Ce passage poursuit : Korah, par jalousie, se revêt d'orgueil ; « fils de Yits'har, prit » : l'huile flotte au-dessus, il est issu de Kehat et s'estime lésé par Elitsafan. Le Chla enseigne que Datan et Aviram, fils de Reouven, pèchent par la taava (convoitise) et nient la nomination de Moché. Les deux cent cinquante hommes ont une intention pour le Ciel, comme Nadav et Avihou : ils fautent dans leurs âmes pour leurs âmes, par l'encens, en s'associant à Korah. Les mêmes paroles portent deux intentions. Moché dit que le Nom choisit ; s'Il n'exerce pas le jugement, l'envoi de cette nomination n'aurait pas pour cause l'essence de la chose, mais l'honneur de Moché.
Aussi : jalousie, taava et honneur, trois tikounim : tsitsit, mezouza et tefilin ; Datan et Aviram, quatre formes de mort, dénonciation de Moché et gilgoul de Caïn ; le Midrach du chouchvin.
הרי קרח מצד הקנאה נתלבש בגאוה, על כן רצה קרח להתגדל עליו, וזהו (במדבר טז, א) ויקח קרח בן יצהר כו' לקח בדעתו כי הוא בן יצהר. ובמדרש רבה (יח, טז) א"ר לוי למה חלק על משה, אמר אני בן יצהר והוא שמן כמ"ש (דברים יד, כג) תירושך ויצהריך, והשמן צף למעלה.
אח"כ לקח בדעתו כי הוא בן קהת המיוחס לנשיאת הארון הקודש. גם חשב כי הוא בן יצהר וא"כ לו היה ראוי הנשיאות, ולא לאליצפן בן עוזיאל שהוא אח הרביעי, כל אלו הגאיות נתלבש בהם מצד הקנאה והיא הוציאה אותו מן העולם:
Ainsi Korah, sous l'effet de la jalousie, se revêtit d'orgueil; aussi voulut-il s'élever au-dessus de lui. Tel est le sens de 'Korah, fils de Yitshar, prit' (Nombres 16,1): il considéra qu'il était fils de Yitshar.
Dans le Midrach Rabbah (18,16), Rabbi Levi dit: 'Pourquoi contesta-t-il Moche? Il dit: Je suis fils de Yitshar; or Yitshar est l'huile, comme il est écrit: ton moût et ton huile (Deutéronome 14,23), et l'huile flotte au-dessus.' Ensuite, il considéra qu'il était issu de Kehat, distingué pour le port de l'Arche sainte.
Il pensa aussi que, puisqu'il était fils de Yitshar, la dignité de chef devait lui revenir, et non à Elitsafan fils d'Ouziel, qui était le quatrième des frères. Toutes ces formes d'orgueil dont il se revêtit venaient de la jalousie, et celle-ci le fit sortir du monde:
דתן ואבירם כו' לקחו במחשבותם שהם בני ראובן הבכור והם ראוים לגדולה, על כן שפטו משפט מעוקל וכפרו בנבואת משה הפרטית, דהיינו ההתמנות, וחטאם היה בהתאוה שמוציא את האדם מהעולם והיא בהפך ממעלת איזה עשיר כו'. וחשבו על משה רבינו ע"ה שעשה זה להעשיר את משפחתו, על כן עשה לאהרן ובניו כהנים ושבטו לוים שיתעשרו במתנות כהונה ובמעשרות כו'.
גם הקטורת מעשרת, כמו שאמרו רז"ל (יומא כו, א). וזהו שהתרעמו (במדבר טז, יד) ותתן לנו נחלת שדה וכרם וכו'.
וזהו יצאו נצבים פתח אהליהם, נצבים ולא זכרו בסוד המזוזה המורה על שלימות הממון כמו שכתבתי לעיל (ד"ה ועל אלה). וכבר כתבתי לעיל (ד"ה על דרך הפשט), כי ג' אלה קנאה תאוה וכבוד לעומתם גבור עשיר וחכם, והם ג' שלמויות גוף ממון נפש, והם ג' תיקונים ציצית מזוזה תפילין.
וקרח שלבש בקנאה, התלוצץ בציצית. ודתן ואבירם שנתלבשו בתאוה, לא שמו עיניהם על המזוזה.
וענין ר"ן איש, היה עניינם בסוד תפילין כמו שנפרש אי"ה:
Datan et Aviram considérèrent qu'ils étaient fils de Reouven, le premier-né, et donc dignes de grandeur. C'est pourquoi ils rendirent un jugement déformé et nièrent la prophétie particulière de Moche, c'est-à-dire cette nomination.
