« Dans le sod de cette hakhnassat orhim (hospitalité des hôtes) d'Avraham se trouvent trois grands sujets », en regard des trois raisons du nom Moriah selon Rachi. Le Chla relève que, lors de l'Akédah, le père et le fils cherchaient à être épargnés, Avraham priant « É-lokim se pourvoira de l'agneau » : quelle est donc cette louange ? Comment, en disant « Nous irons jusqu'à koh (ainsi) », Avraham aurait-il mis en doute les voies du Saint, béni soit-Il ? Trois voies éclairent cette question : le ''hessed, le korban (offrande), la Séoudat Léviatan. Avraham doute si les visiteurs sont des anges ou des Arabes ; s'ils sont des hommes, il fait du ''hessed puis les fait entrer sous les ailes de la Che'hina.
Aussi : la répétition de « il vit » : anges et apparence d'hommes ; le qamats d'Adonaï unit le patah et le hiriq, maître des maîtres ; le repas comme un korban si ce sont des anges, la Che'hina sur la Merkava
בסוד הכנסת אורחים האלו של אברהם אבינו יש שלשה עניינים גדולים, ובסעודה הזו נתבשרו אברהם אבינו ושרה אמנו על יצחק אבינו הנעקד בהר המוריה. ונגד ג' העניינים ההם יש ג' טעמים למה נקרא המוריה, וכמו שכתב רש"י ז"ל (בראשית כב, ב) הגה"הכך הוא הנוסחא ברש"י בספר ישן, וכן הוא בבראשית רבה:
המוריה ירושלים, וכן בד"ה בית לה', בהר המוריה. ורבותינו פירשו בב"ר (נה, ט), על שם שמשם יוצאת הוראה לישראל, וממנו יבוא מורא לאומות העולם.
ואונקלוס תרגום על שם הקטורת שיש בה מר דרור ושאר סמים, עד כאן לשונו:
Dans le sod (mystère) de cette hakhnassat orhim (hospitalité des hôtes) d'Abraham notre père se trouvent trois grands sujets. Lors de ce repas, Abraham notre père et Sarah notre mère reçurent l'annonce d'Its'hak notre père, qui devait être lié sur le mont Moriah.
En regard de ces trois sujets, il y a trois raisons pour lesquelles Moriah porte ce nom, comme l'a écrit Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki), de mémoire bénie (Genèse 22,2). Note: telle est la version de Rachi dans un ancien livre, et ainsi dans Berechit Rabba: 'Moriah est Jérusalem'; ainsi est-il dit dans 2 Chroniques 3,1: 'la Maison du Nom, sur le mont Moriah'.
Nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué dans Berechit Rabba (55,9): ce nom vient de ce que l'enseignement en sort pour Israël et que de lui viendra la crainte pour les nations du monde. Onkelos le traduit d'après l'encens, qui contient du mor deror (מור דרור, myrrhe pure) et d'autres aromates.
Fin de ses paroles:
והם מכוונת נגד ג' עניינים הנ"ל אשר עליהם יהיה סובב ענין העקידה. כי יש קושיא גדולה ועצומה בענין מעשה העקידה הנקרא (בראשית כב, ו) מאכלת שאוכלין ישראל בזכותה כי רב הוא מאוד, לקח את בנו יחידו הממלא את מקומו לשוחטו בידיו בשביל ציווי המקום ב"ה, וילכו שניהם יחדיו באהבה בשמחה לעשות רצון אבינו שבשמים, ועמד בנסיון הגדול הזה.
אמנם כי דייקת שפיר, תמצא בפסוק ובדברי רז"ל שהיה אב ובנו מצדדים ליפטר ממיתה זו. אם בפסוק, כתיב (שם ח) ויאמר אברהם א-להים יראה לו השה, וזה היה תפלה ממנו שימציא הש"י שה במקומו, וסיים אח"כ, ואם לא ימציא לו הש"י שה אזי לעולה בני, מכל מקום התפלל הוא שיעשה לו הש"י נס, ושעל זה אנו אומרים (בסליחות) מי שענה לאברהם אבינו בהר המוריה הוא יעננו כי הוא נענה על תפלתו, וא"כ מהו זה השבח המופלא, הלא אמרו רז"ל (זח"א קמב, א) המוסר עצמו לקדושת השם על מנת שיעשה לו נס כו', ואם נעשה לו נס בוודאי לא נקרא מקדש השם מאחר שכוונתו היה על נס:
Elles correspondent aux trois sujets précités, autour desquels tourne la question de l'Akédah (ligature). Car l'acte de l'Akédah, appelé ma'akhélèt (מאכלת, couteau sacrificiel), dont Israël se nourrit par son immense mérite (Genèse 22,6), soulève une difficulté énorme: Abraham prit son fils unique, celui qui devait le remplacer, pour l'égorger de ses propres mains selon le commandement du Lieu, béni soit-Il; tous deux allèrent ensemble avec amour et joie pour accomplir la volonté de notre Père qui est aux cieux, et il tint bon dans cette grande épreuve.
