« Celui qui donne la Torah » : le Saint béni soit-Il l'a déjà donnée, et Il la donne encore. Le verset (Devarim 5,19) « et Il n'ajouta pas » (vélo yassaf) a, chez Rachi, deux sens, tous deux vrais selon le Chla : Il n'a pas ajouté les mitsvot d'institution rabbinique, non encore dites de la bouche de la Toute-Puissance ; et Il ne cessa pas, car elles étaient en puissance dans cette voix. Les Sages les font passer à l'acte selon l'éveil d'en bas et les âmes de chaque génération, présentes au Sinaï, visant l'intention d'en haut. D.ieu donne donc la Torah à tout instant : ce qu'Il donne est en puissance dans ce qu'Il a donné.
Aussi : tout ce que les prophètes devaient prophétiser, reçu au Sinaï jusqu'à l'autorisation ; le raisonnement personnel assimilé aux idoles ; Beit Chamai et Beit Hillel, « les unes et les autres sont paroles du D.ieu vivant ».
וענין נותן התורה, באמת הש"י כבר נתנה, אבל עדיין נותן התורה ולא יפסוק, ודבר זה צריך ביאור רחב. הפסוק אומר (דברים ה, יט) את הדברים האלה דבר ה' אל כל קהלכם בהר מתוך האש הענן והערפל קול גדול ולא יסף.
פירש"י, ולא יסף, מתרגמינן ולא פסק, כי קולו חזק וקיים לעולם. דבר אחר לא יסף, לא הוסיף להראות באותו פומבי עכ"ל:
Quant à l'expression 'Celui qui donne la Torah', en vérité le Saint béni soit-Il l'a déjà donnée, mais Il donne encore la Torah et cela ne cessera pas ; et cette chose demande une large explication. Le verset dit (Devarim 5,19) : 'Ces paroles, ה' les a dites à toute votre assemblée sur la montagne, du milieu du feu, de la nuée et de la brume épaisse, d'une grande voix, et Il n'ajouta pas (vélo yassaf)'.
Rachi explique : 'vélo yassaf' - nous traduisons 'et il ne cessa pas', car Sa voix est puissante et subsiste à jamais. Autre explication : 'lo yassaf' - Il n'a pas recommencé à se révéler avec une telle publicité.
Jusqu-ici ses paroles.
יש בזה הענין סוד כמוס, והשני פירושים כולם הם אמת. ענין לא יסף לא הוסיף, הוא מצות דרבנן וחמורתן הן וסייגיהן עדיין לא נצטוו מפי הגבורה.
וענין לא פסק פי' שאף זה לא פסק מהקול ההוא, כי היה כלול בקול ההוא בכח, אבל לכל זמן ועת לא הגיע עדיין עת שיצא מכח אל הפועל, כי היה הדבר תלוי לפי התעוררת התחתונים, ולפי מהותם ואיכותם, ולפי מדרגות נשמות שבכל דור ודור, ואז הוסיפו החכמים להתעורר הכח העליון ויצא לפועל בזמנו ודעתו, לא ח"ו שחדשו חכמים מדעתם, רק כוונו דעת עליון, ונשמתם שעמדו בהר סיני כי היו במעמד ההוא כל הנשמות קבלו כן שמצד בחינת נשמתם ודורם אז הדבר ההוא ומתוקן ומקובל, והוא מפי הגבורה. רמז לדבר מדרבנ"ן עולה מפי גבור"ה:
Il y a dans ce sujet un secret caché, et les deux explications sont l'une et l'autre vraies. Le sens de 'lo yassaf', 'Il n'a pas ajouté', vise les mitsvot d'institution rabbinique, leurs rigueurs et leurs haies protectrices, qui n'ont pas encore été ordonnées de la bouche de la Toute-Puissance.
Et le sens de 'il ne cessa pas' signifie que même cela n'a pas cessé de cette voix, car cela y était contenu en puissance ; mais toute chose a son temps, et l'heure n'était pas encore venue pour que cela passe de la puissance à l'acte, car la chose dépendait de l'éveil des êtres d'en bas, de leur nature et de leur qualité, et du niveau des âmes de chaque génération. Alors les Sages ont ajouté, éveillant la force d'en haut, et elle est sortie à l'acte en son temps et selon son intention.
À Dieu ne plaise que les Sages aient innové de leur propre esprit : ils n'ont fait que viser l'intention d'en haut, et leur âme qui s'est tenue au mont Sinaï - car toutes les âmes étaient présentes à ce rassemblement - a reçu ainsi que, du côté de leur âme et de leur génération, cette chose-là est juste, établie et reçue, et qu'elle vient de la bouche de la Toute-Puissance. Indice de la chose : la valeur numérique de 'ce qui est d'institution rabbinique' (מדרבנן) égale celle de 'de la bouche de la Toute-Puissance' (מפי גבורה).
ובאלה שמות רבה (כח, ו) ובמדרש ילמדנו אמרו שם (שמות כ, א) וידבר א-להים את כל הדברים האלה לאמר, אמר ר' יצחק מה שהנביאים עתידים להתנבאות בכל דור ודור קבלו מהר סיני, שכן משה אומר להם לישראל (דברים כט, יד) כי את אשר ישנו פה וגו' ואת אשר איננו פה עמנו היום, עמנו עומד היום אין כתיב כאן, אלא עמנו היום, אלו הנשמות העתידות להבראות שאין בהם ממש שלא נאמר בהם עמידה, שאעפ"י שלא היו באותה מעמד כל אחד ואחד קיבל את שלו. וכן הוא אומר (מלאכי א, א) משא דבר ה' אל ישראל ביד מלאכי, בימי מלאכי לא נאמר, אלא ביד מלאכי, שכבר היתה הנבואה בידו מהר סיני ועד אותה שעה לא נתנה רשות להתנבאות, וכן ישעיה אמר (מד, טז) מעת היותה שם אני וגו', אמר ישעיה מיום שנתנה תורה מסיני שם הייתי וקבלתי את הנבואה הזאת, אלא ועתה ה' א-להים שלחני ורוחו, ועד עכשיו לא נתנה לי רשות להתנבאות:
Dans Chemot Rabba (28,6) et dans le Midrach Yelamdenou, ils ont dit sur le verset (Chemot 20,1) 'Et Elokim prononça toutes ces paroles, pour dire' : Rabbi Yits'hak a dit : tout ce que les prophètes devaient prophétiser dans chaque génération, ils l'ont reçu du mont Sinaï. Ainsi Moche dit à Israël (Devarim 29,14) : 'car avec celui qui est ici... et avec celui qui n'est pas ici avec nous aujourd'hui'.
Il n'est pas écrit ici 'se tient avec nous aujourd'hui', mais 'avec nous aujourd'hui' : ce sont les âmes destinées à être créées, qui n'ont pas de substance et à propos desquelles on ne peut parler de se tenir debout ; car bien qu'elles n'aient pas été à ce rassemblement, chacune d'elles a reçu ce qui lui revenait. Et il est dit de même (Malakhi 1,1) : 'Charge de la parole de ה' à Israël par la main de Malakhi'.
Il n'est pas dit 'aux jours de Malakhi' mais 'par la main de Malakhi', car la prophétie était déjà dans sa main depuis le mont Sinaï, et jusqu'à cette heure-là l'autorisation de prophétiser ne lui avait pas été donnée. De même Yechayahou a dit (44,16) : 'Depuis le temps où cela fut, j'étais là...' - Yechayahou a dit : depuis le jour où la Torah fut donnée du Sinaï, j'étais là et j'ai reçu cette prophétie ; mais 'et maintenant le Seigneur Elokim m'a envoyé, ainsi que Son esprit', car jusqu'à présent l'autorisation de prophétiser ne m'avait pas été donnée.
ולא כל הנביאים בלבד קבלו מסיני נבואתן, אלא אף החכמים העומדים בכל דור ודור כל אחד ואחד קבל שלו מסיני. וכן הוא אומר את כל הדברים האלה דבר ה' אל כל קהלכם קול גדול ולא יסף, הנה בארו כל מה שחדשו החכמים בכל הדורות קבלו בסיני מן הקול ההוא ולא היה כפי שכלם וחקירתם, ולהיות כן האמת צונו בתורתו ע"י נביאו נאמן ביתו (דברים יז, יא) על פי התורה אשר יורוך ועל המשפט אשר יאמרו לך תעשה לא תסור מן הדבר אשר יגידו לך ימין ושמאל, וחייב מיתה למי שלא ישמע אליהם, לפי שקולם הוא הקול הגדול ההוא אשר לא יסף.
ואמר (שם יב) והאיש אשר יעשה בזדון לבלתי שמוע אל הכהן וגו' או אל השופט ומת האיש ההוא. ובירושלמי דפאה (יג, א) אמרו אפי' מה שתלמיד ותיק עתיד להורות לפני רבו נאמר למשה בסיני:
Et ce ne sont pas seulement les prophètes qui ont reçu du Sinaï leur prophétie : même les Sages qui se tiennent dans chaque génération, chacun d'eux a reçu du Sinaï ce qui lui revenait. Et c'est ce qui est dit : 'Ces paroles, ה' les a dites à toute votre assemblée, d'une grande voix, et Il ne cessa pas'.
