Ce passage poursuit l'enseignement : Moché lie les sarim (princes célestes des nations) d'Ammon, Moav et Esav, qui ont un mérite, aux sarim antérieurs sans mérite, afin de les briser avec eux. Le Noam Elimele'h explique « Tu feras un autel pour y faire fumer l'encens » (Chemot 30,1) : le saint Zohar demande comment l'appeler autel sans sacrifice ; les onze ingrédients de la ketoret soumettent les onze forces d'impureté, on immole les kelipot, et « miktar » a le sens de lien. « Que ma prière soit établie comme l'encens » : le tsadik qui se voit en défaut sanctifie chaque membre comme une arme ; celui qui prie pour servir dans la perfection soumet aussi les dinim et les kelipot.
Aussi : « voici les paroles au-delà du Yarden » : le tsadik, pour répandre le bien sur Israël, doit être hefker (à la disposition de tous) comme le désert
אלא שהתורה הקדושה לימדה לנו חכמה גדולה בזה איך לעשות להשפיל ולשבר כח שרי האומות, שמשה רבינו ע"ה ראה שעמון ומואב ועשו שהיה להם זכות, שלוט התחבר עצמו לאברהם אבינו ע"ה, עשו קיים מצות כיבוד אב, והיה קשה לשבר את כח שרי האומות הללו, לכן השכיל משה רבינו ע"ה בחכמתו ואמר בדיבורו הקדוש "האמים ישבו בה לפנים כו' ובשעיר ישבו החורים כו' רפאים ישבו בה לפנים כו'", ופעל זאת בדיבורו הקדוש שקשר שרי האומות הללו בהשרים הקודמים, והגביה את השרים הקודמים באומרו "רפאים יחשבו אף הם כענקים", והיינו שהם גדולים מאומות הללו והם מחויבים להיותם מוכנעים תחת השרים, וגם אמר "והמואבים יקראו להם אמים", שהשר של אומה נקרא על שם אומתו, והם קראו לאותה אומה שם אחר, והזכיר ג"כ אותו השם כדי לקשרם היטב בכל אופן, וכוונת משה רבינו ע"ה היה בכל זה לקשרם בשרים הקדומים, מחמת שהשרים הקודמים לא היה בהם שום זכות והיה כח ביד משה לשבר ולהשפיל אותם, וממילא כשישפיל השרים הקודמים, ישפלו וישברו גם אותם הנקשרים עמם, כמ"ש הכתוב וכשל עוזר ונפל עזור.
Mais la sainte Torah nous a enseigné en cela une grande sagesse : comment s'y prendre pour abaisser et briser la force des sarim (princes célestes, anges tutélaires des nations). Car Moché notre maître, que la paix soit sur lui, vit qu'Ammon, Moav et Esav possédaient un mérite - car Lot s'était attaché à Avraham notre père, que la paix soit sur lui, et Esav avait accompli le commandement d'honorer son père - et il était difficile de briser la force de ces sarim des nations.
C'est pourquoi Moché notre maître, que la paix soit sur lui, usa d'habileté dans sa sagesse et dit par sa parole sainte : 'Les Émim y habitaient auparavant... et en Séir habitaient les Horites... les Refaïm y habitaient auparavant...' (Devarim 2,10-20). Et il opéra ceci par sa parole sainte : il lia ces sarim des nations aux sarim antérieurs, et il éleva ces sarim antérieurs en disant 'Les Refaïm eux aussi sont considérés comme des Anakim' (Devarim 2,11), c'est-à-dire qu'ils sont plus grands que ces nations-ci, et que celles-ci sont tenues de rester soumises sous ces sarim.
Il dit aussi 'et les Moavites les appellent Émim' (Devarim 2,11), car le sar d'une nation est appelé du nom de sa nation, et eux appelaient cette nation d'un autre nom ; il mentionna donc aussi cet autre nom afin de les lier solidement de toute manière. Et l'intention de Moché notre maître, que la paix soit sur lui, en tout cela, était de les lier aux sarim anciens, parce que les sarim antérieurs n'avaient en eux aucun mérite et que Moché avait le pouvoir de les briser et de les abaisser ; et dès lors, lorsqu'il abaissera les sarim antérieurs, seront aussi abaissés et brisés ceux qui leur sont liés, comme le dit le verset : 'celui qui aide trébuchera et celui qui est aidé tombera' (Yeshayahou 31,3).
