour que Sa Che'hina ouvre la bouche, et « Que soient agréés » pour agréer la méditation du cœur malgré les imaginations : « mon Rédempteur » délivre la chose vraie de l'imagination dont elle est captive.
Aussi : on prie où l'on étudie, la Torah et l'air des quatre coudées de la halakha expulsant l'imagination ; prière pleine d'imaginations, abomination si l'on détourne l'oreille de la Torah ; l'autre avis, la gravité (koved roch) de la crainte du Ciel
[רט] בעת התפלה ביותר הדמיונות גוברים באדם וזהו עיון תפלה שאין אדם ניצול בכל יום (ב"ב קסד:). והתוס' והר"ן בר"ה (טז:) הביאו ע"ז הירוש' דפה"ק אנא מן יומא לא כוונית כו' כפשטי'.
ובאמת על אנשים גדולים כאלה רחוק מלשמוע זה בפרט ר"ח דאמרו עליו בב"מ (פה:) שאמר משיב הרוח נשיב זיקא כו'. ויש לפרש לא כוונית לא הוצרך דכונת הלב שייך בבעל דמיון ומחשבות שהלשון משולח לדבר אף שלבו בל עמו וצריך לכוין לבו.
והוא לא הוצרך מעולם לזה שמעולם לא הי' במחשבתו דבר אחר רק הש"י נוכח עיניו. ולא הי' מדבר אלא כמדבר לפני המלך מלכי המלכים לעולם.
ויומא חד בעי כוונית כו' פי' הוצרך לכך שהי' לו מחשבות מטרידים ואולי היינו עובדא דב"מ (שם) דאלי' טרדינהו ע"ש. ואז הוצרך לכוין הלב להעמיד מחשבותיו כראוי ולא הועיל מאחר שמן השמים הטרידוהו.
וכן אינך אמוראי שם היינו בעת שאירע להם טירדא מן השמים עד שהוצרכו כונה. אבל תמיד לא צריכי כונה כלל דממילא צעק לבם אל ה' בעת התפלה במי שאינו בעל דמיון.
אבל בכל אדם כמעט א"א לינצל כנ"ל. וע"ז תקינו בתחלה אדני שפתי תפתח וגו' שהשם אדנ"י מורה על שכינתו ית' שבקרב לבות בני ישראל.
ומבקשים שהיא תפתח הפה ולא שהפה ידבר מעצמו רק מה שהלב יפתחנו והקב"ה לבן של ישראל שנא' צור לבבי כמ"ש בשהש"ר (פ' ה) והיינו מדת השם הנזכר כנודע. ובסוף יהי' לרצון וגו' שעל העבר מבקש שיהי' הגיון הלב לרצון אע"פ שהי' מעורב בדמיונות ומחשבות זרות כי אתה צורי הוא מדת צור לבבי הנז' וממך הכל כל מחשבות הלב.
וגואלי הוא הגאולה הנז"ל אות ר"ח לגאול דבר אמת מדמיון שהוא מלובש בו וכאלו שבוי אצלו. וטעם מצלי היכי דגרסי (ברכות ח.) ג"כ כי התורה מוציא דמיון שהוא הפכו כנ"ל.
ולהיות מחשבות זרות מן האוירים כנ"ל אות ר"ה אויר של ד' אמות של הלכה מכניס בלב מחשבת ד"ת ומוציא דמיון. משא"כ מקום תפלה התפלה אינו היפך המחשבות זרות אדרבא אז מתגברים כנ"ל אין אוירו מוציא מ"ז מלב.
ושמעתי כי ד"א של הלכה יש לו קדושת א"י וא"כ אוירה מחכים כמו אויר א"י. וחכמה הוא היפוך דמיון כשזה קם זה נופל.
ומסיר אזנו וגו' תפלתו תועבה (שבת י.) פי' תועבה נקרא כשמליאה מ"ז ודמיונות והתפלה הוא עבודה שבלב ומאחר שהלב מלא מחשבת פגול הוא ח"ו כמו ע"ז ותועבה. רק דהש"י צורו וגואלו כנ"ל.
אבל אם מסיר אזנו משמוע תורה שהיא המצלת מדמיון והוא פושע בעצמו שלא לינצל אז ח"ו תפלתו כו' שאין הש"י גואלו. אבל אידך סבר זמן תורה לחוד ותליא בפלוגתא דברכות (לא.) אם עומדין להתפלל מתוך הלכה פסוקה שהיא המזככת המחשבה או מתוך כובד ראש זהו כדברי האומר זמן תפלה לחוד שאין לו חבור עם תורה רק ע"י כובד ראש מיר"ש שבלבו יוציא המ"ז והדמיונות מהלב:
[209] Au moment de la prière, les imaginations (dimyonot, représentations illusoires de l'esprit) prennent le dessus sur l'homme plus qu'à tout autre moment, et c'est là le 'iyoun tefila' (le défaut d'attention dans la prière) dont aucun homme n'est préservé un seul jour (Baba Batra 164b). Les Tossefot et le Ran sur Roch Hachana (16b) ont rapporté à ce sujet le Yerouchalmi du premier chapitre (perek kama), 'de mes jours je n'ai jamais dirigé mon intention' etc., selon son sens littéral.
