שני לוחות הברית

Chnei Louhot HaBrit (Shlah) — Asara Maamarot, Third and Fourth Maamar (8/10)

Rabbi Yeshayahou Horowitz
En bref

Ce passage poursuit, dans la même catégorie, ce qu'a écrit Rabbi Avraham Galante dans Kol Bokhim sur les souffrances d'amour : la midda (attribut) déverse les rigueurs sur les justes pour s'élever, et Rabbi Yo'hanan dit « ni elles ni leur récompense », car il disposait d'autres moyens d'union. Le Chla pose trois degrés : la crainte intérieure du juste parfait qui accomplit les 613 mitsvot par pure crainte du Ciel ; puis l'amour, avec joie et élan ; puis la crainte du plus intime, celle du hassid qui agit avec bonté envers son Créateur, pour le besoin d'en haut. C'est à cette crainte qu'a mérité Avraham : « car tu crains Elokim ».

Aussi : la ligature d'Its'hak au-delà de la lettre pour la crainte du plus intime ; « et maintenant » (Ekev) : agir tout de suite ; Hachem « demande » la crainte intérieure tournée vers le Nom

ובסוג זה נכנס מה שכתב המקובל מהר"א גלאנטי בספר קול בוכים בפסוק (איכה ג, כה) טוב ה' לקויו לנפש תדרשנו וזה לשונו, כבר ידעת סוד יסורין של אהבה, כי בעוד שמדה זו מלוהטת בדיני אי אפשר לעלות למקומה הרמתה ולהתייחד עם דודה אל תוך החדרים, ומה עושה, משפעת אותה הדינים לצדיקי הדור והיא עולה והם נקראין יסורין של אהבה שגורמים האהבה והייחוד למעלה, שכך עולה אהב"ה כמנין אח"ד. וזהו סוד (שבת פ"ו מ"ה) במו"ך שהתקינה לנדתה, דהיינו הצדיק הזה שנעשה מ"ך ביסורין, והצדיק הזה יש לו שכר גדול וייטב לו לעולם שכלו טוב.

וזהו (איכה ג, כז) טוב לגבר כי ישא עול בנעוריו, טוב הוא לו לגבר הזה שגבר על יצרו והוא צדיק שישא עול בנעוריו ואלו היו יסורין של ר' יוחנן שהיו יסורין של אהבה מדהשיב לו לא הן ולא שכרן (ברכות ה, ב), ואם היו לפריעת חוב עון מהו ולא שכרן, על כרחך אתה חייב לפרוע. אלא ודאי שהיו באין עליו להרבות לו שכרו, ולא נתרצה בשכר זה.

וא"ת ולמה ר' יוחנן לא רצה בהם אחר שהיה גורם האהבה והייחוד כדאמרן. וי"ל שאפשר שהיו לו מציאיות אחרים לגרום הייחוד בעסק התורה וסיגופים אחרים.

וזהו לא הן ולא שכרן, כלומר שכרן של היסורים הללו, עד כאן לשונו. ונודע כל יסורין הם יראה והם באים מצד אהבה:

Dans cette catégorie entre aussi ce qu'a écrit le kabbaliste Rabbi Abraham Galante dans le livre Kol Bokhim, sur le verset "Le Nom est bon pour ceux qui espèrent en Lui, pour l'âme qui Le recherche" (Lamentations 3,25). Voici ses paroles : tu connais déjà le secret des souffrances d'amour.

Car tant que cette midda (attribut divin) est embrasée de rigueurs, il lui est impossible de monter vers son lieu élevé et de s'unir à son bien-aimé au-dedans des chambres. Que fait-elle alors ?

Elle déverse ces rigueurs sur les justes de la génération, et elle-même s'élève ; et elles sont appelées souffrances d'amour, parce qu'elles causent l'amour et l'union en haut, car אהב"ה (amour) a la même valeur numérique que אח"ד (un). Et c'est là le secret de "avec le tampon (מו"ך) qu'elle a préparé pour sa période d'impureté" (Michna Chabbat 6,5) : il s'agit de ce juste qui est devenu מ"ך, abaissé et appauvri par les souffrances.

Ce juste a une grande récompense, et il sera bien pour lui dans le monde qui est tout entier bon. Et c'est le sens de "il est bon pour l'homme de porter le joug dans sa jeunesse" (Lamentations 3,27) : il est bon pour cet homme (guever) qui a dominé (gavar) son penchant et qui est un juste, de porter le joug dans sa jeunesse.

