נועם אלימלך

Noam Elimelech — Additions, Likutei Shoshana (3/12)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Prolonge Ta bienveillance pour ceux qui Te connaissent » (Tehilim 36,11). Le Noam Elimele'h lit le redoublement de Yaakov, « Je sais, mon fils, je sais ». L'âme sous le Trône de Gloire reçoit toute la Torah, sans le « pain de la honte », pour dominer le corps et pouvoir étudier ensuite ; l'ange la frappe sur la bouche afin qu'il serve et éveille l'empreinte (rochem) jusqu'au degré d'avant sa venue. « Je sais » est ce degré sous le Trône ; « mon fils », ce monde-ci ; le second « je sais », le retour au premier degré. Les justes accomplis, qui savent que tout est pour le bien, demandent pourtant des bontés immédiates : « réponds-moi par la vérité de Ton salut ».

Aussi : le sage voit ce qui va naître par la lumière mise en réserve ; le roi retenu dans les canaux de la Torah, du palmier au délice ; la lumière semée pour le juste qui unifie les Noms et sert sans salaire.

משוך חסדך ליודעיך וצדקתך לישרי לב. ומתחילה נפרש הפסוק שאמר יעקב אבינו עליו השלום "ידעתי בני ידעתי" שהוא מילות כפולות, ועוד שהיה לו לומר יודע אני כו׳.

אך נראה דהנה הנשמה שהיא תחת כסא הכבוד אז היא יודעת להשכיל כל התורה כדאיתא בגמרא: ומלמדין אותה כל התורה כולה וכיון שיצא לאויר העולם בא מלאך וסטרו על פיו.

ויש ליתן טעם לשבח לזה שמתחילה מלמדין אותו ואחר כך המלאך סטרו. ונ"ל שמתחילה הנשמה ששוכנת תחת כסא הכבוד ולמען לא יהא לה נהמא דכיסופא היא נבראת כידוע, וזהו ההכרחי ללמדה כל התורה כולה, כי אילולי זה לא היה באפשרי להנשמה בבואה אל הגוף החומרי להתגבר עליו לשבר תאוותו, וההכרחי ללמדו כל התורה שעל ידה יכול לשבר כח ותאוות הגוף.

ועוד אם לא היו מלמדין אותה לא היה באפשרי לקבל וללמוד אחר כך את התורה, לכן מלמדין אותה מתחילה כדי שאחר כך בנקל תוכל לקבל וללמוד התורה. אך אם היה נשאר כך בלתי סטירת המלאך, לא היה תועלת בבריאתו כלל, כי לא היה צריך שום עבודה ופעולה לעבוד ולשבר כח התאוה, כי היה כבר מלא תורה כאשר היו מלמדין אותו מתחילה בקדושה, בא המלאך וסטרו על פיו ומשכחו.

אך אף על פי כן נשאר הרושם שנרשם בו בזה שהיו מלמדין אותו כל התורה, וצריך האדם לעבוד בכל כחו והתאמצותו לעורר את הרושם הנרשם בו לבוא אל המעלה שהיה בו קודם בריאתו, כמו שהיה במחצבתו מתחת כסא הכבוד. וזהו "ידעתי" פירוש כבר בהיותו תחת כסא הכבוד, "בני" פירוש אף אחר כך היינו עתה שאתה בני, דהיינו שאני בעולם הזה, "ידעתי" פירוש גם עתה באתי אל המעלה הראשונה כמו שהייתי קודם בואי לעולם כנ"ל, "כי מנשה הבכור" כו׳, וזה "משוך חסדך ליודעיך" היינו הצדיקים הגמורים שכבר עבדו ותיקנו את עצמם להיותם בידיעה ברורה כנ"ל, ובוודאי הן מבינים את הכל, ויודעים שכל דבר הוא לטובתינו אף שאין נראה טובה כל כך, יודעין שסוף תבוא הטוב מאותו דבר, אף על פי כן "משוך חסדך" פירוש שיהא מיד חסדים, וזהו "ענני באמת ישעך" פירוש ענני מן צרה זו אף על פי שסוף הצרה בוודאי לישועה, בקשתי מהשם יתברך ברוך הוא שיענני מיד לישועה כנ"ל.

והבן.

'Prolonge Ta bienveillance ('hessed) pour ceux qui Te connaissent, et Ta justice pour les cœurs droits' (Psaumes 36,11). Expliquons d'abord le verset où Yaakov notre père, que la paix soit sur lui, a dit : 'Je sais, mon fils, je sais' (Genèse 48,19), où les mots sont redoublés ; et de plus il aurait dû dire 'je sais' etc.

