« Elle ha-devarim » (Ce sont les paroles). Le Noam Elimele'h explique le verset « Donnez la force à Elokim » (Tehilim 68,35) : le tsadik, par ses actes saints, annule les décrets sur Israël et fait descendre l'abondance, car le Saint béni soit-Il accomplit ses paroles. Le monde a été créé par la mesure de la rigueur ; Hachem a associé le tsadik à l'œuvre de la création pour qu'il transforme la rigueur en miséricorde. Il s'élève jusqu'à la racine des rigueurs et les adoucit par ses propres guevourot. Israël s'unit à lui : Moché parle par la parole, dureté et guevoura, pour tout Israël, annule les rigueurs là où ils ont fauté et fait descendre la subsistance.
Aussi : s'inclure dans « tout Israël », monde parfait sans tare ; observer le Chabbat dans ses trente-neuf travaux ; se tenir pour néant (ayin) et accomplir entièrement la tsedaka
אלה הדברים כו'. ונקדים לפרש הפסוק (תהלים סח, לה) "תנו עוז לאלקים כו' ועוזו כו'", לכאורה אין מחובר זה לזה.
אמנם כבר הקדמנו וכתבנו שהצדיק ע"י מעשיו הקדושים יכול לבטל כל הגזירות מישראל ולהשפיע להם כאשר יגזר אומר ויקם, הקב"ה מקיים דבריו. וזהו שאמרו חז"ל "כל העולם לא נברא אלא לצות לזה", דהיינו בריאת העולם הוא למען צוות להשי"ת ב"ה הנקרא "זה", כמו שכתוב "זה אלי ואנוהו" כנ"ל שהצדיק גוזר והקב"ה מקיים.
"Elle ha-devarim" (Ce sont les paroles) etc. Commençons par expliquer le verset (Psaumes 68,35) : "Donnez la force à Elokim etc., et Sa force etc." À première vue, les deux membres de ce verset ne sont pas liés l'un à l'autre.
Mais nous avons déjà posé en principe et écrit que le tsadik (le juste), par ses actes saints, peut annuler tous les décrets qui pèsent sur Israël et faire descendre sur eux l'abondance : lorsqu'il décrète une chose, elle se réalise, car le Saint béni soit-Il accomplit ses paroles. Et c'est ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : "Le monde entier n'a été créé que pour tenir compagnie à celui-ci (letsavot lazeh)", c'est-à-dire que la création du monde à pour but de commander (tsavot) à Hachem béni soit-Il, qui est appelé "Celui-ci" (zeh), ainsi qu'il est écrit : "Celui-ci est mon Dieu et je Le glorifierai" (Exode 15,2) - conformément à ce qui précède : le tsadik décrète et le Saint béni soit-Il accomplit.
ואפשר לומר שלזה כוונו ג"כ חז"ל "מתחילה עלה במחשבה לברוא במדת הדין ראה שאין העולם מתקיים ושתפו למדת הרחמים", וכבר צווחו קמאי דקמאי וכי יש ח"ו השתנות. ונראה דאיתא בגמ' "שלשה שותפים באדם הקב"ה אביו ואמו" ר"ל "אביו" הוא הצדיק הנקרא "אב", כמו שאמר אלישע לאליהו "אבי אבי רכב ישראל", ו"אמו" היינו כנסת ישראל היא השכינה, ו"אביו מזריע את הלובן", דהיינו שהצדיק מלבן את העוונות ומהפך הדינים לרחמים, וגם השכינה נקראת רחמים.
Et l'on peut dire que telle fut aussi l'intention de nos Sages de mémoire bénie lorsqu'ils ont dit : "Au commencement, il monta dans la pensée [divine] de créer le monde par la mesure de la rigueur (midat ha-din) ; Il vit que le monde ne pouvait subsister, et Il l'associa à la mesure de la miséricorde (midat ha-rahamim)." Or les tout premiers maîtres se sont déjà récriés : y a-t-il, à Dieu ne plaise, un changement [en Lui] ? Il apparaît que l'on peut l'expliquer par ce qui est enseigné dans la Guemara (Kidouchin) : "Il y a trois associés dans [la formation de] l'homme : le Saint béni soit-Il, son père et sa mère." Cela veut dire : "son père", c'est le tsadik, qui est appelé "père", comme Elicha le dit à Eliahou : "Mon père, mon père, char d'Israël" (II Rois 2,12) ; et "sa mère", c'est l'assemblée d'Israël (kenesset Israël), qui est la Chekhina (la Présence divine).