Mais, si tu examines avec précision, tu trouveras dans le verset et les paroles de nos Sages, de mémoire bénie, que le père et son fils cherchaient des moyens d'être épargnés de cette mort. Dans le verset, il est écrit (Genèse 22,8): 'Abraham dit: É-lokim se pourvoira de l'agneau.' C'était sa prière afin que le Nom, béni soit-Il, procure un agneau à sa place.
Il conclut ensuite: si le Nom, béni soit-Il, ne lui procure pas d'agneau, alors: 'mon fils sera l'holocauste'. Il pria néanmoins pour que le Nom, béni soit-Il, lui fasse un miracle.
C'est à ce propos que nous disons dans les Sélihot (prières pénitentielles): 'Que Celui qui répondit à Abraham notre père au mont Moriah nous réponde', car il fut exaucé dans sa prière. Quelle est donc cette louange prodigieuse?
Nos Sages n'ont-ils pas dit dans le Zohar, première partie (142a): 'Celui qui se livre à la sanctification du Nom à condition qu'un miracle lui soit fait, etc.'? Or, si un miracle lui est fait, il n'est certainement pas appelé celui qui sanctifie le Nom, puisque son intention portait sur le miracle:
ובדברי רז"ל מצינו גדולה מזו איך היה אב ובנו מתפללים שיהיה נצול ונפדה ממות. איתא בילקוט (וירא צו), וישם אותו על המזבח (בראשית כב, ט), עיני אברהם בעיני יצחק, ועיני יצחק בשמי שמים, והיו דמעות מנדדות ונופלות מעיני אברהם עד שהיתה קומתו משוטטות בדמעות.
א"ל בני, הואיל והתחיל על רביעית דמך, יוצרך מזמין לך קרבן אחר תחתיו. באותה שעה פער פיו בבכיה וגעה געיה גדולה והיו עיניו מרופפות וצופות לשכינה, והרים קולו ואמר (תהלים קכא, א) אשא עיני אל ההרים מאין יבא עזרי וגו', עד כאן.
אמת מה נהדר מה שהיה מוכן לעשות זה המעשה אם אם לא יהיה נענה בתפלתו, מכל מקום לא קיים (שם ק, ב) עבדו את ה' בשמחה, וביקש טצדקי לפטור מזה, וא"כ מה זה השבח הגדול שנשתבח:
Dans les paroles de nos Sages, de mémoire bénie, nous trouvons plus encore: le père et le fils priaient pour qu'il soit sauvé et racheté de la mort. Il est rapporté dans le Yalkout (Vayera, 96), à propos de 'Il le posa sur l'autel' (Genèse 22,9): 'Les yeux d'Abraham étaient fixés sur les yeux d'Its'hak, et les yeux d'Its'hak vers les cieux; les larmes tremblaient et tombaient des yeux d'Abraham, jusqu'à ce que toute sa stature fût baignée de larmes.
Il lui dit: Mon fils, puisqu'Il a commencé par un quart de ton sang, ton Créateur te prépare une autre offrande à sa place. À ce moment, Its'hak ouvrit la bouche en pleurs et poussa un grand cri; ses yeux étaient défaillants et regardaient la Chekhina (Présence divine).
Il éleva la voix et dit: Je lève mes yeux vers les montagnes, d'où viendra mon secours? (Psaumes 121,1), etc.' Fin de citation.
Il est vrai combien admirable était le fait qu'il fut prêt à accomplir cet acte s'il n'était pas exaucé dans sa prière; néanmoins, il n'accomplit pas: 'Servez le Nom avec joie' (Psaumes 100,2), et il chercha des expédients pour en être dispensé. Quelle est donc cette grande louange dont il fut loué?
