Les imaginations (dimyonot) naissent toutes du cœur, où se tiennent les pensées (hirhourim), et se prolongent vers le cerveau ; par la vue les pensées y entrent. Rabbi Tsadok enseigne que les paroles de Torah font sortir les paroles de Torah revêtues dans ces pensées vaines, et l'imagination s'annule d'elle-même. Il a entendu que Mitsrayim veut dire imagination : elles resserrent la mer de la sagesse véritable dans le cœur. La délivrance vient par Moché, chez qui il n'y a aucune imagination ; par chaque plaie il se trouve clarifié jusqu'au dixième degré. Au jour de sa mort les sources de la sagesse lui sont obstruées et il est appelé « prophète », car la prophétie provient de l'imagination.
Aussi : regard du visage d'un méchant et de celui d'un talmid ''hakham ; tikounim pour ne pas habiter avec un idolâtre, forces de l'âme dans ses acquisitions et air des nations ; Avraham clarifié après la dixième épreuve
[רה] הדמיונות כולם נולדים מן הלב שבו הם ההרהורים ונמשכים ממנו למוח ומן העין שע"י הראי' נכנסים ההרהורים ללב כמ"ש בע"ז (כ:). ולכן אמרו שם באדר"נ ראי' דד"ת מבטלין הרהורין מקרא דמאירת עינים ומשמחי לב.
ואסרו (מגילה כח.) להסתכל בפני אדם רשע כי בפנים בולטין כל מיני הרהורים שבלב למבינים כדאי' בזוהר (ח"א קצ א) דהכירו בא' שהי' לו מחשבת עבירה שפניו מוריקות [וכ"א בסוטה (כ.) פניה מוריקות כי עבירה הוא מיתה לנפש ואמרו במת (ע"ז שם) ממנה פניו מוריקות] וכד"ש הכרת פניהם ענתה בם. וע"י הראי' נכנסין ההרהורים בו ח"ו וההיפך בראיית ת"ת כדאי' (עירובין יג:) דחזיתא לר"מ מאחורי'.
וכן כמה תיקונים עשו שלא ידור עם עכו"ם בע"ז (לו:) ובעירובין (סב.) כי בדירתו ומשכנו המיוחד לו יש התפשטות מכחותיו כנודע מהבעש"ט ז"ל דבקניני האדם מתפשטין כחות נפשו. ולכך על ידם ג"כ נכנסים הרהורים זרים ללב.
וכמו ששמעתי דאוירא דארץ העמים הוא מכניס ללב כחות הזדון של האומות וההיפוך בא"י דאוירא מחכים (ב"ב קנח:). כי ברית חלוק לאוירות כמ"ש בב"ר (ס"פ לד) והש"י יסד גבולות עמים לכל אומה שהיא כח מיוחד מקום מיוחד ואויר המקום שאותה אומה דרה שם וקנוי' להם יכול להכניס מאותו כח גם בלב בני ישראל ח"ו.
ולכן מייתי באדר"נ שם אהכנסת הרהורים בבטול תורה קרא דתחת וגו' ועבדת את אויביך וגו' פי' כי הם המכניסים ההרהורים בלב הישראלי וזה נקרא ועבדת. אבל ע"י ד"ת הם מוציאים הד"ת המלובשת באותם הרהורי שוא.
ובכל כח רע באמת יש טוב ג"כ וע' נפש לבית ישראל נגד ע' אומות שהם כוללים הטוב שבע' כחות שבנפש והעכו"ם הרע. וע"י שמוציאים הד"ת הגנוז בו ומוציא בלעו מפיו ממילא מתבטל הדמיון והוא ניצוח לאותה אומה.
ושמעתי דמצרים ר"ל דמיון ויציבא מילתא מטעם האריז"ל בלק"ת פ' וישב שהוא הגרון ומוחין דקטנות ע"ש. והוא מצר ים שהדמיונות הם מצירים להתפשטות של ים החכמה האמיתית בלב כי הם ב' הפכים ממש.
וזה הי' הכנה למתן תורה כי כל דבר ההכנה הוא ע"י ההיפך והוא מתגבר נגדו. וגאולתם ע"י משרע"ה שהוא הי' ממש ההיפך שאצלו לא הי' דמיון כלל כנ"ל אות ר"ד.
והוצרך לי' מכות כי כל דבר חלוק לי' מדריגות וצריך הכנעה לכל מדרגה. ולכך בכל מכה נכנס לביתו שעי"ז קולט מאוירו כנ"ל ועי"ז הוא מוציא הטוב מאותה מדרגה שעי"ז הכנעת הרע.
ובמכה י' אמר לו לא תוסיף ראות פני וגו' וא"ל כן דברת בזמנו כי מעתה אין לו מה לקלוט ממנו. וכן אמר אח"כ לישראל הגם שלא היו עדיין במדרגת משרע"ה רק בקי"ס שראתה שפחה כו' אז אמר להם לא תוסיפו לראותם וגו'.