Et "son père ensemence le blanc" : c'est-à-dire que le tsadik blanchit les fautes et transforme les rigueurs (dinim) en miséricorde ; et la Chekhina elle aussi est appelée miséricorde.
ונמצא יהיה הפירוש כך, שבוודאי לא חזר הקב"ה, ומחשבתו ית' נתקיימה אף לאחר הבריאה שנברא במדה"ד, אך שמסר ונתן הרשות ביד הצדיק ועשאו שותף למעשה בראשית שיהיה יכול להפך הדין לרחמים בצדקותיו ותפילותיו, ונמצא שהניח הדבר כמקדם, וזהו הפירוש של "ושתפו" קאי על הצדיק שעשאו השי"ת שותף בזה שיהיה יכול להמתיק הדינים ולהפכם לרחמים גמורים, והכל היה בסקירה אחת.
Il en résulte que l'explication est la suivante : le Saint béni soit-Il n'est certainement pas revenu [sur Sa pensée], et Sa pensée s'est accomplie même après la création, car [le monde] à bien été créé par la mesure de la rigueur ; seulement, Il a remis et donné le pouvoir entre les mains du tsadik et l'a fait associé à l'œuvre de la création, de sorte qu'il puisse transformer la rigueur en miséricorde par ses actes de justice et par ses prières. Il en ressort qu'Il a laissé la chose telle qu'elle était au départ.
Et tel est le sens de "et Il l'associa" (ve-chitfo) : cela se rapporte au tsadik, que Hachem béni soit-Il a pris comme associé en ceci, qu'il puisse adoucir les rigueurs et les transformer en miséricorde complète. Et tout cela fut dans un seul et même regard.
ובמה הוא ממתיק את הדינים? היינו ע"י גבורותיו של הצדיק שצריך להתגבר עליהם דהיינו דוגמתם שהדינים נקראים 'גבורות', והנה הצדיק צריך לעלות במדרגתו עד מקום שורש הדינים ושם הוא ממתיק אותם בשרשם ע"י גבורותיו, כי כל דבר צריך להיות דומה בדומה, דהיינו לגבור מלחמה צריך לעמוד כנגדו ג"כ גבור מלחמה. וזהו דאיתא במשנה "היוצאין להציל חוזרין למקומן", ואמרינן בגמרא "וכלי זיינן בידם", ר"ל הצדיקים היוצאין להציל את ישראל להכניע ולהמתיק הדינים, "חוזרין למקומן", צריכין לחזור ולעלות למקום שורש הדינים ומוצאם ועיקרם, "וכלי זיינן בידן" דהיינו בגבורתם צריכין לעלות לשורשם להמתיק אותם במקומם, והשי"ת ב"ה רוצה בזה כדאיתא "נצחוני בני".
וזהו "נעימות בימינך נצח" ר"ל נעימים הם הגבורות והניצוח כשהצדיק ממתיקם ומביאם למקומן לימין. וזהו "הנוי והנצח לחי עולמים" ר"ל שיהיה לו לנוי כשמנצחין אותו.
Et par quoi adoucit-il les rigueurs ? Par les guevourot (forces de rigueur) du tsadik lui-même, sur lesquelles il doit l'emporter, c'est-à-dire par leur équivalent, car les rigueurs sont appelées "guevourot".
Le tsadik doit s'élever dans son niveau jusqu'au lieu de la racine des rigueurs, et c'est là qu'il les adoucit dans leur racine par ses propres guevourot, car toute chose doit se faire par son semblable : face à un homme de guerre puissant, il faut dresser un homme de guerre puissant. Et tel est le sens de ce qui est enseigné dans la Michna : "Ceux qui sortent pour sauver reviennent à leur lieu", et nous disons dans la Guemara : "et leurs armes à la main".
Cela veut dire : les tsadikim qui sortent pour sauver Israël, pour soumettre et adoucir les rigueurs, "reviennent à leur lieu" - ils doivent retourner et monter jusqu'au lieu de la racine des rigueurs, leur source et leur principe ; "et leurs armes à la main", c'est-à-dire qu'ils doivent monter jusqu'à leur racine avec leur propre guevoura afin de les adoucir à leur place même. Et Hachem béni soit-Il le veut ainsi, comme il est enseigné : "Mes fils M'ont vaincu" (nitshouni banai).