Or en vérité, s'agissant d'hommes aussi grands, il est bien loin d'être acceptable d'entendre cela, en particulier de Rabbi Hiya, dont on rapporte en Baba Metsia (85b) qu'il disait 'Celui qui fait souffler le vent' et le vent soufflait, etc. On peut donc expliquer 'je n'ai pas dirigé mon intention' au sens de : il n'en a jamais eu besoin.
Car l'intention du cœur (kavanat halev) ne concerne que celui qui est sujet à l'imagination et aux pensées, dont la langue est lâchée pour parler alors que son cœur n'est pas avec lui, et qui doit donc diriger son cœur. Lui n'en a jamais eu besoin, car jamais rien d'autre ne se trouvait dans sa pensée, seul le Saint béni soit-Il était devant ses yeux.
Et il ne parlait jamais autrement qu'en parlant devant le Roi des rois des rois, à tout instant. Et 'un jour j'ai voulu diriger mon intention' etc. signifie : il en eut alors besoin, car il avait des pensées qui le troublaient ; et c'est peut-être l'épisode de Baba Metsia (ibid.) où Eliyahou les troubla, vois-y.
Il eut alors besoin de diriger le cœur pour tenir ses pensées comme il convient, et cela ne servit de rien, puisque c'est du Ciel qu'on l'avait troublé. De même pour les autres Amoraim mentionnés là : c'était au moment où un trouble leur venait du Ciel, au point qu'ils eurent besoin d'intention.
Mais en temps ordinaire ils n'ont aucun besoin d'intention, car d'elles-mêmes leurs cœurs criaient vers ה' au moment de la prière, chez celui qui n'est pas sujet à l'imagination. Chez tout homme en revanche, il est presque impossible d'y échapper, comme il a été dit.
C'est pourquoi on a institué au début 'Ado-nai, ouvre mes lèvres' etc. (Tehilim 51,17), car le Nom אדנ"י désigne Sa Chekhina, qu'Il soit béni, qui réside au sein des cœurs des enfants d'Israël.
Et l'on demande que ce soit elle qui ouvre la bouche, et non que la bouche parle d'elle-même, mais seulement ce que le cœur lui ouvre ; et le Saint béni soit-Il est le cœur d'Israël, ainsi qu'il est dit 'le Rocher de mon cœur' (Tehilim 73,26), comme il est écrit dans le Chir Hachirim Rabba (chapitre 5) ; et c'est la mesure (midda) du Nom mentionné, comme cela est connu. Et à la fin, 'Que soient agréés' etc.
(Tehilim 19,15) : sur le passé, il demande que la méditation du cœur soit agréée, bien qu'elle ait été mêlée d'imaginations et de pensées étrangères ; car 'Tu es mon Rocher' est la mesure de 'Rocher de mon cœur' mentionnée, et de Toi vient tout, toutes les pensées du cœur. Et 'mon Rédempteur' est la délivrance mentionnée plus haut, au paragraphe 208 (ר"ח), c'est-à-dire délivrer la chose vraie de l'imagination dont elle est revêtue et auprès de laquelle elle est comme captive.
Et la raison pour laquelle on prie là où l'on étudie (Berakhot 8a) est également celle-ci : car la Torah expulse l'imagination, qui est son contraire, comme il a été dit. Et puisque les pensées étrangères proviennent des airs, comme il a été dit plus haut au paragraphe 205 (ר"ה), l'air des quatre coudées de la halakha introduit dans le cœur la pensée des paroles de Torah et expulse l'imagination.
Ce qui n'est pas le cas du lieu de la prière : la prière n'est pas le contraire des pensées étrangères, au contraire, c'est alors qu'elles se renforcent, comme il a été dit ; son air n'expulse donc pas les pensées étrangères du cœur. Et j'ai entendu dire que les quatre coudées de la halakha possèdent la sainteté de la Terre d'Israël ; s'il en est ainsi, son air rend sage, comme l'air de la Terre d'Israël.
Et la sagesse est le contraire de l'imagination : quand l'une se lève, l'autre tombe. 'Celui qui détourne son oreille' etc., 'même sa prière est une abomination' (Michlei 28,9 ; Chabbat 10a) : l'explication est qu'elle est appelée abomination lorsqu'elle est pleine de pensées étrangères et d'imaginations. Car la prière est le service du cœur, et dès lors que le cœur est plein de pensée impure (pigoul), c'est, à D.ieu ne plaise, comme de l'idolâtrie et une abomination.
Seulement, le Saint béni soit-Il est son Rocher et son Rédempteur, comme il a été dit. Mais s'il détourne son oreille d'écouter la Torah, qui est ce qui sauve de l'imagination, et qu'il est ainsi lui-même fautif de ne pas se sauver, alors, à D.ieu ne plaise, 'sa prière' etc., car le Saint béni soit-Il ne le délivre pas.
L'autre avis, lui, tient que le temps de la Torah est à part, et cela dépend de la controverse de Berakhot (31a) : si l'on se lève pour prier à partir d'une halakha tranchée, qui est ce qui purifie la pensée, ou bien à partir de la gravité (koved roch) ; ce dernier avis correspond à celui qui dit que le temps de la prière est à part, n'ayant aucun lien avec la Torah, et que c'est par là gravité issue de la crainte du Ciel (yirat chamayim) qui est dans son cœur qu'il expulsera les pensées étrangères et les imaginations hors du cœur.