עוד קושיא חזקה במה שאמר (בראשית כב, ה) נלכה עד כה, ופירשו רבותינו ז"ל (ב"ר נו, ב) שאמר נראה היכן הוא (בראשית טו, ה) כה יהיה זרעך. ח"ו איך יהרהר אברהם אבינו אחר מדותיו של הקב"ה.
ובריש פרשת וארא כתב רש"י שאמר הש"י אל משה רבינו ע"ה חבל על דאבדין ולא משתכחין, על אברהם אבינו שלא הרהר אחר מדותיו של הקב"ה כו':
Une autre forte difficulté concerne ce qu'il dit: 'Nous irons jusqu'à כה (koh, ainsi)' (Genèse 22,5). Nos Sages, de mémoire bénie, l'ont expliqué dans Berechit Rabba (56,2): il disait: 'Voyons où est: Ainsi (כה) sera ta descendance' (Genèse 15,5).
Que le Ciel nous en préserve! Comment Abraham notre père aurait-il mis en doute les voies du Saint, béni soit-Il?
Au début de la paracha Vaera, Rachi écrit que le Nom, béni soit-Il, dit à Moché notre maître, sur lui la paix: 'Quel dommage pour ceux qui ont disparu et ne se retrouvent plus', à propos d'Abraham notre père, qui ne mit pas en doute les voies du Saint, béni soit-Il, etc.:
והנה העיר ה' את עיני בג' דרכים בזה הענין, אשר שם הר המוריה בג' פירושיו הנ"ל יהיו נאים להדרכים ההם, והם לעומת שלשת העניינים שאבאר בעזה"י בענין סעודה זו של אברהם אבינו בהכנסת אורחים אלו הקדושים. ומתחלה אבאר ענין זה, ואחר כך יתבאר מעשה הגדול של עקידה:
Voici que le Nom a éclairé mes yeux par trois voies dans cette question; les trois interprétations précitées du nom du mont Moriah conviennent à ces voies et correspondent aux trois sujets que j'expliquerai, avec l'aide du Nom, au sujet de ce repas d'Abraham notre père lors de l'accueil de ces hôtes saints. J'expliquerai d'abord cela, puis le grand acte de l'Akédah sera expliqué:
א' הכנסת אורחים הוא ממדת החסד אשר היא מדת אברהם אבינו כנודע, כי (מיכה ז, כ) חסד לאברהם, והעולם חסד יבנה (תהלים פט, ג), ובנין העולם היה בשביל אברהם כמו שדרשו (בר"ר יב, ו) אלה תולדות השמים והארץ בהברא"ם (בראשית ב, ד), באברהם, וכמו שבא בארוכה בדרוש לך לך, ומדת החסד היא מדת האהבה הפנימית להקב"ה, ועל כן קראו הקב"ה (ישעיה מא, ח) אברהם אוהבי, כי זה רומז לחסידות. בתיקונים (הקדמה א, ב) פירשו, איזה חסיד, זה המתחסד עם קונו, דבר זה יתבאר לקמן, וגם פה בסעודה היה מתחסד עם קונו כאשר יתבאר בסמוך, ונתבשר בסעודה בלידת יצחק אשר ענין עקידתו הוא ג"כ בחינת מתחסד עם קונו כאשר יתבאר:
1. La hakhnassat orhim (hospitalité des hôtes) relève de la mida (attribut) du 'hessed (bonté), qui est la mida d'Abraham notre père, comme on le sait.
Car il est dit: ''Hessed pour Abraham' (Michee 7,20), et: 'Le monde sera bâti par le 'hessed' (Psaumes 89,3). La construction du monde fut pour Abraham, comme ils l'ont enseigné dans Berechit Rabba (12,6) au sujet de: 'Voici les générations des cieux et de la terre lorsqu'ils furent créés' (Genèse 2,4): behibaream se lit be-Avraham, 'pour Abraham'; cela a été exposé longuement dans le derouch Lekh Lekha.
La mida du 'hessed est celle de l'amour intérieur envers le Saint, béni soit-Il; c'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, l'appela: 'Abraham qui M'aime' (Isaie 41,8), car cela fait allusion à la hassidout (piété de dévouement). Dans les Tikounim (Réparations, Introduction 1b), il est expliqué: 'Quel est le hassid (pieux)?
