נועם אלימלך

Noam Elimelech — Sefer Devarim, Eikev (2/2)

Rabbi Élimélech de Lizhensk
En bref

Ce passage poursuit : le Nom demande ton kli (récipient) si tu Le sers par tous les services du verset, pour ton bien et pour Israël. « Si vous écoutez bien » (Devarim 11,13-14) : le Noam Elimele'h enseigne d'étudier lichma et de lier chaque parole aux mondes supérieurs, afin que la tefila (prière) ne soit pas déracinée. « Fais entendre à tes oreilles ce que tu fais sortir de ta bouche » ; Rachi « si tu écoutes dans l'ancien, tu entendras dans le nouveau » : par lichma une chose nouvelle, la pluie de « votre terre » pour tous, le tsadik dissimulant sa parole au mekatreg (accusateur) et récoltant « ton grain ».

Aussi : la crainte du Ciel n'est pas entre les mains du Ciel, l'homme s'éveille sans aide et veille comme un choel (emprunteur) même en cas de force majeure ; « anokhi » du commandement, la Che'hina par la crainte

‎וזהו "מה ה' אלקיך שואל מעמך", ר"ל אימתי השי"ת שואל מה שיש עמך, דהיינו הכלי שלך, כדי למלא אותה משפעת טובו וברכותיו, "כי אם ליראה" ר"ל זה בלתי אפשרי כי אם שתעבוד אותו בכל העובדות המנויים והמפורשים בפסוק, ואז תהיה כלי יפה ונאה ומוכשר לקבל, וישאל ממך הכלי שלך, דהיינו את עצמך, "לטוב לך" כדי שייטיב לך, ועל ידך יבואו טובות והשפעות לכל ישראל. וק"ל.

Et voici le sens de "ce que ה' ton Elokim demande de toi" (Devarim 10,12) : cela veut dire, quand donc le Nom béni soit-Il demande-t-il ce qui est avec toi, c'est-à-dire ton kli (récipient, vase ; pluriel kelim), afin de le remplir de l'abondance de sa bonté et de ses bénédictions ? "Sinon de craindre" (ki im le-yira) : cela veut dire que cela est impossible, sauf si tu le sers par tous les services énumérés et explicites dans le verset ; et alors tu seras un kli beau, agréable et apte à recevoir, et Il te demandera ton kli, c'est-à-dire toi-même, "pour ton bien", afin de te faire du bien, et par ton intermédiaire viendront des bienfaits et des influx pour tout Israël.

Et cela est facile à comprendre (ve-kal le-havin).

והיה אם שמוע תשמעו אל מצותי כו' ונתתי מטר ארצכם כו'. נראה לפרש, דהנה צריך האדם לעסוק בתורה לשמה בכוונה שלימה, וכן כל דיבור ודיבור שיוצא מפיו צריך לכוין בו מאד שלא יהא דבר בטל, ולקשר את הדיבור בעולמות העליונים, ויש לומר שזה הוא כוונת חז"ל שדרשו "ולא יהיה בך עקר" - שלא יהא תפילתך עקורה, ורש"י ז"ל פירש עקר שאינו מוליד, והכל אחד, דתפילה הוא לשון קשר, ואמר הכתוב ולא יהיה בך עקר, ופירושו שלא יהא תפילתך, דהיינו הדיבור שאתה מוציא מפיך, שצריך אתה לקשרו בעולמות העליונים, שלא יהיה קישורך עקורה, ר"ל שלא תפעול ח"ו בדיבורך, וזהו שפירש"י ז"ל שאינו מוליד, שדבורו אינו מוליד איזה ולדות, דהיינו הטבה, רק שצריך שתקדש עצמך בלימודך ודיבורך שלא יצא דבר בטל מפיך, והסתכל בדיבורך מאד לאיזה תועלת יהיה דיבורך, ואז תפעול כל אשר תרצה.

"Et il adviendra, si vous écoutez bien mes commandements... et Je donnerai la pluie de votre terre..." (Devarim 11,13-14). Il semble qu'on puisse expliquer ainsi : voici, l'homme doit s'occuper de la Torah lichma (pour elle-même) avec une intention parfaite ; et de même, chaque parole qui sort de sa bouche, il doit y mettre une très grande intention pour qu'elle ne soit pas une parole vaine, et pour lier cette parole aux mondes supérieurs.

Et l'on peut dire que telle est l'intention de nos Sages de mémoire bénie qui ont exposé "il n'y aura pas chez toi de stérile" (Devarim 7,14) : que ta prière ne soit pas déracinée (akoura, du même mot que akar, stérile). Et Rachi de mémoire bénie a expliqué akar comme celui qui n'engendre pas ; et tout cela est une seule et même chose, car tefila (prière) est un terme de liaison.

Et l'Écriture dit "il n'y aura pas chez toi de stérile" : son sens est que ta prière - c'est-à-dire la parole que tu fais sortir de ta bouche, que tu dois lier aux mondes supérieurs - que ta liaison ne soit pas déracinée, cela veut dire que ta parole ne reste pas sans effet, ch"v (has ve-chalom, à Dieu ne plaise). Et c'est ce qu'a expliqué Rachi de mémoire bénie, "celui qui n'engendre pas" : que sa parole n'engendre aucun rejeton, c'est-à-dire aucun bienfait.

