נועם אלימלך

Noam Elimelech — Additions, Likutei Shoshana (1/12)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Heureux es-tu et bien t’en sera » (Tehilim 128,2) : heureux es-tu dans ce monde-ci, et bien t’en sera dans le monde à venir. Le Noam Elimele'h enseigne que ce qui est bon pour le tsadik dans les affaires de ce monde-ci sert uniquement à ce qu’il parvienne par ce moyen au monde à venir : la Torah et les mitsvot exigent tous les besoins d’ici-bas en abondance, argent compris. « Acherkha » a le sens de chemin et sentier pour parvenir au bien essentiel du monde à venir.

Aussi : les portes de la justice : le service essentiel est de comprendre qu’on n’en atteint jamais le terme ; les douze permutations du Nom, avec amour et crainte ; le remède avant la plaie, les louanges et la Torah.

אשריך וטוב לך, אשריך בעולם הזה וטוב לך לעולם הבא. כי מה שטוב לצדיק בעניני העולם הזה, הוא הכל כדי שיבוא על ידו לעולם הבא.

כי הדברים הצריכים לעולם הבא המה התורה והמצוות, והם אינם יכולים להיעשות ולהיפעל אם לא שיש לו כל צורכי עולם הזה בריוח. למשל, הכנסת אורחים סוכה ואתרוג ציצית מזוזה אשה ובנים וכדומה להם, לזה צריך הכל שיהיה להצדיק מעות בריוח, וזהו "אשריך" פירוש מה שיש לך טוב "בעולם הזה" אינה עיקר הכוונה, כי אם "וטוב לך לעולם הבא", ולזה נאמר "אשריך" שפירושו דרך ונתיב לבוא על ידו לעיקר טובת עולם הבא.

וק"ל.

"Heureux es-tu et bien t'en sera" (Psaumes 128,2) : heureux es-tu dans ce monde-ci, et bien t'en sera dans le monde à venir. Car ce qui est bon pour le juste (tsadik) dans les affaires de ce monde-ci, tout cela n'est que pour qu'il parvienne par ce moyen au monde à venir.

Car les choses nécessaires au monde à venir sont la Torah et les mitsvot, et elles ne peuvent être faites ni accomplies s'il ne dispose pas de tous les besoins de ce monde-ci en abondance. Par exemple : l'accueil des hôtes (hakhnassat orhim), la soukka, le etrog, les tsitsit, la mezouza, une épouse et des enfants, et choses semblables ; pour tout cela il faut que le juste ait de l'argent en abondance.

Et c'est là le sens de "heureux es-tu" : ce que tu as de bon "dans ce monde-ci" n'est pas l'intention essentielle, mais bien "et bien t'en sera dans le monde à venir". C'est pourquoi il est dit "ashrekha" (heureux es-tu), dont le sens est chemin et sentier pour parvenir par lui au bien essentiel du monde à venir.

Et cela se comprend aisément (ve-kal le-havin).

פתחו לי שערי צדק כו׳. דהנה עיקר מידת הצדיקים כך היא, בכל מה שעובד יותר להבורא ב"ה, הוא מבין יותר שאינו יכול להגיע אל תכלית העבודה, כי אין סוף בדבר, וזה הוא עיקר הבנת הצדיק שמבין זה שאינו יכול לבוא אל התכלית הגמור, והיא היא העבודה, וזהו שאמר הכתוב "פתחו לי" פירוש הצדיק אומר שיפתחו לו השערי העבודה לבוא בם לעבוד הבורא, לפי שסובר שלא עשה כלום עדיין ולא פעל בעבודתו כלל עדיין, ומשיבין לו "זה השער לה'" פירוש היא היא עיקר העבודה לידע זה שאינו יכול לגמור בהעבודה, כי דבר שאין לו סוף ותכלית.

והבן.

"Ouvrez-moi les portes de la justice" etc. (Psaumes 118,19).