Celui qui fait du 'hessed envers son Créateur.' Cela sera expliqué plus loin. Ici aussi, au repas, il faisait du 'hessed envers son Créateur, comme cela sera bientôt expliqué, et il reçut lors de ce repas l'annonce de la naissance d'Its'hak, dont l'Akédah est elle aussi un aspect de celui qui fait du 'hessed envers son Créateur, comme cela sera expliqué:
ב' ענין סעודה הקדושה הזו היה בסוד קרבן כאשר יתבאר, ונתבאר בלידת יצחק, ויתבאר ענין העקידה ג"כ בסוד קרבן:
2. Le deuxième aspect de ce repas sacré relevait du sod (sens caché) du korban (offrande), comme cela sera expliqué.
Cela se manifesta lors de la naissance d'Its'hak; l'Akédah sera elle aussi expliquée selon le sod du korban:
ג' סוד הסעודה הקדושה הזו דוגמא לסוד הסעודה סעודת לויתן ונתבשר בלידת יצחק, ועל זה יתבאר ענין העקידה:
3. Le sod de ce repas sacré est une image du sod du repas, la Séoudat Léviatan (repas du Léviathan).
Il reçut l'annonce de la naissance d'Its'hak, et c'est à partir de cela que sera expliqué le sujet de l'Akédah:
ועתה אבאר בעזה"י ג' דרכים הנ"ל אחד אל אחד. אברהם אבינו כשראה שלשה אלה היה מסופק בהם אם הם מלאכים או ערביים, כי ראה כי חום היום ואין עובר ושב כי אין נסתר מחמתו יתברך, על כן הוכיח דאלו הם מלאכים די מדוריהון עם בשרא לא הוי, ואם הם בני אדם אינם אלא ערביים המשתחוים לאבק שברגליהם (ב"מ פו, ב).
ולכאורה הוא שגעון מהם להשתחוות לאבק שברגלים. אמנם הוא הענין שהיו עובדי החמה, ע"כ הם מכבדים מה שהוא זכר לחמה, כי בסיבת החמימות מתרבה האבק בעולם כנודע, כך שפט אברהם בשכלו שהם או זה או זה ואינם בני אדם אחרים, דלא היו מוסרים עצמם לסכנה בחמימות הזה, אבל ערביים עובדי החמה הערו נפשם למות כי החמה א-להיהם:
Et maintenant, avec l'aide du Nom, j'expliquerai l'une après l'autre les trois voies précitées. Lorsque Abraham notre père vit ces trois hommes, il se demanda s'ils étaient des anges ou des Arabes; il voyait la chaleur du jour et aucun passant, car rien ne peut se dérober à Sa chaleur.
Il conclut donc: s'ils étaient des anges, leur demeure n'est pas parmi la chair; s'ils étaient des hommes, ce ne pouvaient être que des Arabes qui se prosternent devant la poussière de leurs pieds (Bava Metsia 86b). À première vue, se prosterner devant la poussière des pieds est une folie.
Mais ils adoraient le soleil; ils honoraient donc ce qui rappelait le soleil, car, comme on le sait, la chaleur multiplie la poussière dans le monde. Abraham jugea ainsi par son intelligence qu'ils étaient l'un ou l'autre, et non d'autres hommes: d'autres ne se seraient pas exposés au danger dans cette chaleur, mais les Arabes adorateurs du soleil livraient leur vie à la mort, car le soleil était leur dieu:
וזהו שנאמר (בראשית יח, ב) וישא עיניו וירא והנה שלשה אנשים נצבים עליו וירא וירץ לקראתם מפתח האהל וישתחו ארצה. הנה אמר וירא וירא ב' פעמים.
וכן נצבים עליו, וירא וירץ לקראתם סותר אהדדי, כי כשהם נצבים אין צריך לרוץ לקראתם. ורבותינו במסכת בבא מציעא (פו, ב) ורש"י הביא דבריהם כתבו מה שכתבו.
