Ce passage poursuit : les vents sont la dispersion d'Israël, et « comme des cèdres » se renverse en bénédiction « au bord des eaux » par l'humilité. Selon le Chla, les bénédictions devaient être prononcées par Balaam, afin qu'elles passent par la voie de la malédiction, les purifient de toute faute, puis se renversent en bénédiction. Du côté de la racine de sa prophétie, la bénédiction se trouve là-haut ; Balaam est Lavan, chef des nations maudites et des tribus d'Israël bénies. Toute la maison de Yaakov dérive de lui ; la chose s'est réincarnée par Balak, d'où est issue la royauté de David, car David est issu de Ruth la Moabite.
Aussi : les trois noms am (peuple), Bnei Israël et Israël selon le degré de devekout ; Balaam a trompé sa propre âme, la voie de D.ieu étant droite ; la malédiction comme voix d'accusation au moment de la colère
והרוחות שהזכיר הם פיזור ישראל בין האומות כמו שכתבתי, כדכתיב (זכריה ב, י) כי בארבע רוחות פירשתי אתכם. ועל זה הביא פסוק נעתרות נשיקות שונא, רש"י פירש ריש פרשת תולדות על (בראשית כה, כא) ויעתר כעתר המתהפך, כן בכאן מהשונא נעשו נשיקות ונתהפך מקללה לברכה.
ולא עוד כו', הנה כשאמר כארזים והפסיק מעט להראות על קללה כמו שביארתי, היה גם כן עושה רעה, היה מורה לישראל שאין בכח, כלומר מה שחוטאים ואינם עוסקים בתורה כי יש להם להסמך על זכות אבותם שהם ארזי הלבנון והם תמיד ניצולים בזכותם. וכיוצא בזה דיבר (במדבר כג, כא) לא הביט און ביעקב ולא ראה עמל בישראל, אפילו כשחוטאים כו', כדפירש רש"י.
אבל האוהב המוכיח הוא מוכיח ומגלה מומו, ואת אשר יאהב יוכיח בתוכחת מוסר, אלה הדברים דברים קשים. גם בתיבת כארזים נרמז מי שהוא קשה עורף, כדאיתא בפרק סדר תענית (כ, ב), תנו רבנן, לעולם יהא אדם רך כקנה, ואל יהי קשה כארז.
אבל כשסיים אח"כ עלי מים, אזי קללת כארזים נתהפך לברכה, וכדאיתא בפ"ק דתענית (ז, א), אמר רבי חנינא בר אידי, למה נמשלו דברי תורה למים, מה מים מניחין מקום גבוה והולכין למקום נמוך, אף דברי תורה אין מתקיימין אלא במי שדעתו שפילה. והנה כשנהיה עלי מים במדת ענוה ושפלות ודכות, והיא מעולה שבמדות המביא לחסידות וקדושה וטהרה, אז כארזים ברכה גדולה, כי אז נהיה גדולים וחזקים בהשגה עליונה ובדביקות א-להי ואנחנו בעצמנו נתדמה להאבות שהם ארזי לבנון:
Les vents qu'il a mentionnés sont la dispersion d'Israël parmi les nations, comme je l'ai écrit, ainsi qu'il est dit: 'Je vous ai dispersés aux quatre vents' (Zacharie 2,10). À ce sujet, il a apporté le verset: 'Abondants sont les baisers de l'ennemi' (Proverbes 27,6).
Rachi a expliqué, au début de la section Toledot, a propos de 'vaye'etar' (ויעתר): comme une fourche qui retourne le grain (Genèse 25,21). De même ici, l'ennemi devint des baisers, et la malédiction se renversa en bénédiction.
Et ce n'est pas tout, etc. Lorsqu'il dit 'comme des cèdres', puis s'interrompit un peu pour montrer une malédiction, comme je l'ai expliqué, il faisait encore du mal: il enseignait à Israël qu'il n'y avait pas de force, c'est-à-dire qu'ils fautent et ne s'occupent pas de la Torah, car ils ont à s'appuyer sur le mérite de leurs pères, qui sont les cèdres du Liban, et qu'ils sont toujours sauvés par leur mérite.
Il parla de même en disant: 'Il n'a pas regardé l'iniquité en Yaakov et n'a pas vu la peine en Israël' (Nombres 23,21), même lorsqu'ils fautent, etc., comme Rachi l'a expliqué. Mais celui qui aime et qui reprend, reprend et révèle son défaut; celui qu'il aime, il le reprend (Proverbes 3,12) par une remontrance de moussar (correction morale); ces paroles sont des paroles dures.
