« Le juste gouverne dans la crainte de Elokim » (II Samuel 23,3). Le Noam Elimele'h l'explique d'après « je me prosternerai vers Ton sanctuaire dans Ta crainte » (Tehilim 5,8). Nos Sages disent : attache-toi aux attributs (midot) du Saint béni soit-Il ; or comment la crainte s'applique-t-elle au Créateur ? Il y a aussi chez Lui une crainte : que l'homme ne pèche et ne soit puni. L'homme doit avoir cette crainte pour son âme. Le juste parfait, s'il voit un homme qui a péché, couvre sur lui par sa sainteté afin qu'il ne soit pas châtié : il gouverne même cette crainte-là.
Aussi : autre lecture par Rachi sur Berechit : le tsadik renverse les rigueurs, les serments « que je mangerai » ; la terre plus forte que l'eau et le repentant ; Ézéchias tourne sa face vers le mur
צדיק מושל ביראת אלקים. ונראה לפרש על פי מה שפירשתי כבר בפסוק "אשתחוה אל היכל קדשך ביראתך", דאמרינן ואתם הדבקים בד׳ כו׳ וכי אפשר לדבק בהשי"ת ב"ה אלא הדבק במדותיו, ולכאורה כיון שאדם צריך לדבק במדותיו של הקב"ה, אם כן קשה איך שייך יראה בהבורא ב"ה, אך מציגו גם כן יראה בהשי"ת, דהיינו שמתיירא ב"ה וב"ש שלא יחטא אדם וייענש חלילה, ונמצא האדם צריך גם כן להיות לו יראה זו שיש להבורא ב"ה, שיתירא לנפשו פן יחטא חלילה, וזהו "אשתחוה כו׳ ביראתך" פירוש במידת יראה זו ששייך בהשי"ת, ביראה זו "אשתחוה אל היכל קדשך" גם אנכי, אך הצדיק השלם אם רואה איזה אדם שחטא להשי"ת, הוא עושה בצדקו ומרצה ומחפה עליו בקדושתו הגדולה לבלתי ענוש ייענש חס ושלום, וזהו "צדיק מושל ביראת אלקים" פירוש שמושל אף ביראה זו של השי"ת ב"ה, דהיינו שלא יחטא האדם וייענש, כי אף שיחטא, הצדיק ההוא מושל בזה ומגין עליו שלא ייענש, ומחפש ומרצה עליו ונסלח לו.
'Le juste gouverne dans la crainte de Elokim' (II Samuel 23,3). Il semble qu'on puisse l'expliquer d'après ce que j'ai déjà expliqué sur le verset 'je me prosternerai vers Ton sanctuaire dans Ta crainte' (Psaumes 5,8).
Car nos Sages disent : 'et vous qui êtes attachés à ה' [votre Dieu]' etc. (Deutéronome 4,4) - or est-il possible de s'attacher au Saint béni soit-Il ?
Mais plutôt : attache-toi à Ses attributs (midot). À première vue, puisque l'homme doit s'attacher aux attributs du Saint béni soit-Il, la difficulté est celle-ci : comment la crainte peut-elle s'appliquer au Créateur béni soit-Il ?
Mais nous trouvons qu'il y a aussi une crainte chez le Saint béni soit-Il, à savoir qu'Il craint, béni et loué soit-Il, que l'homme ne pèche et ne soit puni, à Dieu ne plaise. Il se trouve donc que l'homme doit lui aussi avoir cette crainte qu'a le Créateur béni soit-Il, c'est-à-dire craindre pour son âme de peur de pécher, à Dieu ne plaise.
Et c'est là le sens de 'je me prosternerai... dans Ta crainte', c'est-à-dire par cet attribut de crainte qui s'applique au Saint béni soit-Il : par cette crainte-là, 'je me prosternerai vers Ton sanctuaire', moi aussi. Mais le juste parfait, s'il voit un homme qui a péché envers le Saint béni soit-Il, il agit par sa justice, il apaise et couvre sur lui par sa grande sainteté afin qu'il ne subisse pas de châtiment, à Dieu ne plaise.
Et c'est là le sens de 'le juste gouverne dans la crainte de Elokim' : il gouverne même cette crainte-là du Saint béni soit-Il, à savoir que l'homme ne pèche et ne soit puni ; car même si cet homme pèche, ce juste gouverne cela et le protège pour qu'il ne soit pas puni, il cherche à le disculper et le rend agréable [devant le Ciel], et il lui est pardonné.