ונכתב בתורה מה שאמר לו ביום ראותך פני תמות ודבר של בטלה לא הי"ל לכתוב. רק זה אמת כי ודאי אלו הי' בכח משרע"ה לגאול במכה א' לא הי' צריך י'.
וע"כ שע"י כל מכה לפרעה נתברר משרע"ה שהוא נקי מדמיון עד מדרגה י' שהוא בשורש הנעלם שנגד זה מכת בכורות שהוא העומק ראשית וכמ"ש במק"א נתברר שגם שם נקי עי"ז נצחו. אבל ביום ראותך שיתגבר בו ח"ו כח הדמיון אחר שכבר נתברר ע"כ תמות.
כי הבירור בי' מדרגות הוא בירור גמור וכן אברהם אע"ה אחר נסיון י' נתברר לגמרי. רק שמ"מ אין מיתה בלא חטא וביום המיתה מתגבר קטרוג אותו חטא לומר שצריך בירורין אחרים וזה א"א עוד בעוה"ז שכבר נתברר ומה יוסיף וצריך להכניסו לעולמות עליונים.
וכ"א (מד"ת סו"פ ואתחנן) במשרע"ה שנסתמו ממנו מעינות החכמה באותו יום. וסתימות החכמה הוא התגברות הדמיון כנ"ל דהם ב' הפכים.
ולכן נקרא אז בלה"כ נביא ולא קם נביא וגו' ולא נמצא כן תואר זה עליו כי הוא הי' חכם ולא נביא שהוא מדמיון כנ"ל. רק ביום מותו נקרא כן שנעלם החכמה והם ב' הפכים כנ"ל.
וע"י פתיחת מעינות החכמה נעלם ומסתלק הדמיון:
[205] Les imaginations (dimyonot, représentations illusoires de l'esprit) naissent toutes du cœur, où se tiennent les pensées (hirhourim), et depuis lui elles se prolongent vers le cerveau ; et aussi de l'œil, car par la vue les pensées entrent dans le cœur, comme il est dit dans Avoda Zara (20b). C'est pourquoi ils ont apporté là-bas, dans Avot deRabbi Nathan, une preuve que les paroles de Tora annulent les pensées, à partir du verset 'elle illumine les yeux' et 'ils réjouissent le cœur' (Psaumes 19,9).
Et ils ont interdit (Meguila 28a) de regarder le visage d'un homme méchant, car sur le visage ressortent toutes les sortes de pensées qui sont dans le cœur, pour ceux qui savent comprendre, comme il est rapporté dans le Zohar (tome 1, 190a) qu'ils reconnurent chez quelqu'un qu'il avait eu une pensée de faute, du fait que son visage verdissait. [Et il en est dit de même dans Sota (20a) : 'son visage verdit', car la faute est une mort pour l'âme ; et ils ont dit au sujet du mort (Avoda Zara, même endroit) que par elle son visage verdit.] Et comme le dit le verset : 'l'expression de leur visage a témoigné contre eux' (Isaie 3,9).
Et par la vue les pensées entrent en lui, à D.ieu ne plaise ; et l'inverse se produit lorsque l'on regarde un talmid 'hakham (sage de la Tora), comme il est rapporté (Erouvin 13b) : 'parce que j'ai vu Rabbi Meir par derrière'. De même ils ont institué plusieurs mesures de réparation (tikounim) pour que l'on n'habite pas avec un idolâtre, dans Avoda Zara (36b) et dans Erouvin (62a), car dans son habitation et dans sa demeure qui lui sont propres il y a une extension de ses forces, ainsi qu'on le sait du Baal Chem Tov, de mémoire bénie, que dans les acquisitions de l'homme se déploient les forces de son âme.
Et c'est pourquoi, par leur intermédiaire aussi, des pensées étrangères entrent dans le cœur. Et comme je l'ai entendu : l'air de la terre des nations fait entrer dans le cœur les forces de malignité des nations, et l'inverse en Terre d'Israël, dont l'air rend sage (Baba Batra 158b).
Car l'alliance est répartie selon les airs, comme il est écrit dans Bereshit Rabba (fin du chapitre 34), et le Saint béni soit-Il a fixé les frontières des peuples (Deut. 32,8) : à chaque nation, qui est une force particulière, un lieu particulier ; et l'air du lieu où cette nation habite et qui leur est acquis peut faire entrer de cette force-là aussi dans le cœur des enfants d'Israël, à D.ieu ne plaise.
Et c'est pourquoi Avot deRabbi Nathan apporte là-bas, au sujet de l'entrée des pensées par l'annulation de l'étude de la Tora, le verset 'Parce que... tu serviras tes ennemis...' (Deut. 28,47-48) : cela signifie que ce sont eux qui font entrer les pensées dans le cœur de l'homme d'Israël, et cela s'appelle 'tu serviras'.