Mais voici ce qu'il semble. L'âme qui se tient sous le Trône de Gloire sait alors comprendre toute la Torah, comme il est dit dans la Guemara : on lui enseigne toute la Torah entière, et dès qu'il sort à l'air du monde un ange vient et le frappe sur la bouche (Nida 30b).

Il faut donner une bonne raison à cela : pourquoi on lui enseigne d'abord, et ensuite l'ange le frappe. Il me semble que l'âme, qui réside d'abord sous le Trône de Gloire, a été créée ainsi afin qu'elle n'ait pas le 'pain de la honte' (nahama dekhisoufa - le pain reçu sans l'avoir gagné), comme on le sait ; et c'est pourquoi il est indispensable de lui enseigner toute la Torah entière, car sans cela il n'aurait pas été possible à l'âme, en venant dans le corps matériel, de le dominer et de briser ses désirs ; il est donc indispensable de lui enseigner toute la Torah, par laquelle elle peut briser la force et les désirs du corps.

De plus, si on ne le lui avait pas enseigné, il n'aurait pas été possible de recevoir et d'étudier ensuite la Torah ; c'est pourquoi on la lui enseigne d'abord, afin qu'ensuite elle puisse recevoir et étudier la Torah avec facilité. Mais s'il était resté ainsi, sans la gifle de l'ange, il n'y aurait eu aucune utilité à sa création, car il n'aurait eu besoin d'aucun service ni d'aucun acte pour servir et briser la force du désir, puisqu'il était déjà rempli de Torah telle qu'on la lui avait enseignée au début dans la sainteté ; c'est pourquoi l'ange vient, le frappe sur la bouche et la lui fait oublier.

Et pourtant, malgré cela, il reste l'empreinte (rochem) qui s'est gravée en lui du fait qu'on lui a enseigné toute la Torah, et l'homme doit servir de toute sa force et de tout son effort pour éveiller l'empreinte gravée en lui, afin de parvenir au degré qui était le sien avant sa création, tel qu'il était à sa source, sous le Trône de Gloire. Et c'est 'je sais' : c'est-à-dire déjà lorsque j'étais sous le Trône de Gloire ; 'mon fils' : c'est-à-dire même après, à savoir maintenant que tu es mon fils, autrement dit que je suis dans ce monde-ci ; 'je sais' : c'est-à-dire maintenant aussi je suis parvenu au premier degré, tel que j'étais avant ma venue au monde, comme ci-dessus ; 'car Menaché est l'aîné' etc.

Et c'est 'prolonge Ta bienveillance pour ceux qui Te connaissent' : ce sont les justes accomplis qui ont déjà servi et se sont réparés eux-mêmes pour se trouver dans une connaissance claire, comme ci-dessus ; et certes ils comprennent tout, et ils savent que toute chose est pour notre bien, même si cela n'apparaît pas tellement comme un bien, ils savent qu'à la fin le bien sortira de cette chose même. Et malgré cela ils disent 'prolonge Ta bienveillance', c'est-à-dire que ce soient immédiatement des bontés (hassadim).

Et c'est 'réponds-moi par la vérité de Ton salut' (Psaumes 69,14) : c'est-à-dire, réponds-moi de cette détresse-ci ; bien qu'à la fin la détresse aboutisse certainement au salut, je demande au Nom béni qu'Il me réponde immédiatement par le salut, comme ci-dessus. Et comprends.

משנה איזהו חכם הרואה את הנולד ונראה על פי שדרשו חז"ל וירא אלקים את האור כו׳ שגנזו לצדיקים. י"ל הפירוש שהשם יתברך גנז את האור לצדיקים שהם יהיו יכולין לדעת על ידי האור הזה דבר שעתיד להיות, והנה התורה נקראת חכמה לשון נקיבה, והצדיק הלומד תורה לשמה נקרא חכם בשם זכר, וזהו שאמרו הני בבלאי טפשאי דקיימי מקמי ספר תורה ולא קיימי קמי תלמיד חכם.

ואמר התנא "איזהו חכם הרואה את הנולד", כנ"ל שעל ידי האור שבה יכולים לראות את הנולד.

Michna : 'Qui est sage ? Celui qui voit ce qui va naître' (Tamid 32a).

Cela semble s'expliquer d'après ce que nos Sages, de mémoire bénie, ont exposé sur 'Dieu vit que la lumière' etc. (Genèse 1,4), à savoir qu'Il l'a mise en réserve pour les justes.

On peut dire que le sens est le suivant : le Nom béni a mis la lumière en réserve pour les justes, afin qu'ils puissent savoir par cette lumière une chose qui doit encore advenir. Or la Torah est appelée ''hokhma' (sagesse), un mot féminin, et le juste qui étudie la Torah pour elle-même (lichma) est appelé ''hakham' (sage), un mot masculin.

