Comment un puits peut-il être appelé « eaux vives » s'il tire sa source du fleuve Perat ? L'Admour Hazaken explique que le fleuve représente l'afflux divin attiré pendant la prière, qui vient ensuite arroser le jardin de la Torah. L'homme se plonge plus tard dans les affaires matérielles et oublie cette méditation. Les mitsvot accomplies la journée agissent alors comme un puits, car elles font jaillir les eaux du fleuve enfouies sous la matérialité. En brisant son cœur face à son éloignement de D.ieu, l'homme creuse la terre de son corps et trouve une eau d'autant plus douce qu'il en était affamé.
Aussi : les cinquante-trois sections de la Torah formant le jardin ; la sainteté intrinsèque des mitsvot indépendante de l'intention ; la joie du Ari Z"L ; l'humilité véritable de Moché.
ויחפרו עבדי יצחק בנחל כו'. באר חפרוה שרים וגו'.
דהנה איתא בגמ' ע"פ והנהר הרביעי הוא פרת הוא דמעיקרא שממנו נפרדו לארבעה ראשים דהיינו ג' יצאו ממנו והרביעי הוא בעצמו ואמרו כל הנהרות למטה מפרת וכל מעיינות שבעולם נובעים מסולמא דפרת פי' מתחת לקרקע נוקב והולך עד שבחפירה מועטת ימצא באר מים חיים.
"Et les serviteurs d'Its'hak creusèrent dans le torrent, etc." (Genèse 26, 19). "Un puits, des princes l'ont creusé, etc." (Nombres 21, 18).
Or voici, il est dit dans la Guemara à propos du verset "et le quatrième fleuve, c'est le Perat" (Genèse 2, 14) : c'est lui qui est à l'origine, car c'est de lui que se sont séparées quatre têtes, c'est-à-dire que trois sont sorties de lui et le quatrième est lui-même. Et ils ont dit : "tous les fleuves sont au-dessous du Perat, et toutes les sources du monde jaillissent de l'échelle du Perat" (Bekhorot 55b).
Explication : sous le sol il perce et va, jusqu'à ce que, par un creusement minime, on trouve un puits d'eaux vives.
ולכאורה תמוה מפני מה יקרא באר מים חיים כיון שעיקר נביעתו הוא מנהר פרת. והענין דהנה כתיב ונהר יוצא מעדן להשקות את הגן כו' ג"ן סדרי דאורייתא פי' כידוע שבתחלה צריך לקבל עומ"ש בשלימות דהיינו להאמין באמונה שלימה באחדות ה' שהוא המהווה כל העולמות וכולא קמיה כלא חשיב וכולא חד כו' וכאשר יתבונן האדם בק"ש וישים ללבו היטיב ענין האחדות ויקבל עליו באמת עול מל' כי יעקב חבל נחלתו חפצם לדבקה בו בכל לבבם ומאמינים באחד וחפצים בו אבל אין מקום שישרה בו בחי' אחד לאחר שקבל עליו.
Et à première vue, c'est étonnant : pourquoi l'appelle-t-on puits d'eaux vives, puisque l'essentiel de son jaillissement vient du fleuve Perat. Et l'explication est la suivante : voici, il est écrit "et un fleuve sortait d'Eden pour arroser le jardin, etc." (Genèse 2, 10).
Gan (53) : les cinquante-trois sections (sedarim) de la Torah. Explication : comme il est connu, qu'au commencement il faut accepter le joug du royaume des cieux dans sa perfection, c'est-à-dire croire d'une foi parfaite en l'unité de ה', qu'Il est Celui qui fait exister tous les mondes, et que tout est devant Lui comme rien, et que tout est un, etc.
Et lorsque l'homme médite dans la Kriat Chema et place bien dans son cœur le sujet de l'unité, et accepte sur lui en vérité le joug de Sa royauté - car "Yaakov est le lot de Son héritage" (Deutéronome 32, 9), leur désir est de s'attacher à Lui de tout leur cœur, et ils croient en l'Un et Le désirent -, mais il n'y a pas de lieu où se pose en lui l'aspect de l'Un après qu'il l'a accepté sur lui.