Car voici : la qualité essentielle des justes est celle-ci : plus l'homme sert le Créateur, béni soit-Il, plus il comprend qu'il ne peut atteindre le terme du service, car la chose est sans fin ; et c'est cela même la compréhension essentielle du juste, comprendre qu'il ne peut parvenir au terme achevé, et c'est cela même le service. Et c'est ce que dit le verset "ouvrez-moi" : le juste demande qu'on lui ouvre les portes du service pour y entrer et servir le Créateur, parce qu'il estime n'avoir encore rien fait et n'avoir encore rien accompli du tout dans son service.

Et on lui répond "c'est ici la porte de ה'" (Psaumes 118,20) : c'est précisément cela le service essentiel, savoir que l'on ne peut achever le service, car c'est une chose qui n'a ni fin ni terme. Comprends bien.

זה היום עשה השם נגילה ונשמחה בו. י"ל "זה" רמז על י"ב צרופי הויה שצריך האדם לכוין בכל יום ובכל שעה, ולכאורה הלא הצירוף הוא ממילא כאשר עשאם השם יתברך, ואמר הכתוב "נגילה ונשמחה בו" רוצה לומר, הפעולה היא בכוונה הזאת להכניס בה אהבה ויראה.

"נגילה" רמז ליראה, כמו שאמרו ז"ל במקום גילה שם תהי רעדה, ו"שמחה" היינו אהבה. וק"ל.

"C'est ici le jour qu'a fait le Nom, exultons et réjouissons-nous en lui" (Psaumes 118,24). On peut dire (yech lomar) que "ce" (זה) fait allusion aux douze permutations du Nom (הויה) sur lesquelles l'homme doit diriger son intention chaque jour et à chaque heure.

À première vue, la permutation existe pourtant d'elle-même, telle que le Nom béni soit-Il les a faites ; aussi le verset dit-il "exultons et réjouissons-nous en lui", c'est-à-dire : l'action consiste dans cette intention même, y introduire l'amour et la crainte. "Exultons" (naguila) fait allusion à la crainte, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie : là où il y a exultation, là doit être le tremblement ; et "réjouissons-nous" (simha), c'est l'amour.

Et cela se comprend aisément.

פדות שלח לעמו צוה לעולם בריתו. דהנה הבורא ב"ה שולח רפואה קודם המכה, ומה הוא הרפואה? היינו תהילותיו ושבחיו שאנחנו משבחים ומפארים את שמו הגדול ותורתו הקדושה, וזהו "בורא רפואות" על ידי "נורא תהילות", מחמת תהילותיו הנוראים הם הרפואות, וזהו "פדות שלח לעמו" היינו שהשם יתברך ב"ה שלח מקודם פדות מכל צרות ומכות קודם למכה, היינו על ידי ש"ציוה לעולם בריתו", דהיינו התורה, היא הרפואה השלוחה לנו קודם לכל דבר המגינה ומצילה עלינו ועל כל ישראל אמן.

"Il a envoyé la délivrance à son peuple, il a prescrit pour toujours son alliance" (Psaumes 111,9). Car voici : le Créateur, béni soit-Il, envoie le remède avant la plaie.

Et quel est ce remède ? Ce sont ses louanges et ses éloges, lorsque nous louons et glorifions son grand Nom et sa sainte Torah.

Et c'est le sens de "Il crée les guérisons" par le moyen de "redoutable en louanges" : c'est en raison de ses louanges redoutables que viennent les guérisons. Et c'est "il a envoyé la délivrance à son peuple", à savoir que le Nom béni soit-Il a envoyé d'avance la délivrance de toutes les détresses et de toutes les plaies, avant la plaie, et cela parce qu'"il a prescrit pour toujours son alliance", c'est-à-dire la Torah : elle est le remède qui nous est envoyé avant toute chose, qui nous protège et nous sauve, nous et tout Israël, amen.

ובחסדך תצמית אויבי. ולכאורה קשה אדרבה אם יצמיתם בגבורה היה יותר טוב ולמה התפלל להצמיתם בחסד.