Telles étaient les souffrances de Rabbi Yo'hanan, qui étaient des souffrances d'amour, puisqu'il lui répondit "ni elles ni leur récompense" (Berakhot 5b) ; car si elles étaient venues acquitter la dette d'une faute, que signifierait "ni leur récompense" ? Tu es bien obligé de payer ta dette.

Il faut donc dire qu'elles venaient sur lui pour augmenter sa récompense, et qu'il n'a pas consenti à cette récompense. Et si tu demandes : pourquoi Rabbi Yo'hanan n'en a-t-il pas voulu, puisqu'elles causaient l'amour et l'union comme nous l'avons dit ?

On peut répondre qu'il disposait peut-être d'autres moyens de provoquer l'union, par l'étude de la Torah et par d'autres mortifications. Tel est le sens de "ni elles ni leur récompense", c'est-à-dire la récompense de ces souffrances.

Jusqu'ici ses paroles. Et il est connu que toutes les souffrances relèvent de la crainte, et qu'elles viennent du côté de l'amour.

נחזור לענין, הנה ג' אלה שזכרתי יראה, אהבה הפנימיית, ויראה לפני ולפנים, הם כך. יראה הפנימיית היא צדיק גמור השומר כל התורה תרי"ג מצות כללותיהן ופרטיהן ודקדוקיהן, הן דאורייתא הן דרבנן, כל מה שמצווה עושה, הן לא תעשה, הן עשה מקיים הכל, לא משום יראת עונש, ולא משום קבלת שכר, רק מיראת שמים, רצוני לומר שהוא ירא ובוש לעבור על ציווי מלך גדול רם ונשא רב ושליט.

אח"כ נכנס ליותר מדריגה, דהיינו שעושה באהבה ואין עליו כמשאוי, רק בשמחה ובטוב לבב ובדביקה וחשיקה וחפיצה. אח"כ נכנס ליותר מדריגה ליראה לפני ולפנים.

כי מאחר שנתדבק בו יתברך, יודע שהוא כביכול בדמותו ובצלמו, ורוצה לקיים הדברים בשביל עצמיית וצורך גבוה לתקן שמו הגדול, ואז המורא עליו ביותר וירא מפני החטא ביותר ממה שמחויב, כי יש עליו המורא תמיד שלא יחסר סוד התאחדות המלך בכבודו:

Revenons à notre sujet. Ces trois degrés que j'ai mentionnés - la crainte, l'amour intérieur, et la crainte du plus intime - sont ceci.

La crainte intérieure, c'est le juste parfait qui observe toute la Torah, les 613 mitsvot, dans leurs principes généraux, leurs détails et leurs minuties, aussi bien celles de la Torah que celles des Sages ; tout ce qui lui est ordonné, il l'accomplit, les interdits comme les commandements positifs, il accomplit tout, non par crainte du châtiment ni pour recevoir une récompense, mais par pure crainte du Ciel. Je veux dire qu'il craint et a honte de transgresser l'ordre d'un roi grand, élevé, exalté, puissant et souverain.

Ensuite il entre dans un degré plus haut : il agit par amour, et cela ne pèse pas sur lui comme un fardeau, mais avec joie, d'un cœur bon, avec attachement, désir et élan. Ensuite il entre dans un degré plus haut encore, la crainte du plus intime.

Car dès lors qu'il s'est attaché à Lui, béni soit-Il, il sait qu'il est, pour ainsi dire, à Sa ressemblance et à Son image, et il veut accomplir les commandements pour l'essence même et pour le besoin d'en haut, afin de réparer Son grand Nom ; alors la crainte révérencielle est sur lui davantage, et il redoute la faute plus que ce à quoi il est tenu, car cette crainte l'habite constamment, de peur que ne vienne à manquer le secret de l'union du Roi dans Sa gloire.

נמצא היראה הראשונה בחינות צדיק גמור המקיים התורה לא גורע ולא מוסיף על מה שהוא מצווה. והאהבה היא הדביקה וחשיקה וחפיצה בכל אשר עושה.

והיראה לפני ולפנים הוא חסיד עושה ביותר ממה שהוא מצווה מפני היראה הזו שהוא לפני ולפנים, סוד יחוד השם, וכן אמרו בתיקונים. נקרא חסיד שמתחסד עם קונו הוא הדבר אשר דברתי, כי מתחסד בשביל צורך קונו, ועל זה נאמר (תהלים קמז, יא) רוצה ה' את יראי"ו את המיחלים לחסדו.