ולפי ענייני נראה ג"כ לומר וירא וירא ב' פעמים, כי ראה בהשגת שכלו שהם מלאכים, וראה שהם דמות אנשים, ונכנס ספק בלבו איזה אמת, כי אברהם אבינו שהיה כחו גדול ותמיד היה רגיל במלאכים ראה מלאכים ממש ולא נתלבשו בלבוש הזה כמראה אדם. ולענין ראיה שהם מלאכים, אמר וישא עיניו למעלה ואמר נצבים עליו זה הלשון שייך על המלאכים דכתיב (דניאל ז, טז) חד מן קאמיא כי הם עומדים, וכן כתיב (זכריה ג, ז) ונתתי לך מהלכים בין העומדים, המלאכים אין להם קפיצה והם עומדים, ובני אדם הם מהלכים, אף שעתה עומד, ברגע יהיה מהלך, על כן וירא וירץ לקראתם ומאז בא אליהם אז כל מה שדיבר היה משתמע לתרי אפי באם הם מלאכים יבינו הדיבור כך, ובאם הם אנשים יבינו כך:
Tel est ce qui est dit: 'Il leva les yeux et vit, et voici trois hommes se tenant près de lui; il vit, courut à leur rencontre depuis l'entrée de la tente et se prosterna à terre' (Genèse 18,2). Le texte dit deux fois: 'il vit'.
De plus, 'ils se tenaient près de lui' et 'il vit et courut à leur rencontre' se contredisent: s'ils se tenaient près de lui, il n'avait pas besoin de courir à leur rencontre. Nos Sages, de mémoire bénie, dans le traité Bava Metsia (86b), et Rachi, qui rapporte leurs paroles, ont écrit ce qu'ils ont écrit.
Selon mon propos, on peut aussi expliquer la répétition de 'il vit': il vit par son intelligence qu'ils étaient des anges, et il vit qu'ils avaient l'apparence d'hommes; le doute entra dans son cœur sur ce qui était vrai. Car Abraham notre père, dont la force était grande et qui était constamment accoutumé aux anges, voyait les anges eux-mêmes; ils ne se revêtaient pas de ce vêtement, d'une apparence humaine.
Pour indiquer qu'il les voyait comme des anges, le verset dit qu'il leva les yeux vers le haut, puis qu'ils se tenaient près de lui. Cette formulation convient aux anges, comme il est écrit: 'l'un de ceux qui se tiennent debout' (Daniel 7,16), et aussi: 'Je te donnerai des marcheurs parmi ceux qui se tiennent debout' (Zacharie 3,7).
Les anges n'ont pas de qefitsah (bond) et restent debout; les hommes sont des marcheurs: même lorsqu'un homme est immobile maintenant, l'instant suivant il marchera. C'est pourquoi il vit et courut à leur rencontre.
Dès qu'il fut venu à eux, toutes ses paroles pouvaient se comprendre dans deux sens: s'ils étaient des anges, ils entendaient les paroles ainsi; s'ils étaient des hommes, ils les entendaient autrement:
אמר ויאמר אדני אם נא מצאתי חן בעיניך אל נא תעבור מעל עבדך (בראשית יח, ג). והנה נחלקו רז"ל (ב"ר מח, ט), יש אומרים לשכינה אמר ובלשון זה קודש, ויש אומרים לגדול שבהם אמר ובלשון הזה הוא חול.
ויש קושיא לכל אחד מהם, למ"ד לשכינה אמר היה לו לכתוב קודם וירץ לקראתם, ורש"י כתב מה שכתב. ולמ"ד לגדול שבהם אמר והוא חול היה לו לכתוב אדני בחיר"ק תחת הנו"ן ולא בקמץ, ואין סברא לומר שהם מחולקים בגירסת הנקודה אם היא בקמץ או בחיר"ק:
Il dit: 'Adoni, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas, je te prie, loin de ton serviteur' (Genèse 18,3). Nos Sages divergent dans Berechit Rabba (48,9): les uns disent qu'il s'adressa à la Chekhina, auquel cas ce mot est sacré; les autres qu'il s'adressa au plus grand d'entre eux, auquel cas ce mot est profane.
Chaque avis soulève une difficulté. Selon celui qui dit qu'il s'adressa à la Chekhina, le texte aurait dû le dire avant: 'il courut à leur rencontre'; Rachi a écrit ce qu'il a écrit.