Le mot 'comme des cèdres' désigne aussi celui qui a la nuque raide, comme il est rapporté dans le traité Taanit (20b): 'Nos maîtres ont enseigné: qu'un homme soit toujours souple comme le roseau et qu'il ne soit pas dur comme le cèdre.' Mais lorsqu'il acheva ensuite par 'au bord des eaux', la malédiction de 'comme des cèdres' se renversa en bénédiction. C'est ce qui est rapporté au premier chapitre de Taanit (7a): Rabbi Hanina bar Idi dit: 'Pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à l'eau?
De même que l'eau quitte un lieu élevé et va vers un lieu bas, de même les paroles de Torah ne se maintiennent que chez celui dont l'esprit est humble.' Or, lorsque nous serons 'au bord des eaux', par la qualité d'humilité, d'abaissement et de brisement, qui est la plus éminente des qualités et amène à la hassidout (piété fervente), à la sainteté et à la pureté, alors 'comme des cèdres' sera une grande bénédiction: nous serons alors grands et forts dans la perception supérieure et la devekout (attachement au Divin), et nous-mêmes ressemblerons aux Patriarches, qui sont les cèdres du Liban:
נחזור לענין, על כן הוצרכו הברכות להיותן ע"י בלעם המקולל, כדי שיצאו דרך קללה לנקותם מכל חטא, ואח"כ יתהפכו לברכה. כי מצד שורש נבואתו שם למעלה הברכה, כי באומות בלעם קם כמ"ש למעלה.
ועל זה רמז בלעם (במדבר כג, י) ותהי אחריתי כמוהו, כלומר כי בראשיתי שהוא שורש נבואתי היא במקום קדוש כמוהו. אמנם האחרית שהוא ההמשך סטרא דמסאבא, אינו כמותו, כי ישראל קדושים, ועל זה התפלל שיהא כמוהו:
Revenons au sujet. Les bénédictions devaient donc être prononcées par Balaam, le maudit, afin qu'elles passent par la voie de la malédiction, les purifient de toute faute, puis se renversent en bénédiction.
Car, du côté de la racine de sa prophétie, la bénédiction se trouve là-haut, puisque Balaam s'est levé parmi les nations, comme je l'ai dit plus haut. Balaam y fit allusion lorsqu'il dit: 'Que ma fin soit comme la sienne' (Nombres 23,10); c'est-à-dire que mon commencement, qui est la racine de ma prophétie, est dans un lieu saint comme le sien.
Mais la fin, qui est le prolongement de la sitra de-mesava (côté de l'impureté), n'est pas comme la sienne, car Israël est saint; c'est pourquoi il pria pour être comme lui:
עוד יש סוד בדבר בענין היפוך קללה לברכה דוקא ע"י בלעם, כמו שבלעם ראש האומות המקוללים, כן הוא ראש שבטי ישראל המבורכים, על כן הקללה מזככם וחוזרת לברכה, כי בלעם הוא לבן כמו שכתבו המקובלים:
Il y a encore un secret dans cette chose, au sujet du renversement de la malédiction en bénédiction précisément par Balaam: de même que Balaam est le chef des nations maudites, de même il est le chef des tribus d'Israël bénies. C'est pourquoi la malédiction purifie Israël et retourne en bénédiction, car Balaam est Lavan, comme les kabbalistes l'ont écrit:
וזה לשון הציוני, גדר מזה וגדר מזה, פירש רש"י, סתם גדר של אבנים, לפי דעת המקובלים שאומרים שגם הרשעים יתגלגלו בפסוק (בראשית לא, נב) עד הגל, סודו מובן מיעקב ולבן, עדות ה' נאמנה, יד העדים תהיה בו בראשונה דוגמת חולדה ובור בפרק קמא דתענית (ח, א), עד כאן לשונו. ורצה לומר כי יעקב ולבן כרתו ברית שלא יעברו זה על זה לרעה, ושמו גל של אבנים לעד, וגדר של אבנים זה הוא בעצמו יגר שהדותא, על כן ותלחץ רגל בלעם שהוא לבן, כי יד העדים תהיה בו בראשונה.
ובפרק חלק (סנהדרין קה, א) תנא, הוא בעור הוא כושן רשעתיים הוא לבן הארמי (ראשי תיבות כל"ב *כושן *לבן *בעור). בעור, שבא על הבעיר.
כושן רשעתיים שעבד שתי רשעיות בישראל, אחד בימי יעקב ואחד בימי שפוט השופטים. ומה שמו, לבן הארמי שמו, עד כאן.
הרי שבלעם הוא לבן, ובדרך הזה דורש שם בעור על בלעם, כמו דאיתא שם קודם להאי ברייתא שדרשו בן בעור שבא על בעיר שבא על אתונו כדאיתא שם בפרק חלק. ובזה הדרש מה שדרש בן בעור, אין רצונו לומר בן שאביו נקרא בעור, רק הוא הבן שבא על הבעיר הבהמה.
