Ce passage poursuit l'affaire de la lumière cachée dans les cinq livres : les paroles écrites ne se disent pas de mémoire, les orales ne se mettent pas par écrit, car pour tout il y a des signes dans l'écrit. Selon le Chla, Moché, miroir lumineux, comprit de lui-même la Torah orale : sar est l'acronyme de sod, secret, et remez, allusion. La Torah écrite est secret, l'œuvre de la Création, et allusion, les débats d'Abaye et de Rava ; l'orale est le Talmud, le targoum. Deux fois le texte et une fois le targoum : terre d'Israël, langue sainte, Noam et secrets du char ; Babylone, ténèbres, Hovlim et la petite chose.
Aussi : l'ordre inversé des quatre fils au Talmud de Jérusalem ; le sage qui discute les témoignages, décrets et lois de Pessa'h ; toute la Torah suspendue à la sortie d'Égypte
וזהו ענין (גיטין ס, ב) דברים שבכתב אי אתה רשאי לאמרה בעל פה, ודברים שבעל פה אי אתה רשאי לאמרה בכתב, הענין על דרך דאיתא בפרק הבונה (שבת קד, א) בהנך מילי מעלייתא דדרשו הדרדקי באותיות אלפא ביתא, ואמרו, ס"ע, עשה סימנים. פירש רש"י (ד"ה סימנים), בסדר שמועות [כו'] כדי שלא תשכח כו'.
והנה תורה שבעל פה ארוכה מארץ מדה, ומי יוכל לזכרן. אמנם הרמזים כולם הם בתורה שבכתב, ומי שמבינם על בוריה אז זוכר הכל, כי על הכל יש סימנים בה.
ותורה שבכתב אין לאומרה בעל פה, כי יש בה כמה חסירות ויתירות. ותורה שבעל פה אין לכותבה, כי העיקר הוא להיות זוכר הכל.
ועל שבכתב מרומז עשה סימנים. ומפני חטאינו נחשכנו עד חורבן הבית, ונוסף ביותר החשך עד שהוצרכו לתלמוד בבלי, ולהיותו נכתב.
וזהו ענין אור הגנוז בה' חומשי תורה שהם סוד כדפירשתי לעיל. ומשתמשים ברמז, וגם זה בקושי גדול איש איש לפי מדריגתו, ואחר שימית עצמו עליה.
ורמז גדול נזכר אצל משה רבינו ע"ה (שמות ג, ד), וירא ה' כי סר לראות, משה רבינו ע"ה ראה היטב והוא סוד אספקלריא המאירה כי קרן אור פניו, פני משה כפני חמה (ב"ב עה, א) שהוא תורה אור, וכשנתן לו הש"י התורה שבכתב לא היה חשך לפניו, רק שכל בהיר מלא דעה והבין מעצמו תורה שבע"פ. וזהו סר לראות, סר ראשי תיבות סוד רמז:
Et c'est là le sens de ce qui est dit (Guitin 60b) : les paroles écrites, tu n'as pas le droit de les dire de mémoire, et les paroles orales, tu n'as pas le droit de les dire par écrit. La chose s'explique selon ce qui est rapporté au chapitre HaBoneh (Chabbat 104a), parmi ces beaux enseignements que les jeunes enfants exposaient sur les lettres de l'alphabet, où ils dirent : samekh-ayin (ס"ע), fais-toi des signes.
Rachi explique (s.v. simanim) : dans l'ordre des traditions reçues [etc.], afin de ne pas oublier, etc. Or la Torah orale est plus longue que la terre en sa mesure, et qui pourrait la retenir ?
Mais toutes les allusions se trouvent dans la Torah écrite, et celui qui les comprend à fond se souvient alors de tout, car pour tout il y a des signes en elle. Et la Torah écrite ne doit pas être dite de mémoire, car elle comporte bien des lettres manquantes et surabondantes.
Et la Torah orale ne doit pas être mise par écrit, car l'essentiel est de se souvenir de tout. Et sur ce qui est écrit il est fait allusion : fais-toi des signes.
Mais à cause de nos fautes nous nous sommes obscurcis jusqu'à la destruction du Temple, et l'obscurité s'est encore accrue au point qu'on eut besoin du Talmud de Babylone et qu'il fallut le mettre par écrit. Et c'est là l'affaire de la lumière cachée dans les cinq livres de la Torah, qui sont le secret, comme je l'ai expliqué plus haut.
Nous nous servons de l'allusion, et cela aussi avec grande peine, chacun selon son degré, et après s'être fait mourir sur elle. Une grande allusion est mentionnée à propos de Moché notre maître, que la paix soit sur lui (Exode 3,4) : et ה' vit qu'il s'était détourné pour voir.
Moché notre maître voyait parfaitement, et c'est le secret du miroir lumineux, car la peau de son visage rayonnait, le visage de Moché étant comme le visage du soleil (Baba Batra 75a), lui qui est la Torah-lumière. Et lorsque le Saint béni soit-Il lui donna la Torah écrite, il n'y avait devant lui aucune obscurité, mais seulement un intellect clair et plein de connaissance, et il comprit de lui-même la Torah orale.
Et c'est le sens de : il s'était détourné pour voir, car sar (סר), il s'était détourné, est l'acronyme de sod, secret, et remez, allusion.
וזהו ענין מדרשם ז"ל (שמו"ר מא, ו), ויתן אל משה ככלתו (שמות לא, יח) כללים מסר לו והבין מעצמו תורה שבעל פה, כמו שהארכתי בדרוש אחר (מס' שבועות תו"א קטע מעלת הסרסור הוא מרע"ה ד"ה אמנם מבואר) בענין (במדבר יב, א) אשה כושית אשר לקח. ובמדרש רבה סוף פרשת כי תשא (מז, ט), כתוב לך (שמות לד, כז), התחילו מלאכי השרת אומרים לפני הקדוש ברוך הוא, אתה נותן רשות למשה שיכתוב מה שהוא מבקש שיאמר לישראל אני נתתי לכם את התורה אני שכתבתי ונתתי לכם.
אמר להם הקדוש ברוך הוא חס ושלום שמשה עושה את הדבר הזה, ואפילו עושה נאמן הוא, שנאמר (במדבר יב, ז) לא כן עבדי משה בכל ביתי נאמן הוא, עד כאן. מבואר לפי עניינינו.
ועל כן נקרא תורת השם (שמות יג, ט), ונקרא (יהושע ח, לא) תורת משה, כי משה הבין מעצמו והשיג התורה שבעל פה, על כן נקראת על שמו:
Et c'est là le sens de ce qu'ont enseigné nos maîtres dans le Midrach (Chemot Rabba 41,6) sur le verset : et Il donna à Moché, lorsqu'Il eut achevé (Exode 31,18) : Il lui transmit des principes généraux, et il comprit de lui-même la Torah orale, ainsi que je l'ai longuement exposé dans un autre développement (traité Chavouot, Torah Or, passage sur la grandeur de l'intermédiaire, qui est Moché notre maître, s.v. amnam mévoar) à propos du verset (Nombres 12,1) : la femme kouchite qu'il avait prise. Et dans le Midrach Rabba, à la fin de la paracha Ki Tissa (47,9) : écris pour toi (Exode 34,27).
Les anges du service commencèrent à dire devant le Saint béni soit-Il : Tu donnes à Moché l'autorisation d'écrire ce qu'il veut, de sorte qu'il dira à Israël : c'est moi qui vous ai donné la Torah, c'est moi qui l'ai écrite et qui vous l'ai donnée. Le Saint béni soit-Il leur dit : à Dieu ne plaise que Moché fasse une telle chose ; et même s'il la faisait, il est fidèle, il est dit (Nombres 12,7) : il n'en est pas ainsi de mon serviteur Moché, dans toute ma maison il est fidèle.
Jusqu-ici. Cela est clair selon notre propos.
Et c'est pourquoi elle est appelée Torah de ה' (Exode 13,9), et appelée aussi (Josue 8,31) Torah de Moché, car Moché comprit de lui-même et saisit la Torah orale, et c'est pourquoi elle est appelée de son nom.
זהו ענין (במדבר יט, יד) וזאת התורה אדם כי ימות באהל, וכתיב (דברים ד, מד) זאת התורה אשר שם משה, כי תורת משה שהוא התלמוד שהשיג וכיוון ההלכה, היא התורה שממית אדם עצמו עליה מרוב הפלפולים וחומריות הסוגיות. והוא הבין שבכתב כולה, כי לא היה חשך לפניו כי קרן אור פניו והוא אספקלריא המאירה, ואמרו רז"ל כי שקול נגד ס' רבוא, כי ס' רבוא נשמות הם ס' רבוא אותיות התורה:
C'est là le sens du verset (Nombres 19,14) : et voici la Torah, un homme qui meurt dans une tente, et il est écrit (Deutéronome 4,44) : et voici la Torah que Moché plaça devant les enfants d'Israël. Car la Torah de Moché, qui est le Talmud qu'il saisit et dont il visa juste la halakha, c'est la Torah sur laquelle l'homme se fait mourir à force de discussions dialectiques et de la rigueur des sujets étudiés.
Et lui comprit toute la Torah écrite, car il n'y avait devant lui aucune obscurité, puisque la peau de son visage rayonnait et qu'il était le miroir lumineux. Et nos maîtres ont dit qu'il équivalait aux six cent mille, car les six cent mille âmes sont les six cent mille lettres de la Torah.
נחזור לענין, התורה שבכתב היא סוד, והיא רמז. וסוד הוא דבר גדול מעשה בראשית, ורמז הוא דבר קטן הויות דאביי ורבא, ותורה שבעל פה הוא תלמוד והויות דאביי ורבא, ותורה שבכתב לשון קודש כדפירשתי, ותורה שבעל פה תרגום שהוא המתקרב ללשון קודש.
וזהו סוד שנים מקרא ואחד תרגום, המקרא שהוא תורה שבכתב כולל שנים, והתרגום אחד. ובמחשכים הושיבני, זה תלמוד בבלי, הוא התרגום:
Revenons à notre propos. La Torah écrite est secret et elle est allusion.
Le secret est une grande chose, l'œuvre de la Création ; l'allusion est une petite chose, les débats d'Abaye et de Rava. Et la Torah orale est le Talmud et les débats d'Abaye et de Rava.
La Torah écrite est en langue sainte, comme je l'ai expliqué, et la Torah orale est le targoum, la version araméenne, qui est ce qui se rapproche le plus de la langue sainte. Et c'est le secret de deux fois le texte et une fois le targoum : le texte, qui est la Torah écrite, en comprend deux, et le targoum en est un.
Et le verset : Il m'a fait asseoir dans les ténèbres, c'est le Talmud de Babylone, qui est le targoum.
אבל ארץ ישראל במעלתה סוד לשון קודש. והעולם שנברא בלשון הקודש (בר"ר לא, ז) המרכז הוא אבן שתי' שממנו הושתת העולם זהו במקדש.
ובירושלמי פ"ק דשבת (הל' ג' ט, א) תני בשם ר' מאיר, כל מי שהוא קבוע בארץ ישראל, ואוכל חולין בטהרה, ומדבר בלשון הקודש, וקורא את שמע בבקר ובערב, מובטח לו שהוא מחיי עולם הבא, עד כאן. הרי הוזכר מעלת לשון קודש אצל ארץ ישראל, כי משם אורה יצאה ותורה אור:
Mais la terre d'Israël, dans son élévation, est le secret de la langue sainte. Et le monde fut créé par la langue sainte (Berechit Rabba 31,7) ; son centre est la pierre de fondation à partir de laquelle le monde fut fondé, et cela se trouve au Temple.
Et dans le Talmud de Jérusalem, premier chapitre de Chabbat (halakha 3, 9a), on a enseigné au nom de Rabbi Meir : quiconque réside de façon permanente en terre d'Israël, mange des aliments profanes en état de pureté, parle la langue sainte et récite le Chema matin et soir, il lui est assuré qu'il est des fils du monde à venir. Jusqu-ici.
Voilà donc mentionnée la grandeur de la langue sainte auprès de la terre d'Israël, car c'est de là que la lumière est sortie, et la Torah est lumière.
וזהו ענין בפ' המדיר (כתובות עה, א) אמר אביי, וחד מנהון עדיף כתרי מינן. אמר רבא, וחד מינן כי סליק להתם עדיף כתרי מינייהו, דהא ר' ירמיה דכי הוה הכא לא הוה ידע מה קאמרי רבנן, כי סליק להתם קרי לן בבלאי טפשאי.
ועל ענין זה יהיה מאמר בחולין פרק גיד הנשה (צב, א), ובגפן שלשה שריגים (בראשית מ, י), א"ר חייא בר אבא אמר ר' אלו ג' שרי גאים היוצאים מישראל בכל דור ודור, פעמים שנים כאן ואחד בארץ ישראל, פעמים שנים בארץ ישראל ואחד כאן, עד כאן. הענין ג"כ שאחד בארץ ישראל שקול כשנים דהכא, ואחר כך מתהפך אחד מכאן שקול כשנים דהתם.
הענין הוא כדפירשתי, שנים מקרא ואחד תרגום, וארץ ישראל לשון קודש שם סוד ושם רמז כדפירשתי, וענין הרמז שהוא ענייני תורה שבעל פה אבל הוא בנעימות מצד שיותר מתקרב להשורש כי הוא לשון קודש, והוא כענין פסוקים. משא"כ בגלות בבל שבא הריחוק ובסוד התרגום וענין מחשכים, מצד זה אדם כי ימות, מרוב הגירסות ולפעמים משבשתא וצריך להוציא אור מהחשך, ומכח זה מתרבה המחלוקת:
Et c'est là le sens de ce qui est dit au chapitre HaMadir (Ketoubot 75a) : Abaye dit : un seul d'entre eux vaut mieux que deux d'entre nous. Rava dit : et un seul d'entre nous, lorsqu'il monte là-bas, vaut mieux que deux d'entre eux, car voici Rabbi Yirmeya : lorsqu'il était ici, il ne comprenait pas ce que disaient les maîtres, et lorsqu'il monta là-bas, il nous appelait les Babyloniens stupides.
Et c'est sur ce sujet que portera l'enseignement de Houlin, chapitre Guid HaNache (92a) : et dans la vigne trois sarments, chelocha sarigim (שריגים) (Genèse 40,10). Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi : ce sont les trois princes glorieux, sarei gueim (שרי גאים), qui sortent d'Israël à chaque génération ; parfois deux ici et un en terre d'Israël, parfois deux en terre d'Israël et un ici.
Jusqu-ici. Le sens est là aussi qu'un seul en terre d'Israël équivaut à deux d'ici, et qu'ensuite cela se retourne, un seul d'ici équivalant à deux de là-bas.
La chose est comme je l'ai expliqué : deux fois le texte et une fois le targoum ; la terre d'Israël c'est la langue sainte, là se trouvent le secret et l'allusion comme je l'ai expliqué. Et le propre de l'allusion, qui relève des matières de la Torah orale, est qu'elle s'y trouve avec agrément, du fait qu'elle est plus proche de la racine, puisque c'est la langue sainte, et cela s'apparente aux versets.
Il n'en va pas de même dans l'exil de Babylone, où est survenu l'éloignement, sous le secret du targoum et sous l'aspect des ténèbres ; et de ce côté l'homme meurt, à force de leçons apprises et parfois de textes corrompus, et il faut faire sortir la lumière des ténèbres, et c'est de là que les controverses se multiplient.
ובפרק זה בורר (סנהדרין כד, א), א"ר אושעיא, מאי דכתיב (זכריה יא, ז) ואקח לי שני מקלות לאחד קראתי נועם ולאחד חובלים. נועם, אלו תלמידי חכמים שבארץ ישראל שמנעימין זה לזה בהלכה.
חובלים, אלו תלמידי חכמים שבבבל שמחבלין זה את זה בהלכה. ויאמר (אלי) אלה [שני] בני היצהר העומדים וגומר (שם ד, יד), א"ר יצחק אלו תלמידי חכמים שבארץ ישראל שנוחין זה לזה בהלכה.
ושני זתים עליה (שם ג), אלו תלמידי חכמים שבבבל שמרירין זה לזה בהלכה כזית, עד כאן:
Et au chapitre Zeh Borer (Sanhédrin 24a) : Rabbi Ochaya dit : que signifie ce qui est écrit (Zacharie 11,7) : et je pris pour moi deux bâtons, j'appelai l'un Noam, agrément, et l'autre Hovlim, ceux qui blessent. Noam, ce sont les sages de la terre d'Israël qui se rendent la halakha agréable les uns aux autres.
Hovlim, ce sont les sages de Babylone qui se blessent les uns les autres dans la halakha. Et il me dit : ce sont les deux fils de l'huile fraîche qui se tiennent, etc.
(ibid. 4,14) : Rabbi Yitshak dit : ce sont les sages de la terre d'Israël qui sont doux les uns envers les autres dans la halakha.
Et deux oliviers auprès d'elle (ibid. 4,3) : ce sont les sages de Babylone qui sont amers les uns envers les autres dans la halakha comme l'olive.
Jusqu-ici.
הרי תלמידי חכמים שבארץ ישראל, יצהר שהוא שמן המאיר ותורה אור אורה ושמחה, הם כענין רמז לענין תורה שבעל פה ואינם מתחממים כ"כ בפלפול כמו בבבלי, על כן עוסקים הרבה יותר בסודות מעשה מרכבה שהוא דבר גדול. ותלמידי חכמים שבבבל להיפך, עסקם מרובה וכמעט כולו בדבר קטן הויית דאביי ורבא.
על כן ארץ ישראל שני מקרא, ובבבל אחד תרגום. אבל כשחד מינן שלמד כבר דרכי הפילפול ועולה לארץ ישראל ללמוד סודות המרכבה, הרי הוא כתרי מינייהו, כי הנה בסודות המרכבה יש גם כן לפלפל פלפול עמוק ומתוק כדאיתא בפרק המרכבה, ושואלין לאדם צפית במרכבה שלי (מדרש משלי י, ב), פלפלת בחכמה (שבת לא, א).
ובזוהר, אית מקום לשאלא ולאתבא, ואית דקיימא לשאלא, ולא לאתבא, ואית דלא קיימא לשאלא, והמחודד העולה לארץ ישראל אז הוא במעלה יותר לקיים פילפולא בחכמה. נתבאר מזה ידיעת ארץ ישראל בדבר גדול הוא יותר מבבל, וחכמת חידוד דבר קטן הויות דאביי ורבא היא יותר בבבל מבארץ ישראל:
Voilà donc que les sages de la terre d'Israël sont l'huile fraîche, qui est l'huile éclairante, et la Torah est lumière, lumière et joie ; ils relèvent de l'aspect de l'allusion, du côté des matières de la Torah orale, et ils ne s'échauffent pas autant dans la dialectique qu'à Babylone ; c'est pourquoi ils s'occupent bien davantage des secrets de l'œuvre du char divin, qui est une grande chose. Et les sages de Babylone, c'est l'inverse : leur occupation est abondante et presque tout entière dans la petite chose, les débats d'Abaye et de Rava.
C'est pourquoi la terre d'Israël est deux fois le texte, et Babylone une fois le targoum. Mais lorsque l'un d'entre nous, qui a déjà appris les voies de la dialectique, monte en terre d'Israël pour y apprendre les secrets du char, alors il vaut deux d'entre eux, car voici : dans les secrets du char il y a aussi à discuter d'une dialectique profonde et douce, comme il est rapporté au chapitre du char.
Et l'on demande à l'homme : as-tu contemplé mon char ? (Midrach Michle 10,2), as-tu discuté avec sagesse ?
(Chabbat 31a). Et dans le Zohar : il est un domaine où l'on peut questionner et répondre, il en est un qui supporte la question mais non la réponse, et il en est un qui ne supporte même pas la question.
Et l'esprit aiguisé qui monte en terre d'Israël se trouve alors à un degré plus élevé pour accomplir la dialectique dans la sagesse. Il ressort de là que la connaissance de la terre d'Israël dans la grande chose est supérieure à celle de Babylone, et que la sagesse de l'acuité dans la petite chose, les débats d'Abaye et de Rava, se trouve davantage à Babylone qu'en terre d'Israël.
ומזה יתבאר מאמר תמוה בירושלמי מסכת פסחים (פ"י ה"ד ע, ב) תני רבי חייא, כנגד ד' בנים דברה תורה כו'. בן חכם הוא אומר, (דברים ו, כ) מה העדות והחוקים והמשפטים אשר ציוה ה' א-להינו אתכם.
אף אתה אמור לו, בחוזק יד הוציאנו ד' ממצרים. בן רשע מהו אומר, (שמות יב, כו) מה העבודה הזאת לכם, מה העבודה הזה שאתם מטריחים עליו בכל שנה ושנה.
מכיון שהוציא עצמו מהכלל, אף אתה אמור והקהה את שיניו, בעבור זה עשה ה' לי בצאתי ממצרים (שם יג, ח), לי עשה, לו לא עשה, אלו היה אותו האיש במצרים לא היה ראוי שיגאל משם לעולם. בן טפש מהו אומר, (שם יד) מה זאת, אף אתה למדו כהלכות פסח אין מפטירין אחר הפסח אפיקומן.
מהו אפיקומן, שלא יהא עומד מחבורה זו ונכנס לחבורה אחרת. ושאינו יודע לשאול כו', עד כאן לשונו:
Et par là s'éclaircira un enseignement étonnant du Talmud de Jérusalem, traité Pessahim (chapitre 10, halakha 4, 70b) : Rabbi Hiya enseigna : c'est en fonction de quatre fils que la Torah a parlé, etc. Le fils sage, que dit-il ?
(Deutéronome 6,20) : quels sont les témoignages, les décrets et les lois que ה' notre Dieu vous a ordonnés ? Toi aussi, dis-lui : c'est à main forte que ה' nous a fait sortir d'Égypte.
Le fils méchant, que dit-il ? (Exode 12,26) : que signifie pour vous ce service ? c'est-à-dire : que signifie ce service dont vous vous chargez péniblement année après année ?
Puisqu'il s'est exclu de la collectivité, toi aussi, parle et émousse ses dents : c'est en vue de cela que ה' a agi pour moi lors de ma sortie d'Égypte (ibid. 13,8) : pour moi Il a agi, pour lui Il n'aurait pas agi ; si cet homme avait été en Égypte, il n'aurait jamais mérité d'en être délivré.
Le fils sot, que dit-il ? (ibid.
14) : qu'est-ce que cela ? Toi aussi, enseigne-lui selon les règles de Pessa'h : on ne conclut pas après l'agneau pascal par un afikoman.
Qu'est-ce que l'afikoman ? Que l'on ne se lève pas de ce groupe pour entrer dans un autre groupe.
Et celui qui ne sait pas questionner, etc. Jusqu-ici ses paroles.
הרי עיניכם רואות הענין היפוך מחכם לתם מסדר אגדה שלנו. כבר בארתי החכם שבארץ ישראל הוא בסודות התורה, ומיעוט הוא בפלפול ההוייות.
והחכם שבבבל להיפך. נמצא החכם שבארץ ישראל הוא תם בבבל בעיון פלפולו, והחכם שבחוץ לארץ הוא תם בארץ ישראל בענין השגת הסודות, וכן תמצא מרומז מחכם לתם קרובים בלשון אחד, והיה כי ישאלך בנך מחר לאמר מה זאת, פירש רש"י זה תינוק טפש, ובמקום אחר הוא אומר מה העדות והחקים והמשפטים הרי זה שאלת בן חכם כו', הרי שכלולים בלשון אחד.
וכמו שכתוב הכא (שמות יג, יד) כי ישאלך בנך מחר, כן כתיב בואתחנן (דברים ו, כ) כי ישאלך בנך מחר, אשר נראה לעין כל כי מתהפך מחכם לתם ומתם לחכם:
Voici, vos yeux le voient, la chose est inversée, du sage au simple, par rapport à l'ordre de notre Haggada. J'ai déjà expliqué que le sage de la terre d'Israël se tient dans les secrets de la Torah et n'a que peu de dialectique des débats, et que le sage de Babylone est à l'inverse.
Il se trouve donc que le sage de la terre d'Israël est le simple à Babylone quant à la profondeur de la dialectique, et que le sage de l'extérieur du pays est le simple en terre d'Israël quant à l'obtention des secrets. Et tu trouveras de même qu'il est fait allusion à ce passage du sage au simple par une seule et même formule : et lorsque ton fils te demandera demain en disant : qu'est-ce que cela ?
Rachi explique : celui-ci est un enfant sot ; et à un autre endroit le verset dit : quels sont les témoignages, les décrets et les lois, et voilà la question du fils sage, etc. Voilà donc qu'ils sont compris dans une seule et même formule.
Et de même qu'il est écrit ici (Exode 13,14) : lorsque ton fils te demandera demain, ainsi il est écrit dans Vaethanan (Deutéronome 6,20) : lorsque ton fils te demandera demain, ce qui montre à tous les yeux que cela se retourne du sage au simple et du simple au sage.
ועתה אבאר, וקודם לזה אבאר הפשוטי של הפיסקא חכם מה הוא אומר כו', דיש להקשות הלא עניין הכתוב בואתחנן קאי אענייני כל התורה ולא אפסח לבד, דכך פירש הכתוב מה העדות כו', כלומר מי מחייבני לשומרם. התשובה עבדים היינו כו' ולקח אותנו לעבדים, לפיכך חייבים אנחנו לקיים ציוייו.
עוד קשה, דבואתחנן משיב תשובה אחרת מדהכא. עוד קשה, דלסברת המגיד שקאי אפסח, מה זה אף אתה אמור לו כהלכות הפסח, כאלו החכם לא דיבר מענין הפסח:
Et maintenant je vais l'expliquer ; mais auparavant j'expliquerai le sens simple du passage : le sage, que dit-il, etc. Il y a lieu de faire difficulté : le propos du verset dans Vaethanan porte sur les matières de toute la Torah et non sur Pessa'h seulement, car ainsi s'explique le verset : quels sont les témoignages, etc., c'est-à-dire : qui m'oblige à les garder ?
Et la réponse : nous étions esclaves, etc., et Il nous a pris pour serviteurs, c'est pourquoi nous sommes tenus d'accomplir Ses ordres. Autre difficulté : dans Vaethanan on donne une réponse autre que celle d'ici.
Autre difficulté encore : selon l'avis de celui qui rapporte l'enseignement, pour qui le verset porte sur Pessa'h, que signifie : toi aussi, dis-lui selon les règles de Pessa'h, comme si le sage n'avait pas parlé du sujet de Pessa'h ?
אלא הענין הוא כדפירשתי לעיל בביאור ההגדה אמצה שמורה, דבודאי קאי בואתחנן אכל התורה, רק חכם המפולפל לוקח בהשאלה אלו התיבות ומפלפל בכאן לענין פסח, וזה שואל עדות חקים ומשפטים הנאמרים בפסח סותרין אהדדי. עדות נקרא מצוה שהיא לזכר ועדות על מה שהיה, כמו מרור זכר לוימררו וכיוצא בזה הרבה, ותמצא ענין עדות בפסח כי פסח ה' על בתי בני ישראל, ואז מקשה א"כ מהו זה חקים שנאמר (שמות יב, מג) זאת חקת הפסח, דחק משמע שאין לו טעם.
וכי תימא חק האמור כאן פירושו בענין אחר, ורצה לומר שהוא חק לכל העולם ולא לישראל לבד, סותר לזה מה שנקרא משפט שנאמר בפסח (במדבר ט, ג) ככל חקותיו ומשפטיו, ומשפט הוא (שמות יב, מג) כל בן נכר לא יאכל בו, מגיד דבריו ליעקב חקיו ומשפטיו לישראל, ומשפטים בל ידעום (תהלים קמז, יט-כ) כדאמר ברבות פרשת בא פרשה י"ט (ו). וא"כ החכם מפלפל ממה נפשך קשה, אם חק הוא פירוש גזירת המלך, סותר לזה עדות.
ואם פירושו הוא חוק לכל, סותר לזה משפט:
Mais la chose est comme je l'ai expliqué plus haut dans le commentaire de la Haggada sur la matsa gardée : assurément le verset de Vaethanan porte sur toute la Torah, seulement le sage rompu à la dialectique emprunte ces mots et les discute ici à propos de Pessa'h ; et il demande ainsi : les témoignages, les décrets et les lois énoncés à propos de Pessa'h se contredisent les uns les autres. On appelle témoignage une mitsva qui est un souvenir et un témoignage de ce qui a été, comme le maror, souvenir de : et ils leur rendirent la vie amère, et beaucoup d'autres semblables ; et tu trouveras cet aspect de témoignage dans Pessa'h, car ה' passa au-dessus des maisons des enfants d'Israël.
Alors il objecte : s'il en est ainsi, que sont donc ces décrets, puisqu'il est dit (Exode 12,43) : voici le décret de Pessa'h, et que décret implique ce qui n'a pas de raison ? Et si tu dis que le décret énoncé ici a un autre sens, à savoir qu'il est un décret pour le monde entier et non pour Israël seulement, cela est contredit par ce qui est appelé loi, car il est dit à propos de Pessa'h (Nombres 9,3) : selon tous ses décrets et toutes ses lois, et la loi c'est (Exode 12,43) : aucun fils d'étranger n'en mangera ; Il annonce Ses paroles à Yaakov, Ses décrets et Ses lois à Israël, et les lois, ils ne les connaissent pas (Psaumes 147,19-20), comme il est dit dans le Midrach Rabba, paracha Bo, paracha 19 (6).
S'il en est ainsi, le sage discute : de toute manière c'est difficile ; si décret signifie décret du Roi, cela est contredit par témoignage ; et si son sens est qu'il s'agit d'un décret pour tous, cela est contredit par loi.
ובאה התשובה אין מפטירין כו', ובפ' ערבי פסחים איכא מ"ד אפיקו מנא דהיינו שלא יאכלו הפסח בב' מקומות, ולענין זה הוא תשובה למה נקרא חק כי דבר אחד יש בו חקיי שאין בו טעם, כי אדרבה הסברא להיפך לאכול מבית לבית כענין שהיתה פסיחת הקב"ה מבית לבית. וזהו שאמר אף אתה אמור לו כהלכות פסח, כלומר אף שהפסוק בואתחנן אינו קאי אפסח ולא היה זה רק בשאלה, וק"ל:
Et vient la réponse : on ne conclut pas, etc. Et au chapitre Arvei Pessahim, il y a un avis selon lequel il faut lire afikou mana, sortez les ustensiles, c'est-à-dire que l'on ne mange pas l'agneau pascal en deux endroits.
Et à cet égard c'est une réponse à la question de savoir pourquoi il est appelé décret, car il y a en lui une chose qui relève du décret, sans raison ; au contraire, le raisonnement voudrait l'inverse, manger de maison en maison, à la manière dont le Saint béni soit-Il sauta de maison en maison. Et c'est ce qu'il dit : toi aussi, dis-lui selon les règles de Pessa'h, c'est-à-dire : bien que le verset de Vaethanan ne porte pas sur Pessa'h et que cela n'ait été qu'un emprunt dans la question.
Et cela est facile à comprendre.
וביאור הפסוקים בואתחנן על כל התורה כולה הוא כך, שהודיענו כי תלה הכתוב כל התורה ביציאת מצרים, זהו (דברים ו, כא) ואמרת לבנך עבדים היינו כו', וסיים (שם) ויוציאנו ה' ממצרים ביד חזקה. בזה מתורץ החקירה גדולה שחקרנו והיא כתובה למעלה בפנים, גם בקצת דרושים, כמו שמצינו יסודי התורה כולה יציאת מצרים, ותלה כמה מצות ביציאת מצרים, דיש לתמוה הלא התורה קדומה לעולם והיא נצחיית מצד עצמה אינה תלויה בזולתה, ואיך נאמר אם לא גלו ישראל למצרים לא היה מציאות לתורה חלילה.
גם תלה קבלת אלהותו יתברך ביציאת מצרים, כמו שאמר (שמות כ, ב) אנכי ה' א-להיך אשר הוצאתיך מארץ מצרים, וכתיב (במדבר טו, מא) אני ה' א-להיכם אשר הוצאתי אתכם מארץ מצרים:
Et l'explication des versets de Vaethanan, portant sur toute la Torah dans son ensemble, est la suivante : il nous a fait savoir que le verset a suspendu toute la Torah à la sortie d'Égypte, c'est le verset (Deutéronome 6,21) : et tu diras à ton fils : nous étions esclaves, etc., et il conclut (ibid.) : et ה' nous a fait sortir d'Égypte à main forte. Par là se résout la grande recherche que nous avons menée et qui est écrite plus haut dans le corps de l'ouvrage, ainsi que dans quelques autres développements : nous trouvons en effet que le fondement de toute la Torah est la sortie d'Égypte, et que le verset a suspendu plusieurs mitsvot à la sortie d'Égypte.
Il y a lieu de s'en étonner : la Torah n'est-elle pas antérieure au monde, éternelle par elle-même et ne dépendant de rien d'autre ? Comment donc dire que, si Israël n'avait pas été exilé en Égypte, la Torah n'aurait pas eu d'existence, à Dieu ne plaise ?
De même Il a suspendu l'acceptation de Sa divinité, qu'Il soit béni, à la sortie d'Égypte, comme il est dit (Exode 20,2) : Je suis ה' ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, et il est écrit (Nombres 15,41) : Je suis ה' votre Dieu qui vous ai fait sortir du pays d'Égypte.