ותיבת לחסדו קאי על ה' אשר הזכיר, דהיינו מכח יראה זו מתחסד עם ה'. ולזו היראה זכה אברהם אבינו שאמר לו הש"י (בראשית כב, יב) כי ירא א-להים אתה, והיא היראה היוצאת מאהבה ונעשה חסיד שמתחסד עם קונו.

זהו סוד (מיכה ז, כ) חס"ד לאברהם, וזהו כי ירא א-להים אתה:

Il en ressort que la première crainte relève de l'aspect du juste parfait, qui accomplit la Torah sans rien retrancher ni ajouter à ce qui lui est ordonné. L'amour, c'est l'attachement, le désir et l'élan dans tout ce qu'il fait.

Et la crainte du plus intime, c'est l'homme de piété (hassid) qui fait plus que ce qui lui est ordonné, à cause de cette crainte qui est au plus intime, le secret de l'unification du Nom. Ainsi ont-ils dit dans les Tikounim : il est appelé hassid parce qu'il agit avec bonté envers son Créateur.

C'est bien la chose que j'ai dite : il agit avec bonté pour le besoin de son Créateur. C'est de cela qu'il est dit : "Le Nom agrée ceux qui Le craignent, ceux qui espèrent en Sa bonté" (Psaumes 147,11).

Le mot "Sa bonté" se rapporte au Nom qui vient d'être mentionné : par la force de cette crainte, il agit avec bonté envers le Nom. C'est à cette crainte qu'a mérité Abraham notre père, à qui le Saint béni soit-Il a dit "car tu crains Elokim" (Genèse 22,12) ; c'est la crainte qui procède de l'amour, et il est devenu ce hassid qui agit avec bonté envers son Créateur.

C'est le secret de "la bonté à Abraham" (Michee 7,20), et c'est le sens de "car tu crains Elokim".

ובזה מתורץ קושיא אחת שקשה לפום ריהטא בדברי רז"ל (תנחומא וירא כג) בפסוק (בראשית כב, ה) נלכה עד כה, אראה היכן הוא מה שאמר לו המקום (שם טו, ה) כה יהיה זרעך, עד כאן. כנראה ח"ו שאברהם היה כמתרעם, וחלילה לנו לחשוב כן בפועל הטוב ההוא אשר אנחנו אוכלים עוד היום מזכות הזה:

Par cela se résout une difficulté qui, a première vue, se pose dans les paroles de nos maîtres (Tan'houma Vayera 23) sur le verset "nous irons jusque là (ad ko)" (Genèse 22,5) : je verrai où est ce que le Lieu m'a dit, "ainsi (ko) sera ta descendance" (Genèse 15,5). Fin de citation.

Il semblerait, à Dieu ne plaise, qu'Abraham se plaignait, et il nous est interdit de penser cela de cette belle action dont nous mangeons encore aujourd'hui le mérite.

אלא הענין הוא, אברהם אבינו רצה לעשות במעשה הטוב ההוא לפנים משורת הדין להתלבש ביראה פנימה דפנימית, כי מצות השם לא היתה מכרחת אותו, כי היה יכול להשיב רבש"ע דבריך הראשונים אני מקיים שאמרת כה יהיה זרעך. ואפילו הכי נתרצה לדברי האחרונים דהקב"ה.

וזה ענין המאמר, שאברהם חשב עם עצמו דברי הקב"ה כה יהיה זרעך כדי להגדיל המצוה במה שירצה לקיים עתה דברי הקב"ה להעלהו עולה. ובבראשית רבה (נו, י) ויקרא אברהם שם המקום ההוא ה' יראה (בראשית כב, יד), אמר ר' יוחנן אמר לפניו רבש"ע משעה שאמרת לי (שם כב, ב) קח נא את בנך את יחידך, היה לי להשיב, אתמול אמרת לי (שם כא, יב) כי ביצחק יקרא לך זרע, עכשיו קח נא את בנך וגו'.

וח"ו לא עשיתי כן, אלא כבשתי רחמי לעשות רצונך כו', עד כאן. הרי מבואר מדבריהם הדברים שדברנו:

Mais voici la chose : Abraham notre père voulut accomplir cette belle action au-delà de la lettre de la loi, afin de se revêtir de la crainte la plus intérieure. Car l'ordre du Nom ne le contraignait pas : il aurait pu répondre : Maître du monde, je m'en tiens à Tes premières paroles, puisque Tu as dit "ainsi sera ta descendance".

