« Et si le chemin sera trop long pour toi » (Devarim 14,24) : si le service du Créateur pèse, c'est que le Lieu (haMakom) est loin. Le Noam Elimele'h dit que celui qui se rapproche par ses actes a le Nom proche, et « la chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l'accomplir ». Le conseil : « tu donneras en argent », te donner à l'argent par la tsedaka, et « tu lieras l'argent » (vetsarta hakessef) en une forme (tsoura) sainte sur l'argent de mains pures. Par cet argent on va vers le lieu que Hachem choisira ; les désirs ne sont plus qu'un objet prêté (chee'la) qui s'en va aussitôt.
Aussi : le Levi comme levaya (escorte) du juste en deveikout, sinon s'occuper de Torah sans interrompre ; le Léviatan, les vingt-huit temps et la gauche dans la droite ; « sa gauche sous ma tête », le Yarden (yéred din) adouci par la bouche
"וכי ירבה ממך הדרך" ר"ל אם רב הוא ממך עבודת הבורא ב"ה, ותאמר בלבך "כי לא תוכל שאתו" שקשה עליך מאד והרבה בעיניך עבודתו ית', אמר הכתוב תדע "כי ירחק ממך המקום" ר"ל זה הוא מחמת שהמקום ב"ה רחוק ממך, אבל מי שמקרב עצמו להבורא ב"ה ע"י מעשיו, אזי השי"ת קרוב אליו וקרוב אליך הדבר בפיך ובלבבך לעשותו, וכל אשר תעשה לעבודתו יתברך יהיה מעט בעיניך, ואמר הכתוב מי שקשה עליו עבודתו ית"ש אזי זאת העצה היעוצה, "ונתת בכסף" ר"ל שתתן עצמך אל הכסף, שתתקן את מעשיך ע"י הכסף בנתינת צדקה, "וצרת הכסף" פירוש ותראה שתעשה צורה על הכסף אשר תקח "בידך" דהיינו בידים טהורות מגזל וגניבה ושאר דברים אסורים, אזי כשתקח הכסף באופן הנ"ל, מיד תעשה עליו צורה קדושה, שתשרה קדושה על הכסף הזה, "והלכת אל המקום אשר יבחר ה' כו'" ר"ל ע"י הכסף הזה תוכל לילך אל המקום אשר יבחר ה' בעבודתו יתברך, ואז "ונתת הכסף בכל אשר תאוה נפשך", ר"ל אחר שתתנהג עצמך בכספך בקדושה כנ"ל, אז גם אם תתן הכסף בכל תאוות נפשך בבקר כו', "ובכל אשר תשאלך נפשך" ר"ל שלא יהיו אז התאויות אצלך תאווה ממש מתמדת ועיקר, רק כעין שאלה יהיה אצלך, כדבר הנשאל לאדם, שהוא מחזיר את השאלה ואינו שלו, כן לא יהיו התאוות אצלו רק כשאלה ותלך ממנו התאוה מיד. וק"ל.
"Et si le chemin sera trop long pour toi" (Devarim 14,24) : cela veut dire, si le service du Créateur, béni soit-Il, est trop lourd pour toi, et que tu dises en ton cœur "car tu ne pourras le porter", parce qu'il t'est très pénible et que Son service, qu'Il soit béni, est devenu grand à tes yeux, l'Écriture dit : sache que "c'est parce que le Lieu sera loin de toi", c'est-à-dire que cela provient de ce que le Lieu (haMakom, littéralement "l'Endroit", l'un des noms du Saint béni soit-Il) est loin de toi ; mais celui qui se rapproche du Créateur, béni soit-Il, par ses actes, alors le Nom béni soit-Il est proche de lui, et "la chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, pour l'accomplir" (Devarim 30,14), et tout ce que tu feras pour Son service, qu'Il soit béni, sera peu de chose à tes yeux. Et l'Écriture dit : celui à qui Son service, que Son Nom soit béni, est pénible, voici pour lui le conseil avisé : "et tu donneras en argent" (Devarim 14,25), c'est-à-dire que tu te donneras toi-même à l'argent, que tu réparés tes actes par l'argent, en donnant la tsedaka (l'aumône).
"Et tu lieras l'argent" (vetsarta hakessef) : explication, veille à faire une forme (tsoura) sur l'argent que tu prendras "dans ta main", c'est-à-dire avec des mains pures de rapine, de vol et des autres choses interdites ; alors, lorsque tu prendras l'argent de la manière dite ci-dessus, aussitôt tu feras sur lui une forme sainte, de sorte qu'une sainteté reposera sur cet argent. "Et tu iras vers le lieu que ה' choisira, etc." : cela veut dire que par cet argent tu pourras aller vers le lieu que ה' choisira, dans Son service, qu'Il soit béni.