ומה שאיתא שם ברש"י בפירושא דהך ברייתא תנא הוא בעור אביו של בלעם כו', על כרחך טעות סופר הוא, שהרי בעצמו סיים הוא כושן רשעתיים והוא לבן הארמי, וכן רומז בתרגום יונתן בפסוק (דברים כו, ה) ארמי אובד אבי וירד מצרימה על ענין הזה, שבלעם הוא לבן ועשה שתים רעות, מתחלה בקש לאבד אבי ולעקור את הכל אח"כ ירד למצרים והיה בעצת פרעה להרע לישראל, כדאיתא שם בפרק חלק (סנהדרין קו, א) ג' היו באותה עצה, איוב יתרו בלעם. בלעם שיעץ נהרג כו'.
וכן הוא בהדיא בתרגום יונתן בפרשה זה בפסוק (כב, ה) וישלח מלאכים אל בלעם בן בעור פתורה. נמצא כל בית יעקב בא מבלעם שהוא לבן, ונתגלגל הדבר ע"י בלק שממנו יצא מלכות בית דוד הכולל כל ישראל, כי יצא מרות המואביה:
Voici les paroles du Tzioni: 'Une clôture de ce côté-ci et une clôture de ce côté-là.' Rachi explique: une clôture ordinaire est de pierres. Selon l'avis des kabbalistes, qui disent que même les méchants se réincarnent, le secret du verset 'jusqu'au monceau' (Genèse 31,52) se comprend par Yaakov et Lavan: 'Le témoignage du Nom est fidèle' (Psaumes 19,8); 'la main des témoins sera la première contre lui' (Deutéronome 17,7), à l'exemple de la belette et du puits, dans le premier chapitre de Taanit (8a).
Fin de citation. Il veut dire que Yaakov et Lavan conclurent une alliance afin de ne pas passer l'un vers l'autre pour faire du mal, et ils placèrent un monceau de pierres comme témoin.
Cette clôture de pierres est elle-même Yegar Sahadouta (tas du témoignage, en araméen); c'est pourquoi l'ânesse pressa le pied de Balaam, qui est Lavan, car la main des témoins sera la première contre lui. Dans le chapitre Helek (Sanhédrin 105a), il est enseigné: 'Il est Béor, il est Koushan Rishatayim, il est Lavan l'Araméen' (initiales: כלב, de כושן, לבן et בעור). 'Béor' (בעור), parce qu'il eut des rapports avec une bête (בעיר). 'Koushan Rishatayim', parce qu'il commit deux méchancetés contre Israël, l'une aux jours de Yaakov et l'autre aux jours où les Juges jugeaient. 'Quel est son nom?
Lavan l'Araméen est son nom.' Fin de citation. Voici donc que Balaam est Lavan, et c'est de cette manière qu'il interprète le nom Béor au sujet de Balaam, comme il est rapporté là, avant cette baraitha (enseignement tannaïte): ils ont interprété 'fils de Béor' (בן בעור) comme celui qui eut des rapports avec une bête, avec son ânesse, ainsi qu'il est rapporté là dans le chapitre Helek.
Dans cette derashah (interprétation homilétique) de 'fils de Béor', leur intention n'est pas de dire: un fils dont le père se nommait Béor, mais celui qui eut des rapports avec la bête. Ce qui se trouve là chez Rachi, dans l'explication de cette baraitha: 'On a enseigné: Béor, le père de Balaam, etc.', est nécessairement une erreur de copiste, car il conclut lui-même: il est Koushan Rishatayim et il est Lavan l'Araméen.
Le Targoum Yonatan (traduction araméenne) fait aussi allusion, au verset 'Un Araméen voulut faire périr mon père et il descendit en Égypte' (Deutéronome 26,5), à cette idée: Balaam est Lavan et il fit deux maux. D'abord, il chercha à faire périr mon père et à tout déraciner; ensuite, il descendit en Égypte et fut au conseil de Pharaon pour nuire à Israël, comme il est rapporté là dans le chapitre Helek (Sanhédrin 106a): 'Trois étaient dans ce conseil: Iyov, Yitro et Balaam.
Balaam, qui donna le conseil, fut tué', etc. Cela est aussi dit explicitement dans le Targoum Yonatan, dans cette section, au verset: 'Il envoya des messagers à Balaam, fils de Béor, à Péthor' (Nombres 22,5).