Et malgré cela il consentit aux dernières paroles du Saint béni soit-Il. Tel est le sens de ce texte : Abraham se rappela en lui-même les paroles du Saint béni soit-Il, "ainsi sera ta descendance", afin de rendre la mitsva plus grande, puisqu'il voulait accomplir maintenant les paroles du Saint béni soit-Il et l'offrir en holocauste.

Et dans le Midrach Rabba sur la Genèse (56,10) : "Abraham appela ce lieu : le Nom verra" (Genèse 22,14) - Rabbi Yo'hanan a dit : il dit devant Lui : Maître du monde, des l'instant où Tu m'as dit "prends donc ton fils, ton unique" (Genèse 22,2), j'aurais pu répliquer : hier Tu m'as dit "c'est par Its'hak qu'une descendance portera ton nom" (Genèse 21,12), et maintenant "prends donc ton fils" ! Mais à Dieu ne plaise, je n'ai pas agi ainsi, j'ai au contraire dominé ma compassion pour faire Ta volonté, etc.

Fin de citation. Voilà que leurs paroles établissent clairement ce que nous avons dit.

וזה כוונתם ז"ל במסכת סוטה סוף פרק כשם (לא, א) ירא א-להים האמור באברהם מאהבה, עד כאן. וקשה הלא ירא כתיב, ואיך מפרשים הם מאהבה.

אלא הכי פירושו, יראה הכתוב באברהם זו היראה היא מאהבה, כי מקודם העקידה לא זכה רק נגד אהבה פנימית, ועתה זכה ליראה פנימה דפנימית הבאה לאחר האהבה הפנימית. והא דאיתא שם גדול העושה מאהבה מהעושה מיראה, שזה תלוי לאלף דור, וזה לאלפים.

היינו מיראה ראשונה שלפני האהבה, והיראה שלאחר האהבה היא הדביקות ממש בה' שנעשה מרכבה. והתחלת הדביקות מאהבה, על כן לא תמצא אהבה רק אצל שם ידו"ד.

וכן יראה על הרוב, ועתה ישראל מה ה' א-להיך שואל מעמך וגו' (דברים י, יב), את י"י א-להיך תירא (שם ו, יג), ליראה את השם הנכבד והנורא (שם כח, נח), יראו את י"י (תהלים לד, י), עבדו את י"י ביראה (שם ב, יא), יראת י"י טהורה (שם יט, י), עין י"י אל יראיו (שם לג, יח), יראת י"י אלמדכם (שם לד, יב), אשרי איש ירא את י"י (שם קיב, א), אשרי כל ירא י"י (שם קכח, א):

Telle est aussi leur intention dans le traité Sota, a la fin du chapitre Ké-chem (31a) : "craignant Elokim" dit à propos d'Abraham signifie par amour. Fin de citation.

Or c'est difficile : n'est-il pas écrit "craignant" ? Comment l'expliquent-ils par l'amour ?

Mais voici l'explication : la crainte écrite au sujet d'Abraham, cette crainte-là procède de l'amour ; car avant la ligature d'Its'hak il n'avait mérité que l'amour intérieur, tandis que maintenant il a mérité la crainte la plus intérieure, celle qui vient après l'amour intérieur. Et ce qui est enseigné là même, que celui qui agit par amour est plus grand que celui qui agit par crainte, car l'un est suspendu à mille générations et l'autre à deux mille, cela vise la première crainte, celle qui précède l'amour ; car la crainte qui vient après l'amour est l'attachement véritable au Nom, jusqu'à devenir un char pour la présence divine.

Et le commencement de l'attachement vient de l'amour ; c'est pourquoi tu ne trouveras l'amour qu'auprès du Nom ה'. Et de même la crainte, la plupart du temps : "Et maintenant, Israël, que demande de toi ה' ton Dieu" etc.

(Deutéronome 10,12) ; "ה' ton Dieu tu craindras" (Deutéronome 6,13) ; "pour craindre le Nom honoré et redoutable" (Deutéronome 28,58) ; "Craignez ה'" (Psaumes 34,10) ; "Servez ה' avec crainte" (Psaumes 2,11) ; "La crainte de ה' est pure" (Psaumes 19,10) ; "L'œil de ה' est sur ceux qui Le craignent" (Psaumes 33,18) ; "Je vous enseignerai la crainte de ה'" (Psaumes 34,12) ; "Heureux l'homme qui craint ה'" (Psaumes 112,1) ; "Heureux quiconque craint ה'" (Psaumes 128,1).

