Il ne faut pas demander à voir le malheur d’un homme, même d’un racha (impie), selon le verset « que les fautes disparaissent » (Tehilim 104,35). Rabbi Tsadok dit que cela vaut pour celui qui est mauvais envers le Ciel ; envers les créatures, mesuré pour mesuré, il est permis de demander son malheur. Élisée maudit les jeunes gens qui l’avaient méprisé, et David ses ennemis, parce qu’ils lui faisaient du mal. Cela n’est pas permis à tout homme : sans roua'h hakodech (l’inspiration divine) on peut être aveuglé par la neguia (l’intérêt personnel). Il faut faire précéder dans son cœur la bienveillance (tovat ayin) même à leur égard ; si, après cela, on les maudit, c’est selon le jugement.
Aussi : Élisée fut puni pour cette malédiction ; hors de « et celui qui te maudira, Je le maudirai » (Berechit 12,3), D.ieu ne maudit pas un homme ; David avait tué le yetser hara (le mauvais penchant)
[עא] אין לבקש לראות רעת אדם ואפי' רשע כמשז"ל (ברכות י.) יתמו חוטאים אין כתיב. וזהו ברע לשמים אבל רע לבריות ענשו מדה כנגד מדה שמותר לבקש רעתו ג"כ וכמו שמצינו באלישע שקילל לנערים מפני שהם זלזלוהו לפי שריפא למים ועשה טובה לבריות והם חפצים יותר ברעתם כמשז"ל (סוטה מו:
ורש"י שם) לכן הי' רשאי לקללם וכן דוד המע"ה שקלל אויביו במזמור ק"ט פירש שם בשביל שהיו מריעים לו ואמר ויאהב קללה ותבואהו מדה כנגד מדה מפני שאהב זה. וכן הש"י אמר ומקללך אאור אבל בלא"ה אין מקלל לאדם.
ומ"מ גם בזה מצינו דאלישע נענש ע"ז כמ"ש בסוטה (מז.) ובסנהדרין (קז:) ומלבד זה ג"כ לא לכל אדם הותר שהרי אז"ל באלישע (סוטה שם) ויראם ראה שאין כו' ומי שאינו בעל רוה"ק אפשר שהנגיעה מעוורתו. ולכך דוד המע"ה באותו מזמור א' פסוק ולבי חלל בקרבי שדרשו רז"ל מזה (ע"ז ד סע"ב) שהרגו ליצ"ר שאמר שאין לו לחוש לשום נגיעה לתאות עצמו כי כבר אין לו יצה"ר.
וקודם מזמור זה נא' מזמור שבו פסוק לי גלעד וגו' שממנו דרשו דורשי רשומות בפ' חלק (סנהדרין קד:) שכולם יש להם חלק לעוה"ב וזהו כעין שאז"ל (מגילה יג:) ממדת הש"י שמקדים רפואה למכה. וצריך להקדים בלבו הטובות עין אפי' להם ואם אח"כ מ"מ מקללם אז הוא במשפט:
[71] Il ne faut pas demander à voir le malheur d'un homme, même d'un racha (impie), selon ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Berakhot 10a) : il n'est pas écrit 'que les fauteurs disparaissent' (mais 'que les fautes disparaissent', Tehilim 104,35). Et cela vaut pour celui qui est mauvais envers le Ciel ; mais celui qui est mauvais envers les créatures, son châtiment est mesuré pour mesuré, de sorte qu'il est permis de demander son malheur également.
Ainsi trouvons-nous chez Élisée qu'il maudit les jeunes gens parce qu'ils l'avaient méprisé : car il avait guéri les eaux et fait du bien aux créatures, et eux préféraient plutôt leur propre mal, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Sota 46b, et Rachi sur place) ; c'est pourquoi il lui était permis de les maudire. De même David, roi d'Israël, la paix soit sur lui, qui maudit ses ennemis dans le psaume 109 : il a expliqué là que c'était parce qu'ils lui faisaient du mal, et il a dit 'il a aimé la malédiction, et elle est venue sur lui' (Tehilim 109,17), mesuré pour mesuré, parce qu'il a aimé cela.
De même ה' (que Son Nom soit béni) a dit 'et celui qui te maudira, Je le maudirai' (Berechit 12,3) ; mais en dehors de cela, Il ne maudit pas un homme. Et malgré tout, même en cela nous trouvons qu'Élisée fut puni pour ce fait, comme il est écrit dans Sota (47a) et dans Sanhédrin (107b).
Et outre cela, ce n'est pas non plus permis à tout homme, car nos maîtres de mémoire bénie ont dit au sujet d'Élisée (Sota, même endroit) : 'et il les vit' (Melakhim II 2,24) - il vit qu'il n'y avait pas, etc. ; or celui qui n'est pas maître de roua'h hakodech (l'inspiration divine) peut se trouver aveuglé par la neguia (l'intérêt personnel, le parti pris). C'est pourquoi David, roi d'Israël, la paix soit sur lui, a dit dans ce même psaume le verset 'et mon cœur est transpercé en moi' (Tehilim 109,22), dont nos maîtres de mémoire bénie ont déduit (Avoda Zara 4b, fin de la page) qu'il avait tué le yetser hara (le mauvais penchant) : il disait par là qu'il n'avait à redouter aucune neguia liée à son propre désir, car il n'avait déjà plus de yetser hara.
Et avant ce psaume fut dit le psaume qui contient le verset 'à moi Guilad, etc.' (Tehilim 108,9), dont les dorchei rechoumot (ceux qui interprètent les allusions cachées) ont déduit au chapitre 'Helek' (Sanhédrin 104b) qu'ils ont tous une part au monde à venir. Et cela est du même ordre que ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Meguila 13b) : il est de la mesure du Saint béni soit-Il de faire précéder le remède à la blessure.
Il faut donc faire précéder dans son cœur la bienveillance (tovat ayin, le 'bon œil') même à leur égard ; et si, après cela, il les maudit malgré tout, alors c'est selon le jugement.