תורה אור

Torah Or — Torah Ohr, Noach.2

Rabbi Chnéour Zalman de Liadi - discours sur Berechit, Chemot et Esther
En bref

« Si un homme donnait tout le bien de sa maison pour l'amour » (Cantique des Cantiques 8, 7) : le bien désigne la sagesse de la Torah et les raisons des mitsvot. Selon l'Admour Hazaken, cette sagesse n'est qu'un rayonnement divin. Celui qui atteint l'amour suprême désire s'absorber dans l'essence de D.ieu et délaisse cette simple illumination. Cette union à l'essence s'obtient par les mitsvot pratiques. Puisque leur racine est la volonté divine, située au-delà de l'intellect, elles doivent se revêtir d'objets matériels. Leur accomplissement physique permet à l'homme de s'attacher véritablement au Créateur.

Aussi : les préoccupations matérielles qui mènent à l'amour suprême ; la méditation du Chema ; le mouvement des lèvres assimilé à un acte.

אם יתן איש את כל הון ביתו באהבה בוז יבוזו לו. כי הנה מבואר למעלה איך שמים רבים שהם טרדות הפרנסה.

ונהרות שהם המחשבות בענינים גשמיים שנקראו בשם נהרות דניידי ואזלי משא"כ מים הם מכונסים ועומדים וכל זה לא יוכלו לכבות את האהבה ואדרבה בהם וע"י דוקא תבא לבחי' האהבה היותר גדולה היינו בחי' בכל מאדך הנ"ל.

"Si un homme donnait tout le bien de sa maison pour l'amour, on le mépriserait souverainement" (Cantique des Cantiques 8, 7). Car on a expliqué plus haut comment les eaux nombreuses sont les préoccupations de la subsistance, et les fleuves sont les pensées touchant les affaires matérielles, lesquelles sont appelées fleuves parce qu'elles se meuvent et s'en vont, tandis que les eaux sont rassemblées et se tiennent.

Et tout cela ne pourra éteindre l'amour. Bien au contraire : c'est en elles et par elles, précisément, que l'on parviendra à l'aspect de l'amour le plus grand, à savoir l'aspect de toute ta force susdit.

ולזה אומר אח"כ אם יתן איש את כל הון ביתו כו'. הון ביתו נק' חכמת התורה שהן פירוש וטעמי המצות שנמשך מבחי' חכמתו ית'.

וכמ"ש ונהר יוצא מעדן להשקות את הגן. כי מעדן שהוא בחי' חכמה שנק' עדן יוצא נהר לשון המשכה להשקות את הגן שהם ג"ן סדרים דאורייתא שהן פירוש וטעמי המצות ונעשה מהם בחי' ג"ע עליון וג"ע תחתון עד שנשתלשל מטה מטה ששרשם מבחי' חכמתו ית' שנק' ראשית ההשתלשלות ואינו ערוך כלל לגבי מהותו ועצמותו יתברך שהוא למעלה מההשתלשלות:

Et c'est pour cela qu'il dit ensuite : "Si un homme donnait tout le bien de sa maison", etc. Le bien de sa maison est appelé la sagesse de la Torah, à savoir l'explication et les raisons des mitsvot, qui se prolonge de l'aspect de Sa sagesse, béni soit-Il.

Comme il est écrit : "Et un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin" (Genèse 2, 10). Car d'Éden, qui est l'aspect de la 'hokhma, appelée Éden, sort un fleuve, au sens de prolongement, pour arroser le jardin : ce sont les cinquante-trois (ג"ן) sections de la Torah, lesquelles sont l'explication et les raisons des mitsvot.

Et il s'en fait l'aspect du jardin d'Éden supérieur et du jardin d'Éden inférieur, jusqu'à ce que cela s'enchaîne tout en bas. Et leur racine est l'aspect de Sa sagesse, béni soit-Il, appelée le commencement de l'enchaînement, qui n'a aucune commune mesure avec Son essence et Son être, béni soit-Il, lequel est au-dessus de l'enchaînement.

וזהו אם יתן איש שהוא לשון גבורות וצמצומים כמ"ש (שמות טו) ה' איש מלחמה כו' שכדי שיומשך מעצמותו ית' להתהוות בחי' חכמה שאינו אלא זיו והארה בלבד א"א להיות כ"א ע"י צמצומים וגבורות רבים. וזהו אם יתן איש את כל הון ביתו באהבה שהוא אהבת בכל מאדך המבואר למעלה שהוא לאשתאבא בגופא דמלכא.

Et c'est le sens de "si un homme donnait" : "homme" est un langage de guevourot et de tsimtsoum (retrait), comme il est écrit (Exode 15) : "ה' est un homme de guerre", etc. Car, pour que se prolonge de Son être, béni soit-Il, la venue à l'existence de l'aspect de la 'hokhma, qui n'est qu'un rayonnement et une illumination seulement, cela ne peut être que par de nombreux tsimtsoumim et de nombreuses guevourot.

Et c'est le sens de : "Si un homme donnait tout le bien de sa maison pour l'amour", qui est l'amour de toute ta force expliqué plus haut, lequel consiste à être absorbé dans le corps du Roi.

וכמ"ש מי לי בשמים ועמך לא חפצתי כו' שלא יחפוץ לא בג"ע כו' שהם אינם רק זיו והארה בלבד רק לאשתאבא בגופא דמלכא שהוא מהותו ועצמותו ית'. ואי לזאת בוז יבוזו לו הון ביתו הנ"ל שאינו אלא זיו והארה כו' וד"ל.

אכן כ"ז הוא הפי' וטעמי המצות שהוא בחי' חכמת התורה שנמשך מחכמתו ית' כנ"ל. אבל גופי המצות מעשיות כמו תפלין וסוכה ומצות צדקה שנא' (ישעי' לב) והי' מעשה הצדקה וכדומה שהן הם רצונו ית' שלמעלה מהטעם והדעת הנמשך בבחי' חכמה.

ולהיות ששרש' גבוה מאד ממדרגת התורה כו' ע"כ נתלבשו בדברים גשמיים דוקא שא"א לבא לבחי' השגה כו'.

Et comme il est écrit : "Qui est pour moi dans les cieux ? Et près de Toi je n'ai rien désiré", etc. : il ne désirera pas le jardin d'Éden, etc., lesquels ne sont qu'un rayonnement et une illumination seulement, mais seulement être absorbé dans le corps du Roi, qui est Son essence et Son être, béni soit-Il.

Et c'est pourquoi "on le mépriserait souverainement", ce bien de sa maison susdit, qui n'est qu'un rayonnement et une illumination, etc. ; et cela suffit à qui comprend. Cependant, tout cela vise l'explication et les raisons des mitsvot, qui sont l'aspect de la sagesse de la Torah prolongée de Sa sagesse, béni soit-Il, comme dit plus haut.

Mais les corps des mitsvot pratiques, comme les téfilines, la soucca et la mitsva de la tsédaka, dont il est dit (Isaïe 32) : "Et l'œuvre de la tsédaka sera", et leurs semblables : ceux-là sont Sa volonté, béni soit-Il, qui est au-dessus de la raison et du daat prolongé dans l'aspect de la 'hokhma. Et parce que leur racine est très élevée, au-dessus du degré de la Torah, etc., c'est pourquoi elles se sont revêtues précisément dans des choses matérielles, car elles ne peuvent venir dans l'aspect de la compréhension, etc.

וכמו שאמרו ז"ל לחכימא ברמיזא שדבר העמוק מאד א"א לגלותו בדבור כ"א ברמיזא שמראה לו באצבע כו'. כמו"כ מצות מעשיות מפני ששרשם מאד נעלה שהן פנימיות רצונו ית' כביכול שלמעלה מהשגה.

לזאת א"א לבא לידי גילוי למטה כ"א בהתלבשותם בדברי' גשמיים דוקא כי נעוץ תחלתן בסופן דוקא.

Et comme l'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : "Au sage, un signe suffit" : une chose très profonde, il est impossible de la révéler par la parole, mais seulement par un signe, en la lui montrant du doigt, etc. De même les mitsvot pratiques : parce que leur racine est extrêmement élevée, elles qui sont l'intériorité de Sa volonté, béni soit-Il, pour ainsi dire, au-dessus de la compréhension, c'est pourquoi il est impossible qu'elles en viennent à se révéler ici-bas, si ce n'est précisément en se revêtant dans des choses matérielles, car leur commencement est fiché précisément dans leur fin.

וזהו והיו הדברים האלה אשר אנכי מצוך היום כו'. כי הנה כל פ' ק"ש שמע ישראל הוא רק התבוננות מבחי' שמותיו כו'.

ועי"ז ואהבת בכל לבבך כו' עד שיגיע  לבחי' אהבת בכל מאדך הנ"ל שהוא ליכלל ולדבקה בו במהותו ועצמותו ית' ממש.

Et c'est le sens de : "Et ces paroles que Je te commande aujourd'hui seront" (Deutéronome 6, 6), etc. Car toute la section du Chema, "Écoute, Israël", n'est qu'une méditation à partir de l'aspect de Ses noms, etc.

Et par là : "Et tu aimeras de tout ton cœur", etc., jusqu'à parvenir à l'aspect de l'amour de toute ta force susdit, qui est s'inclure en Lui et s'attacher à Lui, dans Son essence et Son être, béni soit-Il, véritablement.

וא"א זאת כ"א ע"י קיום מצותיו ית' דוקא שהן פנימיות רצונו ית' ונעוץ סופן בתחלתן וזהו אשר אנכי מי שאנכי שהוא מהותו ועצמותו ממש ולא בבחי' אור וזיו בלבד מצוך ע"י קיום מצות מעשיות דוקא כנ"ל. היום כו' שהיום דוקא שהנשמה מלובשת בתוך הגוף משא"כ קודם התלבשותה בגוף היתה רק נהנית מזיו השכינה כו'.

Et cela n'est possible que par l'accomplissement de Ses mitsvot, béni soit-Il, précisément, lesquelles sont l'intériorité de Sa volonté, béni soit-Il, et leur fin est fichée dans leur commencement. Et c'est le sens de "que Je" : Anokhi, "Celui que Je suis", c'est Son essence et Son être véritablement, et non un aspect de lumière et de rayonnement seulement ; "Je te commande", par l'accomplissement des mitsvot pratiques précisément, comme dit plus haut.

"Aujourd'hui", etc. : aujourd'hui précisément, alors que la nechama est revêtue à l'intérieur du corps ; tandis qu'avant son revêtement dans le corps, elle ne faisait que jouir du rayonnement de la Chekhina, etc.

וזהו ודברת בם שהוא מצות הדבור של התורה. וכמ"ש והגית בו כו'.

ועקימת שפתיו הוי מעשה כו'. וזהו אחות לנו קטנה שנעשה בחי' אחות והוא לשון אחת שמתאחדת בתכלית עם מהותו ועצמותו ית' כביכול ממש ע"י קיום המצות מעשיות כנ"ל.

וכמ"ש וימינו תחבקני כאדם החובק את חבירו מכל צדדיו כו' וזהו מה נעשה לאחותינו ביום שידובר בה וד"ל:

Et c'est le sens de "et tu en parleras", qui est la mitsva de la parole de la Torah. Comme il est écrit : "Et tu la méditeras" (Josué 1, 8), etc.

Et le mouvement de ses lèvres compte pour un acte, etc. Et c'est le sens de : "Nous avons une petite sœur" (Cantique des Cantiques 8, 8) : il se fait un aspect de sœur (אחות), et c'est le langage de "une" (אחת), qui s'unit de l'union la plus accomplie avec Son essence et Son être, béni soit-Il, pour ainsi dire, véritablement, par l'accomplissement des mitsvot pratiques, comme dit plus haut.

Et comme il est écrit : "Et Sa droite m'étreint", comme un homme qui étreint son compagnon de tous côtés, etc. Et c'est le sens de : "Que ferons-nous pour notre sœur, au jour où l'on parlera d'elle ?" ; et cela suffit à qui comprend.

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