Et tel est le sens de "des délices dans Ta droite à jamais (netsa'h)" (Psaumes 16,11) : elles sont douces, les guevourot et la victoire (nitsahon), lorsque le tsadik les adoucit et les ramène à leur lieu, à droite. Et tel est le sens de "la beauté et la victoire appartiennent au Vivant des mondes" : cela Lui est une beauté lorsqu'on Le vainc.
וזהו שאמר בלק לבלעם "ועתה ברח לך אל מקומך" ותיכף אחר זה אמר בלעם לבלק "לכה איעצך", וכי משום דאמר לו ברח לך כו' נתן לו עצה? אלא משום דבלק היה קוסם גדול יותר מבלעם כפירש"י ז"ל, והנה אותו הפעם היה שורה קצת רוה"ק עליו כאשר אמר "מחזה שדי יחזה" כדי לברך את ישראל, ואמר לו בלק "אל מקומך" דהיינו לכתרין תתאין למקום שרשם ששרשו בס"א, ולכן נתן לו עצה מיד על הזנות להפקיר בנותיהם, וזהו שאמר לו בלעם "ועתה הנני הולך לעמי" דהיינו למקום שרשי "לכה איעצך כו'".
Et tel est le sens de ce que Balak dit à Bilaam : "Et maintenant, fuis vers ton lieu" (Nombres 24,11), et aussitôt après Bilaam dit à Balak : "Viens, je te donnerai un conseil" (Nombres 24,14). Or, est-ce parce qu'il lui a dit "fuis vers ton lieu etc." qu'il lui a donné un conseil ?
En vérité, c'est parce que Balak était un plus grand devin que Bilaam, comme l'explique Rachi de mémoire bénie. Or, cette fois-là, un peu d'esprit saint (roua'h ha-kodech) reposait sur Bilaam, ainsi qu'il l'a dit : "il voit la vision du Tout-Puissant" (Nombres 24,4), afin de bénir Israël.
Balak lui dit donc : "vers ton lieu", c'est-à-dire vers les couronnes inférieures (kitrin tatain, les forces d'en bas), vers le lieu de leur racine, car sa racine est dans la sitra a'hra (le côté impur). C'est pourquoi il lui donna aussitôt le conseil de la débauche, de livrer leurs filles.
Et c'est ce que Bilaam lui répondit : "Et maintenant, voici, je m'en vais vers mon peuple" (Nombres 24,14), c'est-à-dire vers le lieu de ma racine, "viens, je te donnerai un conseil etc."
ונחזור לענינינו, שהצדיק עולה במדרגתו עד מקום ושורש הדינים וממתיקם שם, וגם מעורר את הדינים על הרשעים הראויים לכך שיהא חלין עליהם, ועי"ז כשעושין דין ברשעים מתיירא ומתקלס ומתגאה על ישראל, וזה פירוש הפסוק "אשירה לה' כי גאה כו'" ר"ל אשירה לה' הרחמים, שנהפכו הדינים לרחמים עלינו, "כי גאה גאה" לעילא ולתתא, דהיינו שנעשה מהדינים עלינו ישראל כעין גאות כנ"ל, ועל הרשעים נשארו הדינים וזהו "סוס ורוכבו רמה בים".
Revenons à notre sujet : le tsadik s'élève dans son niveau jusqu'au lieu et à la racine des rigueurs et il les y adoucit ; et il éveille aussi les rigueurs contre les impies qui le méritent, afin qu'elles s'abattent sur eux. Et par là, lorsque justice est faite des impies, Il est craint, loué et exalté sur Israël.
Tel est le sens du verset : "Je chanterai à ה' car Il s'est élevé etc." (Exode 15,1) : je chanterai à ה', [l'attribut de] miséricorde, car les rigueurs se sont transformées en miséricorde à notre égard ; "car Il s'est hautement élevé" - en haut et en bas, c'est-à-dire que des rigueurs il s'est fait pour nous, Israël, une sorte de grandeur, comme dit plus haut ; tandis que sur les impies les rigueurs sont demeurées, et c'est le sens de "le cheval et son cavalier, Il les a jetés à la mer".
וזהו פירוש הפסוק "תנו עוז לאלקים", דהיינו שתעלו במדרגתכם ליתן עוזכם וגבורתכם נגד א-להים, הם הדינים, להכניע ולהמתיק אותם, וממילא "על ישראל גאותו" כנ"ל שלא יהיו הדינים אלא כעין גאות, "ועוזו בשחקים" דהיינו עוזו וגבורותיו של הקב"ה אחר שהם נמתקים מה יהיה מעשיהם ופעולתם על ישראל? ואמר "בשחקים" ששוחקים מן לצדיקים, כי מזוני ופרנסה בא ג"כ ע"י גבורות כדאמרינן בגמרא בגשמים "למה נקרא שמן "גבורות גשמים"? שיורדין בגבורה", וגשמים היינו מזוני. וזהו ג"כ דאמרינן בגמרא "קשה מזונותיו של אדם כקריעת ים סוף", דקריעת ים סוף היה ע"י גבורות כנ"ל ומזוני באים ג"כ ע"י גבורות.
