שפת אמת

Sefat Émet — Chemot - Vaera

Rabbi Yehouda Aryeh Leib Alter de Gour - enseignements sur la Torah
En bref

« Et je me tournai pour voir ce qu'on a déjà fait » (Ecclésiaste 2,12) : pour le Sfat Emet, chaque acte touche à sa racine tout en haut ; l'intellect et les volontés s'annulent devant la volonté de D.ieu. Tout acte est déjà décrété dans les cieux : il n'y a pas lieu de mettre en doute le Nom. À Moché qui dit « Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? », Il répond « Je suis Hachem » : toutes les existences sont par Sa volonté. Ils n'écoutèrent pas « par manque de souffle », car en exil l'attachement à la racine de la vie est rompu ; au Chabbat on s'annule devant cette racine, et tout le savoir devant la parole du Nom.

Aussi : il rapporte de son grand-père les sivlot (corvées) : ils ne pouvaient plus supporter l'impureté d'Égypte ; l'exil pour que l'homme sache qu'il est disposé à l'exil ; les Patriarches sous le Nom Chaddai, Moché au-dessus de la nature

תרל"א

5631 (תרל"א)

במדרש ופניתי לראות כו' אשר כבר עשוהו כו'. כי יש לאדם לידע כי כל מעשה נוגע בשורשו למעלה למעלה עד שאין השגת אדם מגעת כלל.

ולזאת צריך להיות בטל כל השכל וכל הרצונות לרצונו ית"ש וכן שמעתי מאא"ז מו"ר זצלה"ה עמ"ש במד' אלו הי' יודע ראובן שהכ' יכתוב עליו למען הציל כו' על כתיפו הי' מביאו כו' וח"ו שהי' עושה מפני הכבוד שיעיד עליו הכתוב רק אלו הי' יודע שהדבר נוגע כל כך שהכ' יכתוב כו' עכ"ד. וכל מעשה אדם נגזר כבר בשמים.

וז"ש אשר כבר עשוהו. שלמעלה כבר נגזר לפניו ית' כל מה שיעשה אדם אח"כ א"כ אין שייך להרהר אחר הש"י.

ובוודאי שלמה הע"ה הי' נראה לו ברור כי לא יסיר לבבו. אבל מעשה האדם נוגע מה שלמעלה מהשגתו.

וממילא יוכל להיות שינוי בשורש האדם. וא"כ לא יוכל אדם לדעת זה כלל.

וכ' שעלתה היו"ד שבירבה לפני הש"י ואמרה שלמה מבטל אותי. וכי מי שעושה עבירה מבטל האות.

אך וודאי ע"י חטא האדם נכרת מדביקות. אבל שהע"ה ידע כי בכח התורה שבו וחיות הש"י בלי פירוד אמר אנכי ארבה ולא אסיר [וז"ש אתי אל ואוכל].

ולכך עלתה היו"ד [שע"ש המחשבה שהוא השורש כמ"ש סוף מעשה במחשבה תחילה] ואמרה כו' וכן במשה אמר למה הרעותה. וודאי לא הי' יכול לצייר ח"ו על רעת ישראל.

והש"י השיבו אני ה' שכל הויות ע"י רצוני א"כ לא שייך קושיא והירהור. וכן צוהו לומר לבנ"י אני ה' לידע שגם גלות מצרים רק ע"י חיותו ית' כי כל הויות ממנו ית'.

ולא שמעו כו' מקוצר רוח כי כשהיו בגלות לא הי' נגלה זה [פי' קוצר רוח חיות הש"י שבאדם דכ' ויפח באפיו כו'. ובגלות נפסק הדבקות בשורש החיות] וז"ש במד' שהכל מן התורה קבע בה מ"ע ול"ת כו' פי' שיש לכל מעשה איש ישראל חיות בתורה ומצות התלוין במעשה.

ולכך מעשה אדם נוגע במה שלמעלה ונמשך מחיותו ית'. וכן מ"ש בש"ק אשר ברא כו' לעשות פי' מה שנעשה גם עתה ע"י רצון הש"י בשעת הבריאה ובשבת מעידין בנ"י ע"ז שנתברר האמת.

וז"ש וכבדתו מעשות כו' חפציך כו' פי' ז"ל שיהי' כל מלאכתך עשוי'. י"ל כנ"ל שידע שגם מה שעושה האדם כבר הוא נעשה ע"י רצונו ית' כמ"ש אין אדם נוקף אצבעו כו' וז"ש אשר כבר עשוהו כנ"ל.

ובשבת הוא בחי' הביטול וקבלת עמ"ש שהוא להיות בטל אל שורש החיים. ועי"ז כל מעשה נמשך אחר שורשו בשמים.

דכ' נפלאות עשה. וברמ"א א"ח פי' ומפליא לעשות שהמעשה יש בו מבחי' פלא ע"ש כמ"ש במ"א.

וגם שכל האדם צריך להיות בטל לבחי' שורש החכמה דכ' מאין תמצא כו'. כי אדם יודע שכשנתגדל ומחכים יותר.

רואה שמה שלא נחשב לו לחטא מקודם. הי' טעות.

וכן אח"כ יותר. א"כ לחכמה אמתיות אין שיעור וצריך להיות בטל כל הדעת למאמר הש"י ונמשך הכל אל השורש כנ"ל:

Dans le Midrach : "Et je me tournai pour voir... ce qu'on a déjà fait..." (Ecclésiaste 2,12). Car l'homme doit savoir que chaque acte touche à sa racine tout en haut, si haut que la compréhension humaine n'y atteint nullement.

C'est pourquoi tout l'intellect et toutes les volontés doivent s'annuler devant la volonté de ה', béni soit-Il. Ainsi ai-je entendu de mon grand-père, mon maître et enseignant, de mémoire bénie pour la vie du monde à venir, à propos de ce que dit le Midrach : si Reouven avait su que l'Écriture écrirait à son sujet "afin de le sauver" (Genèse 37,22), il l'aurait porté sur son épaule (pour le ramener à son père).

À Dieu ne plaise qu'il l'eût fait pour l'honneur d'être attesté par l'Écriture ; mais s'il avait su que la chose touche à ce point que l'Écriture l'écrirait... ; jusqu'ici les paroles de mon grand-père. Et tout acte de l'homme est déjà décrété dans les cieux.

C'est le sens de "ce qu'on a déjà fait" : en haut est déjà décrété devant Lui, béni soit-Il, tout ce que l'homme fera ensuite ; il n'y a donc pas lieu de mettre en doute le Nom. Et certes le roi Salomon, la paix sur lui, voyait clairement que son cœur ne se détournerait pas.

Mais l'acte de l'homme touche à ce qui dépasse sa compréhension, et il peut donc y avoir un changement dans la racine de l'homme ; ainsi l'homme ne peut nullement le savoir. Et il est écrit que le youd du mot yarbe ("il multipliera") monta devant le Nom et dit : Salomon m'annule !

Or celui qui commet une transgression annule-t-il donc la lettre ? En vérité, par le péché l'homme se retranche de l'attachement (devekout).

Mais Salomon, la paix sur lui, savait que, par la force de la Torah qui était en lui et la vitalité du Nom sans séparation, il pouvait dire "je multiplierai et ne me détournerai pas" [c'est le sens de "Dieu est avec moi et je le pourrai" (Proverbes 30,1)]. C'est pourquoi le youd monta [car il renvoie à la pensée, qui est la racine, comme il est dit "la fin de l'acte est dans la pensée première"] et dit...

De même chez Moché : il dit "Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ?" (Exode 5,22). Certes il ne pouvait, à Dieu ne plaise, se représenter un mal d'Israël.

Et le Nom lui répondit "Je suis ה'" (Exode 6,2), que toutes les existences sont par Ma volonté ; il n'y a donc pas lieu de question ni de doute. De même Il lui ordonna de dire aux enfants d'Israël "Je suis ה'" (Exode 6,6), pour qu'ils sachent que même l'exil d'Égypte n'était que par Sa vitalité, car toutes les existences viennent de Lui.

"Et ils n'écoutèrent pas... par manque de souffle (kotser roua'h)" (Exode 6,9), car lorsqu'ils étaient en exil cela n'était pas révélé [le sens de "manque de souffle" : la vitalité du Nom dans l'homme, car il est écrit "Il insuffla en ses narines un souffle de vie" (Genèse 2,7) ; et en exil l'attachement à la racine de la vie est rompu]. C'est le sens de ce que dit le Midrach : que tout vient de la Torah, Il y a fixé commandements positifs et négatifs..., c'est-à-dire que chaque acte d'un homme d'Israël possède une vitalité dans la Torah et les commandements qui dépendent de l'acte.

Aussi l'acte de l'homme touche-t-il à ce qui est en haut et découle de Sa vitalité. De même ce qui est écrit à propos du saint Chabbat, "que Dieu créa pour faire" (Genèse 2,3), c'est-à-dire ce qui se fait aujourd'hui encore par la volonté du Nom au moment de la création ; et au Chabbat les enfants d'Israël en témoignent, que la vérité s'est éclaircie.

C'est le sens de "et tu l'honoreras en t'abstenant de vaquer à tes affaires..." (Isaie 58,13) ; nos maîtres, de mémoire bénie, expliquent : que tout ton ouvrage soit accompli. On peut dire, comme ci-dessus, qu'il doit savoir que même ce que l'homme fait est déjà fait par Sa volonté, comme il est dit "l'homme ne se heurte pas le doigt ici-bas sans qu'on le décrète sur lui d'en haut" (Houlin 7b) ; c'est le sens de "ce qu'on a déjà fait", comme ci-dessus.

Et au Chabbat, c'est l'aspect de l'annulation et de l'acceptation du joug du Royaume des cieux, c'est-à-dire s'annuler devant la racine de la vie. Par cela chaque acte suit sa racine dans les cieux, car il est écrit "Il a fait des merveilles" (Psaumes 98,1).

Et le Rema, dans le Orah Haim, explique "et Il agit merveilleusement" (bénédiction Acher Yatsar), que l'acte comporte un aspect de merveille (voir ailleurs). Et aussi l'intellect de l'homme doit s'annuler devant l'aspect de la racine de la sagesse, car il est écrit "d'où se trouve-t-elle ?" (Job 28,12).

Car l'homme sait que lorsqu'il grandit et devient plus sage, il voit que ce qu'il ne comptait pas auparavant comme péché était une erreur ; et ensuite, plus encore. Donc la sagesse véritable n'a pas de mesure, et il faut annuler tout le savoir devant la parole du Nom, et tout se rattache à la racine, comme ci-dessus.

וידעתם כי אני ה' אלקיכם המוציא כו' זה הבטחה שידעו שהש"י הוציאם מא"מ. וזה טעם כל הגלות כדי שידע האדם שמצדו מוכן להיות בגלות.

וככה נוהג בכל איש מישראל. וכן שמעתי מאא"ז מו"ר ז"ל כי אם הי' אדם יודע באמת שהכל מהש"י לא הי' מסתירין לו כלל וכל ההסתר כדי שלא ידמה שממנו הוא ודפח"ח.

וצריך אדם לידע אף בעת רצון שיש לו קצת דביקות. עכ"ז לא יושכח ממנו שמוכן מצ"ע לכל חטא ועון.

רק בעזר הש"י. וז"ש למען תזכור כו' כל ימי חייך שהוא אף בשעה שנדבק בה' חיים.

וכ"כ חז"ל לרבות ימות המשיח. שהוא עת הטובה.

שאין יצה"ר שולט. אעפ"כ יזכור היטב כי לולי רחמיו כבר הי' במצרים.

כמ"ש אילו לא הוציא כו' אנו משועבדים כו'. וזה רצה הש"י לקבוע בישראל בשעת הגלות שידעו שכ"ז כדי שידעו אחר כל הגאולה ואחר קבלת התורה שהש"י הוציאם ממצרים.

וז"ש בשבת זכר ליצ"מ שהוא יום מנוחה וצריך אדם לידע כי הוא מהש"י. ולכן בכל יום אומרים יצ"מ קודם יחוד ק"ש לידע כי לולי רחמיו היינו במצרים.

וע"י שמבררין זה באמת יוצאין בכל יום מכל מיצר ויכולין אח"כ לקבל עמ"ש. ואומרים הוצאתנו ממצרים ופדיתנו מבית עבדים נראה הפי' שהי' ב' דברים השעבוד עבודה קשה.

וגם מה שהיו באמת ת"י מצרים. וכ' בזוה"ק שכ"ז שיש לאדם עול אחר.

א"י לקבל עמ"ש. שלכך עבדים פטורין מקעמ"ש.

ע"ש פ' בהר. ולכך אחר יצ"מ מקבלין עול מ"ש.

וכ"כ והוצאתי כו' ואח"כ ולקחתי כו' כנ"ל. [ואעפ"כ אח"כ ידע ג"כ כי לולי רחמיו היינו במצרים וז"ש אחר ק"ש ג"כ יצ"מ וגאולה.

ואח"כ יכולין לבוא עי"ז לתפילה]:

"Et vous saurez que Je suis ה' votre Dieu qui vous fait sortir..." (Exode 6,7). C'est une promesse qu'ils sauront que le Nom les a fait sortir du pays d'Égypte.

Et telle est la raison de tout l'exil : que l'homme sache que, de son côté, il est disposé à être en exil. Et il en va ainsi pour chaque homme d'Israël.

Ainsi ai-je entendu de mon grand-père, mon maître et enseignant, de mémoire bénie : si l'homme savait vraiment que tout vient du Nom, on ne lui cacherait rien du tout, et toute la dissimulation n'est que pour qu'il ne s'imagine pas que cela vient de lui-même ; et ce sont des paroles agréables et fines. Et l'homme doit savoir que, même en un temps de faveur où il a un peu d'attachement, il ne doit pas pour autant oublier qu'il est disposé, de lui-même, à toute faute et transgression, sinon par l'aide du Nom.

C'est le sens de "afin que tu te souviennes... tous les jours de ta vie" (Deutéronome 16,3), c'est-à-dire même à l'heure où il est attaché au Dieu vivant. Et nos maîtres, de mémoire bénie, ont écrit que cela vient inclure les jours du Messie, qui sont un temps de bien, où le mauvais penchant ne domine pas ; malgré cela il se souviendra bien que, n'étaient Ses miséricordes, il serait déjà en Égypte, comme il est dit "si Il ne nous avait pas fait sortir... nous serions asservis..." (Haggada de Pessa'h).

Et cela, le Nom voulut le fixer en Israël à l'heure de l'exil, pour qu'ils sachent que tout cela était afin qu'ils sachent, après toute la délivrance et après le don de la Torah, que le Nom les a fait sortir d'Égypte. C'est le sens de ce qui est dit au Chabbat, "souvenir de la sortie d'Égypte" (Kiddouch), car c'est un jour de repos, et l'homme doit savoir qu'il vient du Nom.

C'est pourquoi chaque jour on mentionne la sortie d'Égypte avant l'unification du Chema, pour savoir que, n'étaient Ses miséricordes, nous serions en Égypte. Et par le fait de l'éclaircir vraiment, chaque jour on sort de tout étroit (metsar, même racine que Mitsraim, l'Égypte) et l'on peut ensuite accepter le joug des cieux.

Et l'on dit "Tu nous as fait sortir d'Égypte et Tu nous as délivrés de la maison de servitude" (prières du matin) ; il semble que l'explication soit qu'il y eut deux choses : l'asservissement, le dur labeur, et aussi le fait qu'ils étaient vraiment sous la main de l'Égypte. Et il est écrit dans le saint Zohar que, tant que l'homme a un autre joug, il ne peut accepter le joug des cieux ; c'est pourquoi les esclaves sont exempts de l'acceptation du joug des cieux (voir la paracha Behar).

Aussi, après la sortie d'Égypte, accepte-t-on le joug du Royaume des cieux. C'est ainsi qu'il est écrit "et Je vous ferai sortir..." puis ensuite "et Je vous prendrai..." (Exode 6,6-7), comme ci-dessus.

[Et malgré cela, ensuite, il saura aussi que, n'étaient Ses miséricordes, nous serions en Égypte ; c'est pourquoi après le Chema aussi on dit la sortie d'Égypte et la délivrance ; et ensuite on peut par là venir à la prière.]

והוצאתי אתכם כו' סבלות מצרים כו'. שמעתי מאא"ז מו"ר זצלה"ה פי' סבלות שלא יוכלו לסבול עכ"פ טומאת מצרים.

ומזה בא הגאולה אח"כ. ונ' שמזה הוציא מרע"ה שאמר הן בנ"י לא שמעו כו' כי אח"כ כ' וגאלתי כו' א"כ קודם ששמעו ולא נמאס אצלם כראוי ולא יצאו מתחת סבלות.

ממילא איך ישמע פרעה שזה אח"כ. אך באמת יצאו מסבלות מצרים רק בחי' מרע"ה הי' למעלה שנבדל יותר מא"מ וכ' לא שמעו אלי כו'.

וע"ז הי' העצה שותפות אהרן שיהי' דביקותן במרע"ה ע"י אהרן [וז"ש ויצום כו'] כנ"ל. ואח"כ כתיב וידעתם כו' סבלות כו' שאחר כל הגאולה צריכין לידע כי לולי עזרתו ית' כבר היו תחת סבלות מצרים שהוא בחי' הגרועה כנ"ל.

והוא עצה היעוצה לכל איש מישראל ע"י שמרגיל עצמו להיות שונא הרע בתכלית השנאה. כענין שאמרו ז"ל ירגיז אדם יצ"ט על יצה"ר.

וזה התחלת הגאולה כנ"ל:

"Et Je vous ferai sortir... des corvées (sivlot) d'Égypte..." (Exode 6,6). J'ai entendu de mon grand-père, mon maître et enseignant, de mémoire bénie, l'explication de "sivlot" : qu'ils ne pouvaient plus supporter, en tout cas, l'impureté de l'Égypte ; et de là vint ensuite la délivrance.

Il semble que c'est de là que Moché notre maître déduisit, lorsqu'il dit "Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté..." (Exode 6,12) : car ensuite il est écrit "et Je les délivrerai..." (Exode 6,6) ; donc, avant qu'ils n'aient entendu et que l'Égypte ne leur fut répugnante comme il convient, et qu'ils ne fussent sortis de sous les corvées, comment donc Pharaon écouterait-il, ce qui vient après ? Mais en vérité ils sortirent des corvées d'Égypte ; seulement l'aspect de Moché notre maître était plus haut, car il était plus séparé du pays d'Égypte, et il est écrit "ils ne m'ont pas écouté...".

À cela le remède fut l'association d'Aaron, pour que leur attachement à Moché se fasse par Aaron [c'est le sens de "et Il leur ordonna..." (Exode 6,13)], comme ci-dessus. Ensuite il est écrit "et vous saurez... les corvées...", car après toute la délivrance il faut savoir que, n'était Son aide, béni soit-Il, ils seraient déjà sous les corvées d'Égypte, qui est l'aspect le plus vil, comme ci-dessus.

Et c'est le conseil recommandé à tout homme d'Israël : s'habituer à haïr le mal de la haine la plus totale, à la manière de ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie : que l'homme excite son bon penchant contre son mauvais penchant (Berakhot 5a). Et c'est le début de la délivrance, comme ci-dessus.

תרל"ב

5632 (תרל"ב)

ברש"י חבל על דאבדין כו'. אף כי כ' שמדרגת מרע"ה הי' למעלה יותר.

אעפ"כ הוטב בעיני השי"ת עבודת האבות לפרסום כבוד שמו ית' כמו שהוא נסתר בעולם הזה כמ"ש ז"ל למען אברהם שקראך אדון. והוא שם שדי שהוא חיותו ית' לכל הנבראים שנקודה חיות ממנו ית' מחי' כל העולמות.

ואף הטבע נמשך מחיות נקודה הפנימיות שלמעלה מהטבע. ומרע"ה הי' דבוק במה שלמעלה מהטבע.

[כמ"ש חז"ל משה משה כו'] והוא שם הוי' ית' שאין סוף לגדולתו. אבל בחי' נקודה הנ"ל היא המשכה שתהי' מספקת ליתן חיות לכל דבר ודבר כפי משפטו.

ולכך נקרא [שדי] ע"ש שיש די באלקותו לכל ברי' כו'. והיא עבודת אבותינו לברר בטבע והחושך שמ"מ נמשך הכל מנקודה הפנימיות ושהכל לכבודו ברא כו'.

ונאמר זה למרע"ה עתה. כי זה ענין הגלות לברר אלקותו ית' גם במקומות השפלים תוך כל המצרים והסתרות.

אעפ"כ יתגלה ע"י עבודת האדם שהכל נמשך ממנו ית' כנ"ל. ועבודת האבות הי' הכנה להגאולה של כל גלות וגלות.

ולזה עצמו הי' קשה השליחות למרע"ה כי הי' למעלה מהטבע כנ"ל [וכמ"ש בזוה"ק ע"פ למה הרעותה כו']. ושליחות זה הי' להמשיך הארה לבנ"י כמו שהי' תוך הגלות.

וכ' ולא שמעו מקוצר רוח. ג"כ הפי' כנ"ל כי כ' ויפח באפיו נשמת חיים.

שיש בכל איש ישראל רוח ונשמה ממנו ית'. וצריך להיות נמשך כל האדם וכל המעשים אחר פנימיות החיות.

נשמת ה' ממעל. ואם נפסק החיות שעושה מעשה גשמיים בלי חיות פנימיות זה מקוצר רוח כו'.

כי זה הי' הגלות לבטל אמונה הנ"ל. שלא יוכלו לברר אצלם להיות נמשך הכל אחר חיות הפנימיות כנ"ל.

וז"ש מרע"ה הן בנ"י ל"ש כו'. כי ידע כי לא יוכל להיות כל הגאולה עד שיהי' מבורר האמונה אצל בנ"י מקודם להיות נמשך אחר הפנימיות כנ"ל.

ועי"ז יהי' מוכרח להתגלות הקדושה ולבטל כל ההסתר עד שיהי' גאולה שלימה. וכ"כ בזוה"ק שהדיבור הי' בגלות.

ג"כ הפי' כנ"ל כי בעשרה מאמרות נברא העולם. והגיד אא"ז מו"ר ז"ל כי נעשה מהם עשרת הדברות באמצעות גלות מצרים ועשר מכות כו' ע"ש.

ופי' ההפרש בין אמירה לדיבור הוא כנ"ל להיות ניכר ומתגלה חיות הפנימיות שאין שום חיות לשום הווה רק ממנו ית'. ודיבור מלשון הנהגה כמ"ש בזוה"ק על ודברת בם להנהיג הכל ע"י דברי תורה ע"ש.

וכמו ידבר עמים כו'. ובגלות אין ניכר כבודו ית'.

ופרעה אמר לי יאורי כו'. וז"ש הן בנ"י ל"ש כו' ואיך ישמעני פרעה כו':

Dans Rachi : "Quel dommage pour ceux qui sont perdus et ne se retrouvent plus...". Bien qu'il soit dit que le degré de Moché notre maître était plus élevé, malgré cela le service des Patriarches fut agréable aux yeux du Nom, béni soit-Il, pour la diffusion de l'honneur de Son Nom, tel qu'Il est caché en ce monde, comme l'ont dit nos maîtres : "en mérite d'Abraham qui t'a appelé Maître".

Et c'est le Nom Chaddai, qui est Sa vitalité pour toutes les créatures, car un point de vitalité venant de Lui fait vivre tous les mondes ; et même la nature découle de la vitalité du point intérieur qui est au-dessus de la nature. Et Moché notre maître était attaché à ce qui est au-dessus de la nature [comme l'ont dit nos maîtres : "Moché, Moché..."], et c'est le Nom du Tétragramme, dont la grandeur est sans fin.

Mais l'aspect du point susdit est un flux (hamchaha) qui suffit à donner vitalité à chaque chose selon son jugement ; c'est pourquoi Il est appelé [Chaddai], du fait qu'il y a assez (dai) dans Sa divinité pour toute créature. Et c'est le service de nos pères : éclairer, dans la nature et l'obscurité, le fait que tout découle quand même du point intérieur, et que tout, Il l'a créé pour Son honneur.

Et cela fut dit à Moché notre maître alors, car tel est l'enjeu de l'exil : éclaircir Sa divinité même dans les lieux bas, au sein de tous les étroits et de toutes les dissimulations ; malgré cela cela se révèle par le service de l'homme, que tout découle de Lui, comme ci-dessus. Et le service des Patriarches fut une préparation à la délivrance de chaque exil.

C'est pour cela même que la mission fut pénible à Moché notre maître, car il était au-dessus de la nature [comme il est écrit dans le saint Zohar sur "Pourquoi as-tu fait du mal..."]. Et cette mission était de faire descendre une lumière vers les enfants d'Israël telle qu'elle était au sein de l'exil.

Et il est écrit "ils n'écoutèrent pas par manque de souffle" ; le sens est lui aussi comme ci-dessus, car il est écrit "Il insuffla en ses narines un souffle de vie", qu'il y a en chaque homme d'Israël un esprit et une âme venant de Lui, et que tout l'homme et tous ses actes doivent suivre l'intériorité de la vitalité, l'âme de ה' d'en haut. Et si la vitalité est coupée, de sorte qu'il accomplit un acte matériel sans vitalité intérieure, c'est cela le "manque de souffle".

Car tel était l'exil : annuler la foi susdite, de sorte qu'ils ne pouvaient éclaircir en eux de faire tout suivre après la vitalité intérieure. C'est le sens de ce que dit Moché notre maître : "Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté...", car il savait que toute la délivrance ne pourrait advenir tant que la foi ne serait pas éclaircie chez les enfants d'Israël au préalable, pour suivre l'intériorité ; et par cela la sainteté serait forcée de se révéler et d'annuler toute la dissimulation, jusqu'à une délivrance complète.

Il est écrit aussi dans le saint Zohar que la Parole (dibbour) était en exil ; le sens est lui aussi comme ci-dessus, car par dix paroles le monde fut créé, et mon grand-père, mon maître et enseignant, de mémoire bénie, a enseigné qu'il s'en fit les dix Commandements par le biais de l'exil d'Égypte et des dix plaies (voir là). L'explication de la différence entre "amira" (dire) et "dibbour" (parole) est comme ci-dessus : que se reconnaisse et se révèle la vitalité intérieure, car aucune existence n'a de vie sinon de Lui.

Et "dibbour" est du langage de la conduite (hanhaga), comme il est dit dans le saint Zohar sur "et tu en parleras" : conduire tout par les paroles de la Torah (voir là), et comme "Il soumet des peuples..." (Psaumes 47,4). Et en exil Son honneur n'est pas reconnu, et Pharaon disait "à moi mon fleuve..." (Ezechiel 29,3).

C'est le sens de "Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté... et comment Pharaon m'écouterait-il ?".

ברש"י ז"ל שגלוי לפניו שאין נ"ר באומות לשוב כו' טוב לי שיתקשה לבו כו'. א"כ יש להוכיח מכ"ש מי שרוצה בלב שלם לעבדו ית'.

ושלא לסור מעבודתו ית'. אף כי אינו מוציאו מכח אל הפועל.

עוזר לו הש"י לפנים משורת הדין. כי מדה טובה מרובה.

וגלוי לפניו שעיקר רצון בנ"י לעבודתו ית'. ושאין נ"ר לבנ"י לנטות מרצונו.

טוב לחזק לבבם ולהטות לבם אליו ית':

Dans Rachi, de mémoire bénie : qu'il est révélé devant Lui qu'il n'y a pas de satisfaction (nahat roua'h) chez les nations à revenir à Lui..., "il vaut mieux pour Moi que son cœur s'endurcisse...". Il y a donc à en déduire, à plus forte raison : celui qui veut d'un cœur entier Le servir, béni soit-Il, et ne pas se détourner de Son service, même s'il ne le fait pas passer de la puissance à l'acte, le Nom l'aide au-delà de la lettre du jugement, car la mesure du bien est plus grande.

Et il est révélé devant Lui que l'essentiel du désir des enfants d'Israël est pour Son service, et qu'il n'y a pas de satisfaction pour les enfants d'Israël à dévier de Sa volonté ; il est bon de fortifier leur cœur et d'incliner leur cœur vers Lui, béni soit-Il.

תרל"ד

5634 (תרל"ד)

וארא כו' ושמי ה' לא נודעתי כו'. כי האבות כל עבודתם הי' עבור בנ"י לכן נקראו אבות והלכו בכל המקומות הנסתרים תוך הטבע.

ויגעו עד שמצאו גם שם הארה הקדושה. ובחי' זו היא ההנהגה בשם אל שדי.

כמ"ש ז"ל שיש די באלקותו לכל ברי'. פי' זה שהש"י נתן בכל דבר נקודה חיות אלקות.

שיהי' כח להיות נמשך כל הסביבות לנקודה זו. כי בעוה"ז שנק' עלמא דשקרא יש הרבה שקר לכל נקודה של אמת.

כמ"ש סביב רשעים יתהלכון. וע"ז נאמר הצילה נפשי משפת שקר.

כי לכל נקודה של אמת השקר סובבת בכל צד. ועכ"ז ע"י יגיעה נוכל למצוא נקודה של אמת בכ"מ.

וזה הי' עבודת האבות. לכן נאמר ארץ מגוריהם אשר גרו.

מלשון גר. כמ"ש אברהם גייר גיורים כו'.

פי' לשון המשכה שהמשיכו כל הדברים לשורשן. ובגלות מצרים וכן בכל הגלות הוא בבחי' זו.

ועומד לזה זכות האבות. ואיתא משה ראה באספקלריא דנהורא ושאר נביאים באסדל"נ.

ולמה נק' אספקלריא כיון דל"נ. רק הפי' שיש הסתר להנקודה שמתגלה בתוך הסתר.

ומרע"ה זכה כמו שיהי' לעתיד ה' ושמו אחד. שלא יהי' שום דבר רק חיות אלקי.

ובעוה"ז נתלבש הכל בטבע. וכפי התקדשות האדם בעניני עוה"ז זוכה להשיג דבר מה.

ובחי' זו נק' אסדל"נ שע"י ההסתר זוכה להתגלות כנ"ל. וזה הוא עבודה קשה.

וכדמיון זה הוא עבודת ימות החול. וש"ק אסד"נ.

שבשבת יש התגלות יותר לכל נפש מישראל. אמת שכפי העבודה בימות החול זוכין להארת ש"ק.

כי בגלות זוכין לאמת ע"י אמונה כמ"ש במ"א. ושמעתי מאא"ז מו"ר ז"ל שמתי חול גבול לים כי ימות החול הוא גבול להגביל כ"ד שלא יתפשט רצונות האדם רק בגבול כו'.

והוא הצימצום. וכפי מה שיש נקודה זו באיש ישראל.

מתגלה אליו הארה של אמת:

"Je suis apparu... mais Mon Nom ה' Je ne Me suis pas fait connaître..." (Exode 6,3). Car tout le service des Patriarches fut pour les enfants d'Israël, c'est pourquoi ils sont appelés "pères" ; et ils allèrent en tous les lieux cachés au sein de la nature, et peinèrent jusqu'à trouver là aussi une lueur de sainteté.

Cet aspect-là est la conduite par le Nom Él Chaddai, comme l'ont dit nos maîtres : qu'il y a assez (dai) dans Sa divinité pour toute créature. Le sens : le Nom a placé en chaque chose un point de vitalité divine, afin qu'il y ait la force d'attirer tout l'entourage vers ce point ; car en ce monde, appelé "monde du mensonge", il y a beaucoup de mensonge autour de chaque point de vérité, comme il est dit "les méchants rôdent alentour" (Psaumes 12,9).

À ce propos il est dit "délivre mon âme de la lèvre de mensonge" (Psaumes 120,2), car autour de chaque point de vérité le mensonge tournoie de tout côté. Et malgré cela, par l'effort, nous pouvons trouver un point de vérité en tout lieu ; tel fut le service des Patriarches.

C'est pourquoi il est dit "la terre de leurs séjours où ils ont séjourné (garou)" (Exode 6,4), du langage de "guer" (étranger, converti), comme l'ont dit nos maîtres "Abraham convertissait des convertis" : au sens d'attirance (hamchaha), car ils attiraient toutes choses vers leur racine. Et dans l'exil d'Égypte, comme dans tout exil, on est dans cet aspect-là, et pour cela se tient le mérite des Patriarches.

Et il est enseigné : Moché voyait à travers un miroir éclairant (aspaklaria de-nehora), et les autres prophètes à travers un miroir non éclairant ; et pourquoi l'appeler "miroir" puisqu'il n'éclaire pas ? Seulement, le sens est qu'il y a une dissimulation pour le point qui se révèle au sein de la dissimulation.

Et Moché notre maître mérita une vision telle qu'elle sera dans le futur, "ה' et Son Nom seront un", où il n'y aura rien que la vitalité divine ; tandis qu'en ce monde tout se revêt de nature, et selon que l'homme se sanctifie dans les affaires de ce monde, il mérite de saisir quelque chose. Cet aspect-là est appelé "miroir non éclairant", car par la dissimulation il mérite la révélation, comme ci-dessus ; et c'est un service pénible.

À l'image de cela est le service des jours ouvrables, tandis que le saint Chabbat est "miroir éclairant", car au Chabbat il y a plus de révélation pour chaque âme d'Israël. Il est vrai que selon le service accompli aux jours ouvrables on mérite la lumière du saint Chabbat, car en exil on mérite la vérité par la foi, comme ailleurs.

Et j'ai entendu de mon grand-père, mon maître et enseignant, de mémoire bénie : "J'ai mis le sable pour limite à la mer" (Jérémie 5,22), car les jours ouvrables sont une limite pour borner tout, afin que les volontés de l'homme ne s'étendent que dans une limite ; c'est la contraction (tsimtsoum). Et selon la mesure de ce point chez l'homme d'Israël, se révèle à lui une lumière de vérité.

מרע"ה שהעיד עליו הכ' עניו מאוד כו'. הי' יכול להגיד למה הרעותה.

כי הי' לבו ברור עליו כו' כמ"ש במד' ובר לבב כו':

Moché notre maître, dont l'Écriture a attesté qu'il était "très humble" (Nombres 12,3), pouvait dire "Pourquoi as-tu fait du mal ?", car son cœur était pur devant lui, comme il est dit dans le Midrach : "et pur de cœur..." (Psaumes 24,4).

במדרש מי זה מלך הכבוד כו' מלך ב"ו אין רוכבין על סוסו כו'. פי' כי מי שיש לו כבוד מאנשים אינו מלך הכבוד כי אין הכבוד רק מאנשים המכבדין אותו ונמצא נצרך להאנשים ובלעדם אין לו כבוד.

אבל הקב"ה שנותן כבוד לכל מי שרוצה נק' מלך הכבוד שהכבוד שלו לתת למי שחפץ:

Dans le Midrach : "Qui est ce Roi de gloire ?" (Psaumes 24,10) - un roi de chair et de sang, on ne monte pas sur son cheval... L'explication : celui qui reçoit son honneur des hommes n'est pas "Roi de gloire", car l'honneur ne vient que des hommes qui l'honorent, et il se trouve dépendant d'eux, sans lesquels il n'a point d'honneur.

Mais le Saint, béni soit-Il, qui donne l'honneur à quiconque Il veut, est appelé "Roi de gloire", car l'honneur est sien, pour le donner à qui Il désire.

En bref

« Vous saurez que je suis Hachem qui vous fait sortir » (Chemot 6,6-7) : pour le Sfat Emet, toute la finalité de la délivrance d'Égypte est de savoir que le Nom nous en a fait sortir, et l'on doit toujours se rappeler la yetsiat mitsraïm. À chaque instant il y a une Égypte pour chaque homme d'Israël ; selon ce souvenir, on n'a pas besoin d'être effectivement dans la détresse. Quand l'homme oublie et s'enorgueillit en disant « ma force et la puissance de ma main », il faut l'amener dans la détresse pour qu'il voie que tout vient du Nom. Cette sortie prépare les générations : selon ce que l'homme s'en rappelle, elle s'éveille chez lui en tout temps.