וזהו פירוש הכתוב "ועשית מזבח מקטר קטורת", והקשה הזוהר הקדוש איך שייך להקרא "מזבח", והלא מזבח נקרא ע"ש זבח, ועל המזבח הפנימי לא נזבח כלום שום זבח, וע"פ הדברים הנ"ל יבואר, די"א סימני הקטורת היו כדי להכניע י"א כוחות הטומאה, והם עשתי עשרה יריעות עיזים כידוע, וזהו "ועשית מזבח", היינו שתזבח כל הקליפות, "מקטר" פירושו הוא לשון קשר, והיינו אפילו השרים הנקשרים שאתה קושרם בהקודמים כנ"ל, כל זה תפעול ע"י קטורת לזבחם ולהכניעם.
Et voici l'explication du verset 'Tu feras un autel pour y faire fumer l'encens' (Shemot 30,1). Le saint Zohar a soulevé une difficulté : comment peut-il être appelé 'autel' (מזבח, mizbeah) ?
Car l'autel est nommé d'après le sacrifice (זבח, zevah), or sur l'autel intérieur on n'immolait aucun sacrifice. D'après ce qui a été dit plus haut, cela s'explique : les onze ingrédients de l'encens (ketoret) étaient destinés à soumettre les onze forces d'impureté, qui sont les onze tentures de poil de chèvre, comme on le sait.
Et c'est là le sens de 'tu feras un autel (מזבח)', c'est-à-dire que tu immoleras (תזבח) toutes les kelipot (écorces, forces d'impureté). 'Miktar' (מקטר) a le sens de lien (קשר, kesher) : c'est-à-dire même les sarim que tu lies aux antérieurs comme ci-dessus - tout cela, tu l'opères par l'encens, pour les immoler et les soumettre.
וזהו "תכון תפילתי קטורת לפניך", דהנה יש שני מדרגות צדיקים, דהיינו יש צדיק שתמיד בכל העובדות והמצוות שעושה, נדמה בעיניו תמיד שמחסר בעבודתו ית"ש, שלא עשה המצוה כהלכתה בשלימות, ויש לו צער גדול על זה, ורואה תמיד בשפלותו ומוכיח עצמו על שהוא מחסר בעבודת הבורא ית', מחמת שיודע ומכיר גדולות ורוממות האל ית', ובכל אבר שרואה בו שהוא מחסר, ע"י הרהור תשובה הזאת, הוא מקדש את האבר הזה ומוסיף קדושה על קדושתו, ומחזק עצמו בעבודת הבורא ית' יותר, ומקדש כל אבר ואבר מחמת שרואה שכל ימיו עדיין עבודתו אינו שלימה באבר הזה, והצדיק הזה נעשה כל אבר ואבר אצלו ככלי זיין לעשות פעולה בכל אבר ואבר. וזהו שאמר דוד המלך ע"ה "ויוציאני למרחב יחלצני כי חפץ בי", כי האדם שאינו רואה ומסתכל בשפלותו וחסרונו שהוא מחסר בעבודת הבורא ית', יש לו הרחבה גדולה, שהוא בעיניו צדיק גמור ואין מתחזק עצמו להוסיף בעבודתו ית', וזהו "ויוציאני למרחב" ר"ל שהוציא אותי מבחינה הזאת שמגיע ממנה הרחבה לאדם, שאין לי הרחבה רגע אחת, רק שאני מצטער תמיד שאני מחסר בעבודתו ית', "יחלצני" ר"ל לשון חלוצי צבא, שעי"ז כל אברי הם חלוצים ומזויינים ככלי זיין שאוכל לפעול בכל אבר ואבר, וכל זאת מאתו ית' שמו, "כי חפץ בי" לעזרני, כמ"ש חז"ל אלמלא שהקב"ה עוזרו כו'.
Et c'est là le sens de 'Que ma prière soit établie comme l'encens devant Toi' (Tehilim 141,2). Car il y a deux degrés de tsadikim (justes).
Il y a un tsadik qui, dans tous les actes et tous les commandements qu'il accomplit, s'imagine toujours qu'il est en défaut dans son service du Nom, béni soit-Il, qu'il n'a pas accompli le commandement selon sa loi, dans sa perfection, et il en éprouve une grande peine ; il voit toujours sa propre bassesse et il se réprimande lui-même d'être en défaut dans le service du Créateur, béni soit-Il, parce qu'il connaît et reconnaît la grandeur et l'élévation de Dieu, béni soit-Il. Et dans chaque membre où il se voit en défaut, par cette pensée de repentir il sanctifie ce membre-là et ajoute sainteté à sa sainteté, il se renforce davantage dans le service du Créateur, béni soit-Il, et il sanctifie chaque membre l'un après l'autre, parce qu'il voit que, tous ses jours durant, son service n'est encore pas complet dans ce membre.
