« Tu sauras aujourd'hui et tu ramenaras à ton cœur que Hachem est Elokim » (Devarim 4,39) : le Chla y lit une connaissance dans le cœur, par appréhension démonstrative, en plus de la tradition des pères, comme l'expose Hovot HaLevavot dans la Porte de l'unité. « Connais l'Elokim de ton père » : connais toi-même par ta propre appréhension. Lorsque « celui-ci est mon D.ieu », ve-anvehou (« ani ve-ho ») attache moi et Lui, car la connaissance est saisie dans le cœur ; lorsque c'est seulement « l'Elokim de mon père », « je L'exalterai », car Il est élevé et hors de portée. L'obligation est d'affermir dans le cœur toute cette Porte, pour savoir que Hachem est un et que Son nom est un.
Aussi : les propos de Rabbenou Saadia sur l'unité, copiés du Semag ; les trois parties de l'unité selon Rabbi Yossef Yaabets, liées au nom de la Havaya ; le renouvellement quotidien de la création, sans autre existence hors de Son existence
המאמר הראשון הוא מאמר ה' אחד
Le premier maamar (discours) est le maamar 'ה' est un'.
שורש הדברים הוא שורש השרשים (דברים ד, לט) וידעת היום והשבות אל לבבך כי ה' הוא הא-להים, רצה לומר ידיעה בלב בהשגה מופתיית נוסף על הקבלה מצד אבותיו, כאשר האריך בעל חובת הלבבות בשער היחוד, וזהו מרומז במה שכתוב (דה"א כח, ט) דע את א-להי אביך, רצה לומר נוסף על מה שהוקבע אמונת האלהות בלבך מצד אביך דהיינו הקבלה איש מפי איש, דע אתה בעצמך מצד ההשגה. וזהו רמז הפסוק (שמות טו, ב) זה אלי ואנוהו א-להי אבי וארוממנהו, ורצה לומר כשזה אלי שהוא אלי מצד השגתי וידיעתי, אז ואנוהו מלשון אני והו, רצה לומר אני והו דבוקים ביחד כביכול, כי הידיעה נתפסת בלב.
אמנם כשאין לי הידיעה מצד ההשגה רק מצד הקבלה שהוא א-להי אבי, אז וארוממנהו, כי הוא רם ונשגב ממנו ואני מרוחק מאתו במצפון הלב. על כן חל החיוב להיות בקי במופתים של חובת הלבבות, ויהיו מומנים בלב היטב היטב, וכל שער היחוד יהיה בלב וזכרון מיוחד לידע ולהבין כי ה' אחד ושמו אחד:
La racine des choses est la racine des racines : (Deutéronome 4,39) 'Tu sauras aujourd'hui et tu ramenaras à ton cœur que ה' est Elokim'. Cela veut dire une connaissance dans le cœur, par une appréhension démonstrative, en plus de la tradition reçue du côté de ses pères, comme l'a longuement exposé l'auteur de Hovot HaLevavot (Les devoirs des cœurs) dans la Porte de l'unité.
Cela est aussi allusionne dans ce qui est écrit (Chroniques I 28,9) : 'Connais l'Elokim de ton père', c'est-à-dire : en plus de ce que la foi en la divinité a été fixée dans ton cœur du côté de ton père, à savoir la tradition transmise d'homme à homme, connais toi-même par ta propre appréhension. Et c'est l'allusion du verset (Exode 15,2) : 'Celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai, l'Elokim de mon père et je L'exalterai'.
Cela veut dire : lorsque 'celui-ci est mon Dieu', c'est-à-dire qu'Il est mon Dieu du fait de mon appréhension et de ma connaissance, alors 've-anvehou' (et je Le glorifierai), de l'expression 'ani ve-ho' (moi et Lui), c'est-à-dire que moi et Lui sommes attachés ensemble, si l'on peut dire, car la connaissance est saisie dans le cœur. Mais lorsque je n'ai pas la connaissance du côté de l'appréhension, seulement du côté de la tradition, à savoir qu'Il est 'l'Elokim de mon père', alors 'je L'exalterai', car Il est élevé et hors de notre portée, et je suis éloigné de Lui dans le secret du cœur.
C'est pourquoi l'obligation incombe d'être expert dans les démonstrations de Hovot HaLevavot, et qu'elles soient très bien affermies dans le cœur, et que toute la Porte de l'unité soit dans le cœur et dans une mémoire particulière, pour savoir et comprendre que ה' est un et que Son nom est un.