Aussi : l'essentiel de l'exil est que l'intelligence et la connaissance ne se déploient pas dans les actions ; la descente en Égypte prépare la Terre d'Israël ; les dix plaies, les dix paroles et les dix commandements

והוצאתי והצלתי ולקחתי כו' וידעתם כי אני ה' המוציא כו'. ראינו כי כל הרצון בגאולת מצרים הי' לידע שהש"י הוציאנו משם ולכן צריכין לזכור תמיד יצ"מ.

והאמת כי בכל עת יש מצרים לכל איש ישראל. לכן מזכירין בכל יום יצ"מ.

וכפי מה שיודעין וזוכרין שהש"י הוציאנו. א"צ להיות בפועל תוך המיצר.

כי כשאדם שוכח ומתגאה לומר כחי ועוצם ידי כו'. אז צריכין להביאו במיצר.

ושיראה כי הכל מהשי"ת. ויצ"מ הי' הכנה לדורות כמ"ש בגמ' המוציא כולל להבא.

ומעיקרא משמע כו'. פי' שיצ"מ הי' לדורות.

וכפי מה שהאדם זוכר ביצ"מ. כן מתעורר אצלו יצ"מ בכל זמן.

ועיקר גלות מצרים הוא שאין השכל והדעת של האדם מתפשט כראוי בכל מעשיו כמ"ש בספרים. והש"י צוה להגיד זה לבנ"י במצרים כי היו צועקים מעבודה קשה בפועל.

ואח"כ ששמעו ממרע"ה כי אחר הגאולה יחול עליהם ש"ש. ולקחתי כו' והייתי לכם לאלקים.

וגבר אצלם צער זה שע"י שיעבוד מצרים אין יכולין להתקרב להש"י לקבל עול מלכותו. ודאגו ע"ז.

והי' זה הכנה לגאולה. והוא ללמוד גם לנו ע"ז שמצפין לגאולה כדי להיות עבדי הש"י שיחול עלינו שמו ית' עי"ז נזכה לגאולה במהרה בימינו אמן:

'Je vous ferai sortir, je vous délivrerai, je vous prendrai etc.' 'et vous saurez que je suis ה' qui vous fait sortir etc.' (Exode 6,6-7). Nous voyons que toute la finalité de la délivrance d'Égypte était de savoir que le Nom nous en a fait sortir ; c'est pourquoi il faut toujours se rappeler la sortie d'Égypte (yetsiat mitsraïm).

Et la vérité est qu'à chaque instant il y a une Égypte (mitsraïm, la détresse) pour chaque homme d'Israël. C'est pourquoi on rappelle chaque jour la sortie d'Égypte.

Et selon ce que l'on sait et se rappelle que le Nom nous a fait sortir, on n'a pas besoin d'être effectivement dans la détresse (metsar). Car lorsque l'homme oublie et s'enorgueillit en disant 'ma force et la puissance de ma main etc.' (Deut.

8,17), alors il faut l'amener dans la détresse, et qu'il voie que tout vient du Nom. Et la sortie d'Égypte fut une préparation pour les générations, comme il est dit dans la Guemara : 'celui qui fait sortir' (ha-motsi) inclut l'avenir, et de prime abord cela semble etc.

(Berakhot 12b). C'est-à-dire que la sortie d'Égypte fut pour les générations.

Et selon ce que l'homme se rappelle de la sortie d'Égypte, ainsi s'éveille chez lui la sortie d'Égypte en tout temps. Et l'essentiel de l'exil d'Égypte est que l'intelligence et la connaissance (sekhel va-daat) de l'homme ne se déploient pas comme il convient dans toutes ses actions, comme il est écrit dans les livres.

Et le Nom ordonna de dire cela aux enfants d'Israël en Égypte, car ils criaient sous le dur labeur, effectivement. Et ensuite, lorsqu'ils entendirent de Moché notre maître que, après la délivrance, le Nom du Ciel reposerait sur eux, 'je vous prendrai etc. et je serai pour vous un Dieu' (Exode 6,7), cette peine grandit chez eux : que par l'asservissement d'Égypte ils ne pouvaient s'approcher du Nom pour recevoir le joug de sa royauté.

Et ils s'en affligèrent. Et cela fut une préparation à la délivrance.

Et c'est aussi un enseignement pour nous, que nous espérons la délivrance afin d'être serviteurs du Nom, que son Nom béni repose sur nous ; par cela nous mériterons la délivrance promptement de nos jours, amen.

תרל"ה

[תרל"ה]

במדרש תנן אפי' נחש כרוך על עקבו לא יפסיק כו'. נראה כי ירידת בנ"י למצרים הי' הכנה לא"י כדאיתא במד' פ' שמות ג' מתנות ע"י יסורין א"י כו'.

וכדאיתא מאן דנצח לחויא ליסב ברתא דמלכא והוא הנחש הסובב מבחוץ שלא כל הרוצה ליטול השם יטול. וז"ש הקב"ה למרע"ה וארא כו' הקמתי כו' לתת להם כו' ארץ כנען כו' ארץ מגוריהם.

פי' בזוה"ק לשון יראה כי א"י הוא קבלת מלכותו ית' וכל מגמת אבותינו הי' על זאת. ונק' כנען מלשון סוחר ע"ש שהוא הארה הבאה ממרחק כמ"ש היתה כאניות סוחר כו'.

ומקודם היו ת"י כנען והוא עכנא ונחש. ארור כנען.

ולנחש נאמר ארור אתה כו'. וזהו שאמר הקב"ה למשה כי מוכרחין בנ"י לסבול גלות מצרים.

וכשנגאלו הי' הכנה לדורות לצאת מכריכת זה הנחש הוא פרעה. ולכך תיקנו חז"ל לזכור יצ"מ קודם התפילה.

שהוא הכנה לדחות המ"ז שבאים בכח הנחש הנ"ל. ואיתא בגמ' אבל עקרב פוסק.

ואיתא בספרים [בס' אור ישראל מהרב המגיד ז"ל] כי נחש הוא מצד החמימות. רמז לדבר חם הוא אבי כנען.

ועקרב מצד הקרירות כו' ע"ש. וזה לא ניתקן עדיין.

לכן היצה"ר המקרר בעצבות ועצלות הוא גרוע ביותר. ואפשר שהוא עמלק דכתיב בי' אשר קרך בדרך.

וזה לא ניתקן לגמרי עד שיהי' ה' וכסא שלם כו'. ונראה כי הגלות מצרים הי' רק להציל מזה העקרב כי כן נראה בלשון הפסוק ארמי אובד אבי וירד מצרימה כו' משמע שירידת מצרים הי' עצה להינצל מגלות היותר קשה ולבן ובלעם ועמלק הוא קליפה אחת כנזכר בזוה"ק [ואיתא לבן ביקש לעקור הכל ופרעה רק על הזכרים כו'.

נראה שפרעה מצד הזכר כו' ונודע בספרים שכח הנקבה קשה ביותר כמו שכתב באוה"ח וגם נראה כי הנקבה מצד הקרירות כנ"ל] והקב"ה ברחמיו הצילנו על ידי ירידת מצרים כנ"ל. וכן לדורות כי לכל דבר שבקדושה צריכין מקודם לבוא לנסיון.

והי' יציאת מצרים מפתח שיהי' כל ההסתרות מצד זה הנחש. ולכן מזכירין תמיד יצ"מ וכל המצות תלוין ביצ"מ כי הוא הכנה לכל כנ"ל.

וכפי מה שזוכרין יצ"מ נפטרים מהסתר אחר כנ"ל:

Dans le Midrach : nous avons appris (dans la Mishna) que même si un serpent est enroulé autour de son talon, on n'interrompt pas (sa prière) etc. (Berakhot 30b).

Il apparaît que la descente des enfants d'Israël en Égypte fut une préparation à la Terre d'Israël, comme il est rapporté dans le Midrach, paracha Chemot : trois dons s'acquièrent par des souffrances, la Terre d'Israël etc. (Berakhot 5a).

Et comme il est rapporté : celui qui vainc le serpent épousera la fille du roi (Baba Batra 16a) ; c'est le serpent qui entoure par l'extérieur, car ce n'est pas quiconque veut prendre le Nom qui peut le prendre. Et c'est ce que le Saint béni soit-Il dit à Moché notre maître : 'Je suis apparu etc., j'ai établi etc. de leur donner etc. le pays de Canaan etc., le pays de leurs séjours (mégoûrim)' (Exode 6,3-4).

Le Zohar explique 'mégoûrim' au sens de crainte (yira), car la Terre d'Israël est la réception de sa royauté bénie, et toute l'aspiration de nos pères fut vers cela. Et elle est appelée Canaan au sens de marchand (so'her), parce qu'elle est la lumière qui vient de loin, comme il est écrit 'elle est comme les navires du marchand etc.' (Proverbes 31,14).

Et auparavant ils étaient sous la main de Canaan, qui est le okhna (serpent, en araméen) et le nahach (serpent). 'Maudit soit Canaan' (Genèse 9,25). Et au serpent il fut dit : 'Maudit sois-tu etc.' (Genèse 3,14).

Et c'est ce que le Saint béni soit-Il dit à Moché : que les enfants d'Israël doivent nécessairement supporter l'exil d'Égypte. Et lorsqu'ils furent délivrés, ce fut une préparation pour les générations, pour sortir de l'enroulement de ce serpent, qui est Pharaon.

Et c'est pourquoi nos Sages ont institué de rappeler la sortie d'Égypte avant la prière, car c'est une préparation pour repousser les pensées étrangères (mahchavot zarot) qui viennent par la force du serpent susdit. Et il est dit dans la Guemara : mais un scorpion, on interrompt (Berakhot 30b).

Et il est écrit dans les livres [dans le livre Or Israël du Maggid de mémoire bénie] que le serpent est du côté de la chaleur ; allusion à cela : 'Ham est le père de Canaan' (Genèse 9,18 ; Ham signifie 'chaud'). Et le scorpion est du côté de la froideur etc., vois là.

Et cela n'est pas encore réparé. C'est pourquoi le mauvais penchant (yetser ha-ra) qui refroidit par la tristesse et la paresse est pire encore.

Et il est possible que ce soit Amalek, dont il est écrit : 'qui t'a rencontré (karkha, du même mot que 'froid') en chemin' (Deut. 25,18).

Et cela ne sera pas réparé complètement jusqu'à ce que le Nom et le trône soient complets etc. (Rachi, Exode 17,16).

Et il apparaît que l'exil d'Égypte fut seulement pour sauver de ce scorpion, car ainsi cela apparaît dans le langage du verset : 'Un Araméen voulait faire périr mon père, et il descendit en Égypte etc.' (Deut. 26,5) ; cela indique que la descente en Égypte fut un conseil pour échapper à un exil plus dur encore.

Et Lavan, Biléam et Amalek sont une seule kelipa (écorce, force impure), comme il est mentionné dans le Zohar. [Et il est rapporté : Lavan cherchait à tout déraciner, tandis que Pharaon ne (visait) que les mâles etc.

Il apparaît que Pharaon est du côté du masculin etc., et il est connu dans les livres que la force du féminin est plus dure, comme l'écrit le Or ha-Haim ; et il apparaît aussi que le féminin est du côté de la froideur comme ci-dessus.] Et le Saint béni soit-Il, dans sa miséricorde, nous a sauvés par la descente en Égypte comme ci-dessus. Et de même pour les générations, car pour toute chose de sainteté il faut d'abord venir à l'épreuve.

Et la sortie d'Égypte fut la clé pour que toutes les occultations soient du côté de ce serpent. C'est pourquoi on rappelle toujours la sortie d'Égypte, et toutes les mitsvot dépendent de la sortie d'Égypte, car elle est la préparation à tout comme ci-dessus.

Et selon ce que l'on se rappelle de la sortie d'Égypte, on est délivré d'une autre occultation comme ci-dessus.

מו"ז ז"ל הי' אומר כי עשר מכות נגד עשרה מאמרות ועי"ז באו אח"כ לעשרת הדברות כו'. דאיתא בעשרה מאמרות נברא העולם ומה ת"ל כו' כדי להפרע מרשעים ולתת שכר טוב לצדיקים.

בוודאי להפרע מרשעים הוא פרעה דכ' בי' ואני ועמי הרשעים. ולתת שכר טוב לצדיקים היא התורה שנק' טוב שניתן לבנ"י.

ופי' זה כי קודם החטא הי' יכול להבראות במאמר אחד. אבל הקב"ה ראה כי יחטא האדם ויהי' תערובת טו"ר.

ולכן נחלקו אח"כ העשרה מאמרות שהי' בכלל ונפרטו צד הרע העשר מכות לרשעים. והטוב עשרת הדברות שהוא בפרט.

ודיבור לשון הנהגה כמ"ש בזוה"ק ע"פ ודברת בם להתנהג כל המעשים ע"פ דברי תורה ע"ש. ולהביא הקדושה בפרטות בכל מעשה.

צריכין מקודם לתקן צד הרע עשר מכות. ולכן יצ"מ הכנה לכל המצות כדכתיבנא לעיל:

Mon grand-père (mori zkeni) de mémoire bénie disait que les dix plaies correspondent aux dix paroles (par lesquelles le monde fut créé), et que par cela on parvint ensuite aux dix commandements (Aseret ha-Dibrot) etc. Car il est enseigné : par dix paroles le monde fut créé ; et qu'enseigne le texte (puisqu'il aurait pu être créé par une seule) ?

Afin de faire payer les méchants et de donner bonne récompense aux justes (Avot 5,1). Assurément, 'faire payer les méchants' vise Pharaon, dont il est écrit : 'moi et mon peuple sommes les méchants' (Exode 9,27).

Et 'donner bonne récompense aux justes' est la Torah, appelée 'bien' (tov), qui fut donnée aux enfants d'Israël. Et l'explication en est : avant la faute, le monde aurait pu être créé par une seule parole.

Mais le Saint béni soit-Il vit que l'homme fauterait et qu'il y aurait un mélange de bien et de mal (tov va-ra). C'est pourquoi les dix paroles, qui étaient dans la généralité, furent ensuite divisées et détaillées : le côté du mal, les dix plaies pour les méchants ; et le bien, les dix commandements, qui sont dans le détail.

Et 'dibbour' (parole) est un langage de conduite, comme il est dit dans le Zohar sur le verset 'et tu parleras en eux (ve-dibarta bam)' : conduire toutes les actions selon les paroles de la Torah, vois là. Et pour introduire la sainteté dans le détail de chaque action, il faut d'abord réparer le côté du mal, les dix plaies.

C'est pourquoi la sortie d'Égypte est une préparation à toutes les mitsvot, comme nous l'avons écrit plus haut.

הן בנ"י ל"ש אלי. מקשים כי בנ"י ל"ש מרוב עבודה.

אבל נראה כי לא הי' יכול פרעה הרשע לקבל דבורו של משה אם לא ע"י בנ"י וכיון שבנ"י לא שמעו איך ישמעני פרעה. ולכן צירף עמו אהרן:

'Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté' (Exode 6,12). On objecte : les enfants d'Israël ne l'ont pas écouté à cause de l'excès de labeur (Exode 6,9), pourquoi donc (le leur reprocher) ?

Mais il apparaît que Pharaon le méchant ne pouvait recevoir la parole de Moché si ce n'était par l'intermédiaire des enfants d'Israël ; et puisque les enfants d'Israël n'ont pas écouté, comment Pharaon m'écoutera-t-il ? C'est pourquoi (le Nom) lui adjoignit Aharon.

במדרש ראה נתתיך א-להים לפרעה מי זה מלך הכבוד כו' לולי שאמר שלמה זה ביקשו לרוץ ראשו כו' בו"ד אין משתמשין כו' והקב"ה אמר למשה נתתיך אלקים כו'. פי' זה כי זה נק' מלך הכבוד מה שהכבוד בידו לתתו לאחרים.

כי זה שמכבדין אותו אינו נק' בזה מלך הכבוד. אדרבא הוא מקבל מן הכבוד והכבוד עושהו למלך.

וכן הרשעים שהם ברשות לבם נקראו חסרי לב. כי אין להם הלב.

רק אדרבא הלב מושל בהם. רק הצדיק שלבו ברשותו הוא יש לו לב.

ושלמה המלך ע"ה שנתן לו הקב"ה הרבה כבוד. הודיע זה לבני אדם.

כי זה כבודו של הקב"ה מה שנותן הכבוד לאחרים. ואיתא הממליך מלכים ולו המלוכה.

כי בזה שנותן מלכות לבו"ד. ניכר שהוא המלך.

וזהו שהראה הקב"ה למרע"ה כי הי' תמה על הד' מלכיות למה נתן הקב"ה מלוכה להם. וע"ז התירוץ כי אדרבא מזה ניכר מלכותו ית'.

כי בו"ד ירא למסור המלכות לאחר כי יטלנו מידו. אבל מלך האמת נותן מלוכה לאחרים.

ועכ"ז אין המלוכה יוצא מתחת רשותו. כי הוא המלך באמת.

ונק' מלך הכבוד כנ"ל:

Dans le Midrach : 'Vois, je t'ai établi Dieu (elokim) pour Pharaon' (Exode 7,1) ; 'Qui est ce roi de gloire (melekh ha-kavod) etc.' (Psaumes 24,10) ; n'eût été que Salomon l'a dit, on aurait voulu le contester etc. ; d'un roi de chair et de sang on ne se sert pas (de son sceptre) etc., et le Saint béni soit-Il dit à Moché 'je t'ai établi Dieu etc.'. L'explication en est : celui-là est appelé 'roi de gloire', celui qui a la gloire en main pour la donner à d'autres.

Car celui que l'on honore n'est pas pour autant appelé 'roi de gloire' ; au contraire, il reçoit de la gloire, et la gloire le fait roi. De même les méchants, qui sont sous l'empire de leur cœur, sont appelés 'dépourvus de cœur' (haserei lev), car ils n'ont pas le cœur ; au contraire, le cœur les domine.

Seul le juste, dont le cœur est en son pouvoir, possède un cœur. Et le roi Salomon, la paix sur lui, à qui le Saint béni soit-Il donna beaucoup de gloire, l'a fait savoir aux hommes : que telle est la gloire du Saint béni soit-Il, qu'il donne la gloire à d'autres.

Et il est rapporté : 'Celui qui fait régner les rois, et à qui appartient la royauté' ; car par le fait qu'il donne la royauté à un mortel de chair et de sang, il est reconnaissable que c'est Lui le roi. Et c'est ce que le Saint béni soit-Il montra à Moché notre maître, qui s'étonnait au sujet des quatre royaumes : pourquoi le Saint béni soit-Il leur a-t-il donné la royauté ?

Et voici la réponse : au contraire, c'est par cela que sa royauté bénie est reconnaissable. Car un mortel de chair et de sang craint de remettre la royauté à un autre, de peur qu'il ne la lui arrache de la main.

Mais le Roi de vérité donne la royauté à d'autres, et malgré cela la royauté ne sort pas de sous son autorité, car c'est Lui le roi en vérité. Et il est appelé 'roi de gloire' comme ci-dessus.

תרל"ו

[תרל"ו]

וידבר אלקים כו' ויאמר אליו אני ה' כו'. במדרש התחיל במדה"ד וראה שבשביל צער ישראל דיבר חזר למדה"ר כו'.

אשר חכמים יגידו ושמענו מרבותינו ז"ל כי יצ"מ הי' תיקון כל מעשה בראשית. וכלל הדברים שבאמצעות עשר מכות נתקנו עשרה מאמרות ונעשה אח"כ עשרת הדברות.

אשר ע"כ כמו שמצינו בראשית הבריאה עלה במחשבה לפניו לבראותו במדה"ד וראה שאינו מתקיים חזר ושיתף עמו מדה"ר. כמו כן נעשה בגאולה זו התחיל במדה"ד ושיתף מדה"ר.

ולהבין דבריהם ז"ל כי ח"ו שמחשבת השי"ת לא נתקיימה. אכן פי' דבריהם כי מעשה בראשית בפועל א"א להתקיים במדה"ד פי' שיתנהגו כל הברואים ממש במשפט הש"י.

אך נתקיימה מחשבתו בבנ"י אשר הם עלו במחשבה לפניו ואנחנו בנ"י צריכין בוודאי לקיים הכל ע"פ התורה. ואם אמנם גם זה א"א לקיים בפועל כמאמר אין צדיק בארץ כו' ולא יחטא כי החסרון דבוק ומוכרח כמעט במעשה.

עכ"ז במחשבה צריך להיות מוכן כל איש ישראל למס"נ וכל מעשיו לשמים. וזה שנאמר עלו במחשבה פי' בעולם המחשבה א"א לצאת מהדין כמלא נימא.

וכמו כן כשמתקיים רצון בנ"י במשפט אמרו חז"ל כי בישראל הקב"ה מחשב מחשבה כמעשה. והטעם כי בנ"י שורשם במחשבה והגשמיות טפל אצלם ועיקר רצונם בהתדבקות הרצון בהשי"ת.

ובשבת קודש מתגלה בחי' המחשבה כמ"ש יומא דנשמתין איהו ולאו דגופא. לכן בש"ק נאסר המלאכה כי במעשה א"א להיות ע"פ דין ומשפט ממש.

וכמו דאיתא שיתא אלפי שנין הוי עלמא וחד חרוב. פי' כיון שיהי' אז הכל בדיקדוק הדין והמשפט.

לכן אין העולם מתקיים. כמו כן שבת מעין עוה"ב נאסר בו כל העבודה.

ורק הרצון והמחשבה לשמים. וכתיב לעשות כו' ברית עולם כו'.

פי' כי קיום העולם הוא ע"י התדבקות בעולם העליון. וע"ז ניתן התורה ותרי"ג מצות לחבר כל עניני עוה"ז בשורשם.

וזהו ברית וקיום העולם. אכן א"א לקיים כראוי כנ"ל.

רק ע"י השבת שניתן לישראל זה קיום העולם. לכן קיבלו בנ"י התורה בשבת כי א"א בימי המעשה כנ"ל.

רק ביום המחשבה. וז"ש ורצה בנו כו' כי בנ"י דבוקין בעולם המחשבה והרצון כנ"ל.

לכן אחז"ל האומר ויכלו נעשה שותף להקב"ה במעשה בראשית. כי שמירת שבת הוא קיום וברית עולם כנ"ל.

ובאמת כל הגאולה במצרים הי' ע"פ הדין. כי מצד שבנ"י יזכו בדין יכולין לגבור נגד שונאיהם ה) כמ"ש בספר עבודת ישראל מהרה"מ ז"ל כי מצד החסד גם הרשעים ו) זוכין כי רחמיו ית' על כל מעשיו.

רק ישועת בנ"י רק במדה"ד. אכן לא הי' אפשר להתקיים בפועל בדין.

לכן גם עתה שיתף מדה"ר כנ"ל. ולפנינו יבואר עוד מזה:

'Dieu (Elokim) parla etc. et lui dit : je suis ה' etc.' (Exode 6,2). Dans le Midrach : il commença par l'attribut de rigueur (midat ha-din, indiqué par le nom Elokim) et, voyant que c'était à cause de la peine d'Israël qu'il parlait, il revint à l'attribut de miséricorde (midat ha-rahamim, indiqué par le Nom) etc. 'Ce que les sages diront' (Job 15,18) : nous avons entendu de nos maîtres de mémoire bénie que la sortie d'Égypte fut la réparation de toute l'œuvre de la Création (maase berechit).

Et le principe des choses est que, au moyen des dix plaies, les dix paroles furent réparées, et ensuite furent faits les dix commandements. C'est pourquoi, de même que nous trouvons au commencement de la Création qu'il monta en pensée devant Lui de le créer par l'attribut de rigueur, et que, voyant qu'il ne subsisterait pas, il revint et lui associa l'attribut de miséricorde (Rachi, Genèse 1,1), de même cela se produisit dans cette délivrance : il commença par l'attribut de rigueur et lui associa l'attribut de miséricorde.

Et pour comprendre leurs paroles de mémoire bénie (car à Dieu ne plaise que la pensée du Nom ne se soit pas réalisée), voici le sens de leurs paroles : l'œuvre de la Création, effectivement, ne pouvait subsister par l'attribut de rigueur, c'est-à-dire que toutes les créatures se conduiraient exactement selon le jugement du Nom. Mais sa pensée s'est réalisée dans les enfants d'Israël, qui sont montés en pensée devant Lui ; et nous, enfants d'Israël, devons assurément tout accomplir selon la Torah.

Et bien que cela aussi soit impossible à accomplir effectivement, selon la parole 'il n'est pas de juste sur terre qui fasse le bien et ne faute point' (Ecclésiaste 7,20), car le manque est attaché et presque inévitable dans l'action, malgré cela, en pensée chaque homme d'Israël doit être prêt au don de sa vie (mesirout nefech) et (à orienter) toutes ses actions vers le Ciel. Et c'est ce qui est dit 'ils sont montés en pensée', c'est-à-dire : dans le monde de la pensée, il est impossible de sortir du jugement (din) ne serait-ce que de l'épaisseur d'un cheveu (kimlo nima).

Et de même, lorsque la volonté des enfants d'Israël s'accomplit selon le jugement, nos Sages de mémoire bénie ont dit qu'en Israël le Saint béni soit-Il compte la pensée comme l'action. Et la raison en est que les enfants d'Israël ont leur racine dans la pensée, et le matériel leur est secondaire, et l'essentiel de leur volonté est dans l'attachement de la volonté au Nom.

Et au saint Chabat se révèle l'aspect de la pensée, comme il est dit 'c'est le jour des âmes et non celui du corps' (Zohar). C'est pourquoi, au saint Chabat, le travail est interdit, car dans l'action il est impossible d'être exactement selon le jugement et le droit.

Et comme il est rapporté : 'six mille ans le monde subsiste, et un (millénaire) il est en ruine' (Roch Hachana 31a) ; l'explication est que, puisque tout sera alors selon la stricte exactitude du jugement et du droit, c'est pourquoi le monde ne subsiste pas. De même, le Chabat, avant-goût du monde à venir, tout labeur y est interdit, et seuls (demeurent) la volonté et la pensée tournées vers le Ciel.

Et il est écrit 'pour faire etc. une alliance perpétuelle etc.' (Exode 31,16-17) ; l'explication : la subsistance du monde se fait par l'attachement au monde supérieur. Et pour cela furent données la Torah et les 613 mitsvot, pour relier toutes les affaires de ce monde à leur racine.

Et c'est l'alliance et la subsistance du monde. Mais il est impossible de l'accomplir comme il convient, comme ci-dessus ; seulement par le Chabat, qui fut donné à Israël, se fait cette subsistance du monde.

C'est pourquoi les enfants d'Israël reçurent la Torah un Chabat, car c'est impossible dans les jours ouvrables comme ci-dessus, mais seulement au jour de la pensée. Et c'est ce qui est dit 'et il s'est complu en nous etc.' (liturgie du Chabat), car les enfants d'Israël sont attachés au monde de la pensée et de la volonté comme ci-dessus.

C'est pourquoi nos Sages de mémoire bénie ont dit : celui qui récite 'Va-yekhoulou' (Genèse 2,1) devient associé au Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la Création (Chabat 119b), car l'observance du Chabat est la subsistance et l'alliance du monde comme ci-dessus. Et en vérité, toute la délivrance en Égypte se fit selon le jugement (din).

Car c'est du fait que les enfants d'Israël méritent dans le jugement qu'ils peuvent l'emporter contre leurs ennemis, comme il est écrit dans le livre Avodat Israël du Maggid de mémoire bénie : que du côté de la bonté (hesed) même les méchants ont un mérite, car sa miséricorde s'étend sur toutes ses œuvres ; seul le salut des enfants d'Israël advient uniquement par l'attribut de rigueur. Mais il n'était pas possible que cela subsiste effectivement dans le strict jugement, c'est pourquoi, maintenant aussi, il associa l'attribut de miséricorde comme ci-dessus.

Et plus loin devant nous, cela sera encore expliqué à ce sujet.

במדרש בכל עצב יהי' מותר ודבר שפתים אך למחסור. ע"י שאמר משה כו' שיתף עמו אהרן כו'.

נראה מדברי המדרש כי הי' זה חסרון. כי אם הי' מרע"ה עצמו הגואל.

הי' עצהיו"ט. וז"ש עתה תראה כו' ולא במלחמת ל"א מלכים.

פי' ע"י שמיאן. והי' השליחות בצירוף אהרן.

לכן לא הביאם מרע"ה לא"י. כי אם הי' נעשה כרצונו ית'.

הי' הגאולה באופן גבוה אשר הי' מרע"ה מכניסם לארץ והי' תיקון הכולל. כי עתה תראה אינו בדרך קנס.

רק שכן מוכרח להיות. וז"ש בכל עצב יהי' מותר.

שאם היו יכולין לקבל כל הדחקות אז. ולא היו אומרים ירא ה' כו'.

וכן מרע"ה למה הרעותה. הי' מתוקן הכל.

אך מרע"ה לא הי' יכול לסבול צער ישראל ונחשב זה לו לשבח. משל החולה שגוברים עליו היסורין מהרפואות.

אשר מבקש להניח הכל בעבור היסורין. אך הרופא יודע ומבין כי היסורין לטובת החולה לכן אינו משגיח עליו.

אבל מרע"ה הרגיש בצערן של ישראל ממש כמו הם עצמם. ולכן אף שידע כי לטובת ישראל הוא לא הי' יכול לסבול בשום אופן בצערן של ישראל ולכן עשה השי"ת רצונו והי' הגאולה בצירוף מדה"ר.

ועמ"ש בסמוך:

Dans le Midrach : 'Dans toute peine (etsev) il y a du profit (motar), mais la parole des lèvres ne mène qu'à la disette' (Proverbes 14,23). Du fait que Moché dit etc.

(des paroles de refus), (le Nom) lui adjoignit Aharon etc. Il apparaît des paroles du Midrach que ce fut un manque.

Car si Moché notre maître avait été lui-même le rédempteur, cela eut été le meilleur conseil (etsa tova). Et c'est ce qui est dit 'maintenant tu verras etc.' (Exode 6,1), et non dans la guerre des trente et un rois ; c'est-à-dire : parce qu'il refusa, et que la mission se fit avec l'adjonction d'Aharon, c'est pourquoi Moché notre maître ne les fit pas entrer en Terre d'Israël.

Car si cela s'était fait selon sa volonté bénie, la délivrance eût été d'un mode plus élevé, où Moché notre maître les aurait fait entrer dans le pays, et c'eût été la réparation totale (tikoun ha-kolel). Car 'maintenant tu verras' n'est pas une punition, mais (indique) qu'il en devait être ainsi nécessairement.

Et c'est ce qui est dit 'dans toute peine il y a du profit' : car s'ils avaient pu supporter toute la contrainte alors, sans dire 'que ה' voie etc.' (Exode 5,21), et de même Moché sans dire 'pourquoi as-tu fait du mal etc.' (Exode 5,22), tout eût été réparé. Mais Moché notre maître ne pouvait supporter la peine d'Israël, et cela lui fut compté comme un mérite.

Parabole du malade sur qui les souffrances des remèdes prennent le dessus, au point qu'il demande de tout laisser à cause des souffrances ; mais le médecin sait et comprend que les souffrances sont pour le bien du malade, c'est pourquoi il n'y prête pas attention. Mais Moché notre maître ressentait la peine d'Israël exactement comme eux-mêmes ; c'est pourquoi, bien qu'il sût que c'était pour le bien d'Israël, il ne pouvait en aucune façon supporter la peine d'Israël, et c'est pourquoi le Nom fit sa volonté, et la délivrance se fit avec l'adjonction de l'attribut de miséricorde.

Et vois ce qui est écrit tout de suite après.

בפסוק והוצאתי אתכם מתחת סבלות מצרים כו'. אמו"ז ז"ל פי' שבנ"י עצמם לא יוכלו לסבול תאות מצרים.

וזה קצת גאולה. וכן פי' מ"ש וימת מלך מצרים ויאנחו שזה הי' התחלת גאולה מה שהרגישו מרירות הגלות ע"ש ודפח"ח.

ויש עוד לפרש כי בוודאי אם היו בנ"י דבקים בשורשם כראוי. אין אומה ולשון שולטת עליהם.

כי דביקות ישראל במקום שאין שם מגע נכרי כלל. כמאמר חלק ה' עמו.

אך כשבנ"י נופלים ח"ו ממדרגתן. נק' שהם תחת סבלות מצרים.

הוא מקום שיש מגע שאר האומות. והכלל כי חסד השי"ת מגיע על כל הנבראים.

כמו שכתוב עולם חסד יבנה. לכן צריכין בנ"י לזכות בדין ובמשפט.

ובמקום המשפט אין זכות לאומות. וזה הי' ישוב על תרעומת (בנ"י) [מרע"ה] למה הרעותה כו'.

והי' התשובה כי צריכין לסבול כדי שיהי' הגאולה במדת הדין כמ"ש לעיל אך לא היו יכולין לקבל כמ"ש ולא שמעו כו' ושיתף הקב"ה מדה"ר. ואפשר זה עצמו שותפות אהרן שהוא איש חסד.

ובאמת כפי הנהגת בנ"י למטה. כך מתנהגין בשמים עמהם.

וכפי מה שלא היו סובלין כלל זהמת מצרים. כך היו דבקים באותו מקום שאין שם אחיזה למצרים.

רק שהיו בלתי מתוקנים והי' להם צד לסבול תאות מצרים. כמו שכתוב במדרש הי' קשה להם לפרוש מעבודה זרה.

לכן היו תחת סבלות מצרים כנ"ל. וע"ז נאמר והוצאתי אתכם כו' וב' הפירושים א' כנ"ל:

Sur le verset 'Je vous ferai sortir de dessous les fardeaux (sivlot) de l'Égypte etc.' (Exode 6,6). Mon seigneur, mon maître, mon grand-père (adoni mori zkeni) de mémoire bénie expliqua que les enfants d'Israël eux-mêmes ne pourraient plus supporter les convoitises de l'Égypte, et c'est déjà une part de délivrance.

Et de même il expliqua ce qui est écrit 'le roi d'Égypte mourut, et ils gémirent' (Exode 2,23) : que ce fut le commencement de la délivrance, du fait qu'ils ressentirent l'amertume de l'exil, vois là, et ce sont des paroles agréables de la bouche du sage. Et il y a encore à expliquer : assurément, si les enfants d'Israël étaient attachés à leur racine comme il convient, aucune nation ni langue ne les dominerait, car l'attachement d'Israël est en un lieu où il n'y a aucun contact de l'étranger, selon la parole 'la part de ה' est son peuple' (Deut.

32,9). Mais lorsque les enfants d'Israël tombent, à Dieu ne plaise, de leur degré, on dit qu'ils sont sous les fardeaux de l'Égypte : c'est le lieu où il y a contact des autres nations.

Et la règle est que la bonté du Nom atteint toutes les créatures, comme il est écrit 'le monde est bâti par la bonté (hesed)' (Psaumes 89,3). C'est pourquoi les enfants d'Israël doivent mériter dans le jugement et le droit (din u-michpat), et au lieu du jugement les nations n'ont aucun mérite.

Et cela fut une réponse au grief de [Moché notre maître] 'pourquoi as-tu fait du mal etc.' (Exode 5,22). Et la réponse fut : il faut souffrir afin que la délivrance advienne par l'attribut de rigueur, comme ci-dessus ; mais ils ne pouvaient le recevoir, comme il est écrit 'et ils n'écoutèrent pas etc.' (Exode 6,9), et le Saint béni soit-Il associa l'attribut de miséricorde.

Et il est possible que ce soit la même chose que l'association d'Aharon, qui est un homme de bonté (hesed). Et en vérité, selon la conduite des enfants d'Israël ici-bas, ainsi se conduit-on avec eux dans les Cieux.

Et dans la mesure où ils ne supportaient plus du tout la souillure (zohama) de l'Égypte, ainsi étaient-ils attachés à ce lieu où l'Égypte n'a aucune prise ; seulement ils étaient non réparés, et il y avait chez eux un côté à supporter les convoitises de l'Égypte, comme il est écrit dans le Midrach : il leur était difficile de se séparer de l'idolâtrie. C'est pourquoi ils étaient sous les fardeaux de l'Égypte comme ci-dessus.