Il s'ensuit que toute la maison de Yaakov dérive de Balaam, qui est Lavan, et que la chose s'est réincarnée par Balak, d'où est issue la royauté de la maison de David, qui inclut tout Israël, car David est issu de Ruth la Moabite:
וזה לשון הזוהר (קצח, א), כי עצום הוא ממני, וכי עד ההוא שעתא אן אגחו ביה קרבא ונצחו ליה באן אתר אערעו בחרבא דלהון והוו גברין בגברין לאחזאה גבורתא דלהון. מאי כי עצום הוא ממני, אלא ההוא רשע חכים הוה וחמא למרחיק חמי לדוד מלכא דאתי מרות המואביה.
גבור תקיף כאריה ונצח קרבין תקיפין למואב, ושוי לון תחות רגלוי. אמר עצום הוא.
וירתא ההוא גבורתא חד ממלכא דלהון מינאן ויפוק לשיצאה למואב, עד כאן לשונו. הרי שמבלק יצא דוד המלך ע"ה:
Voici les paroles du Zohar (198a), sur 'car il est plus puissant que moi' (Nombres 22,6): 'Jusqu'à ce moment, lui avaient-ils livré bataille et l'avaient-ils vaincu? En quel lieu l'avaient-ils rencontré avec leurs épées, hommes contre hommes, pour montrer leur puissance?
Que signifie: 'Car il est plus puissant que moi'? Mais ce méchant était sage et voyait au loin: il voyait David le roi, qui viendrait de Ruth la Moabite, vaillant et fort comme un lion; il remporterait de puissantes batailles contre Moab et les mettrait sous ses pieds.
Il dit: 'Il est plus puissant.' Cette puissance, un de leurs rois l'hériterait de nous et sortirait pour anéantir Moab.' Fin de citation. Ainsi, de Balak est issu David le roi, que la paix soit sur lui:
וממה שכתבתי יתבארו איזה דקדוקים בפרשה ואגב אפרש ג"כ שאר דקדוקים:
Et par ce que j'ai écrit, quelques difficultés de cette section seront expliquées; et, chemin faisant, j'expliquerai aussi d'autres difficultés:
וירא בלק וכו' (במדבר כב, ב) עד סוף הפרשה, אשר עשה ישראל לאמורי. ויגר מואב מפני העם.
ויקץ מואב מפני בני ישראל. קשה מה זה ג' לשונות ישראל, והעם ובני ישראל, ואחר כך אמרו ילחכו הקהל:
'Et Balak vit', etc. (Nombres 22,2), jusqu'à la fin de la section: 'ce qu'Israël avait fait à l'Amorite.
Moab eut peur devant le peuple. Moab fut saisi de dégoût devant les enfants d'Israël.' Difficulté: que sont ces trois expressions: Israël, le peuple et les enfants d'Israël?
Puis ils dirent: 'l'assemblée léchera' (Nombres 22,4):
עוד קשה, מה ענין הקללות, ומה היה איכפת ליה להקב"ה יקלל בלעם, והוא יתברך יברך את עמו בשלום. ולא משמע כן בדברי רבותינו ז"ל.
דאיתא בפרק קמא דברכות (ז, א) ובפרק חלק (סנהדרין קה, ב), עמי זכור נא מה יעץ בלק וגו' (מיכה ו, ה), מאי (שם) למען דעת צדקות ה'. אמר רבי אליעזר, א"ל ראו כמה צדקות עשיתי עמכם שלא כעסתי בימי בלעם, שאלמלי כעסתי לא נשתייר כו'.
ועל זה אמר (במדבר כג, ח) מה אקוב לא קבה אל, ומה אזעום לא זעם ה'. והתוספות כתבו מה הוא יכול לומר ולקלל ברגע אחת שזועם השם יתברך.
ואמרו שרצה לקללם ולומר כלם. והפך ה' את הקללה לברכה ונעשה כן כל"ם מל"ך, וזהו שאמר (שם כג, כא) ותרועת מלך בו.
ואין לומר בשעת הזעם אין רחמים ואז יתכנו דברי הראב"ע. זה אינו, דהא כתיב (שמות טו, ו) ימינך ה' נאדרי בכח ימינך ה' תרעץ אויב, ופירש רש"י ז"ל אותה ימין עצמה שמצלת את ישראל היא תרעץ אויב כו':
Autre difficulté: quel est le sens des malédictions, et qu'est-ce que cela importait au Saint, béni soit-Il, que Balaam maudisse, alors que Lui, béni soit-Il, bénit Son peuple par la paix? Or ce n'est pas ce qui ressort des paroles de nos sages, de mémoire bénie.
Car il est enseigné au premier chapitre de Berakhot (7a) et au chapitre Helek (Sanhédrin 105b): 'Mon peuple, souviens-toi donc de ce que Balak a conseillé, etc.' (Mikha 6,5). Que signifie: 'afin que tu connaisses les actes de justice du Nom'?
