« Une lumière est semée pour le juste » (Tehilim 97,11), et « la Torah est lumière » : par la dégradation de l'alliance (pegam ha-brit), cette lumière se cache. Rabbi Tsadok rattache la neuvième plaie d'Égypte, les ténèbres, au signe de l'alliance ; l'exil répare cette dégradation et ils méritent la lumière de la Torah. L'ordre de la création, ténèbres puis lumière, est l'essentiel de la volonté divine : les baalei techouva se tiennent où les justes parfaits ne peuvent se tenir. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière », plus grande que celle de qui n'y marche pas ; les ténèbres obscurcissent la Torah, et nul ne saisit vraiment ses paroles s'il n'y a d'abord trébuché.
Aussi : les parachiot de Chovavim pour réparer l'alliance, au mois de Chevat créé par la lettre tsadi ; Yossef, dix gouttes, et Yichai par la morsure du serpent ; Er et Onan avant Perets, fondement de David et du Machiah.
[קעד] ע"י קלקול ופגם הברית נעלם אור תורה ח"ו כמ"ש אור זרוע לצדיק דייקא וכתיב תורה אור וכן מכת חושך למצרים היא מכה הט' כנודע דבכל מקום מספר י' רומז לקומה שלימה והט' נגד אות ברית קודש. שבמצרים זה לעומת זה הם שטופי זמה הי' להם חשך ולכל בנ"י אור במושבותם דעמך כולם צדיקים.
וגלות מצרים הי' לתקן קלקול הברית כמ"ש במק"א על מה שנתגלגל הגלות ע"י מכירת יוסף ולכך אחר יציאת מצרים שתיקנו הברית בקושי השעבוד זכו לאור תורה. ולכך פ' שובבי"ם מתחלת גלות מצרים עד אחר מ"ת מיוחד לתיקון הברית.
והוא בחודש שבט שנברא באות הצדי"ק כמ"ש בס' יצירה [וט' מתחלף בצ' בארמי לרוב כמ"ש בהגהות הערוך והוא כטעם אמרו צדיק כי טוב. דהפוגם נקרא רע כדאי' בזוהר] ואמרי' בשבת (עז:) דכך הוא סדר ברייתו של עולם ברישא חשוכא והדר נהורא בודאי מאחר שבדברים הטבעיים יסד הש"י כך ודאי כך הוא עיקר הרצון וכמ"ש מקום שבע"ת עומדין כו' הגם דחלילה לומר אחטא ואשוב ולעשות כן בבחירתו משום דאין מספיקין.
מ"מ מעצמו נעשה כן דאין אדם צדיק בארץ וגו' אפי' יוסף הצדיק אז"ל (סוטה לו:) דיצאו י' טפין ע"פ ויפוזו וגו' ואפי' ישי אבי דוד שמת בעטיו של נחש אז"ל (מ"ר ר"פ תזריע) בעוון מלא כו'. וכן יסוד בנין בית דוד ומשיח בפרץ הי' מקודם ער ואונן חשוכא.
וכך הוא הסדר והעם ההולכים בחשך ראו אור גדול מופלג ממי שאינו הולך בחושך. ובכל מקום חושך דכתוב היינו חשכות מאור תורה ולא בצרות עוה"ז לבד.
וכן אין אדם עומד על ד"ת אא"כ נכשל הוא ע"י חושך זה שהוא עטיו של נחש דעשו הרשע שפגע בכף ירך יעקב כנודע. ותיכף כשהגיע ח"ו לכך ושב ורפא יקו לאור כההוא דמטא זרזפא דמיא ארישי' אמר כו' מאשפות ירים אביון (יומא פז.):
[174] Par la dégradation et l'atteinte à l'alliance (pegam ha-brit, terme désignant les fautes qui touchent à la sainteté de l'alliance), la lumière de la Torah se cache, à D.ieu ne plaise, comme il est écrit "une lumière est semée pour le juste" (Psaumes 97,11) - "pour le juste" précisément - et il est écrit "la Torah est lumière" (Proverbes 6,23). De même, la plaie des ténèbres en Égypte est la neuvième plaie, comme on sait, car partout le nombre dix fait allusion à une stature complète, et le neuvième correspond au signe de l'alliance sainte (ot brit kodech).
