Bien que le libre choix (behira) soit donné à l'homme, Rabbi Tsadok tient qu'il ne peut changer sa racine et son fondement : il reste Israël, car il vient d'une souche sainte. Un bon n'est pas devenu mauvais, à moins d'être mauvais dès l'origine, et de même à l'inverse ; cette tradition (guemira) n'est révélée qu'en allusion, la racine cachée à toutes les créatures. La racine mauvaise se constitue par l'action et le choix du mal ; par la techouva et les bonnes actions on se rapproche. « Crée en moi un cœur pur » : la création (beria) vient du néant, et la miséricorde du Ciel y est efficace ; lorsque D.ieu l'accepte, le fondement se révèle rétroactivement tel.
Aussi : un idolâtre qui s'occupe de Torah est comme un cohen gadol (grand prêtre)
[קל] אע"פ שהבחירה נתונה לאדם מ"מ אין אדם יכול להשתנות משרשו ועיקרו וכאותה שא' בסנהדרין (מד.) אע"פ שחטא ישראל הוא משום דהוא משרשא וגזעא קדישא וכ"א בברכות (כט.) טבא לא הוה בישא אם לא ברע מעיקרו וכ"א בחגיגה (טו:) טינא היתה בלבם וכן להיפך בישא לא הוה טבא אע"פ שלא רצו רז"ל לגלות זה הגמירא בפירוש מ"מ גילוהו בסוד בכ"מ למבינים וע"ז א' (ברכות מח.) בוצינא מקטפי' ידוע. רק השורש הזה נעלם מכל הברואים [דזהו בסוד הידיעה והבחירה שנתקשו הקדמונים] כי לבא לפומא לא גליא ולכך מצינו ג"כ חטאים שאז"ל שאין להם חלק לעוה"ב.
ואין לו חלעוה"ב היינו שהעיקר חסר מן הספר ושורשו רע [ולכך למ"ד מנשה אין לו חלק לעוה"ב לא הועילה לו תשובתו כי מאחר דעיקרו בישא ולכן א' אידך דמרפה ידי בע"ת. ולכן לא גילו זה רז"ל בפירוש.
אבל באמת אין זה רפוי כלל ואכמ"ל] והוא נעשה ע"י פעולתו ובחירתו לרע וכן להיפך ע"י תשובה ומע"ט יכול להתקרב ואפי' עכו"ם ועוסק בתורה הרי הוא ככה"ג (ע"ז ג.) וכל התורה מלא מזה ונא' לב טהור ברא וגו' ובריאה הוא יש מאין והיינו שמאחר שזה בידו של הקב"ה מועיל רחמי שמים [ולכשיזכה ברחמים או להיפך ח"ו אז יהי' באמת למפרע שורשו כך ואין שינוי בידיעה כי ידיעת הש"י אין נופל תחת הזמן דעבר ועתיד רק אנו תחת הזמן ואכ"מ ביאורו]. ולכ"א (ילקוט יחזקאל שנח) שאלו לחכמה כו' לתורה כו' לנבואה כו' והקב"ה אמר יעשו תשובה אבל מצד כולם בישא לא הוה טבא.
וזה הי' טענת העם ביחזקאל בפ' ובשוב צדיק וגו' ובשוב רשע וגו' ואמרתם לא יתכן דרך ה' ובוודאי דעת שוטים לא נז' בכתוב רק הם אטבא ובישא מעיקרו אמרו והם חשבו שגם הם מבינים וע"ז אמר להם דרכיכם וגו' שאתם אין יודעים כלל בזה וכשהש"י מקבלו אז מתגלה למפרע דעקרו כך:
[130] Bien que le libre choix (behira) soit donné à l'homme, l'homme ne peut malgré tout changer sa racine et son fondement, comme il est dit dans Sanhédrin 44a : "même s'il a fauté, il reste Israël", et cela parce qu'il provient d'une racine et d'une souche saintes. De même est-il dit dans Berakhot 29a : "un bon n'est pas devenu mauvais", à moins qu'il n'ait été mauvais dès l'origine ; de même est-il dit dans Haguiga 15b : "une souillure (tina) était dans leur cœur" ; et de même à l'inverse : un mauvais n'est pas devenu bon.