Mais il faut que tu te sanctifiés dans ton étude et dans ta parole, qu'aucune parole vaine ne sorte de ta bouche ; et regarde bien à quelle utilité servira ta parole, et alors tu accompliras tout ce que tu voudras.

‎וזהו כוונת התנא "אל תהי מפליג לכל דבר כי אין לך דבר שאין לו מקום", פירושו כנ"ל, שלא תוציא דיבורך לבטלה ויהיה מופלג ומופרש ח"ו מעולם העליון, וזהו "אל תהי מפליג לכל דבר" ר"ל לכל דיבור, רק תכוין מאוד לקשרו בעולם העליון, "שאין לך דבר שאין לו מקום", דהעולמות העליונים נקראים "מקום", וכל דיבור ודיבור היוצא מפי אדם בקדושה, יש לו עולם מיוחד לאותו דיבור בעולם השייך לו לפעול פעולתו.

Et telle est l'intention du Tana : "Ne sois dédaigneux d'aucune chose, car il n'est pas de chose qui n'ait son lieu" (Avot 4,3). Son explication est comme ci-dessus : que tu ne fasses pas sortir ta parole en vain, en sorte qu'elle serait écartée et séparée, à Dieu ne plaise, du monde supérieur.

Et c'est "né sois pas mafligue (celui qui écarte, qui tient à distance) à l'égard de tout davar", cela veut dire : à l'égard de toute parole (davar signifie à la fois chose et parole) ; mais aie une très grande intention de la lier au monde supérieur. "Car il n'est pas de chose qui n'ait son lieu" : car les mondes supérieurs sont appelés "lieu" (makom), et chaque parole qui sort de la bouche de l'homme en sainteté a un monde qui lui est propre, dans le monde qui lui correspond, pour y accomplir son action.

‎וזהו "והיה אם שמוע", ודרשו חז"ל השמע לאזניך מה שאתה מוציא מפיך, דהיינו שתכוין בדיבורך מאוד היוצא מפיך שיהיה בכוונה, שישמעו האזנים הדיבור הזה, ולא כאדם המדבר שהורגל לשונו לדבר ואזניו אטומים לשמוע מה שמוציא מפיו, שהוא מחשב בדברים אחרים, ונמצאו דבריו בטלים שאין פועלים כלל. ורש"י ז"ל פירש "אם שמוע בישן תשמע בחדש", ונוכל לומר שרש"י ז"ל ג"כ מרמז לדברינו הנ"ל, ד"ישן" היינו התורה הנתונה לנו במדבר על הר סיני, כאשר תשמע בה, דהיינו שתלמוד לשמה במחשבה טהורה, "תשמע בחדש" ר"ל ע"י זה תשמע דבר חדש, ומה הוא הדבר החדש? אמר הכתוב "ונתתי מטר ארצכם כו' ואספת דגנך", לכאורה למה שינה הכתוב באמרו "ארצכם" לשון רבים - ואספת "דגנך" לשון יחיד? יש לומר מחמת שהצדיק הזה הרוצה להמשיך השפעות לעולם, צריך להסתיר את דיבורו באיזה תורה בפני המקטרג, וצדיק כזה הלואי המצא ימצא אחד בעיר, לכן אמר בלשון יחיד ואספת כו', שהוא מלשון "ואספתו אל תוך ביתך", דהיינו שהצדיק יסתיר את דיבורו הצריך לו לפעול לבל יבחין המקטרג, וע"י זה יפעול השפעות טובות לכל ישראל, וזהו "ונתתי מטר ארצכם" לכל, ע"י צדיק המיוחד, והכתוב מלמדו "ואספת דגנך" ר"ל כנ"ל.

וק"ל והבן.

Et c'est "et il adviendra si tu écoutes bien" (ve-haya im chamoa) : nos Sages de mémoire bénie ont exposé "fais entendre à tes oreilles ce que tu fais sortir de ta bouche", c'est-à-dire que tu aies une très grande intention dans la parole qui sort de ta bouche, qu'elle soit dite avec intention, et que les oreilles entendent cette parole ; et non pas comme l'homme qui parle, dont la langue s'est habituée à parler tandis que ses oreilles sont bouchées à entendre ce qu'il fait sortir de sa bouche, car il pense à d'autres choses, et il se trouve que ses paroles sont vaines et n'agissent en rien. Et Rachi de mémoire bénie a expliqué : "si tu écoutes dans l'ancien, tu entendras dans le nouveau".

Et nous pouvons dire que Rachi de mémoire bénie fait lui aussi allusion à nos propos ci-dessus : car "l'ancien", c'est la Torah qui nous a été donnée dans le désert sur le mont Sinaï ; lorsque tu l'écoutes, c'est-à-dire que tu étudies lichma avec une pensée pure, "tu entendras dans le nouveau", cela veut dire que par cela tu entendras une chose nouvelle. Et quelle est cette chose nouvelle ?

