Le premier Eikha traite de la détresse survenue au sein de l'aisance : enfants, vie et subsistance. Lors du don de la Torah les enfants furent les garants ; le veau a annulé le don, et maintenant « mes fils sont dévastés ». Ces trois plénitudes ne dépendent pas du mérite mais du mazal (l'astre) : talia signifie « suspendre » ; avec du mérite la chose est certaine, sinon elle demeure suspendue, car Israël n'est pas soumis au mazal. Les quatre acrostiches correspondent aux quatre détresses, qui sont les quatre royaumes. Le Chla lit le Eikha Rabati sur « ils sont allés sans force devant celui qui les poursuit » : les maîtres expliquent le poursuivant, chacun pour un exil.
Aussi : l'acrostiche du pe avant le ayin et Bar Kamtsa ; Yirmiya, guilgoul (réincarnation) de Chelomo, et les quatre degrés de miséricorde envers les pauvres ; les signes placés en Yaakov et en Moché, les cent malédictions et les cent berakhot
איכה הראשון, צרה מתוך רוחה, כמו שנאמר (איכה א, ז) זכרה ירושלים כו', ועיקר ההרוחה של ברכה הם שלשה שלמיות שהזכירו רבותינו ז"ל (מו"ק כח, א) בני חיי ומזוני כו', ונרמזו בפסוק (שמות כג, כה) ועבדתם וגומר ובירך לחמך, מזוני. (שם כו) לא תהיה משכלה, בני.
(שם) את מספר ימיך, חיי, אמר (איכה א, א-ב) כאלמנה בכה תבכה, רומז לאבילים בר מינן. על מזוני אמר (שם יא), מבקשים לחם.
על בני אמר (שם טז) על אלה אני בוכיה וגו' היו בני שוממים. הנה במתן תורה אמרו רבותינו ז"ל (שוח"ט ח) הבנים היו ערבים, מפי עוללים ויונקים יסדת עוז (תהלים ח, ג).
והנה מתן תורה נתבטל בעשיית העגל, כתבתי במקום אחר הפשט על דרך המאמר בברכות (לב, ב) גם אלה תשכחנה אלה אלקיך ישראל (ישעיה מט, טו), ואנכי לא אשכחך, מתן תורה אנכי ה' א-להיך (שמות כ, ב). ועתה נתהפך כאן על אלה אני בוכיה, ורחק ממני מנחם, היינו (ישעיה נא, יב) אנכי אנכי מנחמכם, על כן היו בני שוממין (איכה א, טז).
ואמרו רבותינו ז"ל (מו"ק כח, א) בני חיי ומזוני לאו בזכותא תליא מילתא אלא במזלא. וקשה הלא אין מזל לישראל.
אלא תליא פירוש כמו תשובה תולה, רצוני לומר כשיש זכות אז ודאי, אבל כשהמזל גורם אז תולה כי אין מזל לישראל. וזה הוא שאמר הכתוב (איכה א, יב) לא עליכם כל עוברי דרך, כי האומות הם תחת המזלות:
Le premier Eikha traite de la détresse survenue au sein de l'aisance, comme il est dit (Eikha 1,7): "Jérusalem s'est souvenue" etc. L'essentiel de l'aisance qu'apporte la bénédiction tient en trois plénitudes que nos maîtres ont mentionnées (Moed Katan 28a): les enfants, la vie et la subsistance, etc.
Elles sont suggérées dans le verset (Chemot 23,25): "Vous servirez... et Il bénira ton pain" - la subsistance; (ibid. 26) "il n'y aura pas de femme qui avorte" - les enfants; (ibid.) "le nombre de tes jours" - la vie.
Il a dit (Eikha 1,1-2): "comme une veuve... elle pleure amèrement", ce qui fait allusion aux endeuillés, que cela nous soit épargné. Sur la subsistance il a dit (ibid.
11): "ils cherchent du pain". Sur les enfants il a dit (ibid.
16): "c'est sur cela que je pleure... mes fils sont dévastés". Or, lors du don de la Torah, nos maîtres ont dit (Chocher Tov 8) que les enfants furent les garants: "de la bouche des enfants et des nourrissons Tu as fondé la force" (Tehilim 8,3).
Et voici que le don de la Torah fut annulé par la fabrication du veau. J'ai écrit ailleurs le sens simple, selon la voie du propos de Berakhot (32b): "même celles-là oublieraient" (Yechaya 49,15) - ce sont "voici tes dieux, Israël"; "mais Moi, Je ne t'oublierai pas" - c'est le don de la Torah, "Je suis ה' ton Dieu" (Chemot 20,2).