Et tel est le sens du verset "Donnez la force à Elokim" : c'est-à-dire, élevez-vous dans votre niveau pour donner votre force et votre guevoura face à Elokim - ce sont les rigueurs - afin de les soumettre et de les adoucir ; et dès lors "sur Israël est Sa grandeur", comme dit plus haut : les rigueurs ne seront plus qu'une sorte de grandeur. "Et Sa force est dans les nuées (chehakim)" : c'est-à-dire, la force et les guevourot du Saint béni soit-Il, une fois adoucies, quelle sera leur action et leur effet sur Israël ?
Il dit : "ba-chehakim" - là où l'on broie (chohakim) la manne pour les justes ; car la nourriture et la subsistance viennent elles aussi par les guevourot, comme nous le disons dans la Guemara à propos des pluies : "pourquoi les appelle-t-on 'guevourot guechamim' (les puissances des pluies) ? Parce qu'elles descendent avec puissance" ; or les pluies, c'est la nourriture.
Et tel est aussi le sens de ce que nous disons dans la Guemara : "la subsistance de l'homme est aussi difficile que la fente de la mer des Joncs" - car la fente de la mer des Joncs s'est faite par les guevourot, comme dit plus haut, et la subsistance vient elle aussi par les guevourot.
אך בכל זאת צריכין ישראל להיות התחברותם ואחדותם עם הצדיק, ועי"ז הצדיק נאזר בגבורה לבטל הדינים מהם ולהשפיע להם. וזהו "ויחן..
ישראל נגד ההר", נאמר "ויחן" לשון יחיד כפרש"י שהיה באחדות כאיש אחד, זה היה התנגדות "נגד ההר", נגד הדינים הנקראים "הר" להמתיק אותם, "ומשה עלה אל הא-להים" להמתיקם בשורשם.
Malgré tout cela, Israël doit vivre dans l'attachement et l'unité avec le tsadik ; et par là, le tsadik est ceint de guevoura pour annuler les rigueurs qui pèsent sur eux et faire descendre sur eux l'abondance. Tel est le sens de "et Israël campa face à la montagne" (Exode 19,2) : il est dit "va-yihan" au singulier, comme l'explique Rachi, car ils étaient dans l'unité, comme un seul homme ; et cela constituait un face-à-face, "face à la montagne", face aux rigueurs qui sont appelées "montagne" (har), pour les adoucir ; "et Moche monta vers Elokim" (Exode 19,3), pour les adoucir dans leur racine.
וזהו "אלה הדברים אשר דבר משה אל כל ישראל", דהיינו שהיה משה מדבר ב'דבור', הוא קשות וגבורה, בשביל כל ישראל, "בערבה כו'" דהיינו בכל המקומות שחטאו והיו צריכין לרחמים לבטל הדינים מהם, ביטל אותם משה מהם ע"י גבורותיו, "בין תופל ולבן", "תופל" הוא לשון התחברות, דהיינו ע"י התחברותם היה פועל להם לבטל הדינים מהם, וגם "לבן" הוא המן כפרש"י, שהיה משפיע להם ג"כ השפעות מזוני ופרנסה.
Et tel est le sens de "Ce sont les paroles que Moche adressa à tout Israël" (Deutéronome 1,1) : Moche parlait par la "parole" (dibour), qui est dureté et guevoura, en faveur de tout Israël ; "dans la plaine (ba-arava) etc.", c'est-à-dire dans tous les lieux où ils avaient fauté et où ils avaient besoin de miséricorde pour que les rigueurs soient annulées, Moche les annula pour eux par ses guevourot ; "entre Tofel et Lavan" : "Tofel" est un terme d'attachement (hithabrout), c'est-à-dire que c'est par leur union qu'il agissait pour eux afin d'annuler les rigueurs ; et "Lavan", c'est la manne, comme l'explique Rachi, car il faisait aussi descendre sur eux l'abondance de la nourriture et de la subsistance.
עוד בפסוק הנ"ל. "אלה הדברים אשר דבר משה אל כל ישראל כו'".
