שני לוחות הברית

Chnei Louhot HaBrit (Shlah) — Torah Shebe'al Peh, Kelal Leshonot Sugyot (2/10)

Rabbi Yeshayahou Horowitz
En bref

Ce passage poursuit l'al tikrei : parfois sans difficulté de lecture, c'est une tradition reçue d'homme en bouche d'homme, érigée en signe et en appui scripturaire. Le Chla explique gufa : le Talmud, après une baraita ou une memra (déclaration) apportée par occasion, en fait l'essence. Amar mar convient à l'occasion comme à l'essence ; gufa seulement à l'occasion. Gufa vise une nouveauté, ou à rassembler les lois du même auteur ; sans gufa ni amar mar, il reprend les paroles déjà dites, comme amar mar.

Aussi : berabbi, grandeur si le nom du sage est dit, sinon nom propre ; meheyot tov al tikrei ra, reçu de son père : faire au comble du bien ; gezera pour une gezera seulement si les deux tiennent ensemble

אל תקרי כו' תמצא כן בתלמוד כמה פעמים. וקבלתי כ"מ שאמרו אל תקרי הוא משום שיש איזה קושי' המורית כן שלא לקרי כך אלא כך כמו אל תקרי בניך אלא בוניך.

שרז"ל (ברכות סד, א) עשו א"ת זה על ורוב שלום בניך כי תיבת בניך מיותר מאחר שאמר ברישא וכל בניך למודי ה' די לו לומר וכל בניך למודי ה' ורב שלומם. אלא א"ת כו' וכן א"ת שומר שבת מחללו אלא מחל לו (קיח, ב), משום דקשה ליה דאלו קאי על השבת הל"ל מחללה בלשון נקיבה כי כן מצינו ענין חילול שבת מוזכר בלשון נקיבה כמ"ש (שמות לא, יד) מחלליה מות יומת אלא א"ת מחללו אלא מחל לו והארכתי בזה במקומו.

ועוד אני אומר כי לפעמים אומר א"ת אף כשאין לו קושי' בקריאה והוא משום שאותו הדבר בעצמו הוא מקובל איש מפי איש וכדי שלא ישכח מפיהם ומפי זרעם שמו כמו סימנא בפיהם והציבו ציונים לדבר כדמות אסמכתא ואמרו אל תקרי כו':

Al tikrei (ne lis pas) etc., tu trouveras ainsi dans le Talmud plusieurs fois. Et j'ai reçu : en tout lieu où ils ont dit al tikrei, c'est parce qu'il y a quelque difficulté qui enseigne ainsi de ne pas lire ainsi mais ainsi, comme : ne lis pas בניך (tes fils) mais בוניך (tes bâtisseurs).

Car nos Sages (Berakhot 64a) ont fait cet al tikrei sur : et grande paix à tes fils (Isaie 54,13), car le mot tes fils est superflu, puisqu'il a dit au début : et tous tes fils seront disciples de ה', il lui suffisait de dire : et tous tes fils seront disciples de ה' et grande est leur paix. Seulement al tikrei etc.

Et de même : ne lis pas celui qui garde le Chabbat מחללו (le profane) mais מחל לו (il lui pardonne) (Chabbat 118b), parce que cela lui est difficile : si cela porte sur le Chabbat, il aurait dû dire mehalelah au féminin, car ainsi nous trouvons le sujet de la profanation du Chabbat mentionné au féminin, comme il est écrit (Exode 31,14) : ceux qui le profanent mourront ; seulement ne lis pas mehalelo mais mehal lo, et je me suis étendu là-dessus en son lieu. Et je dis encore que parfois il dit al tikrei même quand il n'a pas de difficulté dans la lecture, et c'est parce que cette chose elle-même est reçue d'homme en bouche d'homme, et afin qu'elle ne soit pas oubliée de leur bouche et de la bouche de leur descendance, ils l'ont placée comme un signe dans leur bouche et ont érigé des bornes pour la chose, à la manière d'un appui scripturaire, et ils ont dit : ne lis pas etc. :

אות בי"ת

Lettre bet

ברבי כלהיכא דאתמר ברבי כמו ר' שמעון ברבי וכיוצא בו לשון גדולה וחשיבות הוא וכן פרש"י ז"ל בקדושין (כא, ב) גבי יודן ברבי. יודן היה שמו וגדול בדורו וכל היכא דקרי ברבי לשון חכמה וחריפה הוא ע"כ.