Et alors "tu donneras l'argent pour tout ce que désirera ton âme" (Devarim 14,26), c'est-à-dire : après que tu te seras conduit avec ton argent dans la sainteté comme ci-dessus, alors, même si tu donnes l'argent pour tous les désirs de ton âme, pour le gros bétail, etc., "et pour tout ce que te demandera ton âme", cela veut dire que les désirs ne seront plus alors chez toi un désir véritable, permanent et essentiel, mais seront seulement chez toi comme une chose empruntée (chee'la, objet prêté), comme un objet prêté à un homme, qu'il rend et qui n'est pas à lui : ainsi les désirs ne seront chez lui que comme un objet prêté, et le désir s'en ira de lui aussitôt. Et cela est facile à comprendre.
השמר לך פן תעזוב את הלוי כל ימיך על אדמתך. נראה לפרש דאיתא בגמרא "ההולך בדרך ואין עמו לויה יעסוק בתורה", ונוכל לומר שרמזו לנו בזה איך לעשות להתנהג ולילך בדרכי השם יתברך.
דהנה הצדיק גמור והקדוש אשר כל מחשבותיו טהורים צלולים בצחצחות גמור והולך תמיד בדבקות וקדושה, וגם כשמדבר עם בני אדם נראה כמדבר דברים גשמיים אבל באמת כל מחשבותיו להבורא ב"ה גם בדברים האלו, ועושה יחודים בשעה שפוסק מלימודו, זה נקרא בשם "לוויה", לשון חיבור ודביקות, ע"ד הפעם ילווה אישי כו'. ואמרו חז"ל "ההולך בדרך" ר"ל בדרכי השם ית' ב"ה, "ואין עמו לוויה" פירוש ואינו במדריגה זאת להתחבר ולהתדבק במחשבתו כנ"ל, אל יאמר אעשה כן גם אני וילמוד מהצדיק גמור לבטל ח"ו מלימודו, אלא "יעסוק בתורה" תמיד.
"Prends garde à toi de ne pas abandonner le Levi tous tes jours sur ta terre" (Devarim 12,19). Il semble que l'on puisse expliquer ainsi : il est enseigné dans la Guemara : "Celui qui va en chemin et qui n'a pas avec lui d'escorte (levaya), qu'il s'occupe de Tora" (Eïrouvin 54a).
Et nous pouvons dire qu'on nous a fait allusion par là à la manière de se conduire et de marcher dans les voies du Nom, qu'Il soit béni. Car voici : le juste parfait et saint, dont toutes les pensées sont pures et limpides d'une entière clarté, et qui marche toujours dans la deveikout (l'attachement à Dieu) et la sainteté, et qui, même lorsqu'il parle avec les hommes, paraît dire des paroles matérielles alors qu'en vérité toutes ses pensées vont au Créateur béni soit-Il, même dans ces paroles-là, et qui accomplit des yihoudim (unifications, actes d'union des mondes d'en haut) à l'heure où il interrompt son étude, celui-là est appelé du nom de "levaya" (escorte), terme qui signifie jonction et attachement, dans le sens de "cette fois mon mari s'attachera à moi, etc." (Bereshit 29,34).
Et nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit : "celui qui va en chemin", c'est-à-dire dans les voies du Nom, qu'Il soit béni, "et qui n'a pas avec lui d'escorte (levaya)", explication : et qui n'est pas à ce degré-là de se joindre et de s'attacher par sa pensée comme ci-dessus, qu'il ne dise pas : je ferai ainsi moi aussi, et qu'il n'apprenne pas du juste parfait à s'interrompre, à Dieu ne plaise, de son étude ; mais bien plutôt "qu'il s'occupe de Tora" continuellement.
וזהו "לוויתן זה יצרת לשחק בו", ר"ל כנ"ל, שהצדיק נקרא בשם "לוויתן" לשון חיבור ודביקות, "זה יצרת", גם שאינו אלא מעולם יצירה, "לשחק בו", השי"ת משחק ומשתעשע עמו מאד, ועי"ז "כולם אליך ישברון לתת אכלם בעתו", שע"י הצדיק הזה הקב"ה משפיע לכל העולם, ור"ל "בעתו" כאשר כתבנו מזה במקום אחר דיש כ"ח עיתים שאמר שלמה המלך ע"ה, י"ד ימין וי"ד שמאל, והצדיק מכניס גם השמאל אל הימין ועי"ז באים רחמים והשפעות גדולות לעולם, וזהו "עת לעשות לה'" ר"ל "עת" הוא הצדיק שעושה ומכניס כ"ח עיתים לעת אחד לימין כנ"ל, "לעשות לה'" ר"ל ע"ד דאיתא כביכול כאילו עשאני, "הפרו תורתך" ר"ל הצדיקים כאלו מפירים גזרותיו של הקב"ה, שהוא גוזר והצדיק מבטל.