Rabbi Eliezer dit: 'Voyez combien d'actes de justice J'ai accomplis envers vous: Je ne Me suis pas irrité aux jours de Balaam; car si Je M'étais irrité, il ne serait rien resté, etc.' C'est à ce sujet qu'il dit: 'Comment maudirais-je, si Él n'a pas maudit; comment vouerais-je à l'exécration, si ה' ne S'est pas irrité?' (Nombres 23,8). Les Tosafot (gloses médiévales) ont écrit: que pouvait-il dire, en un seul instant où le Saint, béni soit-Il, s'irrite, pour maudire?
Ils ont dit qu'il voulait les maudire en disant כלם (détruis-les tous). Le Nom transforma la malédiction en bénédiction, et ainsi כלם devint מלך; c'est ce qu'il dit: 'l'acclamation du roi est en lui' (Nombres 23,21).
Et ne dis pas qu'au moment de la colère il n'y a pas de miséricorde, et que les paroles de Rabbi Abraham ibn Ezra seraient alors recevables. Il n'en est pas ainsi, car il est écrit: 'Ta droite, ה', est glorieuse en puissance; Ta droite, ה', brise l'ennemi' (Exode 15,6).
Rachi, de mémoire bénie, a expliqué: 'Cette droite même qui sauve Israël, c'est elle qui brise l'ennemi', etc.:
עוד קשה, בלק אמר לשון ארה, ובלעם לשון קבה, אח"כ בלק ג"כ לשון קבה. עוד קשה, מה ענין קסם לנבואה, גם מנבואה לנחשים כמ"ש (במדבר כד, א) ולא הלך כפעם בפעם לקראת נחשים.
ומה ענין כשראה דעת ה' לברך שהלך אחר קסמים, והוא בעצמו אמר לא איש אל ויכזב:
Autre difficulté: Balak emploie le terme ארה (malédis), Balaam le terme קבה (maudis), puis Balak emploie aussi le terme קבה. Autre difficulté: quel rapport la divination a-t-elle avec la prophétie, et aussi la prophétie avec les augures, comme il est dit: 'Il n'alla pas, comme les autres fois, à la rencontre des augures' (Nombres 24,1)?
Et quel rapport y a-t-il à ce que, lorsqu'il vit que la volonté du Nom était de bénir, il soit allé après les divinations, alors qu'il avait lui-même dit: 'Él n'est pas un homme pour mentir' (Nombres 23,19):
עוד קשה, במה שאמר (שם כב, יח) לא אוכל לעבור את פי ה' א-להי לעשות קטנה או גדולה, הלא זו ואין צריך לומר זו היא, אם לא יכול לעשות קטנה מכל שכן גדולה:
Autre difficulté, dans ce qu'il dit: 'Je ne peux outrepasser la parole de ה', mon Dieu, pour faire une petite ou une grande chose' (Nombres 22,18). Or n'est-ce pas le cas de: celle-ci, et il n'est pas besoin de dire celle-là?
S'il ne peut faire une petite chose, à plus forte raison une grande:
עוד קשה, לבסוף כשאמר בלעם לבלק הלא גם אל מלאכיך אשר שלחת וגו', והזכיר בלעם זה הפסוק אם יתן לי בלק מלא ביתו כסף וזהב וגומר, אמר במקום לעשות קטנה או גדולה לעשות טובה או רעה, ולמה שינה:
Encore une difficulté: à la fin, lorsque Balaam dit à Balak: 'N'ai-je pas aussi dit à tes messagers que tu avais envoyés...', et qu'il rappela: 'Si Balak me donnait sa maison pleine d'argent et d'or...', il dit, au lieu de 'faire une petite chose ou une grande', 'faire du bien ou du mal' (Nombres 24,13). Pourquoi ce changement:
עוד קשה, בשליחות השני שרים רבים ונכבדים וקראם עבדים כמו שכתוב ויען בלעם ויאמר אל עבדי בלק, ובשליחות הראשון לא היו נכבדים כל כך וכתיב (שם יג) ויקם בלעם בבקר ויאמר אל שרי מואב:
Encore une difficulté: dans la seconde délégation, les princes étaient nombreux et honorables, et Balaam les appela 'serviteurs', comme il est écrit: 'Balaam répondit et dit aux serviteurs de Balak' (Nombres 22,18). Dans la première délégation, ils n'étaient pas aussi honorables, et il est écrit: 'Balaam se leva le matin et dit aux princes de Moab' (Nombres 22,13):
עוד קשה קושיא גדולה, מתחילה אמר לו הקב"ה (שם יב) לא תלך. אח"כ הרשה לו (שם כ) קום לך.
