« Ma vie est constamment dans ma paume, et je n'ai pas oublié ta Tora » (Tehilim 119,109). Des gens prennent à cœur de se repentir et voient qu'ils ne servent pas le Créateur en vérité ; mais dès qu'ils étudient, ils se croient pardonnés, le penchant se renforce, et leurs fautes demeurent sur leurs ossements. L'homme de cœur voit constamment sa bassesse, même à la Tora et à la mitsva : plus il étudie, plus il est petit à ses yeux. Selon le Noam Elimele'h, les pensées de techouva sont évoquées par les paumes : David marche constamment dans la techouva, et, bien qu'il étudie, il n'oublie pas ce par quoi il a provoqué la colère.
Aussi : David trouvé à Sedom, issu de la sitra a'hra puis oint d'huile sainte pour la subsistance en exil ; marcher humblement sans rien savoir de ses bonnes actions ; ceux qui craignent se réjouissent l'un de l'autre, chacun se voyant en défaut.
נפשי בכפי תמיד ותורתך לא שכחתי. דהנה יש בני אדם הנותנין לב להתחרט על עוונותם, ורואים איך אין עובדים הבורא ברוך הוא באמת, ובזה הם עיקר תיקונם, כשהם יושבים עצמם ללמוד אומרים שכבר נתכפר להם בזה הכל, ותיכף נתגבר כח יצרם בקרבם, עד שכמעט שחושבים אין כמוהם בלימוד ובמעשים טובים, אף על פי שקודם הלימוד ידעו בבירור גודל עיוותם, וכעת הם מתוקנים כיון שכבר למדו מה לעשות להם עוד, ותהי עוונותם על עצמותם.
אבל האיש הנלבב הוא רואה תמיד שפלותו אפילו בעת התורה והמצוה, ואדרבה הוא נותן לב יותר לשוב מעבירות שבידו, באמרו בלבו איך עברתי על דברים מתוקים מדבש ונופת כו׳ כאלו יצאו מפי אלקים חיים, וכל מה שלומד הוא יותר קטן בעיני עצמו ונבזה ושפל. וזה שאמר דוד המלך עליו השלום "נפשי בכפי" כי ההרהורי תשובה הם מרומזין בכפים, כענין שנאמר נשא לבבנו אל כפים, וזה הוא שאמר נפשי בכפי "תמיד" אני הולך בהרהורי תשובה וחטאתי נגדי תמיד, "ותורתך לא שכחתי" פירוש אף על פי שאני יושב עצמי ללמוד תורתך, אף על פי כן איני שוכח את כל אשר הכעסתי לפניך, ואני חוזר בתשובה עליהם בלב שלם.
כן יורנו ד׳ אשר בדרכיו נלך באמת. אמן.
"Ma vie est constamment dans ma paume, et je n'ai pas oublié ta Tora" (Tehilim 119,109). Car voici, il y a des gens qui prennent à cœur de se repentir de leurs fautes et qui voient comment ils ne servent pas le Créateur béni soit-Il en vérité, et en cela réside l'essentiel de leur réparation (tikoun) ; mais lorsqu'ils s'asseyent pour étudier, ils se disent que tout leur a déjà été pardonné par cela, et aussitôt la force de leur penchant se renforce en eux, au point qu'ils pensent presque qu'il n'y a personne comme eux dans l'étude et dans les bonnes actions, bien qu'avant l'étude ils aient su clairement l'étendue de leur dévoiement ; et maintenant ils se croient réparés, puisqu'ils ont déjà étudié : que leur faire encore ?
Et leurs fautes demeurent sur leurs ossements. Mais l'homme de cœur, lui, voit constamment sa bassesse, même au moment de la Tora et de la mitsva, et au contraire il prend encore davantage à cœur de revenir des transgressions qu'il a commises, se disant en son cœur : comment ai-je transgressé des paroles plus douces que le miel et que le rayon de miel, etc.
(Tehilim 19,11), comme si elles étaient sorties de la bouche du Dieu vivant ; et plus il étudie, plus il est petit à ses propres yeux, méprisable et humble. Et c'est ce qu'a dit le roi David, que la paix soit sur lui : "ma vie est dans ma paume", car les pensées de repentir (techouva) sont évoquées par les paumes, selon ce qui est dit "élevons notre cœur avec nos paumes" (Eikha 3,41) ; et c'est ce qu'il dit : ma vie est dans ma paume "constamment", je marche constamment dans des pensées de techouva et ma faute est sans cesse devant moi (Tehilim 51,5) ; "et je n'ai pas oublié ta Tora", c'est-à-dire : bien que je m'asseye pour étudier ta Tora, malgré cela je n'oublie pas tout ce par quoi j'ai provoqué ta colère, et je m'en repens d'un cœur entier.