וכ"כ גם כן בפרק כל הצלמים וזה דוקא כשמזכיר שם החכם ומוסיף עליו בכינוי ברבי. אבל כשאינו מזכיר שמו אלא ברבי בלבד אז הוא שם העצם.

בפר"ק דמכות (ה, ב) ברבי אומר וכתב שם רש"י ז"ל כך הוא שמו. אבל בפ"ק דחולין על והתני' ברבי אומר כההב לא ידענ' מנו אלא גדול בדורו היה וע"ש כך נקרא ברבי:

Berabbi. En tout lieu où il est dit berabbi, comme Rabbi Shimon berabbi et ce qui lui ressemble, c'est un langage de grandeur et d'importance.

Et ainsi a expliqué Rachi, de mémoire bénie, dans Kidouchin (21b), au sujet de Yudan berabbi : Yudan était son nom et il était grand dans sa génération, et en tout lieu où l'on appelle berabbi c'est un langage de sagesse et de finesse. Jusqu-ici.

Et ainsi il a aussi écrit au chapitre Kol ha-Tzelamim. Et ceci spécifiquement quand il mentionne le nom du sage et ajoute sur lui le surnom berabbi.

Mais quand il ne mentionne pas son nom, seulement berabbi seul, alors c'est le nom propre. Au premier chapitre de Makkot (5b) : Berabbi dit, et Rachi, de mémoire bénie, a écrit là : ainsi est son nom.

Mais au premier chapitre de Houlin, sur : et il est enseigné, Berabbi dit, il a écrit ainsi : nous ne savons pas qui il est, seulement il était grand dans sa génération, et à cause de cela il a été appelé Berabbi :

במחלוקת שנויה לפעמים במשנה מביא שני נושאים ותנא בהדא פליג אנוש שני ולא על נושא הראשון ולפי טעמו דפליג אנושא השני יתחייב דה"ל לפלוג אף אנושא הראשון ואקשינן בגמרא ולפלוג ברישא נמי ומשנינן במחלוקת שנויה פי' במחלוקת אחרונה אף ראשונה שנויה:

Bé-mahloket shenuya (elle est enseignée en dispute). Parfois dans la Michna il apporte deux sujets, et le tanna (docteur de la Michna) en l'un diverge sur le second sujet et non sur le premier, et d'après son motif de diverger sur le second sujet, il s'ensuivrait qu'il aurait dû diverger aussi sur le premier ; et nous objectons dans la Guemara : et qu'il diverge aussi dans la clause initiale ; et nous répondons : elle est enseignée en dispute, c'est-à-dire : dans la dernière dispute, la première aussi est enseignée :

ברייתא או משנה דאתיא בהדא מלתא כחד תנא ובהדא מלתא כחד תנא ואמרם בכי האי גונא ר' היא ונסיב לה אליבא דתנאי א"ג האי תנא ס"ל דפלוני בחדא וכפלוני בחדא כלומר ולא פלוני שנאה ולא פלוני שנאה בפ"ק דשבועות (ג, א) מני מתנית' לא רבי ישמעאל ולא רבי עקיבא כו' וכן בהרבה מקומות:

Baraita (enseignement hors Michna) ou Michna qui vient en une chose comme un tanna et en une chose comme un tanna, et leur dire en un tel cas : c'est Rabbi, et il l'a prise selon les tannaim ; ou bien : ce tanna tient comme un tel en une chose et comme un tel en une chose, c'est-à-dire : ni un tel ne l'a enseignée ni un tel ne l'a enseignée. Au premier chapitre de Shevouot (3a) : de qui est notre Michna ?

Ni Rabbi Yishmael ni Rabbi Akiva, etc. Et ainsi en beaucoup de lieux :

מהיות טוב אל תקרי רע. בפרק תפלת השחר (ברכות דף ל') בענין תפלת הדרך היכי מצלי לה רב חסדא אמר מעומד רב ששת אמר אפילו מהלך.

ר"ח ור"ש הוו קאזלי באורחא קם רב חסדא וקא מצלי אמר ליה רב ששת לשמעיה מאי קא עביד רב חסדא. א"ל קאי ומצלי אמר ליה אוקמן נמי לדידי ואצלי מהיות טוב אל תקרי רע עד כאן קבלתי מאבא מורי מהר"א סג"ל זלה"ה כי תקרא צריך לקרות בנקודות חיר"ק תחת התי"ו וקמ"ץ תחת הקו"ף וציר"י תחת הרי"ש.

