« Et Moché écrivit leurs points de départ selon leurs étapes » (Bamidbar 33,2) : pourquoi « leurs points de départ », pourquoi écrire les étapes, ainsi que l'a examiné Rachi, et pourquoi « et ils campèrent » à chacune ? Selon le Noam Elimele'h, les quarante-deux étapes font allusion aux quarante-deux mondes, distincts en rigueur, en miséricorde ou mêlés. Les actes qui ne sont pas bons portent atteinte à un monde : cela s'appelle « étapes » ; le juste répare, et cela s'appelle « campement ». « Ils partirent et ils campèrent » : pour ce qu'ils se sont éloignés de Celui qui précède le monde, les justes parmi eux réparaient. Ce que les justes font sortir de leur bouche par leur force, dans leur intériorité sainte, répare les étapes.
Aussi : les justes aux deux extrémités, rigueur et miséricorde, d'après les lettres de la Torah ; jamais un homme n'a passé la nuit à Jérusalem avec une faute en sa main, car ils adoucissent aussitôt toute rigueur par la prière.
ויכתוב משה את מוצאיהם למסעיהם. נ"ל דהנה לכאורה יש לדקדק.
א' שהיה לו לכתוב "ויכתוב משה את מסעיהם" ומלת "מוצאיהם" הוא מיותר ואין לו פירוש לכאורה. וגם למה נכתבו המסעות הללו וכמו שדקדק רש"י ז"ל.
ועוד למה נכתב בכל מסעי "ויחנו" והיה די בכתבו "ויסעו בני ישראל מרעמסס לסוכות" וכן כולם.
"Et Moche écrivit leurs points de départ selon leurs étapes" (Nombres 33,2). Il me semble (n"l, nir'é li, "il me semble") qu'il y a ici, à première vue, matière à examen minutieux.
Premièrement, il aurait fallu écrire "et Moche écrivit leurs étapes", et le mot "leurs points de départ" (motsaéihem) est superflu et n'a, à première vue, aucune explication. Ensuite, pourquoi ces étapes ont-elles été écrites, ainsi que l'a examiné Rachi de mémoire bénie.
Et encore : pourquoi a-t-il été écrit à chaque étape "et ils campèrent" ? Il aurait suffi d'écrire "les enfants d'Israël partirent de Ramsès vers Soukkot", et ainsi pour toutes.
אך הענין דהנה מ"ב מסעות נכתבו כאן רמז למ"ב עולמות. והנה יש עולם שהוא דין ויש עולם שהוא רחמים ויש עולם שהוא משותף ברחמים, וכן כל עולם ועולם מיוחד לעצמו כל אחד למצותו ותיקונו, אך מחמת שיש בני אדם המקלקלים במעשיהם אשר לא טובים ופוגמים חלילה באיזה עולם, זה נקרא בשם מסעי ע"ד "ויסעו מהר ההר" דאיתא בזוהר פ' חוקת דנטלי מלאלפא תלמודא כו' ע"ש לשונו, וצריך הצדיק לתקן מה שקלקלו עולם, וזה נקרא בשם חנייה ע"ד שאמר הכתוב "ויחן ישראל נגד ההר", ולכן נאמר "ויסעו ויחנו", ר"ל מה שנסעו מקדמונו של עולם קצת וקלקלו באיזה עולם, "ויחנו" פירוש שהיו הצדיקים שביניהם מתקנים כנ"ל, לכן בפסוק "ויחנו ברתמה" פירש רש"י בפירושו על שם הלשון הרע של מרגלים נקרא המקום רתמה, על שם גחלי רתמים ע"ש, ולא פירש כן בשאר מסעות, בשביל שזה החטא היה בגלוי שהוא חטא המרגלים, וזהו "ויכתוב משה את מוצאיהם למסעיהם", פירוש היינו מה שהצדיקים מוציאים בפיהם בכחם בפנימיותם הקדושה, הם מתקנים את המסעות כנ"ל.
Mais voici l'affaire. Les 42 étapes écrites ici sont une allusion aux 42 mondes.
Or il est un monde qui est rigueur (din), il est un monde qui est miséricorde (rahamim), et il est un monde qui est mêlé de miséricorde ; et ainsi chaque monde est distinct pour lui-même, chacun selon son commandement et sa réparation (tikoun). Mais parce qu'il est des hommes qui abîment par leurs actes qui ne sont pas bons et qui portent atteinte, à Dieu ne plaise, à tel ou tel monde, cela est appelé du nom d'"étapes" (masséi), à la manière de "ils partirent de Hor-Hahar" (Nombres 21,4), dont il est dit dans le Zohar, section Houkat, qu'ils se déplacèrent en s'écartant de l'enseignement de l'étude, etc. - voir là son expression.
Et le juste doit réparer ce que l'on a abîmé dans le monde, et cela est appelé du nom de "campement", à la manière de ce que dit le verset "et Israël campa face à la montagne" (Exode 19,2). C'est pourquoi il est dit "ils partirent et ils campèrent" : c'est-à-dire que, pour ce qu'ils se sont quelque peu éloignés de Celui qui précède le monde et qu'ils ont abîmé tel ou tel monde, "et ils campèrent", ce qui signifie que les justes qui étaient parmi eux réparaient, comme ci-dessus.
C'est pourquoi, sur le verset "et ils campèrent à Ritma" (Nombres 33,18), Rachi explique dans son commentaire que c'est à cause de la mauvaise langue des explorateurs que le lieu fut appelé Ritma, du nom des "braises de genêts" (gahalei retamim) - voir là ; et il n'a pas expliqué ainsi pour les autres étapes, parce que cette faute-là était manifeste, étant la faute des explorateurs. Et c'est le sens de "et Moche écrivit leurs points de départ selon leurs étapes" : cela veut dire que ce que les justes font sortir de leur bouche par leur force, dans leur intériorité sainte, répare les étapes, comme ci-dessus.