Et c'est le sens de "ce Léviatan que Tu as formé pour jouer avec lui" (Tehilim 104,26) : cela veut dire comme ci-dessus, que le juste est appelé du nom de "Léviatan", terme qui signifie jonction et attachement ; "que Tu as formé" (ze yatsarta), bien qu'il ne soit que du monde de la Yetsira (le monde de la Formation, le troisième des quatre mondes) ; "pour jouer avec lui", le Nom béni soit-Il joue et se délecte beaucoup avec lui, et par cela "tous espèrent en Toi pour que Tu leur donnes leur nourriture en son temps" (Tehilim 104,27), car c'est par ce juste que le Saint béni soit-Il répand l'abondance sur le monde entier. Et le sens de "en son temps" est ce que nous avons écrit à ce sujet en un autre endroit : il y a vingt-huit temps (28, khaf-het) qu'a énoncés le roi Salomon, la paix soit sur lui, quatorze de droite et quatorze de gauche ; et le juste fait entrer aussi la gauche dans la droite, et par cela viennent au monde de grandes miséricordes et de grandes effusions.
Et c'est le sens de "il est temps d'agir pour ה'" (Tehilim 119,126) : cela veut dire que le "temps" (et), c'est le juste qui fait et fait entrer les vingt-huit temps en un seul temps, du côté de la droite, comme ci-dessus ; "d'agir pour ה'", cela veut dire selon ce qui est enseigné : c'est comme s'il M'avait fait, pour ainsi dire ; "ils ont annulé Ta Tora", cela veut dire que de tels justes annulent en quelque sorte les décrets du Saint béni soit-Il : Lui décrète, et le juste annule.
וזהו "שמאלו תחת לראשי וימינו תחבקני", ר"ל דהצדיקים יש להם כח כנ"ל להכניס השמאל אל הימין, והשמאל והימין הם ברשות הצדיק, וזהו "שמאלו תחת לראשי" ר"ל שהשמאל הוא בא אל העולם העליון הנקרא "ראשי", "וימינו תחבקני" עי"ז אני מחבק ומשתעשע עצמי עם הצדיק שהכניס הכל לימין.
Et c'est le sens de "sa gauche sous ma tête et sa droite m'étreint" (Chir haChirim 2,6) : cela veut dire que les justes ont le pouvoir, comme ci-dessus, de faire entrer la gauche dans la droite, et la gauche et la droite sont au pouvoir du juste. Et c'est le sens de "sa gauche sous ma tête", c'est-à-dire que la gauche vient au monde supérieur appelé "ma tête" ; "et sa droite m'étreint", par cela Je L'étreins et Je Me délecte avec le juste qui a tout fait entrer du côté de la droite.
וזהו "יבטח כי יגיח ירדן אל פיהו", ר"ל הצדיק שיש לו בטחון גדול על השי"ת ב"ה, "יגיח ירדן" היינו יר"ד די"ן, "אל פיהו" פירוש שבפיו הקדוש הוא מוריד ומכניע הדינים ומגיחם שלא יהא בהם כח וממתיקם.
Et c'est le sens de "il est confiant, car le Yarden se jette dans sa gueule" (Iyov 40,23) : cela veut dire, le juste qui a une grande confiance dans le Nom béni soit-Il ; "le Yarden se jette" (yagiah Yarden), c'est-à-dire ירד דין (yéred din, "que descende le jugement", les lettres du mot ירדן) ; "dans sa gueule", explication : par sa bouche sainte il fait descendre et soumet les jugements (dinim), les jette à terre pour qu'il n'y ait plus en eux de force, et il les adoucit.
וזהו "השמר לך פן תעזוב את הלוי", ר"ל שהכתוב מזהיר את הצדיק שלא יעזוב את הלוי, היינו דביקותו וחיבורו במחשבותיו הקדושים והטהורים בהבורא ב"ה, "כל ימיך על אדמתך" ר"ל כל זמן שאדם בעוה"ז צריך האדם שימור ולהתחזק תמיד בדביקות ושלימות בלי הפסק, ולדבק עצמו בדבק טוב כל הימים. אמן.
Et c'est le sens de "prends garde à toi de ne pas abandonner le Levi" : cela veut dire que l'Écriture met en garde le juste de ne pas abandonner le Levi, c'est-à-dire son attachement et sa jonction, par ses pensées saintes et pures, au Créateur béni soit-Il ; "tous tes jours sur ta terre", cela veut dire que tout le temps que l'homme est dans ce monde-ci, il a besoin de se garder et de se renforcer continuellement dans l'attachement et la perfection, sans interruption, et de se coller à Lui d'une bonne colle tous les jours. Amen.