נועם אלימלך

Noam Elimelech — Additions, Likutei Shoshana (5/12)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« À celui qui seul fait de grandes merveilles » (Tehilim 136,4). Un min demande, sur « parmi tous leurs rois, nul n'est comme Toi », s'il y en a comme Lui en Israël. On lui répond qu'Eliyahou a fait revivre le fils de la femme de Tsarfat et a dit « vive Hachem » pour la pluie, comme le Saint béni soit-Il. Selon le Noam Elimele'h, le tsadik accomplit des merveilles, seulement par le Créateur qu'il prie et qui accomplit sa parole ; Hachem n'a besoin d'aucune créature et fait tout seul. « Car éternelle » (ki le-olam) : les merveilles auprès du monde, chez les tsadikim, sont sa bonté, puisqu'Il écoute leur prière et accomplit leur volonté.

Aussi : les bontés cachées des pères sans accusation ; simha (joie) et rina (chant d'allégresse), le permis élevé vers la sainteté ; le jeûne qui fait tsedaka avec l'accusateur

לעושה נפלאות גדולות לבדו כו׳. בגמרא אמרו:

בכל מלכותם מאין כמוך, שאל האי מינא בכל מלכותם הוא דאין כמוך אבל בישראל יש ומנו, אמר ליה אין שמצינו הקב"ה מחיה מתים ואליהו החיה בנה של צרפית, הקב"ה מוריד מטר ואליהו אמר חי ה׳ כו׳. נמצא הצדיק עושה גם כן נפלאות כמו השי"ת ב"ה, אלא שההפרש הוא בין הנפלאות שהצדיק עושה ובין נפלאות ה׳, שהצדיק אינו יכול לעשות שום דבר כי אם על ידי הבורא ב"ה, שמתפלל אליו והבורא ב"ה שומע תפילתו ומקיים דיבורו, ונמצא הצדיק שיכול לפעול איזה דבר, זה הוא הכל בחסדי הבורא ב"ה, אבל השי"ת ב"ה בעצמו אין צריך לשום נברא כלל וכלל, ועושה הכל לבד בלא סיוע אחר, וזו הוא "לעושה נפלאות גדולות לבדו" שעושה בלבדו, "כי לעולם" רצה לומר מה שיש נפלאות אצל העולם, דהיינו הצדיקים, "חסדו" פירוש זה הכל חסדו ששומע תפילתם ועושה רצונם.

"À celui qui seul fait de grandes merveilles etc." (Psaumes 136,4). Dans la Guemara ils ont dit : "parmi tous leurs rois, nul n'est comme Toi" (Jérémie 10,7) - un min (hérétique) demanda : c'est parmi tous leurs rois qu'il n'y a personne comme Toi, mais en Israël il y en a ?

Et qui donc ? Il lui répondit : oui, car nous trouvons que le Saint béni soit-Il fait revivre les morts et qu'Eliyahou a fait revivre le fils de la femme de Tsarfat ; le Saint béni soit-Il fait descendre la pluie et Eliyahou a dit "vive ה' etc." (Rois I 17,1).

Il se trouve donc que le tsadik lui aussi accomplit des merveilles comme Hachem béni soit-Il ; seulement, la différence entre les merveilles que fait le tsadik et les merveilles de ה', c'est que le tsadik ne peut rien faire sinon par le Créateur béni soit-Il, car il Le prie et le Créateur béni soit-Il écoute sa prière et accomplit sa parole. Il se trouve donc que si le tsadik peut opérer quelque chose, tout cela vient des bontés du Créateur béni soit-Il ; mais Hachem béni soit-Il, Lui-même, n'a besoin d'aucune créature, absolument pas, et Il fait tout seul, sans aucune autre aide.

Et c'est le sens de "à celui qui seul fait de grandes merveilles", qu'Il fait par Lui seul ; "car éternelle" (ki le-olam), c'est-à-dire : ce qu'il y a de merveilles auprès du monde (olam), c'est-à-dire chez les tsadikim, "est sa bonté" (hasdo), ce qui signifie que tout cela est sa bonté, puisqu'Il écoute leur prière et accomplit leur volonté.

חסדך ה׳ מלאה הארץ חוקיך למדני. דאנשי כנסת הגדולה תיקנו לומר גומל חסדים טובים, היינו אף למי שאין ראוי והגון, על דרך "הודו לה׳ כי טוב כי לעולם חסדו" בין הגון ובין אינו הגון "לעולם חסדו".