ויען כי דברי חובת הלבבות הם דקים ענין פילוסופיי, אעתיק המבואר ביותר דברי הגאון רבינו סעדיה, והובא בסמ"ג בחלק מצות עשה מצות שנייה, ואגב אעתיק כל המצוה לעורר הלב וזה לשונו, מצות עשה להאמין ולשמוע היא הקבלה שהוא אחד בשמים ובד' רוחות העולם שנאמר (דברים ו, ד) שמע ישראל ה' א-להינו ה' אחד. שמע כמו תקבל, וכן (דה"ב ו, ל) ואתה תשמע מן השמים, וצריך שיאריך עד שיגמור בכוונתו מחשבה זו שביארנו, לא יאריך בא' דאחד שלא יראה כאומר אי חד.
וזה האחד אינו כשאר האחדים, שהמלך הנה אחד בארצו אבל אינו אחד מכל צדדים, כי יש בארצו אנשים שהם אנשים כמותו, ובשאר ארצות יש מלכים כמותו. ואם מלאך מן השמים ירד למטה לארץ הנה המלאך ההוא אחד בארץ, אבל אינו אחד מכל צדדים, כי יש בשמים מלאכים כמותו.
אבל ה' א-להינו אינו כך, הוא אחד מכל צדדים:
Et puisque les propos de Hovot HaLevavot sont subtils, d'ordre philosophique, je recopierai ce qui est plus clairement exposé, les propos du Gaon Rabbenou Saadia, rapportés dans le Semag (Sefer Mitsvot Gadol) dans la partie des commandements positifs, deuxième commandement ; et au passage je recopierai tout le commandement pour éveiller le cœur, et voici ses termes : C'est un commandement positif de croire et d'écouter, 'écouter' étant la tradition, qu'Il est un dans les cieux et aux quatre directions du monde, il est dit (Deutéronome 6,4) : 'Écoute Israël, ה' notre Dieu, ה' est un'. 'Écoute' a le sens de 'reçois', et de même (Chroniques II 6,30) 'et Toi Tu entendras des cieux'. Il faut prolonger jusqu'à achever dans son intention cette pensée que nous avons expliquée ; il ne prolongera pas le aleph de אחד (ehad, un), afin de ne pas paraître dire אי חד.
Et cet 'un' n'est pas comme les autres 'uns' : le roi, voici qu'il est un dans son pays, mais il n'est pas un sous tous les aspects, car il y a dans son pays des hommes qui sont des hommes comme lui, et dans les autres pays il y a des rois comme lui. Et si un ange descendait des cieux ici-bas sur la terre, voici que cet ange serait un sur la terre, mais il ne serait pas un sous tous les aspects, car il y a dans les cieux des anges comme lui.
Mais ה' notre Dieu n'est pas ainsi : Il est un sous tous les aspects.
ורב סעדיה כתב להשיב להכופרים שאומרים שהם שנים או שלשה, אם לא יוכל האחד לעשות מעשה אלא בעזר חבירו הרי שניהם חלשים, ואם אחד מהם יכול להכריח את חבירו הרי שניהם מוכרחים, ואם שניהם רשאים לעשות כל אחד מה שירצה ובקש אחד להחיות האדם והאחד בקש להמיתו ראוי שתהא האיש ההוא מת חי חי מת לאלתר כהרף עין. ואם יוכל אחד להסתיר דבר מחבירו, הרי שניהם אינם חכמים.
ואם לא יוכל להסתיר, הרי שניהם נלאים:
Et Rav Saadia a écrit, pour répondre aux négateurs qui disent qu'ils sont deux ou trois : si l'un ne peut accomplir un acte qu'avec l'aide de son compagnon, voilà que tous deux sont faibles ; et si l'un d'eux peut contraindre son compagnon, voilà que tous deux sont contraints ; et si tous deux ont le droit de faire chacun ce qu'il veut, et que l'un veuille faire vivre un homme tandis que l'autre veuille le faire mourir, il faudrait que cet homme soit mort vivant, vivant mort, à l'instant, en un clin d'œil. Et si l'un peut cacher une chose à son compagnon, voilà que tous deux ne sont pas sages ; et s'il ne peut pas la cacher, voilà que tous deux sont impuissants.