Ainsi puisse le Nom nous enseigner à marcher en vérité dans Ses voies. Amen.
מצאתי דוד עבדי בשמן קדשי משחתיו אשר ידי תכון עמו אף זרועי תאמצנו. נראה לפרש דהנה בגמרא אמרו מאי מצאתי ומשני מצאתי בסדום, והפירוש הוא כך, שדוד המלך עליו השלום נולד על ידי חלק מסיטרא אחרא, על ידי לוט ושתי בנותיו, וכונתו לא היה לשם שמים, והם כוונו עצמם למצוה באמרם ואדם אין בארץ כו׳, ודבר קדושה היוצא מהם פירוש מהסיטרא השניה הוא כמו מציאה שמוציאין בולעם מפיהם, וזו היא אשר נקרא מציאה, וזה הוא שאמרו בגמרא מציאה ומשיח ונחש באין בהיסח הדעת, ושלשה אלו דבר אחד הם, שמשיח נולד על ידי שתיהם, על ידי מציאה ועל ידי נחש כנ"ל, והם גם כן אחד, שהמציאה היה על ידי שיצא מחלק הסיטרא אחרא הם הנחש.
ואחר כך כשנמשח דוד המלך, נמשח בקדושה גדולה בקרן השמן, רמה קרני ולא רמה פכי. ולמה היה זה באמת שיבוא מתחילה על ידי הנחש ואחר כך למשחו כל כך בקדושה ובמעלה גדולה.
"J'ai trouvé David mon serviteur, je l'ai oint de mon huile sainte ; ma main sera ferme avec lui, mon bras aussi le fortifiera" (Tehilim 89,21-22). Il semble qu'on puisse expliquer ainsi : voici, dans la Guemara ils ont demandé : que signifie "j'ai trouvé" ?
Et ils répondent : "j'ai trouvé" à Sedom (Yebamot 77a). Et l'explication est celle-ci : le roi David, que la paix soit sur lui, est né par le moyen d'une part de la sitra a'hra (le "autre côté", le domaine de l'impureté), par Loth et ses deux filles ; son intention à lui n'était pas pour le Ciel, tandis qu'elles ont dirigé leur intention vers une mitsva, en disant "il n'y a plus d'homme sur la terre, etc." (Bereshit 19,31).
Et une chose de sainteté qui sort d'eux, c'est-à-dire du second côté, est comme un objet trouvé, que l'on fait vomir de leur bouche ce qu'ils avaient englouti ; et c'est cela qui est appelé "trouvaille" (metsia). Et c'est ce qu'ils ont dit dans la Guemara : la trouvaille, le Machiah et le serpent viennent lorsque l'esprit est distrait (Sanhédrin 97a) ; et ces trois-là sont une seule et même chose, car le Machiah est né par les deux, par la trouvaille et par le serpent comme ci-dessus ; et eux aussi sont un, car la trouvaille a eu lieu du fait qu'il est sorti de la part de la sitra a'hra, qui est le serpent.
Et ensuite, quand le roi David fut oint, il fut oint dans une grande sainteté, avec la corne d'huile : "ma corne s'est élevée et non ma fiole" (Meguila 14a). Et pourquoi en vérité cela fut-il ainsi, qu'il vienne d'abord par le serpent et qu'ensuite on l'oigne dans une telle sainteté et un si grand degré ?
נראה לתת טוב טעם, כי הכוונה בזה היה לפי שקדמה מחשבת בוראינו ית"ש ויתעלה להיות גלות, ואם היה משיח נולד מצדיק, אז בודאי לא היה כח ביד האויב לשלוט עלינו להגלותינו מארצנו, ומחשבת ורצון הבורא היה לזה, מחמת כי לא מחשבותי מחשבותיכם וטעמים ידועים, לכך גילגל הדבר בסיבה שיוולד משיח ד׳ דווקא ע"י חלקם, ואחר כך כשבא דוד, רצה לבער הסיטרא שנולד משם, כדי לבערם מן העולם ויהיה יכול להיות משיח האמת והקיים שלא יהיה עוד גלות, ולא נתקיימה בידו מחמת שלא היה לו כח עליהם, לפי שנולד מהם, כאשר נאמר "וירד העיט על הפגרים כו׳ אברם כו׳" וכפירוש רש"י שדוד בא ומכלה את האומות וישב כו׳ עיין שם, עד שיבוא משיח צדקנו במהרה בימינו אמן ואז תרום קרננו. וכדי שיהא לנו שארית בארץ, ויהיה לנו קיום בגלות המר והנמהר בין הזאבים הללו, לכך נמשח בקרן השמן ובקדושה גדולה, רמה קרני ולא רמה פכי, כדי שיגין עלינו בגלות הזה שיהיה לנו קיום, כאמרם ז"ל שמשיח יתיב אתרעא דרומי וסובל עבור ישראל, עיין שם הלשון היטב, ולכשיצמח קרן הודו במהרה, אז יהיה נצב וקיים חזק ואמיץ לעד ולנצח.
