La Torah est appelée ainsi d'après « moreh derekh » (celui qui indique le chemin) : elle indique et enseigne à l'homme. Rabbi Tsadok s'appuie sur le Midrach Eikha : « la lumière qui est en elle le ramène au bien ». Cette lumière n'est acquise que par ceux qui « usent d'elle de la main droite », pour qui elle est « un remède de vie ». Celui qui étudie « chelo lichma » (non pour elle-même) n'atteint pas la lumière : cela ne porte pas le nom de Torah, ce n'est que « patatia de-oraita » (bavardage de Torah). On bénit « de nous occuper des paroles de Torah » ; par « ve-haarev na » on demande le lichma, et du « non pour elle-même » on vient au « pour elle-même ».
Aussi : même l'étude de Kodachim est s'occuper de Torah ; dire des paroles de Torah, même pour exclure les paroles vaines, est une mitsva qui introduit de la sainteté dans le cœur ; vie et lumière sont une seule chose.
[נט] תורה נקרא לשון מורה דרך שהוא מורה ומלמדת לאדם. ואין ר"ל במה שמלמדת החוקים והמשפטים שהרי גם כשלומד סדר קדשים נקרא עוסק בתורה רק כמשרז"ל במד' איכה (פתיחה א) המאור שבה מחזיר למוטב.
ואור התורה [הוא אגוני ומצלי מן החטא כמ"ש בסוטה (כא.) וזהו מחזיר למוטב] הוא רק ע"י מיימינים בה שהוא סמא דחיי וחיים ואור הכל א' כמ"ש כי עמך מקור חיים באורך נראה אור. אבל שלא לשמה אינו משיג האור וממילא אינה מורה לו ומחזירתו למוטב ואין ע"ז שם תורה רק הוא בכלל פטטיא דאורייתא דא' בירוש' (סוף ברכות) דטבין.
ולכך אנו מברכין לעסוק בדברי תורה ולא בתורה דמאן ספין ומאן רקיע להיות בטוח שיעסוק בה רק עכ"פ הוא דברי תורה ופטטיא דאורייתא שאותם הדבורים הם תורה במקום אחר. ודבר זה הוא ג"כ מצוה ומברך אשר קדשנו במצותיו וצונו שמכניס קדושה בלב ככל המצות.
והוא נלמד מציווי ודברת בם שדרשו רז"ל ביומא (יט.) ולא בדברים בטילים והרי זה מצוה בפ"ע לדבר ד"ת רק ר"ל אפי' דבורים שאינם אלא לאפוקי דברים בטילים. ולכך אומרים אח"כ והערב נא וגו' מבקשים על עסק לשמה ע"י ההערבה ומיתוק של דבר"י תורתך בפינו ויתגבר החשק עד שעי"ז נגיע אח"כ למדרגת לומדי תורת"ך [ולא דברי תורתך] וכמ"ש (פסחים נ:) שמתוך שלא לשמה בא לשמה:
[59] La Torah est appelée ainsi d'après l'expression 'moreh derekh' (celui qui indique le chemin), car elle indique et enseigne à l'homme. Et cela ne veut pas dire par ce qu'elle enseigne des décrets et des lois, car même lorsqu'on étudie l'ordre de Kodachim on est appelé 'occupé de Torah'; mais plutôt comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, dans le Midrach Eikha (petiha 1) : 'la lumière qui est en elle le ramène au bien'.
Et la lumière de la Torah [c'est elle qui protège et qui sauve du péché, comme il est dit dans Sota (21a), et c'est cela 'le ramène au bien'] n'est acquise que par ceux qui 'usent d'elle de la main droite' (maiminim bah, ceux qui l'étudient droitement), pour qui elle est 'un remède de vie' (samma de-hayé); et la vie et la lumière sont une seule et même chose, comme il est écrit : 'Car auprès de Toi est la source de la vie, dans Ta lumière nous voyons la lumière' (Psaumes 36,10). Mais celui qui étudie 'chelo lichma' (non pour elle-même) n'atteint pas la lumière, et dès lors elle ne le guide pas et ne le ramène pas au bien, et cela ne porte pas le nom de Torah : ce n'est que du ressort des 'patatia de-oraita' (le bavardage de Torah) dont il est dit dans le Yerouchalmi (fin de Berakhot) qu'il est bon.
C'est pourquoi nous bénissons 'de nous occuper des paroles de Torah' (la-assok be-divre Torah) et non 'de la Torah', car 'qui est assez considérable et qui est assez ferme' (man safin ou-man rakia, expression araméenne : qui peut se prévaloir d'une telle assurance) pour être certain qu'il s'en occupera vraiment; mais en tout état de cause ce sont des paroles de Torah et du bavardage de Torah, car ces mêmes paroles sont Torah ailleurs. Et cette chose est elle aussi une mitsva, et l'on bénit 'qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné', car elle introduit de la sainteté dans le cœur comme tous les commandements.
Et cela s'apprend du commandement 'et tu parleras d'elles' (ve-dibarta bam), dont nos maîtres, de mémoire bénie, ont expliqué dans Yoma (19a) : 'et non de paroles vaines'; voilà donc une mitsva en soi que de dire des paroles de Torah, sauf que cela veut dire même des paroles qui ne servent qu'à exclure les paroles vaines. C'est pourquoi l'on dit ensuite 've-haarev na' etc. : on demande de s'occuper d'elle pour elle-même au moyen de la douceur et de l'agrément des 'paroles de Ta Torah' dans notre bouche, et le désir se renforcera jusqu'à ce que, par cela, nous parvenions ensuite au degré de 'ceux qui étudient Ta Torah' [et non 'les paroles de Ta Torah'], comme il est dit (Pessahim 50b) que du 'non pour elle-même' on vient au 'pour elle-même'.