Et c'est ce qu'ils ont dit : 'Ces Babyloniens sots, qui se lèvent devant un rouleau de Torah et ne se lèvent pas devant un talmid 'hakham (un disciple des sages)' (Makot 22b). Et le Tana a dit : 'Qui est sage ?

Celui qui voit ce qui va naître' - comme ci-dessus, car par la lumière qui est en elle on peut voir ce qui va naître.

מלך אסור ברהטים מה יפית כו'. נ"ל בהקדים לפרש "זאת קומתך דמתה לתמר", דאיתא דתמר יש בו זכרות ונקבות, והאדם צריך להתקדש עצמו ממדריגה למדריגה מלמטה למעלה, דהיינו לתקן עצמו במדרגות זכרות ונקבות.

וזהו "זאת קומתך" רוצה לומר זה הוא קומתך שלמה, "דמתה לתמר" רוצה לומר כשהוא דומה לתמר כנ"ל, מה תמר יש בו זכרות ונקבות כו׳, וזהו "זכור ושמור בדיבור אחד נאמרו" רמז גם כן לשני מדריגות דוכרא ונוקבא, צריך להיות בדיבור אחד, דהיינו מהמחשבה בא אל הדיבור ונעשה אחד, והצדיק הזה הוא יכול להמתיק הדינים ולכובשם תחת ידו, וזהו "שמאלו תחת לראשי" רצה לומר כשהשמאל הוא כבוש תחת ראשי, אז "ימינו תחבקני", דהיינו שהצדיק הזה הוא בא למדריגת חיבוק ונשיקין ותענוג העליון, אך שצריך לעלות ממדריגה למדריגה כנ"ל, דהיינו מיראה לאהבה ומאהבה לתענוג ושמחה, והצדיק הזה הוא משפיע לעולם שפע טובה, וזהו "ולשמחה מה זו עושה" רוצה לומר על ידי מדריגת "שמחה" הוא מתקן את מדרגת "מה", שעל ידה באים ההשפעות, וזהו "מה ד׳ אלקיך שואל מעמך", רוצה לומר שתתקן מדרגת "מה", וזה הוא מתקן על ידי יראה ואהבה, וזהו "כי אם ליראה" כו׳.

'Le roi est retenu dans les canaux ; que tu es belle' etc. (Cantique 7,6-7).

Il me semble qu'il faut d'abord expliquer 'Cette taille qui est la tienne ressemble à un palmier' (Cantique 7,8). Car il est enseigné que le palmier (tamar) comporte du masculin et du féminin, et l'homme doit se sanctifier lui-même de degré en degré, du bas vers le haut, c'est-à-dire se réparer lui-même dans les degrés de masculin et de féminin.

Et c'est 'cette taille qui est la tienne', ce qui veut dire : voici ta stature complète ; 'ressemble à un palmier', ce qui veut dire : lorsqu'il ressemble au palmier, comme ci-dessus, car de même que le palmier comporte du masculin et du féminin, etc. Et c'est 'Souviens-toi et Garde ont été dits en une seule parole' (Chevouot 20b) : allusion également aux deux degrés de masculin (dukhra) et de féminin (noukva), qui doivent être en une seule parole, c'est-à-dire que de la pensée cela vient à la parole et devient un.

Et ce juste-là peut adoucir les rigueurs (dinim) et les soumettre sous sa main. Et c'est 'sa gauche est sous ma tête' (Cantique 2,6), ce qui veut dire : lorsque la gauche est soumise sous ma tête, alors 'sa droite m'embrasse', c'est-à-dire que ce juste parvient au degré de l'étreinte, des baisers et du délice supérieur.

Mais il faut monter de degré en degré, comme ci-dessus, c'est-à-dire de la crainte à l'amour, et de l'amour au délice et à la joie. Et ce juste-là déverse sur le monde une abondance de bien.

Et c'est 'et de la joie, que fait-elle ?' (Ecclésiaste 2,2), ce qui veut dire : par le degré de la 'joie' (simha) il répare le degré de 'quoi' (ma), par lequel viennent les effusions. Et c'est 'Qu'est-ce (ma) que le Nom ton Dieu demande de toi' (Deutéronome 10,12), ce qui veut dire que tu réparés le degré de 'ma' ; et cela, il le répare par la crainte et par l'amour, et c'est 'sinon de craindre' etc.

והנה השי"ת בחר אותנו באהבה, ולכאורה בהשם יתברך אין שייך כי אם תענוג. אך מחמת התורה הקדושה שאנו עוסקים בה לשמה, השם יתברך יורד מתענוגו ואוסר עצמו בהתורה, ובוא יבוא אל מדריגת אהבה.