ובמקום שנזכר יראה אצל שם א-להים שהיא מדת הדין, רומז על היראה החיצוני שאין עסקנו בה, מפני שהיא יראת העונש. וזהו שאמר אברהם אבינו (בראשית כ, יא) אמרתי רק אין יראת א-להים במקום הזה, כלומר אפילו יראה החיצונית יראת העונשים אין בכם, על כן יראתי שתקחו את אשתי.

ובמסכת ברכות (נה, א) והא-להים עשה שייראו מלפניו (קהלת ג, יד), אמר רבה בר בר חנה אר"י זה חלום רע. אמר רבי יהושע בן לוי לא נבראו רעמים אלא לפשט עקמומיות שבלב (ברכות נט, א).

(חלום רע על דרך (תהלים קכו, א) היינו כחולמים):

Et là où la crainte est mentionnée auprès du Nom Elokim, qui est l'attribut de rigueur, cela renvoie à la crainte extérieure dont nous ne nous occupons pas, parce qu'elle est la crainte du châtiment. C'est ce qu'a dit Abraham notre père : "je me suis dit : il n'y a assurément pas de crainte d'Elokim en ce lieu" (Genèse 20,11), c'est-à-dire : même la crainte extérieure, la crainte des châtiments, n'est pas en vous ; c'est pourquoi j'ai craint que vous ne preniez ma femme.

Et dans le traité Berakhot (55a) : "Elokim a fait en sorte qu'on Le craigne" (Ecclésiaste 3,14) - Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est le mauvais rêve. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : les tonnerres n'ont été créés que pour redresser les torsions du cœur (Berakhot 59a).

(Le mauvais rêve est à entendre dans le sens de "nous étions comme des rêveurs", Psaumes 126,1.)

ומה שנאמר באברהם ירא א-להים אתה, ולא כתיב ירא י"י. מתורץ על פי הזוהר מה שפירש על פסוק (בראשית כב, ז) הנני בני, שיצחק אמר לאברהם הלא אבי אתה, כלומר נתפרסם ענינך במדת החסד כמו שכתוב (מיכה ז, כ) חסד לאברהם, ואיך אתה תעשה כזה.

השיב לו הנני בני, כלומר לעת עתה אני במדת בני להתלבש בגבורה ובמדת הדין, וזהו ענין שנתלבש עתה בא-להים. וזה רמוז במאמר דלעיל בבראשית רבה אלא כבשתי רחמי כו', ודוק:

Quant à ce qui est dit d'Abraham "tu crains Elokim", et non "tu crains ה'", cela se résout d'après le Zohar, par ce qu'il a expliqué sur le verset "me voici, mon fils" (Genèse 22,7) : Its'hak dit à Abraham : n'es-tu pas mon père ? c'est-à-dire, ta conduite est connue par l'attribut de bonté, comme il est écrit "la bonté à Abraham" (Michee 7,20), et comment ferais-tu une chose pareille ? Il lui répondit : "me voici, mon fils", c'est-à-dire : pour l'heure je suis dans l'attribut de mon fils, revêtu de la guevoura (rigueur) et de l'attribut de justice.

C'est en ce sens qu'il s'est maintenant revêtu d'Elokim. Et cela est suggéré dans le texte cité plus haut du Midrach Rabba sur la Genèse : "j'ai au contraire dominé ma compassion", etc.

Examine bien.

וענין הפסוק (קהלת יב, יג) סוף דבר הכל נשמע את הא-להים ירא וגו', ולא כתב את י"י ירא, הא-להים הכתוב כאן בה"א הידיעה נראה לי רומז על עצם אלהותו יתברך, והוא על דרך שפירש בראשית חכמה על הפסוק (דברים ד, לה) אתה הראית לדעת כי ה' הוא הא-להים אין עוד מלבדו, זה לשונו, ירצה הראית כי בעינינו ראינו מציאת הנבואה, וידענו כי י"י הוא הא-להים, ירצה האלוה אדון ופטרון לעולם ואין עוד מלבדו, והוא מה שפירש המתרגם ארי י"י הוא אלהא, כי אלהא מורה אל אלהות אין סוף מלך מלכי המלכים, עד כאן לשונו:

Quant au sens du verset "fin du discours, tout a été entendu : crains Elokim" etc. (Ecclésiaste 12,13) - et il n'est pas écrit "crains ה'" - le mot ha-Elokim écrit ici avec l'article défini me semble renvoyer à l'essence même de Sa divinité, béni soit-Il.