Mais par les paroles de Tora, on fait sortir les paroles de Tora qui sont revêtues dans ces pensées vaines. Et dans toute force mauvaise il y a en vérité du bien aussi : les soixante-dix âmes de la maison d'Israël correspondent aux soixante-dix nations, car elles contiennent le bien des soixante-dix forces de l'âme, et les idolâtres le mal.
Et du fait que l'on fait sortir la parole de Tora qui y est enfouie, et qu'il lui fait vomir de sa bouche ce qu'elle avait englouti (Job 20,15), l'imagination se trouve d'elle-même annulée, et c'est là une victoire sur cette nation. Et j'ai entendu que Mitsrayim (מצרים, l'Égypte) veut dire imagination, et la chose est solidement établie par le motif de l'Arizal dans Likoutei Tora, parachat Vayechev, où il explique qu'il s'agit de la gorge et des mohin de katnout (consciences de petitesse) - voir là-bas.
Et c'est 'metsar yam' (מצר ים, l'étroitesse de la mer), car les imaginations resserrent l'extension de la mer de la sagesse véritable dans le cœur, puisqu'elles sont deux contraires absolus. Et cela fut une préparation au don de la Tora, car la préparation de toute chose se fait par son contraire, et il se renforce contre lui.
Et leur délivrance vint par Moche notre maître, que la paix soit sur lui, qui était exactement le contraire, car chez lui il n'y avait aucune imagination du tout, comme il a été dit plus haut, section 204. Et il fallut dix plaies, car toute chose se divise en dix degrés et chaque degré exige une soumission.
Et c'est pourquoi, à chaque plaie, il entrait dans sa maison, car par là il captait quelque chose de son air, comme il a été dit plus haut, et par là il fait sortir le bien de ce degré-là, ce par quoi le mal est soumis. Et à la dixième plaie, il lui dit : 'tu ne verras plus mon visage...' (Ex.
10,28), et il lui répondit : 'tu as bien parlé' (Ex. 10,29) - en son temps, car désormais il n'a plus rien à capter de lui.
Et de même il dit ensuite à Israël, bien qu'ils ne fussent pas encore au degré de Moche notre maître, mais seulement au niveau de l'ouverture de la mer, où 'une servante vit ce que...' - alors il leur dit : 'vous ne les reverrez plus...' (Ex. 14,13).
Et il a été écrit dans la Tora ce qu'il lui dit : 'le jour où tu verras mon visage, tu mourras' (Ex. 10,28), et une chose vaine n'aurait pas dû être écrite.
Mais c'est bien vrai, car assurément, s'il avait été au pouvoir de Moche notre maître de délivrer par une seule plaie, il n'en aurait pas fallu dix. Il faut donc dire que par chaque plaie infligée à Pharaon, Moche notre maître se trouvait clarifié (nitbarer) comme étant pur de toute imagination, jusqu'au dixième degré, qui est dans la racine cachée - et c'est en face de lui que se tient la plaie des premiers-nés, laquelle est la 'profondeur du commencement' (omek rechit), comme je l'ai écrit ailleurs -, il fut clarifié que là aussi il était pur, et par cela il l'emporta sur lui.
Mais 'le jour où tu verras', c'est-à-dire que la force de l'imagination prendrait le dessus en lui, à D.ieu ne plaise, après qu'elle eut déjà été clarifiée - c'est pourquoi 'tu mourras'. Car la clarification en dix degrés est une clarification complète ; et de même Abraham notre père, que la paix soit sur lui, après la dixième épreuve, fut clarifié entièrement.
Sauf que malgré tout il n'y a pas de mort sans faute, et au jour de la mort l'accusation de cette faute-là se renforce, disant qu'il faut d'autres clarifications ; et cela n'est plus possible dans ce monde-ci, puisqu'il a déjà été clarifié et que pourrait-il ajouter, et il faut donc le faire entrer dans les mondes supérieurs. Et il en est dit de même (Midrach Tan'houma, fin de la parachat Vaéthanan) au sujet de Moche notre maître, que les sources de la sagesse lui furent obstruées ce jour-là.
Et l'obstruction de la sagesse, c'est le renforcement de l'imagination, comme il a été dit plus haut, car ce sont deux contraires. Et c'est pourquoi il est alors appelé, dans le langage du verset, 'prophète' : 'et il ne s'est plus levé de prophète...' (Deut.
34,10) ; et l'on ne trouve pas ce titre applique à lui par ailleurs, car il était un sage et non un prophète, la prophétie provenant de l'imagination, comme il a été dit plus haut. Ce n'est qu'au jour de sa mort qu'il est ainsi appelé, car la sagesse s'était effacée, et ce sont deux contraires, comme il a été dit plus haut.
Et par l'ouverture des sources de la sagesse, l'imagination s'efface et se retire.