Il semble qu'on puisse en donner une bonne raison : l'intention en cela était que la pensée de notre Créateur, qu'Il soit béni et exalté, avait précédé pour qu'il y ait un exil ; car si le Machiah était né d'un juste, alors certainement l'ennemi n'aurait pas eu la force de dominer sur nous pour nous exiler de notre terre ; or la pensée et la volonté du Créateur allaient dans ce sens, du fait que "mes pensées ne sont pas vos pensées" (Yeshayahou 55,8) et pour des raisons connues de Lui. C'est pourquoi Il a fait tourner la chose de telle sorte que le Machiah du Nom naisse précisément par leur part.
Et ensuite, quand vint David, il voulut consumer la sitra [a'hra] d'où il était né, afin de l'éliminer du monde, et qu'il puisse être le Machiah véritable et durable, après lequel il n'y aurait plus d'exil ; mais cela ne se réalisa pas entre ses mains, parce qu'il n'avait pas de force sur eux, du fait qu'il était né d'eux, comme il est dit "et le rapace descendit sur les cadavres, etc., Avram, etc." (Bereshit 15,11), et selon le commentaire de Rachi : que David vient et anéantit les nations, et il s'assit, etc., vois là-bas ; jusqu'à ce que vienne le Machiah de notre justice, rapidement de nos jours, amen, et alors notre corne s'élèvera. Et afin que nous ayons un reste sur la terre et que nous ayons subsistance dans cet exil amer et précipité, parmi ces loups, c'est pourquoi il fut oint avec la corne d'huile et dans une grande sainteté, "ma corne s'est élevée et non ma fiole", afin qu'il nous protège dans cet exil pour que nous ayons subsistance, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie que le Machiah siège à la porte de Rome et supporte les souffrances pour Israël (Sanhédrin 98a), vois bien là-bas le texte ; et lorsque poussera la corne de sa splendeur, rapidement, alors il sera dressé et établi, fort et vaillant à jamais et pour l'éternité.
וזו הוא "מצאתי דוד עבדי" פירוש על ידי מציאה כנ"ל, על ידי נחש כנ"ל, עבור זה נקרא מציאה, "ובשמן קדשי משחתיו" שהמשיחה שנמשח היה בקדושה גדולה, ולמה היה זה באמת ב׳ דברים, דבר והיפוכו? מתרץ הפסוק "אשר ידי תכון עמו" שהעולם הזה נקרא "יד" כדכתיב אף ידי יסדה ארץ כו׳, ופירושו כדי שיהיה לנו קיום בארציות עכשיו בגלותינו שאנחנו בגשמיות מגושמים, "אף זרועי תאמצנו" לכשיבא משיח במהרה, ואז תאמצנו זרועי שתהיה חזק וקיים לעד.
Et c'est cela : "j'ai trouvé David mon serviteur", c'est-à-dire par le moyen d'une trouvaille comme ci-dessus, par le moyen du serpent comme ci-dessus, et c'est pour cela qu'il est appelé "trouvaille" ; "et de mon huile sainte je l'ai oint", que l'onction dont il fut oint fut dans une grande sainteté. Et pourquoi en vérité ces deux choses, une chose et son contraire ?
Le verset répond : "ma main sera ferme avec lui", car ce monde-ci est appelé "main", comme il est écrit "ma main aussi a fondé la terre, etc." (Yeshayahou 48,13), et son sens est : afin que nous ayons subsistance dans le domaine terrestre, maintenant, dans notre exil, alors que nous sommes dans la matérialité, grossiers ; "mon bras aussi le fortifiera", lorsque viendra le Machiah rapidement, et alors mon bras le fortifiera, en sorte qu'il soit fort et durable à jamais.