ועוד כתב להשיב לאותן שפוקרין על נעשה אדם בצלמנו (בראשית א, כו), כי דרך שפת לשון הקודש שהגדולים מכנים עצמם לשון רבים אע"פ שהם יחידים, כמו (במדבר כב, ו) אוכל נכה בו, ובדניאל (ב, לו) פשריה נאמר קדם מלכא, ובמנוח (שופטים יג, טו) נעצרה נא אותך, ע"כ דבריו. ועוד האריך מאד בענין היחוד, ואין צריך כ"כ להאריך כי כל ישראל תקועים באמונה חזקה כי יוצר הכל הוא אחד מיוחד כמו שכתוב (דברים ו, ד) ה' אחד, ונאמר (שם ד, לה) אתה הראת לדעת וגו', ונאמר (שם לט) וידעת היום והשבות, ונאמר (שם לב, לט) אני אני הוא ואין א-להים עמדי, עכ"ל:
Il a encore écrit pour répondre à ceux qui se rebellent au sujet de 'Faisons l'homme à notre image' (Genèse 1,26) : c'est l'usage de la langue sainte que les grands se désignent eux-mêmes au pluriel bien qu'ils soient seuls, comme (Nombres 22,6) 'peut-être pourrons-nous le frapper', et dans Daniel (2,36) 'son interprétation, nous la dirons devant le roi', et chez Manoah (Juges 13,15) 'laisse-nous te retenir'. Jusqu'ici ses paroles.
Il s'est encore beaucoup étendu sur le sujet de l'unité, et il n'est pas si nécessaire de s'étendre, car tout Israël est fermement ancré dans une foi solide que le Formateur de tout est un et unique, comme il est écrit (Deutéronome 6,4) 'ה' est un', et il est dit (ibid. 4,35) 'Toi, il t'a été donné de voir pour savoir', etc., et il est dit (ibid.
39) 'Tu sauras aujourd'hui et tu ramenaras à ton cœur', et il est dit (ibid. 32,39) 'Moi, Moi je suis Lui, et il n'est pas d'Elokim auprès de Moi'.
Jusqu'ici ses paroles.
ובמאמר האחדות של החסיד הר"ר יוסף יעבץ ז"ל מצאתי עוד ביאור אמתי על ה' א-להינו ה' אחד וזה לשונו, עיקרי האמונה הם ג', אשר הם פירוש שם הויה והם בעצמם פירוש של א', וזה כי שם אחד יורה על שהנקרא מיוחד במעלה שלא נמצאת בזולתו, אחד העם (בראשית כו, י) מיוחד שבעם, והוא המלך שאין כמוהו בעמו, אחד היה אברהם (יחזקאל לג, כד), שלא נמצא בזמנו כמוהו קורא בשם השם. ולזה שם אחד יורה על בוראנו יתברך שמו, על מעלת אחד אינה נמצאת בזולתו:
Et dans le Traité de l'unité du hassid Rabbi Yossef Yaabets, de mémoire bénie, j'ai trouvé encore une explication véritable sur 'ה' notre Dieu, ה' est un', et voici ses termes : Les principes de la foi sont au nombre de trois, et ils sont l'explication du nom de la Havaya (le nom essentiel de quatre lettres), et ils sont eux-mêmes l'explication du mot 'un'. Car le nom 'un' indique que celui qui est ainsi appelé est unique par une qualité qui ne se trouve pas chez un autre : 'l'un du peuple' (Genèse 26,10), c'est-à-dire le plus distingué du peuple, qui est le roi, dont il n'y a pas de pareil dans son peuple ; 'Abraham était un' (Ezechiel 33,24), car il ne s'est pas trouvé de son temps de pareil à lui invoquant le Nom.
Et de même le nom 'un' indique, au sujet de notre Créateur, que Son nom soit béni, une qualité de 'un' qui ne se trouve pas chez un autre.
והנה האחדות נחלקת לשלשה חלקים, האחד והוא האחדות במוחלט, כי הוא יתברך בורא לבדו ואין אחר אתו כמאמר הכתוב (עי' מל"ב יט, טו) אתה הוא לבדך אתה עשית את השמים ואת הארץ. והחלק הב' מאחדות של א-להינו, שהוא יתברך המשגיח האמתי ואין מבלעדיו.
והחלק הזה אינו אחדות במוחלט כחלק הראשון, לפי שהש"י ברא את העולם מאפס המוחלט לבדו. אך החלק הב' לפעמים על ידי אמצעי, ולפעמים לבדו, כאומרו (תהלים קלו, ד) לעושה נפלאות גדולות לבדו.
אבל אחרי שהכל בחפצו ורצונו, ואין כח לשום אחד מהאמצעים לשנות מאמרו כאמרם חז"ל (סנהדרין מב, א) שפעולתו אמת, נאמר עליו אחד באמיתות. והחלק הג' אינו בזמן הזה, רק עתיד להיות ואליו עינינו צופות, כי הוא יתברך לבדו יעבד כאמרו (צפניה ג, ט) כי אז אהפוך אל עמים שפה ברורה וגו', ולזה אמר בספרי (דברים ו, ד) ה' א-להינו בעולם הזה, ה' אחד לעולם הבא, כי אז יהיה אלהות השם יתברך ומלכותו ניכר ומפורסם למטה כמו שהוא למעלה, יראו עינינו וישמח לבנו:
Or l'unité se divise en trois parties. La première est l'unité absolue : car Lui, béni soit-Il, crée seul, et nul autre n'est avec Lui, selon la parole du verset (voir Rois II 19,15) : 'Toi, Tu es seul, Tu as fait les cieux et la terre'.
La deuxième partie de l'unité est celle de 'notre Dieu' : Il est, béni soit-Il, Celui qui exerce la providence véritable, et il n'y en a pas hors de Lui. Et cette partie n'est pas une unité absolue comme la première, car le Nom, béni soit-Il, a créé le monde à partir du néant absolu, seul ; tandis que la deuxième partie s'exerce parfois par un intermédiaire et parfois seul, selon ce qui est dit (Psaumes 136,4) : 'À Celui qui fait seul de grandes merveilles'.
Mais puisque tout est selon Son désir et Sa volonté, et qu'aucun des intermédiaires n'a le pouvoir de changer Sa parole, comme l'ont dit nos Sages (Sanhédrin 42a) que Son œuvre est vérité, on dit de Lui 'un' en toute vérité. La troisième partie n'est pas dans ce temps-ci, mais elle est appelée à être, et vers elle nos yeux sont tournés : car Lui seul, béni soit-Il, sera servi, selon ce qui est dit (Sophonie 3,9) : 'Car alors Je transformerai pour les peuples une langue claire', etc.
C'est pourquoi il est dit dans le Sifri (sur Deutéronome 6,4) : 'ה' notre Dieu' dans ce monde-ci, 'ה' est un' pour le monde à venir ; car alors la divinité du Nom, béni soit-Il, et Sa royauté seront reconnues et manifestes en bas comme elles le sont en haut. Que nos yeux le voient et que notre cœur s'en réjouisse.
וזהו פירוש שם ההויה הרומז היה הוה יהיה. היה, באחדות הראשון, כי היה לבדו והיה במחשבתו לברוא את העולם בזמן אשר רצה, כפי אשר רצה.
הוה, כנגד חלק הב'. יהיה, כנגד הג', ועיקר האמונה בזה הג'.
כי הא' שאו מרום עיניכם וראו וגו' (ישעיה מ, כו), והב' באזנינו שמענו אבותינו ספרו לנו וגו' (תהלים מד, ב), אמנם זה צריך להאמינו באמונה מוחלטת. ולפי שאז יהיה האחדות שלם, התחיל השם הנכבד והנורא שם ההוי"ה ביו"ד שהוא אחת מאותיות אית"ן המורות אעתיד.
גם זה פירוש של אהיה, כי לעתיד יתברר אחדותו בפי כל ברואיו, כי זה תכלית הבריאה:
Et c'est là l'explication du nom de la Havaya, qui fait allusion à 'Il était, Il est, Il sera'. 'Il était' correspond à la première unité, car Il était seul, et il était dans Sa pensée de créer le monde au moment où Il l'a voulu, selon ce qu'Il a voulu. 'Il est' correspond à la deuxième partie. 'Il sera' correspond à la troisième, et l'essentiel de la foi porte sur cette troisième. Car pour la première : 'Levez vos yeux vers les hauteurs et voyez', etc.
(Isaie 40,26) ; et pour la deuxième : 'De nos oreilles nous avons entendu, nos pères nous ont raconté', etc. (Psaumes 44,2) ; mais celle-ci, il faut y croire d'une foi absolue.
Et puisque alors l'unité sera complète, le nom honoré et redoutable, le nom de la Havaya, commence par un youd, qui est l'une des lettres איתן, lesquelles marquent le futur. Telle est aussi l'explication du nom Ekyeh (Je serai), car dans l'avenir Son unité sera clairement établie dans la bouche de toutes Ses créatures, car telle est la finalité de la création.
ואלו ג' מקושרים, כי מאחר שכתוב (בראשית א, א) בראשית ברא א-להים כו', ובא גם כן במופת הבריאה מהבורא, והנה בראו נדבה להטיב לזולתו על כן משגיח בכל נבראיו, ולא כהכופרים אשר יאמרוך למזימה (תהלים קלט, כ), אמרו אין משגיח אלא עד גלגל הירח. וזה ע"כ אי אפשר, כי נמצא בראם לבטלה, ואדרבה אם הם פחותי הערך בעלי חסרון ביותר צריכין השגחה,הגה"הועוד אלו המכחישים אשר ימרוך הוא למזימה, אדרבה מה שחושבים גדולה הוא פחיתות.
כי בשלמא מלך בשר ודם משגיח ומדבק בשרים גדולים לא בפחותים, כי הוא צריך להם להיות בעזרו, ואין לו תועלת בפחותים. אבל הקב"ה, הוא מחיה את כולם, ומה לו בחשובים מבפחותים.
וגם איך שייך לומר בערכו חשובים, כי הכל לכלום נגדו, לא כמלך בשר ודם שהחשובים מסוג שלו: משל לאב שיש לו בנים, ואחד מהם חולה יותר משגיח עליו.
ועוד זה שבחו ית' ומעלה כאומן המובהק אשר תתפרסם חכמת אומנתו כאשר יפעל בכלים בלתי נאותים ובחומר בלתי מוכן. ואחר שנתברר ההשגחה, נתברר אמונת הג', מאחר שברא העולם לכבודו לטובת הנבראים לאשתמודע אלהותו, ועתה הרסו האומות בית מלכותו, נמצא היתה פעולת הבריאה לבטלה ח"ו.
על כן בהכרח האמונה שיבא העולם לשלימותו לאשתמודע אלהותו. כתוב בתורה (דברים לב, יב) ה' בדד ינחנו ואין עמו אל נכר.
שנוי בנביאים (זכריה יג, ב) והיה ביום ההוא נאם ה' צבאות אכרית את שמות העצבים מן הארץ, ונאמר (שם) ואת רוח הטומאה אעביר מן הארץ. משולש בכתובים (תהלים כב, כח) יזכרו וישובו אל ה' כל אפסי ארץ:
Et ces trois sont liés entre eux. Car puisqu'il est écrit (Genèse 1,1) 'Au commencement Elokim créa', etc., et que la création issue du Créateur est aussi établie par démonstration, et voici qu'Il a créé par générosité, pour faire du bien à autrui, c'est pourquoi Il exerce Sa providence sur toutes Ses créatures.
Et non comme les négateurs 'qui parlent de Toi pour la ruse' (Psaumes 139,20), qui ont dit qu'il n'y a de providence que jusqu'à la sphère de la lune. Cela est absolument impossible, car il se trouverait qu'Il les aurait créés en vain ; au contraire, s'ils sont de moindre valeur et davantage marqués de manque, ils ont d'autant plus besoin de providence.
Glose : De plus, ces négateurs 'qui se révoltent contre Toi pour la ruse' , au contraire, ce qu'ils tiennent pour une grandeur est une bassesse. Car passe encore pour un roi de chair et de sang, qui veille sur les grands ministres et s'attache à eux et non aux petits, parce qu'il a besoin d'eux pour l'aider et qu'il ne tire aucune utilité des petits ; mais le Saint béni soit-Il, c'est Lui qui les fait tous vivre, et que Lui importent les gens importants plus que les petits ?
Et de plus, comment est-il concevable de parler d'importants à Sa mesure, puisque tout est néant devant Lui, à la différence d'un roi de chair et de sang chez qui les importants sont de son espèce. Parabole d'un père qui a des enfants : celui d'entre eux qui est malade, il veille sur lui davantage.
Et de plus, c'est là Sa louange et Son élévation, béni soit-Il, tel l'artisan hors pair dont la sagesse de son art se fait connaître lorsqu'il travaille avec des outils inadéquats et une matière non préparée. Et une fois la providence établie, la foi en la troisième partie se trouve établie : puisqu'Il a créé le monde pour Sa gloire, pour le bien des créatures, afin que Sa divinité soit reconnue, et que maintenant les nations ont détruit la maison de Sa royauté, il se trouverait que l'œuvre de la création aurait été vaine, à Dieu ne plaise.
C'est pourquoi la foi est nécessaire que le monde parviendra à sa perfection, pour que Sa divinité soit reconnue. Cela est écrit dans la Torah (Deutéronome 32,12) : 'ה' seul le conduit, et point avec lui de dieu étranger'.
Répété dans les Prophètes (Zacharie 13,2) : 'Et il arrivera en ce jour-là, parole de ה' Tsevaot, que Je retrancherai les noms des idoles de la terre', et il est dit (ibid.) : 'et l'esprit d'impureté, Je le ferai passer de la terre'. Triplé dans les Écrits (Psaumes 22,28) : 'Ils se souviendront et reviendront vers ה', toutes les extrémités de la terre'.
וזה ה' א-להינו ה' אחד, ה' קודם שברא העולם, א-להינו המשגיח עתה בנו, ה' לעתיד תמיד הוא אחד המיוחד שאין כמוהו, ע"כ. ולקמן במסכת תמיד יתבאר היטב הפסוק של יחוד שמע ישראל וגו' על פי חכמת האמת:
Et tel est 'ה' notre Dieu, ה' est un' : 'ה'' avant qu'Il ait créé le monde ; 'notre Dieu', Celui qui exerce maintenant Sa providence sur nous ; 'ה'' pour l'avenir. Toujours Il est un, l'Unique, dont il n'y a pas de pareil.
Jusqu'ici ses paroles. Et plus loin, au traité Tamid, le verset de l'unité, 'Écoute Israël', etc., sera bien expliqué selon la sagesse de vérité.
עוד אודיעכם בני יצ"ו מן המושג אצלי בענין אחדותו יתברך בהשגחתו. הנה סברת העולם היא בענין מערכת צבא השמים כך.
הבורא ברוך הוא חידש הכל יש מאין המוחלט, על כן ביכלתו לעשות מה שרוצה לשנות ולשדד בראשית, נתן הקב"ה לצבא השמים כח ויכולת להנהיג העולם, וכל כוכב ממונה על מינו שלו, העולם כמנהגו נוהג וכביכול זזה ידו מהם, רק אם לעת מהעתים רוצה לשדד אותם. וכל זמן שאינו משדד, אז מנהיגם בכח שהושג להם בעת הבריאה:
Je vous ferai encore connaître, mes fils, que le Rocher les garde et les fasse vivre, ce que j'ai saisi au sujet de Son unité, béni soit-Il, dans Sa providence. Voici quelle est l'opinion courante au sujet de l'ordonnance de l'armée des cieux : le Créateur, béni soit-Il, a tout produit à l'être à partir du néant absolu, c'est pourquoi il est en Son pouvoir de faire ce qu'Il veut, de changer et de bouleverser l'ordre de la création ; le Saint béni soit-Il a donné à l'armée des cieux force et capacité de conduire le monde, et chaque astre est préposé à l'espèce qui lui revient ; le monde suit son cours habituel et, si l'on peut dire, Sa main s'en est retirée, sauf si à un moment donné Il veut les bouleverser.
Et tant qu'Il ne les bouleverse pas, Il les conduit par la force qui leur a été acquise au temps de la création.
אמנם אמיתת האמונה הנראה בעיני היא, הש"י מחדש בטובו בכל יום תמיד מעשה בראשית בכוונה מכוונת שופע שפעו, ואלו היה מונע רגע אחד היה הכל כלא היה בטל המציאות, והוא פירוש הפסוק (דברים ד, לט) וידעת היום והשבות אל לבבך כי ה' הוא הא-להים בשמים ממעל ועל הארץ מתחת אין עוד, אין הפירוש כי אין אלוה זולתו, כי זהו פשיטא, וכבר גילה זה בפסוק (שם ו) שמע ישראל ה' א-להינו ה' אחד. אלא רצה לומר שאין עוד מציאות בעולם זולת מציאותו יתברך, כי בהסתרו יאבד הכל.
ומה שאומרים כח וגבורה נתן בהם להיות מושלים בקרב תבל, אדרבה משם ראיה להיפך, כי לא אמר שמינה אותם להיותם מושלים, רק אמר כח, כלומר ששם בכח להיות מושלים היינו כח ההכנה בטבעם כמו שהעין מוכן לראות כשנשפע לו הראיה וכן האוזן, וכן כל האברים איש איש על עבודתו, ככה מערכת השמים כח וגבוה נתן בהם כו' כל זמן שהשפע נשפע בהם אז פועלים כפי טבעם הן לטוב הן לרע. וענין שידוד המערכת הוא אף שהשפע נשפע בהם והם קיימים, יושפע בהם שלא בטבעם:
Mais la vérité de la foi telle qu'elle apparaît à mes yeux est celle-ci : le Nom, béni soit-Il, renouvelle dans Sa bonté chaque jour, constamment, l'œuvre de la création, par une intention dirigée, faisant s'écouler Son influx ; et s'Il le retenait un seul instant, tout serait comme s'il n'avait jamais été, l'existence serait annulée. C'est là l'explication du verset (Deutéronome 4,39) : 'Tu sauras aujourd'hui et tu ramenaras à ton cœur que ה' est Elokim, dans les cieux en haut et sur la terre en bas, il n'y a rien d'autre'.
L'explication n'est pas qu'il n'y a pas de dieu hors de Lui, car cela est évident, et Il l'a déjà révélé dans le verset (ibid. 6,4) 'Écoute Israël, ה' notre Dieu, ה' est un'.
Mais cela veut dire qu'il n'y a pas d'autre existence dans le monde en dehors de Son existence, béni soit-Il, car par Son occultation tout périrait. Et quant à ce qu'on dit, qu'Il leur a donné force et puissance pour dominer au sein du monde, au contraire, de là même on tire la preuve du contraire : car il n'a pas dit qu'Il les a nommés pour qu'ils dominent, il a seulement dit 'force', c'est-à-dire qu'Il a placé en puissance la faculté de dominer, à savoir la force de disposition inscrite dans leur nature, comme l'œil est disposé à voir lorsque la vision lui est communiquée, et de même l'oreille, et de même tous les membres, chacun pour la fonction qui lui revient.
Ainsi en est-il de l'ordonnance des cieux : 'Il leur a donné force et puissance', etc. ; tant que l'influx se déverse en eux, alors ils agissent selon leur nature, que ce soit pour le bien ou pour le mal. Et le bouleversement de l'ordonnance céleste consiste en ceci : bien que l'influx se déverse en eux et qu'ils subsistent, il se déverse en eux d'une manière contraire à leur nature.
ומכח ענין זה נראה לי לבאר מאמר אחד בפרק חלק (סנהדרין צא, א) בעיון דק השכל זה נוסחו, פעם אחת באו בני מצרים לדון עם ישראל לפני אלכסנדרוס מוקדון, אמרו לו הרי הוא אומר (שמות יב, לו) וה' נתן את חן העם בעיני מצרים וישאילום, תנו לנו כסף וזהב שנטלתם ממנו. אמר גביהה בן פסיסא לחכמים תנו לי רשות ואילך ואדון עמהם לפני אלכסנדרוס אם ינצחוני.
אמר להם הדיוט שבנו נצחתם, ואם אני אנצח אותם. אמרו לו תורת משה רבינו נצחה אתכם, נתנו לו רשות והלך ודן עמהם.
אמר להן מהיכן אתם מביאים ראיה, אמרו לו מן התורה. אמר להן אף אני לא אביא לכם ראיה אלא מן התורה, שנאמר (שם מ) ומושב בני ישראל אשר ישבו במצרים שלשים שנה וארבע מאות שנה, תנו לנו שכר של ס' רבוא ששעבדתם מצרים שלשים שנה וארבע מאות שנה.
אמר להן אלכסנדרוס מוקדון החזירו להם תשובה. אמרו לו תנו לנו זמן ג' ימים.
נתן להם זמן, בדקו ולא מצאו תשובה. מיד הניחו שדותיהן וכרמיהן כשהן נטועות וברחו, ואותה שנה שביעית היתה, עד כאן:
Et à partir de ce principe, il me semble pouvoir expliquer, par un examen subtil de l'intelligence, un passage du chapitre Helek (Sanhédrin 91a). Voici son texte : Une fois, les Égyptiens vinrent plaider contre Israël devant Alexandre de Macédoine.
Ils lui dirent : voici qu'il est dit (Exode 12,36) 'Et ה' donna au peuple la faveur aux yeux des Égyptiens, et ils leur prêtaient' ; rendez-nous l'argent et l'or que vous avez pris de nous. Gévi'ha ben Pessissa dit aux Sages : donnez-moi la permission, et j'irai plaider contre eux devant Alexandre.
S'ils me vainquent, dites-leur : c'est un homme du commun d'entre nous que vous avez vaincu ; et si moi je les vaincs, dites-leur : c'est la Torah de Moché notre maître qui vous a vaincus. Ils lui donnèrent la permission, il alla et plaida contre eux.
Il leur dit : d'où apportez-vous votre preuve ? Ils lui dirent : de la Torah.
Il leur dit : moi non plus je ne vous apporterai de preuve que de la Torah, car il est dit (ibid. 40) : 'Et le séjour des enfants d'Israël, qui demeurèrent en Égypte, fut de quatre cent trente ans' ; donnez-nous le salaire des six cent mille hommes que vous, Égyptiens, avez asservis durant quatre cent trente ans.
Alexandre de Macédoine leur dit : rendez-leur réponse. Ils lui dirent : donne-nous un délai de trois jours.
Il leur donna un délai ; ils cherchèrent et ne trouvèrent pas de réponse. Aussitôt ils abandonnèrent leurs champs et leurs vignes tels qu'ils étaient plantés, et s'enfuirent ; et cette année-là était une année de chemita (septième année de repos de la terre).
Jusqu'ici.
יש להתעורר כמה ספיקות. ספק אחד, למה המתינו אנשי מצרים לתבוע את ישראל עד זמן אלכסנדרוס, והלא היו יכולין לתבוע אותם מעת שגלו מארצם לפני נבוכדנצר הרשע.
