Lorsqu'on innove dans la Torah, Rabbi Tsadok exige que cela ne procède d'aucun intérêt personnel, ni d'un désir de se glorifier ou de contredire, mais du seul désir de connaître la vérité. Même l'erreur reste alors paroles de Torah et paroles du D.ieu vivant, car le Nom établit d'abord la première intuition, puis l'accès à la vérité. Si cela procède de l'intérêt personnel, ce n'est plus paroles de Torah. Yarovam place la fête au mois de 'Hechvan contre le beit din de Jérusalem : invention de son cœur. Doëg tranche par jalousie ; sans cet intérêt il ne se serait pas trompé, et ces paroles deviennent un poison mortel.
Aussi : de telles paroles ne font pas sortir des âmes ; la ''hokhma du cerveau s'unit à la bina du cœur par le daat.
[קטו] כשמחדש דבר בתורה צריך שלא יהי' מצד שום נגיעה בלב שרוצה כך או להתפארות או לחלוק על דברי זולתו וכיוצא. רק מצד התשוקה לידע האמת ואז אפי' טועה נקרא ד"ת ודברי א-להים חיים שהרי נזכר בתלמוד דברי הטועים ושנדחו מהלכה שגם ההו"א הוא ד"ת.
שכך יסד הש"י מושכל ראשון ואח"כ הגעה לאמת וגם המושכל ראשון הוא מהש"י ודא"ח. אבל כשהוא מצד הנגיעה אז אינו נקרא ד"ת כלל.
כמ"ש בירבעם החודש אשר בדא מלבו ובודאי הוא דרש להם איזה דרש ולימוד שחג האסיף הוא בחשון. רק לפי שהי' מצד הנגיעה לעשות נגד ב"ד שבירושלים נקרא אשר בדא מלבו ולא נאמר בזה אלו ואלו דא"ח.
וכן דואג עשה הכל עפ"י התורה בדעתו כי ראש הסנהדרין הי' והוא הורה עמוני ואפי' עמונית עפ"י הלכה שבדעתו שהרי אשתיתו נגדו (כמ"ש יבמות עז.) וממילא א"א שיהי' דוד מלך והוא מפסולי קהל ודנו למורד במלכות וכן לאחימלך. ושאול אע"פ שהי' סבור ג"כ כן הוא הי' בטעות ונקרא באמת בחיר ה'.
אבל דואג ד"ת אלו נבעו מלבו מצד הקנאה ואלולי נגיעה זו לא הי' טועה. באופן זה נעשים ד"ת סם המות ר"ל שנאבדו מן העולם כי אין זה נקרא ד"ת באמת כלל רק למראית העין [ואין בכח ד"ת כאלו להוציא נפשות כלל כענין אל אחר אסתריס ולא עביד פירין.
והיינו כמ"ש (חגיגה טו:) ובפ' חלק (סנהדרין קו:) מי זוטר כו' אלא רחמנא לבא בעי. ור"ל שהחכמה שבמוח יהי' מחוברת עם הבינה שבלב יחד והחכמה יהי' יוצאת מן הלב וזה ע"י הדעת המחבר חו"ב משא"כ אל אחר אין בו דעת כמש"ל אות ק"ז וע"ז א' (ויק"ר סו"פ א) ת"ח שאין בו דעה כו']:
[115] Lorsqu'on innove une chose dans la Torah, il faut que cela ne procède d'aucun intérêt personnel (neguia : un penchant du cœur qui incline le jugement), c'est-à-dire d'un cœur qui veut qu'il en soit ainsi, ni du désir de se glorifier, ni de celui de contredire les paroles d'autrui, et ainsi de suite ; mais uniquement du désir ardent de connaître la vérité. Alors, même s'il se trompe, cela est appelé paroles de Torah (divrei Torah) et paroles du D.ieu vivant (divrei Elokim 'hayim), car voici que sont rapportés dans le Talmud les propos de ceux qui se trompent et qui ont été écartés de la halakha : ainsi, même la hava amina (la supposition initiale du Talmud, ensuite réfutée) est parole de Torah.
Car ainsi le Nom, béni soit-Il, l'a établi : d'abord la première intuition (mouskal richon), et ensuite l'accès à la vérité ; et la première intuition elle aussi vient du Nom, béni soit-Il, et elle est parole du D.ieu vivant. Mais lorsque cela procède de l'intérêt personnel, alors ce n'est plus appelé paroles de Torah du tout.
Comme il est dit au sujet de Yarovam : le mois qu'il avait inventé de son propre cœur (Rois I 12,33) - et il est certain qu'il leur exposa quelque exégèse et quelque enseignement selon lequel la fête de la récolte tombe au mois de Hechvan. Seulement, parce que cela procédait de l'intérêt personnel, celui d'agir contre le beit din (tribunal rabbinique) de Jérusalem, cela est appelé qu'il avait inventé de son propre cœur, et l'on n'a pas dit à ce sujet : celles-ci et celles-là sont paroles du D.ieu vivant.
De même Doëg a tout fait selon la Torah, a son avis, car il était le chef du Sanhédrin, et il a tranché : un Ammonite, et même une Ammonite, selon la halakha telle qu'il la concevait - car on resta muet devant lui (comme il est dit Yevamot 77a) - et dès lors il est impossible que David soit roi alors qu'il est de ceux qui sont interdits d'entrer dans l'assemblée ; et ils l'ont jugé comme un rebelle contre la royauté, et de même Ahimélekh. Et Chaoul, bien qu'il ait pensé lui aussi de la sorte, était dans l'erreur, et il est appelé en vérité l'élu de ה' (Samuel II 21,6).
Mais Doëg : ces paroles de Torah ont jailli de son cœur du fait de la jalousie, et sans cet intérêt personnel il ne se serait pas trompé. De cette manière, les paroles de Torah deviennent un poison mortel (sam hamavet), c'est-à-dire qu'elles sont perdues du monde, car cela n'est pas appelé en vérité paroles de Torah du tout, seulement en apparence.
[Et de telles paroles de Torah n'ont aucun pouvoir de faire sortir des âmes, à la manière de : l'autre dieu est châtré et ne produit pas de fruits (el aher isteris vela avid pirin). Et c'est comme il est dit (Haguiga 15b) et au chapitre Helek (Sanhédrin 106b) : est-ce peu de chose, etc., mais le Miséricordieux veut le cœur.
Cela veut dire que la 'hokhma qui est dans le cerveau soit unie avec la bina qui est dans le cœur, et que la 'hokhma sorte du cœur ; et cela se fait par le daat qui unit 'hokhma et bina. Il n'en va pas de même de l'autre dieu, en qui il n'y a pas de daat, comme il est écrit plus haut, section 107.
Et c'est à ce sujet qu'il est dit (Vayikra Rabba, fin de la parachat 1) : un talmid 'hakham en qui il n'y a pas de deah (discernement), etc.]