וזהו "מלך" רצה לומר הקדוש ברוך הוא, "אסור ברהטים" דהתורה נקראת רהטים, ונמצא יורד ממדריגת תענוג לאהבה. "מה יפית ומה נעמת" רוצה לומר ראה האיך היה טוב ויפה, "אהבה בתענוגים" רצונו לומר שגם כן אתה תעשה את שלך ותלך מאהבה לתענוג כנ"ל.

Or le Nom béni nous a choisis avec amour ; et à première vue, auprès du Nom béni il ne saurait y avoir que le délice. Mais à cause de la sainte Torah que nous étudions pour elle-même, le Nom béni descend de Son délice et Se lie Lui-même dans la Torah, et Il vient au degré de l'amour.

Et c'est 'le roi', ce qui veut dire le Saint béni soit-Il ; 'est retenu dans les canaux (rehatim)', car la Torah est appelée 'rehatim' ; il se trouve donc qu'Il descend du degré du délice à celui de l'amour. 'Que tu es belle et que tu es agréable', ce qui veut dire : vois comme cela était bon et beau ; 'amour dans les délices' (Cantique 7,7), ce qui veut dire que toi aussi tu feras ta part et que tu iras de l'amour vers le délice, comme ci-dessus.

אור זרוע לצדיק כו׳. ונקדים לפרש פסוק בשיר השירים "אכלתי יערי עם דבשי כו׳ אכלו רעים שתו ושכרו דודים".

דהנה התורה הקדושה נמשלה לדבש כמו שנאמר ומתוקים מדבש וכו׳, וכשהצדיק עוסק בתורה לשמה כדי לייחד שמו הגדול, זהו תענוג ואכילה להקדוש ברוך הוא, וזהו "כי ה׳ אלקיך אש אוכלה הוא", רצה לומר אכילתו של הקדוש ב"ה הוא אש, והיא התורה הנקראת אש, וזהו גם כן "את קרבני לחמי לאשי", הקרבן שהוא לחמי לאשי לעסוק בתורה הנקרא אש. והנה הדבש מקומו הוא מצוי ביער ואין הנאה מוכנת כי אם מהדבש אבל לא מעצי היער, ואומר הקדוש ברוך הוא "אכלתי יערי עם דבשי", דהיינו כשהצדיק עוסק בתורה לשמה הנקרא דבש, אזי אכילתי ותענוגי מה"יער" הוא הצדיק, "עם דבשי" הוא התורה, ולעומת זה יש גם כן להצדיק השפעת קדושה מלעילא וזהו אכילתו ותענוגו, וזהו "אכלו רעים" דהצדיק נקרא ריע להקדוש ברוך הוא, שהוא גוזר והצדיק מבטל, ורמז לזה "למען אחי ורעי אדברה נא שלום בך", רצה לומר "למען" הצדיקים הנקראים "אחי ורעי", "אדברה נא שלום בך" הוא על כללות ישראל הנקראים בלשון יחיד, וגם משום שנבראו ע"י ך"ב אתוון וזהו "בך".

ועל ידי הצדיק העוסק בתורה יש גם כן השפעה להעולמות העליונים והם נקראים "דודים", וזהו "שתו ושכרו דודים".

'La lumière est semée pour le juste' etc. (Psaumes 97,11).

Expliquons d'abord un verset du Cantique des Cantiques : 'J'ai mangé ma forêt avec mon miel etc. ; mangez, compagnons, buvez et enivrez-vous, bien-aimés' (Cantique 5,1). Car la sainte Torah est comparée au miel, comme il est dit 'et plus doux que le miel' etc.

(Psaumes 19,11) ; et lorsque le juste s'occupe de la Torah pour elle-même, afin d'unifier Son grand Nom, cela est un délice et une nourriture pour le Saint béni soit-Il. Et c'est 'car le Nom ton Dieu est un feu dévorant' (Deutéronome 4,24), ce qui veut dire que la nourriture du Saint béni soit-Il est le feu, et c'est la Torah, qui est appelée feu.

Et c'est aussi 'Mon offrande, Mon pain pour Mes feux' (Nombres 28,2) : l'offrande qui est 'Mon pain pour Mes feux', c'est de s'occuper de la Torah, appelée feu. Or le miel se trouve d'ordinaire dans la forêt, et le plaisir n'est procuré que par le miel et non par les arbres de la forêt ; et le Saint béni soit-Il dit : 'J'ai mangé ma forêt avec mon miel', c'est-à-dire : lorsque le juste s'occupe de la Torah pour elle-même, laquelle est appelée miel, alors Ma nourriture et Mon délice viennent de la 'forêt', qui est le juste, 'avec mon miel', qui est la Torah.

Et en regard de cela, le juste reçoit lui aussi une effusion de sainteté d'en haut, et c'est là sa nourriture et son délice ; et c'est 'mangez, compagnons', car le juste est appelé compagnon (réa) du Saint béni soit-Il, puisque Lui décrète et que le juste annule. Et l'allusion en est 'à cause de mes frères et de mes compagnons, je dirai donc : que la paix soit en toi' (Psaumes 122,8), ce qui veut dire : 'à cause' des justes, qui sont appelés 'mes frères et mes compagnons' ; 'je dirai donc : que la paix soit en toi', ce qui vise l'ensemble d'Israël, désigné au singulier, et aussi parce qu'ils ont été créés par les 22 lettres (כ-ב), et c'est 'en toi' (בך).

Et par le juste qui s'occupe de la Torah, il y a aussi une effusion vers les mondes supérieurs, lesquels sont appelés 'bien-aimés' ; et c'est 'buvez et enivrez-vous, bien-aimés'.

ועל פי זה יבואר גם כן פסוק "אז ירננו כל עצי היער לפני ה׳", דהנה שם הוי"ה ב"ה הוא המנהיג לכל העולמות, אלא שלא כעולם הזה העולם הבא, דהיינו עולמות העליונים נקראים "עולם הבא" מחמת שהצדיק הולך ובא מעולם לעולם ושם הוי"ה ברוך הוא נקרא ככתיבתו, אבל בעולם הזה "לא כשאני נכתב אני נקרא, נכתב בי"ה ונקרא באדני", והצדיק צריך לייחד השני שמות הקדושים הללו. וזהו "אז" דהיינו השני שמות הן מנין א"ז ח׳ אותיות, "ירננו כל עצי היער", דהיינו הצדיק הנקרא "עצי היער" כשמייחד השני שמות כנ"ל, מכניס ומביא רנה וחדוה לפני ה׳ בעולמות העליונים, וזהו "אור זרוע" ראשי תיבות א"ז, דהיינו על ידי "אור" שהיא התורה, הצדיק מייחד השני שמות כנ"ל, ועל ידי זה הוא מזריע ומשפיע בעולמות העליונים, ומעילא לתתא הוא גם כן משפיע "לישרי לב שמחה".

Et d'après cela s'explique aussi le verset 'alors tous les arbres de la forêt chanteront devant le Nom' (Chroniques I 16,33). Car le Nom Havaya (le Tétragramme), béni soit-Il, conduit tous les mondes ; seulement, le monde à venir n'est pas comme ce monde-ci.

C'est-à-dire que les mondes supérieurs sont appelés 'monde à venir' (olam haba) parce que le juste va et vient de monde en monde, et là le Nom Havaya béni soit-Il se prononce tel qu'il s'écrit ; mais dans ce monde-ci, 'Je ne suis pas lu comme Je suis écrit : Je suis écrit avec י-ה et lu comme Ado-nai' (Pessahim 50a), et le juste doit unifier ces deux Noms saints. Et c'est 'alors' (az), à savoir que les deux Noms font le compte de א-ז, soit huit lettres ; 'tous les arbres de la forêt chanteront', à savoir le juste, appelé 'les arbres de la forêt' : lorsqu'il unifie les deux Noms comme ci-dessus, il introduit et amène le chant et la joie devant le Nom, dans les mondes supérieurs.

Et c'est 'la lumière est semée' (or zaroua), dont les initiales forment א-ז : c'est-à-dire que par la 'lumière', qui est la Torah, le juste unifie les deux Noms comme ci-dessus, et par là il ensemence et déverse dans les mondes supérieurs ; et du haut vers le bas il déverse également 'et pour les cœurs droits, la joie'.

או יאמר בדרך אחר בהצטרף לפרש עוד פסוקים. דהנה "בי"ה ה׳ צור עולמים", דעולם הבא נברא ביו"ד ועולם הזה נברא בה"א, והאומות חלקם בעולם הזה, כי יש להם אחיזה במקום הדינים ומשם הוא יניקת השפעתם, וזהו שאמר יוסף למצרים "ה"א לכם זרע", דהיינו השפעתם היא מה"א, וישראל הקדושים יניקת השפעתם היא מהיו"ד היא חכמה.

וזה בא על ידי הצדיק הוא החכם המעורר השפעה ביו"ד, וזהו שאמרו פותח את ידיך אל תקרא ידיך אלא יודיך, דהיינו שהצדיק פותח את היו"ד להשפיע לעולם ומשביע לכל חי רצון. וזהו שאמר הנביא "אל יתהלל חכם בחכמתו כו׳ כי אם בזאת כו׳ השכל וידוע אותי", דהיינו שהצדיק אל יתהלל שפועל כל זאת על ידי חכמתו, כי אם ידוע "אותי", דהיינו אות יו"ד.

וזהו גם כן סיפא דקרא הנ"ל "ויבטחו בך יודעי שמך". וזהו שנאמר "והמן כזרע ג"ד", דתיבת ג"ד הוא גומל דלים, דהיינו היו"ד משפיע לה"א דהיא נקראת "דלה", דלית לה מדילה, וזהו "והמן" דהיא השפעה, הוא "כזרע ג"ד", והבן.

Ou bien on peut le dire d'une autre manière, en y joignant l'explication d'autres versets encore. Car 'par י-ה, le Nom, rocher des mondes' (Isaie 26,4) : le monde à venir à été créé par le youd et ce monde-ci par le hé ; et les nations ont leur part dans ce monde-ci, car elles ont une prise dans le lieu des rigueurs (dinim), et c'est de là que provient l'allaitement de leur effusion.

Et c'est ce que Yossef dit aux Égyptiens : 'Voici (hé) pour vous de la semence' (Genèse 47,23), c'est-à-dire que leur effusion vient du hé ; tandis que pour les saints d'Israël, l'allaitement de leur effusion vient du youd, qui est la sagesse ('hokhma). Et cela vient par le juste, qui est le sage éveillant l'effusion dans le youd.

Et c'est ce qu'ils ont dit : 'Tu ouvres Ta main (yadekha)' - ne lis pas 'yadekha' mais 'yodekha' (Tes youd), c'est-à-dire que le juste ouvre le youd pour déverser sur le monde et 'rassasier de faveur tout vivant' (Psaumes 145,16). Et c'est ce qu'a dit le prophète : 'Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse etc., mais qu'il se glorifie en ceci etc. : comprendre et Me connaître' (Jérémie 9,22-23), c'est-à-dire que le juste ne doit pas se glorifier d'accomplir tout cela par sa sagesse, mais qu'il connaisse 'Moi' (oti), c'est-à-dire la lettre (ot) youd.

Et c'est aussi la fin du verset cité plus haut : 'et ceux qui connaissent Ton Nom auront confiance en Toi' (Psaumes 9,11). Et c'est ce qui est dit : 'et la manne était comme de la graine de gad' (Nombres 11,7) : le mot ga-d signifie 'gomel dalim' (celui qui fait du bien aux pauvres), c'est-à-dire que le youd déverse vers le hé, lequel est appelé 'dala' (la pauvre), car 'let la mi-dila' (elle n'a rien d'elle-même) ; et c'est 'la manne', qui est l'effusion, elle est 'comme de la graine de ga-d'.

Et comprends.

ואמנם בבוא היוד בין שתי אותיות ג"ד נעשה גיד, שנסתם חס ושלום השפעה מהיוד, וזהו "על כן לא יאכלו בני ישראל את גיד" כו׳, אך הצדיק מעורר השפע לה"א מהיו"ד וממתיק את הדינין, וזהו פירוש הפסוק "ויאמר א-להים יהי אור ויהי אור", דהיינו שהצדיק יש לו כח שני מדרגות, דהיינו להכניס הה"א בין היודי"ן ע"י האור שלו דהיינו "יהי", להמתיק אותה ברחמים גדולים על ישראל, וזהו "גדולה נקמה שניתנה בין שתי אותיות", נקמה דהיינו הדינין נמתקין בין שני אותיות, וגם יש לו כח להשפיל ולהכניע את הרשעים על ידי האור שלו, וזהו "ויהי אור", כל מקום שנאמר ויהי אינו אלא לשון צרה, וזהו "אור זרוע" כו', כי דרך הזריעה להצמיח תבואה וגם קוץ ודרדר, והאור של הצדיק הוא גם כן כמו זריעה להשפיל ולהכניע את הרשעים, "ולישרי לב שמחה".

Mais lorsque le youd vient entre les deux lettres ga-d, cela forme 'guid' (tendon), car l'effusion du youd s'est trouvée obstruée, à Dieu ne plaise. Et c'est 'c'est pourquoi les enfants d'Israël ne mangent pas le tendon (guid)' etc.

(Genèse 32,33). Mais le juste éveille l'effusion vers le hé depuis le youd, et il adoucit les rigueurs (dinim).

Et c'est l'explication du verset 'Dieu dit : que la lumière soit (yehi or), et la lumière fut (vayehi or)' (Genèse 1,3) : c'est-à-dire que le juste possède la force de deux degrés. Le premier : introduire le hé entre les deux youd par sa lumière, ce qui est 'yehi' (י-ה-י), pour l'adoucir par de grandes miséricordes sur Israël ; et c'est 'grande est la vengeance, qui a été placée entre deux lettres' (Berakhot 33a) : la 'vengeance', c'est-à-dire les rigueurs, sont adoucies entre deux lettres.

Le second : il a aussi la force d'abaisser et de soumettre les mécréants par sa lumière, et c'est 'vayehi or', car partout où il est dit 'vayehi' ce n'est qu'un terme de détresse. Et c'est 'la lumière est semée' etc., car il est dans la nature du semis de faire pousser du grain, mais aussi des épines et des chardons ; et la lumière du juste est elle aussi comme un semis, pour abaisser et soumettre les mécréants, 'et pour les cœurs droits, la joie'.

בגמרא בבא מציעא מציאת בת לאב ומפרש בגמרא משום איבה, ופירש רש"י משום מזוני, ותוספות פירשו משום איבה שלא ימסרנה למנוול ומוכה שחין. ונראה פירוש לפירושם, דאיתא במשנה "אל תהיו כעבדים המשמשים את הרב על מנת לקבל פרס אלא" כו׳, ויש לדקדק איך עלה על הדעת שישמש על מנת שלא לקבל פרס, הלא ידוע שאין הקדוש ברוך הוא מקפח שכר כל בריה, אלא שיש לתרץ שאדם יעלה על דעתו שכבר קיבל כל שכרו, על דרך שאמר הכתוב מי הקדימני ואשלם, דהיינו שהקדוש ברוך הוא זן אותו מעודו עד היום, וגם על דרך שאמר הכתוב ה׳ לא יעזבנו בידו, לולי ה׳ בעזרו, ויעלה על דעתו דאף אם הקדוש ברוך הוא היה רוצה ליתן לו שכר היה ממאס בו, וזה פירוש המשגה "אלא הוו כעבדים המשמשין את הרב שלא על מנת לקבל פרס", והפירוש מובן מאליו.

Dans la Guemara Baba Metsia : la trouvaille de la fille appartient au père (Baba Metsia 12b), et la Guemara explique que c'est à cause de l'inimitié ; Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki) explique : à cause de la nourriture ; et les Tossafot ont expliqué : à cause de l'inimitié, pour qu'il ne la donne pas à un homme répugnant et couvert de plaies. Et il semble qu'on puisse expliquer leur explication ainsi.

Il est enseigné dans la Michna : 'Ne soyez pas comme des serviteurs qui servent le maître en vue de recevoir une récompense, mais' etc. (Avot 1,3).

Et il y a lieu de s'interroger : comment pourrait-il venir à l'esprit de servir dans l'intention de ne pas recevoir de récompense ? N'est-il pas connu que le Saint béni soit-Il ne prive aucune créature de son salaire ?

Mais on peut répondre que l'homme pourrait se dire qu'il a déjà reçu tout son salaire, selon ce que dit le verset 'qui M'a devancé, pour que Je le paie ?' (Job 41,3), c'est-à-dire que le Saint béni soit-Il le nourrit depuis toujours jusqu'à ce jour ; et aussi selon ce que dit le verset 'le Nom ne l'abandonnera pas entre ses mains' (Psaumes 37,33), 'si le Nom n'était à mon secours' (Psaumes 94,17) ; et il pourrait se dire que même si le Saint béni soit-Il voulait lui donner un salaire, il le refuserait avec dégoût. Et telle est l'explication de la Michna : 'mais soyez comme des serviteurs qui servent le maître sans vue de recevoir une récompense' - et l'explication se comprend d'elle-même.

ואיתא בגמרא "מתייחד אדם עם בתו ועם אמו", ויש לפרש על פי דאיתא במדרש: "לא זז מחיבתו עד שקראו בתי, לא זז עד שקראו אמי", וזהו פירוש "יתירה עליו אמה עבריה שיוצאה בסימנין", ורצה לומר יתירה עליו על אותו צדיק שנקרא בשם עבד עברי, דהיינו שעובד את ה׳ אבל עדיין אינו נקרא בשם בתו של הקב"ה כנ"ל, יתר עליו אותו צדיק שנקרא בשם בתו, ונקרא בשם אמה עבריה שיוצא בסימנין, דהיינו שיוצא לעולמו בסימני הקטורת, על דרך שאמר הכתוב הדודאים נתנו ריח אלו בחורי ישראל שלא טעמו טעם חטא, והיינו שיוצא לעולמו בריח טוב.

ועוד יש לפרש יוצא בסימנים על דרך דאיתא שהקטורת היתה מעשרת, דהיינו נותן שפע לעולם, כך הצדיק הזה יוצא בסימני הקטורת להשפיע לעולם. וזהו פירוש מתייחד אדם דהיינו אדם עליון הקדוש ברוך הוא וברוך שמו, הוא מתייחד עם צדיק הזה שנקרא בתו, או עם הצדיק הנקרא בשם אמו.

Et il est enseigné dans la Guemara : 'un homme peut rester seul avec sa fille et avec sa mère' (Kidouchin 81b). Et on peut l'expliquer d'après ce qui est dit dans le Midrach : 'Il n'a pas bougé de Son affection jusqu'à ce qu'Il l'appelât Ma fille ; Il n'a pas bougé jusqu'à ce qu'Il l'appelât Ma mère'.

Et telle est l'explication de 'la servante hébreue a ceci de plus que lui, qu'elle sort par les signes [de la puberté]' (Kidouchin 1,2) : cela veut dire qu'il y a un avantage sur ce juste-là qui est appelé du nom de 'serviteur hébreu', c'est-à-dire qu'il sert le Nom mais qu'il n'est pas encore appelé du nom de 'fille du Saint béni soit-Il' comme ci-dessus ; à celui-là est supérieur le juste appelé du nom de 'Sa fille', appelé 'servante hébreue qui sort par les signes', c'est-à-dire qu'il quitte son monde avec les signes de l'encens (ketoret), selon ce que dit le verset 'les mandragores ont donné leur parfum' (Cantique 7,14) - ce sont les jeunes gens d'Israël qui n'ont pas goûté le goût de la faute ; autrement dit, il quitte son monde dans une bonne odeur. Et l'on peut encore expliquer 'sort par les signes' d'après ce qui est enseigné, que l'encens enrichissait, c'est-à-dire qu'il donne l'abondance au monde : de même ce juste-là sort avec les signes de l'encens pour déverser sur le monde.

Et telle est l'explication de 'un homme reste seul' : à savoir l'Homme d'en haut, le Saint béni soit-Il et béni soit Son Nom, qui s'unit seul à seul avec ce juste appelé 'Sa fille', ou avec le juste appelé du nom de 'Sa mère'.

וזהו פירוש "מציאת בתו", דהיינו כל העובדות והמציאות של המצוות שהצדיק הזה הנקרא "בתו" עובד ועושה, ומתקן כל המצוות שהיו בסיטרא אחרא ומוציא אותן משם, והוא נקרא בשם "מציאה" דהוא עובד הכל "לאב" ולא בשביל לקבל פרס, ומפרש בגמרא משום איבה, ורוצה לומר שהוא משער בשכלו הזך אף אם הקדוש ברוך הוא היה רוצה ליתן לו שכר היה ממאס בו כנ"ל, והיינו משום איבה שהוא ממאס בשכר, ופירש רש"י מהיכן בא לו זאת שימאס בהשכר, ופירש משום מזוני, דהיינו שעלה על דעתו שכבר קיבל שכרו, ודי לו בזה שהוא משפיע לעולם מזוני כנ"ל יוצא בסימנים, וגם שהקדוש ברוך הוא זן אותו מעודו עד היום, ותוספות פירשו שזאת עלה על דעתו שדי לו בזה שלא מסר אותו למנוול ומוכה שחין, דהיינו על דרך שאמר הכתוב ד׳ לא יעזבנו בידו, והיינו לא מסר אותו ליצר הרע הנקרא "מנוול".

Et telle est l'explication de 'la trouvaille de sa fille' : c'est-à-dire tous les actes et toutes les trouvailles des mitsvot que ce juste appelé 'Sa fille' sert et accomplit, réparant toutes les mitsvot qui étaient tombées dans la sitra a'hra (le côté impur) et les en faisant sortir ; et cela est appelé du nom de 'trouvaille', car il fait tout cela 'pour le père' et non pour recevoir une récompense. Et la Guemara explique : à cause de l'inimitié - ce qui veut dire qu'il estime, par son intelligence limpide, que même si le Saint béni soit-Il voulait lui donner un salaire, il le refuserait avec dégoût, comme ci-dessus ; et c'est cela 'à cause de l'inimitié', puisqu'il éprouve du dégoût pour le salaire.

Et Rachi explique d'où lui vient d'éprouver ce dégoût pour le salaire, et il explique : à cause de la nourriture, c'est-à-dire qu'il s'est dit qu'il a déjà reçu son salaire, et qu'il lui suffit de déverser sur le monde la nourriture, comme ci-dessus, 'il sort par les signes' ; et aussi parce que le Saint béni soit-Il le nourrit depuis toujours jusqu'à ce jour. Et les Tossafot ont expliqué qu'il s'est dit qu'il lui suffit de n'avoir pas été livré à un homme répugnant et couvert de plaies, c'est-à-dire selon ce que dit le verset 'le Nom ne l'abandonnera pas entre ses mains', à savoir qu'Il ne l'a pas livré au mauvais penchant (yetser hara), appelé 'répugnant'.

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