יש לבאר שנרמז בכאן עצה לעם ה' איך יתנהגו לבוא אל אמיתת עבודת השם ב"ה, כי הטעם למה שאנו אומרים קודם כל עבודתינו ותפילתינו "לשם יחוד כו' בשם כל ישראל", והכוונה היות שאין צדיק בארץ כו' וא"כ האיך יכול לעשות איזה דבר קדושה באברינו כיון שנעשה בהם איזה עבירה חלילה ונפגם אותו האבר ואיך יכול להשרות עליו קדושת העבודה ההיא? אך שהתיקון לזה הוא במה שכולל עצמו עם כללות ישראל, כי יש עולם הנקרא "כל ישראל" והעולם ההוא שלם בלי שום פגם, כי הכללות ישראל הם הצדיקים כמ"ש "ועמך כולם צדיקים", וא"כ אף שהפרטים חוטאים לפעמים אבל הכללות הם תמיד קיימים בקדושתם ואין שטן ואין פגע רע בהם חלילה, ותמיד צורתם חקוקה למעלה, והוא הנקרא בספרי קודש "אדם קדמון", ושם אין שליטה לחטא כלל והאדם מקשר עצמו שם בהתכללות ההיא, ואז אותו האבר נקשר בכללות ונתקן בקדושה עליונה, ואז יכול לעשות המצוה או העובדא ההוא. וזה עצה אחת.
Encore sur le même verset : "Ce sont les paroles que Moche adressa à tout Israël etc." On peut expliquer qu'il y a ici, en allusion, un conseil pour le peuple de ה' : comment se conduire pour parvenir à la vérité du service de Hachem béni soit-Il. Car voici la raison pour laquelle nous disons avant chacun de nos services et de nos prières : "pour l'unification etc., au nom de tout Israël".
L'intention est celle-ci : "il n'est pas de juste sur terre [qui fasse le bien et ne faute point]" (Ecclésiaste 7,20) ; dès lors, comment un homme peut-il accomplir quelque chose de saint avec ses membres, puisqu'il a commis avec eux quelque transgression, à Dieu ne plaise, et que ce membre s'est trouvé entaché - comment faire reposer sur lui la sainteté de ce service ? Mais la réparation (tikoun) consiste en ceci : il s'inclut lui-même dans la totalité d'Israël.
Car il existe un monde appelé "tout Israël", et ce monde-là est parfait, sans aucune tare ; car la totalité d'Israël, ce sont les justes, ainsi qu'il est écrit : "et ton peuple, tous justes" (Isaie 60,21). Ainsi, même si les individus fautent parfois, la totalité demeure toujours dans sa sainteté, il n'y a en elle ni accusateur ni atteinte mauvaise, à Dieu ne plaise, et leur forme est toujours gravée en haut.
C'est ce qui est appelé dans les livres saints "Adam Kadmon" (l'Homme primordial) ; là, la faute n'a aucune emprise, et l'homme s'y relie par cette inclusion. Alors ce membre se trouve relié à la totalité et réparé dans une sainteté supérieure, et il peut alors accomplir cette mitsva ou cette œuvre.
Voilà un premier conseil.
ועוד יש עצה, היות ששורש כל החטאים הם באים מכח עץ הדעת, שנתקללה האדמה בל"ט קללות ומהם באה הזוהמא לאדם, אבל כשאדם שומר שבת כהלכתו בל"ט מלאכות, מתקן הל"ט קללות ואז יפרדו ממנו כל הקליפות, וזהו הטעם "כל השומר שבת כהלכתו כו' אפילו עבד כו' מוחלין לו". וזהו שרמז להם משה רבינו ע"ה באומרו עצות הללו לעם הקודש באמרותיו הטהורים, "אלה הדברים" נרמז שמירת שבת בל"ט מלאכות, כדרך שאמרו בגמרא "אלה הדברים" מכאן לל"ט מלאכות, דברים הדברים ואלה הם ל"ט, יעוין במסכת שבת.
ועצה השנית הוא תיבת "כל ישראל" ליחד ולקשר עצמו בכללות ישראל. וזהו "אלה הדברים אשר דבר משה אל כל ישראל", פירוש אל העצת "כל ישראל" שאנו עושין כנ"ל, נתן לנו עוד עצה ב"אלה הדברים", דהיינו שמירת שבת.
ודו"ק.
Il y a encore un autre conseil. La racine de toutes les fautes vient de la force de l'arbre de la connaissance, par lequel la terre fut maudite de trente-neuf malédictions, dont vint la souillure (zouhama) sur l'homme.