Leur faute fut la taava (convoitise), qui fait sortir l'homme du monde et qui est l'inverse de l'enseignement: 'Qui est riche?', etc. Ils pensèrent de Moche notre maître, de mémoire bénie, qu'il avait fait cela pour enrichir sa famille; c'est pourquoi il fit d'Aaron et de ses fils des prêtres, et de sa tribu des Lévites, afin qu'ils s'enrichissent des dons sacerdotaux et des dîmes, etc.
L'encens aussi enrichit, comme l'ont dit nos Sages, de mémoire bénie (Yoma 26a). C'est pourquoi ils se plaignirent: 'Nous as-tu donné un héritage de champ et de vigne?', etc.
(Nombres 16,14). Tel est aussi le sens de: 'Ils sortirent debout à l'entrée de leurs tentes' (Nombres 16,27): debout, ils ne se souvinrent pas du sens secret de la mezouza, qui indique la plénitude des biens, comme je l'ai écrit plus haut, au passage qui commence par 'Vé-al eleh'.
J'ai déjà écrit plus haut, au passage qui commence par 'Selon le sens simple', que ces trois choses, jalousie, taava et honneur, correspondent au fort, au riche et au sage; ce sont les trois perfections du corps, des biens et de l'âme, ainsi que les trois tikounim (rectifications): tsitsit (franges rituelles), mezouza (parchemin fixé au montant de la porte) et tefilin (phylactères). Korah, qui se revêtit de jalousie, se moqua des tsitsit.
Datan et Aviram, qui se revêtirent de taava, ne portèrent pas leurs yeux sur la mezouza. Quant aux deux cent cinquante hommes, leur cas relève du sens secret des tefilin, comme nous l'expliquerons, si le Nom le veut:
והנה דתן ואבירם אמרו העיני האנשים ההם תנקר, ויש בזה סוד ממה שרמזתי למעלה מענין קרח שהוא קין, דתן ואבירם שהיו עדת קרח שהוא קין הלשינו על משה רבינו ע"ה כשהרג את המצרי שהיה ג"כ גלגול קין. והנה עתה נתנו עיניהם בממון כמו שאמרו ותתן לנו נחלת שדה וכרם, כי ירדו מנכסיהם כמו שכתוב עליהם (שמות ד, יט) כי מתו כל האנשים המבקשים את נפשך, שירדו מנכסיהם.
ואמרו רז"ל (נדרים סד, ב) ד' חשובים כמתים, מי שאין לו בנים, ומצורע, ועני, וסומא. ומתו האנשים האלה בד' מיתות אלו, וקים להו לרז"ל שלא היו להם בנים במצרים כמו שהיה לדור ההוא שהיו במצרים בני ישראל פרו וירבו וישרצו וגו', והאנשים האלה לא.
גם טפם שהיה להם נאבד עתה במחלוקת קרח. ובודאי היו מצורעים, כי זאת תורת המצורע המוציא רע, והם הלשינו על משה רבינו ע"ה, ואם לא היו מצורעים בגופן, היו מצורעים בנפשותם, כדאיתא בזוהר (עי' תנחומא מצורע ב) שומר פיו ולשונו שומר מצרת נפשו (משלי כא, כג) אל תקרי מצרת, אלא מצורעת נפשו, הוא נשמתו.
וכי מתו כל האנשים בא לרבות שירדו מנכסיהם, ע"כ יצא קללה מפיהם העיני האנשים ההם תנקר שהוא סומא, על כן צדקו דברי רש"י שפירש מתו כל האנשים שירדו מנכסיהם, הרי דתן ואבירם חטאו בבחינת התאוה שהוא היפך מאיש עשיר וכו':
Or Datan et Aviram dirent: 'Vas-tu crever les yeux de ces hommes?' Cela contient un sens secret, selon ce que j'ai indiqué plus haut au sujet de Korah, qui est Caïn. Datan et Aviram, de l'assemblée de Korah, lequel est Caïn, dénoncèrent Moche notre maître, de mémoire bénie, lorsqu'il tua l'Égyptien, qui était lui aussi un gilgoul (réincarnation) de Caïn.
Maintenant, ils portèrent les yeux vers la richesse, comme ils le dirent: 'Nous as-tu donné un héritage de champ et de vigne?' (Nombres 16,14), car ils avaient perdu leurs biens. C'est ainsi qu'il est écrit à leur sujet: 'Tous les hommes qui en voulaient à ta vie sont morts' (Exode 4,19), c'est-à-dire qu'ils avaient perdu leurs biens.
Nos Sages, de mémoire bénie, ont dit (Nedarim 64b): quatre personnes sont considérées comme mortes: celui qui n'a pas d'enfants, le metsora (lépreux), le pauvre et l'aveugle. Ces hommes étaient ainsi frappés de ces quatre formes de mort.