Selon celui qui dit qu'il s'adressa au plus grand d'entre eux et que le mot est profane, il aurait fallu écrire Adoni avec un hiriq (voyelle i) sous le noun, et non avec un qamats (voyelle a longue). Il n'est pas raisonnable de dire qu'ils divergent sur la vocalisation, selon qu'elle porte un qamats ou un hiriq:
ונראה ליתן טעם שם אדני בקמץ להשכינה כמו שכתב הרב רבינו בחיי ז"ל, טעם הקמץ, להורות כי הוא די בעצמו אינו סמוךהגה"הוטעם לכתיבת השם בקמץ כשהוא קודש, כתב בזה הרב רבינו בחיי ז"ל דברים נעימים וזה לשונו, וטעם היות בשם הזה קמץ כשהוא קודש ידוע הוא, ולפי הפשט בחכמת הנקודה הקמץ מעלה גדולה כו' ע"כ, כל זה מחכמת תורתינו האלהית ולשונינו הקדוש, עד כאן לשונו:. ודאי דבריו דברי א-להים חיים, אמנם יש עוד רמז בנקודת הקמץ, כי קמץ הוא פת"ח וחיר"ק, ואם תאמר אדני בחיר"ק, אז פירושו אדון שלי.
ואם תאמר אדני בפת"ח, פירושו לשון רבים אתם אדונים שלי, הרי קמץ מורכב מלשון רבים ומלשון יחיד. והכוונה, אתה אדני בהחלט, אף שיש אדונים רבים, אתה הוא אדוני באמת ובהחלט, על כן נקרא הקב"ה אדני בקמץ כי הוא אדון האדונים כמ"ש (תהלים קלו, ג) הודו לאדוני האדונים:
Il semble que l'on puisse donner une raison au nom Adonaï avec qamats, lorsqu'il vise la Chekhina, comme l'a écrit Rabbenu Bahye, de mémoire bénie: le qamats indique qu'Il se suffit à Lui-même et n'est pas dépendant. Note: à propos de l'écriture de ce Nom avec qamats lorsqu'il est sacré, Rabbenu Bahye, de mémoire bénie, a écrit des paroles agréables; voici ses paroles: 'La raison pour laquelle ce Nom reçoit le qamats lorsqu'il est sacré est connue.
Selon le pchat (sens simple), dans la science de la vocalisation, le qamats est une grande élévation...', jusqu'ici ses paroles. Tout cela relève de la sagesse de notre Torah divine et de notre langue sainte.
Certes, ses paroles sont des paroles du Dieu vivant. Mais il y a encore une allusion dans le point du qamats: le qamats associe le patah (voyelle a brève) et le hiriq.
Si l'on dit Adoni avec hiriq, le sens est: 'mon maître'. Si l'on le dit avec patah, le sens est au pluriel: 'vous êtes mes maîtres'.
Le qamats rassemble donc le pluriel et le singulier. Son intention est: 'Tu es Adonaï de façon absolue; même s'il existe de nombreux maîtres, Tu es mon maître, en vérité et absolument.' C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, est appelé Adonaï avec qamats: Il est le Maître des maîtres, comme il est écrit: 'Rendez grâce au Maître des maîtres' (Psaumes 136,3):
ובזה יתבאר אף אם הוא חול היה שייך בכאן לאברהם אבינו לומר אדני בקמץ, כי אף שהיה מדבר ליחיד, מכל מקום בתוך דיבור הזה היה כולל גם השנים אחרים, והא ראיה שאמר (בראשית יח, ג) אל תעבור [נא] מעל עבדך, וסיים (שם ד) בלשון רבים ורחצו רגליכם. אלא הענין לגדול שבהם אמר אל תעבור אתה ורעיך אשר עמך וכולכם אתם אדוני אדונים שלי, אבל אתה הגדול שבהם ביותר אדוני כי אתה אדון להם, ומחיבור הפת"ח עם החיר"ק נעשה קמץ, ובבחינה הזאת היה צודק שם אדני בקמץ אף כשהוא חול כאלו אמר אתה אדון לאדונים של אלה העומדים פה.
ומכל מקום יש חילוק, כשקוראים להקב"ה אדני בקמ"ץ פירושו במוחלט אתה אדון על כל האדונים אשר הם במציאותם, כי אתה אדון כל העולמים. אבל בכאן לא קרא את הגדול אדון האדונים, רק על אלה שהיו בכאן שהוא אדון עליהם וגדול מהם:
Par cela, on comprend que, même si le terme est profane, il convenait ici à Abraham notre père de dire Adonaï avec un qamats. Car, bien qu'il parlait à un seul, il incluait néanmoins les deux autres dans cette parole.