Et maintenant cela s'est inversé ici: "c'est sur cela que je pleure", "et le consolateur s'est éloigné de moi", c'est-à-dire (Yechaya 51,12) "Moi, Moi, Je suis votre consolateur"; c'est pourquoi "mes fils sont dévastés" (Eikha 1,16). Et nos maîtres ont dit (Moed Katan 28a): les enfants, la vie et la subsistance ne dépendent pas du mérite mais du mazal (l'astre, la destinée assignée).
Or cela fait difficulté: n'est-il pas dit qu'Israël n'est pas soumis au mazal? Mais le verbe employé, "dépendre" (talia), a le sens de "suspendre", comme dans l'expression "la techouva suspend": je veux dire que lorsqu'il y a du mérite, la chose est certaine, mais lorsque c'est le mazal qui agit, la chose demeure suspendue, car Israël n'est pas soumis au mazal.
Et c'est ce que dit le verset (Eikha 1,12): "que cela ne vous atteigne pas, vous tous qui passez sur la route", car les nations, elles, sont sous les astres.
איכה יעיב (איכה ב, א), צרות העדר התורה. השליך משמים (שם), היפך (דברים ד, לו) מן השמים השמיעך וגומר.
הדום רגליו, במתן תורה ותחת רגליו וגומר (שמות כד, י). נאות יעקב (איכה ב, ב), הם בתי מדרשות והם מבצרי נטורי קרתא.
ישבו לארץ (שם י), עובדא דסנהדרין במאמר שאנו בו. למי עוללת כה (שם כ), כה תאמר להם.
מה אעידך (שם יג), אף האומות מודים רק עם חכם ונבון (דברים ד, ו). ומן א"ב זה התחיל להקדים פ' לע', במתן תורה פיהם שאמרו נעשה קודם לנשמע לראות בעין, ועתה בעובדא דבר קמצא (גיטין נו, ב) אמרי ליה בניב שפתים, ואמרי ליה בדוקין שבעין.
הראשון סובר הקדמות פ' לע' הוצאת דיבת שקר גרם החורבן. ואמרי ליה אף אם לא הקדימו והיו אומרים אמת, היו נענשים מכח לשון הרע.
ומה שהקדים הכתוב להודיע קושטא דמילתא דהכי הוה:
"Comme le Seigneur a couvert de nuées" (Eikha 2,1): ce sont les détresses liées à l'absence de Torah. "Il a jeté du ciel" (ibid.), à l'opposé de (Devarim 4,36) "du ciel Il t'a fait entendre" etc.
"Le marchepied de Ses pieds": lors du don de la Torah, "et sous Ses pieds" etc. (Chemot 24,10).
"Les demeures de Yaakov" (Eikha 2,2): ce sont les maisons d'étude, et elles sont les forteresses des gardiens de la cité. "Ils sont assis à terre" (ibid.
10): l'épisode du Sanhédrin dont traite le propos qui nous occupe. "À qui as-tu fait ainsi (ko)" (ibid.
20): "ainsi (ko) tu leur diras". "Que puis-je attester pour toi" (ibid.
13): même les nations le reconnaissent, "seulement un peuple sage et intelligent" (Devarim 4,6). Et dans cet acrostiche alphabétique il a commencé à placer le pe avant le ayin: lors du don de la Torah, leur bouche (pe), qui a dit "nous ferons" avant "nous entendrons", a précédé l'œil (ayin) qui voit.
Et maintenant, dans l'épisode de Bar Kamtsa (Gitin 56b), certains disent que le défaut était sur la lèvre (niv sefatayim) et d'autres qu'il était une taie dans l'œil (dokin che-ba-ayin). Le premier tient que la préséance du pe sur le ayin, c'est-à-dire la propagation d'une parole mensongère, a causé la destruction.
Et l'autre dit que même s'ils n'avaient pas mis la bouche en avant et qu'ils avaient dit la vérité, ils auraient été punis à cause de la mauvaise langue. Et si le verset a placé [le pe] en premier, c'est pour faire connaître la vérité de la chose, qu'il en fut bien ainsi.
איכה יועם (איכה ד, א), כנגד השפלות הגדול וירידת פלאים מהעדר המלכות שנפלנו תחת שונאינו, כי איכה זו קונן על מלכות יאשיה ועמו בני ציון אשר עליהם בודאי נאמר בני ישראל בני מלכים. אני הגבר (שם ג, א), נגד צרה מתוך רוחה, כי ירמיה שמר לו מר הוא היה בהתרוממות הגדול ובכל חשקי העולם, כי היה גלגול שלמה כמו שאמרו המקובלים, ועל כן היה תמה אני הגבר ראה עני:
"Comme l'or s'est terni" (Eikha 4,1): cela correspond à l'abaissement immense et à la chute prodigieuse dues à l'absence de royauté, lorsque nous sommes tombés sous nos ennemis; car ce Eikha a fait la complainte sur la royauté de Yochiyahou et sur son peuple, les fils de Tsion, dont il est certainement dit que les fils d'Israël sont fils de rois. "Je suis l'homme" (ibid.
3,1): cela correspond à la détresse survenue au sein de l'aisance, car Yirmiya, à qui l'amertume était réservée, avait connu une grande élévation et tous les agréments du monde, car il était une réincarnation (guilgoul) de Chelomo, comme l'ont dit les kabbalistes; c'est pourquoi il s'étonnait: "je suis l'homme qui a vu la misère".
זכור ה' (איכה ה, א), מיוסד ג"כ נגד ד' עד אנה הנ"ל רק בבחינה אחרת, דהיינו בזכור כי עניים ואביונים אנחנו. והנה ד' עניינים בענין ריחום על העניים.
המעלה העליונה, אשרי משכיל אל דל (תהלים מא, ב) טרם בא הדל, רק הוא משכיל ומתבונן אולי זה הוא עני, על זה אמר עד אנה תשכחני נצח, ואינך שם אותי בזכרונך. וע"ז קינן זכור ה'.
המעלה תחתיה, כשרואה להעני מוכן לבקש, מתחיל הוא עמו ואינו מסתיר פניו, זהו (שם יג, ב) עד אנה תסתיר פניך, ורומז כלפי מעלה להתראות בקצת מ"ט ועל זה קונן הביטה. המעלה תחתיה, עכ"פ כשהדל מבויש ושואל, נותן משאלות לבו.
זהו עד אנה אשית עצות בנפשי, לבוא כעני בפתח, תפילה לעני כי יעטוף (שם קב, א), והתפלה היא נפש, תפלה בכוונה כגוף בנשמה, על זה קונן (איכה ה, ב) וראה את חרפתינו בבואנו כדלים ורקים, לך ה' הצדקה כו' ולנו בושת הפנים, כי השואל בתפלה הוא כעני המבקש. המעלה שתחתיה, להשגיח על כל פנים בפדיון שבוים ביד אויב דכלהו איתנהו ביה, זהו (תהלים יג, ג) עד אנה ירום אויבי.
וע"ז (איכה ה, ב) נחלתינו נהפכה לזרים כו', הרי קינה דזכור:
"Souviens-Toi, ה'" (Eikha 5,1) est bâti lui aussi en regard des quatre "jusqu'à quand" mentionnés plus haut, mais sous un autre aspect, à savoir: souviens-Toi que nous sommes pauvres et indigents. Or il y a quatre degrés dans la miséricorde envers les pauvres.
Le degré le plus élevé: "heureux celui qui considère le pauvre" (Tehilim 41,2) avant même que le pauvre ne vienne, car il considère et réfléchit: peut-être celui-ci est-il dans le besoin. C'est à cela que répond "jusqu'à quand m'oublieras-Tu, à jamais" (Tehilim 13,2), et Tu ne me places pas dans Ton souvenir; et c'est sur cela qu'il a fait la complainte "Souviens-Toi, ה'".
Le degré au-dessous: lorsqu'il voit le pauvre prêt à demander, il l'aborde le premier et ne lui cache pas son visage; c'est "jusqu'à quand cacheras-Tu Ta face de moi" (ibid. 13,2), et cela fait allusion, en haut, au fait de Se laisser voir quelque peu par de bonnes mesures (midot tovot); et sur cela il a fait la complainte "regarde".
Le degré au-dessous: du moins, lorsque le pauvre, honteux, demande, il lui donne ce que son cœur souhaite. C'est "jusqu'à quand prendrai-je conseil en mon âme" (Tehilim 13,3), venir comme un pauvre à la porte, "prière du pauvre lorsqu'il défaille" (Tehilim 102,1); et la prière est une âme: la prière faite avec intention est comme un corps habité par une nechama.
Sur cela il a fait la complainte (Eikha 5,1): "et vois notre opprobre", lorsque nous venons comme des indigents et les mains vides; "à Toi, ה', la justice... et à nous la honte du visage" (Daniel 9,7), car celui qui demande dans la prière est comme un pauvre qui mendie. Le degré au-dessous: veiller à tout le moins au rachat des captifs tombés aux mains de l'ennemi, situation où tous les maux se trouvent réunis; c'est (Tehilim 13,3) "jusqu'à quand mon ennemi s'élèvera-t-il sur moi".
Et sur cela (Eikha 5,2): "notre héritage à été tourné vers des étrangers" etc. Voilà la complainte de "Souviens-Toi".
וד' אלפי ביתות הם על הד' הנ"ל שהם ד' מלכיות. כיצד, בבל צרה מתוך רוחה, כי גלינו מארצנו ומאז לא היתה לנו רוחה אמיתית, כי כל זמן בית שני מלחמות, ואכבדה חסר.
צרת מדי, תחת עבד כי ימלוך, דהמן נמכר למרדכי בטולמא דלחמא, ורצה למשול עליו בקום עלינו אדם ולא מלך. גלות יון, ביטול תורה ומעשים, שאמרו כתבו על קרן השור, צרה נמשכה.
גלות אדום בעונותינו הרבים:
Et les quatre acrostiches alphabétiques correspondent aux quatre détresses mentionnées ci-dessus, qui sont les quatre royaumes. Comment cela?
Bavel: la détresse survenue au sein de l'aisance, car nous avons été exilés de notre terre et depuis lors nous n'avons plus eu d'aisance véritable, puisque toute la période du second Temple ne fut que guerres, et il y est écrit "Je serai honoré" (ואכבד) de manière défective (Hagaï 1,8). La détresse de Madai: "un esclave qui devient roi" (Michle 30,22), car Haman avait été vendu à Mordekhai pour une miche de pain, et il voulut ensuite dominer sur lui, selon "lorsque des hommes se levèrent contre nous" (Tehilim 124,2) - un homme, et non un roi.
L'exil de Yavan: l'annulation de la Torah et des actes, eux qui ont dit: écrivez sur la corne du bœuf que vous n'avez pas de part au Dieu d'Israël. La détresse qui se prolonge: l'exil d'Edom, à cause de nos nombreuses fautes.
ועל ד' אלה נבאר מאמר באיכה רבתי (א, לג), וילכו בלא כח לפני רודף (איכה א, ו), ר' עזריא בשם ר' יודא בר סימן אמר, בזמן שישראל עושים רצונו של מקום, מוסיפין כח בגבורה של מעלה, כד"א (תהלים ס, יד) באלקים נעשה חיל. ובזמן שאין ישראל עושין רצונו של מקום, כביכול מתישין כח גדולה של מעלה, כד"א (דברים לב, יח) צור ילדך תשי.
ר' יודא בר' סימון בשם ר' לוי ב"ר טרפון אמר, בזמן שישראל עושים רצונו של הקב"ה, מוסיפין כח בגבורה שלמעלה, כד"א (במדבר יד, יז) ועתה יגדל נא כח ה'. ובזמן שאין עושין רצונו של הקב"ה, כביכול מתישין כח גדולה שלמעלה והולכין גם הם בלא כח לפני רודף.
רבי הונא ורבי אחא ור' סימון בשם רשב"ל ורבנן בשם ר' חנינא, היה אומר לחבירו בירושלים הקרני דף א', ואמר לו אין בי כח. השניני פרק א', ואמר לו אין כי כח.
אמה להם הקב"ה, תבוא שעה ואני עושה לכם כך, וילכו בלא כח לפני רודף. א"ר אחא, כשם שלא גלו ישראל אלא ברודף מלא, כך אינן נגאלין אלא בגואל מלא, דכתיב (ישעיה נט, כ) ובא לציון גואל, מלא כתיב, עד כאן:
Et sur ces quatre points nous allons expliquer un propos du Eikha Rabati (1,33) sur "ils sont allés sans force devant celui qui les poursuit" (Eikha 1,6). Rabbi Azarya au nom de Rabbi Youda bar Simon a dit: lorsque Israël fait la volonté de l'Omniprésent, ils ajoutent de la force à la puissance d'en haut, comme il est dit (Tehilim 60,14) "par Elokim nous ferons vaillance".
Et lorsque Israël ne fait pas la volonté de l'Omniprésent, ils affaiblissent pour ainsi dire la grandeur d'en haut, comme il est dit (Devarim 32,18) "le Rocher qui t'a enfanté, tu l'as affaibli". Rabbi Youda be-rabbi Simon au nom de Rabbi Levi be-rabbi Tarfon a dit: lorsque Israël fait la volonté du Saint béni soit-Il, ils ajoutent de la force à la puissance d'en haut, comme il est dit (Bemidbar 14,17) "et maintenant, que la force de ה' se magnifie".
Et lorsqu'ils ne font pas la volonté du Saint béni soit-Il, ils affaiblissent pour ainsi dire la grandeur d'en haut, et eux aussi vont sans force devant celui qui les poursuit. Rabbi Houna, Rabbi Aha et Rabbi Simon au nom de Rabbi Chimon ben Lakich, et les Sages au nom de Rabbi Hanina: l'un disait à son compagnon à Jérusalem: lis-moi une page, et l'autre lui répondait: je n'ai pas de force.
Enseigne-moi un chapitre, et il lui répondait: je n'ai pas de force. Le Saint béni soit-Il leur dit: une heure viendra où Je vous ferai ainsi - "et ils sont allés sans force devant celui qui les poursuit".
Rabbi Aha a dit: de même qu'Israël n'a été exilé qu'avec un poursuivant (רודף) écrit de manière pleine, de même il ne sera délivré qu'avec un rédempteur écrit de manière pleine, ainsi qu'il est écrit (Yechaya 59,20) "et un rédempteur viendra à Tsion" - le mot גואל y est écrit de manière pleine. Jusqu-ici.
קשה מאי בינייהו ואיזה שינויים כו'. אלו ד' מתרצים למה לי רודף, כיון שהי' בלא כח.
ודיברו נגד ד' מלכיות גלות בבל צרה מתוך רוחה, דמקודם היו ישראל ברום מעלה נקראים בני אלקים, אמרתי אלקים אתם (תהלים פב, ו), ואז באלקים נעשה חיל (שם ס, יד), באלקים אמיתים, כי מגדולת העבד גדולת האדון נודעת, וכשאנחנו נקראים אלקים כביכול כי היינו בארץ חלק ה' לא תחת שרי האומות והשכינה למעלה מראשינו, אז באלקים נעשה חיל ודוק. וכשירדנו, אז (דברים לב, יח) צור ילדך, דהיינו צלם א-להים תשי.
וזהו הכפל וילכו בלא כח, שמקדמת דנא היה להם כח דהיינו הרוחה, ועתה לפני רודף. והזכיר תואר מקום בדבריו, כי כשאנחנו כביכול מתדמים לקרוא אלקים בשמו, אז הוא מקום מקומו של עולם מתייחד עמנו:
Il y a une difficulté: quelle est la différence entre ces maîtres et quelles sont les variantes, etc.? Ces quatre maîtres répondent à la question: pourquoi le verset a-t-il besoin de "celui qui poursuit", puisqu'ils allaient déjà sans force?
Et ils ont parlé en regard des quatre royaumes. L'exil de Bavel, la détresse au sein de l'aisance: auparavant Israël se trouvait au sommet du degré, appelés fils d'Elokim - "J'ai dit: vous êtes des élohim" (Tehilim 82,6) - et alors "par Elokim nous ferons vaillance" (ibid.
60,14), avec le véritable Elokim, car c'est de la grandeur du serviteur que se connaît la grandeur du maître; et lorsque nous sommes appelés élohim, pour ainsi dire, parce que nous étions sur la terre qui est la part de ה', non sous les princes des nations, et que la Chekhina se tenait au-dessus de nos têtes, alors "par Elokim nous ferons vaillance" - examine bien cela. Et lorsque nous sommes tombés, alors (Devarim 32,18) "le Rocher qui t'a enfanté", c'est-à-dire l'image d'Elokim, "tu l'as affaibli".
Et telle est la redondance de "ils sont allés sans force": auparavant ils avaient de la force, c'est-à-dire l'aisance, et maintenant ils vont "devant celui qui les poursuit". Et il a employé dans ses paroles l'appellation Makom (le Lieu), car lorsque nous devenons pour ainsi dire semblables au point d'être appelés Elokim de Son nom, alors Lui, le Makom, le lieu du monde, S'unit à nous.
ר' יודא בר' סימון בשם ר' לוי מדבר בגלות מדי, על כן מזכיר תואר הקב"ה, כי קדוש הוא נבדל, וכן ברוך הוא נסתר ודו"ק. מדבר מבחינת עבד כי ימלוך, כי פסוק ועתה יגדל אמר משה לענין המשיל ישראל על האומות אף על גדוליהם, שלא יאמרו מבלתי יכולת כו' (במדבר יד, טז), ועתה בנפול נופלים ועבדים מושלים.
וזהו וילכו בלא כח לפני רודף, רצה לומר שהמושל בהם עתה שהוא רודף הוא בלא כח אדם ולא מלך ומושל בנו:
Rabbi Youda be-rabbi Simon au nom de Rabbi Levi parle de l'exil de Madai; c'est pourquoi il mentionne l'appellation "le Saint béni soit-Il", car "saint" signifie séparé, et de même "béni soit-Il" renvoie à ce qui est caché - examine bien. Il parle sous l'aspect de "un esclave qui devient roi", car le verset "et maintenant, qu'elle se magnifie" fut dit par Moché à propos de la domination d'Israël sur les nations, y compris sur leurs grands, afin qu'ils ne disent pas "par impuissance" etc.
(Bemidbar 14,16); et maintenant, ceux qui tombent tombent et ce sont les esclaves qui dominent. Et tel est "ils sont allés sans force devant celui qui les poursuit": il veut dire que celui qui domine sur eux aujourd'hui, qui est le poursuivant, est sans force, un homme et non un roi, et pourtant il domine sur nous.
רבי הונא ורבי אחא ור' סימון בשם רשב"ל מדברים מגלות יון צרות ביטול תורה, על כן הלכו בלא כח, ה' עוז לעמו יתן הנאמר בתורה (תהלים כט, ד) קול ה' בכח כו':
Rabbi Houna, Rabbi Aha et Rabbi Simon au nom de Rabbi Chimon ben Lakich parlent de l'exil de Yavan, dont les détresses sont l'annulation de la Torah; c'est pourquoi ils sont allés sans force, alors que "ה' donnera la force à Son peuple", ce qui est dit à propos de la Torah, "la voix de ה' est dans la force" etc. (Tehilim 29,4).
רב אחא מדבר מגלות אדום צרה נמשכה, כביכול אין השם שלם כו', ועתה לא נתקיים (שמות מ, לד) וכבוד ה' מלא את המשכן, עד לעתיד (יחזקאל כו, ב) אמלאה החרבה, ועתה רודף מלא, על כן וילכו בלא כח, רצה לומר כי תש כחינו לאורך הגלות. ולעתיד ובא לציון גואל מלא, כי לה' הישועה.
ומה ששנת גאלי (ישעיה סג, ד) חסר, זהו כי החסרון מצדי, רק יעשה למען שמו הגדול כי כביכול השכינה בגלות, ועל כן ובא לציון גואל מלא, ודו"ק. הרי ענין ד' מלכיות:
Rav Aha parle de l'exil d'Edom, la détresse qui se prolonge: pour ainsi dire, le Nom n'est pas complet, etc. Et aujourd'hui ne s'accomplit pas (Chemot 40,34) "et la gloire de ה' remplissait le Michkan", jusqu'aux temps futurs où il est dit (Ye'hezkel 26,2) "je me remplirai, elle est dévastée"; et maintenant c'est le poursuivant qui est écrit de manière pleine.
C'est pourquoi "ils sont allés sans force": il veut dire que notre force s'est épuisée par la longueur de l'exil. Et dans les temps futurs, "un rédempteur viendra à Tsion" de manière pleine, car à ה' appartient le salut.
Et quant à "l'année de mes rachetés" (Yechaya 63,4) qui est écrite de manière défective, c'est parce que le manque vient de mon côté; seulement, Il agira pour Son grand Nom, car pour ainsi dire la Chekhina est en exil, et c'est pourquoi "un rédempteur viendra à Tsion" de manière pleine - examine bien. Tel est le sujet des quatre royaumes.
והנה הם שתים שהן ארבע, בבל ויון מתדמים, כי זה גורם לזה. כי צרה מתוך רוחה גורם לביטול תורה ועבודה, אשר על כן כתבו קצת המפרשים בענין גלות מצרים להרגילם בעול הש"י עבודה כדי שבטוב יקבלו עול התורה והעבודה, אבל הרך והענוג כשחסר כל טוב וכבר הורגל בטובה לא יוכל למשוך בעול.
וכן מצינו בבל ויון מצד עצמם מתדמים, כמו שיון גרמו לכפור בה', כן מצינו דוגמא בנבוכדנצר כדאיתא בפרק חלק (סנהדרין צו, ב) מבני בניו של סיסרא למדו תורה בירושלים. מבני בניו של סנחריב למדו תורה ברבים, ומאן נינהו שמעיה ואבטליון.
מבני בניו של המן למדו תורה בבני ברק, ומנו רב שמואל בר שילת. ואף מבני בניו של אותו רשע בקש הקב"ה להכניסם תחת כנפי השכינה, אמרו מלאכי השרת לפני הקב"ה, רבש"ע, מי שהחריב את ביתך ושרף את היכלך תכניסם תחת כנפי השכינה, היינו דכתיב (ירמיה נא, ט) רפינו את בבל ולא נרפתה, עד כאן.
מדי ואדום מתדמים, עבד כי ימלוך היא צרה נמשכת מאין הפוגות, כי לא זו שאין משתעבד בו, אלא אף זו שנתהפך והוא משעבד בו. וכן מצינו מדי ואדום מצד עצמם מתדמים והם מזרעו של עשו, כי עיקר גלות מדי הוא המן הרשע בן בנו של עמלק בן בנו של עשו:
Et voici qu'ils sont deux qui sont quatre: Bavel et Yavan se ressemblent, car l'un entraîne l'autre. Car la détresse survenue au sein de l'aisance entraîne l'annulation de la Torah et du service.
C'est pourquoi certains commentateurs ont écrit, à propos de l'exil d'Égypte, qu'il visait à les accoutumer au joug du service du Nom béni, afin que, se trouvant dans le bien, ils acceptent le joug de la Torah et du service; car l'homme délicat et raffiné, quand tout bien lui manque et qu'il a déjà été habitué à l'aisance, ne peut porter le joug. Et de même nous trouvons que Bavel et Yavan se ressemblent en eux-mêmes: de même que Yavan a conduit à renier ה', de même nous en trouvons l'exemple chez Nevoukhadnetsar, comme il est dit au chapitre Helek (Sanhédrin 96b): parmi les descendants de Sisra, certains ont étudié la Torah à Jérusalem; parmi les descendants de Sanheriv, certains ont enseigné la Torah en public - et qui sont-ils?
Chemaya et Avtalyon; parmi les descendants de Haman, certains ont étudié la Torah à Bnei Brak - et qui? Rav Chmouel bar Chilat.
Et même parmi les descendants de ce mécréant, le Saint béni soit-Il voulut les faire entrer sous les ailes de la Chekhina; les anges du service dirent devant le Saint béni soit-Il: Maître du monde, celui qui a détruit Ta maison et brûlé Ton sanctuaire, Tu le ferais entrer sous les ailes de la Chekhina? C'est ce qui est écrit (Yirmiya 51,9) "nous avons voulu guérir Bavel, mais elle n'a pas été guérie".
Jusqu-ici. Madai et Edom se ressemblent: "un esclave qui devient roi" est une détresse qui se prolonge sans répit, car non seulement il ne se soumet pas à lui, mais bien plus, la chose s'inverse et c'est lui qui l'asservit.
Et de même nous trouvons que Madai et Edom se ressemblent en eux-mêmes, et ils sont de la descendance d'Esav, car l'essentiel de l'exil de Madai, c'est Haman le mécréant, descendant d'Amalek, descendant d'Esav.
וכשם שברכותיו של משה רבינו ע"ה מעין ברכותיו של יעקב אבינו בדוגמא אחת, כן תיקונים אלו דהיינו ד' מלכיות שהם לתקן אותנו להטיבנו באחריתנו הם הדוגמא כדפירשתי, כי יון ואדום דוגמת בבל ומדי. וכבר נודע כי יעקב ומשה ממקום קדוש אחד באו, כדאיתא בתיקונים והא יעקב תמן הוה דא מלגאו ודא מלבר, כן בכל עניניהם.
ועתה אפרש המאמר (בר"ר צט, ב), התחיל ואמר, כי אם גלה סודו לעבדיו כו', רצה לומר להם רמז ועשה בהם סימן, כי האבות סימן לבניהם. והנה גלות בבל ומדי שהם צרה מתוך רוחה ועבד כי ימלוך הקב"ה היה נותן סימנים האלו ביעקב.
כיצד, אין רוחה ושמחה בעולם כזרע בירך ה', ברא מזכה אבא להנצחיות, וזהו יעקב מטתו שלימה. גם נשותיו כולם קדושות, אשר המטה שלימה בכל מכל כל, וכל צרותיו היו מזה, צרת רחל צרת יוסף צרת שמעון צרת בנימין.
גם כתיב (בראשית כה, כג) ורב יעבוד צעיר, ונתהפך שיעקב אבינו קבלו לעשות לאדון:
Et de même que les bénédictions de Moché notre maître, la paix sur lui, sont à l'image des bénédictions de Yaakov notre père, sur un même modèle, ainsi ces tikoun - c'est-à-dire les quatre royaumes, qui sont là pour nous rectifier et nous faire du bien à notre terme - suivent le même modèle, comme je l'ai expliqué: Yavan et Edom sont à l'image de Bavel et de Madai. Et il est déjà connu que Yaakov et Moché proviennent d'un même lieu saint, comme il est dit dans les Tikounim: "et voici que Yaakov était là, celui-ci de l'intérieur et celui-là de l'extérieur", et il en va de même dans toutes leurs affaires.
Et maintenant j'expliquerai le propos (Bereshit Rabba 99,2): il a commencé et a dit "car Il révèle Son secret à Ses serviteurs" etc., c'est-à-dire qu'Il leur a donné une allusion et a placé en eux un signe, car les pères sont un signe pour leurs enfants. Et voici que l'exil de Bavel et celui de Madai, qui sont la détresse au sein de l'aisance et l'esclave qui devient roi, le Saint béni soit-Il en a placé les signes en Yaakov.
Comment cela? Il n'y a pas au monde d'aisance et de joie comparables à une descendance bénie de ה'; un fils confère du mérite à son père pour l'éternité; et c'est le sens de "la couche de Yaakov était parfaite".
De plus, ses femmes étaient toutes saintes, si bien que la couche était parfaite de toutes les manières; et toutes ses détresses vinrent précisément de là: la détresse de Rahel, la détresse de Yossef, la détresse de Chimon, la détresse de Binyamin. De plus il est écrit (Bereshit 25,23) "et l'aîné servira le cadet", et cela s'est inversé, car Yaakov notre père accepta de le prendre pour maître.
במשה רבינו ע"ה הקב"ה הי' נותן בו סימן ב' צרות של יון ואדום. כיצד, התורה באה לו בצער גדול כמו שכתב רש"י בפרשת דברים, שהיה להם לומר ממי נלמד, ממך או מתלמידך, לא ממך שנצטערת עליה, וזה כפרה על צורת ביטול תורה בימי יון שבצרה גדולה קיימוה.
ונגד גלות אדום צרה נמשכה, הוא תוכחה שבמשנה תורה, כנודע תוכחה שבתורת כהנים נגד בית הראשון, ושבמשנה תורה נגד בית שני, וזו התוכחה משה מפי עצמו אמרה, וכתבתי במקום אחר הפירוש. ואמרו רז"ל (תנחומא שופטים ה) משה מסר עצמו על התורה ודינין וישראל.
על התורה כדפירשתי. ודינין וישראל הכל אחד, כי לאחר מדת הדין הקשה בתוכחה הנמשכת בעונותינו הרבים זמן רב, מסר עצמו אישראל ואמר (דברים כט, ט) אתם נצבים כו', הקללות מקיימות אתכם.
ואח"כ (שם לג, א) וזאת הברכה. וסוד הענין, הקללות הם ברכות כדפירשתי לעיל, ואמרו מאה קללות חסר שתים, וכן ונושנתם חסר שתים, וקשה דהוה להו למימר צ"ח קללות.
אלא אף שבפרט נראות חסר ב', מכל מקום הם מאה, דהיינו בהצטרף (דברים כח, סא) כל חלי וכל מכה אשר לא כתובה, כך כתב הרוקח. ואלו המאה נכנסות בסוד מאה ברכות, והענין סובב הכל על מרכז שלנו, כי צרות המלכיות הם לטוב לנו והם עצמות התיקונים, על דרך (יומא פו, ב) הזדונות נעשות זכיות, ומלאך רע עונה אמן:
Chez Moché notre maître, la paix sur lui, le Saint béni soit-Il a placé le signe des deux détresses de Yavan et d'Edom. Comment cela?
La Torah lui est venue dans une grande peine, comme l'a écrit Rachi dans la paracha Devarim: ils auraient dû dire: de qui apprendrons-nous, de toi ou de ton disciple? Non pas de toi, qui as souffert pour elle.
Et cela répare la figure de l'annulation de la Torah au temps de Yavan, alors qu'ils la maintinrent dans une grande détresse. Et en regard de l'exil d'Edom, la détresse qui se prolonge, il y a la réprimande du Michne Torah, car il est connu que la réprimande de Torat Kohanim correspond au premier Temple et celle du Michne Torah au second Temple; et cette réprimande, Moché l'a dite de sa propre bouche, et j'ai écrit ailleurs l'explication.
Et nos maîtres ont dit (Tan'houma Choftim 5) que Moché s'est livré lui-même pour la Torah, pour les lois et pour Israël. Pour la Torah, comme je l'ai expliqué.
Et les lois et Israël sont une seule et même chose, car après la dure mesure de rigueur contenue dans la réprimande qui se prolonge, à cause de nos nombreuses fautes, durant un long temps, il s'est livré lui-même pour Israël et a dit (Devarim 29,9) "vous vous tenez tous debout" etc. - ce sont les malédictions qui vous maintiennent en vie. Et ensuite (ibid.
33,1) "et voici la bénédiction". Et le secret de la chose: les malédictions sont des bénédictions, comme je l'ai expliqué plus haut.
Et ils ont dit: cent malédictions moins deux, et de même ונושנתם est moins deux, sa valeur numérique étant inférieure de deux; or cela fait difficulté, car ils auraient dû dire quatre-vingt-dix-huit malédictions. Mais en vérité, bien que dans le détail elles paraissent être moins deux, elles n'en sont pas moins cent, à savoir en y adjoignant (Devarim 28,61) "toute maladie et toute plaie qui n'est pas écrite"; ainsi a écrit le Rokeah.
Et ces cent malédictions entrent dans le secret des cent berakhot. Et toute l'affaire tourne autour de notre centre: les détresses des royaumes sont pour notre bien et constituent l'essence même des tikoun, à la manière de (Yoma 86b) "les fautes intentionnelles deviennent des mérites", et le mauvais ange répond amen.