Dans les paroles de Torah, il est permis d'avoir peur, comme l'ont dit nos Maîtres dans Berakhot : craindre que ce ne soit, à D.ieu ne plaise, un poison de mort (sam hamavet) ; par cette peur la chose s'adoucit, et du chelo lichma cela devient lichma. Pour Rabbi Tsadok, le lichma est la devekout, impossible en permanence ; « toujours » l'étude est chelo lichma, et de son intériorité elle devient lichma par la peur qui dégrise. « Heureux l'homme qui craint toujours » porte sur cette occupation permanente ; par intervalles il atteint la devekout sans craindre. La peur est le tsimtsoum (la contraction) : ses forces se contractent et ne se répandent pas au-dehors, et vient la félicitation dans ce monde-ci.
Aussi : celui dont le mazal (l'astre tutélaire) a vu, comme le rêve ; devekout une fois le Chabbat, une fois par jour pour les tayalin ; le chelo lichma ne s'applique pas à la Torah, griefs d'autrui par le lachon hara.
[קסז] בד"ת מותר אדם לפחוד כמשז"ל בברכות (ס.) היינו שיפחד שמא הוא ח"ו סם המות וע"י הפחד עצמו מתמתק ונעשה מתוך שלא לשמה לשמה כי האי מאן דמבעית מזלי' חזא (מגילה ג.) והוא דוגמת חלום דג"כ מה שמזלו רואה ואז"ל (ברכות נה.) חלמא בישא עציבותי' מסתיי' היינו שבעצבות עצמו די. וכן בענין תורה שלא זכה ח"ו נעשית כו' ודי בזה מה שהוא מפחד בד"ת ופקודי ה' ישרים משמחי לב והחכמה תעוז לחכם וכן בשאר פסוקים שנותנת עוז וחדוה שהוא היפוך הפחד.
רק רז"ל א' לעולם יעסוק אדם שלא לשמה כו' והיינו כי דבר זה הוא לעולם פי' בתמידות משא"כ הלשמה א"א כלל להיות בתמידות דלשמה היינו דביקות ושיעורו כעונת ת"ח א' בשבת שאין יכול לבוא לדביקות רק בשבת או הטיילון [פי' המטיילים בפרד"ס הידוע] א' ביום לכל היותר. אבל בתמידות הוא שלא לשמה רק שמתוך כו' פי שמתוך הלא לשמה עצמו מתוכו ופנימיותו הוא בא להיות אותו לימוד עצמו לשמה והיינו ע"י הפחד דמפכחא לי' שע"ז א' אי יראת ה' אוצרו אין כו' וזה אשרי אדם מפחד תמיד פי' על עסקו התמידות דודאי לפרקים מגיע למדריגת הדביקות שאין צריך לפחוד כלל.
ואז"ל (ברכות ח.) אשריך בעוה"ז דלשון אישור משמע מאחרים [משא"כ לשון וטוב לך] וזהו רק בעוה"ז דבעוה"ב כל א' וא' יש לו עולם בפ"ע (כמ"ש שמו"ר פ' נב). ובאמת לא שייך כלל בתורה שלא לשמה וכד"ש בזבחים (ב:) סתמא לשמן קיימא.
רק דלאחרים יש טענות כי ע"י דבורים בתורה נתגבר כח הדבור בעולם ולפי שבעולם יש דבורים דלה"ר וג"כ מתגברים ויוכלו ח"ו לדבר חץ שחוט לשונם עליו [שזה ענין דוד שהוא סוד תושבע"פ היו דורו בעלי דלטוריא ודברו לה"ר עליו] ולזה העצה פחד שהוא הצמצום ומתצמצמים כחותיו ואין מתפשטים לחוץ ח"ו והאישור בעוה"ז אז:
[167] Dans les paroles de Torah, il est permis à l'homme d'avoir peur, comme l'ont dit nos Maîtres de mémoire bénie dans Berakhot (60a) : c'est-à-dire qu'il craigne que ce ne soit, à D.ieu ne plaise, un poison de mort (sam hamavet) ; et par cette peur elle-même la chose s'adoucit, et de ce qui est chelo lichma (non accompli pour son Nom) cela devient lichma (pour son Nom). Car celui qui est saisi d'effroi, c'est que son mazal (l'astre tutélaire, la part de l'âme qui perçoit au-delà de la conscience) a vu (Meguila 3a) ; et cela est semblable au rêve, qui lui aussi est ce que voit son mazal.
Et nos Maîtres ont dit (Berakhot 55a) : 'un mauvais rêve, sa tristesse lui suffit', c'est-à-dire que la tristesse elle-même suffit. Et de même pour la Torah : celui qui n'a pas mérité, à D.ieu ne plaise, elle devient pour lui etc., et il suffit en cela qu'il ait peur dans les paroles de Torah.
Or 'les préceptes de ה' sont droits, ils réjouissent le cœur' (Tehilim 19,9), et 'la sagesse donne de la force au sage' (Kohelet 7,19), et de même dans les autres versets qui disent qu'elle donne force et allégresse, ce qui est l'inverse de la peur. Seulement, nos Maîtres de mémoire bénie ont dit : 'que l'homme s'occupe toujours de Torah même chelo lichma etc.' ; et cela parce que cette chose-là est 'toujours', c'est-à-dire en permanence, tandis que le lichma, il est totalement impossible qu'il soit permanent.
Car lichma, c'est la devekout (l'attachement à D.ieu), et sa mesure est comme le temps conjugal du talmid 'hakham, une fois par semaine, car il ne peut venir à la devekout que le Chabbat ; ou bien les tayalin [c'est-à-dire ceux qui se promènent dans le Pardes bien connu], une fois par jour tout au plus. Mais en permanence, c'est chelo lichma, seulement que 'de l'intérieur de' etc. : c'est-à-dire que du chelo lichma lui-même, de son dedans et de son intériorité, il advient que cette étude elle-même devienne lichma ; et cela par la peur, qui le dégrise, ce à propos de quoi il est dit : 'si la crainte de ה' est son trésor, oui ; sinon, non'.
Et c'est là le sens de 'heureux l'homme qui craint toujours' (Michle 28,14) : cela porte sur son occupation permanente, car assurément, par intervalles, il atteint le degré de la devekout, où il n'a nullement besoin de craindre. Et nos Maîtres ont dit (Berakhot 8a) : 'heureux es-tu - dans ce monde-ci', car l'expression de félicitation (ichour) implique qu'elle vienne d'autrui [à la différence de l'expression 'et il te sera bon'] ; et cela n'a lieu que dans ce monde-ci, car dans le monde à venir chacun a un monde à lui seul (comme il est écrit dans Chemot Rabba ch.
52). Et en vérité, le chelo lichma ne s'applique nullement à la Torah, et comme ils l'ont dit dans Zevahim (2b) : 'ce qui est indéterminé se tient de soi-même pour son Nom (lichma)'.
Seulement, du fait d'autrui il y a des griefs : car par les paroles dites dans la Torah, la force de la parole se renforce dans le monde ; et puisqu'il y a dans le monde des paroles de lachon hara (médisance), elles se renforcent elles aussi, et ils pourraient, à D.ieu ne plaise, parler contre lui - 'leur langue est une flèche aiguisée' (Yirmeyahou 9,7) [c'est là l'affaire de David, qui est le secret de la Torah orale : ceux de sa génération étaient des délateurs et parlaient sur lui du lachon hara]. Et pour cela le conseil est la peur, qui est le tsimtsoum (la contraction) : ses forces se contractent et ne se répandent pas au-dehors, à D.ieu ne plaise ; et alors vient la félicitation dans ce monde-ci.