וגם שם בפסוק "ימינך ה' נאדרי בכח ימינך ה' תרעץ אויב" גם כן קשה, למה בימין שרומז לחסד. ונראה "כי אין צדיק בארץ" כו׳, ואם היה מתלבש הקב"ה בגבורות להצמית, היו ישראל מתפחדים מאימתו מחמת הגבורות, ולזה עושה הקב"ה ברחמיו לבל ייראו עמו מהגבורות, ולזה עושה נקמות בשונאים ואעפ"כ הוא מתלבש בחסדים גדולים, ואין שום פחד כיון שהוא רחמים וחסדים, נמצא שברחמיו פועל שניהם, לא זה בלבד שמכרית האויבים שלנו, אף שאין עולה על לבנו שום פחד, וזהו ימינך כו׳, וזהו גם כן תפילת דוד המלך עליו השלום "ובחסדך תצמית אויבי" לכוונה זו.

וק"ל.

"Et dans ta bonté tu anéantiras mes ennemis" (Psaumes 143,12). À première vue c'est difficile : au contraire, s'Il les anéantissait par la rigueur (guevoura), ce serait préférable ; pourquoi donc prier pour qu'ils soient anéantis par la bonté ('hessed) ?

De même, dans le verset "ta droite, ה', est magnifique en force, ta droite, ה', écrase l'ennemi" (Exode 15,6), c'est également difficile : pourquoi par la droite, qui fait allusion au 'hessed ? Il semble que, puisque "il n'est pas d'homme juste sur la terre" etc.

(Ecclésiaste 7,20), si le Saint béni soit-Il se revêtait des guevourot (rigueurs) pour anéantir, Israël serait saisi d'effroi devant sa terreur à cause de ces guevourot ; c'est pourquoi le Saint béni soit-Il agit dans sa miséricorde afin que son peuple ne craigne pas les guevourot. Ainsi Il tire vengeance des ennemis et malgré cela Il se revêt de grands hassadim (bontés), et il n'y a aucune frayeur puisque ce sont miséricorde et bontés.

Il se trouve donc que par sa miséricorde Il opère les deux : non seulement Il retranche nos ennemis, mais encore aucune frayeur ne monte à notre cœur. Et c'est "ta droite" etc.

Et telle est aussi la prière de David, roi d'Israël, que la paix soit sur lui : "et dans ta bonté tu anéantiras mes ennemis", dans cette intention. Et cela se comprend aisément.

גם עדותיך שעשועי אנשי עצתי. נ"ל דהנה התורה הקדושה לפעמים נקראת תורה, ולפעמים נקראת עדות, ופקודי ה׳, מצות ה׳, כמו שאמר הכתוב תורת ה׳ כו׳, עדות ה׳ כו׳, פקודי ה׳ ישרים כו׳, והכל הוא לפי בחינת האדם באיזה בחינה הוא לומד התורה, אם לומד התורה בקדושה ובטהרה בתמימות גדול לשמו הגדול יתברך, אזי נקראת תורת ה׳ כו׳, וכשלומד בבחינה אחרת אזי לפי הבחינה שלומד כך התורה נקראת, ובחינה הזאת הנקראת "עדות" יש לומר שאינה כל כך בחינה גדולה, רק שהיא מחכימת פתי, כמו שאמר הכתוב "עדות ד׳ נאמנה מחכימת פתי", ואמר דוד המלך ע"ה, "גם עדותיך" רצה לומר גם הבחינה הזאת הנקרא עדות, היא גדולה אצלי כל כך שהם "שעשועי," שהיא בחינה גדולה, כמו שכתוב בספרים שעל ידי שעשועים ברא הקב"ה את העולם, כמו כן אצלי היא שעשועים, שהצדיק בורא עולמות בתורתו הקדושה שלומד, ופועל רפואות והשפעות גדולות לעולם, והיא כל כך אצלי במדריגה גדולה שהיא "אנשי עצתי", על דרך שאמר התנא כל הלומד תורה לשמה זוכה כו׳ ונהנין ממנו עצה.