והכוונה מאחר שיש לאל ידך לעשות בתכלית הטוב דהיינו מצוה מן המובחר למה תהיה נקרא לאיש רע מאחר שיש לאל ידך לעשות בתכלית הטוב:

Meheyot tov al tikrei ra (d'être bon, ne sois pas lu mauvais). Au chapitre Tefilat ha-Shahar (Berakhot folio 30), au sujet de la tefila du chemin : comment la prie-t-on ?

Rav Hisda a dit : debout ; Rav Sheshet a dit : même en marchant. Rav Hisda et Rav Sheshet allaient en chemin ; Rav Hisda se leva et pria.

Rav Sheshet dit à son serviteur : que fait Rav Hisda ? Il lui dit : il se tient et prie.

Il lui dit : dresse-moi aussi, et je prierai : d'être bon, ne sois pas lu mauvais. Jusqu-ici.

J'ai reçu de mon père mon maître, le Mahara Segal (notre maître le rav Avraham Segal), de mémoire bénie pour la vie du monde à venir, que tikrei doit se lire avec les voyelles : hirik sous le tav, kamatz sous le kof, et tsere sous le reish. Et l'intention : puisque tu as le pouvoir de faire au comble du bien, c'est-à-dire une mitsva de choix, pourquoi serais-tu appelé un homme mauvais, puisque tu as le pouvoir de faire au comble du bien :

אות גימ"ל

Lettre guimel

גברא אגברא קא רמית דרך התלמוד כשמקשה מאמורא לאמורא א"ל גברא אגברא קא רמית ולפעמים אומר דברי הפלוני מימרא הוא ומימרא לפלוני לא ס"ל כי הא דאמרינן בחזקת הבתים (מז, ב) דאקשינן מרב ביבי דאמר רב נחמן לרב הונא דאמר תלויה וזבין זביניה וביני וא"ל דרב ביבי מימרא הוא ומימרא לרב הונא לא ס"ל וכתב רשב"ם שם מימרא הוא שהיה אומר משום אחרים ואי הוה אמר רב ביבי משמיה דנפשיה אמר גברא הוא וגברא אגברה קא רמית ע"כ הרי א"כ כשמקשין מהאמורא לאמורא ודברי האמורא שמקשין הוא מגופיה אז אומר גברא אגברא קא רמית. וכשדבריו הם דברי אחר אז אומר דברי פלוני הוא מימרא ומימרא לא ס"ל:

Gavra agavra ka ramit (tu jettes un homme contre un homme). C'est la voie du Talmud : quand il objecte d'un amora (maître de la Guemara) à un amora, il lui dit : tu jettes un homme contre un homme.

Et parfois il dit : les paroles d'un tel sont une memra (déclaration), et une memra, un tel ne la tient pas. Comme ce que nous disons dans Hezkat ha-Batim (47b) : que nous objectons de Rav Bibi, que Rav Nahman a dit, à Rav Huna, qui a dit : s'il a été suspendu et il a vendu, sa vente est vente ; et il lui dit : celle de Rav Bibi est une memra, et une memra, Rav Huna ne la tient pas.

Et le Rashbam (Rabbi Shmuel ben Meir) a écrit là : c'est une memra, qu'il disait au nom d'autres ; et si Rav Bibi avait dit en son propre nom, il aurait dit : c'est un homme, et tu jettes un homme contre un homme. Jusqu-ici.

Voici donc : quand on objecte de l'amora à l'amora, et que les paroles de l'amora dont on objecte sont de lui-même, alors il dit : tu jettes un homme contre un homme. Et quand ses paroles sont paroles d'un autre, alors il dit : les paroles d'un tel sont une memra, et une memra il ne la tient pas :