C'est dans le sens de ce qu'a expliqué le Reshit 'Hokhma sur le verset "toi, il t'a été donné de voir pour savoir que ה' est Elokim, il n'y en a pas d'autre en dehors de Lui" (Deutéronome 4,35). Voici ses paroles : il veut dire, il t'a été donné de voir, car de nos propres yeux nous avons vu la réalité de la prophétie, et nous avons su que ה' est Elokim, c'est-à-dire le Dieu, maître et protecteur du monde, et il n'y en a pas d'autre en dehors de Lui.

C'est ce qu'explique la traduction araméenne : "car ה' est Elaha", car Elaha désigne la divinité sans fin, le Roi des rois des rois. Jusqu'ici ses paroles.

וממה שכתבתי תתבאר פירוש יראה ואהבה שהוא בפרשת עקב (דברים י, יב) ועתה ישראל מה ה' א-להיך שואל מעמך כי אם ליראה כו', את י"י א-להיך תירא אותו תעבוד ובו תדבק ובשמו תשבע (שם כ). יש להתעורר מה לשון ועתה, היה לו לומר הנה ה' שואל.

ורש"י פירש מה שפירש. עוד יש להתעורר, מה ה' א-להיך שואל מעמך כי אם ליראה, למה אמר לשון שלילה ואריכות לשון, היה לו לומר הן י"י א-להיך שואל מעמך היראה.

ורז"ל תקנו זה הדבר במה שאמרו (ברכות לג, ב) יראה מלתא זוטרתי לגבי משה. גם אני אלך בעקבותיהם, אמנם דבריהם צריך פירוש.

גם יש להתעורר למה אמר שואל, ולא אמר י"י א-להיך מצוך. גם יש להתעורר, ולעבוד את ה' א-להיך בכל לבבך ובכל נפשך, למה לא הזכיר ובכל מאודך כמו שהזכיר בפרשת שמע (דברים ו, ה).

או למה הזכיר עבודה יותר באהבה, ממה שהזכיר ביראה. גם יש להתעורר בפסוק (דברים י, יג) לשמור את מצות י"י וגו' לטוב לך, למאי נפקא מינה אמר לטוב לך, כאלו נותן ח"ו מקום לטעות לעבוד על מנת לקבל פרס, או למה לא אמר לטוב לך בפסוק הראשון (שם יב) בכל לבבך ובכל נפשך לטוב לך.

עוד יש להתעורר בפסוק (שם טו) רק באבותיך חשק, לפי המשך הענין היה לו לומר ולא חשק רק באבותיך. עוד יש להתעורר (שם כ) את י"י א-להיך תירא, למה כפל ענין היראה, הלא כבר הזכיר כי אם ליראה וגו':

De ce que j'ai écrit s'éclaire le sens de la crainte et de l'amour dont il est question dans la paracha Ekev : "Et maintenant, Israël, que demande de toi ה' ton Dieu, sinon de craindre" etc. (Deutéronome 10,12), "ה' ton Dieu tu craindras, c'est Lui que tu serviras, à Lui tu t'attacheras et par Son nom tu jureras" (Deutéronome 10,20).

Il y a lieu de s'interroger sur le terme "et maintenant" : il aurait dû dire "voici ce que ה' demande". Rachi a donné son explication.

Il y a encore lieu de s'interroger : "que demande de toi ה' ton Dieu, sinon de craindre" - pourquoi employer une tournure négative et une expression aussi longue ? Il aurait dû dire : voici, ה' ton Dieu te demande la crainte.

Nos maîtres ont résolu ce point en disant que la crainte est une petite chose pour Moché (Berakhot 33b) ; moi aussi je marcherai sur leurs traces, mais leurs paroles demandent explication. Il y a aussi lieu de s'interroger : pourquoi dire "demande" et non "ה' ton Dieu t'ordonne" ?

Il y a aussi lieu de s'interroger : "et servir ה' ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme" - pourquoi n'a-t-il pas mentionné "et de tous tes moyens" comme il l'a mentionné dans la section du Chema (Deutéronome 6,5) ? Ou bien, pourquoi a-t-il mentionné le service davantage à propos de l'amour qu'à propos de la crainte ?