Car en Égypte, "l'un en face de l'autre" (Ecclésiaste 7,14), ils étaient plongés dans la débauche : pour eux il y eut les ténèbres, tandis que pour tous les enfants d'Israël il y avait de la lumière dans leurs demeures (Exode 10,23), car "ton peuple, tous sont des justes" (Isaie 60,21). Et l'exil d'Égypte avait pour but de réparer (tikoun) la dégradation de l'alliance, comme je l'ai écrit ailleurs à propos de ce que l'exil s'est enchaîné par la vente de Yossef.
C'est pourquoi, après la sortie d'Égypte, lorsqu'ils eurent réparé l'alliance par la dureté de l'asservissement, ils méritèrent la lumière de la Torah. Et c'est pourquoi les parachiot de Chovavim (שובבי"ם, acronyme de Chemot, Vaéra, Bo, Béchalah, Yitro, Michpatim), qui vont du début de l'exil d'Égypte jusqu'après le don de la Torah, sont spécialement destinées à la réparation de l'alliance.
Cela tombe au mois de Chevat, qui fut créé par la lettre tsadi (הצדי"ק, dont la graphie évoque ici le mot tsadik, le juste), comme il est écrit dans le Sefer Yetsira [et le tet (ט) se substitue le plus souvent au tsadi (צ) en araméen, comme l'indiquent les gloses du Aroukh ; et c'est le sens de "dites du juste (צדיק) qu'il est bon (טוב)" (Isaie 3,10), car celui qui porte atteinte à l'alliance est appelé "mauvais", comme il est rapporté dans le Zohar]. Et nous disons dans le traité Chabbat (77b) que tel est l'ordre de la création du monde : d'abord les ténèbres, ensuite la lumière.
Assurément, puisque c'est ainsi que ה' a fondé les choses de la nature, c'est bien là l'essentiel de la volonté divine, comme il est dit : "à la place où se tiennent les baalei techouva (ceux qui reviennent, les pénitents), les justes parfaits ne peuvent se tenir" (Berakhot 34b). Bien qu'à D.ieu ne plaise de dire "je pècherai et je reviendrai", et d'agir ainsi par choix délibéré, car "on ne lui donne pas les moyens de faire techouva" (Yoma 85b) ; quoi qu'il en soit, cela se produit de soi-même, car "il n'est pas sur terre d'homme juste qui fasse le bien et ne pèche point" (Ecclésiaste 7,20).
Même Yossef le juste : nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Sota 36b) qu'il sortit de lui dix gouttes, d'après le verset "et se dispersèrent les bras de ses mains" (Genèse 49,24). Et même Yichai, père de David, qui mourut par la seule "morsure du serpent" (be-etyo chel nahach : sans faute personnelle), nos maîtres ont dit (Midrach Rabba, début de la paracha Tazria) que ce fut à cause de la faute de "voici, dans l'iniquité (בעוון) j'ai été enfanté" (Psaumes 51,7), etc.
De même, le fondement de l'édifice de la maison de David et du Machiah, qui est en Perets, fut précédé par Er et Onan - les ténèbres. Tel est l'ordre : "le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière" (Isaie 9,1), une lumière bien plus grande que celle de qui ne marche pas dans les ténèbres.
Et partout où il est écrit "ténèbres", il s'agit de l'obscurcissement de la lumière de la Torah, et non seulement des détresses de ce monde-ci. De même, nul ne saisit vraiment les paroles de la Torah s'il n'y a d'abord trébuché - et il trébuche par ces ténèbres, qui sont "la morsure du serpent" d'Essav le mécréant, lequel frappa la cavité de la hanche de Yaakov (Genèse 32,26), comme on sait.
Et aussitôt qu'il en est arrivé là, à D.ieu ne plaise, s'il revient et qu'il est guéri (Isaie 6,10), il espérera la lumière - comme celui sur la tête de qui tomba un filet d'eau répandue (zarzifa de-maya), qui dit "on a fait de moi un tas d'ordures", etc., et s'appliqua à lui-même "il relève le pauvre du fumier" (Psaumes 113,7) (Yoma 87a).