נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Devarim, Ki Tavo

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Et il adviendra, lorsque tu viendras » (Devarim 26,1). Le Noam Elimele'h distingue deux degrés de tsadikim : l'un sert D.ieu par la crainte les jours profanes et par amour le Chabbat, aspect de l'amour ; l'autre sert déjà par amour en semaine et est appelé Chabbat, comme le talmid ''hakham (disciple des sages) dans le Zohar. Celui-là prend ses délices avec le Chabbat : on lui donne un héritage sans limites, le torrent de Hachem d'où il attire l'influx pour Israël. Les corbeaux d'Eliahou, kelipot (écorces), consentent à ne pas y toucher. « Lorsque tu viendras » au singulier : Israël uni, amour et crainte, tient ce torrent.

Aussi : le partage des années en Mikra, Michna et Talmud comme trois degrés, de l'occasionnel à l'attachement ; les bikourim, soumission, souvenir de la mort et achèvement ; deux arbres qui apportent sans réciter, trois qui acquièrent le sol et décrètent.

והיה כי תבא כו'. נראה לפרש דהנה יש שני מדריגות צדיקים, יש צדיק עובד ה' מיראה כל ימות החול, ובהגיע שבת קודש ניתוסף עליו קדושה יתירה שעובד מאהבה, כי בחינת שבת היא אהבה, ובוא יבוא הצדיק במדריגת אהבה, ויש צדיק שגם בימי החול עובד ה' באהבה, וזה הצדיק נקרא בשם "שבת" כדאיתא בזוהר הקדוש תלמיד חכם נקרא שבת, והיינו כי שבת היא בחינת אהבה, והצדיק הזה ג"כ תמיד בבחינה הזאת לכן ג"כ נקרא שבת.

"Et il adviendra, lorsque tu viendras" etc. (Devarim 26,1).

Il semble qu'on puisse expliquer ainsi: voici, il y a deux degrés de tsadikim (justes). Il y a le tsadik qui sert ה' par la crainte durant tous les jours profanes, et lorsque arrive le saint Chabbat il lui est ajouté une sainteté supplémentaire, de sorte qu'il sert par amour, car l'aspect (be'hina) du Chabbat est l'amour; et le tsadik vient alors, en venant, au degré de l'amour.

Et il y a un tsadik qui, même les jours de semaine, sert ה' par amour: ce tsadik-là est appelé du nom de "Chabbat", comme il est dit dans le saint Zohar qu'un talmid 'hakham (disciple des sages) est appelé Chabbat. C'est-à-dire: puisque le Chabbat est l'aspect de l'amour, et que ce tsadik-là se tient lui aussi toujours dans cet aspect, il est pour cela lui aussi appelé Chabbat.

וזהו שאמרו חז"ל "כל המענג את השבת נותנין לו נחלה בלי מצרים", ר"ל הצדיק שהוא תמיד בבחינת אהבה והוי כמענג עם השבת שמתענגין זה עם זה, כי הוא תמיד בבחינת אהבה כמו השבת, נותנין לו נחלה כו' ר"ל נחל ה', הוא הנחל העליון אשר משם מושך הצדיק השפע לישראל. וזהו דמצינו באליהו הנביא ז"ל "וישב בנחל כרית והעורבים מביאים לו לחם", ולכאורה למה בחר ה' בעורבים שהם אכזרים על בניהם שהם יביאו לו לחם? וע"פ דברינו הנ"ל כך פירושו, "וישב בנחל" שהיה ממשיך השפעות מנחל העליון, ודרכי העורבים הם הקליפות לטרוף טרף ההשפעות, אלא העובד ה' מאהבה גם הם ישלימו ויסכימו עמו לבלתי יגעו בהשפעה, וזהו רמז ש"העורבים הביאו לו לחם" ר"ל שגם הקליפות הסכימו עמו.

וזהו "כל המענג כו' נותנים לו נחלה", כנ"ל להמשיך השפעות מנחל ה', "בלי מצרים" ר"ל בלי שום קטרוג ומונע.

Et c'est ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie: "quiconque fait du Chabbat ses délices, on lui donne un héritage (nahala) sans limites" (Chabbat 118a). Cela veut dire: le tsadik qui se tient toujours dans l'aspect de l'amour est comme celui qui prend ses délices avec le Chabbat, car ils prennent délice l'un avec l'autre, puisqu'il est toujours dans l'aspect de l'amour, tout comme le Chabbat.

"On lui donne un héritage" etc., c'est-à-dire le torrent de ה' (nahal Hachem), qui est le torrent d'en haut d'où le tsadik attire l'influx (chefa) pour Israël. Et c'est ce que nous trouvons à propos d'Eliahou le prophète, de mémoire bénie: "il demeura près du torrent de Kerit, et les corbeaux lui apportaient du pain" (Melakhim I 17,5-6).

À première vue, pourquoi le Nom a-t-Il choisi les corbeaux, qui sont cruels envers leurs propres petits, pour qu'ils lui apportent le pain? Selon nos propos ci-dessus, voici l'explication: "il demeura près du torrent", car il attirait les influx depuis le torrent d'en haut; or la voie des corbeaux, qui sont les kelipot (écorces, forces impures), est de saisir en proie les influx.

Mais celui qui sert ה' par amour, elles aussi s'accordent et consentent avec lui à ne pas toucher à l'influx. Et c'est l'allusion (remez) de "les corbeaux lui apportaient du pain", c'est-à-dire que même les kelipot ont consenti avec lui.

Et c'est le sens de "quiconque fait du Chabbat ses délices, on lui donne un héritage", comme ci-dessus, pour attirer les influx depuis le torrent de ה'; "sans limites" (bli metsarim), c'est-à-dire sans aucune accusation ni aucun empêchement.

וזהו "כי תבא" לשון יחיד, דהיינו כשיהיו כל ישראל באחדות, "אשר ה' אלקיך" ר"ל שבכללות ישראל יש שני הבחינות הנ"ל אהבה ויראה, ה' הוא אהבה, ואלקים הוא דין הוא יראה, אז כשתהיו כולם באחדות "נותן לך נחלה וירשתה", ר"ל אז יהיה הנחל ה' בידך להמשיך השפעות קדושה וברכה לכל ישראל.

Et c'est le sens de "lorsque tu viendras" (כי תבא), au singulier: c'est-à-dire lorsque tout Israël sera dans l'unité. "Que ה' ton Dieu" (אשר ה' אלקיך), cela veut dire que dans l'ensemble d'Israël se trouvent les deux aspects mentionnés ci-dessus, l'amour et la crainte: ה' est l'amour, et Elokim est la rigueur (din), qui est la crainte.

Alors, lorsque vous serez tous dans l'unité, "te donne en héritage et que tu en prendras possession", c'est-à-dire qu'alors le torrent de ה' sera dans ta main pour attirer les influx de sainteté et de bénédiction sur tout Israël.

כי תכלה לעשר כו'. נראה לפרש דאיתא בגמרא "לעולם ישליש אדם שנותיו שליש במקרא כו'", יש לומר הפירוש כך, ד"מקרא" הוא לשון מקריות, דהיינו האדם בהתחלתו בעבודת הבורא ית' אינו אלא במקריות, שלפעמים יתגבר על יצרו ולפעמים יצרו מתגבר עליו ואינו דבר תמידיות, וצריך האדם להתגבר בהדרגה לטהר מחשבותיו עד שיזדככו, דעיקר הוא המחשבה, וזהו שדרשו חז"ל "חמוקי ירכיך למה נמשלו דברי תורה לירך מה ירך בסתר אף דברי תורה בסתר", פירוש מה ירך בסתר רמז על עון קרי הבא לאדם מחמת מחשבות זרות ח"ו והמחשבה הוא בסתר, לזה צריך תשובת המשקל לתקן ע"י דברי תורה בסתר, דהיינו שיעסוק בתורה במחשבה טהורה ולשמה, וזה בלתי אפשר שיזדכך מחשבותיו בבת אחת כי אם בהדרגה בכל פעם יותר ויותר עד שמן השמים יסייעו לו.

ולכן תחילת עבודת השי"ת [נקרא] מקרא מלשון מקריות כנ"ל.

"Lorsque tu auras achevé de prélever toute la dîme" etc. (Devarim 26,12).

Il semble qu'on puisse expliquer ainsi: il est enseigné dans la Guemara "que l'homme partage toujours ses années en trois: un tiers dans le Mikra (le texte écrit) etc." (Kidouchin 30a). On peut dire que l'explication est celle-ci: "mikra" est de la langue de "mikriyout", ce qui n'advient que par occasion.

En effet l'homme, au commencement de son service du Créateur béni soit-Il, n'est que dans l'occasionnel: parfois il l'emporte sur son penchant, et parfois son penchant l'emporte sur lui, et ce n'est pas une chose constante. Et l'homme doit se renforcer par degrés pour purifier ses pensées jusqu'à ce qu'elles s'affinent, car l'essentiel est la pensée.

Et c'est ce que nos maîtres de mémoire bénie ont exposé: "les contours de tes cuisses" (Chir haChirim 7,2) - pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à la cuisse? De même que la cuisse est cachée, ainsi les paroles de Torah sont cachées.

Explication: "de même que la cuisse est cachée" fait allusion à la faute d'émission séminale qui atteint l'homme à cause de pensées étrangères, à Dieu ne plaise, et la pensée est chose cachée; pour cela il faut un repentir de poids équivalent (techouvat hamichkal, repentir mesuré à la faute) afin de réparer par des paroles de Torah dans le secret, c'est-à-dire qu'il s'occupe de Torah avec une pensée pure et pour elle-même. Et il est impossible que ses pensées s'affinent d'un seul coup, mais seulement par degrés, chaque fois davantage, jusqu'à ce que du Ciel on lui vienne en aide.

C'est pourquoi le commencement du service du Nom béni soit-Il [est appelé] mikra, de la langue de "mikriyout", comme ci-dessus.

ואח"כ צריך לעלות במעלה יתירה דהיינו "שליש במשנה", ר"ל שצריך האדם לכוין בלימודו לעולמות עליונים לשם יחוד כידוע. וזהו לשון משנה דהיינו כפול, לשון (שמות טז, ה) "והיה משנה על אשר ילקוטו כו'", וזהו "שנו חכמים בלשון המשנה" ר"ל ששנו בלשון כזה שהוא משנה כנ"ל, דהיינו שלמדו למטה וכוונתם למעלה ליחד.

וזהו "כל השונה הלכות בכל יום מובטח לו שהוא בן עוה"ב" - מובן ממילא כנ"ל.

Et ensuite il faut monter à un degré supérieur, c'est-à-dire "un tiers dans la Michna". Cela veut dire que l'homme doit orienter son étude vers les mondes d'en haut, en vue de l'unification (yihoud), comme on le sait.

Et c'est le sens du mot "michna" (משנה), qui signifie le double, de la langue de (Chemot 16,5) "et ce sera le double de ce qu'ils ramassent" etc. Et c'est le sens de "les sages ont enseigné dans la langue de la Michna": cela veut dire qu'ils ont enseigné dans un langage qui est double, comme ci-dessus, c'est-à-dire qu'ils étudiaient en bas et que leur intention était en haut, pour unifier.

Et c'est le sens de "quiconque étudie (choné) des halakhot chaque jour a l'assurance d'être fils du monde à venir" (Nida 73a) - cela se comprend de soi-même, comme ci-dessus.

"שליש בתלמוד" שהוא מידה שאין גדולה הימנה כדאיתא בגמרא, דהיינו הדביקות ואהבה. וזהו רמז שדרשו חז"ל "בראשית, בשביל התורה שנקרא ראשית ובשביל ישראל ובשביל ביכורים שנקראים ראשית", והכל אחד, דהנה ה"ביכורים" רמז על הכנעה ושפלות האדם, שצריך להחזיק עצמו במידת ענווה והכנעה אמיתית, כמאמר התנא "הגיע להר הבית אפילו אגריפס המלך נוטל הסל על כתיפו ונכנס", זה היה למען הכנעה, ולזה רמז התנא בלשונו "כיצד מצות ביכורים אדם יורד לתוך שדהו וראה תאנה שבכרה כורך עליה גמי", דהיינו האדם הרוצה לשבר תאוותיו כי לב האדם מתאוה לפרי ראשון וצריך לשבר תאוותיו בזה, "כורך עליה גמי" פירוש יזכור יום המיתה איך יהא מונח בקבר ויצמיח עליו גמי ועשב.

ואחר שיבוא האדם למידת הכנעה וענווה אז יראתו ואהבתו שלימה בעבודת הבורא ית', וזה הוא לשון ביכורים כפשוטו לשון בישול וגמר הפרי. וזהו "שליש בתלמוד שאין לך מידה גדולה הימנה".

"Un tiers dans le Talmud", qui est une mesure au-dessus de laquelle il n'y en a pas de plus grande, comme il est dit dans la Guemara: c'est-à-dire l'attachement (devekout) et l'amour. Et c'est l'allusion de ce que nos maîtres de mémoire bénie ont exposé: "Berechit - pour la Torah qui est appelée commencement (rechit), et pour Israël, et pour les prémices (bikourim) qui sont appelés commencement".

Et tout cela ne fait qu'un. Car voici, les "bikourim" font allusion à la soumission et à l'abaissement de l'homme: il doit se tenir dans la mesure de l'humilité et de la soumission véritable, selon la parole du Tana (le maître de la Michna): "lorsqu'on arrivait au mont du Temple, même le roi Agrippas prenait la corbeille sur son épaule et entrait" (Bikourim 3,4); cela avait pour but la soumission.

Et c'est à cela que le Tana a fait allusion dans son langage: "comment accomplit-on le commandement des prémices? L'homme descend dans son champ, voit une figue qui a mûri la première, et il noue sur elle un jonc" (Bikourim 3,1).

C'est-à-dire: l'homme qui veut briser ses désirs, car le cœur de l'homme désire le premier fruit, et il lui faut briser son désir en cela; "il noue sur elle un jonc" (gomi), explication: qu'il se souvienne du jour de la mort, comment il sera couché dans la tombe et comment pousseront sur lui le jonc et l'herbe. Et lorsque l'homme parviendra à la mesure de la soumission et de l'humilité, alors sa crainte et son amour seront parfaits dans le service du Créateur béni soit-Il.

Et c'est le sens de "bikourim" dans son sens simple, de la langue de la maturation et de l'achèvement du fruit. Et c'est "un tiers dans le Talmud, car tu n'as pas de mesure plus grande que celle-là".

וזהו דאיתא בגמרא "הקונה שתי אילנות מביא ואינו קורא כו'", רמז על ב' המדריגות הנ"ל, דהיינו האדם אשר עדיין אינו בא והגיע לכל המדריגות הנ"ל כי אם לשנים מהם, והיינו רמז "שני אילנות", ד"אילן" רמז לעולמות עליונים, "והקונה שתי אילנות אין לו קרקע" ר"ל שעדיין אין לו יסוד גמור, "מביא" פירוש באמת הוא מביא אותו הדבר לפני השי"ת, "ואינו קורא" ר"ל שאינו במדריגה זו עדיין שיהיה קורא ונענה מיד מהשי"ת ע"י מעשיו כדרך הצדיק הגוזר אומר ויקם. אבל "הקונה שלשה אילנות", ר"ל שקנה לעצמו כל השלש המדריגות הנ"ל, וזה "קנה קרקע" דהיינו שיש לו יסוד גמור, "מביא וקורא" ע"ד הנ"ל ותגזר אומר ויקם.

Et c'est ce qui est enseigné dans la Guemara: "celui qui achète deux arbres apporte mais ne récite pas" etc. (Bikourim 1,6; Baba Batra 27a).

C'est une allusion aux deux degrés mentionnés ci-dessus, c'est-à-dire l'homme qui n'est pas encore venu ni parvenu à tous les degrés mentionnés, mais seulement à deux d'entre eux: et c'est l'allusion de "deux arbres", car "l'arbre" (ilan) fait allusion aux mondes d'en haut. "Et celui qui achète deux arbres n'a pas acquis le sol", c'est-à-dire qu'il n'a pas encore de fondement achevé (yessod).

"Il apporte": explication, en vérité il apporte cette chose-là devant le Nom béni soit-Il; "et il ne récite pas", c'est-à-dire qu'il n'est pas encore à ce degré où il appellerait et serait aussitôt exaucé par le Nom béni soit-Il grâce à ses actes, à la manière du tsadik qui décrète une parole et elle s'accomplit. Mais "celui qui achète trois arbres", c'est-à-dire qui a acquis pour lui-même les trois degrés mentionnés ci-dessus, celui-là "a acquis le sol", c'est-à-dire qu'il possède un fondement achevé: il "apporte et récite", selon ce qui a été dit ci-dessus, et "tu décréteras une parole et elle s'accomplira pour toi" (Iyov 22,28).

וזה כי "תכלה לעשר כו' בשנה השלישית", ר"ל אם תזכה לכלות לגמור "את כל תבואתך", ר"ל מה שאתה מביא לפני השי"ת בעולמות העליונים המכונים בשם "עשר", והוא "בשנה השלישית" שבאת לכל השלש המדריגות הנ"ל, "ונתת ללוי" ר"ל תתן ותתלה הכל שבא לך כל המדריגות הנ"ל ע"י התחברות והתלוות עם צדיקים, "לגר כו'" שהיא מידת ענווה באמת וק"ל.

Et c'est le sens de "lorsque tu auras achevé de prélever la dîme etc. la troisième année" (Devarim 26,12): cela veut dire, si tu mérites d'achever et de mener à son terme "toute ta récolte", c'est-à-dire ce que tu apportes devant le Nom béni soit-Il dans les mondes d'en haut, qui sont désignés par le nom de "dîme" (עשר, prélever la dixième part); et cela "la troisième année", quand tu es parvenu à tous les trois degrés mentionnés ci-dessus; "et tu donneras au levi" (ללוי), cela veut dire que tu donneras et rapporteras tout ce qui t'est venu, tous les degrés mentionnés ci-dessus, à l'union et à l'attachement (hitlavout, de la même racine que "levi") avec les tsadikim; "à l'étranger" etc., qui est la mesure de l'humilité véritable. Et cela est facile à comprendre (ve-kal lehavin).

💬
✉ Signaler une erreur de traduction