Et c'est à ce sujet qu'il est dit 'Je vous ferai sortir etc.', et les deux explications n'en font qu'une comme ci-dessus.

תרל"ז

[תרל"ז]

En bref

Rachi sur Vaera : « aux Pères ». Le Midrach : « Malheur pour ceux qui sont perdus et ne se retrouvent plus ». Pour le Sfat Emet, les Pères pouvaient atteindre le Nom Havaya, mais ils choisirent El Chaddai, pour réparer les mondes inférieurs et révéler Sa royauté ; ils laissèrent tout, et D.ieu promit que leur descendance clarifierait Sa royauté : c'est pourquoi il y eut l'exil d'Égypte. Les enfants d'Israël ne pouvant saisir entièrement les actes des Pères, la délivrance vint par la souffrance. À Moché qui dit « pourquoi as-Tu fait du mal », lui qui ne supportait aucun mal, Hachem répond que les Pères étaient entrés pour réparer cette brèche et que les fils achèveraient ce labeur.

Aussi : Salomon attribua à lui-même l'aide d'en haut et la yod le quitta ; les quatre expressions de la délivrance, le PaRDeS et les soixante-dix langues ; sivlot, l'empreinte du labeur d'Égypte attachée à l'âme

ברש"י וארא. אל האבות.

בא"ש כו' חבל על דאבדין כו'. ביאור הענין כי בוודאי גם האבות היו יכולין להשיג שם הוי' ב"ה.

אמנם בחירת האבות הי' בבחי' אל שדי שהוא כבוד מלכותו ית' בעולמות שברא. כענין שכ' לתקן עולם במלכות שדי.

וזה עצמו מ"ש ארץ כנען כו' מגוריהם אשר גרו בה כו'. כי רצו לתקן עולמות השפלים לפרסם ולגלות כבוד ה' לידע כי מלכותו מלכות כ"ע.

כמ"ש במד' ע"פ התהלך לפני כו' משל למלך שנזדמן לו גבור ודיבר על לב המלך ע"ש. ובוודאי זה דבר גדול מאוד לאבותינו הקדושים בהיותם יודעין כי מוכנים הם לעלות בעליות גבוהות עד מאוד.

הניחו הכל והכניסו עצמם בתיקון הבריאה. שהרי הכל לכבודו ברא.

ובזכות זה הבטיח להם השי"ת כי גם זרעם אחריהם יבררו את מלכותו ית'. ולכן הי' הגלות מצרים.

וכן כל הד' מלכיות בוודאי הכל כדי לברר מלכות שמים. [כענין אם יזכה יבחין כו'].

כמ"ש הממליך מלכים ולו המלוכה. פי' מצד זה ניכר מלכותו ית' בעולם שבידו להמליך למי שירצה א"כ לו המלוכה.

[וז"ש חז"ל שהאבות בחרו הגלות]. ולכן כאשר בנ"י בכחם לא היו יכולים לאחוז לגמרי מעשה אבות בידם.

לכך הוכרח להיות הגאולה ע"י צער ועבודה רבה. וזה תשובת ה' על מאמר למה הרעותה כי הנה נודע בזוה"ק פי' למה הרעותה.

שמשה רע"ה הי' למעלה מהטבע. ולא הי' יכול לסבול ולראות כלל דבר רע בעולם.

וע"ז התרעם לפני הבורא למה הכנים בנ"י במקום תערובת טו"ר. והשי"ת השיבו כי לאשר האבות בכחם נכנסו לתקן פרצה זאת.

נשבע להם כי זרעם יגמרו את עבודה רבה הזו. והאמת כי האבות עשו זאת הכנה לבנים שיוכלו לבוא לבחי' הגאולה בכח הקדמת עבודתם.

וז"ש רש"י אל האבות שעשו כמעשה אבות לבנים. וכיון שלא הי' לגמרי בזכות בנ"י רק ע"י זכות האבות לכך הי' ע"י יסורים.

וז"ש לא נודעתי. הודעתי אין כתיב כאן.

פי' שלא מנע השי"ת מצדו להודיע להם שמו ית'. רק שהם בחרו להם דרך זה עד שסיבבו שלא נודע להם שמו ית'.

ובאמת עבודת האבות הוא בבחי' תיקון המעשה. ומדרגת מרע"ה הוא בחי' מנוחת יום השבת.

[לכן כ' ישמח משה במתנת חלקו]. שמעתי מפה קדוש מו"ז ז"ל פי' הפסוק שמתי חול גבול לים כי ימות החול הם גבול להגביל שלא יתפשט החיות יותר מדאי.

והוא עצמו שם הנ"ל שאמר לעולמו די:

Rachi sur Vaera : 'aux Pères (patriarches)'. Le midrach : 'Malheur pour ceux qui sont perdus et ne se retrouvent plus (chevel al de-avdin ve-lo mishtakchin)'.

Explication : certes, les Pères eux aussi pouvaient atteindre le Nom Havaya (le Nom, écrit ici ה'). Mais le choix des Pères se situait dans l'aspect de El Chaddai, qui est la gloire de Sa royauté dans les mondes qu'Il a créés, selon la formule 'réparer le monde par la royauté de Chaddai'.

C'est cela même que dit l'Écriture 'le pays de Canaan... le lieu de leurs séjours où ils ont habité' (Exode 6,4) : car ils voulaient réparer les mondes inférieurs, publier et révéler la gloire de ה', faire savoir que Sa royauté est royauté sur tous les mondes. Comme dit le midrach sur le verset 'marche devant Moi' (Genèse 17,1) : parabole d'un roi qui rencontra un homme vaillant, lequel parla au cœur du roi, vois là.

Et ce fut une très grande chose pour nos saints Pères : sachant qu'ils étaient prêts à s'élever jusqu'à des élévations extrêmement hautes, ils laissèrent tout et s'engagèrent dans la réparation de la Création, car Il a tout créé pour Sa gloire. Par ce mérite, le Saint béni soit-Il leur promit que leur descendance après eux aussi clarifierait Sa royauté.

C'est pourquoi il y eut l'exil d'Égypte. Et de même les quatre royaumes (les quatre exils) : tout cela, certes, afin de clarifier la royauté des Cieux.

[À la manière de 'si l'homme le mérite, il discernera...'.] Comme il est écrit 'Celui qui fait régner les rois, et à Lui la royauté' : de ce point de vue Sa royauté se reconnaît dans le monde, car il est en Son pouvoir de faire régner qui Il veut ; si donc, à Lui la royauté. [Et c'est ce que disent nos Sages, que les Pères ont choisi l'exil.] Aussi, comme les enfants d'Israël par leur propre force ne pouvaient saisir entièrement les actes des Pères, il fallut que la délivrance vint par la souffrance et un grand labeur.

Et c'est la réponse de ה' au propos 'pourquoi as-Tu fait du mal' (Exode 5,22) : car il est connu dans le Zohar HaKadoch le sens de 'pourquoi as-Tu fait du mal', à savoir que Moche notre maître était au-dessus de la nature et ne pouvait supporter de voir le moindre mal dans le monde. Aussi se plaignit-il devant le Créateur : pourquoi avoir placé les enfants d'Israël en un lieu de mélange de bien et de mal.

Et ה' lui répondit que, puisque les Pères par leur force étaient entrés pour réparer cette brèche, Il leur avait juré que leur descendance achèverait ce grand labeur. Et en vérité les Pères firent cette préparation pour les fils, afin qu'ils puissent parvenir à l'aspect de la délivrance par la force du service accompli avant eux.

Et c'est ce que dit Rachi 'aux Pères', qui firent comme les actes des Pères pour les fils. Et puisque ce ne fut pas entièrement par le mérite des enfants d'Israël mais seulement par le mérite des Pères, ce fut donc par des souffrances.

Et c'est le sens de 'Je n'ai pas été connu' : il n'est pas écrit ici 'Je n'ai pas fait connaître'. C'est-à-dire que ה', de Son côté, n'a pas retenu de leur faire connaître Son Nom ; seulement eux ont choisi cette voie, jusqu'à causer que Son Nom ne leur fut pas connu.

Et en vérité le service des Pères relève de l'aspect de la réparation de l'acte, tandis que le degré de Moche notre maître relève de l'aspect du repos du jour du Chabbat. [C'est pourquoi il est écrit 'Moche se réjouira du don de sa part'.] J'ai entendu de la bouche sainte de mon grand-père, de mémoire bénie, l'explication du verset 'J'ai placé le sable comme limite à la mer' (Jérémie 5,22) : car les jours profanes (yemot ha-chol) sont une limite pour que la force vitale ne se répande pas plus qu'il ne faut.

Et c'est cela même le Nom mentionné (Chaddai), qui dit à Son monde 'assez' (dai).

במדרש מה כו' שיבא כו' כבר עשוהו כו' שלמה שהחכים על גזרתו כו' עלתה יו"ד שבירבה כו'. ביאור הענין כי ראינו שהוצרכה היו"ד לטעון לפני המקום.

משמע שהי' בכחו שלא לסור לבבו כמ"ש אתי אל ואוכל. אך לא הי' זה בזכות מעשיו בעצם.

כי בודאי מאמר ה' חי וקיים. כי אם ירבה נשים יסירו לבבו.

אך לאשר שלמה הע"ה השיג בצדקות מעשיו מדרגות רבות ונשפע עליו כח משמים. כאשר כן התנהגות הבורא.

שלפי עבודת האדם מוסיפין לו כח משמים וז"ש אתי אל ואוכל. וטעה לתלות הכל בעצמו ולכן נכשל.

וז"ש עלתה היו"ד שהיא ע"ש המחשבה. פי' שכח חכמתו עלה ממנו.

ובהסתלקות הסיוע העליונה נאמר עליו נשיו הטו כו' [ומרע"ה אשר הי' עניו מכל והי' אצלו לדבר פשוט כי כל בנ"י יכולין להשיג השגתו. לכן אמר למה הרעותה.

אבל הי' לו לידע כי סדר עבודת האבות קודם. וגם בחי' מרע"ה לא הי' יכול להיות לולי הקדמת עבודת האבות.

ובע"כ צריכין בנ"י להיות בעבודה זו כדי לתקן תערובת טו"ר בעולם כמ"ש לעיל]:

Dans le midrach : 'ce qui... qui viendra... on l'a déjà fait... Salomon qui raisonna sur Son décret... la lettre yod du mot yarbèh (il multipliera) monta se plaindre'.

Explication : nous voyons que la lettre yod dut plaider devant l'Omniprésent, ce qui implique qu'il était en son pouvoir de ne pas dévier son cœur, selon 'avec moi est Dieu (El) et je le puis'. Mais cela n'était pas par le mérite de ses actes en eux-mêmes, car assurément la parole de ה' est vivante et subsistante : 's'il multiplie les femmes, elles dévieront son cœur' (d'après Deutéronome 17,17).

Seulement, comme Salomon, la paix sur lui, atteignit par la droiture de ses actes de nombreux degrés, et qu'une force lui fut déversée du Ciel - car telle est la conduite du Créateur : selon le service de l'homme on lui ajoute une force du Ciel - c'est le sens de 'avec moi est Dieu et je le puis'. Mais il se trompa en attribuant tout à lui-même, et c'est pourquoi il trébucha.

Et c'est le sens de 'la yod monta', laquelle est nommée d'après la pensée (machava) : la force de sa sagesse le quitta. Et au retrait de l'aide d'en haut il est dit de lui 'ses femmes dévièrent son cœur'.

[Et Moche notre maître, qui était plus humble que tous, et pour qui il allait de soi que tous les enfants d'Israël pouvaient atteindre son atteinte, dit pour cela 'pourquoi as-Tu fait du mal'. Mais il aurait dû savoir que l'ordre du service des Pères précède, et que le degré même de Moche notre maître n'aurait pu être sans le service préalable des Pères.

Et nécessairement les enfants d'Israël doivent être dans ce service afin de réparer le mélange de bien et de mal dans le monde, comme ci-dessus.]

ד' לשונות של גאולה כי כל הגליות נכללין בגלות מצרים. ואח"כ וידעתם כי אני ה' כו' הוא קבלת התורה שמתחיל באנכי ה"א אשר הוצאתיך.

אח"כ והבאתי אתכם הוא ארץ ישראל שכך הי' הסדר. ואמת כי הכל נכלל בתורה.

וע' פנים לתורה שהוא נגד שבעים לשונות. כמ"ש הואיל משה באר כו' בשבעים לשון.

ושורש האומות ד' מלכיות והם נגד ארבע פירושים שבתורה פרד"ס. והם הד' לשונות של גאולה.

ובפסוק הן בנ"י לא שמעו כו' ואיך ישמעני פרעה ואני ערל שפתים. פי' שלא הי' יכול פרעה לקבל דבורו של מרע"ה רק באמצעות בנ"י שהי' להם קצת שייכות אליו שהיו משועבדים תחתיו.

וע"ז קרא מרע"ה לעצמו ערל שפתים. שבוודאי צריך להיות דיבור הצדיק עולה עד גבוה מעל גבוה ויורד עד למטה מטה.

והרי משזכה לתורה ביאר התורה בשבעים לשון. והוא הדבר אשר דיברנו בשם הזוה"ק שהדיבור הי' בגלות.

והי' העצה ע"י אהרן שהוא הי' לו קצת שייכות בגלות. אף ששבט לוי לא עבדו היו משועבדים קצת:

Les quatre expressions de la délivrance (arba lechonot chel gueoula) : car tous les exils sont inclus dans l'exil d'Égypte. Ensuite 'vous saurez que Je suis ה'...' (Exode 6,7), c'est la réception de la Torah, qui commence par 'Je suis ה' ton Dieu qui t'ai fait sortir' (Exode 20,2).

Ensuite 'Je vous ferai venir' (Exode 6,8), c'est la Terre d'Israël : tel était l'ordre. Et en vérité tout est inclus dans la Torah.

Or il y a soixante-dix faces à la Torah, ce qui correspond aux soixante-dix langues, comme il est écrit 'Moche entreprit d'expliquer la Torah' (Deutéronome 1,5) en soixante-dix langues. Et la racine des nations, ce sont les quatre royaumes, lesquels correspondent aux quatre interprétations de la Torah, PaRDeS (pchat, remez, drach, sod), et ce sont les quatre expressions de la délivrance.

Et sur le verset 'voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté... et comment Pharaon m'écoutera-t-il, moi qui suis incirconcis des lèvres' (Exode 6,12) : Pharaon ne pouvait recevoir la parole de Moche notre maître que par l'intermédiaire des enfants d'Israël, qui avaient quelque lien avec lui du fait d'être asservis sous lui. Et c'est à ce sujet que Moche notre maître se nomma 'incirconcis des lèvres', car la parole du juste doit monter jusqu'au plus haut des hauteurs et descendre jusqu'au plus bas des profondeurs.

Or, dès qu'il mérita la Torah, il l'expliqua en soixante-dix langues. Et c'est la chose que nous avons dite au nom du Zohar HaKadoch : que la parole était en exil, et que le conseil se fit par Aharon, qui avait quelque lien avec l'exil ; car bien que la tribu de Levi n'ait pas servi comme esclaves, ils étaient un peu asservis.

חבל ע"ד ולא משתכחין. פי שרצון ה' הי' שבנ"י ימלאו מקום האבות.

ואם היו נמשכין אחר מעשה האבות לגמרי. פי' במדרגה הסמוכה להם כמו בן תחת אביו.

הי' מצטרפין מעשה אבות להם. והי' כאילו קיימים האבות.

אבל כיון שלא היו יכולין למשוך. ונפסק החיבור.

וזה ולא משתכחין. לכן הי' הגאולה בקישוי:

'Malheur pour ceux qui sont perdus et ne se retrouvent plus.' C'est-à-dire que la volonté de ה' était que les enfants d'Israël prennent la place des Pères. S'ils avaient poursuivi entièrement les actes des Pères - c'est-à-dire au degré voisin du leur, comme un fils sous son père - les actes des Pères se seraient adjoints à eux, et ce serait comme si les Pères subsistaient encore.

Mais puisqu'ils ne purent poursuivre et que le lien fut rompu, c'est cela 'et ne se retrouvent plus'. C'est pourquoi la délivrance fut dans la difficulté.

תרל"ח

תרל"ח (année 5638).

בפסוק וארא כו' ובמד' חבל על דאבדין. וקשה מאחר שהשיג מרע"ה למעלה עליונה מהם כאמור ושמי ה' כו'.

א"כ מה חבל. אך ביאור הענין בשם אל שדי אמרו חכמים שיש די באלקותו לכל ברי'.

פי' כח אלקות שנמצא בכל הוה שהוא כח הנטבע בטבע. והנה באמת אבות הקדושים שהי' כ"א מהם איש אלקים ממש.

והי' מוצא כח אלקות תוך הטבע כמ"ש שיש די באלקותו לכל ברי'. אכן לית כל מוחא סביל דא.

ולכן בנ"י עתה צריכין למצוא כח אלקותו ית' ע"י התורה והמצות שהם מלמעלה מהטבע. ועל ידיהם נוכל להמשיך כח מעולם העליון.

כי בטבע בעצמו אין לנו כח לתקן עצמינו. וזה באמת התגלות שם הוי' ב"ה למרע"ה שהוא בחי' תורה ומנות שניתנו לבנ"י.

וזה ענין הי' הוה ויהי' שהוא התחברות הוה עם עתיד. והוא כח השורש שלמעלה מהטבע ומהזמן.

אולם לא הי' ביכולת עוה"ז לקבל הארה מעוה"ע לולי הקדמת מעשה אבות שתיקנו גוף הטבע. והי' יכולת אח"כ ליתן התורה לעוה"ז ולחבר ב' עולמות להיות מיוחדים שזה הי' באמת רצון הבריאה.

והנה מרע"ה הי' מוכן באמת לקבל התורה והי' מופשט מהטבע לגמרי כמ"ש של נעליך בזוה"ק ע"ש. ולפי מדרגתו וודאי היטיב אשר דיבר למה הרעותה כו'.

אך השי"ת הראה לו כי כל זה נעשה רק אחר הקדמת מעשה אבות. כענין אי לאו דדלאי לך חספא מי משכחת מרגניתא תותי':

Sur le verset 'Vaera...' et dans le midrach 'malheur pour ceux qui sont perdus'. Difficulté : puisque Moche notre maître atteignit un degré plus élevé qu'eux, comme il est dit 'et Mon Nom ה'...', qu'y a-t-il donc à déplorer ?

Voici l'explication : au sujet du Nom El Chaddai, les Sages ont dit qu'il y a 'assez' (dai) dans Sa divinité pour toute créature ; c'est-à-dire la force de divinité qui se trouve en tout être, la force imprimée dans la nature. Et en vérité les saints Pères, dont chacun était littéralement un homme de Dieu, trouvaient la force de divinité au sein même de la nature, selon 'il y a assez dans Sa divinité pour toute créature'.

Mais 'tout esprit ne peut supporter cela' (lit kol mocha savil da). Aussi les enfants d'Israël doivent-ils désormais trouver la force de Sa divinité par la Torah et les mitsvot, qui sont au-dessus de la nature ; et par elles nous pouvons attirer une force du monde supérieur, car dans la nature seule nous n'avons pas la force de nous réparer.

Et c'est là, en vérité, la révélation du Nom Havaya (ה') à Moche notre maître, qui est l'aspect de la Torah et des mitsvot données aux enfants d'Israël. Et c'est le sens de 'était, est et sera' (haya, hoveh ve-yihyeh), qui est la jonction du présent avec le futur, force de la racine qui est au-dessus de la nature et du temps.

Toutefois ce monde-ci n'aurait pu recevoir d'illumination du monde supérieur sans le préalable des actes des Pères, qui réparèrent le corps de la nature ; il fut alors possible de donner la Torah à ce monde et de joindre les deux mondes pour qu'ils soient unifiés - ce qui était en vérité le dessein de la Création. Et Moche notre maître était vraiment prêt à recevoir la Torah, entièrement détaché de la nature, selon 'ôte tes sandales' (Exode 3,5), dans le Zohar HaKadoch, vois là.

Et selon son degré, certes il parla bien 'pourquoi as-Tu fait du mal'. Mais ה' lui montra que tout cela ne se fit qu'après le préalable des actes des Pères, à la manière de 'si je n'avais pas soulevé pour toi le tesson, aurais-tu trouvé la perle dessous ?' (i lav de-dalaï lakh chaspa, mi machkachat marganita touteih).

ובמדרש מה כו' שיבא כו' אשר כבר עשוהו כו'. שדורש על שלמה ע"ה ועל מרע"ה.

ביאור הענין שהם השיגו בכוחם מעלה יתירה עד שהיו רחוקים מבחי' העשי' שבעוה"ז. ובלי ספק לפי השגתם היטב אשר דברו.

אבל הש"י ברא אותם בעוה"ז. והי' להם בע"כ שייכות לבחי' העשי'.

וזה הי' העיכוב שלא נתקיים מחשבתם וז"ש כבר עשוהו. ואין רחוק להבין דבר זה.

כי הרי אנו רואין בעוה"ז נשכח מלב הרשעים אשר כח נשמתם בא מלמעלה. מכ"ש שמן הצדיק נשכח שיש לו חלק בגשמיות.

כי אמת עיקר האדם הוא חלק אלקי. והגוף הוא רק מלבוש.

כמ"ש בספרים הקדושים. ולפמ"ש לעיל פי' אשר כבר עשוהו כאן במשה.

שהי' לו לידע כי מדרגתו בא ע"י הקדמת תיקון המעשים שנעשה ע"י אבות כמ"ש חבל כו':

Et dans le midrach 'ce qui... qui viendra... ce qu'on a déjà fait', que l'on interprète sur Salomon, la paix sur lui, et sur Moche notre maître. Explication : ils atteignirent par leur force une élévation supplémentaire, au point d'être éloignés de l'aspect de l'action (assiya) dans ce monde.

Et sans doute, selon leur atteinte, ils parlèrent bien. Mais ה' les créa dans ce monde, et nécessairement ils avaient un lien avec l'aspect de l'action ; ce fut là l'empêchement qui fit que leur pensée ne s'accomplit pas, et c'est le sens de 'on l'a déjà fait'.

Et il n'est pas difficile de comprendre cela : car nous voyons en ce monde que l'on oublie, dans le cœur des méchants, que la force de leur âme vient d'en haut ; à plus forte raison, chez le juste, on oublie qu'il a une part dans le matériel. Car en vérité l'essentiel de l'homme est une part divine, et le corps n'est qu'un vêtement, comme il est écrit dans les livres saints.

Et d'après ce qui précède, le sens de 'ce qu'on a déjà fait' s'applique ici à Moche : il aurait dû savoir que son degré lui vint par le préalable de la réparation des actes accomplie par les Pères, comme il est dit 'malheur...'.

בפסוק והוצאתי כו' מתחת סבלות כו' והצלתי אתכם מעבודתם. ביאור הענין ב' חלוקות הללו.

סבלות פרש"י טורח משא מצרים. כי הנה ידוע שכל עסק עשיות אדם בשום דבר גשמי.

נדבק בנפשו קצת הרגש ממעשים אלו. והמעט רשימה שנדבק בעצמות האדם.

בע"כ צריך הוא לתקנו. וע"ז נא' כחמור למשא.

שבוודאי צריך אדם לתקן החומריות בכח נשמתו. ונמצא כי בנ"י לבד שעבדו בפרך.

לבד זה נדבק בהם רוב גשמיות מרוב עבודה. וזה טורח משא מצרים.

וע"ז הושיע להם הבורא ית' בראשונה. שיוכלו לנקות את נפשותיהם להשליך מעליהם זוהמא זו שנדבק בנפשותם מרוב עבודה.

ואח"כ ניצולו מגוף העבודה. ואא"ז מו"ר ז"ל ביאר סבלות שלא יסבלו הנהגות מצרים ע"ש דפח"ח.

וי"ל שהכל אחד שבוודאי אם לא הי' להם שום רצון במעשי מצרים. ממילא לא הי' נדבק בנפשותם מעבודתם כלל.

והכלל אם באמת לא סבלו ונמאס להם תועבות מצרים ממילא לא הוצרכו לסבול שם התדבקות חומריות המצרים והכל אחד:

Sur le verset 'Je vous ferai sortir de dessous les fardeaux (sivlot)... et Je vous délivrerai de leur service (avoda)' (Exode 6,6). Explication de ces deux volets. 'Sivlot', Rachi l'explique : le poids du fardeau de l'Égypte.

Car il est connu que toute occupation de l'homme dans quelque chose de matériel attache à son âme quelque sensation de ces actes ; et cette petite empreinte qui s'attache à l'essence de l'homme, il lui faut nécessairement la réparer. C'est à ce sujet qu'il est dit 'comme un âne pour le fardeau' : car l'homme doit réparer la matérialité par la force de son âme.

Il s'ensuit que les enfants d'Israël, outre qu'ils servirent avec rigueur, virent en outre s'attacher à eux beaucoup de matérialité du fait de l'abondance du labeur : c'est le poids du fardeau de l'Égypte. Et à ce sujet le Créateur les sauva d'abord, afin qu'ils puissent nettoyer leurs âmes et rejeter d'elles cette souillure attachée par l'abondance du labeur ; ensuite ils furent sauvés du corps même du service.

Et mon grand-père mon maître, de mémoire bénie, expliqua 'sivlot' au sens qu'ils ne toléraient (yisbelou) pas les conduites de l'Égypte - vois là, paroles de bouche sage et gracieuse. Et l'on peut dire que tout revient au même : car assurément, s'ils n'avaient eu aucun désir dans les actes de l'Égypte, rien ne se serait attaché à leurs âmes de leur service.

Et la règle est : si vraiment ils ne toléraient pas et que les abominations de l'Égypte leur répugnaient, ils n'avaient pas non plus à subir là l'attachement de la matérialité des Égyptiens ; et tout revient au même.

בענין הכבדת לב פרעה. כבר כתבתי במ"א כי הי' רצון הבורא ית' להיות במצרים כל מיני כחות סט"א כדי שיהי' מפתח לכל גאולות העתידין להיות.

כמ"ש ד' לשונות נגד ד' גליות ישראל. ולכן מרע"ה שאמר למה הרעותה לעם הזה דייקא.

כלומר שהבין כי לדור זה בפרט הי' יכול להיות הגאולה בלי תוספת רעות פרעה שהרע להם יותר. ולכן אמרו במד' שהשיב לו הבורא טוב אחרית דבר מראשיתו ע"ש.

פי' שע"י שבעת יצ"מ הי' גאולה מעין כל הגאולות. לכן אף שהוחזרו בגלות אח"כ.

הם מובטחים שיהי' להם אחרית טוב והבן:

Au sujet de l'endurcissement du cœur de Pharaon. J'ai déjà écrit ailleurs que la volonté du Créateur fut qu'il y eût en Égypte toutes sortes de forces de la sitra achra (le 'côté autre', les forces du mal), afin qu'elle soit une clé pour toutes les délivrances futures - comme il est dit, quatre expressions de délivrance face aux quatre exils d'Israël.

Aussi Moche notre maître, qui dit 'pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple' précisément : il comprenait que pour cette génération en particulier la délivrance aurait pu se faire sans le surcroît des maux de Pharaon, qui leur fit du mal davantage. C'est pourquoi ils dirent dans le midrach que le Créateur lui répondit 'la fin d'une chose vaut mieux que son commencement' (Ecclésiaste 7,8), vois là.

C'est-à-dire que, par la difficulté de la sortie d'Égypte, il y eut une délivrance qui est un abrégé de toutes les délivrances ; aussi, bien qu'ils fussent ensuite ramenés en exil, ils ont l'assurance d'avoir une fin bonne - et comprends.

תרל"ט

תרל"ט (année 5639).

במדרש כי מה האדם כו' אשר כבר עשוהו. המקרא נאמר על שלמה ע"ה ועל מרע"ה כו'.

הענין הוא כי אלה השלמים לא יכלו לסבול הבלי עוה"ז כמ"ש רש"י ע"פ הבל הבלים. שלמה קורא תגר על כל הנברא במעשה בראשית כו'.

כי בוודאי אחר השלימות הוא פלא ותמי' נשגבה איך השקר מתגבר בעולם ואיך טח עיני אנשים מלהכיר שכל זה הבל הבלים. אכן גם זה מנפלאות תמים דעים אשר לא יוכל אדם לבוא אל השלימות רק ע"י תהלוכותיו בכל אלה ההבלים.

וכשיוצא נקי מהם זוכה אל השלימות. כי כן יסד המלך ב"ה.

ואמירת מרע"ה למה הרעותה. בודאי הם דברי אמת.

כי הוא צריך להיות תימה אצל האדם במציאות הרע בעולם. אבל אח"כ צריך לבטל עצמו להאמין בהבורא ית' כי כן צריך להיות לבוא אל השלימות ע"י בירור הטוב מהרע בעולם.

ובאמת האבות הקדושים הם הכינו הדרך. ואחריהם הי' מציאות מרע"ה בעולם שנק' איש א-להים.

וכמו כן שלמה הכין דהע"ה לפניו דרך ישר כידוע. וז"ש חבל על דאבדין כו'.

אם היות כי מדרגת מרע"ה למעלה מהם כמ"ש ושמי ה' לא נודעתי. אבל עכ"ז הם האבות.

וכל תיקון השלימות אח"כ הוא בכח התחלות עבודת אבות העולם. וכמו כן נוהג תמיד שיש בחי' ימי המעשה והעבודה.

וזה הכנה לשבת. אם היות כי גדלה מעלת השבת מאוד.

עכ"ז הכל תלוי בעבודת האדם בימי המעשה. וכמו כן הגלות הכנה להגאולה.

ועוה"ז הכנה לעוה"ב. וכן נמשך הנהגות כל הבריאה.

יכין וצדיק ילבש. לכן נחשב לחטא למרע"ה שהי' לו להאמין.

כי הגלות ומציאות הרעות האלה במצרים הי' הכל לטובה. הכנה לתיקון השלימות הגמור:

Dans le midrach 'car qu'est l'homme... ce qu'on a déjà fait' - le verset est dit sur Salomon, la paix sur lui, et sur Moche notre maître. Voici : ces hommes accomplis ne pouvaient supporter les vanités de ce monde, comme dit Rachi sur 'vanité des vanités' - Salomon proteste contre tout ce qui fut créé dans l'œuvre de la Genèse.

Car après la perfection, c'est un prodige et un immense étonnement de voir comme le mensonge se renforce dans le monde, et comme les yeux des hommes sont bouchés au point de ne pas reconnaître que tout cela est vanité des vanités. Mais ceci aussi est des merveilles du Parfait en connaissance : l'homme ne peut parvenir à la perfection que par son cheminement à travers toutes ces vanités ; et quand il en sort net, il mérite la perfection - car ainsi le Roi, béni soit-Il, l'a établi.

Et le propos de Moche notre maître 'pourquoi as-Tu fait du mal' - ce sont assurément des paroles de vérité, car l'existence du mal dans le monde doit être un étonnement pour l'homme. Mais ensuite il doit s'annuler pour croire au Créateur : qu'il doit en être ainsi, pour parvenir à la perfection par le tri du bien d'avec le mal dans le monde.

Et en vérité les saints Pères ont préparé la voie ; et après eux vint l'existence de Moche notre maître dans le monde, appelé homme de Dieu. De même David, la paix sur lui, prépara devant Salomon une voie droite, comme on le sait.

Et c'est le sens de 'malheur pour ceux qui sont perdus' : bien que le degré de Moche notre maître soit au-dessus d'eux, selon 'et Mon Nom ה' Je n'ai pas été connu', ce sont néanmoins eux les Pères, et toute réparation de la perfection ensuite se fait par la force des commencements du service des Pères du monde. De même cela vaut toujours : il y a l'aspect des jours ouvrables et du labeur, qui est préparation pour le Chabbat ; bien que le degré du Chabbat soit très grand, tout dépend néanmoins du service de l'homme durant les jours ouvrables.

De même l'exil est préparation pour la délivrance, et ce monde préparation pour le monde à venir ; ainsi se poursuit la conduite de toute la Création : 'il prépare, et le juste le revêtira' (Job 27,17). C'est pourquoi il fut compté comme faute à Moche notre maître, car il aurait dû croire que l'exil et l'existence de ces maux en Égypte étaient tout entiers pour le bien, préparation pour la réparation de la perfection complète.

יש ללמוד מפרשה זו שצוה המקום ב"ה לומר לבנ"י זאת הפרשה אם כי לא שמעו מקוצר רוח כו'. עכ"ז נשאר בוודאי בהם קצת רושם מדיבורים אלו אשר אחר הגאולה נתברר להם למפרע כל הדיבורים.

כי נמצא קצת ידיעה בלב אדם. אשר הש"י בוחן כליות ולב.

מבין זאת המחשבה. מה שאדם עצמו לא יוכל להרגיש כמ"ש חז"ל עד שלא נוצרה המחשבה בלבו של אדם הוא מבין:

Il faut apprendre de cette paracha que l'Omniprésent, béni soit-Il, ordonna de dire aux enfants d'Israël cette paracha bien qu'ils n'aient pas écouté, par courte respiration et dur labeur ; malgré cela il resta certainement en eux quelque empreinte de ces paroles, lesquelles, après la délivrance, se clarifièrent pour eux rétroactivement. Car il se trouve quelque connaissance dans le cœur de l'homme, que ה', qui sonde les reins et le cœur, comprend - cette pensée que l'homme lui-même ne peut ressentir, comme disent nos Sages : 'avant même que la pensée soit formée dans le cœur de l'homme, Il la comprend'.

תר"מ

תר"מ (année 5640).

En bref

« Je suis apparu à Avraham par El Chaddai » (Chemot 6,3) répond à Moché : « Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ». Le Sfat Emet enseigne que le monde fut créé par dix paroles pour qu'il y ait récompense et punition : la réparation (tikoun) se fait en dix degrés. Les Pères réparèrent la nature par El Chaddai, vitalité contractée (tsimtsoum) qui « suffit » (day) même aux méchants. Moché conduit par la Torah, Arbre de Vie et Nom havaya, sans occultation. Le Créateur voulut qu'Israël répare aussi toute la nature ; c'est pourquoi la délivrance passa par dix plaies et quatre expressions, car elle englobe les délivrances des quatre royaumes.

Aussi : savoir que l'exil est pour Sa gloire change son corps en liberté ; chaque détresse ouvre la prière, et la voix est liberté ; le dernier exil est la haine gratuite, vide des mitsvot

בפסוק וארא אל אברהם כו' באל שדי כו'. זה תשובה על שאלת מרע"ה למה הרעותה כו'.

והענין הוא דאיתא בעשרה מאמרות נה"ע ומה ת"ל כו' כדי להפרע כו'. והיינו שתיקון הבריאה בעשר מדרגות ולא באחדות.

כדי שיהי' שכר ועונש והוא תיקון הבריאה בעצם. וזו היתה עבודת אבותינו הקדושים שתיקנו הטבע והקנו להבורא ית' שמים וארץ.

וביררו כי הבורא ית' הוא המקיים ומחי' הבריאה. ולכן סידרו חכמים במשנה עשרה דורות כו' אח"כ עשרה נסיונות כו'.

שאברהם אע"ה תיקן העשרה מאמרות כנ"ל כמעשה הצדיקים שעליהם אמרו במשנה לתת שכר טוב כו' שמקיימים העולם כו'. אכן הנהגת מרע"ה את בנ"י ע"פ התורה שהוריד לנו מן השמים היא הנהגה מיוחדת לבנ"י בחי' אלהות ממש.

כמ"ש אש דת. ונק' עץ החיים כי הוא שורש החיים והוא בחי' שם הוי' ב"ה וב"ש שהוא עצם הויות כל הוה.

וזה ההפרש שבין שם אל שדי שהוא הנהגת הטבע ע"י נקודה חיות שנמצא מצומצם בכל מקום כמאמר חז"ל שיש די באלהותו לכל ברי' כי הוא כל יכול ויכול לתת חיות לכל הברואים. אף להרשעים.

שהם נק' מתים ורחוקים מן הקדושה. אעפ"כ הכח משם הזה יש בו די להנהיג אותם.

והוא עבודת האבות וכן בימי הגלות. אבל מרע"ה שורש התורה בחי' שם הוי' שהוא עצם החיות.

ושם הוא חירות ולא נמצא שם שום הסתר וחושך. ולכן לא הי' מרע"ה יכול לסבול זה הגלות והחושך שהיו בנ"י שרוין בה.

אבל הבורא ית' רצה שבנ"י יתקנו כל הטבע ג"כ ורצה להנהיג אותם באותו הדרך אשר בחרו להם האבות לכבודו ית' כדי לברר מלכותו בכל המקומות כמו שיהי' לעתיד בעזרת הבורא ית' שיגמרו בנ"י התחלת דרך אבותינו הקדושים. ועי"ז ית' להם נחלת כל הרשעים ז) וז"ש וגם הקימותי כו' לתת להם כו' א"א מגוריהם כו'.

וגם י"ל כי מרע"ה שהי' מיוחד להנהגת דור המדבר שהיו דור דיעה שזכו כולם לנבואה. לכן רצה שיהי' נגלה מתחילה ועד סוף באותו מדריגה עליונה המיוחדת אליו.

אבל הבורא ית' ראה כי גאולה זו היא גאולה כוללת כל הגאולות גליות אחרונות שלא יהיו בנ"י אז באותו מדריגה עליונה. רק כמו שהי' אחר החטא.

לכן הזכיר ד' לשונות. לרמוז כי היא כוללת כל גאולות ד' מלכיות.

לכן הי' נצרך גם בגאולה זו להיות בהמשך זמן ובעשרה מכות. ולא במאמר אחד בדמיון מעשה בראשית כמ"ש לעיל:

Sur le verset "Je suis apparu à Abraham... par El Chaddai..." (Exode 6,3). C'est une réponse à la question de Moche notre maître "Pourquoi as-tu fait du mal [à ce peuple]..." (Exode 5,22).

Et l'idée est celle enseignée [dans la Michna Avot] : par dix paroles (assara maamarot) le monde fut créé ; et que vient enseigner [ce texte], puisqu'il aurait pu être créé par une seule parole ? C'est afin de faire payer [les méchants et de récompenser les justes].

C'est-à-dire que la réparation (tikoun) de la Création se fait en dix degrés et non dans l'unité, afin qu'il y ait récompense et punition ; et c'est là la réparation essentielle de la Création. Telle fut l'œuvre (avoda) de nos saints pères, qui réparèrent la nature et attribuèrent au Créateur béni soit-Il le ciel et la terre.

Ils clarifièrent (birrour) que le Créateur béni soit-Il est Celui qui maintient et fait vivre la Création. C'est pourquoi les Sages ont disposé dans la Michna : dix générations..., puis dix épreuves...

(Avot 5). Car Abraham, la paix soit sur lui, répara les dix paroles comme dit plus haut, à l'image des actes des justes dont la Michna dit "pour donner bonne récompense...", car ils maintiennent le monde.

Cependant la conduite (hanhaga) de Moche menant les enfants d'Israël selon la Torah qu'il nous a fait descendre du ciel est une conduite particulière aux enfants d'Israël, un aspect (behina) de divinité proprement dite, comme il est écrit "un feu de loi" (ech dat, Deutéronome 33,2). Elle est appelée Arbre de Vie (Ets haHaïm) car elle est la racine de la vie, et elle est l'aspect du Nom havaya (le Nom ineffable, ה') béni soit-Il et béni soit son Nom, qui est l'essence même de l'être de tout ce qui est.

Telle est la différence avec le Nom El Chaddai, qui est la conduite de la nature au moyen d'un point de vitalité qui se trouve contracté (tsimtsoum) en tout lieu, selon la parole de nos Sages : il y a "assez" (day) dans Sa divinité pour toute créature (Chaddai, che-day, "qui suffit") ; car Il est tout-puissant et peut donner vie à toutes les créatures, même aux méchants, qui sont appelés "morts" et éloignés de la sainteté ; néanmoins la force de ce Nom leur suffit (day) pour les conduire. Et c'est l'œuvre des Pères, ainsi qu'aux jours de l'exil.

Mais Moche notre maître est la racine de la Torah, l'aspect du Nom havaya qui est l'essence même de la vitalité ; et là est la liberté, et il ne s'y trouve aucune occultation ni ténèbre. C'est pourquoi Moche ne pouvait supporter cet exil et ces ténèbres dans lesquels les enfants d'Israël étaient plongés.

Mais le Créateur béni soit-Il voulut que les enfants d'Israël réparent eux aussi toute la nature, et voulut les conduire par cette voie que les Pères avaient choisie pour eux, pour Sa gloire, afin de révéler (birrour) Sa royauté en tous lieux, comme il en sera dans l'avenir avec l'aide du Créateur, lorsque les enfants d'Israël achèveront le commencement de la voie de nos saints pères. Et par là leur sera donné l'héritage de tous les méchants (note z).

C'est ce que dit "et j'ai aussi établi [mon alliance]... pour leur donner... le pays de leur séjour (erets megureïhem)..." (Exode 6,4). On peut aussi dire que Moche, qui était dévolu à la conduite de la génération du désert, la "génération de la connaissance" (dor dea) qui mérita tout entière la prophétie, voulait pour cela que [la délivrance] se révèle du début à la fin selon ce degré supérieur qui lui était propre.

Mais le Créateur vit que cette délivrance englobe toutes les délivrances des derniers exils, où les enfants d'Israël ne seront plus à ce degré supérieur, mais seulement comme après la faute. C'est pourquoi il mentionna quatre expressions [de délivrance], pour faire allusion au fait qu'elle englobe toutes les délivrances des quatre royaumes.

C'est pourquoi cette délivrance aussi dut se dérouler dans la durée et par dix plaies, et non par une seule parole à l'image de l'œuvre de la Création, comme dit plus haut.

בפסוק לכן אמור כו' אני ה' כו' וידעתם כו'. פי' כי השי"ת אמר להודיע לבנ"י כי הגלות הוא לכבודו ית'.

וע"י יצ"מ יתגדל שמו ית' כמ"ש וידעתם כי אני ה' כו'. ועי"ז יטו שכמם לסבול עול הגלות.

וממילא הי' נהפך גוף הגלות לחירות. ובאמת ידיעה זו היא הכנה לגאולה כמו שהי' באחרונה שקודם הגאולה קיבלו מלכות שמים כמ"ש משכו כו'.

אכן מרוב עבודה קשה לא היו יכולים לשמוע אל משה כו'. וע"ז רמזו חכמים ז"ל באמרם שהי' קשה להם לפרוש מע"ז.

וחלילה לומר שהיו עובדי ע"ז אכן עבודת מצרים בעצמם נק' עבודה זרה. ואם היו מקבלין אותו הדיבור הי' נכלל עבודה זו בעבודת הבורא כנ"ל.

והיה זה שורש ומפתח לגאולה. כמו שהי' אח"כ.

לכן אמר משה הן בנ"י כו' פי' שכ"ז שאין בנ"י מקבלין ידיעה זאת אין מקום לגאולה ואיך ישמעני פרעה. ואני ערל שפתים כי הדיבור צריך להיות לו מקבל לקבל בחי' הדיבור.

והשיב הבורא ית' כי אהרן יהי' נביאך והוא יהי' השליח לקבל הדיבורים בעבור בנ"י כנ"ל:

Sur le verset "C'est pourquoi dis [aux enfants d'Israël]... Je suis ה'... et vous saurez..." (Exode 6,6-7).

Explication : le Saint béni soit-Il voulut faire savoir aux enfants d'Israël que l'exil est pour Sa gloire, et que par la sortie d'Égypte (yetsiat mitsrayim) Son Nom sera magnifié, comme il est écrit "et vous saurez que Je suis ה'...". Et par là ils inclineront leur épaule pour supporter le joug de l'exil ; de ce fait le corps même de l'exil se transformait en liberté.

En vérité cette connaissance est une préparation à la délivrance, comme il en fut à la fin : avant la délivrance ils reçurent la royauté des cieux (mal'hout chamayim), comme il est écrit "tirez [et prenez pour vous du petit bétail]..." (Exode 12,21). Cependant, en raison de l'excès de dur labeur, ils ne pouvaient écouter Moche.

Et c'est ce à quoi les Sages, de mémoire bénie, ont fait allusion en disant qu'il leur était difficile de se séparer de l'idolâtrie (avoda zara). À Dieu ne plaise de dire qu'ils étaient idolâtres ; mais le travail (avoda) de l'Égypte lui-même est appelé "avoda zara" (culte étranger).

S'ils avaient reçu cette parole, ce travail aurait été inclus dans le service du Créateur, comme dit plus haut, et cela aurait été racine et clé de la délivrance, comme il en fut ensuite. C'est pourquoi Moche dit "Voici, les enfants d'Israël [ne m'ont pas écouté]..." (Exode 6,12), c'est-à-dire : tant que les enfants d'Israël ne reçoivent pas cette connaissance, il n'y a pas de place pour la délivrance, et comment Pharaon m'écouterait-il ?

"Et moi j'ai les lèvres incirconcises" : car la parole a besoin d'un récepteur pour recevoir l'aspect de la parole (dibbour). Et le Créateur béni soit-Il répondit qu'Aharon serait son prophète (navi), et qu'il serait l'émissaire pour recevoir les paroles au nom des enfants d'Israël, comme dit plus haut.

תרמ"א

Année 5641 [תרמ״א]

ברש"י חבל על דאבדין כו'. כי חכמים אמרו בשם שדי שיש די באלהותו לכל ברי'.

והענין הוא כי ה' ית' נתן בהטבע ג"כ חיות אשר יש למצוא בכ"ד הארה אלקיות. רק שצריכין להיות לזה צדיק גדול.

והאבות זכו לתקן הטבע כי עדיין לא הי' להם התורה. והאמת כי התורה ומצות הם סיועים ועצות מן השמים לבנ"י מהכח שלמעלה מן הטבע כמ"ש נר מצוה ותורה אור להאיר תוך חשכת הטבע.

וזהו הכח הוא משם הוי' ב"ה שהוא למעלה מהטבע. אכן עבודת האבות הי' בכחם כמ"ש ז"ל אברהם הי' מתחזק בצדקו מאליו.

וזה הי' הקדמה שיזכו בנ"י אח"כ אל התורה. ודבר זה נוהג בכלל ובפרט שכל איש ישראלי כפי מה שמתקן הטבע ומקדש עצמו בעוה"ז זוכה אח"כ לתורה ולסיוע משמים.

ובכלל היו האבות הקדמה של תיקון הטבע. לכן הי' זה חביב מאוד לפניו ית'.

וכל הגלות מצרים ושאר הגליות הם ג"כ הכנה שצריך להיות בתיקון הטבע. ועי"ז זוכין אח"כ לגאולה ולתורה שהוא עזר מקודש כנ"ל.

ולכן אמר מרע"ה למה הרעותה לעם הזה. פי' כי לא הי' בכח בנ"י כ"כ.

והי' נצרך להם עזר עליון. ז"ש לעם הזה דייקא.

שאין להם כ"כ כח לתקן בחי' טו"ר. ונצרך לעורר להם כח מעץ החיים שהיא התורה.

והשי"ת השיב כי ההתחלה צריך להיות כן וכמ"ש כבר מענין מאמרם ז"ל שיתף עמו מדה"ר:

Dans Rachi : "Dommage pour ceux qui sont perdus [et introuvables]..." (Rachi sur Exode 6,9, haval al deavdin). Car les Sages ont dit au sujet du Nom Chaddai qu'il y a "assez" (day) dans Sa divinité pour toute créature.

L'idée est que ה' béni soit-Il a placé dans la nature elle aussi une vitalité, de sorte qu'on peut y trouver en toute chose une lumière divine ; seulement il faut pour cela être un grand juste (tsaddik). Les Pères méritèrent de réparer la nature, car ils n'avaient pas encore la Torah.

Et la vérité est que la Torah et les commandements (mitsvot) sont des secours et des conseils venus du ciel pour les enfants d'Israël, issus de la force qui est au-dessus de la nature, comme il est écrit "le commandement est une lampe et la Torah une lumière" (Proverbes 6,23), pour éclairer au sein de l'obscurité de la nature ; et cette force provient du Nom havaya béni soit-Il, qui est au-dessus de la nature. Cependant l'œuvre des Pères était par leur propre force, comme l'ont dit les Sages : Abraham se renforçait dans sa justice de lui-même.

Ce fut une préparation pour que les enfants d'Israël méritent ensuite la Torah. Et cela vaut pour le général et le particulier : tout homme d'Israël, dans la mesure où il répare la nature et se sanctifie en ce monde (olam haze), mérite ensuite la Torah et le secours du ciel.

Globalement, les Pères furent la préface de la réparation de la nature ; c'est pourquoi cela était très cher devant Lui. Et tout l'exil d'Égypte et les autres exils sont eux aussi une préparation nécessaire à la réparation de la nature, et par là on mérite ensuite la délivrance et la Torah, qui est un secours saint, comme dit plus haut.

C'est pourquoi Moche dit "Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ?" (Exode 5,22) : explication, parce que les enfants d'Israël n'en avaient pas tant la force, et qu'il leur fallait un secours d'en haut. C'est ce que dit "à ce peuple" précisément : qu'ils n'ont pas tant la force de réparer l'aspect du bien et du mal (tov vara), et qu'il fallait éveiller pour eux une force venant de l'Arbre de Vie, qui est la Torah.

Et le Saint béni soit-Il répondit que le commencement doit être ainsi, comme déjà dit à propos de la parole des Sages : Il associa à [la mesure de rigueur] la mesure de miséricorde (midat harahamim).

בענין הד' לשונות של גאולה. כי גלות מצרים לא הי' במקרה.

והי' כולל בכל חלקי בנ"י בנפש רוח נשמה ג"כ. ומתוך שבנ"י היו משתעבדין כ"כ בעבודת הגוף נאמר להם מאמר זה להודיע כי הגלות ביותר בחלקי הנפש ורוח כו'.

ובאמת כן התחלת הגאולה שמקודם מתהפך הגלות של הגוף לגלות של הנפשות עד שזוכין לגאולה. וכשזוכין להתעורר מעט בגלות ולהתאונן על צער הנפש.

עד ששוכחין מצער הגוף. הוא התחלת הגאולה כמ"ש ולא שמעו כו' מקוצר רוח והי' זה שינוי מעבודת הגוף אל הרוח כנ"ל.

וז"ש והוצאתי כו' מתחת סבלות מצרים שהוא עבודת הגוף כו' עד וידעתם כי אני ה' המוציא כו'. כלומר שידעו שיש בשורש הגלות ענין אלקות והוא גלות של השורש כנ"ל והבן היטב:

Au sujet des quatre expressions de délivrance. Car l'exil d'Égypte ne fut pas fortuit, et il englobait toutes les parties des enfants d'Israël, dans le nefech, le roua'h et la nechama (les niveaux de l'âme) également.

Et parce que les enfants d'Israël étaient à ce point asservis au travail du corps, cette parole leur fut dite pour faire savoir que l'exil est surtout dans les parties du nefech et du roua'h. En vérité tel est le commencement de la délivrance : d'abord l'exil du corps se transforme en exil des âmes, jusqu'à ce qu'on mérite la délivrance.

Et lorsqu'on mérite de s'éveiller un peu dans l'exil et de se plaindre de la peine de l'âme, au point d'en oublier la peine du corps, c'est le commencement de la délivrance, comme il est écrit "et ils n'écoutèrent point... par courtitude de souffle (kotser roua'h)" (Exode 6,9) ; ce fut un passage du travail du corps vers le roua'h, comme dit plus haut. Et c'est ce que dit "et je vous ferai sortir... de dessous les fardeaux de l'Égypte", qui est le travail du corps, jusqu'à "et vous saurez que Je suis ה' qui vous fait sortir...".

C'est-à-dire qu'ils sauront qu'il y a dans la racine de l'exil une dimension divine, et que c'est un exil de la racine, comme dit plus haut ; et comprends bien.

תרמ"ב

Année 5642 [תרמ״ב]

במדרש המשנה. אפילו המלך שואל בשלומו לא ישיבנו אפי' נחש כרוך לא יפסיק.

הוא להיות לאדם עובד ה' מדת השתוות שלח להפסיק עבודתו לא ע"י קירבות שיש לפעמים במתנת עליון. ולא ע"י ירידה ונשיכת נחש.

וכמו כשאין האדם מפסיק ע"י הנשיכה. הולך לו הנחש.

וכמו כן בכלל נחשב ימי הגלות נשיכת נחש. ואם בנ"י מתחזקים שלא להפסיק.

אין קיום להגלות. וע"ז רמזו אין מפסיקין בתוכחות כמ"ש אל תקוץ בתוכחתו.

וזה ענין המאמר שצוה ה' כל הד' לשונות של הגאולה שיהי' להם דביקות והשתוקקות לעבודת ה' שמוכן להיות אחר הגאולה. להיות עבדי ה' ולקבל התורה.

ואם היו מקבלים הדברים הי' בטל הגלות. הואיל והיו משתפים את עבודת ה' בהגלות.

ולכן אמר מרע"ה הן בני ישראל לא שמעו כו'. הגם כי הי' ע"י קוצר רוח.

אבל ידע כי זה שורש ומפתח של הגאולה כנ"ל. וכתיב וידבר ה' אל משה ואל אהרן ויצום אל בנ"י פי' שע"י משה ואהרן שהם היו נאמנים ודבקים בשורש הגאולה.

זכות שלהם קיים לכל בנ"י. וז"ש ויצום שבכח שלהם יתמשכו כל בנ"י לבחי' הגאולה:

Dans le Midrach [et la Michna] : "même si le roi le salue, qu'il ne lui réponde pas ; même si un serpent est enroulé [à son talon], qu'il n'interrompe pas" (Michna Berakhot 5,1). C'est [pour enseigner] que l'homme qui sert ה' doit avoir la mesure de l'équanimité (hichtavout), celle de ne pas interrompre son service : ni par les rapprochements [spirituels] qui surviennent parfois comme don d'en haut, ni par la chute et la morsure du serpent.

Et de même que lorsque l'homme n'interrompt pas à cause de la morsure, le serpent s'en va, de même, globalement, les jours de l'exil sont considérés comme la morsure du serpent. Et si les enfants d'Israël se renforcent pour ne pas s'interrompre, l'exil n'a pas de subsistance.

Et c'est ce à quoi ils ont fait allusion : on n'interrompt pas [la lecture] dans les reproches (tokhahot), comme il est écrit "ne rejette pas Sa réprimande" (al takots betokhahto, Proverbes 3,11). Et c'est le sens de la parole par laquelle ה' ordonna toutes les quatre expressions de délivrance : qu'ils aient attachement (devekout) et aspiration ardente au service de ה' appelé à advenir après la délivrance, être serviteurs de ה' et recevoir la Torah.

S'ils avaient reçu ces paroles, l'exil aurait été annulé, puisqu'ils auraient associé le service de ה' à l'exil. C'est pourquoi Moche dit "Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté...", bien que ce fut par courtitude de souffle ; mais il savait que ceci est la racine et la clé de la délivrance, comme dit plus haut.

Et il est écrit "et ה' parla à Moche et à Aharon et leur ordonna [d'aller] vers les enfants d'Israël" (Exode 6,13) : explication, c'est par Moche et Aharon, qui étaient fidèles et attachés à la racine de la délivrance, que leur mérite subsiste pour tous les enfants d'Israël. Et c'est ce que dit "et il leur ordonna" (vayetsavem) : que par leur force tous les enfants d'Israël soient attirés vers l'aspect de la délivrance.

במדרש נטה ידך עה"ש כו'. כל אשר חפץ ה' עשה בשוב"א בימים כו' תהומות.

פי' כי הכל תלוי באחדות הרצון וחפץ של הבורא ית' וכפי הרצון כביכול למעלה נמשכין כל העולמות עד התהום. וזה נמסר לבנ"י ולא כ' יעשה רק עשה.

כמ"ש אתה יצרת עולמך מקדם. שהי' לפניו ית' ציור כל הבריאה עד התהום וזהו היו צריכין לברר ביצ"מ לכן נעשה שינוי כל הטבע.

והרמז ע"י מרע"ה להודיע כי הצדיק הוא ממוצע בין העליונים והתחתונים. ובכח נטיותו להמשיך כל התחתונים אל השורש בשמים.

וזה נטה ידך כו'. ולזה צריכין בנ"י להעיד בכל יום על יחודו ית' ובריאת מ"ב שהקב"ה מחדש בכל יום.

ומצד זה יש התחדשות תמיד כפי השינוי למעלה. וזה שנמסר לבנ"י החדשים ומועדים שידעו שבזמנים אלו יש שינוי למעלה.

ולעתיד יתגלה זה לעיני הכל כמ"ש והי' מדי חודש בחדשו כו' יבא כ"ב להשתחות. שיהי' ניכר דביקות הכל בשורש ויראו איך יש התחדשות וחיות מהשורש אל כל הבריאה כנ"ל:

Dans le Midrach : "Étends ta main vers le ciel..." (Exode 9,22) ; "Tout ce que ה' a voulu, Il l'a fait, dans les cieux et sur la terre, dans les mers et tous les abîmes" (Psaumes 135,6). Explication : tout dépend de l'unité de la volonté et du désir du Créateur béni soit-Il, et selon la volonté, pour ainsi dire (kivyakhol), en haut, tous les mondes sont entraînés jusqu'à l'abîme.

Cela fut transmis aux enfants d'Israël ; et il n'est pas écrit "Il fera" mais "Il a fait" (asa), comme il est écrit "Tu as formé Ton monde des l'origine". Car il y avait devant Lui l'image de toute la Création jusqu'à l'abîme, et c'est cela qu'ils devaient révéler lors de la sortie d'Égypte ; c'est pourquoi se produisit un changement de toute la nature.

Et l'allusion, par Moche, est de faire savoir que le juste est un intermédiaire entre les mondes supérieurs et inférieurs, et que par la force de son inclinaison (netiya) il attire tous les [êtres] inférieurs vers la racine dans les cieux ; et c'est [le sens de] "étends ta main...". Pour cela les enfants d'Israël doivent témoigner chaque jour de Son unité et de la création de l'œuvre du commencement (maase berechit) que le Saint béni soit-Il renouvelle chaque jour ; et de ce fait il y a un renouvellement constant selon le changement d'en haut.

Et c'est ce qui fut transmis aux enfants d'Israël, les [néoménies des] mois et les fêtes (moadim), afin qu'ils sachent qu'en ces temps il y a un changement en haut. Dans l'avenir cela se révélera aux yeux de tous, comme il est écrit "et il adviendra que de mois en mois... toute chair viendra se prosterner" (Isaie 66,23), de sorte que sera perceptible l'attachement de tout à la racine, et l'on verra comment il y a renouvellement et vitalité depuis la racine vers toute la Création, comme dit plus haut.

תרמ"ג

Année 5643 [תרמ״ג]

בפסוק וארא אל האבות בא"ש ושמי ה' ל"נ. כי בחי' מרע"ה הוא הפנימיות בחי' שם הוי' והתורה.

ושם א"ש הוא כמ"ש חז"ל שאמר לעולמו די והוא התפשטות חיות התורה בכל מעשה בראשית במדה וגבול. וזה הדרך תיקנו האבות.

והכלל כי האותיות הם חיות הכל. אך יש אותיות התורה.

ויש אותיות תפילה. ולכן ג' תפילות אבות תיקנום.

וזה החילוק בין קול ודיבור כמ"ש בזוה"ק שהדיבור הי' בגלות. כי קול הוא חירות שאין שם מגע סט"א.

והדיבור הוא להנהיג כל המעשים אחר דרך התורה. וכן שמעתי מפי מו"ז ז"ל על מה שכ' בהמכות אח"כ ויעתר משה.

ויצעק כו'. כי ע"י המכות נפתחו עשרה לשונות של תפלה.

וכל הצרות שעברו על אבותינו במצרים הי' כדי לבוא לבחי' התפלה. כמ"ש חז"ל שהי' חביב צעקתם לפניו ית' במרום.

לכן חזרו על הים כדי שיצעקו ע"ש במד' השמיעיני את קולך. וכמו כן יש יצ"מ בכל יום והיא הכנה לתפלה.

לכן בכל יום יצרו של אדם מתגבר. וכן סמיכת גאולה לתפלה הוא כנ"ל שע"י יצ"מ נפתח הפה.

וכ"כ בעבור זאת העמדתיך בעבור כו' ולמען ספר שמי. שכל המיצר הוא כדי לזכות לתפלה.

כמ"ש מן המצר קראתי:

Sur le verset "Je suis apparu aux Pères par El Chaddai (be-El Chaddai), mais par Mon Nom ה' Je n'ai pas été connu (lo nodati)" (Exode 6,3). Car l'aspect de Moche est l'intériorité (penimiyout), l'aspect du Nom havaya et de la Torah.

Et le Nom El Chaddai est, comme l'ont dit les Sages, "Celui qui dit à Son monde : assez (day)", et c'est le déploiement de la vitalité de la Torah dans toute l'œuvre de la Création, avec mesure et limite ; et c'est cette voie que les Pères réparèrent. Le principe est que les lettres sont la vitalité de tout ; mais il y a les lettres de la Torah, et il y a les lettres de la prière (tefila).

C'est pourquoi les trois prières [quotidiennes], ce sont les Pères qui les ont instituées. Et telle est la distinction entre la voix (kol) et la parole (dibbour), comme il est dit dans le saint Zohar (Zohar haKadoch) que la parole était en exil.

Car la voix est liberté, où il n'y a pas de contact du Sitra A'hra (l'autre côté, les forces du mal) ; et la parole est de conduire tous les actes selon la voie de la Torah. De même j'ai entendu de la bouche de mon grand-père, de mémoire bénie, à propos de ce qui est écrit dans les plaies ensuite "et Moche implora", "et il cria...", que par les plaies s'ouvrirent les dix expressions de prière.

Toutes les détresses qu'endurèrent nos pères en Égypte furent afin de parvenir à l'aspect de la prière, comme l'ont dit les Sages : leur cri était cher devant Lui dans les hauteurs. C'est pourquoi ils furent ramenés à la mer afin de crier, comme il est dit dans le Midrach sur "fais-moi entendre ta voix" (Cantique 2,14).

De même il y a une sortie d'Égypte chaque jour, et c'est une préparation à la prière ; c'est pourquoi chaque jour le penchant (yetser) de l'homme se renforce. De même, accoler la [bénédiction de la] délivrance à la prière (semikhat gueoula litfila) relève de ce qui précède : par la sortie d'Égypte la bouche s'ouvre.

Et de même il est écrit "c'est pour cela que Je t'ai maintenu [en vie]... et afin de raconter Mon Nom" (Exode 9,16) : car toute détresse (metsar) est afin de mériter la prière, comme il est écrit "de la détresse j'ai crié [vers ה']" (min ha-metsar, Psaumes 118,5).

בפסוק והוצאתי כו' וגאלתי כו'. הד' לשונות של גאולה שהוא השורש לכל הד' גליות כמ"ש כארבע רוחות פרשתי אתכם וכן מבקשין קבץ נדחינו מד' כנפות הארץ.

ומסתמא גלות זה האחרון הוא רוח צפון. ולכן אין לו חקר עד התהום.

ולכן יש לקוות שתהי' עתה הגאולה בשלימות. ויקוים רב טובך אשר צפנת ליראיך.

והנה בכל הג' נזכר הגאולה מתוך הצרה. שהג' גליות היו בחי' ע"ז ג"ע ש"ד.

וגלות זה הוא שנאת חנם. וכל הגלות הפיזור.

לכן כ' רק ולקחתי אתכם לי לעם. שזה עיקר החסרון הלקיחה להיות מיוחדים לעבודתו ית'.

כי פי' שנאת חנם הוא חנם מן המצות. כי אהבת ישראל תלוי בקבלת מלכות שמים כראוי.

להיות כל הרצון לעשות רצון אבינו שבשמים. ואז כ"א מבקש עבודת חבירו.

כמו מה"ש שנותנים באהבה רשות זה לזה להקדיש ליוצרם. וכמו י' בני אדם עוסקין בעסק א' לא יעלה קנאה ושנאה במה שכ"א מתגבר לעשות בהעסק ככל יכולתו.

ואדרבה כך רצון כ"א וא'. לכן ואהבת לרעך כמוך הוא כלל גדול בתורה:

Sur le verset "et je vous ferai sortir... et je vous délivrerai..." (Exode 6,6). Les quatre expressions de délivrance, qui sont la racine des quatre exils, comme il est écrit "comme les quatre vents [des cieux] je vous ai dispersés" (Zacharie 2,10) ; et de même nous demandons "rassemble nos dispersés des quatre coins de la terre".

Et vraisemblablement ce dernier exil est le vent du nord (tsafon) ; c'est pourquoi il est insondable, jusqu'à l'abîme. Aussi faut-il espérer que maintenant la délivrance sera complète, et que s'accomplira "l'abondance de Ta bonté que Tu as réservée (tsafanta) à ceux qui Te craignent" (Psaumes 31,20).

Or, dans chacun des trois [premiers exils] la délivrance est mentionnée du sein de la détresse, car les trois exils correspondaient aux aspects de l'idolâtrie, de la débauche et du meurtre (avoda zara, guilouy arayot, chefikhout damim) ; mais cet exil-ci est [dû à] la haine gratuite (sin'at hinam), et tout l'exil est la dispersion. C'est pourquoi il est écrit seulement "et je vous prendrai à Moi pour peuple" (Exode 6,7), car tel est le manque essentiel : la "prise", le fait d'être voués à Son service.

Car le sens de la haine gratuite (hinam) est [d'être] vide (hinam) des commandements ; car l'amour d'Israël dépend de l'acceptation convenable de la royauté des cieux, que toute la volonté soit de faire la volonté de notre Père qui est aux cieux. Alors chacun recherche [le succès du] service de son prochain, comme les anges du service (malakhei hacharet) qui se donnent avec amour l'un à l'autre la permission de sanctifier leur Créateur.

Et de même que dix hommes occupés à une même affaire, il ne monte pas de jalousie ni de haine de ce que chacun s'efforce d'accomplir dans cette affaire de tout son pouvoir, au contraire telle est la volonté de chacun. C'est pourquoi "tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Lévitique 19,18) est un grand principe de la Torah.

תרמ"ד

Année 5644 [תרמ״ד]

במדרש חייך שיש לך לידע שנא' טוב אחרית דבר מראשיתו כו'. דכ' למה הרעותה כו' למה זה שלחתני.

והענין הוא דכ' במשה כי טוב הוא. והי' זה תמיהת מרע"ה כיון שהוא השליח.

לא הי' מקום להרע להם. אך הש"י הכין רפואה לדורות האחרונים.

כדכתיב ביום טוב כו' וביום רעה ראה. שעיקר תיקון ימי הרעה הוא בימי הטובה.

ולכן הוצרך לקשר כל הגאולות בזמן משה רבינו. ולכן סבלו הדור ההוא כל הרעות שלא הי' באפשרות בשום דור אחר לתקן הרע כמו הם.

ולכן רמז כאן ד' גאולות כמ"ש במ"א. וכ' ולא שמעו אל משה.

א"כ קשה למה נאמר להם. ויתכן שהם הוציאו הדברים ונעשה מהם תורה שנוכל אנחנו למצוא בהדברים תקונים לגלות של עתה.

וכמו שהם סבלו היסורים בעבור דורות הבאים. כן קיבלו הם התורה וכמה מדרגות טובות בעבור דורות הבאים.

וז"ש במד' אשר כבר עשוהו. כי הקב"ה הכין לכל דור מה שצריך לסבול גלות.

וכמו כן התקונים ודברי תורה שצריך להתחדש בזה הדור כנ"ל:

Dans le Midrach : "Sur ta vie, tu dois savoir, car il est dit : mieux vaut la fin d'une chose que son commencement..." (Ecclésiaste 7,8), car il est écrit "pourquoi as-tu fait du mal... pourquoi donc m'as-tu envoyé ?" (Exode 5,22). L'idée est qu'il est écrit au sujet de Moche "car il était bon (ki tov hou)" (Exode 2,2) ; et telle était l'interrogation de Moche : puisqu'il est l'émissaire, il n'y avait pas lieu de leur faire du mal.

Mais le Saint béni soit-Il prépara un remède pour les dernières générations, comme il est écrit "au jour du bonheur [sois heureux] et au jour du malheur, considère" (Ecclésiaste 7,14), car la réparation essentielle des jours de malheur se fait aux jours de bonheur. C'est pourquoi il fallut relier toutes les délivrances au temps de Moche notre maître, et c'est pourquoi cette génération endura tous les maux, car aucune autre génération n'aurait pu réparer le mal comme eux.

C'est pourquoi il est fait allusion ici à quatre délivrances, comme dit ailleurs. Et il est écrit "et ils n'écoutèrent pas Moche" ; dès lors la question se pose : pourquoi cela leur fut-il dit ?

Il se peut qu'ils aient prononcé ces paroles et qu'elles soient devenues Torah, de sorte que nous puissions y trouver des réparations pour l'exil présent. Et de même qu'ils endurèrent les souffrances pour les générations futures, de même ils reçurent la Torah et maints degrés bons pour les générations futures.

Et c'est ce que dit le Midrach : "ce qu'on a déjà fait (acher kevar asouhou)", car le Saint béni soit-Il a préparé pour chaque génération ce qu'elle doit endurer de l'exil, et de même les réparations et les paroles de Torah qui doivent se renouveler en cette génération, comme dit plus haut.

תרמ"ה

Année 5645 [תרמ״ה]

פ' וארא ור"ח שבט

Paracha Vaera et Roch Hodech Chevat (néoménie du mois de Chevat).

En bref

« Vaera », « et Mon nom Hachem, Je ne l'ai pas fait connaître », « et J'ai aussi établi Mon alliance ». Pour le Sfat Emet, Moché, « Moché Moché » sans pause, est parfait dès le début et préparé à la Torah au-dessus de la Création ; les Patriarches réparent la Création et la nature, aspect de la « parole » encore en exil selon le Zohar. Ils ont choisi l'exil pour sanctifier le Nom du Ciel : D.ieu accomplit des miracles et révèle Sa royauté. Ils méritent la Torah par la foi, sans mettre en doute ; le degré de Moché est la Torah et le daat, « Il fait connaître Ses voies à Moché », mais la génération n'est pas encore réparée pour cette voie.

Aussi : le renouvellement de Roch 'Hodech par les douze tribus et les douze mois ; les quatre expressions de la délivrance selon les mondes et les points d'articulation de la bouche ; l'écoute d'Israël qui ouvre la bouche de Moché

בפסוק וארא כו' ושמי ה' ל"נ וגם הקימותי א"ב כו'. כבר כ' במ"א ענין המדריגות בין האבות למרע"ה.

כי מרע"ה הי' מיוחד להיות איש אלקים מיד כשנברא. כמ"ש משה משה לא פסיק טעמא בגוייהו.

והי' מוכן להתורה שהיא למעלה מהבריאה. והאבות היו מוכנים לתקן מעשה בראשית והטבע.

והוא בחי' הדבור שאמרו בזוה"ק שהי' עוד בגלות. היינו הנהגתו ית' את העולם והטבע.

וע"ז הי' העצה עמוקה של אותו צדיק הקבור בחברון. כאשר חכמים הגידו שאבות בחרו הגלות והוא כדי לקיים ש"ש בעולם.

כי הלא ע"י שירדו אבותינו בגלות נתקדש ש"ש. ועשה הש"י נסים ונפלאות.

ונגלה כבוד מלכותו בעולם. והוא ממש כענין קידוש ה' ע"י שהושלכו חנני' מישאל ועזרי' בכבשן האש.

ונעשה להם נס ונתקדש ש"ש. והש"י נתן הבחירה לבני אדם.

ולא הי' ניכר כבודו בעולם לולי האבות ובניהם שירדו לגלות. והוציאו מכח אל הפועל.

שכביכול הוכרח הש"י בעבורם להראות כחו בעולם. ואח"כ זכו לתורה מן השמים כענין שנאמר עושי דברו לשמוע בק"ד.

עושי דברו הוא דבר מלך שלטון. גם כשלא זכו עוד לטעמי התורה רק בדרך אמונה.

ואיתא בדברו מעריב ערבים. דכ' ויהי ערב ויהי בקר.

בקר הוא אור התורה. וערב הוא התערובות במקום שצריך בירור.

וע"ז נבראו בנ"י שנק' עדים כמ"ש אתם עדי. ועדות צריכין במקום שיש ספק והסתרות.

וכ' השמים לה' בחי' מרע"ה שהוריד תורה מן השמים. והארץ נתן לבנ"א הוא עבודת האבות ובנ"י.

כמ"ש ארץ מגוריהם כו'. פי' להוציא מכח אל הפועל הקדושה שנמצא תוך הטבע ועי"ז זכו אח"כ אל התורה.

דכ' ושם דרך אראנו בישע אלקים דרשו חז"ל המשים אורחותיו היינו ליישר דרכים המעוקמין כמו שרמזו חז"ל המדליק נרות במבואות האפלים זוכה לישועת אלקים. ואחז"ל חבל על דאבדין שלא הרהרו אחרי.

ואתה אמרת מה שמו מה אומר. למה הרעותה כו'.

וח"ו שרצו חז"ל לדבר סרה על משה רבינו ע"ה. אך שהם ב' מדרגות.

מדרגת האבות הי' האמונה לעבוד ה' בדרך זה שלא להרהר. ומדרגת מרע"ה הי' רק בתורה ובדעת.

וכך הוצרך לו לידע כל דבר לאשורו. כמ"ש יודיע דרכיו למשה.

אך הדור עדיין לא היו מתוקנים לדרך הזה כנ"ל:

Sur le verset "Vaera (Je suis apparu)" etc., "et Mon nom Hachem (le Nom, YHVH) Je ne l'ai pas fait connaître (lo nodati)", "et J'ai aussi établi Mon alliance (et beriti)" etc. J'ai déjà écrit ailleurs le sujet des degrés entre les Patriarches et Moche notre maître (Moche rabbenou).

Car Moche était prédestiné à être un homme de Dieu (ich Elokim) dès l'instant de sa naissance, comme il est dit "Moche Moche" sans pause de cantillation entre les deux [mots] (à la différence d'"Avraham Avraham") -- signe qu'il fut parfait dès le début. Et il était préparé pour la Torah, qui est au-dessus de la Création.

Les Patriarches, eux, étaient préparés à réparer (letaken) l'œuvre de la Création et la nature. C'est l'aspect (bekhina) de la "parole" (dibbour) dont le saint Zohar (Zohar hakadoch) dit qu'elle était encore en exil : c'est-à-dire Sa conduite du monde et de la nature.

Sur cela reposait le conseil profond de ce juste enterré à Hevron. Comme les sages l'ont dit, les Patriarches ont choisi l'exil, et ce pour sanctifier le Nom du Ciel (chem chamayim) dans le monde.

Car en vérité c'est par la descente de nos pères en exil que le Nom du Ciel fut sanctifié, et Hachem accomplit des miracles et des prodiges, et la gloire de Sa royauté se révéla dans le monde. C'est exactement comme la sanctification du Nom (kidouch Hachem) par Hanania, Michaël et Azaria jetés dans la fournaise ardente : un miracle leur fut fait et le Nom du Ciel fut sanctifié.

Hachem a donné le libre choix aux hommes, et Sa gloire n'aurait pas été reconnue dans le monde sans les Patriarches et leurs fils descendus en exil, qui firent passer [la sainteté] de la puissance à l'acte (mikoah el hapoal) : car pour ainsi dire (kivyakhol) Hachem fut contraint à cause d'eux de montrer Sa force dans le monde. Ensuite ils méritèrent la Torah venue du Ciel, selon ce qui est dit "ceux qui accomplissent Sa parole pour écouter la voix de Sa parole" (Ps 103,20) : "ceux qui accomplissent Sa parole", c'est "la parole du roi est souveraine" (Eccl 8,4).

Même lorsqu'ils n'avaient pas encore mérité les raisons de la Torah (taamei haTorah), mais seulement par la voie de la foi. Et l'on dit [dans la prière] "par Sa parole Il fait venir les soirs", car il est écrit "et il y eut un soir et il y eut un matin" (Gen 1).

Le "matin" est la lumière de la Torah, et le "soir" (erev) est le mélange (taarovet), là où il faut discerner (birour). Pour cela furent créés les enfants d'Israël (bnei Israël), appelés "témoins" (edim), comme il est dit "vous êtes Mes témoins" (Is 43,10) : or le témoignage est requis là où il y a doute et voilements.

Il est écrit "les cieux sont les cieux de Hachem" (Ps 115,16) -- l'aspect de Moche qui fit descendre la Torah du Ciel ; "et la terre Il l'a donnée aux fils de l'homme" -- c'est le service des Patriarches et d'Israël, comme il est dit "la terre de leurs séjours" (Ex 6,4). C'est-à-dire faire passer de la puissance à l'acte la sainteté qui se trouve à l'intérieur de la nature, et par cela ils méritèrent ensuite la Torah.

Il est écrit "et à qui ordonne sa voie Je montrerai le salut de Dieu" (Ps 50,23) : les sages ont expliqué "hasam orhotav" (celui qui dispose sa voie), c'est-à-dire redresser les chemins tortueux, comme les sages l'ont laissé entendre : celui qui allume des lampes dans les ruelles obscures mérite le salut de Dieu. Et les sages ont dit "malheur pour ceux qui sont perdus et introuvables" -- [les Patriarches] qui ne mirent jamais en doute [Mes voies].

"Et toi tu as dit : quel est Son nom, que dirai-je" (Ex 3,13), "pourquoi as-Tu fait du mal" etc. (Ex 5,22).

À Dieu ne plaise (has vechalom) que les sages aient voulu médire de Moche notre maître, la paix sur lui. Mais ce sont deux degrés : le degré des Patriarches était la foi, servir Hachem par cette voie sans mettre en doute ; et le degré de Moche était seulement dans la Torah et dans la connaissance (daat), et ainsi il lui fallait connaître chaque chose exactement, comme il est dit "Il fait connaître Ses voies à Moche" (Ps 103,7).

Mais la génération n'était pas encore réparée pour cette voie, comme mentionné plus haut.

בנוסח התפלה באתה יצרת עולמך מקדם. כי בר"ח יש התחדשות הבריאה כמו שעלה לפניו ית' במחשבה לברוא העולם.

והוא הצורה של פנימיות העולם. בזכות השבטים.

שהעולם עומד עליהם. ואיתא במדרשות בהפטורה דשבת ור"ח כל אלה ידי עשתה.

וכ' התם כל אלה שבטי ישראל. לרמוז כי העולם עומד על הי"ב שבטים וכ"א ממשיך שער והתחדשות מיוחד בי"ב דברים שהעולם צריך להם.

ואלה השערים הם הי"ב חדשים שבשנה. ואיתא במד' בפסוק מדי חודש בחדשו שלעתיד יעלו בנ"י לראות פני ה' בכל חדש ושבת כמו שהי' בג' רגלים [פי' כשיהי' מתוקן החטא שאז יהי' הר"ח ימים טובים כדאיתא בטור א"ח ה' ר"ח שע"י החטא לא נקבעו ליו"ט].

וע"ז מבקשים בר"ח יעלה ויבא זכרוננו לטובה. כי הקב"ה וב"ש לפניו הוה ועתיד הכל א'.

והוא רואה שעתידין בנ"י לקבל פניו בכל ר"ח. ועתה בגלות אין לנו רק לאחוז בהמדרגות שהי' לנו מקדם כשבהמ"ק הי' קיים.

ובמדרגות שעתיד הקב"ה לגלות לנו. וע"י האמונה והתשוקה לאותן המדרגות יכולין לעורר מהם הארות גם עתה.

וכ' מדי חודש. מה לשון מדי.

וי"ל כמ"ש חז"ל בפסוק והי' דראון לכל בשר על הרשעים שהכל יאמרו די ראי' זו. מכ"ש מדה טובה מרובה.

שהכל יאמרו די לראי' אחת שיזכו בנ"י לעתיד להקביל פני אביהם שבשמים פ"א בחדש יאמרו די לכל הגלות שסבלנו בעולם. כמ"ש זה ה' קוינו לו כו'.

וכ' ואל זה אביט כו' עני ונכה רוח וחרד על דברי. והם בנ"י שחרדים ע"ד ה' וביחוד הם הי"ב שבטים שצורתן חקוקה.

והקב"ה כביכול מביט בהם. ובזכותם העולם עומד.

ז"ש אל זה אביט. ומי שהוא עני ונכה רוח וחרד ע"ד ה' זוכה להיות לו התדבקות בהארות השבטים כדאיתא הבוחר בדרכיהם ועושה כמעשיהם:

Dans le texte de la prière "Tu as formé Ton monde des l'origine" (Ata yatsarta) : car à Roch Hodech (la néoménie) il y a un renouvellement de la Création, tel qu'il monta devant Lui en pensée de créer le monde. C'est la forme de l'intériorité du monde, par le mérite des tribus, sur lesquelles le monde repose.

Il est rapporté dans les midrachim, dans la haftara de Chabbat et Roch Hodech, "tout cela Ma main l'a fait" (Is 66,2), et il est écrit là "tous ceux-là sont les tribus d'Israël" (Gen 49,28), pour faire entendre que le monde repose sur les douze tribus, et chacune tire une porte (chaar) et un renouvellement particulier dans les douze choses dont le monde à besoin. Et ces portes sont les douze mois de l'année.

Il est rapporté dans le midrach sur le verset "de mois en mois (midei hodech behodcho)" (Is 66,23) qu'à l'avenir Israël montera voir la face de Hachem chaque mois et chaque Chabbat, comme c'était aux trois fêtes de pèlerinage (chaloch regalim) [c'est-à-dire quand la faute sera réparée, car alors Roch Hodech sera jour de fête (yom tov), comme il est rapporté dans le Tour, Orah Haim, Lois de Roch Hodech, que à cause de la faute ils ne furent pas institués comme jours de fête]. Sur cela nous demandons à Roch Hodech "que monte et vienne... notre souvenir en bien" (Yaale veyavo).

Car devant le Saint béni soit-Il et béni soit Son nom, le présent et l'avenir sont tout un, et Il voit qu'Israël est destiné à recevoir Sa face à chaque Roch Hodech. Or maintenant en exil il ne nous reste qu'à nous accrocher aux degrés que nous avions jadis, quand le Temple (beit hamikdach) existait, et aux degrés que le Saint béni soit-Il nous révélera à l'avenir ; par la foi et le désir ardent de ces degrés on peut en éveiller des illuminations (héharot) même maintenant.

Il est écrit "midei hodech". Que signifie le mot "midei" ?

On peut dire comme l'ont dit les sages sur le verset "et ils seront un objet de dégoût (déraon) pour toute chair" (Is 66,24) -- au sujet des méchants -- que tous diront "assez (dai) de cette vision (reiya)" ; à plus forte raison la mesure du bien, qui est plus grande : tous diront "assez" pour une seule vision -- qu'Israël mérite à l'avenir d'accueillir la face de leur Père qui est au Ciel une fois par mois ; ils diront "c'est assez" pour tout l'exil que nous avons souffert dans le monde, comme il est dit "c'est Hachem, nous avons espéré en Lui" (Is 25,9). Et il est écrit "et c'est celui-ci que Je regarde... le pauvre, l'esprit brisé, qui tremble à Ma parole" (Is 66,2) : ce sont les enfants d'Israël qui tremblent à la parole de Hachem, et en particulier les douze tribus dont la forme est gravée [sur le Trône de gloire], et le Saint béni soit-Il, pour ainsi dire, les regarde, et par leur mérite le monde repose.

C'est ce que dit "c'est celui-ci que Je regarde". Et celui qui est pauvre, d'esprit brisé et tremblant à la parole de Hachem mérite d'avoir un attachement (hitdabkout) aux illuminations des tribus, comme il est rapporté "qui choisit leurs voies et agit selon leurs actes".

תרמ"ו

[תרמ"ו] (année 5646)

בפסוק וארא כו' וגם הקמותי א"ב לתת כו' וגם א"ש את נאקת בנ"י כו' ואזכור א"ב. דהנה מרע"ה אמר למה הרעותה כו' פי' בזוה"ק למה יהיב חילא לסטרא דרע לשלוט בהם כו'.

דמרע"ה הי' מיוחד להנהגה המיוחדת לבנ"י. והיא קבלת התורה שנק' טוב שאין שם תערובות טו"ר.

ולכן כ' במשה כי טוב הוא. אכן האבות הם עמודים שכל העולמות עומדין עליהם.

וכמו כן בנ"י נבראו לתקן כל העולמות ולברר זאת התערובות. ולכן ימי הגלות הם ג"כ עבודה להש"י.

ואדרבא עיקר מעלת בנ"י מבורר בגלות דכ' כשושנה בין החוחים כן רעיתי בין הבנות. וזה הי' הכנת האבות לזכות לירושת הארץ לכבוש ע' אומות.

שכל זה בחי' הנ"ל כשושנה בין החוחים. וכתבנו במ"א שכ' אח"ז כתפוח בעצי היער כו'.

לומר שכפי הנהגת בנ"י למטה. כך הנהגת הש"י למעלה.

ולכן נגלה להאבות בשם א"ש שהוא הקדושה הבאה בצימצום. כתפוח בעצי היער דרשו חז"ל שאין לו צל.

שבגלות אין ניכר השגחת הש"י. ולכן גם שהי' להם הנבואה.

הי' בבחי' דודי בין הבנים כנ"ל. אכן מדרגת מרע"ה התורה שהיא הנהגה המיוחדת לבנ"י למעלה מהנהגת הטבע.

שאין שם מגע נכרי כלל. וע"ז באמת צריכין להשתוקק לצאת מן הגלות שע"ז נאמר א"ת שאני שחרחורת כו' שמוני נוטרה את הכרמים.

שבכלל העולם הגלות הוא עבודה לשם שמים. אבל אין בנ"י במקום המיוחד להם.

כרמי שלי לא נטרתי. אבל עיקר שבחן של ישראל מבורר בגלות וז"ש שחורה אני ונאוה [ורמזו חז"ל ונאוה במעשה אבותי.

ויש לפרש כנ"ל שהגם שלפי מדרגה המיוחדת לבנ"י שחורה אני בגלות אבל ונאוה במעשה אבותי שהוא תיקון הכולל]. ולפי שהתרעם מרע"ה.

הראה לו הש"י כי גם בהיותם בגלות אוחזים מעשי אבותיהם. וגם אני שמעתי כו' נאקת בנ"י כו' ואזכור א"ב.

כלומר שעבודתם בגלות היא זכורה לפניו בשמים. ושיש לעבודתם שורש למעלה כנ"ל:

Sur le verset "Vaera" etc. "et J'ai aussi établi Mon alliance (et beriti) pour donner" etc., "et J'ai aussi entendu (ani chamati) la plainte des enfants d'Israël" etc., "et Je me suis souvenu de Mon alliance (et beriti)".

Car voici, Moche a dit "pourquoi as-Tu fait du mal" etc. -- le Zohar explique : pourquoi donner de la force au côté du mal (sitra dera) pour dominer sur eux. Car Moche était prédestiné à la conduite propre à Israël, qui est la réception de la Torah, appelée "bien" (tov), où il n'y a pas de mélange de bien et de mal (tov vara) ; c'est pourquoi il est écrit de Moche "car il était bon" (Ex 2,2).

Mais les Patriarches sont des piliers sur lesquels reposent tous les mondes, et de même Israël fut créé pour réparer tous les mondes et discerner ce mélange. Ainsi les jours d'exil sont eux aussi un service envers Hachem ; au contraire, l'essentiel du mérite d'Israël se décante en exil, comme il est écrit "comme une rose parmi les épines, ainsi est ma bien-aimée parmi les filles" (Cant 2,2).

Telle fut la préparation des Patriarches pour mériter l'héritage de la Terre, pour conquérir les soixante-dix nations : tout cela est l'aspect susdit "comme une rose parmi les épines". Nous avons écrit ailleurs qu'il est écrit ensuite "comme le pommier parmi les arbres de la forêt" etc.

(Cant 2,3), pour dire que selon la conduite d'Israël en bas, ainsi est la conduite de Hachem en haut. C'est pourquoi Il se révéla aux Patriarches par le nom El Chaddai (ES), qui est la sainteté venant par contraction (tsimtsoum).

"Comme le pommier parmi les arbres de la forêt" -- les sages ont expliqué qu'il n'a pas d'ombre : car en exil la providence de Hachem ne se reconnaît pas. Ainsi, même s'ils avaient la prophétie, c'était dans l'aspect "mon bien-aimé parmi les fils", comme plus haut.

Mais le degré de Moche est la Torah, qui est la conduite propre à Israël, au-dessus de la conduite de la nature, où il n'y a aucun contact étranger (maga nokhri). Pour cela, en vérité, il faut désirer ardemment sortir de l'exil, sur quoi il est dit "ne [me regardez] pas (al tirouni) parce que je suis noiraude... ils m'ont mise gardienne des vignes" (Cant 1,6) : car dans l'ensemble du monde l'exil est un service pour l'amour du Ciel, mais Israël n'est pas au lieu qui lui est propre -- "ma vigne à moi je ne l'ai pas gardée".

Mais l'essentiel de la louange d'Israël se décante en exil, et c'est ce que dit "je suis noire et belle" (Cant 1,5) [et les sages ont fait allusion : "belle" par les actes de mes pères. On peut expliquer comme plus haut : bien que, selon le degré propre à Israël, "je suis noire" en exil, cependant "belle par les actes de mes pères", qui est la réparation d'ensemble (tikoun hakolel)].

Et parce que Moche s'était plaint, Hachem lui montra que même étant en exil ils s'attachent aux actes de leurs pères : "et J'ai aussi entendu... la plainte des enfants d'Israël... et Je me suis souvenu de Mon alliance", c'est-à-dire que leur service en exil est mémorisé devant Lui au Ciel, et que leur service a une racine en haut, comme plus haut.

בפסוק הן בנ"י לא שמעו כו' וידבר ה' כו' ויצום כו'. דאיתא בזוה"ק בר"מ כי הי' הרצון שיקבלו בנ"י עול מלכותו ית' בכלל ע"ש לשונו הקדוש.

והענין הוא ע"פ המשנה המקבל עליו עול תורה מעבירין ממנו עול מלכות ועול ד"א. משמע שאפילו הוא ת"י המלכות אעפ"כ ע"י קבלת עמ"ש יכול להעביר ממנו שיעבוד של הסט"א.

והגם דאיתא מאן דכפות באחרא א"י לקבל עול מ"ש. רק הוא כנ"ל שבפרטות א"י לקבל מ"מ כשמקבל עליו בכלל ומשתוקק לצאת משעבוד הסט"א.

כדי להיות כלי מוכן לקבל עמ"ש. בכח זה יוכל לצאת משעבוד הסט"א.

וכן הי' בכללות בנ"י שנאמר להם זו הפרשה ולקחתי אתכם לי לעם. שישתוקקו לזה.

וזה הי' הכנה להגאולה. אך בנ"י לא יכלו מרוב עבודה קשה וטומאת מצרים.

וז"ש מרע"ה. בנ"י לא שמעו.

ואיך יהי' הגאולה. אכן בוודאי הי' בתוך בנ"י הרבה שקיבלו הדברים.

ולכן כ' אח"כ אלה ראשי בית אבותם. דרשו חז"ל שיצרף עמו הראשים של בנ"י.

וכמו כן וידבר כו' אל משה ואל אהרן ויצום. פי' שנעשו המה שלוחים בעבור הכלל וקיבלו הם המאמר.

ושיתף הקב"ה מעשה הצדיקים שיהי' קבלת מלכות שמים שלהם מפתח הגאולה לכל בנ"י. ובלשון הפסוק הן בנ"י כו' ואני ערל שפתים.

יתכן לפרש כי כפי קבלת ושמיעת בנ"י למרע"ה. כך נפתח פיו ולשונו.

וע"י שלא שמעו הי' ערל שפתים. ולכך אחר קי"ס דכ' ויאמינו כו' ובמשה.

אז ישיר משה. הרי שנפתח פיו ע"י קבלת בנ"י.

והעיקר הגאולה לעולם תלוי' בהכנת בנ"י כדאיתא בגמ' דשאל ריב"ל למשיח אימת אתי מר. אמר היום.

ואמר שקורי קא משקר כו'. והשיב היום אם בקולו תשמעו.

משמע שבהכנת בנ"י לקבל ולשמוע הארות הבאין משמים ללבות בנ"י כ"א לפי מדרגתו. בזה יצמח הגאולה בב"א:

Sur le verset "voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté... et Hachem parla... et Il leur ordonna" etc. (Ex 6,12-13).

Il est rapporté dans le Zohar, dans le Raaya Mehemna (le "Pasteur fidèle"), que la volonté était qu'Israël accepte le joug de Sa royauté de manière générale -- vois là son saint langage. Le sujet suit la Michna : "quiconque accepte sur lui le joug de la Torah, on lui ôte le joug du pouvoir (malkhout) et le joug des affaires du monde (derekh erets)" (Avot 3,5).

Cela implique que même s'il est sous la main du pouvoir, malgré tout, en acceptant le joug de la royauté du Ciel (ol malkhout chamayim), il peut ôter de lui l'asservissement de la sitra a'hra (l'autre côté). Et bien qu'il soit rapporté "celui qui est lié à un autre ne peut accepter le joug de la royauté du Ciel", c'est comme plus haut : dans le détail il ne peut le recevoir, mais néanmoins lorsqu'il accepte sur lui de manière générale et désire ardemment sortir de l'asservissement de la sitra a'hra afin d'être un vase préparé à recevoir le joug de la royauté du Ciel -- par cette force il pourra sortir de l'asservissement de la sitra a'hra.

Ainsi en fut-il pour l'ensemble d'Israël, à qui fut dit ce passage "et Je vous prendrai à Moi pour peuple" (Ex 6,7), afin qu'ils le désirent ; ce fut la préparation à la délivrance. Mais Israël ne le put, à cause de l'abondance du dur labeur et de l'impureté de l'Égypte.

C'est ce que dit Moche : "les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté", comment donc y aura-t-il délivrance ? Cependant, assurément, il y avait au sein d'Israël beaucoup [de gens] qui acceptaient les paroles ; c'est pourquoi il est écrit ensuite "ce sont là les chefs de leurs maisons paternelles" (Ex 6,14).

Les sages ont expliqué qu'il devait s'adjoindre les chefs d'Israël. De même "et Il parla... à Moche et à Aharon et Il leur ordonna" (Ex 6,13), c'est-à-dire qu'ils devinrent émissaires au nom de la collectivité et reçurent l'ordre.

Le Saint béni soit-Il associa les actes des justes, afin que leur acceptation de la royauté du Ciel soit la clé de la délivrance pour tout Israël. Selon le langage du verset "voici les enfants d'Israël... et moi j'ai les lèvres incirconcises" (Ex 6,12), on peut expliquer que selon l'acceptation et l'écoute d'Israël envers Moche, ainsi s'ouvraient sa bouche et sa langue, et parce qu'ils n'écoutèrent pas il eut les lèvres incirconcises.

C'est pourquoi après l'ouverture de la mer (keriat yam souf), où il est écrit "et ils crurent... et en Moche" (Ex 14,31), "alors Moche chanta" (Ex 15,1) : voici que sa bouche s'ouvrit par l'acceptation d'Israël. Et l'essentiel de la délivrance dépend toujours de la préparation d'Israël, comme il est rapporté dans la Guemara que Rabbi Yehochoua ben Levi demanda au Machiah "quand le maître viendra-t-il ?" Il répondit "aujourd'hui".

Et [Rabbi Yehochoua crut] qu'il avait menti ; mais [le Machiah] avait répondu "aujourd'hui -- si vous écoutez Sa voix" (Ps 95,7) (Sanhédrin 98a). Cela implique que par la préparation d'Israël à recevoir et écouter les illuminations qui viennent du Ciel dans les cœurs d'Israël, chacun selon son degré, par cela germera la délivrance, bientôt de nos jours.

בענין ד' לשונות של גאולה. עפ"י מ"ש בזוה"ק כי הדיבור הי' בגלות עד קבלת התורה דכ' וידבר כו' ע"ש.

דיש ה' מוצאות הפה שהדיבור על ידיהן. והן הן חמשה חומשי תורה.

והקול הוא פשוט וכולל הכל. רק שאר הד' מוצאות הם כלים להדיבור בלבד.

ולכן בעשרה מאמרות הי' כלל כל הברואים. רק בחי' עשרת הדברות הוא הבחירה בבנ"י בפרט.

שניתן להם הכח בפה לברר הנהגת הש"י בכל העולם בכח התורה. שדיבור הוא הנהגת מלכותו ית'.

לכן ע"ז הי' קטטות ומריבות. דכ' ומשם יפרד כו'.

וזה הי' גלות מצרים בד' לשונות הנ"ל. ולא ניתן להאריך בדברים אלו.

ועיין בזוה"ק שמות בפסוק אתי מלבנון כו':

Sur le sujet des quatre expressions de la délivrance. D'après ce qui est écrit dans le Zohar, la "parole" (dibbour) était en exil jusqu'à la réception de la Torah, comme il est écrit "et Il parla" etc. ; vois là.

Car il y a cinq points d'articulation de la bouche (motsaot hapé) par lesquels se produit la parole, et ils correspondent aux cinq livres de la Torah (les cinq houmachim). La voix (kol) est simple et englobe tout ; seuls les quatre autres points d'articulation sont des vases pour la parole seule.

C'est pourquoi dans les dix paroles [de la Création] (assara maamarot) était contenu l'ensemble de toutes les créatures ; mais l'aspect des dix commandements (asseret hadibrot) est l'élection d'Israël en particulier, car il leur fut donné le pouvoir dans la bouche de discerner la conduite de Hachem dans tout le monde par la force de la Torah -- car la "parole" est la conduite de Sa royauté. C'est pourquoi il y eut à ce sujet querelles et disputes, comme il est écrit "et de là il se divisait" etc.

(Gen 2,10). Tel fut l'exil d'Égypte, dans les quatre expressions susdites.

Il n'est pas permis de s'étendre sur ces sujets. Vois dans le Zohar, Chemot, sur le verset "avec moi depuis le Liban" etc.

(Cant 4,8).

תרמ"ז

[תרמ"ז] (année 5647)

בפסוק וגם הקמותי כו' ופרשה זו היא תשובה למאמר מרע"ה למה הרעותה כו' כי כדי לזכות לא"י צריכין מקודם לסבול גלות מצרים. ומדרגת מרע"ה הי' כולו טוב כמ"ש כי טוב הוא ולא הי' בו מתערובת טוב ורע.

אבל בנ"י הי' צריכין לתקן זאת התערובות שנעשה אחר חטא הראשון וישכן מקדם לג"ע כו' להט החרב המתהפכת הוא מקום התערובות שנתהפך פעם לטוב פעם לרע וא"י לזכות לדרך עץ החיים עד שמתקנים מקודם התערובות. וזה הי' הכנת האבות לתקן העולם ולברר ארץ ישראל לבנות בהמ"ק שהוא בנין הקודש שנעשה בכח עובדי ה' לברר כבוד מלכותו בעוה"ז לכן כ' מקודם והוצאתי כו' כל הלשונות ואח"כ והבאתי אתכם אה"א כו' שהכל הי' הכנה לתיקון א"י ובנין בהמ"ק.

וגם אפשר כי ע"י שמרע"ה הי' טוב בשלימות. לכן לא נכנס לא"י.

שהיא רק ע"י הבירור מקודם. אכן וודאי לולי חטאו בנ"י אחר קבלת התורה.

הי' ניתקן כל התערובות. והי' יכול גם מרע"ה לכנוס שם.

ומרע"ה רצה שיוכלו בנ"י לכנוס בבחי' הטוב בלבד. [וכן שמעתי פ"א מפי אמו"ז ז"ל בפרשה זו כי רצה מרע"ה לבטל בחי' להט החרב המתהפכת ולא הבנתי אז כוונתו.

וכמדומה שכוון לדברינו הנ"ל]. וזה ההפרש בין בחי' אל שדי שאמר לעולמו די הוא הארת כבודו ית' בצימצום ובמדה בכל מקום והוא בחי' מעשה בראשית.

ובחי' מרע"ה הוא שם הוי' הי' הוה יהי' שהוא בלי גבול. והוא דרך התורה והנסים.

והיא הנהגה שלמעלה מן הטבע. וכשבנ"י זוכין לזו ההנהגה.

אין שום מגע נכרי שם. והיא בחי' השבת יום שכולו טוב.

ולכן יחסו השבת למרע"ה כמ"ש ישמח משה במתנת חלקו. וכן כתבו ר"ת "מזמור "שיר "ליום "השבת.

למשה. כי בשבת יש הארות הנשמה יתירה שהיא בחי' התורה בחי' טוב להודות.

והוא בלי גבול כמ"ש במד' ויכלו ארוכה מארץ מדה. וכבר כתבנו מזה בכמה מקומות.

ולכן שבת הוא זכר ליצ"מ שע"י שעברו בנ"י הנסיון הגדול בגלות מצרים. זכו את"כ לבחי' השבת.

לכן הוא עדות על יצ"מ:

Sur le verset "et J'ai aussi établi" etc. Ce passage est une réponse à la parole de Moche "pourquoi as-Tu fait du mal" etc. : car pour mériter la Terre d'Israël il faut d'abord endurer l'exil d'Égypte.

Le degré de Moche était tout entier bien, comme il est écrit "car il était bon", et il n'y avait en lui aucun mélange de bien et de mal ; mais Israël devait réparer ce mélange survenu après la première faute. "Et Il plaça à l'orient du jardin d'Éden (gan éden)... la lame de l'épée tournoyante" (Gen 3,24) : c'est le lieu du mélange, qui se retourne tantôt vers le bien tantôt vers le mal, et l'on ne peut mériter "le chemin de l'arbre de vie" tant que l'on n'a pas d'abord réparé le mélange.

Telle fut la préparation des Patriarches : réparer le monde et décanter la Terre d'Israël afin de bâtir le Temple, qui est l'édifice de sainteté réalisé par la force de ceux qui servent Hachem, pour manifester la gloire de Sa royauté dans ce monde. C'est pourquoi il est écrit d'abord "et Je vous ferai sortir" etc. -- toutes les expressions -- et ensuite "et Je vous amènerai vers la terre (el haarets)" etc. : tout était préparation à la réparation de la Terre d'Israël et à la construction du Temple.

Il est aussi possible que, parce que Moche était bien en perfection, il n'entra pas en Terre d'Israël, laquelle ne s'obtient que par le discernement préalable. Cependant, assurément, si Israël n'avait pas péché après la réception de la Torah, tout le mélange aurait été réparé, et Moche aussi aurait pu y entrer ; car Moche voulait qu'Israël puisse entrer dans l'aspect du bien seul.

[Ainsi ai-je entendu une fois de la bouche de mon grand-père (mon seigneur, mon maître, mon aïeul), de mémoire bénie, sur ce passage : que Moche voulait annuler l'aspect de la lame de l'épée tournoyante ; je ne compris pas alors son intention, et il me semble qu'il visait nos paroles susdites.] Telle est la différence entre l'aspect d'El Chaddai -- qui dit à Son monde "assez" (dai -- El che-dai) : c'est l'illumination de Sa gloire par contraction et par mesure en chaque lieu, l'aspect de l'œuvre de la Création -- et l'aspect de Moche, qui est le nom Havaya (le Tétragramme : "était, est, sera"), qui est sans limite : c'est la voie de la Torah et des miracles, une conduite au-dessus de la nature. Quand Israël mérite cette conduite, il n'y a là aucun contact étranger : c'est l'aspect du Chabbat, jour tout entier bien.

C'est pourquoi ils ont rattaché le Chabbat à Moche, comme il est dit "Moche se réjouira du don de sa part" ; et de même ils ont écrit que les initiales (rachei tevot) de "Mizmor Chir léYom haChabbat" forment "léMoche" (à Moche). Car au Chabbat il y a les illuminations de l'âme supplémentaire (nechama yetera), qui est l'aspect de la Torah, l'aspect "il est bon de rendre grâce" (Ps 92,2) ; et c'est sans limite, comme il est dit dans le midrach sur "et ils furent achevés (vaykhoulou)" -- "sa mesure est plus longue que la terre" (Job 11,9).

Nous avons déjà écrit de cela en plusieurs endroits. C'est pourquoi le Chabbat est un rappel de la sortie d'Égypte (yetsiat mitsrayim) : parce qu'Israël a traversé la grande épreuve dans l'exil d'Égypte, ils méritèrent ensuite l'aspect du Chabbat ; c'est pourquoi il est un témoignage sur la sortie d'Égypte.

בענין ד' לשונות של גאולה. כי הגלות הי' בכל העולמות.

ויש מקומות שאין הגלות שולט כל כך לכן נחלק לכמה לשונות. מתחת סבלות מצרים הוא הגלות בעשי' ממש.

שהי' שליטת הרע מאוד. והצלתי אתכם מעבודתם הוא מקום שלפעמים יש מנוחה ולפעמים עבודה [והוא עולם היצירה].

וגאלתי אתכם שלא להיות משועבד כלל. [והוא עולם הבריאה שהרע מעט].

ולקחתי הוא עולם שאין שם שליטת סט"א. אך ע"י השעבודים שלמטה א"י לבוא למדרגה זו.

נמצא עיקר הגאולה לבוא לבחי' זו. גם בהשעבוד יש כמה בחינות.

א' מצד שפלות המשועבדים להיות נכנע תחת הרשעים וזהו מתחת סבלות מצרים. ב' מצד הגבהות כוחות הסט"א להיות שולטים על בנ"י.

והג' מצד הגנת הבורא ית' שבשעת הגלות אין זוכין להיות להם הגנה זאת. וע"ז כ' וגאלתי אתכם להיות מתעורר הגאולה בשמים.

ולקחתי הוא תכלית הגאולה שלא להיות עבדי פרעה רק עבדי הש"י:

Sur le sujet des quatre expressions de la délivrance. Car l'exil était dans tous les mondes, et il y a des lieux où l'exil ne domine pas autant ; c'est pourquoi il se divise en plusieurs expressions.

"De dessous les fardeaux de l'Égypte" -- c'est l'exil dans [le monde de] Assia (l'action) proprement dit, où la domination du mal était très grande. "Et Je vous délivrerai de leur servitude" -- c'est un lieu où parfois il y a repos et parfois labeur [et c'est le monde de Yetsira (la formation)].

"Et Je vous rachèterai" -- ne plus être asservi du tout [et c'est le monde de Beria (la création), où le mal est faible]. "Et Je vous prendrai" -- c'est le monde où il n'y a pas de domination de la sitra a'hra [Atsilout].

Mais par les asservissements d'en bas on ne peut parvenir à ce degré : il s'avère donc que l'essentiel de la délivrance est de parvenir à cet aspect. Dans l'asservissement aussi il y a plusieurs aspects : un, du côté de l'abaissement des asservis, être soumis sous les méchants -- et c'est "de dessous les fardeaux de l'Égypte" ; deux, du côté de l'élévation des forces de la sitra a'hra dominant sur Israël ; et trois, du côté de la protection du Créateur, car au temps de l'exil ils ne méritent pas d'avoir cette protection.

Sur cela il est écrit "et Je vous rachèterai" -- que la délivrance s'éveille au Ciel. "Et Je vous prendrai" -- c'est le but de la délivrance : ne plus être serviteurs de Pharaon, mais seulement serviteurs de Hachem.

תרמ"ח

[תרמ"ח] (année 5648)

En bref

« Car qu'est l'homme qui viendra après le roi, ce qu'on a déjà fait » (Ecclésiaste 2,12) : le Saint béni soit-Il montra à Moché que l'exil en Égypte ne fut pas fortuit, mais que la révélation du Nom Havaya en dépend. Selon le Sfat Emet, ce Nom signifie « Il fut, Il est et Il sera », et les enfants d'Israël, créés pour le révéler, doivent traverser tous les lieux comme témoins et faire passer de la puissance à l'acte l'ordre déjà préparé. Lorsque cela est su, il faut accepter l'exil d'un cœur joyeux ; l'excès de labeur pénible fait oublier le but. La clef de la délivrance est d'abord d'être délivré dans l'âme pour écouter la parole du Nom.

Aussi : l'obscurité puis la lumière, les Patriarches qui préparent et Israël qui achève ; la foi des Pères et les miracles de la Torah ; bor, béer, boraekha, les trois regalim, et le Chabbat où l'on écoute

במדרש כי מה האדם שיבא אחר המלך כו' אשר כבר עשוהו כו' ע"ש. כי הקב"ה וב"ש הראה למרע"ה כי הגלות במצרים לא הי' במקרה אבל התגלות שם הוי' ב"ה וב"ש תלוי' בזה.

כי לאבות לא נודע בשמו הגדול. והטעם כי זה השם הוא הי' הוה ויהי'.

ובנ"י שנבראו לברר שמו הגדול ית' בעולם. צריכין לעבור כל המקומות.

כי הם עדים. כמ"ש אתם עדי.

וצריכין להעיד כי ה' הוא האלקים בשמים ממעל ועל הארץ. כמ"ש אתה הראת לדעת כו'.

ולכן אחר הגאולה כתיב וידעתם כי אני ה'. וכמו שזה השם כולל מה שהי' ועתיד להיות.

כן צריכין בני ישראל לברר כל המקומות. והנה כל הבריאה עלתה לפניו במחשבה קודם שנברא העולם כמ"ש אתה יצרת עולמך מקדם.

והוא הציור שהוא הפנימיות והתכלית מכל הבריאה. והוא מ"ש בראשית ברא ודרשו חז"ל בשביל התורה ובשביל ישראל שנק' ראשית.

היינו הפנימיות והתכלית שהם כוללין כל הפרטים וכל הדורות. וז"ש אשר כבר עשוהו.

כי כבר הוכן סדר לכל התהלוכות. וכל זה היו צריכין בנ"י להוציא מכח אל הפועל.

כי הכל תלוי באדם. כדכ' נעשה אדם כו'.

וירדו בדגת הים כו'. כמ"ש בזוה"ק שם.

שבנ"י שנק' אדם כמ"ש אדם אתם. היו צריכין לירד עד עומק התהום ואח"כ לעלות עד השמים להיות עדות שלימה.

והנה הקב"ה גילה זאת לבנ"י לידע כי התגלות שמו ית' תלוי בזה העבדות. וכשנודע זה צריכין לקבל הגלות בלב שמח.

אבל רוב עבודה הקשה משכח עיקר המכוון כמ"ש ולא שמעו אל משה. ולכן אמר מרע"ה הן בנ"י ל"ש.

ואיך ישמעני פרעה. כי ידע מרע"ה שזה מפתח של הגאולה שצריכין בנ"י מקודם לקבל דברים אלו לעשות עבודתן לשם שמים.

וכ"כ ויצום אל בנ"י ואל פרעה שהקדים הכ' בנ"י שזה הי' התחלה ושורש של הגאולה כנ"ל. ואיתא כי זה א' מעשרה ק"ו שבתורה.

שהוא לימוד לידע כי מקודם צריך להיות נגאלין בנפש לשמוע דבר ה' וזה מפתח של הגאולה:

Dans le Midrach : 'Car qu'est l'homme qui viendra après le roi... ce qu'on a déjà fait...' (Ecclésiaste 2,12), vois là-bas. Car le Saint béni soit-Il, béni soit Son nom, montra à Moche notre maître, la paix sur lui, que l'exil en Égypte ne fut pas fortuit, mais que la révélation du Nom Havaya (le Tétragramme), béni soit-Il, en dépend.

Car aux Patriarches Il ne s'était pas fait connaître par Son grand Nom. Et la raison est que ce Nom signifie 'Il fut, Il est et Il sera'.

Or les enfants d'Israël, qui furent créés pour révéler Son grand Nom, béni soit-Il, dans le monde, doivent traverser tous les lieux, car ils sont des témoins, comme il est écrit 'Vous êtes Mes témoins' (Isaie 43,10). Et ils doivent témoigner que le Nom, c'est Lui l'Elokim dans les cieux en haut et sur la terre en bas, comme il est écrit 'Il t'a été montré pour que tu saches...' (Deutéronome 4,35).

C'est pourquoi, après la délivrance, il est écrit 'et vous saurez que Je suis le Nom' (Exode 6,7). Et de même que ce Nom englobe ce qui fut et ce qui sera, ainsi les enfants d'Israël doivent révéler tous les lieux.

Or toute la Création s'éleva devant Lui en pensée avant que le monde ne fût créé, comme il est écrit 'Tu as formé Ton monde depuis jadis'. Et c'est le dessin qui est l'intériorité et la finalité de toute la Création.

Et c'est le sens de 'Au commencement (Berechit) Il créa', que nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : pour la Torah et pour Israël, appelés commencement (rechit) ; c'est-à-dire l'intériorité et la finalité qui englobent tous les détails et toutes les générations. Et c'est le sens de 'ce qu'on a déjà fait', car déjà fut préparé l'ordre de tous les cheminements.

Et tout cela, les enfants d'Israël devaient le faire passer de la puissance à l'acte, car tout dépend de l'homme, comme il est écrit 'Faisons l'homme... et qu'ils dominent sur les poissons de la mer...' (Genèse 1,26), comme il est dit dans le saint Zohar là-bas : que les enfants d'Israël, appelés 'homme (adam)' comme il est écrit 'Vous êtes homme' (Ezechiel 34,31), devaient descendre jusqu'au fond de l'abîme, puis remonter jusqu'aux cieux, pour être un témoignage complet. Et voici, le Saint béni soit-Il révéla cela aux enfants d'Israël pour qu'ils sachent que la révélation de Son Nom, béni soit-Il, dépend de ce service.

Et lorsque cela est su, il faut accepter l'exil d'un cœur joyeux ; mais l'excès de labeur pénible fait oublier l'essentiel du but, comme il est écrit 'et ils n'écoutèrent pas Moche' (Exode 6,9). C'est pourquoi Moche notre maître dit 'Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté, comment donc Pharaon m'écoutera-t-il ?' (Exode 6,12).

Car Moche notre maître savait que c'était la clef de la délivrance : que les enfants d'Israël doivent d'abord accepter ces paroles pour accomplir leur service au nom du Ciel. Et c'est ce qui est écrit 'et Il leur ordonna pour les enfants d'Israël et pour Pharaon' (Exode 6,13), où le verset place les enfants d'Israël en premier, car c'était le début et la racine de la délivrance, comme dit plus haut.

Et il est enseigné que c'est l'un des dix raisonnements a fortiori (kal vachomer) de la Torah, ce qui est un enseignement pour savoir qu'il faut d'abord être délivré dans l'âme pour écouter la parole du Nom, et c'est la clef de la délivrance.

בפסוק וארא כו' וגם הקמותי כו' לתת להם כו'. שמשה רבינו ע"ה שאל למה הרעותה והי' התשובה כי כן הוא סדר שסידר השי"ת כדאיתא בזוה"ק כי מקודם הי' צריך להיות א"י תחת הכנעני ואח"כ לצאת משם.

וכמו כן היו בנ"י צריכין מקודם להיות משועבדין לפרעה. אח"כ להכניסם להיות עבדי ה'.

וכדאיתא במד' מסעי אמר הקב"ה יכול הייתי לברוא לכם ארץ חדשה כו' רק כח מעשיו הגיד כו'. וכמו כן יכול הי' הקב"ה לבראות בנ"י להיות נקיים כמלאכי השרת.

אבל התיקון בעוה"ז צריך להיות כברייתו של עולם מעיקרא חשוכא והדר נהורא. וכ"כ והארץ היתה תהו.

אח"כ יהי אור. והכל עדות על הש"י.

לכן נשלחו נשמות בנ"י שהגם שיתלבשו באלה הגופות עכ"ז יזכו לגאולה ולהעלות כל אלה המקומות. וכמו שנגאלו בנ"י ממצרים ונזדככו בכור הברזל להיות כסף צרוף כמו כן נזדכך ארץ ישראל להיות נחלת ה'.

וכ' ארץ מגוריהם אשר גרו כי האבות הי' תשוקתם להוציא א"י מת"י הכנעני אבל הם היו קדושים מאוד ולא היו יכולין לירד במקומות אפילים כאלו ונתקן ע"י בנ"י. והנה באמת האבות הכינו כל אלה התיקונים.

רק ע"י בנ"י נגמר הכל מכח אל הפועל. וכתיב באזנינו שמענו אבותינו ספרו כו' פועל פעלת בימיהם בימי קדם כו'.

וכ' רש"י ז"ל שהתנבאו על לעתיד. כי הלא בני קרח היו בשעת הנסים הללו ע"ש בתהלים סי' מ"ד.

אבל יתכן לפרש כפשוטו כי אבות הראשונים סיפרו להם מה שיעשה להם הקב"ה כל אלה הנסים. וכבר הכין הקב"ה הכל בימי האבות.

וז"ש פועל פעלת כו'. וז"ש במד' אשר כבר עשוהו.

ואל תתמה על זה שהרי החכמים מגידין מה שיעשה לנו הקב"ה בימות המשיח. מכ"ש שהאבות והשבטים גילו לבנ"י מה שיעשה הקב"ה להם בגאולת מצרים וכניסתם לא"י.

וכמו שצריכין אנחנו לספר מה שעשה עמנו הקב"ה מאז. כן דורות הראשונים סיפרו על לעתיד.

וכבר כתבנו במ"א כי משה רבינו ע"ה אמר למה הרעותה כי ראה שאותו הדור א"צ לסבול כל כך בעצמותם. אבל הי' הכנה לדורות שאח"כ.

כדאיתא ד' לשונות של גאולה רמז לד' גאולות שלדורות. ולכן נאמר להם זו הפרשה הגם שלא שמעו כו'.

רק שהי' דיבורים השייכים לדורות שאחריהם. והש"י השיבו כי מה שהוא רואה שבנ"י שבאותו הדור מוכנים לגאולה.

גם זה אין מכחם רק בכח האבות. וכמו שהאבות הכינו להם.

כך צריכין הם להכין על דורות שאחריהם. והכל בנין אחד שהכין הש"י סדר כל הדורות כמ"ש אשר כבר עשוהו:

Sur le verset 'Je suis apparu... et J'ai aussi établi... pour leur donner...' (Exode 6,3-4) : Moche notre maître, la paix sur lui, demanda 'pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple' (Exode 5,22), et la réponse fut que tel est l'ordre qu'a établi le Nom, béni soit-Il, comme il est dit dans le Zohar : que d'abord la terre d'Israël devait être sous la domination du Cananéen, puis en sortir. De même les enfants d'Israël devaient d'abord être asservis à Pharaon, puis être introduits dans la condition de serviteurs du Nom.

Et comme il est dit dans le Midrach sur la paracha Massei : le Saint béni soit-Il dit : 'J'aurais pu vous créer une terre nouvelle..., mais Il a annoncé la puissance de Ses œuvres...'. De même, le Saint béni soit-Il aurait pu créer les enfants d'Israël purs comme les anges du service ; mais la réparation (tikoun) en ce monde-ci doit se faire comme la création du monde à l'origine : d'abord l'obscurité, puis la lumière.

Et c'est ce qui est écrit 'et la terre était tohu (chaos)', puis 'que la lumière soit' (Genèse 1,2-3). Et tout est témoignage sur le Nom.

C'est pourquoi furent envoyées les âmes des enfants d'Israël, afin que, bien qu'elles se revêtent de ces corps, elles méritent malgré tout la délivrance et fassent monter tous ces lieux. Et de même que les enfants d'Israël furent délivrés d'Égypte et purifiés dans le creuset de fer pour devenir argent affiné, de même fut purifiée la terre d'Israël pour devenir l'héritage du Nom.

Et il est écrit 'la terre de leurs séjours où ils ont séjourné' (Exode 6,4), car les Patriarches avaient le désir de faire sortir la terre d'Israël des mains du Cananéen, mais ils étaient très saints et ne pouvaient descendre dans des lieux aussi ténébreux, et cela fut réparé par les enfants d'Israël. Et voici, en vérité les Patriarches préparèrent toutes ces réparations, mais c'est par les enfants d'Israël que tout fut achevé de la puissance à l'acte.

Et il est écrit 'De nos oreilles nous avons entendu, nos pères nous ont raconté... Tu as accompli une œuvre en leurs jours, aux jours d'antan...' (Psaumes 44,2-3).

Et Rachi, de mémoire bénie, explique qu'ils prophétisèrent sur l'avenir, car les fils de Korah vivaient à l'époque de ces miracles, vois là-bas dans les Psaumes chapitre 44. Mais on peut l'expliquer selon son sens simple : que les premiers Patriarches leur racontèrent ce que le Saint béni soit-Il ferait pour eux, tous ces miracles ; et déjà le Saint béni soit-Il avait tout préparé aux jours des Patriarches.

Et c'est le sens de 'Tu as accompli une œuvre...', et le sens du Midrach 'ce qu'on a déjà fait'. Et ne t'étonne pas de cela, car les sages annoncent ce que le Saint béni soit-Il nous fera aux jours du Messie ; à plus forte raison les Patriarches et les tribus révélèrent-ils aux enfants d'Israël ce que le Saint béni soit-Il leur ferait lors de la délivrance d'Égypte et de leur entrée en terre d'Israël.

Et de même que nous devons raconter ce que le Saint béni soit-Il a fait avec nous depuis lors, ainsi les premières générations racontaient sur l'avenir. Et nous avons déjà écrit ailleurs que Moche notre maître, la paix sur lui, dit 'pourquoi as-Tu fait du mal', car il vit que cette génération-là n'avait pas besoin de souffrir autant en elle-même, mais que c'était une préparation pour les générations suivantes ; comme il est enseigné : les quatre expressions de délivrance sont une allusion aux quatre délivrances des générations.

C'est pourquoi cette section leur fut dite, bien qu'ils n'écoutassent pas..., seulement parce que c'étaient des paroles concernant les générations suivantes. Et le Nom lui répondit que ce qu'il voit, que les enfants d'Israël de cette génération sont prêts à la délivrance, cela aussi n'est pas par leur propre force, mais par la force des Patriarches ; et de même que les Patriarches les ont préparés, ainsi doivent-ils préparer les générations suivantes.

Et tout est un seul édifice, car le Nom a établi l'ordre de toutes les générations, comme il est écrit 'ce qu'on a déjà fait'.

תרמ"ט

Année תרמ״ט (5649).

בפסוק וארא כו' ושמי ה' לא נודעתי כו'. ובמד' חבל על דאבדין כו'.

הענין הוא כי כל מה שברא הקב"ה בעולמו לכבודו ברא וע"ז נבראו בנ"י לברר כבוד מלכותו ית' בעולם. אכן הרשעים וחומריות עוה"ז מסתיר הקדושה ולכן הוצרכו בנ"י שיעשה לנו הקב"ה נסים לשנות הטבע.

אכן האבות הקדושים הי' כחם יפה לברר כבוד מלכותו ית' בעולם בלי נסים וגברו על כל הטבע. כמ"ש במשנה עשרה נסיונות נתנסה אאע"ה כו' ועשרה נסים נעשו לאבותינו.

ושניהם ענין א' כי ע"י שאאע"ה בכחו גבר כל מיני הסתרות של הטבע שנחלקו בעשר. לכן עשה הקב"ה לאבותינו עשרה נסים כשהוצרכו לשינוי הטבע.

וב' אלו הדרכים נמצאו בבנ"י מה שזרעו האבות בהם כח האמונה כמ"ש מאמינים בני מאמינים שהאמונה נטבע בבנ"י מכח האבות. ועיקר המדרגה המיוחדת לבנ"י היא הנהגת התורה ע"י מרע"ה שהוא התגלות הנסים להיות מתנהגין בפרהסיא שלא כדרך הטבע.

ועתה בגלות ניכר שבחן של בנ"י בכח האמונה. וז"ש שחורה אני במעשי ונאוה אני במעשה אבות.

פי' באמונה שנמצא בבנ"י בכח האבות. ואלו ב' הדרכים הם מה שדרשו חז"ל בראשית בשביל התורה שנק' ראשית דרכו ובשביל ישראל שנק' ראשית תבואתו.

ויש לדקדק למה נתכנו בנ"י בשם ראשית בכאן. ולא הי' יכול לכתוב בשביל ישראל.

ותו וכי בעבור בנ"י נבראו כל האומות. אך הענין הוא זה הכח שהוצרכו בנ"י להוציא אל הפועל ולעמוד נגד כל הרשעים וכל הקליפות המסתירין האמת.

ולברר כח מלכותו ית' להחזיר כל דבר לשורש האחדות הראשית. בעבור זה נברא העולם בעבור שנקראו ראשית כנ"ל.

וזה ראשית תבואתו כי בנ"י הם שלוחים הנאמנין בשליחותם להוציא התבואה. והמכוון שזרע הש"י בעולם.

וכמו כן בשביל התורה שנקרא ראשית דרכו כי עיקר התורה נעלמה מעיני כל חי והיא למעלה מכל העולמות. אבל בשביל זה נברא העולם להודיע כח התורה שיכולה להאיר עד סוף כל עולמות השפלים.

וז"ש בראשית ברא כו' השמים כו' הארץ. לברר ב' אלו.

והנה מרע"ה הוריד התורה מן השמים לארץ. והאבות הקדושים העלו הארץ לשמים.

והם ב' כחות הנ"ל שהם עדות על הש"י בשמים וארץ שכולם אחדות אחד. והם שני מתנות שנתן לנו השי"ת התורה וא"י וז"ש וגם הקמותי כו' לתת להם כו' ארץ מגוריהם.

כי באמת האבות הן המרכבה והם רוחניות ממש בלי גשמיות. ונשתלחו להיות גרים בעוה"ז כדי להגביה עוה"ז השפל:

Sur le verset 'Je suis apparu... et par Mon Nom, le Nom, Je ne me suis pas fait connaître...' (Exode 6,3). Et dans le Midrach : 'Quel dommage pour ceux qui sont perdus et introuvables...' (allusion aux Patriarches).

Le sens est que tout ce que le Saint béni soit-Il a créé dans Son monde, Il l'a créé pour Sa gloire, et pour cela furent créés les enfants d'Israël : pour révéler la gloire de Sa royauté, béni soit-Il, dans le monde. Cependant les méchants et la matérialité de ce monde dissimulent la sainteté, c'est pourquoi les enfants d'Israël eurent besoin que le Saint béni soit-Il fasse pour nous des miracles pour changer la nature.

Mais les saints Patriarches avaient une force suffisante pour révéler la gloire de Sa royauté, béni soit-Il, dans le monde sans miracles, et ils l'emportèrent sur toute la nature. Comme il est dit dans la Michna : 'Dix épreuves furent imposées à Abraham notre père, la paix sur lui...' et 'dix miracles furent faits pour nos pères'.

Et ces deux enseignements sont une seule chose : car parce qu'Abraham notre père, par sa force, l'emporta sur toutes les sortes de dissimulations de la nature, qui se divisent en dix, c'est pourquoi le Saint béni soit-Il fit pour nos pères dix miracles quand ils eurent besoin d'un changement de la nature. Et ces deux voies se trouvent chez les enfants d'Israël : ce que les Patriarches ont semé en eux, la force de la foi, comme il est dit 'croyants fils de croyants', car la foi fut imprimée dans les enfants d'Israël par la force des Patriarches.

Et l'essentiel du niveau propre aux enfants d'Israël, c'est la conduite de la Torah par Moche notre maître, qui est la révélation des miracles, le fait de se conduire publiquement d'une manière contraire à la nature. Et maintenant, en exil, se distingue la louange des enfants d'Israël par la force de la foi.

Et c'est le sens de 'Je suis noire par mes actes et belle par les actes des pères' (cf. Cantique 1,5), c'est-à-dire par la foi qui se trouve dans les enfants d'Israël par la force des Patriarches.

Et ces deux voies sont ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué : 'Berechit, pour la Torah appelée commencement (rechit) de Sa voie, et pour Israël appelé prémice (rechit) de Sa récolte'. Et il y a lieu de s'interroger : pourquoi les enfants d'Israël sont-ils ici désignés par le nom 'rechit', et le verset ne pouvait-il écrire simplement 'pour Israël' ?

Et de plus, est-ce à cause des enfants d'Israël que furent créées toutes les nations ? Mais le sens est ceci : cette force que les enfants d'Israël devaient faire passer à l'acte, et par laquelle tenir tête à tous les méchants et à toutes les kelipot (écorces, forces d'impureté) qui dissimulent la vérité, et révéler la force de Sa royauté, béni soit-Il, pour ramener chaque chose à la racine de l'Unité première, pour cela le monde fut créé, parce qu'ils furent appelés 'rechit', comme dit plus haut.

Et c'est 'la prémice de Sa récolte', car les enfants d'Israël sont les envoyés fidèles dans leur mission de faire sortir la récolte, le but que le Nom a semé dans le monde. Et de même 'pour la Torah, appelée commencement de Sa voie', car l'essentiel de la Torah est caché aux yeux de tout vivant et se tient au-dessus de tous les mondes ; mais c'est pour cela que le monde fut créé : pour faire connaître la force de la Torah, qui peut illuminer jusqu'à la fin de tous les mondes inférieurs.

Et c'est le sens de 'Au commencement Il créa... les cieux... la terre' (Genèse 1,1), pour révéler ces deux. Et voici, Moche notre maître fit descendre la Torah des cieux vers la terre, et les saints Patriarches élevèrent la terre vers les cieux ; et ce sont les deux forces mentionnées, qui sont un témoignage sur le Nom dans les cieux et la terre, que tous sont une seule Unité.

Et ce sont les deux dons que le Nom nous a donnés : la Torah et la terre d'Israël. Et c'est le sens de 'et J'ai aussi établi... pour leur donner... la terre de leurs séjours' (Exode 6,4).

Car en vérité les Patriarches sont le Char (Merkava) et ils sont spiritualité pure sans aucune matérialité, et ils furent envoyés pour être étrangers en ce monde afin d'élever ce monde inférieur.

תר"נ

Année תר״נ (5650).

כבר כתבנו במ"א כי הוצרך להיות תיקון במעשה אבות מקודם ועי"ז נעשו בנ"י כלים לקבל התורה שהוא דרך המיוחד להנהגת משה רבינו ע"ה. כי לא לחנם בחר הש"י בבנ"י רק שהאבות נטעו בתוכנו דרך אמונה.

וכ' שתה מים מבורך ונוזלים מתוך בארך. בורך הוא שורש כנס"י מכח האבות.

ובארך הוא התורה. ושלשה עמודים אלו שכ' בזוה"ק קוב"ה ואורייתא וישראל כולא חד.

וע"ז כ' וזכור את בוראך רמזו רז"ל בורך בארך בוראך. בורך הוא מקור נפשות בנ"י בחי' אבות מדרגה ראשונה בחי' נפש לכן הרמז בורך כי הנפש חופף גם בקבר.

בארך הוא התורה בחי' רוח ממללא. בוראך זה הקב"ה וב"ש.

וג' אלו מדרגות הם בחי' ג' רגלים. פסח יצ"מ בנפשות שצריך גאולה וביצ"מ נבררו להיות עם ה'.

והוציאו מכח אל הפועל שלימות נפשותיהם. וזהו זמן חירותינו.

שבועות יום מתן תורה. ואח"כ סוכות הוא בחי' משכן ובהמ"ק שהשרה הקב"ה שכינתו בתוכנו.

ועל אלי הג' כ' הבו לה' בני אלים. כח כנס"י מאבות.

הבו כו' כבוד ועוז התורה. כבוד שמו הוא הש"י בעצמו.

כדכ' חלק ה' עמו והיא נשמת אלקי ממעל. לכן צריך כל איש ישראל להתחזק להכניס עצמו בכללות בנ"י ולידע כי אנחנו מוכנים למדרגות גבוהות ורמות אלו.

ומתוך התשוקה הגדולה נזכה לגאולה. ולכן צוה הש"י לומר להם כל אלה הדברים ולקחתי אתכם כו' והייתי לכם כו'.

הגם דכ' ולא שמעו. מ"מ הי' להם רוב תשוקה להיות מוכנים לאלה המעשים.

ממשמע שנא' ולא שמעו מקוצר רוח כו' נראה שהיו משתוקקים מאוד לקבל הדברים ולא יכלו מתוך הגלות. מכ"ש אנחנו שכבר יש לנו התורה ומצות.

וכבר הי' לנו כל אלה המדרגות בפועל ממש. על אחת כמה וכמה שיש לנו להשתוקק ולצפות להש"י אשר ישוב ויקבץ נדחינו.

ועתה יש לנו זמנים שהקדושה מאיר לנו. ומאחר דכ' ולא שמעו מקוצר כו'.

א"כ בשבת קודש שיש בו נשמה יתירה ויום מנוחה. והוא היפוך מקוצר רוח ועבודה קשה.

לכן כ' היום אם בקולו תשמעו על שבת קודש כמ"ש בירושלמי:

Nous avons déjà écrit ailleurs qu'il fallut d'abord une réparation (tikoun) dans l'œuvre des Patriarches, et par cela les enfants d'Israël devinrent des réceptacles (kelim) aptes à recevoir la Torah, qui est la voie propre à la conduite de Moche notre maître, la paix sur lui. Car ce n'est pas en vain que le Nom choisit les enfants d'Israël, mais parce que les Patriarches ont planté en nous la voie de la foi.

Et il est écrit 'Bois l'eau de ta citerne (bor) et ce qui coule du milieu de ton puits (béer)' (Proverbes 5,15) : 'bor' (בור, citerne) est la racine de la Communauté d'Israël issue de la force des Patriarches, et 'béer' (באר, puits) est la Torah. Et ce sont les trois piliers dont il est dit dans le Zohar : 'le Saint béni soit-Il, la Torah et Israël sont un tout un'.

Et sur cela il est écrit 'Et souviens-toi de ton Créateur (boraekha)' (Ecclésiaste 12,1) : nos maîtres, de mémoire bénie, ont fait allusion, dans le mot boraekha (בוראך), aux mots bor, béer, boraekha. 'Bor' est la source des âmes des enfants d'Israël, aspect des Patriarches, premier niveau, aspect du nefech (âme vitale) ; c'est pourquoi l'allusion est 'bor', car le nefech plane aussi sur la tombe. 'Béer' est la Torah, aspect du roua'h (souffle) qui parle. 'Boraekha' (ton Créateur), c'est le Saint béni soit-Il, béni soit Son nom. Et ces trois niveaux sont l'aspect des trois fêtes de pèlerinage (regalim).

Pessa'h, la sortie d'Égypte, dans les âmes qui ont besoin de délivrance : par la sortie d'Égypte elles furent triées pour être le peuple du Nom, et ils firent passer de la puissance à l'acte la perfection de leurs âmes, et c'est 'le temps de notre liberté'. Chavouot, le jour du don de la Torah.

Et ensuite Souccot, qui est l'aspect du Tabernacle (michkan) et du Temple, où le Saint béni soit-Il fit reposer Sa Présence (Chekhina) parmi nous. Et sur ces trois il est écrit 'Rendez au Nom, fils des puissants (bnei elim)' (Psaumes 29,1) : la force de la Communauté d'Israël issue des Patriarches, 'rendez... gloire et puissance' de la Torah ; 'la gloire de Son Nom' est le Nom Lui-même, comme il est écrit 'la part du Nom est Son peuple' (Deutéronome 32,9), et c'est l'âme issue de l'Elokim d'en haut.

C'est pourquoi chaque homme d'Israël doit se renforcer pour s'inclure dans la collectivité des enfants d'Israël, et savoir que nous sommes prêts à ces niveaux élevés et sublimes ; et par le grand désir nous mériterons la délivrance. C'est pourquoi le Nom ordonna de leur dire toutes ces paroles : 'Je vous prendrai... et Je serai pour vous...' (Exode 6,7).

Bien qu'il soit écrit 'et ils n'écoutèrent pas', ils avaient néanmoins un grand désir d'être prêts à ces œuvres. Du fait qu'il est dit 'et ils n'écoutèrent pas, par étroitesse de souffle...' (Exode 6,9), il apparaît qu'ils désiraient ardemment recevoir ces paroles, mais ne le purent à cause de l'exil.

À plus forte raison nous, qui avons déjà la Torah et les commandements, et qui avons déjà eu tous ces niveaux effectivement en acte : combien plus devons-nous désirer et espérer le Nom, qui reviendra et rassemblera nos dispersés. Et maintenant nous avons des moments où la sainteté nous illumine.

Et puisqu'il est écrit 'et ils n'écoutèrent pas par étroitesse de souffle', alors le saint Chabbat, où il y a une âme supplémentaire (nechama yetera) et un jour de repos, et qui est l'inverse de l'étroitesse de souffle et du labeur pénible, c'est pourquoi il est écrit 'Aujourd'hui, si vous écoutez Sa voix' (Psaumes 95,7), se rapportant au saint Chabbat, comme il est dit dans le [Talmud de] Jérusalem.

והנה מרע"ה אמר למה הרעותה לעם הזה. והש"י השיבו פרשה זו וארא כו' וגם הקמותי כו'.

והענין הוא כמ"ש חז"ל לא הי' צריך התורה להתחיל אלא מהחדש הזה לכם רק משום כח מעשיו כו' לתת להם נ"ג. וזה עצמו הי' קושית משה רבינו ע"ה כי בוודאי התורה שמיוחד לבנ"י מצד עצמותם.

הי' צריך להתחיל מהחדש הזה. אכן ע"י חטא הקדום ונתערב טו"ר בעולם הי' צריך להיות מקודם התקונים של האבות והוא תיקון עולם הטבע שנתערב בה פסולת.

וז"ש למה הרעותה לעם הזה. כי בנ"י הם בעצם מבוררים ואין בהם פסולת והוא בחי' זה.

אכן הש"י רצה לזכות את בנ"י שיהי' על ידיהם תיקון בכל הבריאה כמ"ש ז"ל מביאין מתוקנת לתוך המקולקלת. ובאו האבות אחר אדם הראשון לתקן מה שנתקלקל.

ובנ"י שצריכין לתקן זאת מוכרחין להיות להם פסולת מצד מה כדי שיוכלו לתקן. וז"ש לתת להם נחלת גוים שאין זאת מצדם.

וז"ש עתה תראה דרשו חז"ל ולא במלחמות ל"א מלכים. ואין זה עונש בלבד למשה רבינו ע"ה.

רק שהראה לו שע"י שא"י לסבול שום פסולת. א"א לו להכניסם לא"י לתת להם נחלת גוים.

רק ע"י הגלות יבררו הכל. וזה ענין כל הפרשה וגם הקמותי כו' לתת להם כו'.

וז"ש לכן אמור כו' שנשבע הקב"ה ע"י שנכנסו לזה הגלות ירידה שצורך עלי'. יהיו מובטחים כי יתקנו כל אלה המקומות.

ובנ"י יש להם ב' המדרגות מצד פנימיותם מיוחדים לבחי' התורה ומרע"ה. ומצד חיצון יש להם חלק בעוה"ז שיתקנו התערובות.

וב' אלו הם הנהגתו ית' את העולם באל שדי. ובשם הוי' ב"ה וב"ש שהוא הנהגה עליונה.

וכ' אתה עשית כו' השמים כו' ואתה מחי' את כולם. פרשנו שהם ב' בחי' הנ"ל.

ובחי' ואתה מחי' הוא דרך התורה. עץ החיים.

והוא מה שמנהיג הקב"ה בכל עת העולם. לבד מה שבראו להיות טבע קיים.

והנהגה זו מתגלה לכל א' לפי דרכו. כדאיתא ברמב"ן ושאר ספרים שהקב"ה מנהיג את הצדיקים בהשגחה מיוחדת.

מכ"ש לכלל ישראל. והוא בחי' ואתה מחי' כנ"ל.

וזאת נתברר ביצ"מ באותות ומופתים שעשה הקב"ה בשינוי הטבע. וז"ש השם חלקנו בחיים ולא נתן למוט רגלינו.

רגלינו הוא דרגא תחתונה הנ"ל שיש לבנ"י בעוה"ז עולם הטבעי. אעפ"כ כ' ישרים דרכי ה' פושעים יכשלו בעולם הטבע וצדיקים ילכו בה לכן אע"פ שאנחנו בגלות הש"י שם חלקנו בחיים ולא נכשל ולא נכלם לעולם ועד:

Et voici, Moche notre maître, la paix sur lui, dit 'pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple' (Exode 5,22), et le Nom lui répondit par cette section 'Je suis apparu... et J'ai aussi établi...' (Exode 6). Et le sens est comme l'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : 'La Torah n'aurait dû commencer qu'à partir de (Ce mois-ci sera pour vous...) (Exode 12,2), seulement à cause de la puissance de Ses œuvres... pour leur donner l'héritage des nations' (cf.

Rachi, Genèse 1,1). Et c'était justement la question de Moche notre maître, la paix sur lui : car assurément la Torah, qui est propre aux enfants d'Israël de par leur essence, aurait dû commencer à 'Ce mois-ci' ; mais à cause de la faute primordiale et du mélange du bien et du mal dans le monde, il fallut d'abord les réparations des Patriarches, qui sont la réparation du monde de la nature où s'est mélangé du déchet.

Et c'est le sens de 'pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple', car les enfants d'Israël sont en essence triés et il n'y a en eux aucun déchet, et c'est cet aspect. Mais le Nom voulut donner du mérite aux enfants d'Israël, afin que par eux se fasse une réparation dans toute la Création, comme l'ont dit nos Sages de mémoire bénie : 'on apporte une chose réparée au sein de la chose gâtée'.

Et les Patriarches vinrent après Adam le premier homme pour réparer ce qui avait été gâté ; et les enfants d'Israël, qui doivent réparer cela, doivent nécessairement avoir du déchet à un certain égard afin de pouvoir réparer. Et c'est le sens de 'pour leur donner l'héritage des nations', car cela ne provient pas d'eux-mêmes.

Et c'est le sens de 'maintenant tu verras' (Exode 6,1) : nos Sages, de mémoire bénie, ont expliqué 'mais non les guerres des trente et un rois'. Et ce n'est pas seulement un châtiment pour Moche notre maître, la paix sur lui, mais Il lui montra que, parce qu'il ne peut supporter aucun déchet, il lui est impossible de les faire entrer en terre d'Israël pour leur donner l'héritage des nations ; ce n'est que par l'exil qu'ils trieront tout.

Et c'est le sujet de toute la section 'et J'ai aussi établi... pour leur donner...'. Et c'est le sens de 'c'est pourquoi dis...' (Exode 6,6) : que le Saint béni soit-Il jura que, parce qu'ils sont entrés dans cet exil, cette descente qui est nécessaire pour l'ascension, ils seraient assurés de réparer tous ces lieux.

Et les enfants d'Israël ont deux niveaux : du côté de leur intériorité, ils sont propres à l'aspect de la Torah et de Moche notre maître ; et du côté extérieur, ils ont une part en ce monde, afin de réparer les mélanges. Et ces deux sont la conduite du monde par Lui, béni soit-Il : par le Nom Chaddai, et par le Nom Havaya (le Tétragramme), béni soit-Il, qui est une conduite supérieure.

Et il est écrit 'C'est Toi qui as fait... les cieux... et Toi qui les fais vivre tous' (Nehemie 9,6) : nous avons expliqué que ce sont les deux aspects mentionnés. Et l'aspect 'et Toi qui les fais vivre' est la voie de la Torah, l'Arbre de Vie, et c'est ce que le Saint béni soit-Il conduit à chaque instant dans le monde, au-delà de ce qu'Il a créé pour être une nature permanente.

Et cette conduite se révèle à chacun selon sa voie, comme il est dit dans le Ramban et d'autres livres, que le Saint béni soit-Il conduit les justes par une providence particulière ; à plus forte raison la collectivité d'Israël. Et c'est l'aspect 'et Toi qui les fais vivre', comme dit plus haut.

Et cela fut révélé lors de la sortie d'Égypte par les signes et les prodiges que le Saint béni soit-Il fit en changeant la nature. Et c'est le sens de 'Le Nom a mis notre part dans la vie et n'a pas laissé chanceler nos pieds' (cf.

Psaumes 66,9) : 'nos pieds' est le niveau inférieur mentionné, que les enfants d'Israël ont en ce monde, le monde naturel. Néanmoins il est écrit 'droites sont les voies du Nom, les transgresseurs y trébucheront' (Osée 14,10), dans le monde de la nature, tandis que les justes y marcheront.

C'est pourquoi, bien que nous soyons en exil, le Nom a mis notre part dans la vie, et nous ne trébucherons ni ne serons confondus à tout jamais.

תרנ"א

Année תרנ״א (5651).

En bref

Les Patriarches deviennent un char (merkava) pour la Che'hina : c'est le tikoun (réparation) sur la terre, requis au préalable, car le derekh erets (la conduite droite) précéda la Torah, niveau d'Erets Israël. Le Sfat Emet distingue ce niveau de celui de Moché, qui fait descendre la Torah du ciel. On peut recevoir la divinité par la force des Patriarches ; telle est l'essence de la délivrance dans le corps composé des quatre éléments (yessodot), qui sont les quatre expressions de la délivrance, enracinées dans les lettres du Nom. Par les trois Patriarches et David, on clarifie ces quatre éléments ; une fois clarifiés, on mérite la résidence de la Che'hina.

Aussi : le nom Chaddai, le tsimtsoum et le Chabbat ; le bâton devenu serpent pour clarifier le mélange du bien et du mal ; « incirconcis des lèvres » et le prépuce de l'alliance de la langue

ענין הפרש האבות לבחי' משה רבינו ע"ה. שהוריד תורה מן השמים.

והאבות נעשו מרכבה לשכינה והוא התיקון בארץ. וזה נצרך מקודם כמ"ש ד"א קדמה לתורה.

והוא בחי' א"י מקום מקודש. מוכן להשראת השכינה.

ולכן מזכירין בתפילה אלקי אברהם יצחק ויעקב כו'. שיכולין לקבל אלקות בכח האבות.

וזה עיקר הגאולה בגוף שהוא מורכב מד' יסודות. וזה ד' לשונות של גאולה כי יש לד' יסודות שרשים גדולים מאותיות השם ית' כידוע.

ובכח ג' אבות ודהע"ה יכולין לברר הד' יסודות. וכשנתבררו זוכין להשראת השכינה:

La différence entre les Patriarches et le niveau (be'hina) de Moche Rabbenou (que la paix soit sur lui), qui fit descendre la Torah du ciel. Les Patriarches, eux, devinrent un char (merkava) pour la Chekhina, et c'est là le tikoun (réparation) sur la terre.

Cela était requis au préalable, comme il est dit que le derekh erets (la conduite droite) précéda la Torah. C'est le niveau d'Erets Israël, lieu saint, disposé à la résidence de la Chekhina.

Voilà pourquoi l'on mentionne dans la prière 'Dieu d'Abraham, d'Its'hak et de Yaakov', etc., car on peut recevoir la divinité (alkout) par la force des Patriarches. Et telle est l'essence de la délivrance dans le corps, qui est composé des quatre éléments (yessodot).

Telles sont les quatre expressions de la délivrance, car les quatre éléments ont de grandes racines dans les lettres du Nom (béni soit-Il), comme on le sait. Et par la force des trois Patriarches et de David, roi d'Israël (que la paix soit sur lui), on peut clarifier (trier) les quatre éléments.

Une fois clarifiés, on mérite la résidence de la Chekhina.

תרנ"ב

[5652 (תרנ"ב)]

איתא בשם שדי שאמר לעולמו די. והוא בחי' הצימצום והקטנות שכן הי' הנהגתו ית' את העולם קודם קבלת התורה דכ' שמש ומגן ה"א.

ולכן בכל הארה היורדת מן השמים נותן הקב"ה גם הכלי להיות ראוי לקבל. וכן באותות שנתן לנו הקב"ה.

מילה הוא ג"כ שם הנ"ל מלבר. והארת שם הוי' מבפנים.

וכמו כן במזוזה שם הוי' מלגאו ש"ש מלבר. וכ"כ בתפילין.

וזה בחי' שדים והנקה. שלכן נק' דדים ע"ש שיש בשדים נקב קטן שלא יזיק רוב החלב אל התינוק.

וכמו כן בנמשל. אבל בקבלת התורה התחיל בחי' גדלות כמ"ש ומי גוי גדול כו'.

וכ"כ אתה החלות להראות א"ע כו' גדלך כו'. שהתחיל בחי' הגדלות.

ובמדרש ביצחק ויגדל הילד ויגמל שנגמל מיצה"ר שבחי' הקטנות הוא כמו הנקה. וכשנעשה גדול נקרא גמולי מחלב עתיקי משדים.

וכמו שהוא בפרט האדם. כמו כן בכלל העולם הי' מתחילה התגלות אלקותו ית' בבחי' הצימצום.

ואח"כ נגלה לבנ"י הפנימיות. והנה שבת כולל ג"כ ב' בחי' הנ"ל והם בחי' זכור ושמור.

ונראה לבאר ההפרש בין שם שדי לשבת. כי שדי הוא השפע המצומצם בי"ד עתים.

וז"ש לעולמו די שיהי' בבחי' זמן ועת לכל חפץ בהתלבשות הטבע. אך שבת השפע מיוחד לכנ"י.

וזה ש' בת. וזה רמזו חז"ל באמרם שבת א"צ תפילין שהם עצמם אות.

כי ע"י התפילין יוכל להתגלות הפנימיות שבאדם. ובשבת מתגלה בכח האדם בעצמו.

וזה ניתן רק לבנ"י. וזה רמזו חז"ל במאמר אמרה שבת לכל יש בן זוג שהוא בחי' כלי הצימצום.

והי' התשובה כנס"י יהי' בן זוגך כנ"ל:

Il est enseigné au sujet du nom Chaddai qu'Il dit à Son monde 'dai' (assez). C'est le niveau du tsimtsoum (contraction) et de la petitesse (katnout), car telle était Sa conduite du monde avant le don de la Torah, comme il est écrit 'car soleil et bouclier est ה' Dieu' (Ps 84,12).

C'est pourquoi, en toute illumination qui descend du ciel, le Saint béni soit-Il donne aussi le réceptacle (keli) afin que l'on soit apte à recevoir. Ainsi en va-t-il des signes (otot) que le Saint béni soit-Il nous a donnés : la circoncision (mila) porte elle aussi le nom précité (Chaddai) à l'extérieur, et l'illumination du Nom Havaya (שם הוי') à l'intérieur.

De même dans la mezouza : le Nom Havaya au-dedans, le nom Chaddai au-dehors. Et de même dans les téfilines.

C'est le niveau des seins (chadayim) et de l'allaitement ; c'est pourquoi on les nomme 'dadim', parce qu'il y a dans les seins un petit orifice pour que l'abondance du lait ne nuise pas au nourrisson. Il en va de même dans l'objet de la parabole (nimchal).

Mais au don de la Torah commença le niveau de grandeur (gadlout), comme il est écrit 'et quelle grande nation', etc. (Dt 4,7), et de même 'Tu as commencé à montrer à Ton serviteur Ta grandeur', etc.

(Dt 3,24) : il commença le niveau de la grandeur. Et dans le Midrach sur Its'hak, 'l'enfant grandit et fut sevré' (Gn 21,8) : il fut sevré du penchant au mal (yetser hara), car le niveau de petitesse est comme l'allaitement ; et quand il devint grand il est appelé 'sevrés du lait, retirés des seins' (Is 28,9).

Et comme il en est pour l'individu, il en est de même pour l'ensemble du monde : au commencement la révélation de Sa divinité se fit selon le niveau du tsimtsoum, puis l'intériorité (penimiout) fut révélée à Israël. Or le Chabbat inclut lui aussi les deux niveaux précités, qui sont ceux de 'souviens-toi' (zakhor) et 'garde' (chamor).

Il semble juste d'expliquer la différence entre le nom Chaddai et Chabbat : Chaddai est l'abondance (chefa) contractée dans les quatorze 'temps' (be-yod-daled itim, allusion aux quatorze paires de 'un temps pour...' de Kohelet). C'est ce que signifie 'dai à Son monde' : que cela soit selon le niveau du temps et de la saison pour chaque chose, dans le revêtement de la nature (teva).

Mais le Chabbat, l'abondance en est réservée à Israël (Knesset Israël) : c'est 'chine-bat' (Chabbat = chine + bat, 'la fille'). C'est ce qu'ont fait alluser nos Sages en disant que le Chabbat n'a pas besoin de téfilines, car il est lui-même un signe (ot) ; car par les téfilines peut se révéler l'intériorité qui est dans l'homme, tandis qu'au Chabbat elle se révèle par la propre force de l'homme, et cela n'est donné qu'à Israël.

C'est ce qu'ont fait alluser nos Sages dans la parole : 'le Chabbat dit : chacun a un conjoint [mais moi je n'en ai pas]' - ce qui est le niveau du réceptacle du tsimtsoum ; et la réponse fut : 'Knesset Israël sera ton conjoint', comme dit plus haut.

בענין ד' לשונות של גאולה. פרשנו כי יש ה' מוצאות הפה.

ומול זה יש חמשה חומשי תורה. וכמו שנחלקו ה' ספרים לשבעה כמ"ש חז"ל ויהי בנסוע ס' בפ"ע.

כמו כן שינים ושפתים כפולין והם שבעה. ועמ"ש בפ' במדבר כי הג' ספרים ראשונים בחי' האבות וב' אחרונים משה ואהרן ע"ש.

ובאמת החיך היא מדרגה גבוה ושם יש אחדות גמור. והוא בן חורין שא"צ גאולה.

לכן התחיל הגלות ביצחק ס' שמות. והגם כי עיקר הבירור הוא בחי' שינים ושפתים.

לכן מבקשין א' שפתי תפתח. וכן אמר משה רבינו ואני ערל שפתים קודם הגאולה.

לכן היו משה ואהרן מיוחדים לגאולה לברר הדיבור בשלימות שב' בחי' הנ"ל הם תכלית הדיבור. והם ב' ספרים במדבר דברים.

אבל האבות היו בני חורין. אך ביצחק ויעקב הי' תחילת הגלות כדי לסייע לבנ"י.

כמ"ש גר יהי' זרעך. ולכן נצרך ד' לשונות של גאולה מבחי' גרון ואילך.

ועיין בזוה"ק שמות בפי' אתי מלבנון. ותמצא ג"כ לשון רבים בשינים ושפתים ע"ש.

והנה הדיבור נגמר אחר ימי הנקה. אז נגמרין השינים ומוצא השפתים בשלימות.

וכמו כן היו צריכין בנ"י להיתקן מקודם להיות כלים לקבל התורה. כענין שא' חז"ל משתינוק מתחיל לדבר.

אביו מלמדו תורה. וע"י שני שדיך בחי' משה ואהרן נגאלו בנ"י ונעשו כלים לקבל התורה כנ"ל:

Au sujet des quatre expressions de la délivrance. Nous avons expliqué qu'il y a cinq points d'articulation de la bouche (motsaot ha-pe), et face à cela il y a les cinq livres de la Torah (Houmach).

Et de même que les cinq livres furent divisés en sept, comme l'ont dit nos Sages à propos de 'Et il advint quand l'arche se mettait en marche' (Nb 10,35), qui est un livre à part entière, de même les dents (chinayim) et les lèvres (sefatayim) sont doubles et forment sept. Et vois ce qui est écrit dans la paracha Bamidbar : que les trois premiers livres sont le niveau des Patriarches, et les deux derniers Moche et Aharon - vois-y.

En vérité le palais (het) est un degré élevé, et il y a là une unité parfaite, et il est 'homme libre' (ben 'horin) qui n'a pas besoin de délivrance. C'est pourquoi l'exil commença avec Its'hak, le livre de Chemot (l'Exode).

Et bien que l'essentiel de la clarification soit au niveau des dents et des lèvres - c'est pourquoi l'on demande 'Seigneur, ouvre mes lèvres' (Ps 51,17), et de même Moche Rabbenou dit 'et moi qui suis incirconcis des lèvres' (Ex 6,12) avant la délivrance - c'est pourquoi Moche et Aharon furent désignés pour la délivrance, pour clarifier la parole dans sa plénitude, car les deux niveaux précités sont la finalité de la parole ; et ils sont les deux livres Bamidbar (les Nombres) et Devarim (le Deutéronome). Mais les Patriarches étaient des hommes libres ; c'est seulement avec Its'hak et Yaakov que commença l'exil, afin d'aider Israël, comme il est écrit 'ta descendance sera étrangère' (Gn 15,13).

C'est pourquoi les quatre expressions de la délivrance furent requises à partir du niveau de la gorge (garon) et au-delà. Vois dans le saint Zohar sur Chemot, dans l'explication de 'avec moi depuis le Liban' (Ct 4,8), et tu trouveras aussi le pluriel dans les dents et les lèvres - vois-y.

Or la parole s'achève après les jours de l'allaitement : alors s'achèvent les dents et l'articulation des lèvres dans leur plénitude. De même Israël devait être réparé au préalable pour être des réceptacles (kelim) aptes à recevoir la Torah, à l'image de ce qu'ont dit nos Sages : 'dès que le nourrisson commence à parler, son père lui enseigne la Torah'.

Et par 'tes deux seins' (Ct 4,5) - le niveau de Moche et Aharon - Israël fut délivré et devint des réceptacles aptes à recevoir la Torah, comme dit plus haut.

תרנ"ג

[5653 (תרנ"ג)]

במדרש כי ידבר אליכם פרעה כו' מגיד מראשית כו' עצתי תקום כו' עד שמא פלינקרא יש למעלה כו' חפצי אעשה שחפץ להצדיק בריותיו כו'. דכ' רבות מחשבות ב"א ועצת ה' היא תקום.

כי כל העובר על האדם בפרט וכן בכלל הבריאה הכל מסובב מאתו ית' אשר הכין הכל בחכמתו ורצונו ית'. ורצה הקב"ה לזכות את בנ"י ונתן לנו תורה ומצות שהם עצות איך לתקן כל המכשולות המתרגשות לבוא.

ועצת ה' היא תקום. הוא פועל יוצא שבשמירת מצותיו ית' יכולין להעלות ולתקן כל אלה המחשבות רבות.

וכמו כן עצתי תקום. וז"ש במד' שהראה הקב"ה למשה מה שיחטאו בנ"י בסוף הדורות ונתן לו עצה שיכתוב את השירה.

וכמו כן בגלות מצרים שהכל הי' סיבה מאתו והכין הישועה לבנ"י. חפצי אעשה היא באמצעיות בנ"י לתקן העשי' גשמיות.

להמשיך רצונו ית' גם בכל מעשה גשמיות. והכל בעזרתו ית"ש שחפץ להצדיקנו.

ודו"ק:

Dans le Midrach [sur] 'Quand Pharaon vous parlera', etc. (Ex 7,9) : 'Il annonce dès le commencement [la fin]', etc.

(Is 46,10), 'Mon conseil tiendra', etc., jusqu'à 'peut-être (chema pélinkra) y a-t-il un plus haut', etc., 'Je ferai tout Mon désir' - car Il désire rendre justes Ses créatures, etc. Comme il est écrit 'Nombreuses sont les pensées dans le cœur de l'homme, mais le conseil de ה' est ce qui tiendra' (Pr 19,21).

Car tout ce qui advient à l'homme en particulier, et de même à l'ensemble de la création, tout est causé par Lui (béni soit-Il), qui a tout préparé dans Sa sagesse et Sa volonté. Et le Saint béni soit-Il voulut donner du mérite à Israël et nous a donné la Torah et les commandements, qui sont des conseils (etsot) sur la manière de réparer tous les obstacles qui se préparent à survenir. 'Et le conseil de ה' est ce qui tiendra' : c'est un verbe transitif (poel yotse), car par l'observance de Ses commandements on peut élever et réparer toutes ces 'pensées nombreuses'.

Et de même 'Mon conseil tiendra'. C'est ce que dit le Midrach : que le Saint béni soit-Il montra à Moche ce qu'Israël fauterait à la fin des générations, et lui donna le conseil d'écrire le Cantique (ha-chira).

De même dans l'exil d'Égypte, où tout était causé de Lui, et Il prépara le salut pour Israël. 'Je ferai Mon désir' : c'est par l'intermédiaire d'Israël, pour réparer l'action matérielle (assiya gachmit), pour faire descendre Sa volonté jusque dans tout acte matériel. Et tout cela avec Son aide (béni soit Son nom), Lui qui désire nous rendre justes.

Comprends bien (ve-dok).

בענין המטה יהי לתנין ובמד' שהוקשו המלכות לנחש ע"ש. ובפ' שמות השליכהו ארצה כו' וינס משה כו' אחוז בזנבו כו'.

הענין הוא כי הגלות בא לברר התערובות טו"ר שנעשה ע"י החטא מעה"ד טו"ר דכ' ויגרש כו' האדם כו' להט החרב המתהפכת כו'. והוא עצמו ענין היפוך הנחש למטה ומטה לנחש.

כי רצונו ית"ש הי' להיות דביקות האדם בעץ החיים. דרך התורה.

ההנהגה פנימיות. ולולי החטא לא הי' כל הטבע מעכב את האדם.

כמ"ש אני אמרתי אלקים אתם. וע"י החטא בעה"ד הי' העונש שלא יוכל להתקרב אל עה"ח עד שיתקן זה הדרך הטבע כמ"ש ז"ל בפסוק לשמור את דרך עה"ח.

מכאן שד"א קדמה לתורה. ופרשנו כי זה נעשה אחר החטא ע"ש.

ולכן הוכרחו בנ"י להיות במצרים קודם שזכו לקבל התורה והוא לתקן דרך הטבע. ובכח איש ישראל לבטל הטבע.

ואז נעשה מנחש מטה. כי מטה הוא סוף הנהגתו ית' ומשם יפרד להתלבש בגשמיות ובטבע.

ושם הס"א מתגבר להיות נחש. ומזה מושכין כל המלכיות שבעוה"ז.

ופרעה נק' התנין הגדול. וכל זה הוא בסיבות הסתלקות הקדושה כמ"ש השליכהו ארצה כו'.

אבל כשאמר לו הקב"ה שלח ידך הוא כוחו של משה שר התורה. אחוז בזנבו.

מיד נהפך מנחש למטה ונעשה כל הטבע כפוף אל הפנימיות והס"א בורחת. ולהיפוך כ' וינס משה מפניו כענין גולל אור מפני חשך כו'.

כשמתתקף הס"א הקדושה מסתלקת. לכן רמזו חז"ל כי המטה נברא בע"ש בה"ש.

שאז ס"א עורקת. וכחו של משה שליט בעולם ומתגלה ההנהגה פנימיות.

ולכן נמסר השבת לבנ"י לבטל כל המלאכות. ולהיות נמשך אחר ההנהגה פנימיות והוא בחי' עץ החיים.

ובימי המעשה מכ"ש בגלות הוא בחי' השליכהו ארצה כו'. ואז שליט להט החרב המתהפך מטוב לרע ומרע לטוב.

[ולכן רמזו כשאדם עומד בתפילה ואז יש עליות העולמות. ואין הנחש שולט ונעשה מטה.

ולכן המלך שואל לא ישיבנו. נחש כרוך לא יפסיק כו']:

Au sujet de 'le bâton deviendra un serpent (tanine)' (Ex 7,9-10), et dans le Midrach, où la royauté (malkhout) est comparée au serpent (na'hach) - vois-y. Et dans la paracha Chemot : 'jette-le à terre', etc., 'et Moche s'enfuit', etc., 'saisis-le par la queue', etc.

(Ex 4,3-4). Le sens est que l'exil vint clarifier le mélange de bien et de mal (tov va-ra) qui s'est produit par la faute de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal, comme il est écrit 'et Il chassa l'homme... la lame de l'épée tournoyante', etc.

(Gn 3,24). Et c'est cela même, l'affaire du renversement du serpent en bâton et du bâton en serpent.

Car Sa volonté (béni soit Son nom) était que l'homme adhère (devekout) à l'Arbre de vie, par la voie de la Torah, la conduite intérieure (hanhaga penimit). N'eût été la faute, toute la nature n'aurait pas fait obstacle à l'homme, comme il est écrit 'Moi J'ai dit : vous êtes des êtres divins' (Ps 82,6).

Et par la faute de l'Arbre de la connaissance vint le châtiment qu'il ne puisse plus s'approcher de l'Arbre de vie tant que ne serait pas réparée cette 'voie de la nature', comme l'ont dit nos Sages sur le verset 'pour garder le chemin de l'Arbre de vie' (Gn 3,24) : de là, que le derekh erets précéda la Torah. Et nous avons expliqué que cela fut institué après la faute - vois-y.

C'est pourquoi Israël dut être en Égypte avant de mériter de recevoir la Torah, et c'est pour réparer la voie de la nature ; et il est au pouvoir de l'homme d'Israël d'annuler la nature. Alors le serpent devient bâton.

Car le bâton est le terme de Sa conduite, et de là elle se sépare pour se revêtir dans la matérialité et la nature ; et là le sitra a'hra (l'Autre Côté) prend force pour devenir serpent, et de là toutes les royautés de ce bas-monde tirent [leur pouvoir]. Et Pharaon est appelé 'le grand serpent (ha-tanine ha-gadol)' (Ez 29,3).

Tout cela est dû au retrait (histalkout) de la sainteté, comme il est écrit 'jette-le à terre', etc. Mais lorsque le Saint béni soit-Il lui dit 'étends ta main' - c'est la force de Moche, prince de la Torah - 'saisis-le par la queue', aussitôt il se retourna de serpent en bâton, et toute la nature se soumit à l'intériorité, et le sitra a'hra s'enfuit.

À l'inverse il est écrit 'et Moche s'enfuit devant lui', à la manière de la lumière qui se retire devant l'obscurité : quand le sitra a'hra se renforce, la sainteté se retire. C'est pourquoi nos Sages ont fait allusion à ce que le bâton fut créé la veille du Chabbat au crépuscule (bein ha-chemachot), car alors le sitra a'hra déserte, et la force de Moche domine dans le monde et la conduite intérieure se révèle.

C'est pourquoi le Chabbat fut remis à Israël, pour annuler tous les travaux (melakhot) et se laisser entraîner par la conduite intérieure, qui est le niveau de l'Arbre de vie. Et durant les jours ouvrables (yemei ha-maasse), à plus forte raison en exil, c'est le niveau de 'jette-le à terre', etc. ; alors domine la lame de l'épée tournoyante, qui se retourne du bien au mal et du mal au bien.

[C'est pourquoi ils ont fait allusion : lorsque l'homme se tient en prière, alors se produisent des élévations des mondes, et le serpent ne domine plus, et il devient bâton. C'est pourquoi 'même si le roi salue, on ne lui répond pas ; même si un serpent s'enroule, on n'interrompt pas', etc.

(Berakhot 30b).]

תרנ"ד

[5654 (תרנ"ד)]

בפסוק והוצאתי אתכם מתחת סבלות מצרים. ואא"ז ז"ל פי' שלא יוכלו לסבול תועבת מצרים כו'.

וזהו באמת תכלית הגאולה שרצה הקב"ה שיצאו בנ"י מכור הברזל ממצרים ושיעלו כל הנצוצות קדושות הנמצא שם. והסיגים וסט"א שיש במצרים לא יתדבקו בהם.

כי כן צריך להיות איש ישראל שאין הרע יכול להתדבק בו. ובזה מוכנים הם לארץ ישראל דכ' ולא תקיא אתכם הארץ כו' כי א"י אינה יכולה לסבול כל תועבה כמ"ש רש"י שם.

וכמו כן נפש ישראל א"י לסבול. ובנ"י הם עצמם המבררים כמ"ש מצרף לכסף כו' ואיש לפי מהללו.

כי בנ"י מבררים אותיות התורה. והארת התורה הנמצא בכל מקום.

והפסולת משליכים. כדאיתא בזוה"ק שבנ"י נמשלו ללב שאינו מקבל פסולת וגשמיות רק חלק הנקי ומבורר מפסולת.

כי באמת יצירת האדם הכל רומז אל הפנימיות. כמו שאדם אוכל הכל.

והפסולת נדחה. וחיות המזון נשאר באדם ונהפך להיות כלול בנפש האדם.

כן צריך להיות בפנימיות שכל הדברים יסבבו אל האדם והיא מעלה בנפשו ומברר החלק קדושה להתדבק בו. והפסולת יהי' נדחה.

והכל בכח התורה ובעזר הבורא ית"ש כמ"ש וידעתם כי אני ה' המוציא כו' מתחת סבלות מצרים ואחז"ל אם אין דעת הבדלה מנין ודו"ק:

Sur le verset 'et Je vous ferai sortir de dessous les fardeaux (sivlot) de l'Égypte' (Ex 6,6). Mon grand-père (que son souvenir soit béni) a expliqué : qu'ils ne puissent plus supporter (li-sbol) l'abomination de l'Égypte, etc.

Et c'est en vérité la finalité de la délivrance, que le Saint béni soit-Il voulut qu'Israël sorte de la fournaise de fer, de l'Égypte, et qu'ils élèvent toutes les étincelles saintes (nitsotsot) qui s'y trouvent, et que les scories (sigim) et le sitra a'hra qui sont en Égypte ne s'attachent pas à eux. Car ainsi doit être l'homme d'Israël, à qui le mal ne peut s'attacher.

Par cela ils sont préparés pour la terre d'Israël, comme il est écrit 'et que la terre ne vous vomisse pas', etc. (Lv 18,28), car la terre d'Israël ne peut supporter aucune abomination, comme l'a dit Rachi là-bas.

De même l'âme (nefech) d'Israël ne peut la supporter. Et Israël sont eux-mêmes ceux qui clarifient, comme il est écrit 'un creuset pour l'argent', etc.

(Pr 17,3), et 'un homme selon sa louange' (Pr 27,21). Car Israël clarifie les lettres de la Torah et l'illumination de la Torah qui se trouve en tout lieu, et rejette le rebut (pesolet).

Comme il est dit dans le saint Zohar, qu'Israël est comparé au cœur, qui n'accepte pas le rebut ni la matérialité, mais seulement la part pure, épurée du rebut. Car en vérité la formation de l'homme tout entière fait allusion à l'intériorité : de même que l'homme mange de tout, que le rebut est rejeté, et que la vitalité de l'aliment demeure dans l'homme et se transforme pour être intégrée à l'âme de l'homme, ainsi doit-il en être dans l'intériorité : que toutes choses gravitent vers l'homme, et qu'il [les] élève dans son âme, clarifiant la part de sainteté pour y adhérer, tandis que le rebut est rejeté.

Et tout cela par la force de la Torah et avec l'aide du Créateur (béni soit Son nom), comme il est écrit 'et vous saurez que Je suis ה', celui qui vous fait sortir', etc., 'de dessous les fardeaux de l'Égypte' ; et nos Sages ont dit : 's'il n'y a pas de connaissance (daat), d'où viendrait la distinction (havdala) ?'. Comprends bien.

בפסוק הן בנ"י לא שמעו כו' ואני ערל שפתים ואמרו חז"ל כי הוא א' מעשרה ק"ו שבתורה. דהנה איתא בזוה"ק ואני ערל שפתים כי הדיבור הי' בגלות ע"ש.

פי' כמו שיש ערלה בפתח המילה שהוא ברית המעור שזכה אברהם אע"ה שיוסר הערלה ויתגלה לו ברית המילה. כן בברית הלשון שהוא פתח הדיבור בתורה יש ערלה כי ב' בריתות אלו הם פתיחות הפנימיות.

כי כל האברים סתומים. זולת ב' אלו.

וכל מקום שיש פתיחות פנימיות. יש ערלה והסתר.

שלא כל הרוצה ליטול השם יבא ויטול. וכמו כן בכלל הוצרכו בנ"י לעבור כל מה שעבר עליהם במצרים לזכות להסיר ערלת הפה לזכות לברית הלשון והתורה.

ולא עוד אלא שבכל יום צריכים להסתייע בזכירת יצ"מ כדי לזכות לפתיחות הפה. וזה סמיכות גאולה לתפילה.

גאל ישראל ה' שפתי תפתח. ואלו הם ב' האותות שיש בכל איש ישראל.

מילה ושבת ותפילין. ששבת ותפילין ב' אלו הם זכר ליצ"מ וזוכין על ידיהם לתורה שהוא ברית הלשון.

ובאמת כך הוא המדה סור מרע מקודם להיות זך מפסולת. אח"כ יפתח כח הפה בתורה.

וכמו שהי' מקודם גלות מצרים שיזכו לתורה כמ"ש בהוציאך כו' תעבדון את האלקים וכן הוא לעולם. אכן משה רבינו ע"ה לימד זכות שיתן הקב"ה במתנה קצת פתחון פה בתורה לזכות עי"ז אל הגאולה.

וכן הוא לעולם כמאמרם ז"ל המקבל עליו עול תורה מעבירין ממנו עול מלכות. הרי שאפי' לא זכה לגאולה עדיין.

מ"מ ע"י הרצון והתשוקה לקבל עול תורה. זוכה שיוכל לצאת לחירות להיות באמת מוכן אל התורה.

וזהו הלימוד והק"ו שהוציא משה רבינו ע"ה מלבו כי הן בנ"י לא שמעו כו' שא"א להעביר הפסולת בלי שיוקדם איזה הארה מן התורה. הגם שאיננה עדיין בשלימות.

וכענין שאמרו חז"ל לעולם יעסוק אדם בתורה אפי' שלא לשמה. פי' כשעדיין אינו מזוכך מפסולת שמתוך של"ש יבא לשמה:

Sur le verset 'voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté', etc., 'et moi qui suis incirconcis des lèvres' (Ex 6,12) ; et nos Sages ont dit que c'est l'un des dix raisonnements à fortiori (kal va-'homer) de la Torah. Car il est dit dans le saint Zohar : 'et moi qui suis incirconcis des lèvres' - parce que la parole était en exil - vois-y.

Explication : de même qu'il y a un prépuce (orla) à l'ouverture de la mila, qui est l'alliance de la chair (brit ha-maor) qu'Abraham notre père mérita, que le prépuce soit ôté et que l'alliance de la circoncision lui soit révélée, de même dans l'alliance de la langue (brit ha-lachon), qui est l'ouverture de la parole dans la Torah, il y a un prépuce ; car ces deux alliances sont les ouvertures de l'intériorité, tous les membres étant fermés hormis ces deux-là. Et partout où il y a ouverture de l'intérieur, il y a prépuce et voilement, de sorte que quiconque veut prendre le Nom ne vienne pas [simplement] le prendre.

De même, en général, Israël dut traverser tout ce qu'il traversa en Égypte pour mériter d'ôter le prépuce de la bouche, pour mériter l'alliance de la langue et de la Torah. Et bien plus, chaque jour il faut s'aider du souvenir de la sortie d'Égypte (yetsiat Mitsrayim) afin de mériter l'ouverture de la bouche.

C'est là la juxtaposition de la [bénédiction de] délivrance à la prière : 'qui a délivré Israël' - 'Seigneur, ouvre mes lèvres' (Ps 51,17). Et voici les signes (otot) qui sont en tout homme d'Israël : la mila, ainsi que le Chabbat et les téfilines ; car le Chabbat et les téfilines, ces deux-là, sont un rappel de la sortie d'Égypte, et par eux on mérite la Torah, qui est l'alliance de la langue.

En vérité, telle est la règle : 'écarte-toi du mal' d'abord, pour être pur du rebut ; ensuite s'ouvrira la force de la bouche dans la Torah. Ainsi en fut-il avant l'exil d'Égypte, [le but étant] qu'ils méritent la Torah, comme il est écrit 'quand tu feras sortir [le peuple]... vous servirez Dieu [sur cette montagne]' (Ex 3,12), et il en est ainsi pour toujours.

Cependant Moche Rabbenou (que la paix soit sur lui) plaida en [leur] faveur, que le Saint béni soit-Il donne en cadeau un peu d'ouverture de la bouche dans la Torah, afin de mériter par là la délivrance. Et il en est ainsi pour toujours, selon la parole de nos Sages : 'quiconque prend sur lui le joug de la Torah, on écarte de lui le joug de la royauté [terrestre]' (Avot 3,5).

Ainsi, même si l'on n'a pas encore mérité la délivrance, néanmoins par la volonté et le désir d'accepter le joug de la Torah, on mérite de pouvoir sortir vers la liberté, pour être véritablement préparé à la Torah. Telle est la leçon et le à fortiori que Moche Rabbenou (que la paix soit sur lui) tira de son cœur : 'voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté', etc. - car il est impossible d'ôter le rebut sans que précède quelque illumination de la Torah, bien qu'elle ne soit pas encore dans sa plénitude.

À l'image de ce qu'ont dit nos Sages : 'que l'homme s'occupe toujours de la Torah, même sans intention pure (che-lo li-chma)' - c'est-à-dire lorsqu'il n'est pas encore épuré du rebut, car de l'étude non désintéressée il parviendra à l'étude désintéressée (li-chma).

תרנ"ו

[5656 (תרנ"ו)]

בענין שם אל שדי אמרו חז"ל שאמר לעולמו די. פי' אל שדי אלקות שהוא במדה.

כמו שאמרו חז"ל כי האבות הי' לכל א' מדה ידועה. והיא המשכות אלקות.

כמ"ש לך ה' הגדולה והגבורה. ובחי' שם הוי' שנודע למרע"ה הוא התורה.

והוא מים שא"ל סוף כדכ' לכל תכלה ראיתי קץ. ואמרו במד' לכל יש סקוסים לבד התורה.

דכ' ארוכה מארץ מדה. והמדות הם נחלים וכלים שמקבלים אור תורה.

אבל עצם התורה היא שמותיו של הקב"ה. אורייתא וקוב"ה חד.

ולכן התורה היא חירות וגאולה כמ"ש ז"ל אין לך ב"ח אלא העוסק בתורה. כי עיקר הגלות מה שחיות אלקות הוא בהסתר.

וא"י להתגלות מתוך הטבע. והאבות נזדככו גם קודם קבלת התורה.

ורק מצות המילה שניתן להם והסרת הערלה כמ"ש וגם הקמותי את בריתי. ובכח מצוה זו תיקנו המדות להיות כלים והכנה לקבלת התורה אח"כ.

כמ"ש התקן עצמך ללמוד תורה. הוא התיקון בגוף להיות כלי מוכן לתורה.

וכמו שהוא בפרט כן בכלל בנ"י הוצרכו מקודם לתקן בחי' המדות וכלים כנ"ל. ואיתא כי שבת הוא בחי' משה כמ"ש ישמח משה במתנת חלקו ובו נתנה תורה.

וזה ההפרש שכל הנביאים נתנבאו באספקלריא שאינה מאירה כה אמר ה'. ומרע"ה זה הדבר אספקלרי' המאירה.

ופי' אספקלריא שאינה מאירה. הארה שצריכה להתברר מתוך החשך כמ"ש ויהי ערב ויהי בקר.

כי אור שמתחדש בכל יום הוא כפי בירור שמבררין. כמ"ש ברישא חשוכא והדר נהורא.

והוא תלוי בעבודת האדם. ושבת הוא מתנה טובה ונשמה יתירה הבאה מעולם העליון.

ואיתא כי אספקלריא מאירה היא כמו חלון שיכולין להסתכל בו מה שבפנים ע"י זכוכית. ושאינה מאירה היא.

מראה. שמחפין בעבר השני ובו מסתכלין לראות את עצמו.

והוא בחי' הנ"ל שימי המעשה הוא לתקן את עצמו ולמצוא אור הגנוז בו. ושבת תוספות אור חדש מלמעלה.

וקודם גאולת מצרים לא הי' יכול להיות התגלות התורה. לכן גם מרע"ה לא התנבא בזה הדבר.

רק בכה אמר ה' עד אחר יצ"מ. ולכן אמר ערל שפתים כי הרגיש בעצמו שאין הדיבור שלו בשלימות שהי' מוכן לנבואת זה הדבר:

Au sujet du nom El Chaddai, nos Sages ont dit qu'Il 'dit à Son monde dai (assez)'. Explication : El Chaddai est une divinité qui est dans la mesure (be-mida).

Comme l'ont dit nos Sages, que chacun des Patriarches avait un attribut (mida) déterminé, qui est la descente de la divinité, comme il est écrit 'À Toi, ה', la grandeur et la puissance (ha-gedoula ve-ha-gevoura)' (1 Ch 29,11). Et le niveau du Nom Havaya (שם הוי'), qui fut connu de Moche Rabbenou, est la Torah ; et c'est une eau sans fin, comme il est écrit 'à toute perfection j'ai vu une limite [mais Ton commandement est infiniment large]' (Ps 119,96).

Et l'on a dit dans le Midrach : 'tout a une limite (siksim) hormis la Torah', comme il est écrit 'plus longue que la terre est sa mesure' (Jb 11,9). Les attributs (midot) sont des fleuves et des réceptacles qui reçoivent la lumière de la Torah, mais l'essence même de la Torah, ce sont les Noms du Saint béni soit-Il : 'la Torah et le Saint béni soit-Il sont un (Orayta ve-Koudcha Berikh Hou 'had)'.

C'est pourquoi la Torah est liberté et délivrance, comme l'ont dit nos Sages : 'tu n'as d'homme libre (ben 'horin) que celui qui s'occupe de la Torah' (Avot 6,2). Car l'essentiel de l'exil, c'est que la vitalité de la divinité est dissimulée et ne peut se révéler du sein de la nature.

Or les Patriarches furent épurés déjà avant le don de la Torah ; seul le commandement de la circoncision leur fut donné, avec le retrait du prépuce, comme il est écrit 'et J'ai aussi établi Mon alliance' (Ex 6,4). Et par la force de ce commandement ils réparèrent les attributs pour qu'ils soient des réceptacles et une préparation à la réception ultérieure de la Torah, comme il est écrit 'prépare-toi à étudier la Torah' (Avot 2,12) : c'est la réparation dans le corps, pour être un réceptacle disposé à la Torah.

Et comme il en est pour l'individu, il en est de même pour l'ensemble : Israël dut d'abord réparer le niveau des attributs et des réceptacles, comme dit plus haut. Il est enseigné que le Chabbat est le niveau de Moche, comme il est écrit 'Moche se réjouira du don de sa part' - et c'est en lui (bo) que la Torah fut donnée.

Telle est la différence : tous les prophètes prophétisèrent au travers d'un miroir non lumineux (aspaklaria che-eina meira), 'ainsi a dit ה'', tandis que Moche Rabbenou [prophétisa par] 'ceci est la chose (ze ha-davar)', le miroir lumineux (aspaklaria ha-meira). Explication du miroir non lumineux : une illumination qui doit être clarifiée du sein de l'obscurité, comme il est écrit 'et il y eut soir et il y eut matin' ; car la lumière qui se renouvelle chaque jour est selon la clarification que l'on opère, comme il est dit 'd'abord l'obscurité puis la lumière (be-reicha 'hachokha ve-hadar nehora)', et cela dépend du service de l'homme.

Le Chabbat, lui, est un don précieux et une âme supplémentaire (nechama yetera) venue du monde supérieur. Et il est enseigné que le miroir lumineux est comme une fenêtre à travers laquelle on peut voir ce qui est à l'intérieur au moyen du verre (zekhoukhit) ; tandis que le non lumineux est un miroir (mara), enduit sur l'autre face, et à travers lequel on regarde pour se voir soi-même.

C'est le niveau précité : les jours ouvrables servent à se réparer soi-même et à trouver la lumière enfouie en soi, tandis que le Chabbat est un surcroît de lumière nouvelle venue d'en haut. Et avant la délivrance d'Égypte, la révélation de la Torah ne pouvait avoir lieu ; c'est pourquoi même Moche Rabbenou ne prophétisa pas par 'ceci est la chose', mais seulement par 'ainsi a dit ה'', jusqu'après la sortie d'Égypte.

Et c'est pourquoi il dit 'incirconcis des lèvres', car il sentait en lui-même que sa parole n'était pas dans la plénitude qui serait disposée à la prophétie de 'ceci est la chose'.

תרנ"ח

[5658 (תרנ"ח)]

En bref

Sur les quatre expressions de la délivrance : l'homme est composé des quatre éléments, feu, air, eau, terre, qui ont une dimension intérieure. Le Sfat Emet enseigne qu'il faut une délivrance hors de la matérialité. L'essentiel est le roua'h (le souffle), « un souffle qui parle » ; le feu et l'eau sont la crainte et l'amour, dans la pensée, et la terre est dans l'action. Les quatre franges des tsitsit et les quatre passages des tefilin sont la liberté et la délivrance de la sortie d'Égypte pour les quatre éléments. L'âme doit être délivrée du corps, entraîné à sa suite par la crainte, l'amour, la Torah et les mitsvot.

Aussi : parce que Israël n'a pas écouté, Moché a les lèvres incirconcises, et le Chema sans pensée étrangère ; la daat, attachement et finalité de la délivrance ; Moché « dieu pour Pharaon », le joug de la Torah hors de la nature

בד' לשונות של גאולה. כי האדם כלול מד' יסודות ארמ"ע ויש להם פנימיות.

וצריכין גאולה מן הגשמיות ועיקר הוא הרוח שהוא בחי' קול ודיבור. רוח ממללא.

ואש מים הוא דחילו ורחימו שהם במחשבה. ועפר הוא במעשה.

וכן ד' ציצית וד' פרשיות בתפילין הם החירות וגאולה דיצ"מ לד' יסודות לכן כ' בהם יציאת מצרים בפרשיות דציצית ותפילין:

Sur les quatre expressions de la délivrance (les quatre verbes de la Rédemption, Ex 6,6-7). Car l'homme est composé des quatre éléments -- feu, air, eau, terre (ARMA = ech, roua'h, mayim, afar) -- et ils ont une dimension intérieure.

Il faut une délivrance hors de la matérialité, et l'essentiel est le roua'h (le souffle, l'air), qui est l'aspect de la voix et de la parole, "un souffle qui parle" (roua'h memalela). Le feu et l'eau sont la crainte et l'amour (dehilou ou-rehimou), qui sont dans la pensée.

Et la terre est dans l'action. De même les quatre franges des tsitsit et les quatre passages des tefilin sont la liberté et la délivrance de la sortie d'Égypte pour les quatre éléments ; c'est pourquoi la sortie d'Égypte est écrite en eux, dans les passages des tsitsit et des tefilin.

תרנ"ט

Année [תרנ"ט].

בפסוק הן בנ"י לא שמעו כו' ואני ערל שפתים. פרשנו כבר כי ע"י שבנ"י לא שמעו לכן הוא ערל שפתים.

כי הנביא מתנבא בכח שמיעת בנ"י כדכ' נביא מקרבך כו' והנה כ' שמעה עמי ואדברה ואחז"ל אין מעידין אלא בשומע וזה הי' עיכוב עשרת הדיברות. והי' הדיבור בגלות כל זמן שלא הוכנו המקבלים לשמוע דבר ה'.

ובמד' ולא שמעו אל משה שהי' קשה להם לפרוש מע"ז. כמ"ש איש שקוצי עיניו לא השליכו.

ואין הפי' דוקא עבודה זרה ממש. רק עבודה שהיא זרה להם כי השמיעה צריך להיות פנוי מכל דבר כמ"ש שמעי בת כו' והטי אזנך ושכחי עמך ובית אביך.

וזה עיקר הגלות גם עתה מה שא"י להתפנות ולשכוח הבלי עולם להיות הלב פנוי לשמוע דבר ה' בלי מחשבה זרה כמ"ש ול"ת אחרי לבבכם כו'. וז"ש איש שקוצי עיניו לא השליכו.

ולכן בגלולי מצרים הלכו. כי אם היו מוכנים לשמוע דבר ה' היו נגאלים מיד.

והנה עתה שכבר ניתנה התורה לבנ"י. וכ' קול גדול ולא יסף.

לא פסק. ואומרים בכל יום שמע ישראל ה' אלקינו כו'.

והוא המאמר אנכי ה"א. אשר לא פסק.

אבל צריכין להכין עצמו לשמוע פרשת ק"ש בלי מחשבה זרה. ולכן מקדימין יצ"מ לק"ש.

שע"י גאולת מצרים יכולין להיפנות ממ"ז להיות מוכן לשמוע דבר ה'. וכמ"ש ולא שמעו כו' מקוצר רוח ומעבודה קשה שהוא שליטת הגוף על הנשמה ורוח.

ובשבת היפוך מזה שיורד נשמה יתירה וכל איש ישראל פונה עצמו עכ"פ מל"ט מלאכות. לכן הוא זמן שיכולין לשמוע דבר ה':

Sur le verset "Voici, les enfants d'Israël ne m'ont pas écouté... et moi j'ai les lèvres incirconcises" (Ex 6,12). Nous avons déjà expliqué que c'est parce que les enfants d'Israël n'ont pas écouté qu'il a les lèvres incirconcises.

Car le prophète prophétise par la force de l'écoute des enfants d'Israël, comme il est écrit "un prophète du milieu de toi..." (Dt 18,15). Et voici qu'il est écrit "Écoute, mon peuple, et je parlerai" (Ps 50,7), et nos Sages ont dit qu'on ne témoigne que devant celui qui entend ; ce fut là l'empêchement des dix Paroles (le Décalogue).

Et la Parole demeurait en exil tant que les récepteurs n'étaient pas préparés à entendre la parole de Dieu. Et dans le Midrach sur "et ils n'écoutèrent pas Moché" (Ex 6,9) : il leur était difficile de se séparer de l'idolâtrie, comme il est dit "chacun ne rejeta pas les abominations de ses yeux" (Ez 20,7-8).

Et le sens n'est pas précisément l'idolâtrie proprement dite (avoda zara), mais un service qui leur est étranger, car l'écoute doit être libre de toute chose, comme il est dit "Écoute, ma fille... incline ton oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père" (Ps 45,11). Et c'est là l'essentiel de l'exil, même aujourd'hui : le fait qu'on ne parvient pas à se rendre libre et à oublier les vanités du monde pour que le cœur soit disponible à entendre la parole de Dieu sans pensée étrangère, comme il est dit "et vous ne suivrez pas les désirs de votre cœur..." (Nb 15,39).

Et c'est ce que dit "chacun ne rejeta pas les abominations de ses yeux", et c'est pourquoi "ils allèrent après les idoles de l'Égypte". Car s'ils avaient été prêts à entendre la parole de Dieu, ils auraient été délivrés aussitôt.

Et voici, maintenant que la Torah a déjà été donnée aux enfants d'Israël -- et il est écrit "une grande voix qui ne cessa pas" (Dt 5,19), elle ne s'est pas interrompue -- et nous disons chaque jour "Écoute Israël, l'Éternel notre Dieu...", qui est la parole "Je suis l'Éternel ton Dieu" (Anokhi Hachem Elokekha) qui ne s'est pas interrompue. Mais il faut se préparer à entendre le passage du Chema sans pensée étrangère.

C'est pourquoi on fait précéder le rappel de la sortie d'Égypte au Chema : car par la délivrance d'Égypte on peut se libérer de la pensée étrangère pour être prêt à entendre la parole de Dieu. Et comme il est dit "et ils n'écoutèrent pas... par étroitesse de souffle et par dur labeur" (Ex 6,9), qui est la domination du corps sur l'âme et le souffle.

Et le Chabbat est l'inverse de cela, car une âme supplémentaire (nechama yetera) descend et tout homme d'Israël se libère au moins des trente-neuf travaux interdits ; c'est pourquoi c'est le temps où l'on peut entendre la parole de Dieu.

תרס"א

Année [תרס"א].

וארא כו' ושמי ה' לא נודעתי כו' וכן כתיב אחר כל ד' לשונות של גאולה וידעתם כי אני ה' שזה תכלית כל הגאולה. ושע"ז הוצרכו להיות ד' מאות שנה במצרים לזכות לבחי' הדעת.

והוא התורה. וכ' ה' יתן חכמה מפיו דעת ואיתא במד' תשא גדולה החכמה.

ודעת גדולה [ממנה כו'] למי שהוא אוהב נותן לו פרוסה מתוך פיו ע"ש. כי ראי' היא בחכמה ויכולין לראות גם מרחוק כדכ' מרחוק ה' נראה לי.

אבל הדעת הוא דביקות וידיעה בעצם הנפש. ובנ"י הם עדים על הש"י כדכ' אתם עדי וכ' בעד או ראה או ידע.

שיש עדות בראי' ובידיעה. ובאמת כל פעל ה' למענהו לעדותו כמ"ש במדרשות.

א"כ כל העולם ומלואו עדים על הקב"ה ואפי' חכמי האומות בע"כ מעידין על הבורא. שהחכם בטבעיות ג"כ רואה נפלאות הבורא ית"ש.

אבל לבנ"י כ' אתה הראת לדעת שהם עדים בראי' ובידיעה. וזכו לזה ביצ"מ וקבלת התורה כמ"ש ע"ז ישקני מנשיקות פיהו.

ובחי' זו מתגלה בש"ק כמ"ש לדעת כי אני ה' מקדישכם. ולכן כ' וזכרת כי עבד היית כו'.

ע"כ צוך כו' לעשות כו' יום השבת. שהוא עדות וזכר ליצ"מ.

שקודם גאולת מצרים לא הי' אפשר לבוא לזה הדעת והעדות. ובאמת הוא שאז"ל מתנה טובה יש לי בבית גנזי שהוא גנוז ונסתר.

ולכן א"א להיות בו בחי' ראי' רק ידיעה כמ"ש בזוה"ק ההפרש בין וארא בין נודעתי ע"ש. וזה הדעת נטע הקב"ה בכל נפש מישראל.

רק שצריכין גאולה לצאת מכח אל הפועל ושבת זכר ליצ"מ שנגלה זה הדעת בכח הנשמה יתירה:

"Je suis apparu... mais sous mon Nom l'Éternel je ne me suis pas fait connaître..." (Ex 6,3). Et de même il est écrit après les quatre expressions de la délivrance : "et vous saurez que je suis l'Éternel" (Ex 6,7), car c'est la finalité de toute la délivrance.

Et c'est pour cela qu'il a fallu être quatre cents ans en Égypte, pour mériter l'aspect de la connaissance (daat), qui est la Torah. Et il est écrit "l'Éternel donne la sagesse, de sa bouche viennent connaissance et intelligence" (Pr 2,6).

Et il est rapporté dans le Midrach Tissa : grande est la sagesse ('hokhma), et la connaissance (daat) est plus grande qu'elle ; à celui qu'il aime, il donne un morceau de sa propre bouche -- vois là. Car la vision (reiya) est dans la sagesse, et l'on peut voir même de loin, comme il est écrit "de loin l'Éternel m'est apparu" (Jr 31,2).

Mais la connaissance (daat) est attachement (dvekout) et savoir dans l'essence même de l'âme. Et les enfants d'Israël sont témoins du Nom, comme il est écrit "vous êtes mes témoins" (Is 43,10), et il est écrit "s'il est témoin, soit qu'il ait vu, soit qu'il ait su" (Lv 5,1) : il y a témoignage par la vision et par la connaissance.

Et en vérité "tout ce que l'Éternel a fait, il l'a fait pour lui-même" (Pr 16,4), pour son témoignage, comme il est dit dans les Midrachim. Ainsi tout le monde et sa plénitude sont témoins du Saint béni soit-Il, et même les sages des nations témoignent malgré eux du Créateur, car le savant en sciences naturelles voit lui aussi les merveilles du Créateur, que son Nom soit béni.

Mais des enfants d'Israël il est écrit "à toi il a été montré pour savoir" (Dt 4,35), car ils sont témoins par la vision et par la connaissance. Et ils l'ont mérité par la sortie d'Égypte et le don de la Torah, comme il est dit à ce sujet "qu'il me baise des baisers de sa bouche" (Ct 1,2).

Et cet aspect se révèle le saint Chabbat, comme il est dit "pour savoir que je suis l'Éternel qui vous sanctifie" (Ex 31,13). C'est pourquoi il est écrit "et tu te souviendras que tu as été esclave... c'est pourquoi il t'a ordonné... de faire... le jour du Chabbat" (Dt 5,15), qui est témoignage et souvenir de la sortie d'Égypte.

Car avant la délivrance d'Égypte il n'était pas possible de parvenir à cette connaissance et à ce témoignage. Et en vérité c'est ce que nos Sages ont dit : "un bon présent, j'en ai dans ma chambre au trésor" (Chabbat 10b), qui est caché et dissimulé ; c'est pourquoi il ne peut y avoir en lui l'aspect de la vision, seulement la connaissance, comme l'explique le Zohar sur la différence entre "je suis apparu" (vaéra) et "je me suis fait connaître" (nodati) -- vois là.

Et cette connaissance, le Saint béni soit-Il l'a plantée dans chaque âme d'Israël ; il faut seulement une délivrance pour la faire passer de la puissance à l'acte, et le Chabbat est un souvenir de la sortie d'Égypte, où se révèle cette connaissance par la force de l'âme supplémentaire.

תרס"ב

Année [תרס"ב].

במדרש ראה נתתיך אלקים לפרעה. הה"ד מי זה מלך הכבוד כו' שחלק מכבודו ליראיו וקרא למשה בשמו ע"ש.

ופרעה עשה עצמו אלוה אמר הקב"ה יראה זה ויאמר זה אלוה ע"ש. כי הקב"ה מלך מלכי המלכים ב"ה וב"ש ומנהיג כל העולמות.

אבל הנהגת עוה"ז בדרך הטבע וזה מושל על זה ויש שרים ממונים על כל אומה ועל כל מיני נבראים. אבל מי שזוכה להיות עבד ה' בעצם זוכה שיגלה הקב"ה עליו כבוד מלכותו ביחוד.

זה עיקר הכבוד שלא להיות עבד ח) רק למלך מלכי המלכים. וישראל זכו לזה במתן תורה.

אנכי ה"א. עליך יחדתי אלקותי ביחוד.

וכמו אותו הרשע פרעה לפי שפרק ממנו עול מלכות שמים לגמרי ואמר אני אלוה. ירד עוד ביותר להיות משה אלקים לפרעה.

מכ"ש מדה טובה מרובה מי שמקבל עליו בכל יום מלכות שמים. ורוצה להיות משועבד תמיד תחת עול מ"ש.

מסירין ממנו כל אלה המדרגות וזוכה לחסות תחת כנפי שכינת מלכותו ית"ש. וכדאיתא במשנה המקבל עליו עול תורה מעבירין ממנו עול מלכות ועול ד"א.

פי' שיוצא מהנהגת הטבע ולכן אין לך בן חורין אלא העוסק בתורה שע"י התורה זוכין להיות נמסר תחת מלכותו ית"ש ביחוד. ולכן אין כבוד אלא תורה.

ושלמה המלך קרא הארון מלך הכבוד. וכ"כ בי מלכים ימלוכו כי עבד מלך מלך:

Dans le Midrach : "Vois, je t'ai établi dieu (elokim) pour Pharaon" (Ex 7,1). C'est ce que dit le verset "qui est ce roi de gloire..." (Ps 24,10) -- car il a partagé de sa gloire avec ceux qui le craignent et a appelé Moché par son nom -- vois là.

Et Pharaon s'est fait lui-même divinité ; le Saint béni soit-Il dit : que celui-ci qui craint voie, et que celui-là qui dit "je suis dieu" voie -- vois là. Car le Saint béni soit-Il est le Roi des rois des rois, béni soit-Il et béni soit son Nom, et il conduit tous les mondes.

Mais la conduite de ce monde-ci se fait par la voie de la nature, l'un dominant sur l'autre, et il y a des princes (sarim) préposés sur chaque nation et sur chaque espèce de créatures. Mais celui qui mérite d'être serviteur de Dieu dans l'essence mérite que le Saint béni soit-Il révèle sur lui la gloire de sa royauté de manière singulière.

Voilà l'essentiel de la gloire : n'être serviteur que du Roi des rois des rois. Et Israël l'a mérité au don de la Torah : "Je suis l'Éternel ton Dieu" -- c'est sur toi que j'ai singularisé ma divinité de manière unique.

Et de même que ce mécréant, Pharaon, parce qu'il a entièrement rejeté de lui le joug de la royauté des cieux et a dit "je suis dieu", est descendu encore plus bas, au point que Moché fut "dieu pour Pharaon" -- à plus forte raison, la mesure de bien étant plus abondante, celui qui accepte sur lui chaque jour la royauté des cieux et veut être asservi en permanence sous le joug de la royauté des cieux : on lui retire tous ces degrés de la nature et il mérite de s'abriter sous les ailes de la Chekhina de sa royauté, que son Nom soit béni. Et comme il est rapporté dans la Michna : celui qui accepte sur lui le joug de la Torah, on écarte de lui le joug de la royauté temporelle et le joug des affaires du monde (Avot 3,5).

Explication : il sort de la conduite de la nature. C'est pourquoi "tu n'as d'homme libre que celui qui s'occupe de la Torah" (Avot 6,2), car par la Torah on mérite d'être remis sous sa royauté, que son Nom soit béni, de manière singulière.

C'est pourquoi "il n'est de gloire que la Torah" (Avot 6,3). Et le roi Salomon a appelé l'Arche "roi de gloire".

Et de même il est écrit "par moi règnent les rois" (Pr 8,15), car le serviteur du roi est roi.

איתא במד' וחנפי לב ישימו אף. הרשעים מאחר שהקב"ה מצפה שיעשו תשובה ואין עושין אפי' באים לשוב באחרונה נוטל את לבם.

לא ישועו כי אסרם כו'. ויש ללמוד מזה ק"ו מה מדת פורעניות מעוטה.

וידו פתוחה לקבל שבים. מ"מ ברוב פשעם נועל מהם דרכי תשובה.

מכ"ש מדה טובה מרובה. הצדיקים שעושין תשובה בכל עת.

אפי' על עבירות קלות ושגגות. אפי' נזדמן להם עבירות שאין התשובה בלבד מכפרת.

אעפ"כ הקב"ה פותח להם שערי תשובה. וע"ז נאמר פותח שער לדופקי בתשובה.

כי שערי תשובה לעולם פתוחים. רק אפי' אותן העבירות שאין תשובה מועלת להם כדאיתא בזוה"ק דלא חמאין אפי שכינתא.

אעפ"כ הקב"ה פותח שערים חדשים לדופקי בתשובה. ונראה דביצ"מ הי' צריכין ב' אלה הבחי'.

כי פרעה מרוב המכות הי' רוצה לשוב. ובבנ"י הי' נמצאים עונות שצריכים תיקון מה שאין שערי תשובה פתוחין להם.

והקב"ה עשה בב' הבחי' לפנים משורת הדין. להפרע מן הרשעים.

וליתן שכר טוב לצדיקים:

Il est rapporté dans le Midrach : "les hypocrites de cœur amassent la colère" (Jb 36,13). Les mécréants : puisque le Saint béni soit-Il attend qu'ils fassent pénitence (techouva) et qu'ils ne la font pas, même s'ils viennent finalement se repentir, il leur prend le cœur -- "ils ne crient pas car il les a liés..." (Jb 36,13).

Et l'on peut en tirer un raisonnement à fortiori (kal va-homer) : si la mesure du châtiment, qui est moindre -- alors que sa main est ouverte pour recevoir les pénitents -- malgré cela, à cause de l'abondance de leurs crimes, il leur ferme les chemins de la pénitence ; à plus forte raison la mesure de bien, qui est plus abondante. Les justes qui font pénitence en tout temps, même sur des fautes légères et des inadvertances, même s'il leur arrive des fautes que la pénitence seule n'expie pas -- malgré cela le Saint béni soit-Il leur ouvre les portes de la pénitence.

Et c'est de cela qu'il est dit "il ouvre la porte à ceux qui frappent par la pénitence". Car les portes de la pénitence sont toujours ouvertes.

Seulement, même ces fautes pour lesquelles la pénitence n'est d'aucun secours -- comme il est rapporté dans le Zohar, "ceux qui ne voient pas le visage de la Chekhina" -- malgré cela le Saint béni soit-Il ouvre des portes nouvelles à ceux qui frappent par la pénitence. Et il apparaît qu'à la sortie d'Égypte on avait besoin de ces deux aspects.

Car Pharaon, à cause de l'abondance des plaies, voulait se repentir ; et parmi les enfants d'Israël se trouvaient des fautes exigeant une réparation (tikoun), pour lesquelles les portes de la pénitence ne sont pas ouvertes. Et le Saint béni soit-Il a agi dans les deux aspects au-delà de la stricte mesure du droit (lifnim mi-chourat ha-din) : pour châtier les mécréants et pour donner bonne récompense aux justes.

תרס"ג

Année [תרס"ג].

וידבר אלקים כו'. ויאמר אני ה'.

כבר כ' במ"א כמו שבריאת העולם בתחילה עלה במחשבה לבראותו במדה"ד וראה שאין מתקיים. שיתף עמו מדה"ר כמו כן בגאולת מצרים.

והנה מתחילת השליחות שאל מרע"ה וכי אוציא באיזה זכות והשיב לו הש"י בהוציאך כו' תעבדון בזכות קבלת התורה בלבד. ואם הי' נמשכין אחר מדרגת מרע"ה שהוא עצם התורה.

הי' גאולה שלימה במדה"ד כמ"ש וידבר אלקים כו' אנכי ה"א אשר הוצאתיך. אבל כשלא נמשכו אחר מדרגה זו שיתף הקב"ה זכות אבות כמ"ש וארא כו' וגם הקמותי כו' בריתי אתם כו'.

שהרי כ' ולא שמעו אל משה. ולא לחנם אמר מרע"ה והן לא יאמינו.

ולא ישמעו בקולי. ואיתא בגמ' שהקב"ה השיב לו בנ"י מאמינים בני מאמינים ואתה אין סופך להאמין דכ' יען לא האמנתם כו'.

פי' בנ"י יש בכחם מושרש האמונה בכח האבות. ואפי' שבגלות אין יכולין להוציא מכח אל הפועל זו האמונה.

אבל הם בני מאמינים. ובאמת כמו שצריכין להאמין בהקב"ה אף שאין יכולין להבין הנהגה הנעלמת של הקב"ה.

כמו כן צריכין להאמין בבנ"י אפי' שנראין כעורין ושחורין כמ"ש שחורה אני ונאוה. ולכן התרעם עליו הקב"ה שהי' לו להאמין בבנ"י.

וגם במאמר יען לא האמנתם כו' להקדישני לעיני בנ"י. הי' ג"כ רק חסרון אמונה בבנ"י שסבור שלא יוכלו לקבל זו ההנהגה שנצטוה ודברתם אל הסלע.

לפי שהמרו את רוחו. אבל הי' צריך להאמין שהחטא רק במקרה בבנ"י.

וכן גם עתה אע"פ שלא שמעו אל משה מ"מ הדיבור נכנס בהם בכח שצירף הקב"ה מעשה אבות וצירף אהרן שיקבל ממשה. והם יקבלו מן אהרן.

וגם צירף ראשי בית אבותם כמ"ש במד'. וע"ז נאמר קול דודי כו' זה בא מדלג על ההרים.

שהקול בא לבנ"י בכח ההרים והגבעות שהכין להם הקב"ה ברחמיו עצות שיוכלו לקבל הדברים:

"Et Dieu (elokim) parla... et il dit : je suis l'Éternel" (Ex 6,2). J'ai déjà écrit ailleurs que, de même que pour la création du monde il monta d'abord dans la pensée de le créer par la mesure de rigueur (midat ha-din), et voyant qu'il ne subsistait pas il lui associa la mesure de miséricorde (midat ha-rahamim), de même pour la délivrance d'Égypte.

Et voici, des le début de la mission, Moché notre maître demanda : par quel mérite les ferai-je sortir ? Et le Saint, que son Nom soit béni, lui répondit "quand tu feras sortir... vous servirez Dieu sur cette montagne" (Ex 3,12) -- par le seul mérite de la réception de la Torah.

Et s'ils avaient suivi le degré de Moché notre maître, qui est l'essence même de la Torah, la délivrance aurait été complète par la mesure de rigueur, comme il est dit "et Dieu parla... Je suis l'Éternel ton Dieu qui t'ai fait sortir".

Mais lorsqu'ils ne suivirent pas ce degré, le Saint béni soit-Il associa le mérite des pères, comme il est dit "je suis apparu... et j'ai aussi établi mon alliance avec eux..." (Ex 6,3-4). Car voici il est écrit "et ils n'écoutèrent pas Moché" (Ex 6,9).

Et ce n'est pas en vain que Moché notre maître dit "voici, ils ne me croiront pas et n'écouteront pas ma voix" (Ex 4,1). Et il est rapporté dans la Guemara que le Saint béni soit-Il lui répondit : les enfants d'Israël sont des croyants fils de croyants, et toi, ta fin sera de ne pas croire, comme il est écrit "parce que vous n'avez pas cru..." (Nb 20,12) (Chabbat 97a).

Explication : les enfants d'Israël ont en leur puissance la foi enracinée par la force des pères ; et même si, dans l'exil, ils ne peuvent faire passer cette foi de la puissance à l'acte, ils sont néanmoins fils de croyants. Et en vérité, de même qu'il faut croire au Saint béni soit-Il bien qu'on ne puisse comprendre sa conduite cachée, de même il faut croire aux enfants d'Israël même s'ils paraissent laids et noirs, comme il est dit "je suis noire et belle" (Ct 1,5).

C'est pourquoi le Saint béni soit-Il lui fit reproche, car il aurait dû croire aux enfants d'Israël. Et de même, dans la parole "parce que vous n'avez pas cru... pour me sanctifier aux yeux des enfants d'Israël" (Nb 20,12), ce ne fut aussi qu'un manque de foi dans les enfants d'Israël, car il pensait qu'ils ne pourraient recevoir cette conduite qui lui avait été ordonnée -- "et vous parlerez au rocher" (Nb 20,8) -- parce qu'ils avaient irrité son esprit ; mais il aurait dû croire que la faute n'était que fortuite chez les enfants d'Israël.

Et de même aussi maintenant, bien qu'ils n'aient pas écouté Moché, malgré cela la parole entra en eux par la force que le Saint béni soit-Il associa : il joignit l'œuvre des pères, joignit Aaron pour qu'il reçoive de Moché et qu'eux reçoivent d'Aaron, et joignit aussi les chefs de leurs maisons paternelles, comme il est dit dans le Midrach. Et c'est de cela qu'il est dit "la voix de mon bien-aimé... voici il vient bondissant sur les montagnes" (Ct 2,8), car la voix vient aux enfants d'Israël par la force des montagnes et des collines que le Saint béni soit-Il a préparées pour eux dans sa miséricorde -- des moyens (etsot) pour qu'ils puissent recevoir les paroles.

תרס"ד

Année [תרס"ד].

בד' לשונות של גאולה. כי האדם יש בו מד' יסודות ארמ"ע.

ואיתא בזוה"ק שמות על פסוק מארבע רוחות באי הרוח שגם הרוח יש בו מד' יסודות רוחניים ע"ש. כי הקב"ה צר צורת הגוף בדמיון הנפש כמ"ש חז"ל אין צייר כאלקינו.

ולכן יש ד' גאולות שצריך הנפש להיות נגאל מד' יסודות הגוף הגשמיי. וזה עיקר הגאולה שיתמשכו יסודות הגוף אחר יסודות הנפש.

ולכן יש ד' בחינות עיקריות בעבודת הבורא יראה אהבה תורה ומצות כמ"ש בזוה"ק בכמה מקומות מול ד' אותיות ה'. יראה בחי' אש.

אהבה מים. תורה רוח.

מצות תיקון הגוף בבחי' עפר שהיא בחי' תחתונה מכולם. ובפרטות יותר כמו שיש תרי"ג איברים וגידים בגוף.

כן רמ"ח ושס"ה מצות בנפש. וכמ"ש בס' שער הקדושה שע"ז נאמר וחי בהם.

ואמרו חז"ל רצה הקב"ה לזכות א"י הרבה להם תורה ומצות שע"י מזוכך הגוף להתמשך אחר הארת הנשמה. כי באמת שורש ד' יסודות נקשרים בד' בחי' אותיות ה'.

ושם מתאחדין ד' יסודות רוחניות וטבעיות. ולכן ש"ק זכר ליצ"מ וזכרון למעשה בראשית.

פי' במעשה בראשית הי' הכל אחדות אחד. וע"י יצ"מ נשאר זכר זה לבנ"י בשבתות ומועדים.

שיש בהם הארה מיצ"מ ומפתח של הגאולה. וד' בחי' הנ"ל הם ד' גאולות של ד' מלכיות וגלות שלנו בחי' עפר מדרגה התחתונה עד שיהי' גאולה שלימה במהרה.

כמ"ש כי שחה לעפר נפשנו כו' קומה עזרתה לנו:

Sur les quatre expressions de la délivrance. Car l'homme a en lui les quatre éléments -- feu, air, eau, terre (ARMA).

Et il est rapporté dans le Zohar Chemot, sur le verset "des quatre vents viens, ô souffle" (Ez 37,9), que le souffle (roua'h) lui aussi contient quatre éléments spirituels -- vois là. Car le Saint béni soit-Il a formé la figure du corps à l'image de l'âme, comme l'ont dit nos Sages "il n'est pas d'artiste comme notre Dieu" (Berakhot 10a).

C'est pourquoi il y a quatre délivrances, car l'âme doit être délivrée des quatre éléments du corps matériel. Et c'est là l'essentiel de la délivrance : que les éléments du corps soient entraînés à la suite des éléments de l'âme.

C'est pourquoi il y a quatre aspects essentiels dans le service du Créateur -- crainte, amour, Torah et commandements (mitsvot) -- comme il est dit dans le Zohar en plusieurs endroits, en correspondance des quatre lettres du Nom ה'. La crainte est l'aspect du feu ; l'amour, l'eau ; la Torah, l'air (roua'h) ; les commandements, la réparation (tikoun) du corps, dans l'aspect de la terre, qui est le degré le plus bas de tous.

Et plus en détail : de même qu'il y a six cent treize (613) membres et tendons dans le corps, de même il y a deux cent quarante-huit (248) commandements positifs et trois cent soixante-cinq (365) commandements négatifs dans l'âme. Et comme il est écrit dans le livre Chaar ha-Kedoucha que c'est à ce sujet qu'il est dit "et il vivra par eux" (Lv 18,5).

Et nos Sages ont dit : le Saint béni soit-Il a voulu rendre méritant Israël, aussi leur a-t-il multiplié la Torah et les commandements (Makot 23b), car par eux le corps est purifié pour être entraîné à la suite de l'illumination de l'âme. Car en vérité la racine des quatre éléments est nouée aux quatre aspects des lettres du Nom ה', et là s'unifient les quatre éléments spirituels et naturels.

C'est pourquoi le saint Chabbat est souvenir de la sortie d'Égypte et mémorial de l'œuvre de la création (maasse berechit). Explication : dans l'œuvre de la création tout était une unité une ; et par la sortie d'Égypte ce souvenir demeura pour les enfants d'Israël dans les Chabbats et les fêtes, où il y a une illumination de la sortie d'Égypte et la clef de la délivrance.

Et les quatre aspects susdits sont les quatre délivrances des quatre royaumes d'exil ; et notre exil est l'aspect de la terre, le degré le plus bas, jusqu'à ce que vienne la délivrance complète, bientôt, comme il est dit "car notre âme est courbée jusqu'à la poussière... lève-toi, sois notre secours" (Ps 44,26-27).

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