Voici qu'ils ont expliqué que tout ce que les Sages ont innové dans toutes les générations, ils l'ont reçu au Sinaï de cette voix-là, et que cela n'était pas selon leur intelligence et leur recherche. Puisqu'il en est ainsi, en vérité Il nous a ordonné dans Sa Torah, par Son prophète, le fidèle de Sa maison (Devarim 17,11) : 'Selon la Torah qu'ils t'enseigneront et selon le jugement qu'ils te diront, tu feras ; tu ne t'écarteras de la parole qu'ils te diront ni à droite ni à gauche'.
Et celui qui ne les écoute pas est passible de mort, parce que leur voix est cette grande voix qui ne cessa pas. Et il est dit (ibid.
12) : 'Et l'homme qui agirait avec présomption en n'écoutant pas le kohen... ou le juge, cet homme mourra'. Et dans le Talmud de Jérusalem, traité Pea (13,1), ils ont dit : même ce qu'un élève chevronné enseignera un jour devant son maître a été dit à Moche au Sinaï.
מזה מבואר שכל דברי חכמים שבכל דור ודור ומה שמחדשים וכל פלפולם הוא מסיני, ולא שכל אנושי, רק שכל אלוה. רק שהם הוציאו מכח אל הפועל:
De là il ressort clairement que toutes les paroles des Sages de chaque génération, ce qu'ils innovent et tout leur pilpoul (discussion dialectique), viennent du Sinaï, et que ce n'est pas une intelligence humaine mais une intelligence divine ; simplement, ce sont eux qui l'ont fait passer de la puissance à l'acte.
וזה לשון ספר עבודת הקודש פ"כ מחלק התכלית, אחר שהתבאר היות מקור חכמת החצונית מפאת הרע שבעץ הדעת, ואנחנו נתרחקנו מן הצד ההוא והובדלנו להיות עם נחלה וכמו שכתוב (ויקרא כ, כו) ואבדיל אתכם וכו' להיות לי, יתבאר ג"כ מזה שאסור לנו לשקול בדעתנו שום דבר מדברי תורה, ולהמשך אחר העיון השכל לחקור בסתריה ובטעמיה, ודבר זה בארוהו והאירו עינינו בו חכמי עליון הקדושים במדרשו של ר' שמעון בן יוחאי עליו השלום (ח"ב פז, א) אמרו שם בזה הלשון, (שמות כ, ד) לא תעשה לך פסל, ר' יצחק פתח (קהלת ה, ה) אל תתן את פיך לחטיא את בשרך כמה אית ליה לבר נש לאזדהרא בפתגמי אורייתא, כמה אית ליה לאזדהרא דלא יטעו בהו, ולא יפיק מאורייתא מה דלא ידע ולא קביל, עליה כתיב לא תעשה לך פסל וכל תמונה, וקב"ה זמין לאתפרעא מיניה בעלמא דאתי בזמנא דנשמתא בעיא למיעל לדוכתא, דחיין לה לבר ותשתני מההוא אתר דצרירן בצרורא דחיי שאר נשמתין. ר' יודא אמר כמה דתנינן (שם) למה יקצוף הא-להים על קולך, דא נשמתא דבר נש:
Voici les termes du livre Avodat HaKodech, chapitre 20 de la partie du But : après qu'il a été expliqué que la source de la sagesse extérieure vient du côté du mal de l'arbre de la connaissance, et que nous, nous nous sommes éloignés de ce côté-là et avons été séparés pour être un peuple de Son héritage, comme il est écrit (Vayikra 20,26) 'et Je vous ai séparés... pour être à Moi', il en ressort aussi qu'il nous est interdit de peser de notre propre jugement quoi que ce soit des paroles de la Torah, et de nous laisser entraîner à la suite de la spéculation intellectuelle pour scruter ses secrets et ses raisons. Les sages saints d'en haut ont expliqué cette chose et ont éclairé nos yeux à son sujet dans le Midrach de Rabbi Chimon bar Yohai, que la paix soit sur lui (tome II, 87a), où ils ont dit en ces termes : (Chemot 20,4) 'Tu ne te feras point d'idole'.