וק"ל.

"Tes témoignages aussi sont mes délices, ce sont les hommes de mon conseil" (Psaumes 119,24). Il me semble : voici, la sainte Torah est parfois appelée Torah, parfois témoignage (edout), ou préceptes de ה', commandements de ה', comme le dit le verset "la Torah de ה'" etc., "le témoignage de ה'" etc., "les préceptes de ה' sont droits" etc.

(Psaumes 19,8-9). Et tout cela est selon l'aspect (behina) de l'homme, selon l'aspect dans lequel il étudie la Torah : s'il étudie la Torah dans la sainteté et la pureté, avec une grande simplicité, pour son grand Nom béni soit-Il, alors elle est appelée "Torah de ה'" etc. ; et lorsqu'il étudie dans un autre aspect, alors la Torah est nommée selon l'aspect dans lequel il étudie.

Or cet aspect appelé "témoignage", on peut dire qu'il n'est pas un aspect si élevé, mais seulement qu'il "rend sage le simple", comme le dit le verset "le témoignage de ה' est fidèle, il rend sage le simple" (Psaumes 19,8). Et David, roi d'Israël, que la paix soit sur lui, a dit "tes témoignages aussi", c'est-à-dire : même cet aspect appelé témoignage est si grand à mes yeux qu'il est "mes délices" (chaachouim), ce qui est un aspect élevé, comme il est écrit dans les livres saints que c'est par les délices que le Saint béni soit-Il a créé le monde ; ainsi en est-il pour moi, ce sont des délices, car le juste crée des mondes par la sainte Torah qu'il étudie, et il opère des guérisons et de grandes effusions pour le monde.

Et cela est chez moi à un degré si élevé que ce sont "les hommes de mon conseil", selon ce qu'a dit le Tanna : quiconque étudie la Torah pour elle-même (lishma) mérite etc., et l'on jouit de lui conseil. Et cela se comprend aisément.

איתא בגמרא כל הדר בארץ ישראל דומה כמי שיש לו אלקי וכל הדר בחוץ לארץ דומה כמי שאין לו אלקי. ושמעתי מקשים הדיוקים אהדדי, דקאמר כל הדר בארץ ישראל דומה כו׳, משמע שאינו אלא כדמיון, אבל באמת אין לו אלקי חלילה, והדר קאמר כל הדר בחוץ לארץ דומה שאין כו׳, משמע אבל באמת יש לו אלקי.

Il est enseigné dans la Guemara : quiconque réside en terre d'Israël est semblable à celui qui a un Dieu, et quiconque réside hors de la terre est semblable à celui qui n'a pas de Dieu. Et j'ai entendu que l'on soulève la difficulté des deux formulations l'une par rapport à l'autre : il est dit "quiconque réside en terre d'Israël est semblable" etc., ce qui laisse entendre qu'il ne s'agit que d'une ressemblance, mais qu'en vérité il n'a pas de Dieu, à Dieu ne plaise ; et il est dit ensuite "quiconque réside hors de la terre est semblable à celui qui n'a pas" etc., ce qui laisse entendre qu'en vérité il a un Dieu.

ונ"ל דאיתא בגמרא "לא גלו ישראל אלא להתוסף גרים", ולכאורה יש להבין וכי בשביל זה יסבלו הקדושים עול גלות וצרות, הלא טוב היה שיבואו האומות לארץ ישראל ויתגיירו שם. אך כשרוצה הצדיק לפעול איזה דבר, צריך לירד קצת ממדרגתו ואז יכול לפעול, כי כל דבר צריך להיות מתפעל על ידי דוגמתו ודומה לו.

והנה ידוע שקדושת ארץ ישראל היא גדולה מאוד, ונמצא לא היה באפשרי לישראל שיפעלו להתוסף גרים, מחמת ששם בארץ ישראל קדושת ישראל רבה וגדולה, ומופרשים ומובדלים מכל וכל מהאומות, ואין שום שייכות בהם להיות דוגמתם לשבר את כחם כדי שיתגיירו, ולכן גלו ישראל ובחוץ לארץ הקדושה מועטת ויכולים לפעול שיתוסף עליהם גרים, דהיינו אף שיהיה צדיק בקדושה גדולה, יכול לירד ממדרגתו קצת, והוי קצת כעין דוגמתו של הגר הבא להתגייר על ידו, אבל בארץ ישראל מחמת שהקדושה גדולה מאוד, ואף שירד הצדיק קצת ממדרגתו, אף על פי כן ישאר בקדושה רבה, ולא יהי' כלל שייכות בגוויה דהגר הבא להתגייר כנ"ל.

Et il me semble : il est enseigné dans la Guemara "Israël n'a été exilé que pour que des convertis (guerim) s'ajoutent à lui". À première vue il y a lieu de s'interroger : est-ce pour cela que les saints supporteraient le joug de l'exil et les détresses ?

N'eût-il pas mieux valu que les nations viennent en terre d'Israël et s'y convertissent ? Mais lorsque le juste veut opérer quelque chose, il doit descendre un peu de son degré, et alors il peut opérer ; car toute chose ne peut être agie que par ce qui lui ressemble et lui est semblable.

Or on sait que la sainteté de la terre d'Israël est très grande ; il se trouve donc qu'il n'était pas possible à Israël d'opérer que des convertis s'ajoutent, parce que là-bas, en terre d'Israël, la sainteté d'Israël est abondante et grande, et ils sont séparés et distingués des nations en tout et pour tout, et il n'existe entre eux aucun rapport qui permette de leur ressembler pour briser leur force afin qu'elles se convertissent. C'est pourquoi Israël fut exilé : hors de la terre la sainteté est moindre, et ils peuvent opérer que des convertis s'ajoutent à eux.

C'est-à-dire que même un juste d'une grande sainteté peut descendre un peu de son degré, et il devient un peu comme le semblable du converti qui vient se convertir par son entremise ; mais en terre d'Israël, parce que la sainteté y est très grande, même si le juste descend un peu de son degré, il demeure malgré tout dans une sainteté abondante, et il n'y aura aucun rapport avec la personne du converti qui vient se convertir, comme dit plus haut.

וזהו פירוש הגמרא "כל הדר בארץ ישראל דומה כמי שיש לו אלוקי", רוצה לומר אף הדמיון, דהיינו כשיורד ממדרגתו, אף על פי כן הוא כמו שיש לו אלקי, ואף אותם בני אדם שאינם כל כך במדרגתו, ואינם אלא כדבר הדומה והדוגמא, אף על פי כן כמי שיש לו אלקי, "והדר בחוץ לארץ דומה" כו׳, רוצה לומר שדר בחוץ לארץ ואינו מחזיק עצמו בקדושה רק כדבר הדומה, הוא "כמי שאין לו אלקי".

Et telle est l'explication de la Guemara "quiconque réside en terre d'Israël est semblable à celui qui a un Dieu" : c'est-à-dire que même la ressemblance, à savoir lorsqu'il descend de son degré, il est malgré tout comme celui qui a un Dieu ; et même ces gens qui ne sont pas tout à fait à son degré et qui ne sont qu'une chose ressemblante et un exemple, ils sont malgré tout comme celui qui a un Dieu. "Et celui qui réside hors de la terre est semblable" etc. : c'est-à-dire que celui qui réside hors de la terre et ne se maintient dans la sainteté que comme une chose ressemblante, celui-là est "comme celui qui n'a pas de Dieu".

והוא שאמר דוד המלך ע"ה "אליו פי קראתי ורומם תחת לשוני", דהנה דרך בני אדם כשהוא נצרך לאיזה דבר להתפלל להבורא ב"ה, אזי מחמת שמחשבתו על אותו הדבר, נפסק קצת ממדרגתו ומדביקותו. ודוד המלך עליו השלום היה אומר אף על פי ש"אליו פי קראתי" דהיינו אף בעת שאני מתפלל על צורכי, אעפ"כ אינני נפסק ממדרגתי ומדביקותי, וזהו "ורומם תחת לשוני", רצונו לומר רוממותו יתברך תחת לשוני, שאני עושה שניהם כאחד, שאני מתפלל ומחשב גם כן רוממות אל.

וק"ל.

Et c'est ce qu'a dit David, roi d'Israël, que la paix soit sur lui : "c'est vers Lui que ma bouche a crié, et son élévation était sous ma langue" (Psaumes 66,17). Car voici l'usage des hommes : lorsque l'un d'eux a besoin de quelque chose et prie le Créateur béni soit-Il, alors, du fait que sa pensée est sur cette chose, il se trouve un peu retranché de son degré et de son attachement (devekout).

Et David, roi d'Israël, que la paix soit sur lui, disait : bien que "c'est vers Lui que ma bouche a crié", c'est-à-dire même au moment où je prie pour mes besoins, malgré cela je ne suis pas retranché de mon degré ni de mon attachement ; et c'est "et son élévation était sous ma langue", c'est-à-dire : son élévation, à Lui béni soit-Il, est sous ma langue, car je fais les deux comme un, je prie et je pense en même temps à l'élévation de Dieu. Et cela se comprend aisément.

ועמך כולם צדיקים לעולם ירשו ארץ. דהנה הצדיקים העובדים ד׳ באמת, הם כמו הסרסור שבין המוכר והלוקח, כמו כן הצדיקים הם הסרסורים בין התורה הקדושה ובין הקב"ה להביא ולהעלות התורה לפניו יתברך, דהצדיק הוא דבוק תמיד בקודשא בריך הוא ובתורתו, וזהו "וירא אליו ד׳" ולא נאמר אל אברהם, לרמז במלת "אליו" דהיינו להדבוק אליו ית' תמיד, הוא הצדיק האמיתי שהוא דבוק בו יתברך.

והנה דרך הסרסור הרוצה לסרסר ללוקח ולהביא לו סחורה, צריך להניח את הקונה ולילך מאיתו ומבקש ממנו שיעמוד וימתין על ביאתו עם הסחורה. ודומה לזה היה אצל אברהם, אף על פי שהוא היה הסרסור האמיתי בין התורה הקדושה ובינו יתברך ויתעלה, והיה דבוק אליו יתברך, נאמר בו "אדני אל נא תעבור מעל עבדך" פירוש שאמר להקב"ה המתן עד שאכניס כו׳, דהצדיק רשות לו להפסיק מדבקותו יתברך כדי לילך ולקיים מצוותיו.

וזהו שאמרו חז"ל על פסוק בירמיהו (קפיטל ט"ז) "ואותי עזבו ואת תורתי לא שמרו" הלואי אותי עזבו ותורתי שמרו, דלכאורה אינו מובן כלל הלואי אותי עזבו, ויש לכוין בדבריהם כדברינו הנ"ל, "הלוואי אותי עזבו" שיפסיקו עצמם מהיותם דבוקים לי, "ותורתי שמרו" רצה לומר למען ישמרו תורתי שילכו ויקיימו מצוותי כנ"ל.

"Et ton peuple, tous des justes, hériteront pour toujours la terre" (Isaie 60,21). Car voici : les justes qui servent ה' en vérité sont comme le courtier entre le vendeur et l'acheteur ; de même les justes sont les courtiers entre la sainte Torah et le Saint béni soit-Il, pour amener et faire monter la Torah devant Lui béni soit-Il, car le juste est constamment attaché au Saint béni soit-Il et à sa Torah.

Et c'est "et ה' Lui apparut" (Genèse 18,1), et il n'est pas dit "à Abraham", pour faire allusion par le mot "élav" (à lui) : celui qui est attaché à Lui béni soit-Il constamment, c'est lui le juste véritable, qui est attaché à Lui béni soit-Il. Or voici l'usage du courtier qui veut servir d'intermédiaire à l'acheteur et lui apporter la marchandise : il doit laisser l'acheteur et s'en aller d'auprès de lui, et il lui demande de rester et d'attendre son retour avec la marchandise.

Il en fut de même chez Abraham : bien qu'il fut le véritable courtier entre la sainte Torah et Lui béni et exalté soit-Il, et qu'il fut attaché à Lui béni soit-Il, il est dit de lui "mon Seigneur, ne passe donc pas devant ton serviteur" (Genèse 18,3), ce qui signifie qu'il dit au Saint béni soit-Il : attends que j'introduise etc. ; car le juste a permission d'interrompre son attachement à Lui béni soit-Il afin d'aller accomplir ses commandements. Et c'est ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie sur le verset de Jérémie (chapitre 16) "et Moi ils m'ont abandonné, et ma Torah ils n'ont pas gardée" : plût à Dieu qu'ils m'eussent abandonné et qu'ils eussent garde ma Torah.

À première vue, ce "plût à Dieu qu'ils m'eussent abandonné" est tout à fait incompréhensible ; mais on peut orienter leurs paroles selon ce que nous avons dit plus haut : "plût à Dieu qu'ils m'eussent abandonné", qu'ils se soient interrompus d'être attachés à Moi, "et qu'ils eussent garde ma Torah", c'est-à-dire afin qu'ils gardent ma Torah, qu'ils aillent accomplir mes commandements, comme dit plus haut.

והנה כל עניני עולם הזה הנמצאים בעולם כולו, הכל לכבודו ברא, שהכל הוא משל ומליצה להבין בהם איזה מוסר השכל והתורה הקדושה, ומי שזיכהו השם בלב בינה להבין ולהשכיל, אזי מכל דבר בעולם יש כיון להבין משל ומליצה אל התורה הקדושה וליראתו יתברך. וזה שאמר דוד המלך עליו השלום "ואהי להם למשל" כו', דהנה דוד המלך עליו השלום ידע בעצמו בהנהגתו בתורה שהוא אינו כמו משל לבני אדם שעל ידו ישכילו איזו משל אל התורה, כי הוא עצמו היה בו כל התורה, ואינו כמו שאר בני אדם העוסקים בעניני עולם הזה אשר מהם יוכל איש משכיל ליקח משל אל התורה הנ"ל, ולהבין מוסר איך הוא מתחזק בעניני עולם הזה על אחת כמה וכמה שיש להתחזק בעניני עולם הבא וכדומה, לא כן היה דוד, וזהו "ואהי להם למשל" רצה לומר ששונאיו היו מחזיקים אותו למשל, דהיינו שהיו אומרים עליו שהוא איש שפל חלילה ומשוקע בכל עניני עולם הזה, ואמר דוד אם הייתי להם למשל שעל ידי ישכילו ויקחו ממני איזה משל אל התורה הקדושה או לאיזה מוסר היה טוב, "אך ישיחו בי יושבי שער" כו׳ רצה לומר שגם זה שמחזיקים אותי למשל אינו מועיל להם אפילו ליקח ממני משל, והם יושבי שער ושותי שכר.

Et voici : toutes les affaires de ce monde-ci qui se trouvent dans le monde entier, tout cela Il l'a créé pour sa gloire, car tout est parabole et allégorie permettant d'y comprendre quelque enseignement moral et la sainte Torah. Et celui à qui le Nom a accordé un cœur intelligent pour comprendre et pour rendre sage, celui-là, à partir de toute chose du monde, à de quoi comprendre une parabole et une allégorie menant à la sainte Torah et à la crainte de Lui béni soit-Il.

Et c'est ce qu'a dit David, roi d'Israël, que la paix soit sur lui : "et je suis devenu pour eux une parabole" etc. (Psaumes 69,12).

Car voici, David, roi d'Israël, que la paix soit sur lui, savait de lui-même, par sa conduite dans la Torah, qu'il n'était pas comme une parabole pour les hommes, par laquelle ils comprendraient quelque parabole menant à la Torah, car lui-même portait en lui toute la Torah, et il n'était pas comme les autres hommes occupés des affaires de ce monde-ci, dont l'homme intelligent peut tirer une parabole menant à la Torah dont il a été question, et comprendre la leçon morale : de même qu'un homme se renforce dans les affaires de ce monde-ci, à combien plus forte raison faut-il se renforcer dans les affaires du monde à venir, et choses semblables. Il n'en était pas ainsi de David.

Et c'est "et je suis devenu pour eux une parabole", c'est-à-dire que ceux qui le haïssaient le tenaient pour une parabole, disant de lui qu'il était un homme vil, à Dieu ne plaise, et englouti dans toutes les affaires de ce monde-ci. Et David dit : si j'étais pour eux une parabole par laquelle ils deviendraient sages et prendraient de moi quelque parabole menant à la sainte Torah ou à quelque enseignement moral, ce serait bien ; "mais ceux qui siègent à la porte parlent de moi" etc.

(Psaumes 69,13), c'est-à-dire que même le fait qu'ils me tiennent pour une parabole ne leur sert de rien, pas même à tirer de moi une parabole ; et ils sont ceux qui siègent à la porte et qui boivent des boissons fortes.

וזהו "ועמך כולם צדיקים לעולם", דהנה יש ג׳ מדרגות: עולם נפש שנה.

עולם, היא המדריגה עליונה, והיינו "לעולם" רצה לומר למדריגה עליונה. "ירשו ארץ" הם מעלים כל הארציות אשר בזה העולם.

והבן.

Et c'est "et ton peuple, tous des justes, pour toujours" : car voici, il y a trois degrés : monde (olam), âme (nefech), année (chana). "Monde" est le degré supérieur, et c'est le sens de "le-olam" (pour toujours, vers le monde), c'est-à-dire vers le degré supérieur.

"Ils hériteront la terre" : ils élèvent toute la matérialité (artsiout) qui est dans ce monde-ci. Comprends bien.

משנה שבת לא ישב אדם לפני הספר סמוך למנחה עד שיתפלל כו׳ מפסיקין כו'. נראה דאיתא בגמרא אליהו לא נענה אלא בתפילת המנחה, ונמצא דתפילת מנחה הוא מעלה ודבר גדול מאוד, והתורה הקדושה היא נקראת ספר, י"ל על שם שהוא לשון סְפַר של מדינה שהוא הגבול של המדינה, דהיינו ההתחלה שמשם הולכים אל תוך המדינה, כמו כן התורה הקדושה היא התחלה שיוכל אדם לבוא לעבודתו יתברך שמו באמת.

גם ענין גילוח השערות איתא בספרי קודש שצריך האדם ליזהר שלא לגדל השער כי הסיטרא אחרא יש להם אחיזה בשערות, והאדם צריך שלא ליתן שום אחיזה להסיטרא אחרא, נמצא דגם גילוח הוא התחלה לעבודתו יתברך שמו.

Mishna de Chabbat : "nul ne s'assiéra devant le barbier (ha-sapar) à l'approche de minha avant d'avoir prié" etc., "on interrompt" etc. Il semble : il est enseigné dans la Guemara qu'Élie ne fut exaucé qu'à la prière de minha ; il se trouve donc que la prière de minha est une élévation et une chose très grande.

Et la sainte Torah est appelée "sefer" (livre) ; on peut dire que c'est en raison du terme "sefar" (frontière) d'un pays, qui est la limite du pays, c'est-à-dire le commencement à partir duquel on va vers l'intérieur du pays ; de même la sainte Torah est le commencement par lequel l'homme peut venir en vérité à son service, à Lui béni soit son Nom. De même, quant à la coupe des cheveux, il est enseigné dans les livres saints que l'homme doit prendre garde à ne pas laisser croître ses cheveux, car la sitra a'hra (l'autre côté, les forces impures) a prise sur les cheveux, et l'homme ne doit donner aucune prise à la sitra a'hra ; il se trouve donc que la coupe des cheveux est elle aussi un commencement vers son service, à Lui béni soit son Nom.

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