L'Écriture dit : "et Je donnerai la pluie de votre terre... et tu récolteras ton grain" (Devarim 11,14). À première vue, pourquoi l'Écriture change-t-elle en disant "votre terre" au pluriel et "ton grain" au singulier ?

On peut dire que c'est parce que ce tsadik qui veut faire descendre les influx pour le monde doit dissimuler sa parole dans quelque enseignement de Torah devant le mekatreg (l'accusateur d'en haut) ; et un tsadik pareil, plaise à Dieu qu'il s'en trouve un seul dans une ville. C'est pourquoi il a dit au singulier "et tu récolteras (ve-asafta)...", qui est du même langage que "et tu le recueilleras à l'intérieur de ta maison" (Devarim 22,2), c'est-à-dire que le tsadik dissimule la parole dont il a besoin pour agir, afin que le mekatreg ne la discerne pas ; et par cela il fera descendre de bons influx pour tout Israël.

Et c'est "et Je donnerai la pluie de votre terre" pour tous, par le moyen du tsadik singulier ; et l'Écriture lui enseigne "et tu récolteras ton grain", cela veut dire comme ci-dessus. Et cela est facile à comprendre, et comprends bien.

כל המצוה אשר אנכי מצוך היום כו'. ע"פ הגמרא "אמר ר"ח הכל בידי שמים חוץ מיראת שמים שנאמר ועתה כו' כי אם ליראה", ומקשה הגמרא "אטו יראה מלתא זוטרתי, אין לגבי משה כו'".

ומקשים המפרשים איך תלוי קושיית הגמרא בר"ח ולמה לא על הפסוק גופא. ונראה בוודאי הקושיה היא על הפסוק, אלא שעל הכתוב עצמו הייתי אומר שאין הקושיה גדולה כ"כ, כי נותנין לו סייעתא דשמיא לבוא אל היראה, וא"כ היא מילתא זוטרתי כיון שהיא בידי שמים לסייע לכל אדם, אלא שר"ח אומר שאין זה בידי שמים, פירוש שצריך האדם להתעורר בעצמו לבוא אל היראה בלי שום סיוע, ואז מקשה שפיר אטו יראה כו'.

היוצא לנו מזה שצריך האדם להזדרז אל היראה תמיד שלא ישכח כי אין לו סיוע, וזהו ג"כ פירוש הפסוק "ועתה כו' שואל מעמך", פירוש נעשית שואל על היראה, כמו השואל החייב באונסין כן אתה צריך להשגיח תמיד שלא תאבד ממך היראה בשום פנים אף באונס.

"Tout le commandement que Moi je te prescris aujourd'hui..." (Devarim 8,1). Selon la Guemara : "Rabbi Hanina a dit : tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel, ainsi qu'il est dit : et maintenant... sinon de craindre" ; et la Guemara objecte : "la crainte serait-elle donc une petite chose ?

Oui, pour Moche..." (Berakhot 33b). Et les commentateurs demandent : en quoi l'objection de la Guemara dépend-elle de Rabbi Hanina, et pourquoi ne porte-t-elle pas sur le verset lui-même ?

Il semble qu'assurément l'objection porte sur le verset ; seulement, sur l'Écriture elle-même j'aurais dit que l'objection n'est pas si grande, car on lui donne une aide du Ciel (siata di-chemaya) pour parvenir à la crainte, et s'il en est ainsi c'est une petite chose, puisqu'il est entre les mains du Ciel d'aider tout homme. Mais Rabbi Hanina dit que cela n'est pas entre les mains du Ciel - c'est-à-dire que l'homme doit s'éveiller de lui-même pour parvenir à la crainte, sans aucune aide - et alors l'objection "la crainte serait-elle donc une petite chose" est bien posée.

Ce qui en ressort pour nous, c'est que l'homme doit toujours se hâter vers la crainte, afin de ne pas l'oublier, car il n'a pas d'aide. Et telle est aussi l'explication du verset "et maintenant... demande de toi" : son sens est que tu es constitué choel (emprunteur - le même mot que "demande" dans le verset) à l'égard de la crainte ; de même que l'emprunteur est responsable même en cas de force majeure (ones), ainsi tu dois veiller constamment à ce que la crainte ne se perde pas de toi en aucune façon, pas même par force majeure.

‎וזהו "כל המצוה אשר אנכי מצוך כו'", פירוש עיקר המצוה היא שתשרה בתוכה היראה הנקראת "אנכי", פירוש ממני, שתראה שתהיה שכינתי שורה במצוה ההיא ע"י היראה. וק"ל.

Et c'est "tout le commandement que Moi (anokhi) je te prescris..." : l'explication est que l'essentiel du commandement, c'est que repose en lui la crainte, qui est appelée "anokhi" (Moi), c'est-à-dire "de Moi" ; que tu veilles à ce que Ma Chekhina repose dans ce commandement-là par le moyen de la crainte. Et cela est facile à comprendre.

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