Et pour ce tsadik, chaque membre devient chez lui comme une arme, afin d'opérer une action par chacun de ses membres. Et c'est ce qu'a dit le roi David, que la paix soit sur lui : 'Il m'a fait sortir au large, Il m'a délivré car Il m'a agréé' (Tehilim 18,20).
Car l'homme qui ne voit ni ne considère sa bassesse et son manque, le fait qu'il est en défaut dans le service du Créateur, béni soit-Il, celui-là jouit d'une grande aisance (הרחבה, harhava, 'mise au large'), car à ses propres yeux il est un tsadik parfait et il ne se renforce pas pour ajouter à Son service, béni soit-Il. Et c'est là 'Il m'a fait sortir au large' - c'est-à-dire qu'Il m'a fait sortir de cet état d'où vient à l'homme cette aisance, en sorte que je n'ai pas d'aisance un seul instant, mais que j'ai toujours la peine d'être en défaut dans Son service, béni soit-Il. 'Il m'a délivré' (יחלצני, yehaltseni) - c'est-à-dire au sens de 'haloutsé tsava', les hommes armés de l'armée : car par là tous mes membres sont équipés et armés comme des armes, de sorte que je puisse agir par chacun de mes membres.
Et tout cela vient de Lui, béni soit Son nom : 'car Il m'a agréé', pour me secourir, comme l'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : 'si le Saint, béni soit-Il, ne l'aidait pas, il n'en viendrait pas à bout' (Soukka 52b).
ויש עוד צדיק שאינו במדרגה הזאת, רק שהוא מתפלל תמיד להשי"ת יומם ולילה שיעזרהו לעבוד עבודתו בשלימות. וזהו "תכון תפילתי קטורת לפניך" ר"ל אפילו מי שאינו במדריגה זאת להכיר חסרונו, רק שהוא מתפלל על עצמו כנ"ל, אעפ"כ יהא כח בידו ג"כ לפעול להכניע ולהשפיל הדינים הקליפות כקטורת כנ"ל.
Et il y a encore un tsadik qui n'est pas à ce degré-là, mais qui prie constamment le Nom, béni soit-Il, jour et nuit, pour qu'Il l'aide à accomplir son service dans la perfection. Et c'est là 'Que ma prière soit établie comme l'encens devant Toi' - c'est-à-dire : même celui qui n'est pas à ce degré de reconnaître son propre manque, mais qui prie seulement pour lui-même comme ci-dessus, malgré cela il aura lui aussi le pouvoir d'agir pour soumettre et abaisser les dinim (rigueurs) et les kelipot, tout comme l'encens dont il a été question plus haut.
אלה הדברים כו' בעבר הירדן כו'. נ"ל כי הנה הצדיק תמיד תשוקותיו הגדולים להשפיע רב טוב לבית ישראל, ולפעול להם כל צורכיהם בני חיי ומזוני, ולהפך מדת הדין לרחמים, ולהמשיך להם חסדים גדולים, כדי לעשות נחת רוח ליוצרו ית', לפעול תענוג בכל העולמות ולהמשיך השפעות תמיד בלי הפסק, ולזה צריך הצדיק להיות הפקר כמדבר, כדרך שאמרו בגמרא לגבי יואב "וביתו כמדבר" שהיה ביתו הפקר לעובר ושב כמדבר, וגם הצדיק הזה צריך שיהיה הפקר לכל הצריך אליו לכל דבר, וזו היא הפירוש "אלה הדברים אשר דבר משה אל כל ישראל במדבר"...
(חסר כאן).
'Voici les paroles... au-delà du Yarden...' (Devarim 1,1). Il me semble que voici : le tsadik a toujours de grands désirs de répandre une abondance de bien sur la maison d'Israël, d'opérer pour eux tous leurs besoins - enfants, vie et subsistance -, de renverser la mesure de rigueur en miséricorde, et d'attirer sur eux de grands hassadim (bontés), afin de procurer une satisfaction à son Créateur, béni soit-Il, de susciter le délice dans tous les mondes et d'attirer sans cesse les effusions, sans interruption.
Et pour cela le tsadik doit être sans maître (הפקר, hefker : bien laissé à la disposition de tous) comme le désert, à la manière de ce qu'ils ont dit dans la Guemara au sujet de Yoav : 'et sa maison était comme le désert' (Sanhédrin 49a), car sa maison était à la disposition du passant et du voyageur comme le désert. Et ce tsadik aussi doit être à la disposition de tous ceux qui ont besoin de lui pour quelque chose que ce soit.
Et c'est là l'explication de 'Voici les paroles que Moché adressa à tout Israël dans le désert (במדבר)'... (il manque ici la suite).