Et bien que nos maîtres, de mémoire bénie, n'aient pas voulu révéler explicitement cette tradition (guemira), ils l'ont malgré tout révélée par allusion secrète en de nombreux endroits, pour ceux qui comprennent. C'est à ce sujet qu'il est dit (Berakhot 48a) : "la courge se reconnaît à sa sève" (on reconnaît dès le départ ce que sera le fruit).
Seulement, cette racine est cachée à toutes les créatures [et c'est là le secret de la prescience divine et du libre choix, sur lequel les anciens ont achoppé], car "le cœur ne le révèle pas à la bouche". Et c'est pourquoi nous trouvons aussi des fautes dont nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit que celui qui les commet n'a pas de part au monde à venir.
Or "il n'a pas de part au monde à venir" signifie que l'essentiel manque au livre, c'est-à-dire que sa racine même est mauvaise [et c'est pourquoi, selon l'avis qui dit que Menaché n'a pas de part au monde à venir, sa techouva (retour, repentir) ne lui a servi de rien, puisque son fondement est mauvais ; et c'est pourquoi l'autre maître a dit qu'un tel propos affaiblit les mains des baalei techouva (ceux qui reviennent). Et c'est pour cela que nos maîtres, de mémoire bénie, n'ont pas révélé cela explicitement.
Mais en vérité il n'y a là aucun affaiblissement, et ce n'est pas ici le lieu d'en développer l'explication]. Et cette racine mauvaise se constitue par son action et par son choix du mal ; et de même à l'inverse, par la techouva et les bonnes actions il peut se rapprocher, et même un idolâtre qui s'occupe de Torah, le voici comme un cohen gadol (grand prêtre) (Avoda Zara 3a).
Toute la Torah est pleine de cela, et il est dit : "Crée en moi un cœur pur" (Tehilim 51,12) ; or la création (beria) est un être tiré du néant, ce qui veut dire que, puisque cela est entre les mains du Saint béni soit-Il, la miséricorde du Ciel y est efficace [et lorsqu'il y aura mérite par la miséricorde, ou l'inverse à D.ieu ne plaise, alors sa racine se trouvera avoir été telle depuis toujours, rétroactivement, et il n'y a là aucun changement dans la prescience, car la connaissance de D.ieu béni soit-Il ne tombe pas sous le temps du passé et du futur ; c'est nous seuls qui sommes sous le temps, et ce n'est pas ici le lieu d'en donner l'explication]. Et c'est pourquoi il est dit (Yalkout Ye'hezkel 358) : on interrogea la Sagesse, etc. ; la Torah, etc. ; la Prophétie, etc. ; et le Saint béni soit-Il dit : qu'ils fassent techouva.
Mais du point de vue de tous les autres, un mauvais n'est pas devenu bon. Et telle était la contestation du peuple chez Ye'hezkel, dans le passage "et quand le juste se détourne de sa justice, etc." et "quand le méchant se détourne de sa méchanceté, etc.", "et vous dites : la voie de ה' n'est pas équitable" (Ye'hezkel 33,17-20).
Or assurément une opinion d'insensés n'aurait pas été rapportée par le verset : c'est du bon et du mauvais dès l'origine qu'ils parlaient, et ils s'imaginaient qu'eux aussi comprenaient cette chose. C'est à ce sujet qu'Il leur a dit : "ce sont vos voies qui ne sont pas équitables", c'est-à-dire que vous n'y connaissez rien du tout ; et lorsque D.ieu béni soit-Il l'accepte, alors se révèle rétroactivement que son fondement était bien tel.