אח"כ כשהלך כתיב (שם כב) ויחר אף א-להים. ורבים הפירושים בזה.
ורז"ל אמרו (סנהדרין קה, א) מהני חוצפא כלפי שמיא:
Encore une grande difficulté: au début, le Saint, béni soit-Il, lui dit: 'Ne va pas' (Nombres 22,12). Ensuite, Il lui permit: 'Lève-toi, va' (Nombres 22,20).
Puis, lorsqu'il alla, il est écrit: 'La colère d'Elokim s'enflamma' (Nombres 22,22). Les explications sur ce point sont nombreuses.
Nos sages, de mémoire bénie, ont dit (Sanhédrin 105a): 'L'insolence est efficace même envers le Ciel.'
עוד קשה, אם לקרוא לך כו' (שם כ), מי איכא ספיקא קמי שמיא. בשלמא שאלת מי האנשים האלה, כבר פירש רש"י להטעותו בא.
אבל באם לקרוא לך כו', איך שייך שהקב"ה יטעה בן אדם ואח"כ יענש אותו. דבשלמא בפסוק מי האנשים כו' אין קשה זאת הקושיא, דבלאו הכי יש קושיא דדברי רש"י סתרי אהדדי, דבכאן כתיב להטעותו בא כו', ובפרשת בראשית בפסוק איכה פירש רש"י יודע הוא היכן היה, אלא להכנס עמו בדברים שלא יהא נבהל להשיב כו', עד וכן בבלעם לכנוס עמו בדברים כו':
Encore une difficulté: à propos de 'S'ils sont venus pour t'appeler...' (Nombres 22,20), y aurait-il un doute devant le Ciel? Certes, au sujet de la question 'Qui sont ces hommes?', Rachi a déjà expliqué: 'Il vint pour le tromper.' Mais, pour 'S'ils sont venus pour t'appeler...', comment le Saint, béni soit-Il, pourrait-Il tromper un homme, puis le punir?
Certes, dans le verset 'Qui sont ces hommes?', cette difficulté ne se pose pas, car il existe de toute façon une autre difficulté: les paroles de Rachi se contredisent. Ici, il écrit: 'Il vint pour le tromper...', tandis que dans la section Bereshit, à propos du verset 'Où es-tu?' (Genèse 3,9), Rachi explique: 'Il savait où il était; mais c'était pour entrer en conversation avec lui, afin qu'il ne soit pas effrayé de répondre...', et il conclut: 'De même avec Balaam, pour entrer en conversation avec lui...', etc.:
אלא הענין הוא ח"ו שהש"י יטעה בן אדם, אלא הוא דאטעה את נפשו, ועל זה כתיב (הושע יד, י) כי ישרים דרכי ה' צדיקים ילכו בם ופושעים יכשלו. וכן הכא ישר היה דרך ה' שאמר לו מי האנשים, כי כוונת הש"י היה לכנוס עמו בדברים.
אבל בלעם הפושע עונותיו הטהו שהיה נכשל, והבין שאין הכל גלוי לפניו כו' כמו שכתב רש"י. ומה שכתב להטעותו בא, אינו חוזר על הש"י, רק על הדיבור של מי האנשים, שזה הדיבור בא לבלעם ולטעות שפשעיו גרמו שהיה נכשל ולא הבין האמת.
והוא כענין שמצינו (יומא פז, א) בעובדא דרב שהיה הולך בערב יום כפור לפייס הקצב. ואמרו אזל רב למקטל גברא.
והלא זה היפך מן האמת, אדרבה רב הלך לפייסו. רק קשי ערפו גרם לו שנענש ונקטל.
אלא הענין היו יודעים שזה איש רע מעללים ולא יהיה נכנע ובודאי ימות, ועל זה אמר מהליכתו של רב יעלה שיהיה נקטל גברא. וכן בענין הקטורת שפירש רש"י פרשת קרח (במדבר טז, ו ד"ה זאת עשו) וסם המות נתון בתוכו.
ח"ו שהיה בו סם המות, רק הקטורת לזר גורם סמא דמותא לו. כדמות זה גם כן להטעותו בא אליו הדיבור.
אבל כוונת השם יתברך היה ישר כדי לכנוס עמו בדברים, כך מפורש היטב בזה הפסוק של מי האנשים האלה. אבל אם לקרוא לך, לא נוכל לפרש כן והדרה קושיא לדוכתא:
Voici le sujet: à Dieu ne plaise que le Nom, béni soit-Il, trompe un homme; c'est lui qui a trompé sa propre âme. Il est écrit à ce propos: 'Car les voies du Nom sont droites; les justes y marcheront, et les transgresseurs y trébucheront' (Osée 14,10).