הצנע לכת עם ד׳ אלקיך. י"ל הפירוש דלכאורה היה לו לומר "תלך" בלשון נוכח, כמו שמסיים בפסוק "אלקיך" הוא לשון נוכח.
אך הענין הוא, דצריך האדם להשכיל מאוד מאוד על היצר הרע העומד עליו לפתותו, גם אם בהצנע בחדרי חדרים יהיה מאין אדם, אעפ"כ אם יידע בעצמו שהוא עובד השם, דהיינו שיידע שהוא עוסק בלימוד ובמצות צדקה וגמילות חסדים וכדומה, על ידי זה יכול לבוא לידי פניות גם אם הוא בחדרי חדרים, וכאשר יסתכל על עצמו יראו עיניו שדברי הנ"ל אמיתיים, רק צריך האדם שלא יעלה על לבו כלל לחשוב מחשבת מעשיו הטובים, רק כאילו הם נסתרים ממנו ואינו יודע כלל ממעשיו הטובים כלל, ואדרבה לא יוטבו בעיניו כל מעשיו, וזהו "הצנע לכת", ד"לכת" הוא גם כן לשון נסתר שהוא שם דבר, רמז שגם בהצנע יהיה הצנע בתוך הצנע, ר"ל שגם בהצנע מאין אדם יהיה עוד הצנע ממנו ומעצמו כל מעשיו כלל, שלא ידע מהם שהוא עושה איזה דבר.
"Marcher humblement (hatsnéa lékhet) avec le Nom ton Dieu" (Mikha 6,8). On peut expliquer ainsi : à première vue il aurait fallu dire "télekh" ("tu marcheras") à la deuxième personne, comme le verset conclut par "élokékha" ("ton Dieu"), qui est à la deuxième personne.
Mais voici la chose : l'homme doit être extrêmement, extrêmement avisé face au mauvais penchant qui se dresse sur lui pour le séduire ; même s'il est en secret, dans les chambres les plus retirées, là où il n'y a personne, malgré cela, s'il sait de lui-même qu'il sert le Nom, c'est-à-dire s'il sait qu'il s'occupe d'étude, de la mitsva de tsedaka, d'actes de bonté et de choses semblables, par cela il peut en venir à des arrière-pensées intéressées, même s'il est dans les chambres les plus retirées ; et quand il se regardera lui-même, ses yeux verront que ces paroles sont véridiques. Seulement, l'homme ne doit absolument pas laisser monter à son cœur la pensée de ses bonnes actions ; qu'elles soient plutôt comme cachées à lui, et qu'il ne sache absolument rien de ses bonnes actions ; au contraire, que toutes ses actions ne soient pas bonnes à ses yeux.
Et c'est cela "hatsnéa lékhet" ("marcher en secret"), car "lékhet" est lui aussi une forme cachée (nistar), étant un nom [verbal] : allusion à ce que, même dans le secret, il y ait du secret à l'intérieur du secret, c'est-à-dire que même dans le secret, là où il n'y a personne, il y ait encore du secret vis-à-vis de lui et de lui-même quant à toutes ses actions, de sorte qu'il ne sache pas de lui-même qu'il fait quoi que ce soit.
וזהו "ואהבת לרעך כמוך" דהשי"ת ב"ה נקרא ריעך, כמו שכתוב ריעך וריע אביך אל תעזוב, ואמר הכתוב "ואהבת" כו׳, ר"ל הסיבה שתוכל לבוא לידי אהבה שלימה, לאהוב את המקום ב"ה הנקרא "ריעך", בלתי אפשר כי אם באופן שתהיה "כמוך" ר"ל בכ"ף הדמיון, שלא תדע מעצמך כלל שאתה הוא העושה ובמה נחשב, אלא שאינך אלא כדמיון, והבן כי זה עיקר ושורש גדול לעבודת הבורא ב"ה.
Et c'est cela "tu aimeras ton prochain (réakha) comme toi-même" (Vayikra 19,18) : car le Nom béni soit-Il est appelé "ton compagnon" (réakha), comme il est écrit "ton compagnon et le compagnon de ton père, ne les abandonne pas" (Michle 27,10). Et l'Écriture dit "tu aimeras", etc., c'est-à-dire : le moyen par lequel tu peux parvenir à un amour parfait, aimer le Lieu (Hamakom) béni soit-Il, appelé "ton compagnon", n'est possible que d'une façon qui soit "kamokha" ("comme toi"), c'est-à-dire avec le kaf de comparaison : que tu ne saches absolument rien de toi-même, que ce soit toi qui agisses, et pour quoi comptes-tu ?