Il y a aussi lieu de s'interroger sur le verset "pour garder les commandements de ה'... pour ton bien" (Deutéronome 10,13) : quelle conséquence pratique y a-t-il à dire "pour ton bien", comme s'il donnait, à Dieu ne plaise, prise à l'erreur de servir afin de recevoir un salaire ? Ou bien, pourquoi n'a-t-il pas dit "pour ton bien" dans le premier verset (10,12), "de tout ton cœur et de toute ton âme, pour ton bien" ?

Il y a encore lieu de s'interroger sur le verset "c'est seulement à tes pères qu'Il s'est attaché" (10,15) : d'après l'enchaînement du propos, il aurait dû dire : et Il ne s'est attaché qu'à tes pères. Il y a encore lieu de s'interroger sur "ה' ton Dieu tu craindras" (10,20) : pourquoi répéter le thème de la crainte, puisqu'il a déjà dit "sinon de craindre" etc. ?

ביאור הפרשה. אמר ועתה, בבראשית רבה (כא, ו) הן האדם וגו' ועתה פן ישלח ידו (בראשית ג, כב), אין ועתה אלא תשובה שנאמר ועתה ישראל מה י"י א-להיך שואל מעמך.

צריך ליתן טעם לדבר האיך נרמז בתיבת ועתה התשובה. הענין הן תשובה או מעשים טובים או תלמוד תורה רמוז בועתה, כלומר שיעשה עתה מיד ולא יאמר כשאפנה אשנה שמא לא תפנה (אבות ב, ד).

וכן תשובה, (שם י) שוב יום אחד לפני מיתתך, כמו שהשיב ר"א לתלמידיו כי אינך יודע באיזה יום שתמות (שבת קנג, א), על כן תקדים מיד. וכן הענין אמור בכל מעשה טוב יחטוף מיד אולי יקדמנו המות.

ומה שאמרו אין ועתה אלא תשובה, כי שם בענין חטא אדם שייך ענין התשובה וק"ל:

Explication de la section. Il dit "et maintenant".

Dans le Midrach Rabba sur la Genèse (21,6) : "voici l'homme... et maintenant, de peur qu'il n'étende sa main" (Genèse 3,22) - "et maintenant" ne désigne rien d'autre que la techouva, comme il est dit "et maintenant, Israël, que demande de toi ה' ton Dieu". Il faut en donner la raison : comment la techouva est-elle suggérée dans le mot "et maintenant" ?

Voici la chose : que ce soit la techouva, les bonnes actions ou l'étude de la Torah, tout cela est suggéré dans "et maintenant", c'est-à-dire qu'il doit agir maintenant, sur-le-champ, et ne pas dire : quand j'aurai du loisir j'étudierai, car peut-être n'auras-tu jamais de loisir (Avot 2,4). Il en va de même pour la techouva : "repens-toi un jour avant ta mort" (Avot 2,10), comme Rabbi Eliezer a répondu à ses disciples, car tu ne sais pas quel jour tu mourras (Chabbat 153a) ; c'est pourquoi il faut s'y prendre immédiatement.

Et il en va de même de toute bonne action : qu'il la saisisse aussitôt, car peut-être la mort le devancera. Quant à ce qu'ils ont dit que "et maintenant" ne désigne rien d'autre que la techouva, c'est que là, dans le contexte de la faute d'Adam, c'est bien le thème de la techouva qui convient ; comprends-le, c'est aisé.

אמר ה' שואל, לא אמר מצווה רק שואל. הוא מבואר בפרק במה מדליקין (שבת לא, ב) דאמר ר' יוחנן משום ר' אלעזר אין לו להקב"ה בעולמו אלא יראת שמים בלבד שנאמר (דברים י, יב) ועתה ישראל מה ה' א-להיך שואל מעמך כי אם ליראה וגו', (איוב כח, כח) ויאמר לאדם הן יראת י"י היא חכמה וגו', שכן בלשון יוני קורין לאחת הן, עכ"ל.

והענין כי היראה ואהבה הפנימית כביכול אין בידו של הקב"ה, משא"כ ביראה החיצונית שהוא העונש ואהבה החיצונית שהיא לקבל פרס אע"פ שהבחירה נתונה במעשים אשר עושה, מכל מקום בעלי המעשה הזה עושה בשביל דבר מה שביד הקב"ה, כי זהו בידו של הקב"ה גומל לאיש חסד כמפעלו יתן לרשע רע כרשעתו:

Il dit "ה' demande" ; il n'a pas dit "ordonne", mais seulement "demande". Cela s'explique par le chapitre Bameh Madlikin (Chabbat 31b), où Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Elazar : le Saint béni soit-Il n'a dans Son monde que la seule crainte du Ciel, comme il est dit "et maintenant, Israël, que demande de toi ה' ton Dieu, sinon de craindre" etc.