Nos Sages tenaient pour certain qu'ils n'avaient pas eu d'enfants en Égypte, contrairement à cette génération où les enfants d'Israël furent féconds, se multiplièrent et pullulèrent; ces hommes, eux, n'en avaient pas. Leurs enfants, qu'ils avaient ensuite, périrent maintenant dans la querelle de Korah.
Assurément, ils étaient metsoraim, car telle est la loi du metsora: celui qui fait sortir le mal; eux avaient dénoncé Moche notre maître. Et s'ils n'étaient pas lépreux dans leur corps, ils l'étaient dans leurs âmes.
Ainsi est-il dit dans le Zohar, voir Tan'houma Metsora 2: 'Qui garde sa bouche et sa langue préserve son âme de la détresse' (Proverbes 21,23). Ne lis pas mitsarat (מצרת, la détresse de son âme), mais metsora'at nafsho (מצורעת נפשו, son âme est lépreuse): il s'agit de sa nechama (âme).
La formule 'tous les hommes sont morts' ajoute donc qu'ils avaient perdu leurs biens. C'est pourquoi sortit de leur bouche la malédiction: 'Vas-tu crever les yeux de ces hommes?', une malédiction d'aveuglement.
Les paroles de Rachi, qui explique l'expression 'tous les hommes sont morts' par la perte de leurs biens, sont donc exactes. Datan et Aviram péchèrent ainsi sous l'aspect de la taava, qui est l'inverse de la qualité du riche, etc.:
ר"ן איש ובתוכם היו הנשיאים, כוונתם היה לשם שמים ולא להרע רק ששגו, אבל הם סברו כי מחלוקתם היתה לשם שמים ולא היה אצלם שום צד כפירה חלילה וחלילה, והאמינו בה' ובמשה עבדו וידעו נאמנה כי כל מה שעושה משה רבינו ע"ה הוא מפי הגבורה, רק חשבו שענין התמנות אהרן ובניו היה מכח שהיה משה רבינו ע"ה מבקש זה מהקב"ה והתפלל על זה שלא יזוז הכבוד מביתו וממשפחתו ושבטו, והקב"ה רצון יראיו יעשה. ועל זה התרעמו ורדפו אחר הכבוד לא אחר הכבוד המדומה והטומאה, רק אחר הכבוד אשר חכמים ינחלו, והוא כבוד הרוחני.
כי נודע השררות שיש בישראל שחולק הקב"ה מכבודו ליראיו אינה מצד הגשמיי החומריי, רק הכל רוחני להיות כבוד השכינה חופף עליו, כי ההתמנות הוא לקיום התורה והמצוה ולהיותם קרובים למלכו"ת שמי"ם כנודע להבאים בסוד ה', וזה ההתנשאות מורה על ריבוי הקדושה, על כן היו רוצים בזה הכבוד שהוא בחינת החכמים, כי רצו לעמוד בסוד ה', ובפרט שהיו יודעים סוד העיבור שהוא סוד גדול מסודות העליונים כמו שאמרו רז"ל (במד"ר יח, כ) קריאי מועד שהיו יכולין לעבר כו' והיה כוונתם שקדושה עליונה תתפשט בכולם ויהיו ג"כ בני עליה:
Les deux cent cinquante hommes, parmi lesquels se trouvaient les princes, avaient une intention pour le Ciel, et non de faire le mal; ils se trompèrent seulement. Ils tenaient cependant leur querelle pour une querelle pour le Ciel, et il n'y avait chez eux aucun aspect de déni, loin de nous, loin de nous.
Ils croyaient au Nom et en Moche, Son serviteur, et savaient avec certitude que tout ce que fait Moche notre maître, de mémoire bénie, vient de la bouche de la Guevoura (Puissance divine). Ils pensaient seulement que la nomination d'Aaron et de ses fils venait de ce que Moche notre maître avait demandé cela au Saint, béni soit-Il, et avait prié afin que l'honneur ne quitte pas sa maison, sa famille et sa tribu; et le Saint accomplit le désir de ceux qui Le craignent (Psaumes 145,19).
Pour cela, ils se plaignirent et poursuivirent l'honneur: non l'honneur illusoire et impur, mais l'honneur dont les sages héritent (Proverbes 3,35), à savoir l'honneur spirituel. Car il est connu que les dignités en Israël, par lesquelles le Saint partage de Sa gloire avec ceux qui Le craignent, ne dépendent ni du physique ni de la matière; tout y est spirituel, car la gloire de la Chekhina (Présence divine) repose sur celui qui les reçoit.