או יאמר צדיק מושל כו׳, ומתחילה נקדים לפרש מה שכבר כתבנו מזה, "מתחילה עלה במחשבה לבראו במידת הדין וראה שאין העולם מתקיים שיתפו למידת הרחמים". וקשה וכי חס ושלום יש שינוי לפניו ב"ה וב"ש? ונראה דכך פירושו, "מתחילה עלה" הבורא ב"ה בעולם ה"מחשבה", דהיינו תחילת בריאתו היה בעולם המחשבה במידת הדין, כי שם אין צריכין לרחמים מחמת שאין שם יצר הרע, "וראה שאין העולם מתקיים", פירוש שאז באותו פעם כשברא אותו העולם, ראה גם כן שאין זה העולם עיקר הקיום, כי כל כוונתו היה רק להטיב לברואים וזה כל תענוגו, "ושיתף בו מידת הרחמים" פירוש שברא עולם הזה התחתון הצריך לרחמים, וחס ושלום לחשוב שום השתנות חלילה, רק הבריאה היתה כסדר, מתחילה העולם העליון בדין ואחר כך העולם הזה ברחמים.
והנה בעולם העליון הדינים נקראים בשם יראה, כי שם לא שייך דין ועונש, רק בעולם הזה נקראין דינים, לעשות דין ועונש חס ושלום בעוברי רצונו.
Ou bien on expliquera 'le juste gouverne' etc. [autrement].
Introduisons d'abord ce que nous avons déjà écrit à ce sujet : 'À l'origine il monta dans la pensée [divine] de le créer par l'attribut de rigueur (din) ; Il vit que le monde ne pouvait subsister, et Il y associa l'attribut de miséricorde' (Rachi sur Genèse 1,1). Et la difficulté est celle-ci : y aurait-il, à Dieu ne plaise, un changement devant Lui, béni et loué soit-Il ?
Il semble que l'explication soit la suivante. 'À l'origine il monta' : le Créateur béni soit-Il [commença] par le monde de la 'pensée' (mahachava), c'est-à-dire que le commencement de Sa création fut dans le monde de la pensée, par l'attribut de rigueur, car là il n'est pas besoin de miséricorde puisqu'il n'y a pas là de mauvais penchant (yetser hara). 'Et Il vit que le monde ne subsiste pas' : cela signifie qu'alors, au moment même où Il créa ce monde-là, Il vit aussi que ce monde n'est pas l'essentiel de la subsistance, car toute Son intention n'était que de faire du bien à Ses créatures, et c'est là toute Sa jouissance. 'Et Il y associa l'attribut de miséricorde' : cela signifie qu'Il créa ce monde-ci, le monde inférieur, qui a besoin de miséricorde. Et à Dieu ne plaise de penser à un quelconque changement ; simplement, la création s'est faite selon cet ordre : d'abord le monde supérieur par la rigueur, ensuite ce monde-ci par la miséricorde.
Or, dans le monde supérieur, les rigueurs (dinim) sont appelées du nom de 'crainte', car là il n'y a lieu ni à jugement ni à châtiment ; ce n'est que dans ce monde-ci qu'elles sont appelées 'rigueurs', pour exercer jugement et châtiment, à Dieu ne plaise, sur ceux qui transgressent Sa volonté.
והנה הצדיק צריך לעסוק בעבודתו הקדושה להפך את הדינים בעולם הזה גם כן לרחמים, וזהו פירוש המשנה "שבועות שתים שהן ארבע" כו', דעיקר כללות התורה הם שנים, מצוות עשה ולא תעשה, והכללות משניהם הוא הדביקות בבורא ית"ש על ידי מצותיו, והדביקות נקרא בשם "אכילה", דמצינו במלאכים אצל אברהם נאמר בהם ויאכלו, וקשה וכי שייך אכילה אצל המלאכים, אלא שזה קאי על הדביקות, דהיינו אברהם אבינו עליו השלום בקדושתו הגדולה היה מסדר לפניהם השולחן הטהור בקדושה רבה ובדביקות גדול, ודבקו המלאכים ונהנו מדביקות זה של אברהם אבינו עליו השלום שהוא דבר רוחני וזה היה אכילתם, ונמצא לפי זה אכילה נקרא דביקות, וזה לעומת זה שגם אצל עבירה שייך דביקות, כמו שנאמר ותדבק נפשו בדינה כו׳, והדביקות הזאת נקרא גם כן בשם אכילה, כמו שכתוב אכלה ומחתה פיה, וזהו "שבועות שתים שהן" כו׳ "שאוכל ושלא אוכל", פירוש שבועות שאדם מושבע ועומד מהר סיני הם שתים, דהיינו שאוכל הוא הדביקות הטוב שידבק בה האדם, ושלא אוכל הוא הדביקות הרע שירחק ממנה האדם, והוסיפו חכמים עוד שתים "שאכלתי" כו', דהנה העולמות העליונים נבראים במידת הדין כנ"ל, והיינו האותיות למפרע על פי תשר"ק, דכל דבר הישר הוא רחמים וההיפך הוא דין, והעולם הזה הוא על פי א"ב הישר שהוא רחמים, והצדיק צריך להפך מידת הדין לרחמים, וזהו "שאכלתי" דהיינו לשעבר הרומז לתשר"ק לעשותו ישר ע"פ דביקותו ולהפכו לרחמים, והרשעים מהפכין חלילה להיפך, והוא "שלא אכלתי". והמשכיל יבין:
Or le juste doit s'employer, dans son service saint, à renverser les rigueurs en miséricorde dans ce monde-ci aussi. Et c'est là l'explication de la Michna : 'Les serments sont deux qui sont quatre' etc.