גופה לפעמים כשמביא התלמוד איזה ברייתא או מימרא במקרה אח"כ עושה ממנו עצם דרוש להרחיב הביאור וזהו לשון גופא ר"ל עצם דלעיל היה במקרה השתא הוי עצם ולפעמים אומר אמר מר ובקצת פעמים ואם הם מעטים אינו אומר לא גופא ולא אמר מר ומתחיל במלות שהזכירם לעיל ועליהם בונה התלמוד דבריו והוא נמי כאלו אמר אמר מר וכן ברשב"ם פ' המוכר את הבית (ב"ב סח, ב) גמ' המוכר את העיר כו' מביא ת"ש ר' יודא אומר ולבסוף אמר ולא את הבדין ולא אמר אמר מר. וההבדל שיש בין גופא ובין אמר מר הוא כשהביא התלמוד תחילה הענין ההוא במקרה אם להקשות אם לסיוע אומר אחר כך לשון גופא או לשון אמר מר אבל אם הביא התלמוד איזה ברייתא לא במקרה אלא בעצם לא שייך לומר אחריה גופא לפי שתיבת גופא יורה שמה שקדם הוא במקרה וממנו עושה עצם אבל אם מה שקדם הוא עצם לא שייך לומר אחריו גופא אלא אמר מר כלומר התנא אומר כך ויש להקשות כך וכך.

הרי כי לשון אמר מר שייך למימר על מה שקדם בין במקרה בין בעצם ולשון גופא לא אפשר למימריה אלא למה שקדם במקרה לבד. ותמצא שאם אינו אומר גופא ההבנה בזה שכוונת התלמוד להקשות שהראיה שמביא למעלה ממנו אינו ראיה לפי שהמאמר משובש מפני הקושי' הזאת שיש להמאמר ההוא.

בריש פרק אלו נערות (כתובות כט, א) מביא ראיה דמתני' ר"ם היא ואחר כך הקשה קנס אין מכר לא ולכן אין ראוי להביא ראיה ממנו לומר דמתני' ר"מ היא. וראוי לחקור במאמר שמביא במקרה להביא ראיה ואחר כך עושה בו משא ומתן לא שימנע או הדרוש ההוא שמתעסק בו התלמוד לעשות בו משא ומתן או יוצא מן הדרוש אשר אנחנו בו או אינו יוצא ואם יוצא צריך לומר גופ' ואם אינו יוצא ואמר גופא יש להקשות למה אמר גופא הואיל ומשא ומתן הוא מן הדרוש ויש מקומות שעושה משא ומתן בתלמוד כמ"ש למעלה ובמשא ומתן שעושה יוצא קצת מן הדרוש אבל לא לגמרי בענין זה אין צ"ל גופא ואם יאמר גופא אינו דוחק גדול הואיל ויוצא קצת מהדרוש בריש פרק אלו נערות (כתובות כט, ב) ענין לאפוקי מהני תנאי ובעי מאי בינייהו וקשה דהל"ל גופא.

וי"ל כיון דבעי מאי בינייהו הוא להבין מה שאמר ר"ל שמעון התמני ובן מנסיא אינו יוצא כ"כ מהדרוש ואצ"ל גופא ואם אמר גופ' אין להקשות למה אמר כיון שיצא קצת מהדרוש נמצאת למד שבכל מקום שאומר גופ' הכוונה להביא חידוש על מה שקדם ואם אינו מביא חידוש אין לומר גופא. ובזה קשיא הא דאמרינן בפ' אלו טריפות (חולין מו, א) פיסק' הריאה שנקבה שמביא מימר' דרבא לסייע דאמר רבא האי ריאה דאגלידא כאהינא סומקא ובסמוך מביא פעם אחרת המימר' ההיא בלשון גופא ואינו מביא על המימר' חידוש כלל.

וי"ל משום דבעי לאתויי משמיה דרבא דינים אחרי' בריאה חזר והתחיל התלמוד מן הדין הראשון שאמר בריאה ועליו הביא דינין הרבה וכולן משמיה דרבא. ומזה תלמוד בכל מקום שתמצא גופ' ואינו מביא חידוש כי הכוונה לקבץ ביחד כל הדינין שאמר בעל המימרא.

ויש מקומות שהתלמוד מקצר ואינו אומר גופ' כמש"כ התוספות פרק כל הנשבעין גבי דאוהו שהטמין כלים תחת כנפיו וכו' ע"ש (מו, א), מצאתי:

Gufa (le corps même). Parfois, quand le Talmud apporte quelque baraita ou memra par occasion, ensuite il en fait l'essence d'un sujet pour élargir l'explication, et c'est le langage gufa, c'est-à-dire : l'essence, car plus haut c'était par occasion, maintenant c'est l'essence.

Et parfois il dit amar mar (le maître a dit). Et en quelques fois, et s'ils sont peu nombreux, il ne dit ni gufa ni amar mar, et il commence par les paroles qu'il a mentionnées plus haut, et sur elles le Talmud construit ses paroles, et c'est aussi comme s'il avait dit amar mar.