De même ici, la voie du Nom était droite lorsqu'Il lui dit: 'Qui sont ces hommes?', car l'intention du Nom, béni soit-Il, était d'entrer en conversation avec lui. Mais Balaam le transgresseur fut égaré par ses iniquités, de sorte qu'il trébucha et comprit que tout ne Lui était pas connu, etc., comme Rachi l'a écrit.
Et ce que Rachi écrit: 'Il vint pour le tromper', ne se rapporte pas au Nom, béni soit-Il, mais à la parole 'Qui sont ces hommes?'. Cette parole vint à Balaam pour l'égarer: ses péchés firent qu'il trébucha et ne comprit pas la vérité.
Il en va comme ce que nous trouvons dans l'histoire de Rav, qui allait, la veille de Yom Kippour, apaiser le boucher (Yoma 87a). Ils dirent: 'Rav va tuer un homme.' Cela est pourtant le contraire de la vérité: au contraire, Rav allait l'apaiser.
Seulement, sa dureté de nuque causa qu'il fut puni et tué. Ils savaient que cet homme était mauvais dans ses actions, qu'il ne s'humilierait pas et mourrait certainement.
Aussi dirent-ils que, de la marche de Rav, il s'ensuivrait qu'un homme serait tué. De même pour l'encens: Rachi explique, dans la section Korah, à propos de 'Ceci, faites' (Nombres 16,6): 'Un poison de mort est placé en lui.' À Dieu ne plaise qu'il y eût en lui un poison de mort; mais l'encens est, pour l'étranger (non-prêtre), un poison de mort.
De cette manière aussi, la parole vint à lui pour l'égarer. Mais l'intention du Nom, béni soit-Il, était droite: entrer en conversation avec lui.
Ainsi est-ce bien explicite dans ce verset: 'Qui sont ces hommes?' Mais nous ne pouvons expliquer ainsi: 'S'ils sont venus pour t'appeler', et la difficulté revient à sa place:
הענין בלק ובלעם שניהם היו חכמים גדולים אבל להרע, ושניהם היו יודעים הדביקות הגדול שיש לישראל בהשם יתברך. ובלק היה יותר חכם וידע שלשלת הגדול יחס מלכות ישראל שהוא מלכות בית דוד ומשיח, וידע כי זה העצום יבא ממנו וחרד על הדבר, כי הבין שהטהור ניתן מהטמא והטוב מהרע כדי שמלאך רע יענה אמן בעל כרחו ויודה על הברכות כמו שכתבתי לעיל.
ועל כן חשב מחשבות להפריד הדביקות של ישראל מאביהן שבשמים ח"ו, ולהפך הדביקות, ואז העצום שיבא ממנו יהיה מורה על עצמו ועל עמו ח"ו. וזהו (במדבר כב, ב) וירא בלק בן צפור את כל אשר עשה ישראל.
דע כי ג' שמות שנקראים עם ובני ישראל וישראל הם ג' מעלות זה על זה. נקראים עם מצד ריבויים, כי הם עם רב כאשר בירכם הש"י ככוכבי השמים וגו'.
ובני ישראל, הוא דביקות גדול מזה. וכשקראם ישראל, הוא דביקות גדול ונפלא כאלו היינו אנחנו כלנו בני עליה עצם ישראל אבינו.
כי בני מורה שהם ענפים. אבל ישראל הוא עצם השורש מדביקות הנפלא, כי צורת ישראל אבינו חקוקה בכסא הכבוד שמשם חציבת הנשמות.
הנה בלק ידע דביקות ישראל הגדול, ורצה לעשות פירוד בין הדביקים. וביקש מבלעם שיקללם בעת הרגע שזועם הש"י, וענין הקללה הוא קול הקטרוג שיקטרג על ישראל ויזכיר עונותם בעת בא רגע הזעם, כי הוא יודע דעת עליון ויודע הרגע, וגם הוא יודע לקטרג ולהטיל פגם בהזכרת עונותם.
ובפרט כי ראה בלק פרצה בישראל שהם מוכנים לחטוא כאשר היה באמת שחטאו לבסוף בפעור. וזהו שאמר ועתה לך ארה, כלומר עתה הוא הזמן שיחול הקטרוג, זהו דעת בלק.
אבל מואב לא ידעו כל כך הדביקות, כי בלק ראה בעצמו הדביקות, כי ראה בעיניו הנסים שנעשו לישראל, וזהו שאמר וירא בלק את כל אשר עשה ישראל לאמורי, כי מנסיכי סיחון היה נהיה בו מלחמה, וקראם ישראל לרוב הדביקות. אבל מואב לא ראו בעיניהם ממש, רק שמעו, ואינו דומה שמיעה לראיה, על כן עיקר מורא שלהם היה על היותם עם רב.