Mais que tu ne sois qu'une ressemblance. Et comprends, car ceci est un principe essentiel et une grande racine du service du Créateur béni soit-Il.
יראת מאלקיך אני ה׳. י"ל הפירוש דהנה מתחילה צריך האדם להיות ירא אלקיו באיזה אופן, וחלק אלקים שבו צריך להיות תמיד ביראה, ולכן נאמר "אלקיך", דהיינו חלק אלקות שבך כפי הבנתך, ואז כאשר תתמיד ביראתך בלי הפסק, תוכל לבוא שתדע ש"אני ד׳", להשיג מציאותי על ידי פעולותי.
"Tu craindras ton Dieu, je suis le Nom" (Vayikra 19,14). On peut expliquer ainsi : voici, au commencement l'homme doit craindre son Dieu d'une façon ou d'une autre, et la part de divinité qui est en lui doit se tenir constamment dans la crainte ; c'est pourquoi il est dit "élokékha" ("ton Dieu"), c'est-à-dire la part de divinité qui est en toi, selon ta compréhension ; et alors, lorsque tu persévéreras dans ta crainte sans interruption, tu pourras parvenir à savoir que "je suis le Nom", à saisir mon existence par mes actes.
ואתם הדבקים בד׳ אלקיכם חיים כולכם היום. מלת "היום" אינו מדוקדק.
וי"ל דהנה אמר התנא אל תאמין בעצמך עד יום מותך, הגם שרואה אדם שהנהיג את עצמו היום הזה בדרך הישר, ודקדק במעשיו מאוד מאוד לקשר ולדבק עצמו בהבורא יתעלה, אעפ"כ אל יאמין עצמו שהוא איש ישר רק היום הזה שהוא עומד בו, ולמחרתו מיד צריך להתחיל מחדש לחפש רוממותו ית"ש לדבק בו יתברך ויתעלה. וזהו "ואתם הדבקים כו׳ כולכם" ר"ל שזה דבר השוה לכל ישראל שאפשר לו לדבק עצמו בהבורא יתעלה, כמו דאיתא אפילו עבד אפילו שפחה כו׳, אך אין להאמין לעצמו להיותו בטוח ביום מחר, כי אם בלתי "היום" ר"ל היום שהוא עומד בו כנ"ל, וביום מחר צריך להתחיל מחדש.
וק"ל.
"Et vous qui êtes attachés au Nom votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui" (Devarim 4,4). Le mot "aujourd'hui" n'est pas exact.
Et on peut dire ainsi : voici, le Tana a dit "ne te fie pas à toi-même jusqu'au jour de ta mort" (Avot 2,4). Bien que l'homme voie qu'il s'est conduit ce jour-ci dans la voie droite, et qu'il ait été extrêmement, extrêmement minutieux dans ses actes pour se lier et s'attacher au Créateur exalté, malgré cela qu'il ne se fie pas à lui-même comme étant un homme droit, sinon pour ce jour-ci même dans lequel il se tient ; et le lendemain il doit aussitôt recommencer à chercher Son élévation, qu'Il soit béni, pour s'attacher à Lui, béni et exalté.
Et c'est cela "et vous qui êtes attachés, etc., vous tous", c'est-à-dire que ceci est une chose égale pour tout Israël, que chacun peut s'attacher au Créateur exalté, comme il est enseigné "même un esclave, même une servante, etc.", mais il ne faut pas se fier à soi-même au point d'être assuré du lendemain, si ce n'est "aujourd'hui", c'est-à-dire le jour dans lequel il se tient, comme ci-dessus, et le lendemain il doit recommencer à neuf. Et c'est facile à comprendre.
שויתי ה׳ לנגדי תמיד. כי ידוע שלב חכם לימינו, היינו היצר הטוב שהוא מסיטרא דהויה רחמים, ולב כסיל לשמאלו, שהוא יצר הרע מסיטרא דאלקים אחרים, והצדיק מהפך מידת הדין לרחמים, על דרך ומלאך רע יענה אמן בעל כרחו, וזהו הוא הפירוש "שויתי ה׳ לנגדי" כלומר מי שהוא לנגדי שהוא היצר הרע, הפכתי אותו ושויתי הויה.
"J'ai placé le Nom devant moi constamment" (Tehilim 16,8). Car il est connu que "le cœur du sage est à sa droite" (Kohelet 10,2), à savoir le bon penchant, qui est du côté de Havaya (le Nom de quatre lettres, mesure de miséricorde), "et le cœur de l'insensé est à sa gauche", qui est le mauvais penchant, du côté d'Elokim, [des] "autres dieux".
Et le juste renverse la mesure de rigueur en miséricorde, à la manière de "et le mauvais ange répond amen malgré lui" (Chabat 119b). Et voici l'explication de "j'ai placé (chiviti) le Nom devant moi" : c'est-à-dire, celui qui est devant moi (lenegdi), qui est le mauvais penchant, je l'ai renversé et je l'ai fait devenir Havaya.
ה' עוז לעמו יתן ה׳ יברך את עמו בשלום. הנה כל מגמותינו במחשבותינו ובמעשינו להעלות מדת מלכות, וזה הוא קישור עולמות ליחד קודשא בריך הוא ושכינתיה כידוע, ואז כל העולמות מושפעים, ומדת מלכות נקראת "עוז" כד"א יתן עוז למלכו, וזה הכל ביד הצדיק להשפיע בעולמות על ידי מעשיו הטובים והיחודים והדביקות שלו, כמו שנאמר תנו עוז לא-להים.
וזה פירוש הפסוק "ה׳ עוז לעמו יתן", וכשישראל במדריגה הזאת שמיחדים מדת מלכות הנקראת עוז כדלעיל, אז "ה׳ יברך את עמו בשלום" שנשלם שפע כל העולמות ברב טוב ושלום על ישראל אמן.
"Le Nom donnera force à son peuple, le Nom bénira son peuple par la paix" (Tehilim 29,11). Voici, toute notre visée, dans nos pensées et dans nos actes, est d'élever la mesure de Malkhout (la sefira de royauté), et c'est là la liaison des mondes pour unir le Saint béni soit-Il et Sa Chekhina, comme on le sait, et alors tous les mondes reçoivent l'influx.
Et la mesure de Malkhout est appelée "oz" (force), selon ce qui est dit "il donnera force à son roi" (I Chemouel 2,10) ; et tout cela est entre les mains du juste, pour faire couler l'influx dans les mondes par ses bonnes actions, ses unifications (yihoudim) et son attachement, comme il est dit "donnez force à Elokim" (Tehilim 68,35). Et c'est là l'explication du verset "le Nom donnera force à son peuple" ; et quand Israël est à ce degré, unifiant la mesure de Malkhout appelée "oz" comme ci-dessus, alors "le Nom bénira son peuple par la paix", car l'influx de tous les mondes s'accomplit en abondance de bien et de paix sur Israël, amen.
נזכירה דודיך מיין משרים אהבוך. על דרך דאיתא בגמרא שהיה רבי חנינא בן דוסא מתפלל שיתנו לו מחלקו המזומן לעולם הבא ונתנו לו, אחר כך הראו לו בחלום שלכל הצדיקים יש להם כסא של ארבע רגלים ושלו של שלש רגלים, עיין שם הלשון היטב, ונמצא שאין לאדם להתפלל שיתנו לו מחלקי העולם הבא המזומן לו, כי שמא יגרעו לו משם, אבל כל זה כשאדם מתפלל על עצמו, אבל כשמתפלל על אחרים יכול לבקש שיתנו להם מחלקם של עולם הבא, כי בודאי לא יוגרעו בשביל זה, כי אין כוונתם לכך, כי הם אינם יודעין בדבר, והצדיק המתפלל עבורם הוא כונתו גם כן לשם שמים להשפיע להם רב טוב, וזהו "נזכירה דודיך" שאנו מזכירים ומתפללים לפניך שתמשיך עלינו אותן דודים הערבים והנעימים עלינו, "מיין" מעולמות העליונים הנרמזים ביין והוא עולם הבא, תשפיע מעליו עלינו בעולם הזה, ואם תאמר יוגרע מחלק העולם הבא חלילה, לזה אמר "משרים אהבוך", פירוש הלא אהבתם שהם אוהבים אותך ועושין מצוות ומעשים טובים לפניך, אשר עבורם מגיע להם זה החלק העולם הבא שלהם, זה הוא מישור אהבתם בלי עקבה ורמיה, כי העולם אינם יודעים שזו היא מחלקם, והצדיק גם כן כונתו אינו רק להשפיע לעולם, תיתי מהי תיתי, ונמצא בשביל זאת לא יוגרע חלקם כנ"ל.