La nomination sert à l'accomplissement de la Torah et de la mitsva, et à rendre ses titulaires proches du Royaume des Cieux, comme le savent ceux qui pénètrent dans le secret du Nom. Cette élévation manifeste un surcroît de sainteté.
C'est pourquoi ils désiraient cet honneur, qui relève de l'ordre des sages, car ils voulaient se tenir dans le secret du Nom. En particulier, ils connaissaient le secret de l'intercalation (du calendrier), grand secret parmi les secrets supérieurs, comme l'ont dit nos Sages, de mémoire bénie, dans Bamidbar Rabbah (18,20): 'les appelés de l'assemblée' (Nombres 16,2), car ils pouvaient intercaler l'année, etc.
Leur intention était que la sainteté supérieure se répande en tous et qu'ils deviennent eux aussi des êtres élevés:
וזהו סוד החטאים האלה בנפשותם, כל חטא הוא שוגג, כי לא הזידו, וכונתם היה בשביל נפשותם, שנפש שלהם יזכה לדביקות גדול ולהשגה עליונה. ועניינים היה כנדב ואביהו שהיו גדולי ישראל, וכמו שהעיד משה לאהרן ואמר (ויקרא י, ג) הוא אשר דיבר ה' בקרובי אקדש, הם גדולים ממנו וממך (תו"כ ט, כב).
ובמסכת סנהדרין (נב, א) אמרו וכבר הלכו נדב ואביהו אחרי משה ואהרן ואמרו מתי ימותו שני זקנים הללו ונירש גדולה. ולכאורה זה היה עון פלילי.
אמנם עשו עבירה לשמה והתאוו לירש הגדולה כדי שיגיעו לההשגה גדולה שיהיו קרובים למלכות שמים. וזהו שכתוב (ויקרא טז, א) בקרבתם לפני ה', ולא אמר בהקריבם.
אלא כוונתם היתה שהם בעצמם יתקרבו לפני ה', ומתו בקטורת שהיא עבודה הרוחניות המקשר עליון בתחתון, ומתו בנפשות שריפת נשמה וגוף קיים. וכן אלו ר"ן נפש מדוגמת זה חטאו בנפשותם בשביל נפשותם, ומיתתם היה ע"י הקטורת כמו נדב ואביהו:
Tel est le secret de 'ces fauteurs contre leurs propres âmes' (Nombres 17,3): toute faute est involontaire, car ils n'avaient pas agi délibérément; leur intention visait leurs âmes, afin que leur âme mérite un grand attachement et une compréhension supérieure. Leur cas était comme celui de Nadav et Avihou, qui étaient des grands d'Israël.
Ainsi Moche attesta à Aaron et dit: 'C'est ce qu'a dit le Nom: Je serai sanctifié par Mes proches' (Lévitique 10,3); ils sont plus grands que moi et que toi (Torat Kohanim 9,22). Dans le traité Sanhédrin (52a), il est dit: 'Nadav et Avihou marchaient déjà derrière Moche et Aaron et disaient: Quand ces deux vieillards mourront-ils, afin que nous héritions de la grandeur?' Au premier abord, c'était une faute criminelle.
Pourtant, ils accomplirent une transgression pour une intention sainte et désirèrent hériter de la grandeur afin de parvenir à une grande compréhension et d'être proches du Royaume des Cieux. C'est le sens de ce qui est écrit: 'dans leur rapprochement devant le Nom' (Lévitique 16,1), et non 'lorsqu'ils offrirent'.
Leur intention était qu'eux-mêmes se rapprochent devant le Nom. Ils moururent dans l'encens, qui est le service spirituel reliant le supérieur à l'inférieur; ils moururent par l'âme: l'âme fut brûlée et le corps demeura intact.
De même, ces deux cent cinquante âmes, suivant ce modèle, fautèrent dans leurs âmes pour leurs âmes; leur mort eut lieu par l'encens, comme celle de Nadav et Avihou:
ומה שקורין את הר"ן איש חוטאים, ולפי מה שכתבתי הם אנשים גדולים. גם בעל הטורים נתן סימן על ר"ן איש (משלי יג, ט) ונ"ר רשעים ידעך, כי חטאו בזה שהתחברו למחלוקת קרח ונשתתפו עמו, והיה ראוי להיות לבדם ולא להתחבר לרשעים, על כן (ב"ק צב, א) בהדי הוצא לקי כרבא, ונקראו כולם רשעים:
Quant au fait qu'on appelle les deux cent cinquante hommes des fauteurs, alors que, d'après ce que j'ai écrit, ce sont de grands hommes, le Baal haTourim donna à leur sujet ce signe: ner (נר, 250), 'la lampe des méchants s'éteindra' (Proverbes 13,9). Ils ont fauté en ceci qu'ils se sont joints à la querelle de Korah et se sont associés à lui.