ואין לו מקום אלא בתורה שהיינו שמיד אחר קבלת מ"ש ילמוד בעיון מחשבתו ושכלו ודבורו בתורה שבע"פ וקודם למודו יתבונן באחדות ה' כו' ועי"ז יגרום לו העסק בתורה בכל עומק מחשבתו ולבבו וכו' וזהו נק' ונהר יוצא מעדן פי' מעדן מעם הקב"ה שנק' עדן ונהר הוא לשון המשכה פי' כאשר יומשך אלהות מלמעל' למטה בקבל' מ"ש המשכה זאת משקה את הגן היא התורה שהיא ד' אמות של הלכה במקום קדשי קדשים אורייתא היכלא דמלכא שבה שורה אחדות ה' כו' כאשר יתקיים בו בחי' נהר יוצא מעדן בתפלתו ושעור למודו מיד אחר התפלה אבל אח"כ צריך לעסוק בכל מחשבתו כו' בעניני עולם השפל ושוכח כל התבוננותו בקבלת מ"ש מפני גשמיות גופו על מעוט דעת שלו ויתרחק מאד מבחינה שהיה לו דעת בתפלתו ועבודתו בתורה כו' לכך נתן לנו מצות לעשותם כל היום כי ענין המצות מעשיות הם הגבה למעלה מעלה בפנימיותם ושרשם אך שנתלבשו בכמה לבושים בהשתלשלות העולמות כו' ומ"מ רומזים על מדרגה הגבוה שבשרש' כמו מצות ציצי' שענינה למעלה בעולמות עליונים ונתלבשה מצותה בשמונה חוטין של צמר וה' קשרים כו' ולכן המצות לא תצטרך להם עבודת האדם לתקנם ולכוון אל אמתתם כי מצות א"צ כוונה לפי שהן בעצמם מתוקנים ונשתלשלו ממעלה למטה כו' והעושה המצוה המשכת אלהות שגורם אינה מצד עבודתו רק מחמת המצות עצמן כו'. משא"כ בתורה ותפלה שהיא עבודת הלב תלויה דוקא בכוונת האדם כו' ועיקר הכוונה הצריכה בעשיי' המצות הוא שיתבונן בתחילה איך שהוא מאד רחוק מה' ע"י טרדתו כל היום בהבלי חפצי העוה"ז וגשמיות חומרו ועוונותיו מסך מבדיל לבלתי התקרב אל ה' אפי' מעט ויתבונן בזה היטב הדק וישבור לבו בהתבוננ' זה ויכנע לבבו מפני שמ"מ חפץ הוא להתקרב אל ה' בתורתו כו' ויכוון במצוה שנזדמנה לידו בעשותו אותה.
שהוא כמו באר מ"ח שנובע מתחת הקרקע מנהר א' שאע"פ שהנהר אינו נק' מ"ח אבל המים היוצאים ממנו ונוקב והולך עובי עפר הקרקע נק' מים חיים מפני שמתברר ומתלבן ע"י דחקם לצאת בעפר החומרי וכן ממש עשיית המצוות כשהי' לו בתחלה בתפלתו ועבודתו בחי' נהר יוצא מעדן הנ"ל רק שנכסה ונעלם בתוכו ע"י גשמיות תשוקת גופו כל היום.
Et il n'a de lieu que dans la Torah, c'est-à-dire que tout de suite après l'acceptation du joug du royaume des cieux, il étudiera avec l'approfondissement de sa pensée, de son intellect et de sa parole dans la Torah orale, et avant son étude il méditera sur l'unité de ה', etc. Et par cela l'occupation dans la Torah lui sera causée, en toute la profondeur de sa pensée et de son cœur, etc.
Et c'est ce qu'on appelle "et un fleuve sort d'Eden", explication : d'Eden, d'auprès du Saint, béni soit-Il, qui est appelé Eden, et "fleuve" est une expression d'influx. Explication : lorsque la divinité est attirée d'en haut en bas dans l'acceptation du joug du royaume des cieux, cet influx arrose le jardin, c'est la Torah, qui est les quatre coudées de la halakha, au lieu du Saint des Saints.
"La Torah, palais du Roi", en laquelle repose l'unité de ה', etc., lorsque se réalise en lui l'aspect de "un fleuve sort d'Eden" dans sa prière et la mesure de son étude tout de suite après la prière. Mais ensuite il doit s'occuper de toute sa pensée, etc., des affaires du monde d'en bas, et il oublie toute sa méditation dans l'acceptation du joug du royaume des cieux, à cause de la matérialité de son corps, à cause de son peu de daat, et il s'éloigne beaucoup de l'aspect où il avait connaissance dans sa prière et son service dans la Torah, etc.
C'est pourquoi Il nous a donné des mitsvot pour les accomplir toute la journée, car le sujet des mitsvot pratiques est qu'elles sont élevées très haut dans leur intériorité et leur racine, mais elles se sont revêtues de plusieurs vêtements dans l'enchaînement des mondes, etc. Et néanmoins elles font allusion au degré élevé qui est dans leur racine, comme la mitsva des tsitsit, dont le sujet est en haut dans les mondes supérieurs, et sa mitsva s'est revêtue dans huit fils de laine et cinq nœuds, etc.
Et c'est pourquoi les mitsvot n'ont pas besoin pour elles du service de l'homme pour les rectifier et viser leur vérité, car les mitsvot n'ont pas besoin d'intention, parce qu'elles sont elles-mêmes rectifiées et se sont enchaînées d'en haut en bas, etc. Et celui qui accomplit la mitsva, l'influx de divinité qu'il cause n'est pas du côté de son service, mais seulement à cause des mitsvot elles-mêmes, etc.
Ce qui n'est pas le cas dans la Torah et la prière, qui est le service du cœur, dépend précisément de l'intention de l'homme, etc. Et l'essentiel de l'intention nécessaire dans l'accomplissement des mitsvot est qu'il médite d'abord comment il est très éloigné de ה' par son occupation toute la journée dans les vanités des désirs de ce monde-ci et la matérialité de sa matière, et ses fautes sont un écran séparateur pour ne pas se rapprocher de ה' même un peu.