והשם יזכנו לאור בנועם העליון, אמן.
"Rappelons tes amours, plus que le vin ; c'est avec droiture qu'ils t'aiment" (Chir haChirim 1,4). À la manière de ce qui est enseigné dans la Guemara : Rabbi Hanina ben Dossa priait pour qu'on lui donne de sa part réservée pour le monde à venir, et on la lui donna ; ensuite on lui montra en rêve que tous les justes ont une chaise à quatre pieds, et la sienne à trois pieds (voir Taanit 25a), vois bien là-bas le texte.
Il ressort donc que l'homme ne doit pas prier pour qu'on lui donne de ses parts du monde à venir qui lui sont réservées, car peut-être les retranchera-t-on de là-bas. Mais tout cela vaut quand l'homme prie pour lui-même ; en revanche, quand il prie pour d'autres, il peut demander qu'on leur donne de leur part du monde à venir, car certainement on ne leur retranchera rien à cause de cela, puisque telle n'est pas leur intention à eux, car eux n'en savent rien, et le juste qui prie pour eux, son intention est elle aussi pour le Ciel, pour faire couler sur eux une grande abondance de bien.
Et c'est cela "rappelons tes amours" : nous rappelons et nous prions devant toi pour que tu fasses descendre sur nous ces amours agréables et doux pour nous ; "plus que le vin (miyayin)", des mondes supérieurs évoqués par le vin, qui est le monde à venir, [afin] que tu en fasses couler sur nous dans ce monde-ci. Et si tu dis qu'il en résultera un retranchement de la part du monde à venir, à Dieu ne plaise, c'est pour cela qu'il est dit "c'est avec droiture (mecharim) qu'ils t'aiment", c'est-à-dire : n'est-ce pas que leur amour, l'amour qu'ils ont pour toi, et les mitsvot et bonnes actions qu'ils accomplissent devant toi, pour lesquelles leur revient cette part du monde à venir qui est la leur, cet amour est droiture sans détour ni tromperie, car les gens ne savent pas que ceci est de leur part ; et le juste non plus n'a d'autre intention que de faire couler l'influx sur le monde, "qu'elle vienne d'où elle vienne" (titei mehei titei).
Il ressort donc qu'à cause de cela leur part ne sera pas retranchée, comme ci-dessus. Et que le Nom nous accorde le mérite d'être éclairés par la douceur d'en haut, amen.
ארון נושא את נושאיו. י"ל הפירוש כי דרך בני אדם כשהם רואים אדם המתחיל בעבודת הבורא ב"ה, הם מדברים בו ומתקוממים עליו, ויש לו יסורים גדולים מזה, ואף על פי כן הוא אינו משגיח על זה כלל, ועובד את הבורא ביתר התאמצות עוד, ועל ידי זה הוא עולה בכל פעם למעלה יתירה, נמצא הם נושאים אותו ומגביהים אותו למעלה יתירה בעבודתו ית"ש, ואחר כך כשהוא צדיק גמור, אז הוא נושא אותם, שמחזירם בתשובה ומשפיע עליהם כל צרכם, והפירוש ממילא מובן, שהצדיק נקרא "ארון" כאשר ביארנו כבר בכמה מקומות, הוא "נושא את נושאיו" רוצה לומר אותם שהיו מנשאין אותו, הוא נושא אותם.
וק"ל.
"L'arche portait ceux qui la portaient" (Sota 35a). On peut expliquer ainsi : c'est la voie des gens, quand ils voient un homme qui commence à servir le Créateur béni soit-Il, de parler contre lui et de se dresser contre lui, et il en éprouve de grandes souffrances ; et malgré cela il n'y prête aucune attention, et il sert le Créateur avec un effort encore plus grand, et par cela il monte chaque fois à un degré supérieur.
Il se trouve donc que ce sont eux qui le portent et qui l'élèvent à un degré supérieur dans son service du Nom, qu'Il soit béni. Et ensuite, lorsqu'il est un juste accompli, alors c'est lui qui les porte : il les ramène au repentir et fait couler sur eux tout ce dont ils ont besoin.
Et l'explication se comprend d'elle-même : le juste est appelé "arche", comme nous l'avons déjà expliqué en plusieurs endroits, et il "porte ceux qui le portent", c'est-à-dire que ceux qui l'élevaient, c'est lui qui les porte. Et c'est facile à comprendre.
יראיך יראוני כו׳. דהנה איתא כל אומן שונא את בני אומנותו, אבל היראים יש להם שמחה זה מזה כשרואה ירא אחר, כי מדרך הירא באמת שסובר שהוא מקצר תמיד בעבודת השי"ת, ונמצא כל אחד סובר בעצמו שהוא מקצר, ובמה יש לקנאות בו כיון שהוא בעצמו סובר שאין בו יראה כלל.
וזו היא "יראיך יראוני וישמחו" פירוש כשרואים אותי הם שמחים בי ואין מקנאים אותי, "כי לדברך יחלתי" לשון חיל ורעדה, כי תמיד אני בחיל ורעדה שמתפחד אני שמקצר בעבודתך חלילה, ולזה אין מקנאים בי, אדרבה שמחים עלי.
"Ceux qui te craignent me verront [et se réjouiront], etc." (Tehilim 119,74). Voici, il est enseigné que tout artisan hait ceux de son métier ; mais ceux qui craignent [le Ciel] ont de la joie l'un de l'autre quand l'un voit un autre craignant, car la voie de celui qui craint véritablement est de penser qu'il est toujours en défaut dans le service du Nom béni soit-Il ; il se trouve donc que chacun pense de lui-même qu'il est en défaut, et en quoi y aurait-il de quoi le jalouser, puisque lui-même pense qu'il n'a aucune crainte du tout ?
Et c'est cela "ceux qui te craignent me verront et se réjouiront", c'est-à-dire : quand ils me voient, ils se réjouissent de moi et ne me jalousent pas ; "car j'ai espéré en ta parole" (yihalti), terme de tremblement et d'effroi (hil ourada), car je suis constamment dans le tremblement et l'effroi, redoutant d'être en défaut dans ton service, à Dieu ne plaise, et c'est pourquoi ils ne me jalousent pas, au contraire ils se réjouissent à mon sujet.
ולציון יאמר איש ואיש יולד בה. יש לומר הפירוש דהנה מדרך הצדיק המדבר עם איזה אדם בדבר איזה הצטרכות פעולות הגשמיות שיפעול לו על ידי דיבורו, אזי כוונתו של הצדיק לפעול לאותו אדם מה שצריך לו, וגם כונתו להשי"ת לתקן שם בעולמות העליונים על ידי דיבורו.
וזהו "ולציון" הוא הצדיק המצויין בהלכה, "יאמר" עליו "איש", "ואיש יולד בה" דהיינו באותו הדיבור שהוא מדבר פועל שני כונות, דהיינו לאיש המדבר עמו שיפעול לו כל צורכו, וגם להשי"ת הנקרא "איש מלחמה" נולד ונפעל הכל על ידי אותו הדיבור. וכאשר מתנהג הצדיק כן, הוא פועל רחמים לכל העולם, וזהו "ה׳ יספור בכתוב עמים" רוצה לומר ה׳ הוא מידת הרחמים, מאיר ברחמיו אל כתיבת עמים הרוצים לכתוב חס ושלום איזה גזירה על ישראל, אזי מאיר מידת הרחמים אל הכתיבה שנהפך לרחמים גמורים.
"Et de Tsion il sera dit : un homme et un homme y est né" (Tehilim 87,5). On peut expliquer ainsi : voici, la voie du juste, lorsqu'il parle avec un homme au sujet de quelque besoin d'actions matérielles qu'il accomplira pour lui par sa parole, est que l'intention du juste est d'opérer pour cet homme ce dont il a besoin, et que son intention est aussi dirigée vers le Nom béni soit-Il, pour réparer là-haut dans les mondes supérieurs par sa parole.
Et c'est cela "et de Tsion", c'est le juste distingué (metsouyan) dans la halakha ; "il sera dit" à son sujet "un homme", "et un homme y est né", c'est-à-dire que par cette même parole qu'il prononce il opère deux intentions, à savoir pour l'homme avec qui il parle, en lui procurant tout son nécessaire, et aussi pour le Nom béni soit-Il, appelé "homme de guerre" (Chemot 15,3), [de sorte que] tout est engendré et opéré par cette même parole. Et quand le juste se conduit ainsi, il opère la miséricorde pour le monde entier, et c'est cela "le Nom comptera en inscrivant les peuples" (Tehilim 87,6), c'est-à-dire : le Nom, c'est la mesure de miséricorde, il éclaire de sa miséricorde l'écriture des peuples qui veulent inscrire, à Dieu ne plaise, quelque décret contre Israël ; alors la mesure de miséricorde éclaire cette écriture, en sorte qu'elle se change en miséricorde complète.