Mais lorsque l'homme observe le Chabbat selon sa loi, dans ses trente-neuf travaux (melakhot), il répare les trente-neuf malédictions, et alors toutes les kelipot (écorces, forces impures) se séparent de lui. Telle est la raison de : "quiconque observe le Chabbat selon sa loi etc., même s'il a servi [les idoles] etc., on lui pardonne".
Et c'est ce que Moche notre maître, la paix soit sur lui, leur a laissé entendre en donnant ces conseils au peuple saint par ses paroles pures : "Elle ha-devarim" (Ce sont les paroles) fait allusion à l'observance du Chabbat dans ses trente-neuf travaux, ainsi qu'ils l'ont dit dans la Guemara : "'Elle ha-devarim' - de là [on apprend] les trente-neuf travaux", car "devarim", "ha-devarim", et le mot אלה [qui vaut trente-six] font trente-neuf ; voir le traité Chabbat. Et le second conseil, ce sont les mots "tout Israël" : s'unifier et se relier à la totalité d'Israël.
Et tel est le sens de "Ce sont les paroles que Moche adressa à tout Israël" : en plus du conseil de "tout Israël" que nous mettons en pratique comme dit plus haut, il nous a donné encore un conseil dans "Elle ha-devarim", à savoir l'observance du Chabbat. Et comprends bien cela.
או יאמר "אלה הדברים כו'". נ"ל בהקדים לפרש פסוק "אשא עיני אל ההרים מאין יבא עזרי כו'", דאיתא בגמרא "קיים אברהם אבינו ע"ה כו' אפילו עירוב תבשילין", והיינו שהיה מקדש ומטהר את כל רמ"ח אבריו ושס"ה גידיו כל אבר במצוה השייך לה, דכל מצוה ומצוה יש לה עולם בפני עצמה, ואברהם אבינו ע"י שהיה עובד השי"ת מאהבה, השיג את כל מצוה ומצוה בשורשה, ואפילו מצוה דרבנן יש לה שורש ועיקר בדאורייתא בעולם המיוחד לה.
וזהו "בן שלש שנים הכיר אברהם את בוראו", דעיקר צריך האדם להתקדש ולהטהר עצמו מיד בהגיעו לשכל מקטנותו, והיינו "שלש שנים יהיה לכם ערלים ובשנה הרביעית יהיה כל פריו קודש הילולים לה'", דאדם נקרא "פרי" ששורשו הוא למעלה והוא אינו אלא כפרי הגדל באילן, וצריך האדם תיכף ומיד בשנה הרביעית להיות כל פריו קודש הילולים לה', כמ"ש "אשרי הגבר כי ישא עול מנעוריו", ואברהם אבינו ע"י עבודתו שלימה באהבה רבה, פעל והשפיע לנו שורש קדושה שנהיה אנחנו ג"כ יכולים לילך בדרכיו לעבוד הבורא ב"ה באהבה, וזהו פירוש "זרע אברהם אוהבי", ר"ל שאהבה הזאת הזריע אברהם לכל באי עולם, ובזכות אבותינו אנחנו חיים וקיימים בגלות המר הזה.
Ou bien on expliquera ainsi "Ce sont les paroles etc.". Il me semble qu'il faut d'abord expliquer le verset : "Je lève les yeux vers les montagnes : d'où (me-ayin) viendra mon secours etc." (Psaumes 121,1).
Il est enseigné dans la Guemara : "Avraham notre père, la paix soit sur lui, a accompli [toute la Tora] etc., même le érouv tavchilin (institution rabbinique permettant de cuisiner un jour de fête pour le Chabbat)". Cela signifie qu'il sanctifiait et purifiait ses deux cent quarante-huit membres et ses trois cent soixante-cinq tendons, chaque membre par la mitsva qui lui correspond, car chaque mitsva possède un monde qui lui est propre.
Et Avraham notre père, parce qu'il servait Hachem béni soit-Il par amour, atteignait chaque mitsva dans sa racine ; et même une mitsva d'institution rabbinique a sa racine et son principe dans la Tora écrite, dans le monde qui lui est propre. Tel est le sens de "à trois ans, Avraham reconnut son Créateur" : car l'essentiel est que l'homme se sanctifie et se purifie dès l'instant où il parvient à l'intelligence, dès son plus jeune âge.