ואנו אומרים "גומל" חסדים כו׳, מלשון ביום הגמל את יצחק, דהיינו שאין אנו צריכין לחסדים האלה, כי השי"ת ב"ה מקבל הכל מאיתנו, ואנו לוקחים בשורת הדין ואין צריכין להחסד, והיינו "קונה הכל" על ידי זה הוא "גומל חסדים" כלומר שאינו עושה כבר בחסד כי אם במידת הדין, ועל דרך שאמרו צדיקים ניזונין בזרוע, אבל זה יש להמקטרג עדיין פתחון פה לקטרג ולומר באמת למה השי"ת מקבל מאיתנו הכל? על זה אנו אומרים "וזוכר חסדי אבות", דהנה יש חסדים מגולים וחסדים מכוסים, והחסדים המכוסים הם נקראים "חסדי אבות", דהזרע אצל האב הוא מכוסה, ועל החסדים המכוסים אין שום קטרוג עליהם, כי אין המקטרג יודע מהם והם מכוסין ממנו. ולזה אומרים "וזוכר חסדי אבות" ושוב אין למקטרג רשות לקטרג עליהם.

"Ta bonté, ה', remplit la terre ; enseigne-moi tes lois" (Psaumes 119,64). Car les hommes de la Grande Assemblée ont institué de dire "Il dispense de bonnes bontés" (gomel hassadim tovim), c'est-à-dire même à qui n'en est ni digne ni convenable, à la manière de "rendez grâce à ה' car Il est bon, car éternelle est sa bonté" (Psaumes 136,1) : digne ou non digne, "éternelle est sa bonté".

Or nous disons "gomel" hassadim etc., du langage de "le jour où Its'hak fut sevré" (be-yom higamel et Its'hak, Genèse 21,8), c'est-à-dire que nous n'avons pas besoin de ces bontés, car Hachem béni soit-Il reçoit tout de nous, et nous prenons selon la ligne du din (la rigueur, le strict droit) et n'avons pas besoin de la bonté ; et c'est "Il acquiert tout" (koneh hakol) : par cela Il est "gomel hassadim", c'est-à-dire qu'Il n'agit déjà plus par bonté mais par la mesure du din, à la manière de ce qu'ils ont dit : les tsadikim sont nourris par la force du bras (bi-zroa). Mais là-dessus l'accusateur a encore matière à ouvrir la bouche pour accuser et dire : en vérité, pourquoi Hachem reçoit-Il tout de nous ?

Sur quoi nous disons "et Il se souvient des bontés des pères" (ve-zokher hasdei avot). Car voici, il y a des bontés dévoilées et des bontés cachées, et les bontés cachées sont appelées "bontés des pères", car la semence chez le père est cachée ; et sur les bontés cachées il n'y a aucune accusation, car l'accusateur n'en sait rien et elles lui sont cachées.

C'est pourquoi nous disons "et Il se souvient des bontés des pères", et dès lors l'accusateur n'a plus permission de les accuser.

וזהו "חסדך ה׳ מלאה הארץ", האמת שהחסד שלך הוא מלאה הארץ, אבל אני מתפלל אליך "חוקיך למדני" דהיינו שתשפיע עלינו החסדים המכוסים, ויהיה תמיד בלי הפסק כחוק, וכנ"ל שלא יהיה להשטן רשות להרהר אחריה.

Et c'est le sens de "ta bonté, ה', remplit la terre" : en vérité, ta bonté remplit la terre, mais moi je te prie "enseigne-moi tes lois" (houkeikha lamdeni), c'est-à-dire que tu répandes sur nous les bontés cachées, et que ce soit toujours sans interruption, comme une loi fixe (hok), et comme ci-dessus, afin que le Satan n'ait pas permission d'y trouver à redire.

ירונו וישמחו חפיצי צדקי כו׳. ד"שמחה" הוא לצדיק כשניצול מאיזה חטא הבא לידו וניצול ממנה אזי ישמח מאד, ו"רינה" הוא כאשר יעשה הצדיק איזה דבר המותר באכילה ושתיה, ועושה זאת לשמים ומכניס אל הקדושה, זה נקרא רינה שהוא למעלה מהשמחה, שמשמח אפילו אחרים על ידי רינתו, כי כל העולמות יש להם תענוג גדול כשמעלין איזה דבר השפל שבעולם התחתון לעולם העליון.

וזהו "ירונו וישמחו חפיצי צדקי" רמז לאותן בני אדם השומרים עצמם מעבירה וחפצים צדקת ה׳, כלומר שיהיה צדיק להשי"ת והם במדריגת שמחה, "ויאמרו תמיד יגדל ה׳" פירוש אותן שאומרים תמיד יגדל ה׳, שרוצים תמיד שיתגדל שמו של הקב"ה ביחודים ודביקות ובעליות מ"נ, הם במדריגת רינה כנ"ל.

"Qu'ils chantent d'allégresse et se réjouissent, ceux qui désirent ma justice etc." (Psaumes 35,27). Car la "joie" (simha) est pour le tsadik lorsqu'il échappe à quelque faute qui s'est présentée à lui et dont il est sauvé : alors il se réjouit grandement.