Et ainsi dans le Rashbam, chapitre ha-Mokher et ha-Bayit (Baba Batra 68b), Guemara : celui qui vend la ville, etc., il apporte : viens, entends : Rabbi Yuda dit, et à la fin il a dit : et non les badin (bains), et il n'a pas dit amar mar. Et la différence qu'il y a entre gufa et amar mar est : quand le Talmud a d'abord apporté ce sujet-là par occasion, que ce soit pour objecter ou pour soutenir, il dit ensuite le langage gufa ou le langage amar mar.

Mais si le Talmud a apporté quelque baraita non par occasion mais en essence, il n'y a pas lieu de dire après elle gufa, parce que le mot gufa indique que ce qui a précédé est par occasion, et de lui il fait une essence ; mais si ce qui a précédé est essence, il n'y a pas lieu de dire après lui gufa, seulement amar mar, c'est-à-dire : le tanna dit ainsi, et il y a à objecter telle et telle chose. Voici que le langage amar mar convient à dire sur ce qui a précédé, que ce soit par occasion ou en essence, et le langage gufa, on ne peut le dire que sur ce qui a précédé par occasion seulement.

Et tu trouveras que s'il ne dit pas gufa, l'intelligence en ceci est que l'intention du Talmud est d'objecter que la preuve qu'il apporte au-dessus de lui n'est pas une preuve, parce que le propos est corrompu à cause de cette difficulté qu'a ce propos-là. Au début du chapitre Elu Naarot (Ketoubot 29a), il apporte une preuve que notre Michna est Rabbi Meir, et ensuite il a objecté : amende oui, vente non ; et donc il n'est pas convenable d'apporter une preuve de lui pour dire que notre Michna est Rabbi Meir.

Et il convient d'examiner, dans un propos qu'il apporte par occasion pour apporter une preuve et ensuite il y fait un échange : qu'il n'empêche, ou bien ce sujet dont le Talmud s'occupe d'y faire un échange, ou il sort du sujet ou nous sommes, ou il n'en sort pas ; et s'il en sort, il faut dire gufa ; et s'il n'en sort pas et qu'il a dit gufa, il y a à objecter : pourquoi a-t-il dit gufa, puisque l'échange est du sujet. Et il y a des lieux où il fait un échange dans le Talmud, comme j'ai écrit plus haut, et dans l'échange qu'il fait il sort un peu du sujet mais pas entièrement : en un tel cas, il n'est pas nécessaire de dire gufa, et s'il dit gufa, ce n'est pas une grande contrainte, puisqu'il sort un peu du sujet.

Au début du chapitre Elu Naarot (Ketoubot 29b), le sujet de : pour exclure ces tannaim, et il demande : quelle différence y a-t-il entre eux, et c'est difficile : il aurait dû dire gufa. Et l'on peut dire : puisque la demande quelle différence y a-t-il entre eux est pour comprendre ce qu'a dit Reish Lakish : Shimon ha-Timni et Ben Menassia, il ne sort pas tant du sujet, et il n'est pas nécessaire de dire gufa ; et s'il a dit gufa, il n'y a pas à objecter pourquoi il a dit, puisqu'il est sorti un peu du sujet.

Tu apprends donc qu'en tout lieu où il dit gufa, l'intention est d'apporter une nouveauté sur ce qui a précédé, et s'il n'apporte pas de nouveauté, il n'y a pas à dire gufa. Et en ceci est difficile ce que nous disons au chapitre Elu Terefot (Houlin 46a), passage : le poumon qui a été percé, qu'il apporte une memra de Rava pour soutenir, que Rava a dit : ce poumon qui s'est recouvert comme une datte rouge ; et à côté il apporte une autre fois cette memra-là au langage gufa, et il n'apporte sur la memra aucune nouveauté du tout.

Et l'on peut dire : parce qu'il a voulu apporter au nom de Rava d'autres lois sur le poumon, le Talmud est revenu et a commencé par la première loi qu'il a dite sur le poumon, et sur elle il a apporté beaucoup de lois, et toutes au nom de Rava. Et de ceci tu apprends : en tout lieu où tu trouveras gufa et qu'il n'apporte pas de nouveauté, c'est que l'intention est de rassembler ensemble toutes les lois qu'a dites l'auteur de la memra.