וזהו (תהילים סה, ט) "ויראו יושבי קצוות מאותותיך", ר"ל יושבי קצוות הם הצדיקים היושבים תמיד על הקצוות, דהיינו על ב' קצוות, לתקן ולהמתיק הדינים ולעורר הרחמים, ע"ד "יעקב איש תם יושב אהלים" פירוש ב' אהלים היינו דין ורחמים, ומפרש הפסוק לה' שהצדיקים נוטלים ראיה לזה "מאותותיך", פירוש והצדיקים הם נוטלים ראיה מן התורה הקדושה, שכן נראה מאותיות התורה, כאשר מצינו בהתורה לכאורה תיבות ואותיות יתירות, כמו המסעות הנ"ל שצריך אומד למה נכתבו, ומלת "ויחנו" הוא מיותר לכאורה, אלא שהתורה רמזה בזה שהצדיקים תקנו הכל, כל מה שקלקלו אותו כנ"ל, ולפעמים היו ממתיקים הדינים שנתעוררו ע"י המעשה לא טוב, ולפעמים היו מעוררים רחמים כל עולם לפי ענינו, ולכן הצדיקים הבאים אחריהם יוצאים בעקבותיהם ועושים ג"כ כמעשיהם בב' קצוות כנ"ל, וזהו "מוצאי בקר" ר"ל שהם ממציאים ופועלים רחמים הנקרא "בקר", "וערב תרנין" הם הדינים הנקראים "ערב" וממתיקים אותם לרחמים, ונמצא גם הם מרננים ברנה ושמחה ואור ליהודים. אמן.
Et c'est le sens de (Psaumes 65,9) "et les habitants des extrémités craignent tes signes". C'est-à-dire : "les habitants des extrémités" sont les justes, qui se tiennent constamment sur les extrémités, à savoir sur les deux extrémités, pour réparer et adoucir les rigueurs (dinim) et pour éveiller la miséricorde, à la manière de "Yaakov, homme intègre, habitant des tentes" (Genèse 25,27), dont l'explication est que les deux tentes sont la rigueur et la miséricorde.
Et le verset explique à ה' que les justes tirent la preuve de cela "de tes signes" (me-ototeikha) : c'est-à-dire que les justes tirent la preuve de la sainte Torah, car il en va ainsi selon ce qui apparaît des lettres (otiot) de la Torah, puisque nous trouvons dans la Torah des mots et des lettres apparemment superflus, comme les étapes susdites dont il faut estimer pourquoi elles ont été écrites, et comme le mot "et ils campèrent" qui paraît superflu ; mais en cela la Torah a fait allusion à ce que les justes ont tout réparé, tout ce que l'on avait abîmé, comme ci-dessus. Et parfois ils adoucissaient les rigueurs qui avaient été éveillées par l'acte qui n'est pas bon, et parfois ils éveillaient la miséricorde, chaque monde selon sa nature.
Et c'est pourquoi les justes qui viennent après eux sortent sur leurs traces et font eux aussi comme leurs actes, dans les deux extrémités, comme ci-dessus. Et c'est "les sorties du matin" (motsaéi boker) : cela veut dire qu'ils font advenir et qu'ils opèrent la miséricorde appelée "matin" ; "et du soir tu fais chanter" (ve-erev tarnin) : ce sont les rigueurs appelées "soir", et ils les adoucissent en miséricorde.
Il se trouve donc qu'eux aussi chantent, dans l'allégresse, la joie et la lumière pour les Juifs. Amen.
וזהו פירוש "מעולם לא לן אדם בירושלים ועבירה בידו", וכבר דקדקתי בו עיין לעיל, ולפי דרכנו פירושו דהדין נקרא לשון "לינה" שהוא ערב כנ"ל, ומי שבידו להתפלל ולהמתיק אותם ואינו עושה זאת הוא נקרא חוטא, כמו שאמר הכתוב "גם אנכי חלילה לי מחטוא מחדול להתפלל", וזהו "לא לן אדם", דהיינו שלא היה איזה דין חלילה על איזה אדם ולא היו ממתיקים אותו, זה לא היה כלל, וזהו "ועבירה בידו" פירוש שלא היתה המכשלה הזאת תחת ידם שיראו איזה דינין ולא היו מתפללים וממתיקים, כי תיכף ומיד התפללו ופעלו בתפילתם הזכה ועובדות הכשרות להמתיק הכל ולהפכו לרחמים.
Et c'est l'explication de "jamais un homme n'a passé la nuit à Jérusalem avec une faute en sa main" (Avot 5,5), sur quoi j'ai déjà fait un examen minutieux - voir plus haut. Et selon notre voie, son explication est que la rigueur (din) est appelée du terme "passer la nuit" (lina), car elle est le soir, comme ci-dessus.
Et celui qui a en son pouvoir de prier et de les adoucir et ne le fait pas est appelé fauteur, comme l'a dit le verset "moi aussi, loin de moi de fauter en cessant de prier" (I Samuel 12,23). Et c'est "un homme n'a pas passé la nuit" : à savoir qu'il n'est pas arrivé qu'il y ait eu quelque rigueur, à Dieu ne plaise, sur quelque homme sans qu'ils l'adoucissent - cela n'a jamais eu lieu du tout.
Et c'est "avec une faute en sa main" : cela signifie que cet achoppement ne se trouvait pas sous leur main, à savoir qu'ils verraient quelques rigueurs et ne prieraient pas et ne les adouciraient pas ; car aussitôt et sur-le-champ ils priaient et opéraient par leur prière limpide et par leurs actions probes pour tout adoucir et le transformer en miséricorde.