Et le "chant d'allégresse" (rina) est lorsque le tsadik fait quelque chose de permis, dans le manger et le boire, et qu'il le fait pour le Ciel et l'introduit dans la sainteté : cela s'appelle rina, qui est au-dessus de la simha, car il réjouit même les autres par son chant, puisque tous les mondes ont un grand délice quand on élève quelque chose de bas du monde inférieur vers le monde supérieur. Et c'est le sens de "qu'ils chantent d'allégresse et se réjouissent, ceux qui désirent ma justice" : allusion à ces hommes qui se gardent de la transgression et désirent la justice de ה', c'est-à-dire qu'ils soient justes pour Hachem béni soit-Il - ceux-là sont au degré de la simha ; "et qu'ils disent sans cesse : que ה' soit magnifié", ce qui signifie ceux qui disent constamment "que ה' soit magnifié", qui veulent toujours que le Nom du Saint béni soit-Il soit magnifié par les unifications (yihoudim), l'attachement (dvekout) et les élévations de mayin noukvin (les "eaux femelles", l'éveil qui monte d'en bas) - ceux-là sont au degré de la rina, comme ci-dessus.

או יאמר ירונו כו׳, על דרך הפסוק "מה ה׳ א-להיך שואל מעמך" כו', ושמעתי אומרים ד"מה" רמז לעניוות, לשון "ונחנו מה", זה הוא שה׳ שואל מעמך, שתהיה במדריגת "מה". ויש לומר שזה רמזו רבותינו ז"ל שדרשו חייב אדם לברך מאה ברכות בכל יום, מפסוק הנ"ל אל תקרי מה אלא מאה, הפירוש הוא כך, "אל תקרי מה", שבלתי אפשרי שתבוא למדריגת עניוות להיקרא מה, "אלא מאה" דהיינו באופן שתוכל לברך מאה ברכות בכל יום בלי שום מחשבה זרה, ואז תהיה במדריגת מה.

Ou bien on peut expliquer "qu'ils chantent d'allégresse" etc. à la manière du verset "que demande ה' ton Dieu de toi" etc. (Deutéronome 10,12).

Et j'ai entendu dire que "quoi" (ma) est une allusion à l'humilité, du langage de "et nous, que sommes-nous" (ve-nahnou ma, Exode 16,7) : voilà ce que ה' demande de toi, que tu sois au degré de "ma". Et l'on peut dire que c'est ce qu'ont fait entendre nos maîtres de mémoire bénie lorsqu'ils ont exposé que l'homme est tenu de réciter cent bénédictions chaque jour, à partir du verset ci-dessus : ne lis pas "ma" mais "mea" (cent).

L'explication est ainsi : "ne lis pas ma", car il est impossible que tu parviennes au degré d'humilité au point d'être appelé "ma" ; "mais mea", c'est-à-dire de telle sorte que tu puisses réciter cent bénédictions chaque jour sans aucune pensée étrangère - et alors tu seras au degré de "ma".

וזהו "ה׳ מלך גאות לבש" דעל ידי מעשינו הטובים שאנחנו עושים, אזי השי"ת ב"ה נקרא מלך, אך איך אפשר שיתקרא מלך על ידי מעשינו הטובים, מאחר שיש גאות בעולם ותועבת ה׳ כל גבה לב, ואין אני והוא כו׳?, אך לזה עשה השי"ת ב"ה בחכמתו, שנתן לבוש להלביש עצמן, דהיינו שנתן לנו התורה הקדושה שתהיה לבוש לכסות את הגאות ולבא אל מדת עניוות. וזהו "ה׳ מלך" רוצה לומר שהשי"ת יהיה נקרא מלך, "גאות לבש" עשה לבוש להלביש את הגאות ולכסותו כנ"ל.

Et c'est le sens de "ה' règne, Il s'est vêtu de majesté (gueout)" (Psaumes 93,1). Car par nos bonnes actions que nous faisons, alors Hachem béni soit-Il est appelé roi.

Mais comment est-il possible qu'Il soit appelé roi par nos bonnes actions, puisqu'il y a de l'orgueil (gaava) dans le monde, que "tout cœur hautain est en abomination à ה'" (Proverbes 16,5) et que "Moi et lui ne pouvons habiter ensemble" (Sota 5a) ? Aussi Hachem béni soit-Il a-t-Il fait, dans sa sagesse, qu'Il a donné un vêtement pour s'en revêtir, c'est-à-dire qu'Il nous a donné la sainte Tora, afin qu'elle soit un vêtement pour recouvrir l'orgueil et pour venir à la mesure de l'humilité.