ועל כל זאת מיחש ג"כ חשו לקצת דביקות, זהו ויקץ מואב מפני בני ישראל. וכשסיפרו מואב לזקני מדין אשר הם ידעו כלל מדביקות ישראל, ספרו להם מגודל ריבוי העם, ועל כן קראם הקהל.
רז"ל אמרו על פסוק (בראשית לה, יא) גוי וקהל גוים, כל שבט נקרא קהל (ב"ר פב, ד), והרי הם י"ב שבטים ראה כמה ריבוים:
Le sujet est que Balak et Balaam étaient tous deux de grands sages, mais pour le mal. Ils connaissaient tous deux la grande devekout qu'Israël avait avec le Nom, béni soit-Il.
Balak était plus sage et connaissait la grande chaîne généalogique de la royauté d'Israël, qui est la royauté de la maison de David et du Messie. Il savait que ce puissant sortirait de lui et en fut effrayé, car il comprit que le pur est donné à partir de l'impur et le bien à partir du mal, afin qu'un ange mauvais réponde Amen contre son gré et reconnaisse les bénédictions, comme je l'ai écrit plus haut.
C'est pourquoi il médita des plans pour séparer la devekout d'Israël de leur Père qui est aux cieux, à Dieu ne plaise, et pour renverser cette devekout; alors le puissant qui sortirait de lui témoignerait en faveur de lui-même et de son peuple, à Dieu ne plaise. Tel est le sens de: 'Balak, fils de Tsippor, vit tout ce qu'Israël avait fait à l'Amorite' (Nombres 22,2).
Sache que les trois noms qui leur sont donnés, am (peuple), Bnei Israël et Israël, sont trois degrés l'un au-dessus de l'autre. Ils sont appelés am à cause de leur multitude, car ils sont un peuple nombreux, comme le Nom, béni soit-Il, les bénit: 'comme les étoiles des cieux', etc.
(Genèse 22,17). Bnei Israël indique une devekout plus grande que cela.
Et lorsqu'il les appelle Israël, c'est une devekout grande et merveilleuse, comme si nous étions tous des bnei aliyah (êtres élevés), l'essence même de notre père Israël. Car Bnei indique qu'ils sont des branches; mais Israël est l'essence de la racine de cette devekout merveilleuse, car la forme de notre père Israël est gravée sur le Trône de gloire, d'où les âmes sont taillées.
Balak connaissait donc la grande devekout d'Israël et voulut faire une séparation entre ceux qui sont attachés. Il demanda à Balaam de les maudire au moment où le Nom, béni soit-Il, s'irrite.
Le sens de la malédiction est la voix de l'accusation, qui accuse Israël et rappelle leurs iniquités lorsque vient le moment de la colère; car il connaît la connaissance du Très-Haut et connaît le moment, et il sait aussi accuser et infliger une atteinte par le rappel de leurs iniquités. En particulier, Balak vit une brèche chez Israël: ils étaient disposés à pécher, comme il arriva en effet, puisqu'ils péchèrent finalement à Peor.
C'est ce qu'il dit: 'Et maintenant, va maudire'; c'est-à-dire que maintenant est le temps où l'accusation prendra effet. Telle était la pensée de Balak.
Mais Moab ne connaissait pas autant la devekout, car Balak vit lui-même cette devekout lorsqu'il vit de ses propres yeux les miracles accomplis pour Israël. Cela est le sens de: 'Balak vit tout ce qu'Israël avait fait à l'Amorite', car il était l'un des princes de Si'hon, contre lequel la guerre fut faite, et il les appela Israël à cause de l'abondance de la devekout.
Mais les Moabites ne l'avaient pas vu de leurs propres yeux; ils en avaient seulement entendu parler, et l'ouïe n'est pas semblable à la vue. Leur crainte principale venait donc de ce qu'ils étaient un peuple nombreux.
Néanmoins, ils craignaient aussi quelque peu en raison de la devekout; tel est le sens de: 'Moab fut saisi de dégoût devant les Bnei Israël.' Lorsque les Moabites racontèrent cela aux anciens de Midian, qui ne savaient absolument rien de la devekout d'Israël, ils leur parlèrent de la très grande multitude du peuple et les appelèrent donc kahal (assemblée). Nos sages, de mémoire bénie, ont dit, au sujet du verset: 'Une nation et un kahal de nations...' (Genèse 35,11), que chaque tribu est appelée kahal (Berechit Rabbah 82,4); or, ils sont douze tribus: vois quelle est leur multitude: