נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Devarim, Ki Teitzei (1/2)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

« Quand tu sortiras et tu verras parmi les captifs » (Devarim 21,10-11). Pour le Noam Elimele'h, des hommes livrent leur âme au Nom par jeûnes et mortifications, mais chaque membre pris à part n'est pas comme il convient, et ils trébuchent par le regard, la parole ou ce que l'homme foule de ses talons. Les Sages parlent de « membres qui ont sauté de dessus l'autel » : il faut les réparer (tikoun) et sanctifier chaque membre. La guerre est celle du yetser hara ; quand Hachem le livre en ta main, tu vois que l'âme (nechama), « belle de forme », est en captivité et ne s'est nullement acquittée de son devoir.

Aussi : l'amour et la crainte, les pensées étrangères qui dépendent de la parole ; deux pensées, sainte et étrangère, le fils de la détestée l'emportant ; le nid d'oiseau : élever la Che'hina et prier pour Israël

כי תצא כו' וראית בשביה כו'. דהנה יש בני אדם אשר בכללות אבריהם הם מוסרים נפשם להשם בתעניות וסיגופים וכדומה, אבל בפרטות כל אבר ואבר בפני עצמו אינו כראוי ונכון, ולפעמים נכשל בהם דהיינו באיזה ראיה והסתכלות או דיבור ושאר דברים שאדם דש בעקביו.

וזהו רמז בדברי חז"ל "אברים שפקעו מעל המזבח", פירוש כנ"ל שאברים פוקעים ונכשלים באדם שהוא זובח עצמו לה', "יחזור" פירוש צריך לחזור ולתקן אותם לקדש כל אבר בפני עצמו.

'Quand tu sortiras... et tu verras parmi les captifs...' (Devarim 21,10-11). Voici : il y a des hommes qui, dans l'ensemble de leurs membres, livrent leur âme au Nom par des jeûnes, des mortifications et choses semblables, mais dans le détail, chaque membre pris à part n'est pas comme il convient et comme il est juste, et parfois ils trébuchent par eux, c'est-à-dire par quelque regard et contemplation, ou par la parole, ou par les autres choses que l'homme foule de ses talons.

Et c'est là l'allusion contenue dans les paroles de nos Sages de mémoire bénie : 'des membres qui ont sauté de dessus l'autel' - l'explication est comme ci-dessus, que des membres sautent et trébuchent chez l'homme qui s'immole lui-même à ה' ; 'qu'il les remette' - l'explication est qu'il faut revenir et les réparer (tikoun), sanctifier chaque membre pris à part.

‎וזהו "כי יפלא ממך דבר למשפט כו'", דהנה דברים בטלים אינם נקראים בשם דיבור כלל, כי אם דברים הנוגעים לדבר ה' ותורתו המה יקראו בשם דיבור, וזהו "כי יפלא ממך דבר", פירוש אם יופרש ממך הדיבור, "בין דם לדם", דהדם הוא הנותן כח ותאוה לאדם, ואם יהיה בך שני מיני דמים, דהיינו ב' כחות, שלפעמים יתגבר כח היצה"ט ולפעמים להיפוך, "דברי ריבות בשעריך", פירוש שלא יהיו אבריך במזג השוה אלא הם מריבים זה עם זה כנ"ל, "וקמת ועלית אל המקום" ר"ל אל הצדיק השופט אמת שבימיך, "ועשית על פי הדבר אשר יגידו לך" כפשוטו.

Et c'est [le sens de] 'Si une affaire (davar) t'est trop difficile pour le jugement, etc.' (Devarim 17,8). Voici : les paroles vaines ne sont nullement appelées du nom de parole (dibour) ; seules les paroles qui touchent à la parole de ה' et à Sa Torah sont appelées du nom de parole.

Et c'est 'si un davar t'est trop difficile' - l'explication : si la parole se sépare de toi ; 'entre sang et sang' - car le sang est ce qui donne à l'homme force et désir, et s'il y a en toi deux sortes de sangs, c'est-à-dire deux forces, de sorte que parfois la force du bon penchant (yetser hatov) l'emporte et parfois l'inverse ; 'des paroles de querelle dans tes portes' - l'explication : que tes membres ne soient pas dans un tempérament équilibré, mais qu'ils se querellent l'un avec l'autre comme ci-dessus ; 'tu te lèveras et tu monteras vers le lieu' - cela veut dire vers le tsadik, le juge de vérité qui est de tes jours ; 'et tu agiras selon la parole qu'ils te diront' - selon son sens simple.

‎וזהו "ועשית מעקה לגגך ולא תשים דמים בביתך", דהתורה הקדושה נקראת בשם גג, דהגג הוא המגין על הבית, והתורה מגינה ומצלה האדם, וצריך לזה שיהיה בהכנעה, שלא יהא לימודו להתפאר ולהתגאות בפני בני אדם, וזהו 'מעקה' לשון עומק והשפלה, דהיינו הכנעה תשים לגגך היא התורה, "ולא תשים דמים בביתך" פירוש כנ"ל שלא יהא בך שני מיני דמים וכחות, רק הכל כח אחד כולו לה', "כי יפול הנופל ממנו", פירוש כי אף המעשה הטוב אשר תעשה תפול ממך ולא תתקיים ולא תפעול כלל, "הנופל ממנו" פירוש אשר מן הראוי היה שע"י הדבר הזה יפלו ויושלכו אחרים, דהיינו הדינים והקליפות, וחלילה אם יהיה כח אחר מעורב בו תפיל גם אותו הדבר שלא תפעול כלל, ולכן צריך האדם לתקן כל אבר ואבר עד אשר יבין בשכלו בעצמו שהוא מחסר בעבודתו וכל מעשיו אינם מתוקנים על מכונם.

Et c'est [le sens de] 'Tu feras un garde-fou (maaké) à ton toit et tu ne mettras pas de sang dans ta maison' (Devarim 22,8). Car la sainte Torah est appelée du nom de toit : le toit protège la maison, et la Torah protège et sauve l'homme ; et il faut pour cela qu'il y ait soumission (hakhnaa), que son étude ne soit pas destinée à se glorifier et à s'enorgueillir devant les hommes.

Et c'est 'maaké', terme de profondeur et d'abaissement, c'est-à-dire : mets la soumission à ton toit, qui est la Torah. 'Et tu ne mettras pas de sang dans ta maison' - l'explication est comme ci-dessus : qu'il n'y ait pas en toi deux sortes de sangs et de forces, mais que tout soit une force unique, entièrement pour ה'. 'Car celui qui tombe tombera de lui' - l'explication : car même la bonne action que tu feras tombera de toi, ne subsistera pas et n'agira nullement ; 'celui qui tombe de lui' - l'explication : alors qu'il aurait convenu que par cette chose-là d'autres tombent et soient rejetés, c'est-à-dire les rigueurs (dinim) et les kelipot (écorces, forces d'impureté) ; et à Dieu ne plaise, si une autre force s'y trouve mélangée, tu feras tomber aussi cette chose-là, qui n'agira nullement. C'est pourquoi l'homme doit réparer chaque membre l'un après l'autre, jusqu'à comprendre par sa propre intelligence qu'il est en défaut dans son service et que toutes ses actions ne sont pas établies sur leur base.

‎וזהו "כי תצא למלחמה כו'", דהיינו מלחמת היצה"ר, "ונתנו ה' בידך" פירוש אז כאשר יתן ה' אותו בידך, דאילולי הקב"ה לא היה יכול לו, "וראית בשביה אשת יפת תואר", דאיתא דהנשמה נקראת "יפת תואר", פירוש אז תראה ותבין בעצמך שהנשמה היא בשביה, שלא יצאתה עדיין ידי חובתה כלל, "וחשקת בה". וק"ל.

Et c'est [le sens de] 'Quand tu sortiras en guerre, etc.' (Devarim 21,10), c'est-à-dire la guerre du mauvais penchant (yetser hara) ; 'et ה' le livrera en ta main' - l'explication : alors, quand ה' le livrera en ta main, car sans le Saint béni soit-Il tu n'aurais pas pu l'emporter sur lui ; 'et tu verras parmi les captifs une femme belle de forme' - car il est enseigné que l'âme (nechama) est appelée 'belle de forme' ; l'explication : alors tu verras et tu comprendras par toi-même que l'âme est en captivité, qu'elle ne s'est encore nullement acquittée de son devoir ; 'et tu la désireras'. Et cela est facile à comprendre.

או יאמר "כי תצא כו'", דהנה העיקר עבודת האדם להבורא ב"ה באהבה ויראה, ואהבה היא המחשבה, דהיינו לחשוב רוממות האל ועי"ז מכניס בלבו אהבה שלימה, כי במחשבה אפשר לצייר אף דבר שלא ראה מעולם, ואח"כ צריך לראות שפלותו והיא היראה, והיראה היא הדבור והמעשה, שלפעמים האדם מדבר ועושה איזה מצוה מחמת יראה, או מיראת האדם שמתיירא שענש יענשו אותו בעברו על דת ישראל או מיראת השי"ת, וזהו שאנו מסדרין בברכת ק"ש "כולם אהובים כו'" שהוא שבח המלאכים, זה הוא כדי לעורר אהבה, ואח"כ אנו אומרים "עונים באימה כו' ביראה" לעורר היראה, ואח"כ תפילה בלחש וזו היא אהבה שלימה.

Ou bien on peut dire [sur] 'Quand tu sortiras, etc.' : voici, l'essentiel du service de l'homme envers le Créateur béni soit-Il tient dans l'amour et la crainte. Et l'amour, c'est la pensée, c'est-à-dire penser à l'élévation de Dieu, et par cela il fait entrer dans son cœur un amour parfait, car par la pensée il est possible de se représenter même une chose que l'on n'a jamais vue.

Ensuite il faut qu'il voie sa propre bassesse, et c'est la crainte ; et la crainte, c'est la parole et l'action, car parfois l'homme parle et accomplit quelque mitsva par crainte, soit par crainte des hommes, redoutant d'être puni s'il transgresse la loi d'Israël, soit par crainte de ה' béni soit-Il. Et c'est pourquoi nous disposons, dans la bénédiction du Chema, 'tous sont aimés, etc.', qui est la louange des anges : cela vise à éveiller l'amour ; et ensuite nous disons 'ils répondent avec effroi... avec crainte', pour éveiller la crainte ; et ensuite la prière à voix basse, et c'est là l'amour parfait.

‎אמנם יש בני אדם שיש להם אהבה אחרת, דהיינו שיש להם מחשבות זרות, ובודאי זו היא אהבתם שאותו הדבר שהוא אוהב כונס במחשבתו, והאדם הזה שעושה מצוה או מתפלל מחמת יראת אדם, התפילה הזאת מביאה אותו לאהבה החיצונית וזרה, כי דיבורו מעורר אהבתו וכל מחשבותיו להרהר בהם בעת תפילתו יותר מלאחר התפילה, שאין מחשבותיו מרובים כ"כ אחר התפילה רק דוקא בשעת התפילה, ונמצא אחר התפילה אהבתו החיצוניות בטילה, וזהו דאמר התנא "כל אהבה שהיא תלויה בדבר בטל דבר בטלה אהבה", כי דבר מלשון דיבור, דהיינו אהבה החיצוניות שהיא תלויה בדיבור כנ"ל, שדוקא בשעת התפילה באים לו כל מחשבותיו הזרים הנאהבים לו, "בטל דבר" דהיינו אחר תפילתו, "בטילה [אהבה]" שאין לו כ"כ מחשבות זרות כמו בשעת התפילה. אבל לא כן הצדיק השלם אשר נפשו דבוקה תמיד באהבה בחשבו תמיד רוממות אל, אהבה כזאת אינה בטילה לעולם.

Toutefois il y a des hommes qui ont un autre amour, c'est-à-dire qu'ils ont des pensées étrangères (mahshavot zarot) ; et assurément c'est là leur amour, car la chose qu'un homme aime, il l'introduit dans sa pensée. Et cet homme qui accomplit une mitsva ou qui prie par crainte des hommes, cette prière-là l'amène à l'amour extérieur et étranger, car sa parole éveille son amour, et toutes ses pensées, il les rumine au moment de sa prière plus qu'après la prière, car ses pensées ne sont pas si nombreuses après la prière, mais précisément pendant la prière.

Il se trouve donc qu'après la prière son amour extérieur est annulé. Et c'est ce qu'a dit le Tana : 'tout amour qui dépend d'une chose (davar), la chose disparaissant, l'amour disparaît' (Avot 5,16), car 'davar' est de la racine de 'dibour', la parole : c'est-à-dire l'amour extérieur qui dépend de la parole, comme ci-dessus, puisque c'est précisément au moment de la prière que lui viennent toutes ses pensées étrangères qui lui sont chères ; 'la chose disparaissant' - c'est-à-dire après sa prière ; 'l'amour disparaît' - car il n'a plus autant de pensées étrangères que pendant la prière.

Mais il n'en va pas ainsi du tsadik parfait, dont l'âme est constamment attachée dans l'amour, pensant sans cesse à l'élévation de Dieu : un tel amour ne disparaît jamais.

‎וזהו "כי תצא", פירוש כאשר תצא חוץ לשיטה, דהיינו שמדבר בתפילה ויוצא עם מחשבתו חוצה, תגרום לעצמך "למלחמה" זו מלחמת יצה"ר, "על אויביך" ר"ל בשביל שאהבה זרה החיצוניות נעשה לך לאויב. ואמר הכתוב "ונתנו ה' בידך" דהיינו ע"י תשובה שתתקן את מעשיך ומחשבותיך שתהיה דיבורך ואהבתך אחד, אז "ושבית שביו", דהיינו השביה ששבה כבר וטרפה הקליפה לעצמה, תוציא את הכל אל הקדושה, ואני נותן לך עצה לחשוב בעת תשובתך להוציא את כל העבודות והתפילות שלך העשוקות בהקליפות ותביאם אל הקדושה.

וק"ל.

Et c'est [le sens de] 'Quand tu sortiras' - l'explication : quand tu sors hors de la ligne, c'est-à-dire qu'il parle dans la prière et sort au-dehors avec sa pensée, tu te causes à toi-même 'la guerre' : c'est là guerre du yetser hara ; 'contre tes ennemis' - cela veut dire que cet amour étranger et extérieur est devenu pour toi un ennemi. Et l'Écriture dit 'et ה' le livrera en ta main', c'est-à-dire par la techouva (retour, repentir), en réparant tes actes et tes pensées de sorte que ta parole et ton amour soient un ; alors 'tu emmèneras ses captifs', c'est-à-dire cette captivité que la kelipa a déjà prise et ravie pour elle, tu la feras sortir tout entière vers la sainteté.

Et je te donne un conseil : au moment de ta techouva, pense à faire sortir tous tes services et toutes tes prières retenus par les kelipot, et amène-les a la sainteté. Et cela est facile à comprendre.

כי תהיין לאיש שתי נשים כו' והיה הבן הבכור לשנואה. לכאורה מלת "והיה" אינו מדוקדק שהוא לשון וודאי, והכי הוי ליה למימר "ואם יהיה הבן הבכור כו'".

ונראה לפרש דהנה המחשבה נקראת "אשה", שהמחשבה מוליד את המעשה. והנה יש שתי מחשבות, אחת היא מחשבה הקדושה ואחת היא מחשבה זרה, ואמר הכתוב "כי יהיה לאיש שתי נשים" שיהיה מעורב בטוב ורע מחשבה קדושה ומחשבה זרה, וזהו "אחת אהובה ואחת שנואה", ואמר הכתוב "והיה הבן הבכור לשנואה" ר"ל שזה הוא בודאי שהבן הנולד מהשנואה דהיינו המעשה הבאה מהמחשבה זרה שזה נקרא "בן", הוא יהיה הבכור שידו על העליונה, "והיה ביום הנחילו את בניו" פירוש כשיגיע יום שינחיל את בניו הם המעשים טובים להעלותם לה', "לא יוכל לבכר את בן האהובה על פני בן השנואה הבכור", "לבכר" הוא מלשון ביכורים, דהיינו שלא יוכל לעשות שום מצוה בשלימות, "על פני בן השנואה הבכור" מחמת שבן השנואה הוא הבכור, לכן שמור עצמך במאד מאד וקדש וטהר עצמך לזכך את מחשבתך כדי שתוכל לעשות מצוה בשלימות.

וק"ל.

'Si un homme a deux femmes, etc., et que le fils aîné soit de la détestée' (Devarim 21,15). À première vue, le mot 'et il sera' (vehaya) n'est pas exact, car c'est un terme de certitude ; il aurait fallu dire 'et si le fils aîné est, etc.'.

Et il semble qu'on puisse expliquer ainsi : voici, la pensée est appelée 'femme', car la pensée enfante l'action. Or il y a deux pensées : l'une est la pensée sainte et l'autre la pensée étrangère.

Et l'Écriture dit 'si un homme a deux femmes' - qu'il soit mélangé de bien et de mal, pensée sainte et pensée étrangère ; et c'est 'l'une aimée et l'autre détestée'. Et l'Écriture dit 'et le fils aîné sera de la détestée', cela veut dire que cela est certain : le fils né de la détestée, c'est-à-dire l'action issue de la pensée étrangère - car c'est cela qui est appelé 'fils' - celui-là sera l'aîné, ayant le dessus. 'Et il sera, au jour où il fera hériter ses fils' - l'explication : quand viendra le jour où il fera hériter ses fils, qui sont les bonnes actions, pour les élever vers ה' ; 'il ne pourra pas donner le droit d'aînesse au fils de l'aimée devant le fils de la détestée, l'aîné' - 'donner le droit d'aînesse' (levaker) est de la racine de bikourim (prémices), c'est-à-dire qu'il ne pourra accomplir aucune mitsva dans sa perfection, 'devant le fils de la détestée, l'aîné' parce que le fils de la détestée est l'aîné.

C'est pourquoi garde-toi extrêmement, sanctifie-toi et purifie-toi pour épurer ta pensée, afin de pouvoir accomplir une mitsva dans sa perfection. Et cela est facile à comprendre.

כי יקרא קן צפור כו'. יראה לפרש דהנה כל מעשינו ועבודתינו להשי"ת ב"ה הוא להמשיך אותו להעולמות, דהיינו שאנו מכנים את בוראינו ב"ה עיני ה', יד ה', וח"ו לדמות אותו בשום דמיון בעולם, אך העולמות נקראים כן, והיינו כשהצדיק רוצה להמשיך לעולם איזה דבר הצורך, דהיינו פרנסה, צריך לעורר המידה הנקרא יד ה', וכן בכל דבר צריך לעורר המידה שאותו דבר שייך לה, וכשהצדיק ממשיך את הבורא ב"ה להעולמות, זה הוא היחוד.

'Si un nid d'oiseau se rencontre devant toi, etc.' (Devarim 22,6). Il semble qu'on puisse expliquer ainsi : voici, toutes nos actions et tout notre service envers ה' béni soit-Il ont pour but de Le faire descendre dans les mondes ; c'est-à-dire que nous désignons notre Créateur béni soit-Il par 'les yeux de ה'', 'la main de ה'' - et à Dieu ne plaise de Le comparer à quelque image que ce soit au monde : ce sont les mondes qui sont ainsi nommés.

Et il en est ainsi : quand le tsadik veut faire descendre dans le monde quelque chose de nécessaire, par exemple la subsistance, il lui faut éveiller la mesure (mida) appelée 'main de ה'' ; et de même, pour chaque chose il faut éveiller la mesure à laquelle cette chose se rattache. Et quand le tsadik fait descendre le Créateur béni soit-Il dans les mondes, c'est cela l'union (yihoud).

‎וזהו דאמרינן בגמרא "אין דורשין במרכבה ביחיד אלא אם כן הוא חכם ומבין מדעתו", פירוש "אין דורשין" להמשיך יחידו של עולם להביאו לה"מרכבה" שלו, "אלא אם כן" מי שהוא במדריגה הזאת להמשיך השפעות ממידת "חכמה ובינה", "מדעתו" שהוא דעת שלישית המכרעת, כמאמר חז"ל "עשה מצוה אחת מכריע כל העולם לכף זכות", דהיינו שיהא העולם בעיניו כאילו הוא מחצה על מחצה ובעשותו מצוה אחת מכריע כל העולם לזכות, והוא המכריע ע"י הדעת שבו, שהוא "דע את אלקי אביך ועבדהו", שעובד השי"ת בדביקות ובדעת. וזהו (תהלים קיט, סב) "חצות לילה אקום להודות לך", פירוש העוה"ז נקרא 'לילה', ואמר דוד המלך ע"ה בעיני הוא העוה"ז "חצות", ר"ל מחצה על מחצה, לכן "אקום להודות לך" כדי להכריע את העולם בדעתו.

Et c'est [le sens de] ce que nous disons dans la Guemara : 'on n'expose pas le Char (merkava) devant un seul, à moins qu'il ne soit sage et qu'il comprenne de lui-même' (Haguiga 11b). L'explication : 'on n'expose pas' - faire descendre l'Unique du monde pour L'amener à Son 'Char' - 'à moins que' ce ne soit celui qui se trouve à ce degré de faire descendre les influx depuis les mesures de ''Hokhma et Bina' (sagesse et intelligence), 'de son daat' - qui est la troisième, celle qui fait pencher la balance, comme l'ont dit nos Sages de mémoire bénie : 'celui qui accomplit une seule mitsva fait pencher le monde entier du côté du mérite' ; c'est-à-dire que le monde soit à ses yeux comme moitié contre moitié, et qu'en accomplissant une seule mitsva il fasse pencher le monde entier vers le mérite ; et c'est lui qui fait pencher par le daat qui est en lui, ce qui est 'connais (da) le Dieu de ton père et sers-Le' (I Chroniques 28,9), car il sert ה' béni soit-Il dans l'attachement (devekout) et dans le daat.

Et c'est [le sens de] (Tehilim 119,62) 'au milieu de la nuit je me lève pour Te rendre grâce' : l'explication, ce monde-ci est appelé 'nuit', et le roi David, la paix sur lui, a dit : à mes yeux ce monde-ci est 'milieu' (hatsot), c'est-à-dire moitié contre moitié, c'est pourquoi 'je me lève pour Te rendre grâce', afin de faire pencher le monde par son daat.

‎וזהו "דעת קנה הכל קנה"‏(נדרים מא, א), פירוש כשהצדיק קונה לעצמו הדעת שהוא הכרעה לזכות, גורם להשי"ת שקונה הכל, היא המידה הנקרא 'כל', קונה לעצמו והשגחתו עליו. וזהו שאנו אומרים בברכות ראשונות מהתפילה "וקונה הכל וזוכר חסדי אבות", והיינו כשהקב"ה קונה לעצמו מדת 'כל', עי"ז "זוכר חסדי אבות" שהם היו כולם במידה הזאת, כמו שאנו אומרים "אברהם בכל יצחק מכל כו'", וכמו שנאמר "וה' ברך את אברהם בכל", יצחק אמר "ואוכל מכל", יעקב אמר "יש לי כל" רמז על המידה הנ"ל כידוע.

Et c'est [le sens de] 'celui qui a acquis le daat a tout acquis' (Nedarim 41a). L'explication : quand le tsadik acquiert pour lui-même le daat, qui est le fait de faire pencher vers le mérite, il fait que ה' béni soit-Il 'acquiert tout', c'est-à-dire la mesure appelée 'kol' (tout) : Il l'acquiert pour Lui, et Sa providence repose sur lui.

Et c'est ce que nous disons dans les premières bénédictions de la prière : 'et Il acquiert tout et se souvient des bontés (hassadim) des pères' ; c'est-à-dire que lorsque le Saint béni soit-Il acquiert pour Lui la mesure de 'kol', par cela Il 'se souvient des bontés des pères', car eux tous étaient dans cette mesure, comme nous disons 'Avraham par tout (bakol), Its'hak de tout (mikol), etc.', et comme il est dit 'et ה' bénit Avraham en tout (bakol)' (Berechit 24,1) ; Its'hak a dit 'et j'ai mangé de tout (mikol)' (Berechit 27,33) ; Yaakov a dit 'j'ai tout (kol)' (Berechit 33,11) - allusion à la mesure susdite, comme on le sait.

‎ואיתא "אין דורשין במעשה בראשית בשנים", יראה לפרש דהנה השי"ת ב"ה ברא ועשה את עולמו ועושה בו כרצונו, ולעומת זה ברא השי"ת הצדיק שיכול לבטל גזירותיו. והנה איך אפשרי שיבטל הגזירות שכבר נגזרו בשמים בעולמות עליונים? אך הוא כאשר כתבנו כמה פעמים "בדבר ה' שמים נעשו", דהיינו הצדיק ע"י עסקו בתורה לשמה ומחדש בה חידושים, נעשו שמים חדשים ועושה מעשה בראשית, ונמצא ממילא הגזירות בטלין, שלא היו באותן העולמות שנבראו מחדש.

ואמרינן במסכת תענית "בימי רבי שמואל בר נחמני הוי כפנא ומותנא אמרו היכי נעביד נבעי על תרווייהו אין מבקשין על שני דברים כאחד", ע"ש, וזהו "אין דורשין במעשה בראשית", ר"ל כשהצדיק רוצה לדרוש במעשה בראשית ע"י עסקו בתורה לחדש שמים חדשים לבטל הגזירות ולהשפיע לישראל, אל ידרוש בשנים, דהיינו לבקש על שני דברים כאחד, כי אם ידרוש כל דבר בפני עצמו.

Et il est enseigné : 'on n'expose pas l'œuvre du commencement (maasse berechit) devant deux' (Haguiga 11b). Il semble qu'on puisse expliquer ainsi : voici, ה' béni soit-Il a créé et fait Son monde et y agit selon Sa volonté, et en regard de cela ה' a créé le tsadik, qui peut annuler Ses décrets.

Or comment est-il possible qu'il annule des décrets déjà décrétés dans les cieux, dans les mondes supérieurs ? Mais c'est comme nous l'avons écrit maintes fois : 'par la parole de ה' les cieux ont été faits' (Tehilim 33,6), c'est-à-dire que le tsadik, par son occupation de la Torah pour elle-même et par les nouveautés (hidouchim) qu'il y innove, fait que de nouveaux cieux sont faits, et il accomplit l'œuvre du commencement ; il se trouve alors que les décrets sont d'eux-mêmes annulés, puisqu'ils n'existaient pas dans ces mondes créés à neuf.

Et nous disons dans le traité Taanit : 'aux jours de Rabbi Chmouel bar Nahmani il y eut famine et épidémie ; ils dirent : comment ferons-nous ? Demanderons-nous sur les deux ?

On ne demande pas sur deux choses à la fois' (Taanit 8b), vois-y. Et c'est [le sens de] 'on n'expose pas l'œuvre du commencement' : cela veut dire que lorsque le tsadik veut exposer l'œuvre du commencement par son occupation de la Torah, pour innover de nouveaux cieux, annuler les décrets et faire descendre l'abondance sur Israël, qu'il n'expose pas 'devant deux', c'est-à-dire qu'il ne demande pas sur deux choses à la fois, mais qu'il expose chaque chose séparément.

‎וזהו פירוש הפסוק "כי יקרא קן צפור כו'", דהעולמות נקראים "קן צפור". עולם העליון נקרא קן צפור במרכבה עליונה, כדאיתא בזוהר הקדוש בלק בן צפור, בלק היה קוסם יותר מבלעם, כי היה לו אחיזה בצפור במרכבה טמאה ובהאי צפור ידע כל, ואת זה לעומת זה עשה אלקים.

ומלמד הכתוב להצדיק שהוא במדריגה הזאת להמשיך את הבורא ב"ה להעולמות הנקראים "קן צפור", "לפניך" ר"ל זה הדבר מוכן לפניך ותוכל לפעול כנ"ל. ואמר הכתוב בלשון שאלה "בדרך", פירוש כעת שאנחנו בגלות המר האיך נעשה, אם נבקש רחמים על גלות השכינה או על ישראל, כי שני דברים כאחד אי אפשר להתפלל כנ"ל ואיזה מהן קודם? וזהו "בכל עץ או על הארץ", ר"ל אם יהא עסקינו ועבודתינו בעבור "כל העץ" היא השכינה הנקראת "כל" ו"עץ", או אם יהא עבודתינו "על הארץ" על דבר ארציות צורכי עם ישראל הנקראים "אפרוחים או ביצים" כדאיתא בזוהר.

ואמר הכתוב בוודאי השכינה קודם יותר ויותר, כי "והאם רובצת על האפרוחים כו'", היינו השכינה האם שלנו רובצת ומגינה תמיד עלינו בגלות המר. ואמר הכתוב אני נותן לך עצה "לא תקח האם על הבנים" ר"ל לא שתהא כל מחשבתך ותפילתך על השכינה לבדה, אלא "שלח תשלח את האם", דהיינו שתהא מחשבתך זכה וטהורה, וע"י זה תעלה את השכינה למעלה לשלח אותה ליחדא אותה עם הקב"ה, "ואת הבנים" הם הישראל הנקראים בנים למקום, "תקח לך" תתפלל עליהם להשפיעם כל טוב, וזה אפשר לעשות כאחד, דהיינו המחשבה על השכינה והתפילה על ישראל, ומחשבתך תפעול להעלות את השכינה כפי הגעת מדריגתך, וזהו "שלח תשלח" כפל לרמז שתתחזק ותאמץ תמיד במחשבתך כנ"ל, ולא תאמר כבר יצאת ידי חובתך, כי הוא דבר שאין לו סוף, וכל עוד שתתחזק יותר תעלה את השכינה למעלה למעלה והתפילה תפעול על ישראל.

והבן.

Et voici l'explication du verset 'Si un nid d'oiseau se rencontre devant toi, etc.' (Devarim 22,6) : les mondes sont appelés 'nid d'oiseau'. Le monde supérieur est appelé nid d'oiseau dans le Char supérieur, comme il est enseigné dans le saint Zohar sur 'Balak fils de Tsipôr' : Balak était plus grand devin que Bilam, car il avait une prise sur l'oiseau (tsipôr) dans le char impur, et par cet oiseau il savait tout ; 'et Dieu a fait l'un en regard de l'autre' (Kohelet 7,14).

Et l'Écriture enseigne au tsadik qui se trouve à ce degré de faire descendre le Créateur béni soit-Il dans les mondes appelés 'nid d'oiseau' : 'devant toi' - cela veut dire que cette chose est prête devant toi et que tu peux agir comme ci-dessus. Et l'Écriture parle sous forme de question : 'en chemin' - l'explication : à présent que nous sommes dans l'exil amer, comment ferons-nous ?

Demanderons-nous miséricorde pour l'exil de la Chekhina, ou pour Israël ? Car il est impossible de prier sur deux choses à la fois, comme ci-dessus, et laquelle des deux passe en premier ?

Et c'est 'sur tout arbre ou sur la terre' : cela veut dire, si notre occupation et notre service seront pour 'tout l'arbre', qui est la Chekhina appelée 'kol' (tout) et 'arbre', ou si notre service sera 'sur la terre', pour les choses terrestres, les besoins du peuple d'Israël, appelés 'oisillons ou œufs' comme il est enseigné dans le Zohar. Et l'Écriture dit : assurément la Chekhina passe bien avant, car 'et la mère est couchée sur les oisillons, etc.', c'est-à-dire la Chekhina, notre mère, qui est couchée et nous protège constamment dans l'exil amer.

Et l'Écriture dit : je te donne un conseil, 'tu ne prendras pas la mère sur les enfants', cela veut dire que toute ta pensée et ta prière ne soient pas sur la Chekhina seule, mais 'tu renverras, tu renverras la mère', c'est-à-dire que ta pensée soit limpide et pure, et par cela tu élèveras la Chekhina en haut, pour la renvoyer et l'unir avec le Saint béni soit-Il ; 'et les enfants', ce sont les Israël appelés fils de l'Omniprésent, 'tu prendras pour toi' : tu prieras pour eux afin de faire descendre sur eux tout bien. Et cela, il est possible de le faire d'un seul coup, c'est-à-dire la pensée sur la Chekhina et la prière sur Israël ; et ta pensée agira pour élever la Chekhina selon le degré que tu auras atteint.

Et c'est 'tu renverras, tu renverras' : le redoublement fait allusion à ce que tu te renforces et t'affermisses toujours dans ta pensée, comme ci-dessus, et que tu ne dises pas : je me suis déjà acquitté de mon devoir, car c'est une chose qui n'a pas de fin ; et plus tu te renforceras, plus tu élèveras la Chekhina toujours plus haut, et la prière agira en faveur d'Israël. Comprends bien.

כי תבנה בית חדש ועשית מעקה לגגך. ומתחילה נבאר הפסוק "וירא אלקים את האור כי טוב".

הנה לכאורה המשמעות אחר שנתהווה האור ראה השי"ת את האור כי טוב, וחלילה לחשוב ולומר על הבורא ב"ה האחד הפשוט האמיתי בלי שום השתנות, לומר שמתחילה לא ראה ועכשיו ראה כי טוב. אמנם כי כן האמת שהשגחתו וראייתו של הקב"ה להיות כל דבר בטוב, וכל מקום שהוא משגיח הוא למען היות הדבר בטוב ובשלימות, וזהו "וירא אלקים את האור", דהיינו שהשגיח עליו בעין השגחתו, "כי טוב" למען היות טוב.

'Quand tu bâtiras une maison neuve, tu feras un garde-fou (maaké) à ton toit' (Devarim 22,8). Et nous expliquerons d'abord le verset 'et Elokim vit la lumière, qu'elle était bonne' (Berechit 1,4).

À première vue, le sens serait qu'après que la lumière fut venue à l'existence, ה' béni soit-Il vit la lumière, qu'elle était bonne ; or, à Dieu ne plaise de penser et de dire du Créateur béni soit-Il, l'Un simple et véritable, sans aucun changement, qu'au début Il ne voyait pas et que maintenant Il a vu qu'elle était bonne. Mais la vérité est ainsi : la providence et la vision du Saint béni soit-Il sont pour que toute chose soit dans le bien, et tout lieu sur lequel Il veille, c'est afin que la chose soit dans le bien et dans la perfection.

Et c'est 'et Elokim vit la lumière', c'est-à-dire qu'Il veilla sur elle de l'œil de Sa providence, 'qu'elle était bonne' - afin qu'elle soit bonne.

‎וזה הוא שאנו אומרים בברכת ק"ש "ובטובו מחדש בכל יום תמיד מעשה בראשית", ר"ל באותו טוב שהשגיח על האור "מחדש בכל יום תמיד מעשה בראשית", דהיינו בכל יום מחדש עלינו ישראל רחמים וחסדים וכל טוב, "כאמור לעושה אורים גדולים כי לעולם חסדו", דהיינו שעשה את האור למען יהיה "לעולם חסדו", כי בכל יום מחדש עלינו חסדים.

Et c'est ce que nous disons dans la bénédiction du Chema : 'et dans Sa bonté Il renouvelle chaque jour, constamment, l'œuvre du commencement'. Cela veut dire : par cette même bonté avec laquelle Il a veillé sur la lumière, 'Il renouvelle chaque jour, constamment, l'œuvre du commencement', c'est-à-dire que chaque jour Il renouvelle sur nous, Israël, miséricorde, bontés (hassadim) et tout bien ; 'comme il est dit : à Celui qui fait de grands luminaires, car Sa bonté est éternelle' (Tehilim 136,7), c'est-à-dire qu'Il a fait la lumière afin que 'Sa bonté soit éternelle', car chaque jour Il renouvelle sur nous des bontés.

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