(Deutéronome 10,12), et "Il dit à l'homme : voici (הן), la crainte de ה' est la sagesse" etc. (Job 28,28) - car en langue grecque on appelle "un" הן.

Jusqu'ici ses paroles. Et voici la chose : la crainte et l'amour intérieurs ne sont pas, pour ainsi dire, dans la main du Saint béni soit-Il ; il n'en va pas de même de la crainte extérieure, qui est celle du châtiment, ni de l'amour extérieur, qui vise à recevoir un salaire.

Car bien que le libre arbitre soit donné dans les actions qu'il accomplit, celui qui agit ainsi le fait tout de même en vue de quelque chose qui est dans la main du Saint béni soit-Il ; car cela, oui, est dans la main du Saint béni soit-Il : Il rétribue l'homme de bonté selon son œuvre et donne au méchant le mal selon sa méchanceté.

אמנם על הפנימית אמר (ברכות לג, ב) הכל בידי שמים חוץ מיראת שמים, דגם אינו בשביל דבר שביד הקב"ה דהיינו גמול ועונש. ועל זה נאמר (ישעיה לג, ו) יראת ה' היא אוצרו, כי מדרך המלכים להניח באוצרם דבר שהוא סגולה ואינו בנמצא, כי מה שהוא ברבוי אצלם מה להם לעשות מזה אוצר.

כך כביכול הקב"ה מניח באוצרו יראה, כי יראה כביכול אין בידו, כמדומה שכן פירש הרב הבחיי. על כן אמר י"י שואל.

וכדי לשלול אהבה ויראה חיצונית, לא אמר י"י שואל ממך יראה, כי אולי יבין שהכוונה על יראת העונש, וכן אהבת השכר. על כן שלל ואמר צריך אתה להבין מה ה' שואל מעמך, כי אינו שואל היראה ואהבה שאתה סובר, כי אם ליראה את ה' א-להיך ולעבוד אותו.

כלומר היראה תהיה מצד ידו"ד לירא מפניו. וכן אהבה לאהוב אותו ברוך הוא.

ולא יראה ואהבה יראת עצמך מפני העונש, ואהבת עצמך בשביל קבלת הפרס, רק יראה ואהבה מצדו יתברך שהם פנימיים כדפירשתי:

Mais au sujet de la crainte intérieure il a été dit : tout est entre les mains du Ciel, sauf la crainte du Ciel (Berakhot 33b), car elle non plus ne se fait pas en vue d'une chose qui est dans la main du Saint béni soit-Il, à savoir la rétribution et le châtiment. C'est de cela qu'il est dit : "la crainte de ה' est Son trésor" (Isaie 33,6) ; car il est de la coutume des rois de déposer dans leur trésor une chose précieuse et rare, tandis que ce qu'ils possèdent en abondance, qu'auraient-ils à en faire un trésor ?

De même, pour ainsi dire, le Saint béni soit-Il dépose dans Son trésor la crainte, car la crainte, pour ainsi dire, n'est pas dans Sa main ; il me semble que c'est ainsi qu'a expliqué Rabbenou Behayé. C'est pourquoi il dit "ה' demande".

Et afin d'exclure l'amour et la crainte extérieurs, il n'a pas dit "ה' te demande la crainte", car on aurait pu comprendre qu'il s'agit de la crainte du châtiment, et de même de l'amour de la récompense. C'est pourquoi il a usé de la négation et a dit : tu dois comprendre ce que ה' demande de toi, car Il ne demande pas la crainte et l'amour que tu imagines, mais bien de craindre ה' ton Dieu et de Le servir.

C'est-à-dire que la crainte sera tournée vers le Nom ה', craindre devant Lui ; et de même l'amour, L'aimer, Lui béni soit-Il. Et non pas une crainte et un amour de toi-même : la crainte pour toi-même à cause du châtiment, et l'amour de toi-même en vue de recevoir le salaire ; mais bien une crainte et un amour tournés vers Lui, béni soit-Il, qui sont intérieurs, comme je l'ai expliqué.

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