אף שיש לתרץ ולומר משום שאז היו ישראל עניים ששללם לבוז בזמן החורבן, משא"כ בהיותם יושבים על אדמתם מלאים כל טוב. ספק ב' ממה נפשך היה גביהה בן פסיסא היותר חכם שבחכמים, או לא.
אם היה ביותר חכם, פשיטא שראוי לילך, ומה היה צריך ליטול רשות כ"כ וליתן אמתלא לדבריו. ואם היו חכמים מחוכמים ממנו, איך עשו דבר זה לשלוח אותו, כי שמא ח"ו על ידי זה יצאו חייבים בדין ויהיה הפסד גדול לישראל בלי שיעור, וכי במה שיאמרו הדיוט שבנו נצחתם בזה יהיה תרופה למכה גדולה כזו ח"ו.
ספק ג' על נתינת זמן שנתן אלכסנדרוס ג' ימים, הלא היה משפט מעוקל, כי כששני בעלי דינין עומדין וטוענים לפני הדיין בענין דיני ממונות איך שייך ליתן זמן להשיב, כי בודאי ילמוד לטעון שקר, אדרבה ראוי לדיין לומר הנה שמעת מה שטען מתנגדך השב לו אם אמת הוא או לא, והאמת הוא שענין נתינת זמן הנזכר כמה פעמים היינו על שאלה וקושיא וחקירה, אבל לא בדיני ממונות. ואף שיש להשיב ע"ז כי שאני הכא שבאו ג"כ מכח התורה.
ספק ד' איך ישראל טענו שקר ח"ו ותבעו מה שלא הגיע להם, דהיינו תבעו שכר עבודת ס' רבוא של ת"ל שנה, ובאמת לא שעבדו אותן המצרים רק רד"ו שנה, ומה שכתוב (שמות יב, מ) ומושב בני ישראל אשר ישבו במצרים ת"ל שנה, זהו עם שאר ארצות כמו שכתב רש"י:
Il y a lieu de soulever plusieurs difficultés. Première difficulté : pourquoi les gens d'Égypte ont-ils attendu jusqu'à l'époque d'Alexandre pour réclamer à Israël ?
Ils auraient pu les poursuivre dès le moment où ils furent exilés de leur pays devant Nabuchodonosor le mécréant. Bien qu'on puisse répondre que c'est parce qu'alors Israël était pauvre, ses biens ayant été livrés au pillage au temps de la destruction, ce qui n'était pas le cas lorsqu'ils habitaient sur leur terre, remplis de tout bien.
Deuxième difficulté : de deux choses l'une, ou bien Gévi'ha ben Pessissa était le plus sage des sages, ou bien non. S'il était le plus sage, il est évident qu'il convenait qu'il y aille, et pourquoi lui fallait-il tant demander la permission et donner un prétexte à ses paroles ?
Et s'il y avait des sages plus sages que lui, comment ont-ils fait une telle chose que de l'envoyer ? Car peut-être, à Dieu ne plaise, en seraient-ils sortis condamnés au jugement, et il y aurait eu pour Israël une perte immense, sans mesure ; et le fait de dire 'c'est un homme du commun d'entre nous que vous avez vaincu' serait-il un remède à une plaie aussi grande, à Dieu ne plaise ?
Troisième difficulté : au sujet du délai de trois jours qu'Alexandre a accordé, n'était-ce pas un jugement faussé ? Car lorsque deux plaideurs se tiennent et argumentent devant le juge en matière de droit civil, comment est-il concevable d'accorder un délai pour répondre ?
Car assurément l'autre apprendra à plaider le mensonge ; au contraire, il convient que le juge dise : voici, tu as entendu ce qu'a plaidé ton adversaire, réponds-lui, est-ce vrai ou non. Et la vérité est que le délai mentionné en plusieurs endroits porte sur une question, une objection ou une recherche, mais non en matière de droit civil.
Bien qu'on puisse répondre à cela qu'il en va autrement ici, puisqu'ils sont venus eux aussi en s'appuyant sur la Torah. Quatrième difficulté : comment Israël a-t-il plaidé le mensonge, à Dieu ne plaise, et réclamé ce qui ne lui revenait pas ?
À savoir qu'ils ont réclamé le salaire du travail de six cent mille hommes durant quatre cent trente ans, alors qu'en vérité les Égyptiens ne les ont asservis que deux cent dix ans (רד"ו) ; et ce qui est écrit (Exode 12,40) 'et le séjour des enfants d'Israël, qui demeurèrent en Égypte, fut de quatre cent trente ans' inclut le séjour dans les autres pays, comme l'a écrit Rachi.