Et tel est le sens de "trois années [ses fruits] vous seront interdits, et la quatrième année tous ses fruits seront consacrés en louanges à ה'" (Lévitique 19,23-24) : l'homme est appelé "fruit", car sa racine est en haut et il n'est lui-même que comme le fruit qui pousse sur l'arbre ; et l'homme doit, aussitôt, dès la quatrième année, faire que tous ses fruits soient consacrés en louanges à ה', comme il est écrit : "heureux l'homme qui porte le joug dès sa jeunesse" (Lamentations 3,27). Et Avraham notre père, par son service parfait dans un grand amour, a agi et a fait descendre pour nous une racine de sainteté, afin que nous aussi puissions marcher dans ses voies et servir le Créateur béni soit-Il avec amour.
Tel est le sens de "la descendance d'Avraham qui M'aimait" (Isaie 41,8) : cet amour, Avraham l'a ensemencé pour tous les habitants du monde ; et c'est par le mérite de nos pères que nous vivons et subsistons dans cet exil amer.
אך ברצות הצדיק להשפיע ולפעול איזה דבר ע"י פעולת עצמו אף בלא זכות אבות, דהיינו שהקטרוג חלילה גדול ואין מועיל זכות אבות לבד, צריך להחזיק במדריגה גדולה ממדריגת אבות, כמו שמצינו במשה רבינו ע"ה שכשחטאו ישראל אמר "ונחנו מה כי תלינו כו'", דהנה אברהם אבינו ע"ה כשהיה מתפלל על סדום אמר "הנה נא הואלתי לדבר ואנכי עפר ואפר", דהנה שורש הדבר כשהצדיק בא למדריגה זאת שיוכל לפעול בדיבורו, צריך להיות מאוד שפל רוח בעיני עצמו, וזהו שאמר אברהם אבינו ע"ה "הנה נא הואלתי לדבר", ר"ל שבאתי למדריגה זאת כנ"ל, הכניע והשפיל עצמו מיד ואמר "אנכי עפר ואפר", ומשה רבינו ע"ה כשחטאו ישראל ורצה להתפלל עליהם, החזיק במדריגה יותר גדולה מזו, דאברהם המשיל עצמו עכ"פ לעפר, ומשה רבע"ה אמר "ונחנו מה" שהיה מסופק ולא ידע מה הוא ואפשר העפר חשוב ממנו, וזה שאמר משה רבינו ע"ה ג"כ "אתה החילות להראות את עבדך", אחר שעלה למרום והוריד התורה וראה מלאכים ועולמות עליונים, והיה זה בעיניו הכל התחלה נגד גדולת הבורא ב"ה, והיינו "אתה החילות כו'". והנה עתה ברצות הצדיק לפעול ולהשפיע, צריך להכניע ולהשפיל עצמו יותר, דהיינו שיהיה נחשב בעיניו כלא ואין, שמילת "מה" הוא לשון שאלה וספק, שהוא עכ"פ דבר מה אך שאינו יודע אותו הדבר הנמשל ונדמה לו, אבל מי שמחזיק עצמו כאין, אין לך הכנעה ושפלות גדול מזה.
Mais lorsque le tsadik veut faire descendre l'abondance et agir par sa propre action, même sans le mérite des pères - c'est-à-dire lorsque l'accusation, à Dieu ne plaise, est grande et que le mérite des pères seul ne suffit pas - il doit se tenir à un niveau plus élevé que celui des pères. Ainsi trouvons-nous chez Moche notre maître, la paix soit sur lui, que lorsque Israël eut fauté il dit : "et nous, que sommes-nous, pour que vous murmuriez etc." (Exode 16,7).
Car voici : Avraham notre père, la paix soit sur lui, lorsqu'il priait pour Sedom, dit : "voici, j'ai osé parler, moi qui suis poussière et cendre" (Genèse 18,27). La racine de la chose est que, lorsque le tsadik parvient à ce niveau où il peut agir par sa parole, il doit être extrêmement humble à ses propres yeux.
C'est ce que dit Avraham notre père : "voici, j'ai osé parler", c'est-à-dire : je suis parvenu à ce niveau, comme dit plus haut - et aussitôt il se soumit et s'abaissa en disant : "moi qui suis poussière et cendre". Et Moche notre maître, la paix soit sur lui, lorsque Israël eut fauté et qu'il voulut prier pour eux, se tint à un niveau encore plus grand que celui-là : Avraham s'était du moins comparé à de la poussière, tandis que Moche notre maître dit "et nous, que sommes-nous" - il était dans le doute et ne savait pas ce qu'il était, peut-être la poussière valait-elle plus que lui.