Et il méditera en cela très finement, et il brisera son cœur dans cette méditation, et son cœur se soumettra, parce que néanmoins il désire se rapprocher de ה' dans Sa Torah, etc. Et il visera dans la mitsva qui s'est présentée à sa main, en l'accomplissant, que c'est comme un puits d'eaux vives qui jaillit de sous le sol d'un fleuve, car bien que le fleuve ne soit pas appelé eaux vives, les eaux qui sortent de lui et percent et vont à travers l'épaisseur de la poussière du sol sont appelées eaux vives, parce qu'elles se clarifient et se blanchissent par leur pression pour sortir dans la poussière matérielle.
Et de même exactement l'accomplissement des mitsvot, lorsqu'il avait au commencement, dans sa prière et son service, l'aspect de "un fleuve sort d'Eden" susdit, seulement qu'il a été recouvert et caché en lui par la matérialité du désir de son corps toute la journée.
וכשעושה המצוה שנובעת מנהר הנ"ל פי' מפני שזוכר שכבר קבל ע"ע מ"ש בכל לבבו ולכך עושה מצותיו ליכנס בעול מלכותו אע"פ שעכשיו אין לו בחי' נהר הנ"ל סומך לבו על שכבר גמר בלבו לעבוד ה' באמת זהו כמו באר מ"ח מפני שמאד ערב לו זאת המעט בעבודת ה' מפני שהתבונן שמאד מאד רחוק הוא מה'.
Et lorsqu'il accomplit la mitsva qui jaillit du fleuve susdit, explication : parce qu'il se souvient qu'il a déjà accepté sur lui le joug du royaume des cieux de tout son cœur, et c'est pourquoi il accomplit Ses mitsvot pour entrer dans le joug de Sa royauté, bien que maintenant il n'ait pas l'aspect du fleuve susdit, il appuie son cœur sur ce qu'il a déjà résolu dans son cœur de servir ה' en vérité. C'est comme un puits d'eaux vives, parce que ce peu dans le service de ה' lui est très agréable, parce qu'il a médité qu'il est très, très éloigné de ה'.
ועושה המצוה הוא ע"ד הנ"ל שמאד מתוק וערב לו לעשות המצוה כו' כמו הבאר כשחופרין בקרקע ומוצאים מים הם מ"ח מפני שעברו עובי העפר כן עשיית המצות עשייתו אותה נובעת מנהר הנ"ל כו'.
Et celui qui accomplit la mitsva, c'est selon la voie susdite : c'est très doux et agréable pour lui d'accomplir la mitsva, etc., comme le puits : lorsqu'on creuse dans le sol et qu'on trouve de l'eau, ce sont des eaux vives, parce qu'elles ont traversé l'épaisseur de la terre ; de même l'accomplissement des mitsvot, son accomplissement de celle-ci, jaillit du fleuve susdit, etc.
וזהו שהיה האריז"ל שמח מאד בעשיית המצות ולכך זכה לרה"ק ולא שמח בעבודתו כו' כי המצות בפני עצמם קדושתם כו' כנ"ל ועשיותה באמהתבוננות שפלות התקרבותו אל ה' שזו היא מדת ענוה באמת שנאמר על מרע"ה כי עיקר השפלו' בפני כל אדם שאמרו א"א להיו' כ"א עד"ז שרואה בחבירו שהוא יותר קרוב לה' כו' וזהו נפש שבעה תבוס נופת שאפילו הדבש מר לו אבל נפש רעבה כל מר מתוק פי' באר מ"ח הנ"ל ע"י חפירותו בעפר גופו כשיוצא מעט מים מתוקים ערבים לו מאד מפני שגופו רעבה בעבודת ה' וזהו באר חפרוה שרים:
Et c'est pourquoi l'Ari z"l se réjouissait beaucoup dans l'accomplissement des mitsvot, et c'est pour cela qu'il mérita le roua'h hakodech, et il ne se réjouissait pas de son service, etc., car les mitsvot en elles-mêmes ont leur sainteté, etc., comme ci-dessus, et leur accomplissement en vérité par la contemplation de la bassesse de son rapprochement de ה', car c'est là l'attribut de l'humilité en vérité, ainsi qu'il est dit de Moché Rabbénou (Nombres 12, 3), car l'essentiel de l'abaissement devant tout homme, comme ils ont dit : il est impossible d'être sinon de cette manière, qu'il voie dans son prochain qu'il est plus proche de ה', etc. Et c'est "une âme rassasiée foule aux pieds le miel", que même le miel lui est amer, "mais une âme affamée, tout amer est doux" (Proverbes 27, 7).
Explication : le puits d'eaux vives susdit, par son creusement dans la poussière de son corps, lorsqu'un peu d'eau douce sort, elle lui est très agréable, parce que son corps est affamé du service de ה', et c'est "un puits, des princes l'ont creusé".