La preuve en est qu'il dit: 'Ne passe pas, je te prie, loin de ton serviteur' (Genèse 18,3), puis conclut au pluriel: 'Lavez vos pieds' (Genèse 18,4). Il disait donc au plus grand d'entre eux: 'Ne passe pas, toi et tes compagnons qui sont avec toi; vous êtes tous mes seigneurs.
Mais toi, le plus grand d'entre eux, tu es par excellence mon seigneur, car tu es leur seigneur.' Or le qamats est formé de l'union du patah et du hiriq. Sous ce rapport, le nom Adonaï avec qamats était juste même dans un emploi profane, comme s'il avait dit: 'Tu es le seigneur des seigneurs qui se tiennent ici.' Il y a pourtant une différence: lorsque l'on appelle le Saint, béni soit-Il, Adonaï avec qamats, cela signifie de manière absolue: Tu es le Maître de tous les maîtres qui existent, car Tu es le Maître de tous les mondes.
Ici, en revanche, il ne qualifiait le plus grand de maître des maîtres qu'à l'égard de ceux qui étaient là: il était leur maître et leur supérieur:
והנה למ"ד שאמר להשכינה אדני אל נא תעבור, זה היה בענין שהיה סבור שהם מלאכים, וקרא אותם בשם אדני בשם רבם הכבוד החופף עליהם כמו שכתב הרמב"ן ז"ל, וכן מצינו כמה פעמים שנקרא השליח בשם משלחו וכמו שכתב רש"י בפסוק (בראשית יח, י) שוב אשוב אליך. ובפרט יצדק מאוד בכאן היה נגלה הקב"ה לאברהם אבינו בסוד המרכבה כי היו מיכאל גבריאל רפאל שהם ממרכבה, והשכינה רוכב עליהם, והשכינה היתה שרוי על אברהם אבינו כמו שכתוב וירא אליו, ובאם הם מלאכים היה יודע אברהם אבינו שהם המרכבה ועליהם רוכב השכינה, ע"ז המתין מלדבר להשכינה שלא תעבור ממנו עד שרץ לקראתם, אז אחת דיבר ושתים שמענו שלא תעלה השכינה ממנו ותהיה במרכבה זו נמצא השכינה במרכבה כאן:
Selon l'avis qui comprend l'expression 'Adonaï, ne passe pas, je te prie' comme adressée à la Chekhina, Abraham pensait qu'ils étaient des anges. Il les appela Adonaï, du nom de leur Maître, le Kavod (Gloire divine) qui planait sur eux, ainsi que l'a écrit le Ramban (Rabbi Moche ben Nahman), de mémoire bénie.
Nous trouvons de même à plusieurs reprises que l'envoyé est appelé du nom de celui qui l'envoie, comme Rachi l'a écrit à propos du verset: 'Je reviendrai certainement vers toi' (Genèse 18,10). Cela convient tout particulièrement ici: le Saint, béni soit-Il, se révélait à Abraham notre père dans le sod de la Merkava (char céleste), car Mikhael, Gavriel et Refael étaient de la Merkava, et la Chekhina montait sur eux.
La Chekhina demeurait aussi sur Abraham, comme il est dit: 'Il lui apparut' (Genèse 18,1). S'ils étaient des anges, Abraham savait qu'ils étaient la Merkava et que la Chekhina montait sur eux.
C'est pourquoi il attendit d'avoir couru à leur rencontre pour demander à la Chekhina de ne pas s'éloigner de lui. Il prononça alors une seule parole, mais elle faisait entendre deux choses: que la Chekhina ne se retire pas de lui et qu'elle demeure dans cette Merkava.
La Chekhina se trouvait donc ici, dans la Merkava:
ומאן דאמר חול הוא, כי היה חושב אולי הם בני אדם ואז היתה הכוונה באמרו אדני בקמץ על הגדול הזה שהוא אדון האדונים אלה. והנראה מר אמר חדא, ומר אמר חדא, ולא פליגי, כי עדיין היה אברהם אבינו מסופק מה אלה אם הם מלאכים הם בודאי המרכבה אז קראם אדני בשם רבים כדפירשתי, ואם הם בני אדם קרא לגדול בשם אדני כדפירשתי:
Selon celui qui tient que le mot est profane, Abraham pensait peut-être qu'ils étaient des hommes. En disant alors Adonaï avec qamats, il visait le plus grand d'entre eux, qui était le maître de ces seigneurs.
