Lorsque l'homme prend le joug de la Torah, il lui faut un consentement complet à abandonner les désirs de ce monde qui s'opposent à la volonté de D.ieu. Rabbi Tsadok applique « saisir ceci sans retirer sa main de cela » (Kohelet 7,18) : ni l'un ni l'autre ne réussit, la Torah devient un poison, comme Essav qui garda les premières. Chez Israël, « Je suis » (Anokhi) précède « Tu n'auras pas », et d'« Anokhi » on parviendra à s'éloigner. Les Tossefot objectent que sans intention pure il eût mieux valu ne pas être créé ; les deux sont vrais : qu'il s'égare dans l'amour de la Torah (Michle 5,19) et prenne tout cela sur lui, et tout se retournera en bien.
[קסו] כשהאדם מקבל על עצמו עול תורה ונכנס תחת עבודת הש"י צריך קבלה בלב והסכמה גמורה לעזוב כל חמדות עוה"ז המתנגדים לרצון הש"י ולא לאחוז בזה וגם מזה אל ינח ידו שאז זה וזה לא עלתה. וע"ז נאמר (יומא עב:) לא זכה נעשית כו' כי גם תורה אין לו (כמ"ש יבמות קט:).
וכדרך שנא' בעשו וישמע כי רעות בנות כנען וגו' ויוסף וגו' ואז"ל בבר"ר (ס"פ סז) כוב על כוב ע"ש. והיינו מאחר שלא גירש הראשונות רק כמבקש לצאת ידי יצחק ג"כ וליקח גם שלא מבנות כנען אבל מ"מ החזיק גם הראשונות לכך נהפכה לו גם זה לרוע.
ומ"מ נאמר בתורה אנכי קודם לא יהי' לך כי אצל בני ישראל ודאי מאנכי יבוא ללא יהי' לך וסופו לרחק וכמ"ש (פסחים נ:) לעולם יעסוק כו' שלא לשמה שמתוך כו' והתוס' הקשה מה שמצינו בכ"מ שכל העוסק שלא לשמה נוח כו' ושנהפכה כו' ולא זכה נעשית כו'. אבל באמת שניהם אמת וכל העוסק כו' אע"פ שיודע דשלא לשמה נוח כו' ונעשית כו' מ"מ הוא מקבל על עצמו כל זה כי חשקה נפשו בתורה ומה יעשה אם אין לבו שלם ומנוקה מכל רע ופניות וחמדות עוה"ז עדיין.
באהבתה של תורה ישגה ואע"פ שיודע הסכנה והרע שבתוכה. מ"מ לעולם יעסוק וכו' ויקבל על עצמו כל זה לפי שמתוך כו' ואז ישוב הכל לטוב.
[166] Lorsque l'homme prend sur lui le joug de la Torah et entre sous le service de Hachem yitbarakh (le Nom béni soit-Il), il lui faut une acceptation dans le cœur et un consentement complet à abandonner tous les désirs de ce monde qui s'opposent à la volonté de Hachem yitbarakh, et non pas 'saisir ceci sans retirer sa main de cela' (Kohelet 7,18) - car alors ni l'un ni l'autre ne lui réussit. Et c'est à ce sujet qu'il est dit (Yoma 72b) : 'celui qui n'a pas mérité, elle devient pour lui etc.' [un poison mortel], car même la Torah, il ne l'a pas (ainsi qu'il est écrit Yevamot 109b).
Et c'est à la manière de ce qui est dit au sujet d'Essav : 'Il entendit que les filles de Canaan étaient mauvaises etc.', 'et il ajouta etc.' (Bereshit 28,6-9), et nos Sages, de mémoire bénie, ont dit dans le Bereshit Rabba (fin du chapitre 67) : 'douleur sur douleur' (כוב על כוב) - vois-y. C'est-à-dire : puisqu'il n'a pas renvoyé les premières [femmes], mais qu'il cherchait seulement à s'acquitter aussi auprès d'Its'hak et à prendre également une femme qui ne fut pas des filles de Canaan, tout en gardant malgré tout les premières - c'est pourquoi cela aussi s'est retourné en mal pour lui.
Et malgré tout il est dit dans la Torah 'Je suis' (Anokhi) avant 'Tu n'auras pas [d'autres dieux]' (Lo yihye lekha) (Chemot 20,2-3), car chez les enfants d'Israël il est certain que d''Anokhi' on parviendra à 'Lo yihye lekha', et il finira par s'éloigner [du mal] ; et comme il est écrit (Pessahim 50b) : 'que l'homme s'occupe toujours etc. [de Torah et de mitsvot] même sans intention pure (chelo lichma), car de ce qui est fait sans intention pure etc.
[on vient à ce qui est fait avec intention pure]'. Et les Tossefot (les commentateurs médiévaux du Talmud) ont objecté à partir de ce que nous trouvons en plusieurs endroits : que 'quiconque s'occupe [de Torah] sans intention pure, il eût mieux valu pour lui etc.
[qu'il ne fut pas créé]', et qu''elle se retourne pour lui etc. [en poison mortel]', et 'celui qui n'a pas mérité, elle devient pour lui etc.'.
Mais en vérité les deux sont vrais : 'quiconque s'occupe etc.' - bien qu'il sache que 'sans intention pure il eût mieux valu etc.' et qu''elle devient etc.', malgré tout il prend tout cela sur lui, car son âme a un désir ardent de la Torah ; et que ferait-il, si son cœur n'est pas encore entier et purifié de tout mal, des arrière-pensées et des désirs de ce monde ? Qu'il s'égare dans l'amour de la Torah (Michle 5,19), et bien qu'il connaisse le danger et le mal qui s'y trouvent, malgré tout 'que l'homme s'occupe toujours etc.' et qu'il prenne tout cela sur lui, parce que 'de ce qui est fait sans intention pure etc.' - et alors tout se retournera en bien.