Il aurait fallu qu'ils restent seuls et ne se joignent pas aux méchants. C'est pourquoi, selon Bava Kamma (92a), 'avec l'épine, le chou est frappé'; tous furent donc appelés méchants:
והפסוקים (במדבר טז-ב, ג) ויקומו לפני משה ואנשים מבני ישראל חמשים ומאתים נשיאי עדה קריאי מועד אנשי שם. ויקהלו על משה ועל אהרן ויאמרו אליהם רב לכם כי כל העדה כלם קדושים ובתוכם ה' ומדוע תתנשאו על קהל ה'.
אלו הפסוקים יתבארו בתרין אנפין, כי קרח דתן ואבירם שדיברו הדברים האלה כוונתם לרעה. ור"ן איש שדברו הדברים האלה כוונתם לטובה.
קרח דתן ואבירם ויקומו לפני משה, הקימו את עצמם נגדם, וכן תרגום יונתן ויקומו, בחוצפא, ואמרו כי כל העדה כולם קדושים, ופירש רש"י כולם שמעו דברים בסיני מפי הגבורה כו', עד לא אתם לבדכם שמעתם בסיני אנכי ה' א-להיך, כי כל העדה שמעו, עד כאן לשונו. כוונתם רעה בזה היתה לכפור בנבואת משה, שכל מה שאומר הוא אומר מלבו, דאלו היה מפי הקב"ה למה לא שמענו זה מפי הקב"ה בעצמו כמו ששמענו אנכי ה' א-להיך מפי הגבורה, אלא ודאי אינו אמת, א"כ גם זה אינו אמת מה שמינה אחיו לכהן ואת אליצפן לנשיא היה הכל מפי עצמו.
ואע"פ שנשתוו קרח ודתן ואבירם בכפירה זו, מכל מקום לא היה כפירתם שוה, כי קרח כפר במאוד בנבואת משה רבינו ע"ה, וגם דיבר סרה על ה' כי רמז שמענו מפיו אנכי ה' אלקיך כביכול לכבוד עצמו דרש ובהא דאיתא במדרש על פסוק (תהלים קלח, ד) יודוך ה' כל מלכי ארץ כי שמעו אמרי פיך, כשאמר אנכי ה' אלקיך היו אומרים לכבוד עצמו הוא דורש כו', עד כששמעו כבד את אביך כו' (קידושין לא, א). על כן קרח נשאר בענין ליצנות הזה ששמענו מפיו אנכי ה' אלקיך, ואח"כ כפר בכלל ובפרט בנבואת משה רבינו ע"ה.
ודתן ואבירם שכפרו, לא כפרו כל כך כמ"ש לעיל, רק שחשדו את משה שאלה המעשים של התמנות אהרן ובניו ואליצפן עשה מדעתו, כי אלו היה מדעת הקב"ה היה לו יתברך לומר לישראל כמו שאמר לישראל שררותו ומלכותו דהיינו אנכי ה' א-להיך, כך היה לו לומר זה. ובפרט כי אין ממנין פרנס על הציבור אלא מדעת הציבור (ברכות נה, א).
ומכל מקום נשתתפו שניהם בכפירה והעיזו כנגד משה:
Les versets: 'Ils se levèrent devant Moche, avec deux cent cinquante hommes parmi les fils d'Israël, chefs de l'assemblée, appelés de l'assemblée, hommes de renom' et 'Ils se rassemblèrent contre Moche et Aaron et leur dirent: Vous en avez trop! Car toute l'assemblée, tous sont saints, et le Nom est au milieu d'eux; pourquoi vous élevez-vous au-dessus de l'assemblée du Nom?' (Nombres 16,2-3), s'expliquent de deux manières.
Lorsque Korah, Datan et Aviram prononcèrent ces paroles, leur intention était mauvaise; lorsque les deux cent cinquante hommes les prononcèrent, leur intention était bonne. Pour Korah, Datan et Aviram, 'ils se levèrent devant Moche' veut dire qu'ils se dressèrent contre eux.
De même, le Targum Yonatan rend 'ils se levèrent' par 'avec insolence'. Ils dirent: 'Toute l'assemblée, tous sont saints'; et Rachi explique: 'Tous ont entendu au Sinaï des paroles de la bouche de la Puissance...