Rabbi Yits'hak ouvrit par le verset (Kohelet 5,5) : 'Ne laisse pas ta bouche faire pécher ta chair'. Combien l'homme doit prendre garde aux paroles de la Torah, combien il doit prendre garde de ne pas s'y tromper et de ne pas tirer de la Torah ce qu'il ne sait pas et qu'il n'a pas reçu de son maître.
De lui il est écrit 'Tu ne te feras point d'idole ni aucune image', et le Saint béni soit-Il est destiné à lui en demander compte dans le monde à venir : au moment où l'âme voudra entrer en son lieu, on la repoussera dehors et elle sera exclue de ce lieu où les autres âmes sont liées dans le faisceau de la vie. Rabbi Youda dit : comme nous l'avons enseigné (ibid.) 'pourquoi Elokim s'irriterait-Il de ta voix' - c'est l'âme de l'homme.
א"ר חייא, כתיב (שמות כ, ה) כי אנכי י"י א-להיך אל קנא, מאי טעמא, בגין משום דקני לשמיה בכלא, אי בגין פרצופין מקני לשמיה משום דמשקר לשמים, ואי משום אורייתא. תנינן, אורייתא כולה שמא קדישא, דלית לך מלה באורייתא דלא כליל בשמא קדישא, ובגיני כך בעא דלא יטעי בשמיה, ולא ישקר ביה.
ומאן דמשקר במלכא, לא עאלין ליה בפלטרוי דמלכא, וישתצי מעלמא דאתי. אמר רבי אבא כתיב (שם ד) לא תעשה פסל, וכתיב (שם לד, א) פסל לך שני לוחות אבנים, כלומר לא תעביד לך אורייתא אחרא דלא ידעת, ולא אמר לך רבך, מאי טעמא, כי אנכי ה' א-להיך אל קנא, אנא הוא דזמין לאתפרעא מינך בעלמא דאתי, ובשעתא דנשמתא בעיא למיעל קמיה, כמה זמנין לשקרא בה ולאעלא לה גו גיהנם:
Rabbi Hiya dit : il est écrit (Chemot 20,5) 'Car Je suis ה' ton Elokim, un Dieu jaloux'. Pour quelle raison ?
Parce qu'Il est jaloux de Son Nom en toute chose : soit à cause des figures, et Il est jaloux de Son Nom parce que l'on ment au Ciel, soit à cause de la Torah. Nous avons appris que la Torah tout entière est le Nom saint, car il n'est pas un mot dans la Torah qui ne soit inclus dans le Nom saint ; c'est pourquoi Il a voulu que l'on ne se trompe pas dans Son Nom et que l'on n'y mente pas.
Et celui qui ment au roi, on ne le fait pas entrer dans les palais du roi, et il sera retranché du monde à venir. Rabbi Abba dit : il est écrit (ibid.
4) 'Tu ne te feras point d'idole', et il est écrit (ibid. 34,1) 'Taille-toi deux tables de pierre'.
C'est-à-dire : ne te fais pas une autre Torah que tu ne connais pas et que ton maître ne t'a pas enseignée. Pour quelle raison ? 'Car Je suis ה' ton Elokim, un Dieu jaloux' : c'est Moi qui suis destiné à t'en demander compte dans le monde à venir ; et à l'heure où l'âme voudra entrer devant Lui, combien de fois la convaincra-t-on de mensonge pour la faire entrer dans la Géhinam.
וכתב עליו הרב המקובל ר' שם טוב בן שם טוב ז"ל, תן עיניך בדברי אבות העולם קדושי עליון רואי פני המלך, וראה איך השוו דרך הטעות והשקול אל הפסילים והתמונות. והטעם, אחד כי הבעלי התמונות כוונתם לעשות התמונות ההם כדי לקבל מן הכחות ההן, ולהיות מכוונות כנגדן לאות ולזכרון, ואין רשות לעשות התמונות כי אם על דרך שעשאם בצלאל ושלמה, שהיו יודעים לצרף האותיות שנבראו בהם שמים וארץ, יעשו אותם ע"פ השם ונתקדשו הצורות האלו להיות מוכנות ומיועדות לכבוד א-להי ישראל, וכפי השיעור שהורשם כל אחד מהם כמראה אשר הראה ה' את משה לתבנית המרכבה הקדושה הנעלמת מרכבת הרוכב בשמי קדם.
וכאשר יחשוב אחד לעשות דמיון הצורת ההן, לא הוקדשו ולא הוכנו כלל לכבוד, כמו שלא הוכנה התמונה האומניות שפסלה האומן לחול עליה הנשמה, ויהיה המרחב ביניהם כהרחק הבורא לנברא. ועל פי העצה הנעלמת היא מוכנת לכח חיצון, הוא הנקרא כח הטומאה, כי מחוץ למחנה שכינה מושבם, כי הם פותחים ומתקרבים אל הבא ליטמא, ומפרי מעלליו ישביעוהו, ולכן הוא טועה בה ונעקר מן העולם כי הוא מחליף המלך בעבד וממיר טוב ברע ומשקר באדון הכל:
Le maître kabbaliste Rabbi Chem Tov ben Chem Tov, de mémoire bénie, a écrit à ce propos : porte les yeux sur les paroles des pères du monde, les saints d'en haut, ceux qui voient la face du Roi, et vois comment ils ont assimilé la voie de l'erreur et du raisonnement personnel aux idoles et aux images. La raison en est, d'abord, que ceux qui font des images ont l'intention de les faire afin de recevoir de ces forces-là et pour qu'elles leur correspondent exactement, en signe et en souvenir ; or il n'est permis de faire des figures que de la manière dont les firent Betsalel et Chelomo, qui savaient combiner les lettres par lesquelles furent créés le ciel et la terre : ils les faisaient selon le Nom, et ces formes étaient sanctifiées pour être prêtes et destinées à l'honneur du Dieu d'Israël, chacune selon la mesure qui lui avait été prescrite, comme la vision que ה' montra à Moche pour le modèle du char sacré et caché, char de Celui qui chevauche dans les cieux d'autrefois.
Mais lorsque quelqu'un pense faire une imitation de ces formes, elles ne sont ni sanctifiées ni préparées en rien pour l'honneur, de même que la figure d'artisanat que l'artisan a sculptée n'est pas préparée pour que l'âme s'y pose ; et la distance entre elles est comme l'éloignement du Créateur à la créature. Et selon le conseil caché, une telle figure est prête pour une force extérieure, celle que l'on appelle la force de l'impureté, car leur demeure est hors du camp de la Chekhina ; elles s'ouvrent et s'approchent de celui qui vient se rendre impur, et le rassasient du fruit de ses actes.
C'est pourquoi il se trompe en elle et il est arraché du monde, car il échange le roi contre l'esclave, troque le bien contre le mal et ment au Maître de tout.
וכן במשל הזה אותיות התורה, ואם הן גשמיות הם רומזות לשמות האלהות ולחכמות הנאצלות מאדון הכל, והוא בהכרח לעמוד גופן ופירושן בענין שיסכימו עם הנסתר בהם והרמוז בהם, בענין שיתיחס החומר לצורה. וכאשר דרך בהם דרך אחר, אין הצורה ההיא מוכנת לשבת ולחול על החומר, ונמצאת תורתו וחכמתו ללא אלוה, וחכמה פגומה ופסולה, ויהיה ממש כעושה צלמים עכ"ד:
Et il en va de même, dans cette comparaison, des lettres de la Torah : bien qu'elles soient matérielles, elles font allusion aux Noms divins et aux sagesses émanées du Maître de tout ; il faut nécessairement que leur corps et leur explication se tiennent d'une manière qui s'accorde avec ce qui y est caché et suggéré, de sorte que la matière soit en rapport avec la forme. Et lorsqu'on y suit une autre voie, cette forme n'est pas prête à siéger et à se poser sur la matière : sa Torah et sa sagesse se trouvent sans Dieu, sagesse ébréchée et invalide, et c'est littéralement comme celui qui fabrique des idoles.
Jusqu-ici ses paroles.
וזהו ענין מה שאמרו, אומר הקב"ה תורה מפומא כולהו דרבנן, אשר ע"ז יש מפרשים כוונת מה שאנחנו מבקשים ותן חלקנו בתורתך, ר"ל שיהיה חלקנו בתורה שלומד הקב"ה, כלומר שנזכה שיאמר שמועה בשמנו:
Et c'est là le sens de ce qu'ils ont dit : le Saint béni soit-Il dit la Torah de la bouche de tous les Sages. Sur quoi certains commentateurs expliquent l'intention de ce que nous demandons, 'et donne notre part dans Ta Torah', c'est-à-dire que notre part soit dans la Torah qu'étudie le Saint béni soit-Il : autrement dit, que nous méritions qu'une tradition soit dite en notre nom.
הענין, החכמים חדשו דברים או מכח פלפולם, אבל הכל היה בכח הקול הנזכר, והגיע העת שהם הוציאו מכח אל הפועל בהתבוננת. ואמנם (תהלים קמז, ה) גדול י"י ורב כח לתבונתו אין מספר, כי בבחינת הכח לא פסק כי אין מספר ואין לו סוף ותכלית, לפי ההתחדשות ומקור נשמות בכל דור, ולפי ענין כח התחתונים שמעוררים כח העליון.
נמצא הקב"ה נתן התורה, והוא נותן התורה בכל עת ובכל שעה, המעיין הנובע אינו פוסק, ומה שנותן הוא בכח מה שנתן:
Voici la chose : les Sages ont innové des choses par la force de leur pilpoul, mais tout était en puissance dans la voix mentionnée, et le temps est venu où ils l'ont fait passer de la puissance à l'acte par leur discernement. Et en vérité (Tehilim 147,5) 'Grand est ה' et immense en force, Son discernement est sans nombre' : car du point de vue de la puissance il n'y a pas eu d'arrêt, puisqu'elle est sans nombre, sans fin et sans terme, selon les renouvellements et la source des âmes de chaque génération, et selon la force des êtres d'en bas qui éveillent la force d'en haut.
Il se trouve donc que le Saint béni soit-Il a donné la Torah, et qu'Il donne la Torah à tout instant et à toute heure : la source qui jaillit ne s'arrête pas, et ce qu'Il donne est en puissance dans ce qu'Il a donné.
עוד אבאר הענין בעצם. הנה אנחנו רואים בכל דור ודור החומרות מתפשטות, בימי משה רבינו ע"ה לא נאסר רק מה שקבל בהדיא בסיני.
אמנם הוסיף איזה תקנות לאיזה צורך שראה, וכן אח"כ הנביאים, והתנאים, וכל דור ודור ודורשיו:
J'expliquerai encore la chose en elle-même. Voici, nous voyons dans chaque génération les rigueurs se répandre : aux jours de Moche notre maître, que la paix soit sur lui, n'était interdit que ce qu'il avait reçu explicitement au Sinaï ; il a cependant ajouté certaines ordonnances pour tel besoin qu'il voyait, et de même après lui les prophètes, les Tanaim, et chaque génération avec ceux qui l'enseignent.
והענין ביותר, שיש התפשטות זוהמת הנחש, צריך ביותר לגדרים, ופורץ גדר ישכנו נחש (קהלת י, ח), והקב"ה צוה שס"ה לא תעשה שלא לעורר זוהמת הנחש, ובהתפשט זוהמת הדור צריך להתפשטות יותר איסורים, ואלו היה כן בזמן מתן תורה היה כתוב כן בתורה, אבל נכלל זה במה שאסרה התורה, כי הכל ענין אחד, ועל כן צוה הש"י עשו משמרת למשמרת, כלומר הכל לפי הענין, ממילא בכל דור ודור כשראוי להוסיף החומרות אז הכל הוא מדאורייתא, כי מאחר שמתפשט זוהמת הנחש ויוצא יותר מכח אל הפועל. הנה הקב"ה ברא יצה"ר ברא תבלין כי אז צריכים אנחנו להתעוררות עליון להמשיך האסורין מכח אל הפועל, עד לעתיד נתדבק במקור העליון, ודי בזה למשכיל ולמבין:
Et plus encore : puisque la souillure du serpent se répand, il faut d'autant plus de barrières, et 'celui qui brise une clôture, le serpent le mord' (Kohelet 10,8). Le Saint béni soit-Il a ordonné trois cent soixante-cinq interdits afin de ne pas éveiller la souillure du serpent, et lorsque la souillure de la génération se répand, il faut une extension plus grande des interdits.
Si cela avait été ainsi au temps du don de la Torah, cela aurait été écrit ainsi dans la Torah ; mais cela est inclus dans ce que la Torah a interdit, car tout est une seule et même chose. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il a ordonné : 'faites une haie à Ma haie', c'est-à-dire que tout est selon la situation.
Dès lors, dans chaque génération, lorsqu'il convient d'ajouter des rigueurs, tout relève alors de la Torah elle-même, puisque la souillure du serpent se répand et sort davantage de la puissance à l'acte. Voici que le Saint béni soit-Il a créé le mauvais penchant et a créé la Torah comme remède, car nous avons alors besoin d'un éveil d'en haut pour faire passer les interdits de la puissance à l'acte, jusqu'à ce que dans l'avenir nous soyons attachés à la source d'en haut.
Et cela suffit à l'homme avisé et intelligent.
עוד יש לי לגלות סודות, קרוב לענין זה להבין כל דברי החכמים הם דברי א-להים חיים, ובזה יתבונן מאמרם ז"ל בעירובין פ"ק (יג, ב) א"ר אבא א"ר שמואל ג' שנים נחלקו בית שמאי ובית הלל, הללו אמרו הלכה כמותנו, והללו אמרו הלכה כמותנו, יצתה בת קול ואמרה להם אלו ואלו דברי א-להים חיים הם, והלכה כבית הלל. והריטב"א ז"ל כתב בחידושיו, ושאלו רבינו צרפת ז"ל האיך אפשר שיהיו שניהם דברי א-להים חיים, וזה אוסר וזה מתיר.
ותירצו, כי כשעלה משה למרום לקבל תורה הראו לו על כל דבר ודבר מ"ט פנים לאיסור, ומ"ט פנים להיתר, ושאל להקב"ה על זה, ואמר שיהא זה מסור לחכמי האמת מישראל שבכל דור ודור, ויהיה ההכרעה כמותם, ונכון הוא לפי הדרש, ובדרך האמת יש טעם בדבר ע"כ:
J'ai encore des secrets à dévoiler, proches de ce sujet, pour comprendre que toutes les paroles des Sages sont paroles du Dieu vivant. Par là on comprendra leur parole, de mémoire bénie, dans Erouvin, premier chapitre (13b) : Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : pendant trois ans, l'école de Chamai et l'école de Hillel furent en désaccord ; ceux-ci disaient : la halakha est comme nous, et ceux-là disaient : la halakha est comme nous.
Une voix céleste sortit et leur dit : les unes et les autres sont paroles du Dieu vivant, et la halakha est comme l'école de Hillel. Et le Ritva, de mémoire bénie, a écrit dans ses commentaires : les maîtres de France, de mémoire bénie, ont demandé comment il est possible que les paroles des deux soient paroles du Dieu vivant, alors que l'un interdit et l'autre permet.
Ils ont répondu : lorsque Moche monta en haut pour recevoir la Torah, on lui montra sur chaque chose quarante-neuf faces pour interdire et quarante-neuf faces pour permettre ; il interrogea le Saint béni soit-Il à ce sujet, et Il dit que cela serait remis aux sages de vérité d'Israël de chaque génération, et que la décision serait selon eux. Cela est juste selon le sens homilétique, et selon la voie de vérité il y a une raison à la chose.
Jusqu-ici.
ואני אומר אלו היה אפשר להעמיד דברי שניהם, הנה יצדק אמרם אלו ואלו הם דברי א-להים חיים, ואמנם יצדק זה במעשה פילגש בגבעה בגטין פרק קמא (ו, ב), אביתר בני כך אומר, יונתן בני כך אומר, אמר ליה ח"ו ומי איכא ספיקא קמי קודשא בריך הוא. א"ל אלו ואלו דברי א-להים חיים.
לפי שאפשר להעמיד דברי שניהם, אבל זה אוסר וזה מתיר אי אפשר להעמיד דברי שניהם, ואם בשביל ההכרעה אחר שאינה כי אם לצד אחד ואין אנו מקיימים דברי חבירו, אם הם דברי א-להים חיים איך יפול דבר אחד מדבריו ארצה, והדעת א"כ לא ינוח בדברי רבני צרפת ז"ל, כי אינם מספיקים בזה:
Et moi je dis : s'il était possible de maintenir les paroles des deux, alors leur parole 'les unes et les autres sont paroles du Dieu vivant' serait juste. Et en vérité cela est juste dans l'affaire de la concubine de Guivea, dans Guitin, premier chapitre (6b) : 'Mon fils Évyatar dit ainsi, mon fils Yonatan dit ainsi'.
Il lui dit : à Dieu ne plaise ! Y a-t-il un doute devant le Saint béni soit-Il ?
Il lui répondit : les unes et les autres sont paroles du Dieu vivant. Car là il est possible de maintenir les paroles des deux ; mais quand l'un interdit et l'autre permet, il est impossible de maintenir les paroles des deux.
Et si c'est à cause de la décision, puisqu'elle ne va que d'un seul côté et que nous n'accomplissons pas les paroles de son compagnon : si ce sont des paroles du Dieu vivant, comment l'une de ses paroles pourrait-elle tomber à terre ? L'esprit ne se repose donc pas dans la réponse des rabbins de France, de mémoire bénie, car ils ne suffisent pas en cela.
אבל ינוח בטעם וסוד שיש בו על דרך האמת המקובל, כמו שרמז הרב ז"ל, ובחגיגה פרק קמא (ג, ב), בעלי אסופות אלו תלמידי חכמים שיושבים אסופות אסופות ועוסקין בתורה, הללו מטמאין והללו מטהרין, הללו אוסרין והללו מתירין, הללו פוסלין והללו מכשירין. שמא יאמר האדם הואיל הללו מטמאין והללו מטהרין, הללו אוסרין והללו מתירין, הללו פוסלין והללו מכשירין, האיך אני למד תורה מעתה.
תלמוד לומר ניתנו מרועה אחד, כלן אל אחד נתנן, ופרנס אחד אמרן, מפי אדון כל המעשים ב"ה, שנאמר (שמות כ, א) וידבר א-להים את כל הדברים האלה לאמר, אף אתה עשה אזנך כאפרכסת וקנה לך לב לשמוע דברי המטמאין ודברי המטהרין, דברי האוסרין ודברי המתירין, ודברי הפוסלין ודברי המכשירין:
Mais il se repose dans la raison et le secret qui s'y trouvent selon la voie de vérité reçue, comme le maître, de mémoire bénie, l'a suggéré. Et dans Haguiga, premier chapitre (3b) : 'les maîtres des assemblées', ce sont les Sages qui siègent en assemblées et s'occupent de Torah : ceux-ci déclarent impur et ceux-là déclarent pur, ceux-ci interdisent et ceux-là permettent, ceux-ci invalident et ceux-là déclarent valide.
L'homme pourrait dire : puisque ceux-ci déclarent impur et ceux-là pur, ceux-ci interdisent et ceux-là permettent, ceux-ci invalident et ceux-là déclarent valide, comment vais-je désormais apprendre la Torah ? L'enseignement dit : 'elles ont été données par un seul berger' - un seul Dieu les a données, un seul dirigeant les a dites, de la bouche du Maître de toutes les œuvres, béni soit-Il, comme il est écrit (Chemot 20,1) : 'Et Elokim prononça toutes ces paroles, pour dire'.
Toi aussi, fais de ton oreille un entonnoir et acquiers-toi un cœur pour entendre les paroles de ceux qui déclarent impur et les paroles de ceux qui déclarent pur, les paroles de ceux qui interdisent et les paroles de ceux qui permettent, les paroles de ceux qui invalident et les paroles de ceux qui déclarent valide.
הנה העידו ע"ה כי כל חלוקי הדעות והסברות הסותרות זו את זו אל אחד נתנן, ופרנס אחד אמרן, וזה הדבר רחוק מאד משכל האנושי נמנע בחיקו להולמו, אם לא ילוה אליו דרך יי סלולה, דרך ישכון אור האמת:
Voici qu'ils ont témoigné, que la paix soit sur eux, que toutes les divergences d'opinions et tous les raisonnements qui se contredisent l'un l'autre, un seul Dieu les a donnés et un seul dirigeant les a dits. Cette chose est très éloignée de l'intelligence humaine, à laquelle il est impossible de l'embrasser en son sein, si ne l'accompagne la voie aplanie de ה', la voie où réside la lumière de la vérité.
ועבודת הקודש פרק כ"ג מחלק התכלית כתב וזה לשונו, והוא כי המקור ההוא הנובע תמיד בו פנים ואחור וממנו השנויים וההפוכים, והפנים המתהפכים ומשתנים לטמא וטהור לאסור ולמותר לפסול ולכשר, כידוע לחכמי לב, והקול הגדול אשר לא יסף נמשך מהמקור ובא ממנו, ונכלל מכל הפנים המשתנים, כי אין חסרון כל, ובגודל וחוזק הקול ההוא היו הדברים מתהפכים מכל צד זה לעומת זה, וכל אחד מהנביאים והחכמים קבל את שלו. זה קבל טמא, וזה טהור, כפי מקום עמידתו וקבולו, והכל בא ממקום אחד והולך למקום אחד:
Et le livre Avodat HaKodech, chapitre 23 de la partie du But, a écrit en ces termes : c'est que cette source qui jaillit sans cesse comporte une face et un revers, et que d'elle viennent les changements et les renversements ; les faces se renversent et se changent en impur et en pur, en interdit et en permis, en invalide et en valide, comme le savent les sages de cœur. Et la grande voix qui ne cessa pas découle de cette source et vient d'elle, et elle inclut toutes les faces changeantes, car il n'y a en elle aucun manque.
Par la grandeur et la puissance de cette voix, les choses se renversaient de tout côté, l'une en face de l'autre, et chacun des prophètes et des Sages a reçu ce qui lui revenait : celui-ci a reçu l'impur, celui-là le pur, selon le lieu où il se tenait et selon sa réception ; et tout vient d'un seul lieu et va vers un seul lieu.