Et il y a des lieux où le Talmud abrège et ne dit pas gufa, comme ont écrit les Tossefot, chapitre Kol ha-Nishba'in, au sujet de : ils l'ont vu cacher des ustensiles sous ses ailes, etc., vois là (46a). J'ai trouvé :

גוזמא מצינו לשון גוזמא על דבר היתר כדאשכחן בפ"ק די"ט (ביצה ד, א) תני אחרים אומרים משום רבי אליעזר ביצה תאכל וכו' ואקשינן פשיטא היא ואמה שרי' וכו' ואסקינ' גוזמ' קתני פירוש באדם הרוצה להחזיק דבריו ומדבר מילתא יתירת' עוד שם בסמוך מצינו לשון גוזמ' על דבר שאינו מתקבל אל השכל אפרוח וקליפתו דא"ר ר"א אמר תאכל ואקשינן מאי וקליפת' אילימא קליפה ממש קליפה בת אכילה היא כו' ואסיקנ' גוזמא קתני פירוש גוזמא בכאן דבר שנוי שאינו מתקבל אצל השכל הרי לך שלשון גוזמא לפעמים היא תשובה לקושיות פשיט' ולפעמים היא תשובה לקושיות למה. עוד מצינו לשון גוזמא בחשבון מופלג לאו דוקא אלא גוזמא בעלמ' וה"מ ממאה ולמעלה אבל ממאה ולמטה דוקא הוא כדאיתא בהדיא פ"ק דעירובין (ב, ב) בשלמא לבר קפרא ע"ד גוזמא מאה אלא לר' יודא מנלן:

Gozma (exagération). Nous trouvons le langage gozma sur une chose permise, comme nous trouvons au premier chapitre de Yom Tov (Beitsa 4a) : d'autres enseignent au nom de Rabbi Eliezer : un œuf sera mangé, etc. ; et nous objectons : c'est évident, elle et sa mère sont permises, etc. ; et nous concluons : il enseigne une gozma, c'est-à-dire : en un homme qui veut affirmer ses paroles et parle une parole de trop.

Encore là, à côté, nous trouvons le langage gozma sur une chose qui n'est pas reçue par l'intelligence : un poussin et sa coquille, que Rabbi Eliezer a dit : il sera mangé ; et nous objectons : quoi, et sa coquille ? Si tu dis une coquille véritable, une coquille est-elle propre à être mangée, etc. ; et nous concluons : il enseigne une gozma, c'est-à-dire : gozma ici est une chose étrange qui n'est pas reçue auprès de l'intelligence.

Voici donc que le langage gozma parfois est une réponse aux difficultés : c'est évident, et parfois est une réponse aux difficultés : pourquoi. Encore nous trouvons le langage gozma en un compte extraordinaire : ce n'est pas exact, seulement une gozma seulement.

Et ceci s'applique de cent et au-dessus, mais de cent et au-dessous c'est exact, comme il est explicitement au premier chapitre d'Erouvin (2b) : soit, pour Bar Kappara, à la manière d'une gozma, cent ; mais pour Rabbi Yuda, d'où l'avons-nous :

גזירה גזירה לגזירה לא גזרינן והיינו טעמא דכתיב (ויקרא יח, ל) ושמרתם את משמרתי ודרשינן (מו"ק ה, א) עשו משמרת למשמרת ולא משמרת למשמרת משמרת וזימנין דגזרינן גזירה לגזירה היכא דתליא הא בהא ואי לא הא לא קיימא הא וכ"כ התוספות בפרק אלו דברים (ברכות נג, א) גבי הבדלה גוי שהלדיק מגוי אין מברכין עליו ואמרינן עלה דגוי שני משום גוי ראשון וגוי ראשון משום עמוד ראשון חדא גזירה הוא שגזרו החכמים כל מה שביד הגוי דאי לאו הא לא קיימא הא ומצאתי שכתב הרמב"ם דברים ברורים בענין כולה חדא גזירה היא וז"ל בפ' במה טומנין בענין גזירה שמא יטמין ברמץ ורמץ גזירה שמא יטמין בנחלים ואולי תקשה בעיקר שהוא אצלינו אין גוזרין גזירה לגזירה הוא שיגזרו ב"ד דבר בשעה מן השעות ואח"כ ישיבו ויגזרו גזירה לאותה גזירה זה הדבר אינם עושין אבל אם יהיו שתי הגזירות בשעה אחת הרשות בידם והוא דבר נעשה תמיד והוא ענין אמרם כולה חדא גזירה היא ר"ל כי מי שגזר זאת הגזירה ראה שלא תקיים זאת הגזירה אלא בגזירה אחרת תחזק אותה ותסמוך אותה ולפיכך גזר שתי הגזירות ביחד עכ"ל אין לדמות גזירות חכמים זה לזה אלא במקום שהגמרא מדמה חולין ק"ד:

Gezera (décret préventif). Une gezera pour une gezera, nous ne décrétons pas.