Ce ne sont pas vous seuls qui avez entendu au Sinaï: Je suis le Nom, ton Dieu (Exode 20,2); toute l'assemblée l'a entendu.' Leur mauvaise intention était de nier la prophétie de Moche: tout ce qu'il dit, il le dit de son propre cœur. Car, si cela venait de la bouche du Saint, béni soit-Il, pourquoi ne l'aurions-nous pas entendu de la bouche du Saint Lui-même, comme nous avons entendu 'Je suis le Nom, ton Dieu' de la bouche de la Puissance?
Donc, certainement, cela n'est pas vrai; et ceci non plus n'est pas vrai: qu'il a nommé son frère prêtre et Elitsafan chef, tout était de son propre chef. Bien que Korah, Datan et Aviram fussent semblables dans ce déni, leur déni n'était pas le même.
Korah nia grandement la prophétie de Moche notre maître, de mémoire bénie, et il parla aussi avec malveillance contre le Nom, suggérant que, pour ainsi dire, le Nom avait formulé 'Je suis le Nom, ton Dieu' pour Sa propre gloire. C'est ce qui est rapporté dans le Midrach sur le verset: 'Tous les rois de la terre Te rendront grâce, le Nom, car ils ont entendu les paroles de Ta bouche' (Psaumes 138,4): lorsqu'Il dit 'Je suis le Nom, ton Dieu', ils disaient: 'Il le dit pour Son propre honneur', etc., jusqu'à ce qu'ils entendent: 'Honore ton père', etc.
(Exode 20,12; Kiddoushin 31a). Korah persista donc dans cette raillerie: 'nous avons entendu de Sa bouche: Je suis le Nom, ton Dieu'; puis il nia, dans son principe et dans ses détails, la prophétie de Moche notre maître.
Datan et Aviram, eux, ne nièrent pas autant, comme il a été dit plus haut: ils soupçonnèrent seulement Moche d'avoir décidé de lui-même la nomination d'Aaron, de ses fils et d'Elitsafan. Car si cela avait été décidé par le Saint, béni soit-Il, Il aurait dû le dire à Israël, comme Il avait fait connaître à Israël Son autorité et Sa royauté, à savoir: 'Je suis le Nom, ton Dieu'; ainsi aurait-Il du dire ceci.
D'autant plus qu'on ne nomme pas un dirigeant sur la communauté sinon avec l'accord de la communauté (Berakhot 55a). Malgré cela, tous deux participèrent au déni et agirent avec insolence contre Moche:
ר"ן איש שהיתה כוונתם לשם אחיזה בקדושה יתירה, דברו ג"כ ככה אבל כוונת דבריהם היה לטובה. ואל תתמה על זה, שכן מצינו במסכת גיטין בפ' הניזקין (נז, א) בההוא בר דרומא לא תצא אלקים בצבאותינו, והקשו דוד נמי אמר הכי (תהלים ס, יב).
ותרצו דוד אמר בתמיהה. כן הענין בכאן, ר"ן איש נמי אמרי הכי אבל הכוונה בענין אחר.
וזהו ויקומו, כתלמיד העומד לפני רבו, בקימה ובהידור. ובקשתם היה שכל העדה יהיו קדושים, שלא תהיה התפשטות הקדושה על יחידי סגולה, רק על כל העדה כולם יהיו קרובים לקדושה.
ואמרו, הלא אנחנו שמענו אנכי ה' אלקיך. ויש להקשות למה לא אמר אנכי ה' א-להיכם.
אלא הראה הש"י בזה הדיבור שכל אחד ואחד מאתנו חשוב בעיניו, לכך אמר בלשון יחיד. על כן בתוכינו יהיה ה', וכמו שאמר בהבטחת הטובה לעתיד בפרשת בחקותי דכתיב (ויקרא כו יב) והתהלכתי בתוככם כי אז מלאה הארץ דעה, וכונתם היתה לרוב חשקם בדביקות הש"י, כענין בני אהרן בקרבתם לפני ה' וימותו, כי נשארו דביקים למעלה באמצעית הקטורת, כן אלו:
Les deux cent cinquante hommes, dont l'intention était de s'attacher à une sainteté supplémentaire, parlèrent eux aussi ainsi; mais l'intention de leurs paroles était bonne. Ne t'en étonne pas: nous trouvons dans le traité Gittin, au chapitre HaNizakin (57a), au sujet de Bar Deroma: 'D-ieu ne sortira pas avec nos armées.' On objecta: David aussi a dit cela (Psaumes 60,12).
On répondit: David le disait sous forme interrogative. Il en va de même ici: les deux cent cinquante hommes dirent eux aussi cela, mais leur intention était autre.
Tel est le sens de 'ils se levèrent': comme l'élève qui se lève devant son maître, avec respect. Leur demande était que toute la communauté fût sainte: que la sainteté ne se répande pas seulement parmi des individus d'élite, mais que toute la communauté soit proche de la sainteté.
Ils dirent: 'N'avons-nous pas entendu: Je suis le Nom, ton Dieu (Exode 20,2)?' Il faut demander pourquoi Il n'a pas dit: 'Je suis le Nom, votre Dieu.' Par cette parole, le Nom, béni soit-Il, a montré que chacun de nous est important à Ses yeux; c'est pourquoi Il a parlé au singulier. Par conséquent, le Nom sera parmi nous, comme Il l'a dit dans la promesse du bien à venir, dans la section Behoukotai (section hebdomadaire): 'Je marcherai parmi vous' (Lévitique 26,12), car alors la terre sera pleine de la connaissance du Nom (Isaie 11,9).
Et, dans l'intensité de leur désir de s'attacher au Nom, leur intention était comme celle des fils d'Aaron: 'lorsqu'ils s'approchèrent devant le Nom, ils moururent' (Lévitique 16,1); car ils demeurèrent attachés dans les hauteurs par l'intermédiaire de l'encens. Ainsi en fut-il de ceux-ci:
וזהו סוד בקר ויודע ה', כי כן כתיב בהקטרת (שמות ל, ז) בבקר בבקר בהטיבו את הנרות יקטירנה. ור"ן איש לא חטאו בזדון, וחשבו שההתמנות שעשה משה הוא אמת שהוא על פי הגבורה, אמנם הוא משתדל בדבר והתפלל והקב"ה רצון יריאיו יעשה.
אבל האמת לא היה כך, רק גזירת המקום היה כך. וזהו שאמר משה רבינו ע"ה (במדבר טז, ז) והיה האיש אשר יבחר ה', כלומר הש"י הוא הבוחר.
ולא אני ולא על דעתי:
Tel est le secret de: 'Au matin, le Nom fera connaître' (Nombres 16,5), car il est écrit de même au sujet de l'encens: 'matin après matin, lorsqu'il arrangera les lampes, il la fera fumer' (Exode 30,7). Les deux cent cinquante hommes ne péchèrent pas délibérément.
Ils pensaient que la nomination faite par Moche était vraie et procédait de la Guevoura (Puissance divine). Ils pensaient cependant que Moche s'efforçait dans cette affaire, priait, et que le Saint, béni soit-Il, accomplit le désir de ceux qui Le craignent.
Mais la vérité n'était pas ainsi: c'était le décret du Nom. C'est ce que dit Moche notre maître, de mémoire bénie: 'l'homme que le Nom choisira' (Nombres 16,7); c'est-à-dire que le Nom est Celui qui choisit, et non moi, ni suivant mon propre avis:
ובזה יתבאר מאמר תמוה במדרש רבה (יח, יב) וזה נסחו, ויאמר משה בזאת תדעון כי ה' שלחני, משל למה הדבר דומה, לשושבין בתו של מלך שהיו עדותיה בידו, עמד אחד מהמסובין וקלל את השושבין ואמר לא היו בתולים לבתו של המלך. עמד השושבין כנגד המלך וא"ל אם אין אתה תובע בניפקין שלך ואין אתה מוציא זה והרגו בפני הכל, אף אני אומר בודאי שלא נמצאו בתולים לבתו של מלך.
מיד אמר המלך מוטב להרוג את זה ולא יוציא השושבין שם רע על בתי. וכך קרח נחלק על משה ואמר מלבו ומעצמו אמר משה כל הדברים הללו.
פתח משה ואמר לפני הקב"ה, אם מתו אלי על מטתם כדרך שבני אדם מתים והרופאים כו', אף אני כופר ואומר לא ה' שלחני ומלבי אמרתי, עד כאן לשונו:
Par cela s'éclaircit un propos étonnant du Midrach Rabbah (18,12), dont voici le texte: 'Moche dit: Par ceci vous saurez que le Nom m'a envoyé' (Nombres 16,28). À quoi cela est-il comparable?
Au chouchvin (garçon d'honneur) de la fille d'un roi, dont les preuves de virginité étaient entre ses mains. Un des convives se leva, insulta le chouchvin et dit: 'Il n'y eut pas de signes de virginité chez la fille du roi.' Le chouchvin se tint devant le roi et lui dit: 'Si tu ne réclames pas ton nifkin (titre de preuve), si tu ne fais pas sortir cet homme pour le tuer devant tous, moi aussi je dirai qu'il est certain que les signes de virginité n'ont pas été trouvés chez la fille du roi.' Le roi dit aussitôt: 'Mieux vaut tuer celui-ci plutôt que le chouchvin répande une mauvaise réputation sur ma fille.' Ainsi Korah s'opposa à Moche et dit: 'C'est de son propre cœur et de lui-même que Moche a dit toutes ces paroles.' Moche prit la parole devant le Saint, béni soit-Il: 'Si ces hommes meurent dans leurs lits comme meurent les hommes, et que les médecins, etc., moi aussi je renierai et dirai: le Nom ne m'a pas envoyé, et j'ai parlé de mon propre cœur.' Fin de la citation:
ויש לתמוה איך אמר משה שח"ו רוצה לכפור בנבואת עצמו. הלא נבואת משה רבינו ע"ה שהיא על כל הנביאים היא אחד מעיקרי הדתהגה"הויש לפרש דבר זה על פי סוד עמוק, כי יש סוד בנביאי שקר שהתנבאו והם היו סוברים שאומרים אמת.