Et c'est "ה' règne", ce qui veut dire que Hachem sera appelé roi ; "Il s'est vêtu de gueout" : Il a fait un vêtement pour revêtir l'orgueil et le recouvrir, comme ci-dessus.

והנה האדם הצדיק העובד ד׳ באמת, הוא כסא להשי"ת ב"ה לשכון עליו, כמו שאמר הכתוב "צדק ומשפט מכון כסאך", דהיינו על ידי הצדק ומשפט שאדם מתנהג בו, מכין הכסא להשי"ת ב"ה, ונמצא הצדיק על ידי מעשיו הטובים, הוא מתגדל עד הכסא כבוד שישכון עליו השי"ת ב"ה, ובכל זאת אין כוונתו להנאתו שיתגדל הוא, אלא שיתגדל שמו של השי"ת ב"ה וברוך שמו. וזו היא "ויאמרו תמיד יגדל ה׳" וכו׳.

Et voici, l'homme juste qui sert ה' en vérité est un trône pour Hachem béni soit-Il, pour qu'Il y réside, comme le dit le verset "justice et droit sont la base de ton trône" (Psaumes 89,15), c'est-à-dire que par la justice et le droit selon lesquels l'homme se conduit, il prépare le trône pour Hachem béni soit-Il. Il se trouve donc que le tsadik, par ses bonnes actions, s'élève jusqu'au trône de gloire sur lequel réside Hachem béni soit-Il ; et malgré tout cela son intention n'est pas son propre plaisir, qu'il soit lui-même magnifié, mais que soit magnifié le Nom de Hachem béni soit-Il, béni soit son Nom.

Et c'est "et qu'ils disent sans cesse : que ה' soit magnifié" etc.

בגמרא אסור לילך בקומה זקופה. פירוש כי עיקר בריאת האדם לתקן שורשו בעולם העליון ולתקן הקומה העליונה, כדכתיב כי בצלם אלקים עשה את האדם, פירוש בקומה עליונה וכדמותה עשה אותו, שיש עולם הנקרא יד ה׳ עיני ה׳ רגלי ה׳ וכל שאר אברים, ואף שאין שם בעולמות עליונים שום דמיון ותואר כלל, וחלילה וחלילה לדמות שם, או לצייר במחשבה כלל דבר זה שם, ואין לו גוף ולא דמות כו', אלא שהעולם התחתון יש לו דמות ונאחז בשורשו בעולם העליון, העינים למשל יונקים מאותן העולמות הנקראים עיני ה׳, והם נקראים עינים לא על דמותם חלילה, כי אם על פעולתם, שיש בעולם העליון רחמים הנקראים עינא פקיחא, שמשגיח תמיד על רחמי העולם וצרכם, לזה נקראים עינים, וכן על דרך זו שאר האברים בפעולתם נקראים ולא בדמותם.

Dans la Guemara : il est interdit de marcher la taille droite (Berakhot 43b). Explication : car l'essentiel de la création de l'homme est de réparer sa racine dans le monde supérieur et de réparer la stature supérieure, comme il est écrit "car c'est à l'image d'Elokim qu'Il a fait l'homme" (Genèse 9,6), ce qui signifie qu'Il l'a fait selon la stature supérieure et à sa ressemblance ; car il existe un monde appelé main de ה', yeux de ה', pieds de ה' et tous les autres membres.

Et bien qu'il n'y ait là-haut, dans les mondes supérieurs, aucune ressemblance ni aucune forme, et qu'à Dieu ne plaise, à Dieu ne plaise, d'y faire une comparaison ou de se représenter par la pensée quoi que ce soit de tel là-haut - car Il n'a ni corps ni forme etc. -, c'est seulement que le monde inférieur, lui, a une forme et se rattache à sa racine dans le monde supérieur : les yeux, par exemple, tirent leur substance de ces mondes appelés "yeux de ה'", et ils sont appelés yeux non pas d'après leur forme, à Dieu ne plaise, mais d'après leur action, car il y a dans le monde supérieur une miséricorde appelée eina pekiha (l'œil ouvert), qui veille sans cesse sur la miséricorde du monde et sur ses besoins - c'est pourquoi ils sont appelés yeux. Et de même, sur ce modèle, les autres membres sont nommés d'après leur action et non d'après leur forme.

והאדם עיקר בריאתו היתה לתקן השיעור קומה, דהיינו על דרך זו, כשאדם עושה איזה מצוה בידו, אז ניתקן העולם הנקרא יד ה׳, וכן ברגל, ניתקן עולם הנקרא רגל, וכן שאר האיברים, באיזה אבר שמקדש עצמו, אז ניתקן העולם השייך לאבר ההוא. אבל העיקר התיקון הוא שיהיה שפל ונבזה בעצמו באמת, וזאת היא מדריגת הצדיקים העובדים ה׳ באמת לבבם, וזו היתה מעלת משה רבינו עליו השלום שבא במדריגה גדולה כל כך, הכל בשביל גודל ענוותנותו האמיתית, שהבין בעצמו שלא תיקן עדיין הקומה כלל.

וזה הוא הפירוש "אסור לילך בקומה זקופה" פירוש שאסור לסבור בעצמו שכבר תיקן הקומה והיא זקופה כבר, אלא תמיד יהיה שפל ונבזה, שייף עייל שייף נפיק, ואז טוב לו.

Et l'homme, l'essentiel de sa création fut de réparer la chiour koma (la "mesure de la stature", la structure supérieure), c'est-à-dire de cette manière : quand l'homme accomplit quelque mitsva avec sa main, alors est réparé le monde appelé main de ה' ; et de même avec le pied, est réparé le monde appelé pied ; et de même les autres membres : par quelque membre qu'il se sanctifie, alors est réparé le monde qui se rattache à ce membre. Mais l'essentiel du tikoun (réparation) est qu'il soit véritablement bas et méprisable à ses propres yeux, et tel est le degré des tsadikim qui servent ה' d'un cœur sincère.

Telle fut la grandeur de Moche notre maître, la paix sur lui, qui parvint à un degré si élevé - tout cela à cause de l'immensité de son humilité véritable, car il comprenait de lui-même qu'il n'avait encore rien réparé du tout de la stature. Et c'est l'explication de "il est interdit de marcher la taille droite" : il est interdit de penser de soi-même qu'on a déjà réparé la stature et qu'elle est déjà droite ; au contraire, qu'on soit toujours bas et méprisable à ses propres yeux, "courbé en entrant, courbé en sortant" (chayef ayil chayef nafik, Sanhédrin 88b), et alors il lui sera bon.

אשרי שומרי משפט עושה צדקה בכל עת. דאיתא בגמרא אגרא דתעניתא צדקתא, ונמצא הצדקה הוא יותר מן התענית.

וקשה הא איתא בגמרא גדולה תענית יותר מן הצדקה שזה בגופו וזה בממונו. נראה דכך הוא הפירוש, על דרך המשל מי שנתמנה אצל שר המושל להיות שוטר ורודה לכל מי שיתחייב אצלו עונש, וכאשר האדם המחויב העונש מבקש על נפשו מהשר למחול לו והשר נותן לו כתב פטור, אז גם השוטר יש לו הנאה מזה, שאינו צריך לעשות דין באדם.

ונמצא זה השר נחשב כאילו עשה צדקה עם השוטר, שמתחילה היה ממונה לעשות דין, עתה נהפך לרחמים, ומי גרם זה להשר שיעשה הצדקה הזאת? האדם שביקש ממנו המחילה ונכנע לפניו. כן הדבר הזה, האדם החוטא כשנותן לב לשוב להבורא ב"ה ומתענה על חטאיו, קורעין לו גזר דינו והוה כאילו השי"ת ב"ה נתן כתב רשום להמקטרג שלא לענשו עוד, ונהפך הממונה עצמו לרחמים עליו, ונמצא למפרע שאדם השב עשה צדקה עם המלאך הממונה על הדין.

וזהו "אגרא דתעניתא צדקתא" שכר התענית הוא הצדקה שעושה עם המלאך וכדלעיל.

"Heureux ceux qui gardent le droit, qui pratiquent la justice en tout temps" (Psaumes 106,3). Car il est enseigné dans la Guemara : "le salaire du jeûne, c'est la charité" (agra de-taanita tsidkata, Berakhot 6b) ; il se trouve donc que la tsedaka (charité) est plus grande que le jeûne.

Or c'est difficile, car il est enseigné dans la Guemara que le jeûne est plus grand que la tsedaka, puisque celui-ci se fait avec son corps et celle-là avec son argent. Il semble que l'explication soit ainsi, à la manière d'une parabole : quelqu'un a été nommé auprès du seigneur qui gouverne pour être officier et châtier quiconque encourt auprès de lui une punition ; et lorsque l'homme passible de la punition implore le seigneur pour sa vie afin qu'il lui pardonne, et que le seigneur lui donne un écrit de remise, alors l'officier lui aussi en tire un bénéfice, car il n'a pas à exécuter le jugement sur cet homme.

Il se trouve donc que ce seigneur est considéré comme s'il avait fait une tsedaka avec l'officier, lequel était d'abord préposé à exécuter le jugement, et voici qu'il est changé en miséricorde. Et qui a amené le seigneur à faire cette tsedaka ?

L'homme qui lui a demandé le pardon et s'est soumis devant lui. Il en va de même ici : l'homme qui a fauté, lorsqu'il prend à cœur de revenir vers le Créateur béni soit-Il et jeûne sur ses fautes, on déchire son arrêt, et c'est comme si Hachem béni soit-Il avait donné à l'accusateur un écrit signe de ne plus le punir, et le préposé lui-même est changé en miséricorde à son égard.

Il se trouve donc, rétrospectivement, que l'homme qui fait techouva a fait une tsedaka avec l'ange préposé au jugement. Et c'est "agra de-taanita tsidkata" : le salaire du jeûne, c'est la tsedaka qu'il fait avec l'ange, comme ci-dessus.

וזהו "אשרי שומרי משפט" כו׳, פירוש שמשמר את המשפט, הוא הדין הנקרא משפט, משמר אותו שלא לבא עליו, ואדרבה יתהפך לרחמים, ומפרש הקרא על ידי מה נעשה זה? ומפרש "עושה צדקה בכל עת" שרואה ומשמר העיתים שחטא לעשות תשובה עליהם ולהתענות עליהם, ועל ידי זה עושה הצדקה עם המקטרג ונהפך לרחמים גמורים. אמן.

Et c'est le sens de "heureux ceux qui gardent le droit" etc. : il garde le michpat (le droit), c'est-à-dire le din appelé michpat, il le garde de venir sur lui, et bien plus, il se change en miséricorde. Et le verset explique par quoi cela se fait : il explique "qui pratique la tsedaka en tout temps" - il voit et surveille les moments où il a fauté, pour en faire techouva et pour jeûner à leur sujet ; et par cela il fait une tsedaka avec l'accusateur, et celui-ci se change en miséricorde complète.

Amen.

שירו לא-להים זמרו שמו. נ"ל דשיר הוא נוקבא, דהוא שייך לשם אלקים שהוא מדרגת נוקבא, וזמרו הוא דכורא, שהוא שייך לשם הויה ב"ה, ולעתיד יחודש השירה ותבוא גם כן למדרגת הויה, וזהו "שירו לד׳ שיר חדש" רצה לומר השיר שיתחדש לעתיד, הוא שירו לד׳, שיהיה בחינת שירה בהויה.

"Chantez à Elokim, entonnez le chant de son Nom" (Psaumes 68,5). Il me semble que le chir (le chant) est noukva (l'aspect féminin, réceptif), car il se rattache au Nom Elokim qui est au degré de noukva ; et zamrou (entonnez le zemer) est dekhoura (l'aspect masculin), car cela se rattache au Nom Havaya (le Nom de quatre lettres) béni soit-Il.

Et dans l'avenir, le chir sera renouvelé et parviendra lui aussi au degré de Havaya. Et c'est "chantez à ה' un chant nouveau" (Psaumes 96,1), ce qui veut dire : le chant qui sera renouvelé dans l'avenir, c'est cela "chantez à ה'", qu'il y ait un aspect de chira dans Havaya.

והנה מדרגת זמר שהוא מדריגה גדולה שהיא דכורא וכנ"ל, צריך האדם שימור גדול לבל יתגאה במדרגה הזאת, וצריך להתחזק במאד מאד שיהא הזמר כך כאילו השכינה מדברת מתוך גרונו, וזהו "זמרו ד׳ כי גאות עשה", דיש לדקדק על הלשון "זמרו ה׳" כי "לה׳" היה לו לומר, אלא רצה לומר מדרגת הזמר תראה כאילו ה׳ בעצמו מזמר, כאילו השכינה מזמרת מתוך גרונו. ומפרש למה צריך כל כך חיזוק ואימוץ גדול כזה? "גאות עשה" פירוש מחמת שעשה הש"י גאות בעולם, לכן צריך להתחזק במדריגה הזאת.

Et voici, le degré du zemer, qui est un grand degré puisqu'il est dekhoura comme ci-dessus, exige de l'homme une grande garde pour ne pas s'enorgueillir de ce degré ; et il lui faut se renforcer extrêmement, extrêmement, pour que le zemer soit tel que la Chekhina parle du fond de sa gorge. Et c'est "chantez ה', car Il a fait la majesté (gueout)" (Isaie 12,5) : il y a lieu de scruter la formulation "zamrou ה'", car il aurait fallu dire "le-ה'" (à ה') ; mais cela veut dire que le degré du zemer doit apparaître comme si ה' Lui-même chantait, comme si la Chekhina chantait du fond de sa gorge.

Et le verset explique pourquoi il faut un renforcement et un courage aussi grands : "gueout assa" (Il a fait la majesté), ce qui signifie que, parce que Hachem a fait l'orgueil dans le monde, il faut donc se renforcer dans ce degré.

וזהו "אז ישיר משה ובני ישראל" ואמרו חז"ל שר לא נאמר אלא ישיר רמז לתחיית המתים וכו׳, והיינו "אז" רצה לומר לעתיד, "ישיר משה את השירה הזאת" שהיא נוקבא, "לה'" רצה לומר שיחודש למדרגת ה׳ שהוא הויה ב"ה שהוא דוכרא. וזהו "שירו לא-להים" רצה לומר דהיינו שהשירה שייך לשם אלקים, ו"זמרו שמו" והזמר הוא שייך לשם הקדוש הוא הויה ב"ה, ולכך לא כתיב "זמרו לשמו", לפי שצריך התחזקות כאילו השכינה מזמרת מתוך גרונו וכדלעיל.

Et c'est "alors chantera (yachir) Moche et les enfants d'Israël" (Exode 15,1), et nos maîtres de mémoire bénie ont dit : il n'est pas dit "il chanta" (char) mais "il chantera" (yachir) - allusion à la résurrection des morts, etc. (Sanhédrin 91b).

Ainsi "alors" veut dire dans l'avenir : "Moche chantera ce chant (ha-chira ha-zot)", qui est noukva, "à ה'", ce qui veut dire qu'il sera renouvelé au degré de ה', qui est Havaya béni soit-Il, lequel est dekhoura. Et c'est "chantez à Elokim", ce qui veut dire que la chira se rattache au Nom Elokim ; et "entonnez le zemer de son Nom" : le zemer se rattache au Nom saint, qui est Havaya béni soit-Il.

Et c'est pourquoi il n'est pas écrit "zamrou li-chmo" (chantez à son Nom), parce qu'il faut un renforcement tel que la Chekhina chante du fond de sa gorge, comme ci-dessus.

וזרחה לכם יראי שמי שמש צדקה ומרפא בכנפיה. נ"ל דאיתא בגמרא העושה תפילתו קבע אין תפילתו תחנונים.

וי"ל הפירוש על דרך שאמרו חז"ל על פסוק שמעו נא אבירי לב הרחוקים מן הצדקה, מאן אבירי לב צדיקים שכל העולם ניזונין בצדקה והם ניזונין בזרוע, ואמרתי הפירוש "בזרוע" רצה לומר שהם הולכים במדרגתם לעולמות עליונים, והם קרובים להעולמות, והרי הוא כאילו נוטלים ההשפעה בידם, כאדם שהוא קרוב אצל דבר ומושיט ידו ליקח אותו דבר.

"Et pour vous qui craignez mon Nom se lèvera un soleil de justice (tsedaka), la guérison dans ses ailes" (Malachie 3,20). Il me semble : il est enseigné dans la Guemara que celui qui fait de sa prière une chose fixe (keva), sa prière n'est pas supplication (Berakhot 28b).

Et l'on peut expliquer à la manière de ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie sur le verset "écoutez-moi, cœurs robustes (abirei lev), vous qui êtes éloignés de la tsedaka" (Isaie 46,12) : qui sont les abirei lev ? Les tsadikim, car le monde entier est nourri par la tsedaka et eux sont nourris par la force du bras (bi-zroa) (Houlin 86a).

Et j'ai dit que l'explication de "bi-zroa" est qu'ils vont selon leur degré dans les mondes supérieurs, et ils sont proches de ces mondes, de sorte que c'est comme s'ils prenaient l'influx de leur propre main, tel un homme qui se trouve près d'une chose et tend la main pour la prendre.

וזהו הפירוש "העושה תפילתו קבע" דהיינו שתפילתו עולה תמיד בקביעות לעולם העליון, לעולם המיוחד לה, "אין תפילתו תחנונים", רצה לומר זה אין צריך ליקח ההשפעה על ידי תחנונים, דהיינו שיהא ניזון בצדקה כעני המתחנן על הפתח, כי אם בזרוע כנ"ל, ולא כן האדם שלפעמים מחזק עצמו בתפילתו ולפעמים ייחלש, כמו ששמעתי מאחי הרב "ואל יבא בכל עת אל הקודש", ואמר הפירוש שאל יבא לעתים אל הקדושה, דהיינו שלפעמים יתגבר בקדושה ולפעמים ייחלש, רק שיהיה תמיד בקדושה בלי עת. וזהו גם כן הפירוש "כל הקובע מקום לתפילתו" רצה לומר שתפילתו עולה למקום אחד המיוחד לה, "אלקי אברהם" כו׳.

Et c'est l'explication de "celui qui fait de sa prière une chose fixe (keva)" : c'est-à-dire que sa prière monte toujours de façon fixe vers le monde supérieur, vers le monde qui lui est propre ; "sa prière n'est pas supplication", ce qui veut dire que celui-là n'a pas besoin de prendre l'influx par des supplications, c'est-à-dire d'être nourri par la tsedaka comme un pauvre qui implore à la porte, mais bien bi-zroa comme ci-dessus. Il n'en va pas ainsi de l'homme qui parfois se renforce dans sa prière et parfois faiblit, comme je l'ai entendu de mon frère le Rav sur "et qu'il n'entre pas en tout temps dans le sanctuaire" (Lévitique 16,2) : il a expliqué qu'il ne faut pas venir à la sainteté par intermittence, c'est-à-dire que parfois on se renforce dans la sainteté et parfois on faiblit, mais qu'il faut être toujours dans la sainteté, sans "temps".

Et c'est aussi l'explication de "quiconque fixe un lieu pour sa prière" (Berakhot 6b), ce qui veut dire que sa prière monte vers un lieu unique qui lui est propre, "le Dieu d'Avraham lui vient en aide" etc.

וזהו הפירוש "שמש בשבת צדקה לעניים", דהנה הצדיקים ההולכים תמיד בקדושה ומסתכלים ברוממות אל כל ימי השבוע, אז ביום שבת קודש בא להם הבהירות הגדול, והקדושה מתנוצצת מאליה, אבל מי שצריך בשבת להתעורר עליו בהירות מחדש על ידי שהוא מסתכל וממשיל לעצמו רוממות אל בשבת עצמו, אף על פי שגם זה הוא טוב, אינו אלא כמו צדקה לעניים שאין להם משלהם כלום, וזהו "שמש בשבת" רצה לומר שהוא צריך להסתכל על הבהירות בכדי שימשיל לעצמו רוממות אל בשבת, הרי הוא כמו "צדקה לעניים" כנ"ל.

Et c'est l'explication de "le soleil au Chabbat est une tsedaka pour les pauvres" (chimcha be-chabta tsidkata le-aniyei, Taanit 8b). Car voici, les tsadikim qui marchent toujours dans la sainteté et contemplent l'élévation de Dieu tous les jours de la semaine, à eux vient au jour du saint Chabbat la grande clarté, et la sainteté rayonne d'elle-même ; mais celui qui a besoin, le Chabbat, qu'une clarté nouvelle s'éveille sur lui du fait qu'il contemple et se représente l'élévation de Dieu le Chabbat même - bien que cela aussi soit bon - n'est que comme une tsedaka pour les pauvres, qui n'ont rien qui leur appartienne.

Et c'est "le soleil (chemech) au Chabbat", ce qui veut dire que celui qui a besoin de contempler la clarté afin de se représenter l'élévation de Dieu, celui-là est comme une "tsedaka pour les pauvres", comme ci-dessus.

וזהו "וזרחה לכם יראי שמי שמש צדקה ומרפא בכנפיה" דהיינו רצונו לומר שיזרח לכם יראי שמי, "לכם" דייקא, פירוש מחמת יראה שלכם שעבדתם עליו כל ימי החול, "שמש צדקה" פירוש מה שלאחרים אני נותן להם בצדקה, יזרח לכם ממילא, "ומרפא בכנפיה" רמז על הצדיק המעופף תמיד, ומשוטט בכנפיו בעולמות העליונים, הוא גורם רפואה והשפעות לישראל, וזהו הבטחה ליראי שמי. וק"ל.

Et c'est "et pour vous qui craignez mon Nom se lèvera un soleil de tsedaka, la guérison dans ses ailes" : cela veut dire qu'il se lèvera pour vous qui craignez mon Nom - "pour vous" précisément, c'est-à-dire en raison de votre crainte, sur laquelle vous avez travaillé tous les jours profanes ; "un soleil de tsedaka", ce qui signifie : ce que je donne aux autres à titre de tsedaka se lèvera pour vous de soi-même ; "et la guérison dans ses ailes" : allusion au tsadik qui vole sans cesse et parcourt de ses ailes les mondes supérieurs, c'est lui qui procure guérison et influx à Israël. Et telle est la promesse faite à ceux qui craignent mon Nom.

Et cela est facile à comprendre.

יהללו ה' דורשיו יחי לבבכם לעד. נ"ל דהנה כשהצדיק עושה מצוה ומקיים המצוה בשורשה, אז מביאה אותו המצוה לידי חימום והתלהבות הבוער בו על ידי המצוה שעשה, לזמר שירות ותשבחות להשי"ת ב"ה.

וזהו "יהללו ה' דורשיו" בשירות ותשבחות מחמת ש"יחי לבבכם".

"Que ceux qui le recherchent louent ה' ; que votre cœur vive à jamais" (Psaumes 22,27). Il me semble que voici : lorsque le tsadik accomplit une mitsva et accomplit la mitsva dans sa racine, alors cette mitsva l'amène à un échauffement et à un embrasement qui brûlent en lui par la mitsva qu'il a faite, pour chanter chants et louanges à Hachem béni soit-Il.

Et c'est "que ceux qui le recherchent louent ה'" par des chants et des louanges, du fait que "votre cœur vit".

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