Et c'est aussi ce que dit Moche notre maître : "Tu as commencé à montrer à Ton serviteur" (Deutéronome 3,24) : après être monté en haut, avoir fait descendre la Tora et avoir vu les anges et les mondes supérieurs, tout cela n'était à ses yeux qu'un commencement au regard de la grandeur du Créateur béni soit-Il, d'où "Tu as commencé etc.". Or maintenant, lorsque le tsadik veut agir et faire descendre l'abondance, il doit se soumettre et s'abaisser davantage encore, au point d'être à ses yeux comme rien et comme néant (ayin) ; car le mot "ma" (quoi) est un terme de question et de doute - il est du moins quelque chose, seulement il ignore à quoi ressemble cette chose ; mais celui qui se tient pour "ayin" (néant), il n'est pas de soumission ni d'humilité plus grande que celle-là.
וזהו "אשא עיני אל ההרים" ר"ל שבטוח אני בזכות אבותי הנקראים "הרים" לשון הורי ומורי, "מאין יבא עזרי" פירוש אבל כשאני צריך דבר מעצמי שיבא העזר מפעולתי לבד, הוא עי"ז שאני מחזיק עצמי כ"אין". ומהיכן בא עזרי? "עזרי מעם ה' כו'".
וזהו פירוש (תהלים עב, ג) "ישאו הרים שלום לעם וגבעות בצדקה", ר"ל ישאו הרים, היינו ע"י זכות אבות הוא "שלום לעם", "וגבעות בצדקה" דאיתא בפוסקים דאבות לא קיימו יסוד מצות צדקה לגמרי מחמת שלא היה להם ליתן צדקה למולים, וע"י נתינת צדקה האדם בא ג"כ למדריגה יותר גדולה שיוכל לפעול הכל. וזהו "גבעות", ר"ל רחמים גדולים העליונים בא ע"י "צדקה", שזה הוא בלא זכות אבות ע"י שעתה מקויים יסוד מצות צדקה לגמרי.
Et tel est le sens de "Je lève les yeux vers les montagnes (harim)" : j'ai confiance dans le mérite de mes pères, qui sont appelés "harim", terme qui évoque horai (mes parents) et morai (mes maîtres) ; "me-ayin viendra mon secours" : mais lorsque j'ai besoin d'une chose par moi-même, que le secours vienne de ma seule action, cela se fait par le fait que je me tiens pour "ayin" (néant). Et d'où vient alors mon secours ?
"Mon secours vient de ה' etc." (Psaumes 121,2). Et tel est le sens de (Psaumes 72,3) "les montagnes porteront la paix au peuple, et les collines par la tsedaka (justice charitable)" : "les montagnes porteront", c'est-à-dire que par le mérite des pères vient "la paix au peuple" ; "et les collines par la tsedaka" - car il est enseigné chez les décisionnaires que les pères n'ont pas accompli entièrement le fondement de la mitsva de tsedaka, parce qu'ils n'avaient pas de circoncis à qui donner la tsedaka ; or, par le don de la tsedaka, l'homme parvient lui aussi à un niveau plus grand, où il peut tout accomplir.
Tel est le sens de "guévaot" (les collines) : les grandes miséricordes supérieures viennent par la "tsedaka", et cela sans le mérite des pères, puisque désormais le fondement de la mitsva de tsedaka est accompli entièrement.
וזהו "אלה הדברים אשר דבר משה כו' בעבר הירדן כו'", ר"ל דא"י מקודשת מכל ארצות, בית המקדש של מטה מכוון כנגד מקדש של מעלה, ושם בקל הוא לאדם לבוא למדריגות גדולות, והיה משה רבינו ע"ה אומר להם לישראל כל הדברים כאילו היה בעבר הירדן, דהיינו כאילו היה בא"י, כך אמר להם בקדושה ודביקות כ"כ גדול והשיג המדריגות כאילו היה בא"י.
Et tel est le sens de "Ce sont les paroles que Moche adressa etc., au-delà du Jourdain etc." (Deutéronome 1,1) : la terre d'Israël est plus sainte que toutes les terres, le Temple d'en bas est placé exactement en face du Temple d'en haut, et là il est aisé à l'homme de parvenir à de grands niveaux. Or Moche notre maître, la paix soit sur lui, disait à Israël toutes ces paroles comme s'il se trouvait au-delà du Jourdain, c'est-à-dire comme s'il se trouvait en terre d'Israël : il les leur dit avec une sainteté et un attachement (devekout) si grands qu'il atteignit ces niveaux comme s'il était en terre d'Israël.