והענין היה כי מצד חטאם שירדו לעומק הקליפה, ודיבר עמהם רוח הטומאה, וטעו וסברו שהוא רוח הקודש, כי עוונותם גרמו לזה. אבל נבואת משה רבינו ע"ה היתה קדושה תכלית הקדושה באספקלריא המאירה, כי לא היה שום פגם בו שיבא ח"ו לידי טעות.
רק אמר להשם יתברך, אם לא תעשה דין אהיה מוכרח לומר גם כן ככה, כי אני טועה ח"ו במראה הנבואה ולא ה' שלחני חלילה:. ולפי הדרך שכתבתי ניחא, כי ידע משה בעצמו שלא עלה על לבו מימיו לבקש גדולה לאחיו ולשבטו, רק חשב אולי הש"י עשה בעצמו זה הדבר, אבל לא עשה זה הדבר מצד עצם הענין שיהיה אהרן דוקא מוכן לכהונה ואין זולתו, וכן שבטו לעבודת הקודש.
רק אולי עשה זה הש"י לכבוד משה אע"פ שלא בקש משה ממנו זה הדבר. על זה אמר משה, רבש"ע אם אתה עושה דין באלה הרשעים, אזי אדע כי ההתמנות של אהרן ושבט לוי הוא דבר עצמיי אינו תלוי בזולת, דהיינו שיהיה בשבילי.
אמנם אם לא תעשה דין, אזי גם אני אומר לא ה' שלחני, כלומר השליחות של התמנות הזה לא היה בשביל ה' שהוא ידע עצמיות העניין, רק עשה זה בשביל כבודי:
Il y a lieu de s'étonner: comment Moche a-t-il dit que, loin de nous, il voulait renier sa propre prophétie? La prophétie de Moche notre maître, de mémoire bénie, qui est au-dessus de celle de tous les prophètes, est l'un des fondements de la religion.
Glose: Il faut expliquer cela selon un profond secret. Il y a un secret concernant les faux prophètes: ils prophétisaient et pensaient dire la vérité.
Par leurs fautes, ils étaient descendus dans la profondeur de la kelipa (écorce impure); un esprit d'impureté leur parlait, et ils se trompaient en pensant que c'était la roua'h ha-kodech (Esprit saint), car leurs iniquités avaient causé cela. Mais la prophétie de Moche notre maître était sainte au comble de la sainteté, dans l'aspaklaria hameira (miroir lumineux); il n'avait aucun défaut qui puisse, loin de nous, le conduire à l'erreur.
Il dit seulement au Nom, béni soit-Il: 'Si Tu n'exerces pas le jugement, je serai moi aussi contraint de dire ainsi: je me trompe, loin de nous, dans la vision prophétique, et le Nom ne m'a pas envoyé, loin de nous.' Selon l'approche que j'ai exposée, cela s'explique: Moche savait lui-même qu'il ne lui était jamais venu à l'esprit de demander une grandeur pour son frère et sa tribu. Il pensait seulement que le Nom, béni soit-Il, avait peut-être fait Lui-même cette chose; mais non en raison de l'essence de la chose, à savoir qu'Aaron seul serait apte à la prêtrise, à l'exclusion de tout autre, et que sa tribu serait apte au saint service.
Peut-être le Nom avait-Il plutôt fait cela pour honorer Moche, bien que Moche ne le Lui eût pas demandé. C'est à ce sujet que Moche dit: 'Maître de l'univers, si Tu exerces le jugement sur ces méchants, je saurai alors que la nomination d'Aaron et de la tribu de Levi est une réalité intrinsèque, qui ne dépend d'aucun autre facteur, c'est-à-dire de moi.
Mais si Tu n'exerces pas le jugement, moi aussi je dirai: le Nom ne m'a pas envoyé; c'est-à-dire que l'envoi lié à cette nomination n'avait pas pour cause le Nom, qui connaît l'essence de la chose, mais qu'Il l'a fait pour mon honneur.'