(Chevouot 3,1). Car l'essentiel de l'ensemble de la Torah tient en deux choses, les commandements positifs et les commandements négatifs ; et ce qui résume les deux, c'est l'attachement (devekout) au Créateur béni soit Son Nom par Ses commandements.
Et l'attachement est appelé du nom de 'manger' (akhila), car nous trouvons à propos des anges chez Abraham qu'il est dit d'eux 'et ils mangèrent' (Genèse 18,8) ; et la difficulté est : le fait de manger s'applique-t-il aux anges ? Mais cela se rapporte à l'attachement : Abraham notre père, la paix sur lui, dans sa grande sainteté, dressait devant eux la table pure avec une grande sainteté et un grand attachement, et les anges s'attachèrent et tirèrent jouissance de cet attachement d'Abraham notre père, la paix sur lui, qui est une chose spirituelle, et ce fut là leur nourriture.
Il ressort de là que 'manger' est le nom de l'attachement. Et 'l'un en face de l'autre' (Ecclésiaste 7,14) : dans la transgression aussi il y a un attachement, comme il est dit 'et son âme s'attacha à Dina' etc.
(Genèse 34,3), et cet attachement-là est lui aussi appelé du nom de 'manger', comme il est écrit 'elle mange et essuie sa bouche' (Proverbes 30,20). Et c'est là le sens de 'les serments sont deux qui sont' etc., 'que je mangerai et que je ne mangerai pas' : cela signifie que les serments dont l'homme est déjà tenu depuis le mont Sinaï sont deux, à savoir 'que je mangerai', qui est le bon attachement auquel l'homme doit s'attacher, et 'que je ne mangerai pas', qui est le mauvais attachement dont l'homme doit s'éloigner.
Et les Sages en ont ajouté deux autres : 'que j'ai mangé' etc. Car voici, les mondes supérieurs sont créés par l'attribut de rigueur comme ci-dessus, ce qui correspond aux lettres à rebours, selon l'ordre tachrak (תשר״ק, l'alphabet inverse) ; car toute chose droite est miséricorde et son contraire est rigueur, tandis que ce monde-ci est selon l'alphabet droit alef-beth, qui est miséricorde.
Et le juste doit renverser l'attribut de rigueur en miséricorde, et c'est là le sens de 'que j'ai mangé', c'est-à-dire le passé, qui fait allusion au tachrak, pour le redresser par son attachement et le transformer en miséricorde ; et les méchants renversent au contraire, à Dieu ne plaise, dans l'autre sens, et c'est là le sens de 'que je n'ai pas mangé'. Et l'homme avisé comprendra.
לרוקע הארץ על המים. נראה דהנה העולם נברא בארבע יסודות ארמ"ע, ויסוד העפר הוא דבר עב וחומר הממשיך את האדם לתאוות הגופניות, ולכן הוא קשה מאוד לפעמים לשבר כח התאוה, על ידי שלא קדשו עצמם אביו ואמו בשעת תשמיש ויסוד העפר הוא גדול בו על ידי זה.
וזהו דאמרינן בגמרא במקום שבעלי תשובה עומדים אין צדיקים גמורים יכולין לעמוד, והוא לכאורה דבר זר שהצדיק דמעיקרא לא יהיה יכול לעמוד במחיצת אשר מעולם עבר ושנה ועשה תשובה, אלא מחמת שבעל תשובה קשה לו ליפרד מתאוות הגופניות על ידי שחומרו עב, ואף על פי כן הוא משבר עצמו בכל כוחו את תאותו, ולכן שכרו הרבה מאוד. אבל יסוד המים הוא ממשיך את האדם לעבודת הבורא ית"ש, ונמצא זה חסד אל על האדם שמשבר כח תאותו ומגביר יסוד המים על העפר.
וזהו "לרוקע הארץ על המים", פירוש "רוקע" הוא לשון חיזוק כפירוש רש"י על יהי רקיע בתוך המים, והיינו "לרוקע הארץ על המים" פירוש שברא הקב"ה יסוד העפר, שהוא חזק יותר מיסוד המים שהוא ממשיך את האדם לתאוות כנ"ל, "כי לעולם חסדו" למען ישבר האדם את כח תאוותו אף שקשה עליו מאד, ועל ידי זה חסדים גדולים באים לעולם:
'À Celui qui étend la terre sur les eaux' (Psaumes 136,6). Il semble que voici : le monde à été créé par quatre éléments, ארמ״ע (ech - feu, roua'h - air, mayim - eau, afar - terre).
L'élément terre est une chose épaisse et matérielle qui entraîne l'homme vers les désirs corporels ; c'est pourquoi il est parfois très difficile de briser la force du désir, parce que son père et sa mère ne se sont pas sanctifiés au moment de l'union conjugale, et que par là l'élément terre est grand en lui. Et c'est là le sens de ce que nous disons dans la Guemara : 'À la place où se tiennent les repentants, les justes parfaits ne peuvent se tenir' (Berakhot 34b).
Cela paraît à première vue étrange, que le juste qui l'a été dès l'origine ne puisse se tenir dans l'enclos de celui qui jadis a transgressé, récidivé, puis fait repentance. Mais c'est parce qu'il est difficile au repentant de se séparer des désirs corporels, du fait que sa matière est épaisse, et que malgré cela il brise son désir de toute sa force ; c'est pourquoi sa récompense est très grande.
Mais l'élément eau, lui, entraîne l'homme vers le service du Créateur béni soit Son Nom, et il se trouve que c'est une bonté de Dieu envers l'homme, qu'il brise la force de son désir et fasse prévaloir l'élément eau sur la terre. Et c'est là le sens de 'à Celui qui étend la terre sur les eaux' : 'roka' (רוקע) est un terme de renforcement, comme l'explique Rachi sur 'qu'il y ait un firmament au milieu des eaux' (Genèse 1,6) ; ainsi 'Celui qui étend la terre sur les eaux' signifie que le Saint béni soit-Il a créé l'élément terre plus fort que l'élément eau, cet élément terre qui entraîne l'homme vers les désirs comme ci-dessus, 'car Sa bonté est éternelle' (Psaumes 136,6), afin que l'homme brise la force de son désir bien que cela lui soit très difficile ; et par cela de grandes bontés (hassadim) viennent au monde.
ויסב חזקיהו פניו אל הקיר כו׳. כי בגמרא אמרו המתפלל צריך שלא יהיה דבר חוצץ בינו ובין הקיר.
ועוד אמרו שלשה דברים מזכירין כו׳ ואחד מהן קיר נטוי, כי כשהולך אדם תחת הקיר נטוי בודקין אותו אם ראוי לזה שלא תיפול הקיר עליו. ובגמרא הראשונה יש לדקדק בלשון "הקיר" בה"א הידיעה, ולמה לא אמר סתם בינו לבין קיר, אך על פי הגמרא שניה הוא מדויק שפיר, והפירוש הוא כך, לפי שאדם קודם התפילה צריך לטהר מחשבותיו שיהיו בלי שום פיגול, ולפשפש במעשיו אם חטא לעשות תשובה שלימה, שתוכל התפילה לעלות בלי שום מסך המבדיל, רק זכה וברורה בלי פיגול כלל, ובוודאי האדם המדקדק על עצמו להרהר בתשובה תמיד ולפשפש במעשיו כראוי, וממילא הוא מטוהר ומנוקה מכל עוון וחטא, ומותר לו לילך תחת קיר נטוי, כי אף שיבדקו בו יצא זכאי, כי התשובה מועלת לכל ומגינה עליו.
וזה הוא הפירוש "המתפלל צריך שלא יהיה דבר חוצץ בינו ובין הקיר", פירושו הקיר הידוע דהיינו קיר נטוי, פירוש שצריך לפשפש כל כך עד שלא יהא הקיר נטוי חציצה אף אם יעבור תחתיו, ואז ילך להתפלל, ובוודאי תהיה תפילתו זכה וברורה ותעשה פירות למעלה ושורש למטה, וזהו שנאמר בחזקיהו "ויסב חזקיהו פניו אל הקיר", פירושו כדלעיל שפשפש במעשיו כל כך עד שלא תהיה הקיר הפסק בינו לבינו, ואז היתה תפילתו זכה מאד. וק"ל.
'Et Ézéchias tourna sa face vers le mur' etc. (Isaie 38,2).
Car dans la Guemara ils ont dit : celui qui prie doit veiller à ce que rien ne fasse écran entre lui et le mur (Berakhot 5b). Et ils ont dit encore : trois choses rappellent les fautes de l'homme etc., et l'une d'elles est un mur penché (Berakhot 55a) ; car lorsqu'un homme passe sous un mur penché, on l'examine [en haut] pour savoir s'il mérite que le mur ne tombe pas sur lui.
Or, dans la première Guemara, il y a lieu de scruter l'expression 'le mur' avec l'article défini : pourquoi n'a-t-il pas dit simplement 'entre lui et un mur' ? Mais d'après la seconde Guemara, l'expression est parfaitement exacte, et l'explication est là suivante.
Parce que l'homme, avant la prière, doit purifier ses pensées pour qu'elles soient sans aucune souillure (pigoul), et scruter ses actes, s'il a péché, afin de faire une repentance complète, en sorte que la prière puisse monter sans aucun écran séparateur, mais pure et limpide, sans souillure aucune. Et assurément, l'homme qui est exigeant envers lui-même au point de méditer constamment la repentance et de scruter ses actes comme il convient, celui-là est par là même purifié et net de toute faute et de tout péché, et il lui est permis de passer sous un mur penché, car même si on l'examine il sortira innocent, la repentance servant à tout et le protégeant.
Et c'est là l'explication de 'celui qui prie doit veiller à ce que rien ne fasse écran entre lui et le mur' : le mur connu, c'est-à-dire le mur penché ; cela signifie qu'il doit scruter ses actes à un tel point que le mur penché ne fasse plus écran même s'il passe dessous, et alors qu'il aille prier ; et assurément sa prière sera pure et limpide, elle portera des fruits en haut et prendra racine en bas. Et c'est là le sens de ce qui est dit d'Ézéchias, 'et Ézéchias tourna sa face vers le mur', dont l'explication est comme ci-dessus : il scruta ses actes à un tel point que le mur ne fut plus une séparation entre lui et Lui, et alors sa prière fut très pure.
Et cela est facile à comprendre.
הוגעתם את ה׳ בדבריכם. כי האדם צריך להיות מחשבותיו כל כך ברורים, עד שכל הדברים שידבר שלא יהיו לריק, ויגיעו עד כסא הכבוד ויעשו פרי, וכל עבודת האדם צריך זאת, להיות תמיד דבוק בו ית', וכאשר ידבר איזה דיבור, יהיה מחשבתו בזה הדיבור הכל לכבוד הבורא ב"ה, ואף שידבר בצרכי העולם כוונתו יהיה לשמים.
וזה הוא הפירוש בפסוק "הוגעתם את ה׳ בדבריכם", הפסוק מלמדינו שיהיה דברינו כל כך ברורים עד שיגיעו אל הבורא ב"ה, וזה פירוש הפסוק "כל הדברים יגעים לא יוכל איש לדבר", כי צריך לעבוד על זה המדריגה תמיד, שיגיעו דבריו אל הבורא ב"ה, ולא יסבור שכבר הוא במדריגה זו, לפי שזה צריך עבודה תמידית, ושפלות האדם שהוא ההכנעה והעניוות, וכשיסבור שכבר הוא במדריגה זו, אם כן יש לו גאות, וכיון שיש לו גאות בוודאי אין לו מדריגה זו. וזהו "כל הדברים יגעים" דהיינו הדברים שאתה סובר שכבר הגיעו אל ה׳ ית׳ ב"ה, בוודאי "לא יכול איש לדבר" כי בוודאי אינו כך, כיון שסובר כך כדלעיל, וק"ל.
'Vous avez fatigué ה' par vos paroles' (Malachie 2,17). Car l'homme doit avoir des pensées si limpides que toutes les paroles qu'il prononce ne soient pas vaines, mais parviennent jusqu'au Trône de gloire et portent du fruit ; et tout le service de l'homme requiert cela : être toujours attaché à Lui, béni soit-Il.
Et lorsqu'il prononce une parole, que sa pensée dans cette parole soit tout entière pour l'honneur du Créateur béni soit-Il ; et même lorsqu'il parle des besoins de ce monde, que son intention soit tournée vers le Ciel. Et c'est là l'explication du verset 'vous avez fait parvenir ה' par vos paroles' (הוגעתם, qui se lit ici du verbe faire atteindre) : le verset nous enseigne que nos paroles doivent être si limpides qu'elles parviennent jusqu'au Créateur béni soit-Il.
Et c'est là l'explication du verset 'toutes les paroles sont fatigantes (yégué'im), nul homme ne saurait le dire' (Ecclésiaste 1,8) : car il faut travailler constamment à ce niveau, pour que ses paroles parviennent au Créateur béni soit-Il, et il ne doit pas penser qu'il est déjà à ce niveau, car cela requiert un travail permanent, ainsi que la bassesse de l'homme, c'est-à-dire la soumission et l'humilité ; et s'il pense qu'il est déjà à ce niveau, alors il a de l'orgueil, et puisqu'il a de l'orgueil, assurément il n'a pas ce niveau. Et c'est là le sens de 'toutes les paroles parviennent (yégué'im)', c'est-à-dire les paroles dont tu penses qu'elles sont déjà parvenues jusqu'à ה' béni soit-Il : assurément 'nul homme ne saurait le dire', car assurément il n'en est pas ainsi, puisqu'il pense ainsi, comme ci-dessus.
Et cela est facile à comprendre.
ההופכי הצור אגם מים חלמיש למעינו מים. נראה כי יש שני צדיקים, הצדיק האחד יש שממתיק דינים בעבודתו הקדושה, שמהפך מידת הדין למידת הרחמים.
ועוד יש צדיק שאינו עושה שום פעולה לזה, אלא שמכח צדקתו הגדולה ממילא אין הדין יכול לשלוט כלל, והחסדים גוברים בזכותו. וזה הוא "ההופכי" כו׳, כי הדינים נקראים "צור", שהם קשים כמו האבן, והצדיק מהפך אותם לרחמים, ואדרבה ממשיך חסדים, וזהו "ההופכי הצור" שהם הדינים להיות "אגם מים" שהם מרמזין אל החסד, "חלמיש" הוא הצדיק היותר גדול וחזק, כמו חלמיש הזה, "למעינו" כמו למענו, "מים" כלומר בשבילו לבד בלי שום פעולה, רק שזכותו מגין ובא השפע על ידו.
'Qui change le rocher en étang d'eau, le silex en source d'eau' (Psaumes 114,8). Il semble qu'il y a deux sortes de justes.
Le premier juste adoucit les rigueurs par son service saint, en renversant l'attribut de rigueur en attribut de miséricorde. Et il y a un autre juste qui n'accomplit aucune action pour cela, mais qui, par la force de sa grande justice, fait que la rigueur ne peut d'elle-même régner du tout, et les bontés (hassadim) prévalent par son mérite.
Et c'est là le sens de 'Qui change' etc. : car les rigueurs sont appelées 'rocher' (tsour), étant dures comme la pierre, et le juste les renverse en miséricorde, et bien plus, il attire des bontés ; c'est là le sens de 'qui change le rocher', c'est-à-dire les rigueurs, pour qu'il devienne 'un étang d'eau', qui fait allusion à la bonté ('hessed). 'Le silex' (halamich), c'est le juste plus grand et plus fort, semblable à ce silex ; 'lema'ino' (למעינו, sa source) est comme 'lema'ano' (למענו, pour lui) ; 'des eaux', c'est-à-dire pour lui seul, sans aucune action, mais son mérite le protège et l'abondance vient par lui.
שמרו משפט ועשו צדקה כי קרובה ישועתי לבא. דאיתא בגמרא כל העוסק בתורה ובגמילות חסדים ומתפלל עם הציבור כאילו פדאני לי ולבני כו׳.
ולכאורה הלא עסק התורה הכל בכלל, כי זה עיקר עסק התורה לשמה לשמור ולעשות ולקיים, ולמה פרט את אלו, גמילות-חסדים ותפילה עם הציבור. ונ"ל דאיתא בגמרא כל העוסק בתורה לבד דומה כמי שאין לו אלקי אלא בתורה וגמילות חסדים.
ועוד איתא בפסוק גומל נפשו איש חסד. ויבואר הכל בסיגנון אחד.
דהנה אנו מתפללין כרחם אב על בנים כו׳, ולכאורה איך אנו מתפללין שירחם ה' עלינו רק כרחם אב, בוודאי רחמי השי"ת עלינו הם אין קץ. אך נראה דהנה הרחמים של הבורא ב"ה הם כאשר אנחנו הולכים בדרכיו ומתנהגים כשורה, אזי הוא מעורר רחמים עלינו, וחסד הוא לפנים משורת הדין אף לאינו הגון, כדכתיב וחנותי את אשר אחון אף על פי שאינו הגון, וזה שאנו מתפללין שנהיה במדריגה זו שלא נצטרך לחסדים, רק שנתקן את מעשינו והוא מרחם עלינו על פי שורת הדין, כן תרחם עלינו.
'Gardez le droit et pratiquez la justice, car mon salut est proche de venir' (Isaie 56,1). Car il est enseigné dans la Guemara : quiconque s'occupe de Torah et d'actes de bonté (guemilout hassadim) et prie avec la communauté, Je le lui compte comme s'il M'avait racheté, Moi et Mes enfants, etc.
(Berakhot 8a). À première vue, l'étude de la Torah inclut déjà tout, car c'est là l'essentiel de l'étude de la Torah pour elle-même : garder, faire et accomplir ; pourquoi donc a-t-il détaillé ces deux choses, les actes de bonté et la prière avec la communauté ?
Et il me semble [qu'on peut l'expliquer ainsi] : il est enseigné dans la Guemara que quiconque s'occupe de Torah seulement ressemble à celui qui n'a pas de Dieu (Avoda Zara 17b), à moins que ce ne soit la Torah avec les actes de bonté. Et il est encore dit dans le verset : 'l'homme de bonté fait du bien à son âme' (Proverbes 11,17).
Et tout s'expliquera dans un seul et même style. Car voici, nous prions 'comme un père a pitié de ses enfants' etc.
(Psaumes 103,13) ; et à première vue, comment prions-nous que ה' ait pitié de nous seulement 'comme un père a pitié' ? Assurément les miséricordes du Saint béni soit-Il envers nous sont sans fin.
Mais il semble que voici : les miséricordes du Créateur béni soit-Il se manifestent lorsque nous marchons dans Ses voies et nous conduisons comme il convient, et alors Il éveille sur nous la miséricorde ; tandis que la bonté ('hessed) est au-delà de la stricte mesure du droit, même envers celui qui n'en est pas digne, comme il est écrit 'je ferai grâce à qui je ferai grâce' (Exode 33,19), même s'il n'en est pas digne. Et c'est là ce que nous demandons dans la prière : être à ce niveau où nous n'aurons pas besoin de bontés, mais où nous rectifierons nos actes et où Il aura pitié de nous selon la stricte mesure du droit - 'ainsi aie pitié de nous'.
וזהו "העוסק בתורה לבד" כו׳, דעל ידי עסק התורה זוכה אדם לבוא אל הדביקות ולהתעוררות רחמים, ואם עוסק בתורה לבד, פירוש בלא דביקות כי אם שלומד תורה, בודאי הוא מחמת מעשיו המקולקלין, וזהו "דומה כמי שאין לו אלוה", כיון שאין לו דביקות בהבורא ית"ש, אלא בתורה וגמילות חסדים מלשון "הגמל את יצחק", רצה לומר על ידי עסק התורה יגמול החסדים שלא יצטרך עוד אליהם. וזהו "גומל נפשו" פירוש שגומל נפשו מהתאוות הבהמיות, ומרגיל עצמו בתורה ומצוות, שעל ידי זה יבוא האדם אל הנפש השכליות והדביקות, "איש חסד" לשון בעל כמו איש נעמי, דהיינו שהוא בעל ואדון להחסדים, אבל הוא אינו צריך לחסדים.
וזהו גם כן "כל העוסק בתורה ובגמילות חסדים" כנ"ל, שעל ידי התורה הוא גומל החסדים שלא יצטרך אליהם, "ומתפלל עם הציבור" דאיתא בגמרא כל הקובע מקום לתפילתו אלקי אברהם בעזרו, י"ל הפירוש כך, דהנה הצדיק צריך להמשיך השם ב"ה וב"ש לעולם הזה שישרה עמנו וישפיע עלינו, ואחר כך צריך להעלות את השכינה, ולכן אנו אומרים בתפלת י"ח "אלקי אברהם" כו׳, כי מתחילה אנו צריכים לקשר עצמינו באבות, שעל ידם יש כח בידינו להמשיך את הבורא כביכול אלינו בעולם הזה, ואחר כך אנו אומרים "הגדול" כו׳, דהיינו המידות העליונות שאנו מדבקין עצמינו למעלה כדי להעלות השכינה. וזהו "כל הקובע מקום לתפילתו" פירוש שרוצה לקבוע, דהיינו להמשיך השכינה הנקראת "מקום" לתפילתו, "אלקי אברהם בעזרו" פירוש צריך לקשר עצמו תחילה באבות.
והיינו "מתפלל עם הציבור" שמתפלל על צרכי הציבור, שגורם להם השפעות כנ"ל, "כאילו פדאני" דהיינו העלאת השכינה, "ואת בני" שגורם להם השפעות. וזהו "שמרו משפט" פירוש שמרו שלא יהיה כח בדינים לשלוט, שיתעורר רחמים על פי מעשיכם הטובים, "ועשו צדקה" הוא השפעות שהם צדקה לעולם, "כי קרובה ישועתי" ישועה שלי הוא העלאת השכינה.
Et c'est là le sens de 'celui qui s'occupe de Torah seulement' etc. : par l'étude de la Torah, l'homme mérite de parvenir à l'attachement (devekout) et à l'éveil de la miséricorde ; et s'il s'occupe de Torah seulement, c'est-à-dire sans attachement, mais qu'il étudie seulement la Torah, cela vient assurément de ses actes corrompus. Et c'est là le sens de 'il ressemble à celui qui n'a pas de Dieu', puisqu'il n'a pas d'attachement au Créateur béni soit Son Nom ; 'à moins que ce ne soit la Torah et les actes de bonté' (guemilout hassadim), du langage de 'le jour où Its'hak fut sevré' (הגמל את יצחק, Genèse 21,8), c'est-à-dire que par l'étude de la Torah il se sèvre des bontés, en sorte qu'il n'en ait plus besoin.
Et c'est là le sens de 'il fait du bien à son âme' (gomel nafcho) : il sèvre son âme des désirs animaux et s'habitue à la Torah et aux commandements, en sorte que par cela l'homme parvient à l'âme intellectuelle et à l'attachement ; 'un homme de bonté' (ich 'hessed), le mot ich au sens de maître, comme dans 'l'homme de Noemi' (Ruth 1,3), c'est-à-dire qu'il est maître et seigneur des bontés, mais que lui-même n'a pas besoin des bontés. Et c'est aussi le sens de 'quiconque s'occupe de Torah et d'actes de bonté' comme ci-dessus : par la Torah il se sèvre des bontés en sorte qu'il n'en ait plus besoin. 'Et prie avec la communauté' : il est enseigné dans la Guemara que quiconque fixe un lieu pour sa prière, le Dieu d'Abraham est à son secours (Berakhot 6b).
On peut l'expliquer ainsi : voici, le juste doit attirer le Nom béni et loué soit-Il vers ce monde-ci, pour qu'Il réside avec nous et déverse sur nous Son abondance, et ensuite il doit élever la Chekhina ; c'est pourquoi nous disons dans la prière des Dix-huit bénédictions 'Dieu d'Abraham' etc., car nous devons d'abord nous relier aux Patriarches, par lesquels nous avons la force d'attirer le Créateur, pour ainsi dire, vers nous dans ce monde-ci ; et ensuite nous disons 'le Grand' etc., c'est-à-dire les attributs supérieurs (midot) auxquels nous nous attachons en haut afin d'élever la Chekhina. Et c'est là le sens de 'quiconque fixe un lieu pour sa prière' : il veut fixer, c'est-à-dire attirer la Chekhina, appelée 'lieu' (makom), à sa prière ; 'le Dieu d'Abraham est à son secours' : il doit d'abord se relier aux Patriarches.
Et c'est là le sens de 'il prie avec la communauté', qui prie pour les besoins de la communauté et leur procure les effusions comme ci-dessus ; 'comme s'il M'avait racheté', c'est l'élévation de la Chekhina ; 'ainsi que Mes enfants', car il leur procure les effusions. Et c'est là le sens de 'gardez le droit (michpat)' : veillez à ce que les rigueurs n'aient pas la force de régner, en sorte que la miséricorde s'éveille par vos bonnes actions ; 'et pratiquez la justice (tsedaka)', ce sont les effusions, qui sont une charité pour le monde ; 'car mon salut est proche', mon salut à Moi, c'est l'élévation de la Chekhina.