Et voici le motif : il est écrit (Lévitique 18,30) : et vous garderez Ma garde, et nous exposons (Moed Katan 5a) : faites une garde pour une garde, et non une garde pour une garde d'une garde. Et parfois nous décrétons une gezera pour une gezera, là où celle-ci dépend de celle-là, et si ce n'est cette-ci, cette-là ne se tient pas.

Et ainsi ont écrit les Tossefot au chapitre Élu Devarim (Berakhot 53a), au sujet de la havdala : un non-juif qui a allumé d'un non-juif, on ne bénit pas sur lui ; et nous disons sur cela : le second non-juif à cause du premier non-juif, et le premier non-juif à cause du premier pilier, c'est une seule gezera, que les sages ont décrété tout ce qui est en la main du non-juif, car si ce n'est cette-ci, cette-là ne se tient pas. Et j'ai trouvé que le Rambam a écrit des paroles claires au sujet de : le tout est une seule gezera, et voici son langage, au chapitre Bameh Tomnin, au sujet de la gezera : de peur qu'il n'enfouisse dans la cendre chaude, et la cendre chaude est une gezera de peur qu'il n'enfouisse dans les charbons.

Et peut-être objecteras-tu sur le principe qui est chez nous : on ne décrète pas une gezera pour une gezera : c'est qu'un tribunal décrète une chose à une heure des heures, et ensuite ils reviennent et décrètent une gezera pour cette gezera-là : cette chose, ils ne la font pas. Mais si les deux gezerot sont en une seule heure, le pouvoir est en leurs mains, et c'est une chose faite toujours, et c'est le sujet de leur dire : le tout est une seule gezera, c'est-à-dire : celui qui a décrété cette gezera a vu que cette gezera ne se tiendrait pas sinon par une autre gezera qui la fortifie et la soutient, et c'est pourquoi il a décrété les deux gezerot ensemble.

Jusqu-ici son langage. Il n'y a pas à comparer les gezerot des sages l'une à l'autre, sinon au lieu où la Guemara compare : Houlin 104 :

גמירי כל היכא דאיכא גמירי. ר"ל מסורת בידינו ממשה בסיני וכן הלכתא גמירי לה:

Gemiri (nous avons appris par tradition). En tout lieu où il y a gemiri, c'est-à-dire : une tradition est en nos mains depuis Moché au Sinaï.

Et ainsi : hilkheta gemiri lah, nous avons appris cette halakha par tradition :

גורעין ומוסיפין ודורשין פירש דאות כתובה בתיבה שגורעין אותה מתיבה זו ומוסיפין אותה בתיבה אחרת ודורשין הכתוב בכך כי הא דפרק יש נוחלין (ב"ב קט, א) גבי ונתתם את נחלתו לשאירו דדריש הכי ונתתם את נחלת שאירו לו מלמד שהבעל יורש את אשתו כלומר גורעין וא"ו דנחלתו ומוסיפין על למ"ד דלשארו ודורשין וא"ו למ"ד לו והוה ליה ונתתם את נחלת שארו לו וכן בכל דוכתא ודוקא בריש התיבה או בסופו הוא דגורעין ומוסיפין אבל באמצע לא כמ"ש רש"י ז"ל בפרק הזהב (ב"מ נד, ב) גבי הקדש כתיב ויוסף המשיח כסף ערכך עליו דכי שקלת וא"ו דויוסף ושדית ליה אחמישית הוה ליה חמישיתו וכתב רש"י ז"ל הא דלא שדינן וא"ו דויוסף אחמישית בין יו"ד לתי"ו והוה ליה חמישיות כלומר חמישיותיו הרבה משום דבאמצע התיבה לעולם אין מוסיפין אלא בראשה או בסופה אבל באמצע כדקאי קאי ועוד האריך רש"י בראיה ע"ש ולא שייך למיפרך בכה"ג סכינא חריפא אפסיקנהו לקראי כדפריך בכל דוכתא משום דלא מקרייא הפסקה אלא דוקא בתיבות להקדים תיבה זו לזו אבל באותיות לא הוה הפסק כדאמרינן התם מעיקרא גבי הך קרא דונתתם את נחלתו דסבר אביי למימר תירוץ ואומר הכי ונתתם את נחלת קרוב אל שארו וירש אותה וא"ל רבא סכינא חריפא מפסקינהו לקראי פירוש מכין חד הותך ומפסיק הכתוב ועושה שארו המוקדם מאוחר והקרוב אליו המאוחר עושהו מוקדם וכן כל כה"ג בכל דוכתא ואית תנא דלא דריש גורעין ומוסיפין כדאיתא התם:

Gore'in u-mosifin ve-doreshin (on retranche et on ajoute et on expose). Il a expliqué : qu'une lettre est écrite dans un mot, qu'on la retranche de ce mot-ci et qu'on l'ajoute à un autre mot, et l'on expose l'Écrit ainsi.

Comme celui du chapitre Yech Nohalin (Baba Batra 111a), au sujet de : et vous donnerez son héritage à son proche (Nombres 27,11), qu'il expose ainsi : et vous donnerez l'héritage de son proche à lui, cela enseigne que le mari hérite de sa femme ; c'est-à-dire : on retranche le vav de נחלתו et on l'ajoute sur le lamed de לשארו, et l'on expose vav-lamed : לו, et cela devient : et vous donnerez l'héritage de son proche à lui. Et ainsi en tout lieu.

Et spécifiquement en tête du mot ou à sa fin on retranche et on ajoute, mais au milieu, non, comme a écrit Rachi, de mémoire bénie, au chapitre ha-Zahav (Baba Metsia 54b), au sujet du hekdesh (consécration) : il est écrit : et il ajoutera le cinquième, l'argent de ton évaluation sur lui (Lévitique 27,15), que si tu prends le vav de ויוסף et que tu le jettes sur חמישית, cela devient חמישיתו. Et Rachi, de mémoire bénie, a écrit : ceci, que nous ne jetons pas le vav de ve-yosef sur hamishit entre le youd et le tav, et cela deviendrait חמישיות, c'est-à-dire ses nombreux cinquièmes, parce qu'au milieu du mot on n'ajoute jamais, seulement à sa tête ou à sa fin, mais au milieu il reste comme il se tient.

Et encore Rachi s'est étendu en une preuve, vois là. Et il n'y a pas lieu d'objecter en un tel cas : un couteau affilé a coupé les versets, comme on objecte en tout lieu, parce que cela n'est appelé coupure que spécifiquement en des mots, pour faire précéder ce mot-ci à celui-là, mais en des lettres ce n'est pas une coupure.

Comme nous disons là d'abord, au sujet de ce verset : et vous donnerez son héritage, qu'Abaye a tenu à dire une résolution et dit ainsi : et vous donnerez l'héritage du proche à son she'er, et il l'héritera ; et Rava lui dit : un couteau affilé coupe les versets, c'est-à-dire : un coupant unique tranche et coupe l'Écrit, et il fait she'ero qui est antérieur, postérieur, et le proche à lui qui est postérieur, il le fait antérieur. Et ainsi tout ce qui lui ressemble en tout lieu.

Et il y a un tanna qui n'expose pas on retranche et on ajoute, comme il est là :

גודו הוא לשון קרא גודו אילנא בדניאל ותיבה זו של גורו יהיה בידך לסי' בענין חשבון המדות המוזכרים בתלמוד דהיינו איפה הוא ג' סאין וסאה היא ו' קבין וקב הוא ר' לוגין ולוג הוא ו' בצים ובכל מקום שמוזכר בסתם רובע ר"לל רובע הקב:

Godu (coupez). C'est le langage de l'Écrit : coupez l'arbre, dans Daniel (4,11).

Et ce mot de גודו sera en ta main pour un signe au sujet du compte des mesures mentionnées dans le Talmud, c'est-à-dire : un efa est 3 se'in, et une se'a est 6 kavin, et un kav est 4 loguin, et un log est 6 beitsim (œufs). Et en tout lieu où il est mentionné en anonyme rêva, c'est-à-dire le quart du kav :

אות דלי"ת

Lettre dalet

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