Il semble donc que l'un dit une chose et l'autre une autre, sans désaccord: Abraham notre père demeurait encore dans le doute sur leur identité. S'ils étaient des anges, ils étaient certainement la Merkava, et il les appela Adonaï au pluriel, comme je l'ai expliqué.
S'ils étaient des hommes, il appela le plus grand Adonaï, comme je l'ai expliqué:
ובענין הסעודה, אם הם מלאכים ועליהם השכינה, אזי הוא כמו קרבן. וזה הענין יתבאר בדרך השני.
ואם הם בני אדם, חשב דבוודאי הם ערביים, הכניסם לביתו לגמול חסד עמהם כדרכו תמיד, ואח"כ לגמול חסד עם קונו יתברך, כי כך היה דרכו תמיד לאחר אכילה ושתיה להכניסם תחת כנפי השכינה כמו שאמרו רז"ל (סוטה י, ב), והביא רש"י דבריהם ספקו ויטע אשל בבאר שבע ויקרא שם בשם ה' אל עולם (בראשית כא, לג). ויקרא שם, ע"י אותו אשל נקרא שמו של הקב"ה אלוה לכל העולם.
לאחר שאוכלים ושותים, אמר להם ברכו למי שאכלתם משלו. סבורין אתם שמשלי אכלתם, ממי שאמר והיה העולם אכלתם, עכ"ל.
כן היה כוונת אברהם אבינו באם הם בני אדם אזי יכניסם תחת כנפי השכינה. הרי אברהם עושה חסד תחלה באכילה ושתיה לבני אדם, ואח"כ מתחסד עם קונו להכניס בני אדם תחת כנפי השכינה:
Quant au repas, s'ils étaient des anges et que la Chekhina était au-dessus d'eux, il était semblable à un korban. Ce point sera expliqué par la deuxième voie.
Mais s'ils étaient des hommes, Abraham pensait qu'ils étaient assurément des Arabes. Il les fit entrer dans sa maison pour accomplir envers eux le 'hessed, comme il en avait toujours l'habitude, puis pour faire preuve de 'hessed envers son Créateur, béni soit-Il.
Car, après les avoir fait manger et boire, il avait toujours coutume de les faire entrer sous les ailes de la Chekhina, comme nos Sages l'ont dit dans le traité Sota (10b), et comme Rachi rapporte leurs paroles à propos du verset: 'Il planta un eshel (lieu d'hospitalité) à Béer-Cheva et y proclama le Nom, Dieu du monde' (Genèse 21,33). 'Il y proclama': par cet eshel, le Nom fut proclamé comme Dieu de tout le monde. Après qu'ils avaient mangé et bu, il leur disait: 'Benedissez Celui de qui vous avez mangé.
Croyez-vous avoir mangé de ce qui est à moi? Vous avez mangé de Celui qui a dit, et le monde fut.' Fin de citation.
Telle était l'intention d'Abraham, s'ils étaient des hommes: les faire entrer sous les ailes de la Chekhina. Ainsi Abraham accomplissait d'abord du 'hessed par la nourriture et la boisson donnée aux hommes, puis faisait preuve de 'hessed envers son Créateur en les faisant entrer sous les ailes de la Chekhina:
וכבר כתבתי דחשב אברהם אבינו אם הם בני אדם הם בודאי ערביים והם עובדים החמה ומשתחוים לאבק שברגליהם, אמר (בראשית יח, ד) יוקח נא מעט מים ורחצו רגליכם. ויש להקשות למה אמר מעט מים, היה לו לומר יוקח נא מים יהיה מעט או הרבה צריך ליקח שיעור רחיצה, ויש בזה סוד:
J'ai déjà écrit qu'Abraham notre père pensait que, s'ils étaient des hommes, ils étaient assurément des Arabes, adorateurs du soleil et prosternés devant la poussière de leurs pieds. Il dit: 'Qu'on prenne donc un peu d'eau et lavez vos pieds' (Genèse 18,4).
On peut demander pourquoi il dit 'un peu d'eau'. Il aurait dû dire: 'Qu'on prenne de l'eau'; qu'il y en ait peu ou beaucoup, il faut en prendre la quantité nécessaire au lavage.
Il y a en cela un sod: