« Pinhas fils d'Elazar » (Bamidbar 25,10-11) : Rachi dit que les tribus le rattachaient à Pouti. Le Noam Elimele'h demande pourquoi, alors qu'ils connaissaient sa lignée paternelle, et à quoi sert la généalogie d'Aharon. Le yetser hara (le penchant au mal) aveugle : on ne voit la mitsva qu'en voyant un tsadik l'accomplir avec amour et crainte. Pinhas, par sa sainteté, fait sentir que tuer Zimri est une grande mitsva ; le verset répond que le mérite d'Aharon s'est tenu pour lui. Il introduit une émulation jalouse (kina) dans la crainte de Hachem, qui élève hors de l'intelligence propre, et reçoit l'alliance de paix, car le véritable serviteur est le plus complet (chalem).
Aussi : « parmi eux », sa jalousie entre au cœur et la saisie de D.ieu et d'Israël n'a pas de terme ; le tsadik irrité en bas annule le jugement d'en haut ; Midian au présent, les pensées de Peor tant que la kelipa demeure
וידבר כו' פינחס בן אלעזר בן כו', עד ולא כליתי כו'. ופירש"י לפי שהיו השבטים מבזין אותו הראיתם בן פוטי זה שפיטם כו' והרג נשיא שבט מישראל לכך בא הכתוב ויחסו אחר אהרן.
ויש להקשות וכי הם לא היו יודעין מזה שמצד אב הוא מיוחס ואעפ"כ דברו, ומה הועיל שנכתב בתורה היחוס של אהרן? ונראה לפרש דהנה יש כמה בני אדם שאינם מרגישים איזה דבר אם בא לידם אם לעשות הדבר ההוא או לאו, לפי שאין מבינים לנטות עצמן אם יש מצוה בעשות הדבר ההוא, כי היצה"ר מסמא את עיני האדם לבלתי ראות האמת חלילה, אלא כשרואין צדיק א' שעושה הדבר ההוא והצדיק הוא עושה הדבר באהבה ויראה כ"כ עד שכל הרואין אותו מעידין על הדבר שהוא מצוה גדולה לעשות כמעשהו, אעפ"י שמתחילה לא ידעו אם יש מצוה בה. כן היה הדבר כאן שאצל השבטים בתחילה לא הבינו את המצוה של הריגת זמרי וכמ"ש שנתעלמה ממנו הלכה, וכשבא פנחס ועשה הדבר הזה בכח קדושתו הגדולה, אז הרגישו כולם פה אחד שזה מצוה גדולה להרוג אותו אעפ"י שהוא נשיא, לכך היה בעיניהם חידוש גדול על פינחס שהיה מצד אם בן פוטי ויעשה דבר גדול כזה מה שלא עלה בלבם כלל שזה הוא מצוה, ואיך בא זה לפינחס לידע מן הסוד ההוא.
לכך מתרץ הכתוב לומר לא יהיה הדבר חידוש בעיניכם, הלוא הוא נין אהרן ועמדה לו זכות אהרן, והם שדברו חלילה לא מחמת גנאי דברו, אלא כמתמיהים על עצמם איך לא הרגישו בדבר לעשות כמעשהו הקדושה והטהורה. היוצא לנו מזה, שאחר שעשה פנחס דבר זה הכניס קנאה בלב עם הקודש שמהיום והלאה יביטו על ארחותיהם בעינא פקיחא להיות זריז ונשכר במצות ה'.
והנה האדם העובד ה' מעצמו ולפי שכלו אז אינו יכול להגיע לעלות כי אם עד מקום ששכלו מגיע וכפי שרשו וכח הבנתו, אבל כשאדם רואה מחבירו דבר טוב והוא מקנא עצמו בו עשות ג"כ כך, הקנאה מביאה שיעשה אפילו שלא בדרך הטבע ויכול לעלות למעלה עי"ז, ולכך כתוב "אל תקנא כו' כי אם ביראת ה' כל היום". וזהו "פינחס בן אלעזר כו' השיב כו'" ע"י "בקנאו את קנאתי בתוכם", פירוש שהכניס בלב ישראל הקנאה ביראת ה' כו', "ולא כליתי" פירוש הדבר הזה הוא דבר שאין בו כליון, "לכן אמור הנני נותן לו את בריתי שלום" כי האדם הנקרא עובד ה' באמת הוא השלם בעובדי', ומי גרם זה? פינחס בגודל קדושתו, ולכן נתתי לו ברית שלום.
ועיין עליו.
"Et il parla etc. : Pinhas fils d'Elazar fils de etc.", jusqu'à "et je n'ai pas exterminé etc." (Bamidbar 25,10-11). Rachi explique : parce que les tribus le méprisaient en disant : "Avez-vous vu ce fils de Pouti, dont le père de sa mère engraissait des veaux pour l'idolâtrie, et il a tué un prince d'une tribu d'Israël !" ; c'est pourquoi le verset vient le rattacher à Aharon.
Et il y a lieu de demander : ne savaient-ils donc pas que du côté du père il était d'une lignée illustre, et malgré cela ils ont parlé ? Et à quoi a servi que la généalogie d'Aharon soit écrite dans la Torah ?
Il semble qu'on puisse expliquer ainsi : il y a bien des hommes qui ne perçoivent pas, lorsqu'une chose se présente à eux, s'il faut l'accomplir ou non, parce qu'ils ne savent pas se déterminer à reconnaître s'il y a une mitsva à accomplir cette chose, car le yetser hara (le penchant au mal) aveugle les yeux de l'homme pour qu'il ne voie pas la vérité, à Dieu ne plaise. Mais lorsqu'ils voient un tsadik qui accomplit cette chose, et que le tsadik l'accomplit avec un tel amour et une telle crainte que tous ceux qui le voient témoignent que c'est une grande mitsva d'agir comme lui - alors même qu'au départ ils ignoraient s'il y avait là une mitsva.
Ainsi en fut-il ici : au début les tribus ne comprenaient pas la mitsva de tuer Zimri, comme il est dit que la halakha lui avait échappé ; et lorsque Pinhas vint et accomplit cette chose par la force de sa grande sainteté, alors tous sentirent d'une seule bouche que c'était une grande mitsva de le tuer, bien qu'il fut un prince. C'est pourquoi ce fut à leurs yeux un grand étonnement au sujet de Pinhas, qui du côté de sa mère était fils de Pouti et accomplissait une chose aussi grande, alors qu'il ne leur était jamais monté au cœur que ce fut une mitsva : et comment donc Pinhas en est-il venu à connaître ce secret ?
C'est pourquoi le verset répond en disant : que la chose ne soit pas un étonnement à vos yeux, n'est-il pas le descendant d'Aharon, et le mérite d'Aharon s'est tenu pour lui. Et ceux qui parlaient, à Dieu ne plaise, ne parlaient pas par mépris, mais comme s'étonnant d'eux-mêmes : comment n'avaient-ils pas perçu qu'il fallait agir selon son acte saint et pur.
Ce qui en ressort pour nous : après que Pinhas eut accompli cette chose, il introduisit une émulation jalouse (kina) dans le cœur du peuple saint, de sorte que désormais ils regarderaient leurs voies d'un œil ouvert (eina pekiha), pour être prompts et récompensés dans les mitsvot de ה'. Or l'homme qui sert ה' de lui-même et selon son intelligence ne peut alors s'élever que jusqu'à l'endroit où son intelligence parvient, selon sa racine et la force de sa compréhension ; mais lorsqu'un homme voit chez son prochain une bonne chose et se pique d'émulation pour agir de même, cette émulation l'amène à agir même en dehors de la voie de la nature, et il peut s'élever en haut par ce moyen.
C'est pourquoi il est écrit : "Que ton cœur n'envie pas etc., mais [demeure] dans la crainte de ה' tout le jour" (Michle 23,17). Et c'est : "Pinhas fils d'Elazar etc. a détourné etc." par le moyen de "en manifestant ma jalousie au milieu d'eux" - c'est-à-dire qu'il a introduit dans le cœur d'Israël l'émulation dans la crainte de ה' etc. ; "et je n'ai pas exterminé", dont le sens est que cette chose est une chose où il n'y a pas d'anéantissement ; "c'est pourquoi dis : voici, je lui donne mon alliance de paix" (Bamidbar 25,12), car l'homme qui est appelé véritablement serviteur de ה' est le plus complet (chalem) des serviteurs, et qui l'a cause ?
Pinhas, par la grandeur de sa sainteté ; c'est pourquoi je lui ai donné une alliance de paix. Et vois cela.
בדרך אחרת, כי מלת "בתוכם" הוא שפת יתר לכאורה. ונראה לפרש בהקדים פירוש "אני ה' לא שניתי ואתם בני יעקב לא כליתם", למשל מי שיש לו אבן טוב רק שאינו מבין גדולתו ובכל פעם שמסתכל בו היטב הוא רואה ומבין גודל מעלתו יותר ויותר, והאבן הזה אין בו השתנות בעצמותו, כן הנמשל הבורא ב"ה יתעלה אין בו שום השתנות חלילה והוא אחד פשוט האמיתי, וכל זמן שאדם מסתכל ורואה בגדולותיו ורוממותיו הוא משיג בכל פעם יותר ויותר גודל רוממותו, ואין קץ וסוף לרוממותו להשיגו, וזהו "אני ה' לא שניתי" לכן "ואתם בני ישראל לא כליתם", ר"ל שבלתי אפשרי לכם לבוא אל כלות הסוף השגתו ואין לכם תכלה וסוף להשגתו.
וזהו "אלקים בארמנותיה נודע למשגב", ר"ל כשאדם רואה שיהא אלקים שוכן בארמנותיו, היינו בגופו ובתוכו, שהוא מחשב ומסתכל בו תמיד, אז "נודע למשגב" פירוש אז נודע שהוא גדול וקדוש ונשגב ואין חקר לתבונתו. ונמצא בזמן שישראל מסתכלין ורואים בגדולותיו אין יכולים לבוא אל סוף השיגו, וכמו כן ישראל כשיש להם אחדות, ג"כ אין סוף וקץ להשיג מעלתם.
Selon une autre voie : car le mot "parmi eux" (be-tokham) paraît a priori superflu. Il semble qu'on puisse l'expliquer en faisant précéder l'explication du verset "Je suis ה', je n'ai pas changé, et vous, fils de Yaakov, vous n'avez pas été anéantis" (Malakhi 3,6).
Une parabole : celui qui possède une pierre précieuse mais n'en comprend pas la grandeur, chaque fois qu'il la regarde attentivement il voit et comprend de plus en plus la grandeur de sa valeur, et pourtant cette pierre ne subit aucun changement dans son essence même. Ainsi en est-il de l'objet de la parabole : le Créateur béni soit-Il, qu'Il soit exalté, n'a en Lui aucun changement, à Dieu ne plaise, et Il est Un, simple et véritable ; et tout le temps que l'homme regarde et contemple Ses grandeurs et Ses élévations, il saisit chaque fois davantage la grandeur de Son élévation, et il n'y a ni terme ni fin à Son élévation pour la saisir.
Et c'est : "Je suis ה', je n'ai pas changé", c'est pourquoi "et vous, fils d'Israël, vous n'avez pas été anéantis", c'est-à-dire qu'il vous est impossible de parvenir au terme final de Sa saisie, et il n'y a pour vous ni achèvement ni fin dans la saisie de Lui. Et c'est : "Elokim, dans ses palais, s'est fait connaître comme refuge" (Tehilim 48,4), c'est-à-dire : lorsque l'homme voit qu'Elokim réside dans ses palais, à savoir dans son corps et en son intérieur, parce qu'il pense à Lui et Le contemple continuellement, alors "Il s'est fait connaître comme refuge (misgav)", dont le sens est qu'alors il est connu qu'Il est grand, saint et élevé, et que Son intelligence est insondable.
Il se trouve donc que, lorsqu'Israël regarde et contemple Ses grandeurs, ils ne peuvent parvenir au terme de Sa saisie ; et de même, lorsque Israël possède l'unité, il n'y a pareillement ni fin ni terme à la saisie de leur niveau.
והנה יש ב' מדרגות בבני אדם, [יש] שפלים ורשעים בראותם הצדיק שהולך בצדקו ותומו, מתקנאים בו ומתקוטטים ועוררים עליו באמרם כוונתם לקנא קנאת ה' צבאות הבוער בלבם, ויש צדיקים המתקנאים באמת קנאת ה' צבאות ברשעים גמורים, ומאן מוכיח מי האמת אתו הזה או זה? אלא כן הדבר, מי שדבריו נשמעים ומתקבלים אל הלב, בוודאי דבריו כנים ואמיתים והוא הצדיק שדבריו יוצאים מן הלב ונכנסים אל הלב, ועי"ז יבוא אחדות להם בינו לבינם. וזהו "וירא פנחס כו' בתוכם", פירוש שנכנס קנאתו אל לבם ובתוכם, והוטב בעיניהם המעשה דפינחס, "ולא כליתי כו'" ר"ל עי"ז אין סוף ותכלה להשיג לא אותי ולא ישראל, מחמת שהם מסתכלים בגדולתי ורואים ומבינים שאין לי סוף ותכלה, ומחמת שיש להם אחדות אין תכלה להשיגם ג"כ, ומלת "את" פירושו כמו "עם" בני ישראל.
וק"ל.
Or il y a deux degrés parmi les hommes. [Il y a] des hommes vils et des méchants qui, voyant le tsadik marcher dans sa justice et son intégrité, le jalousent, se querellent avec lui et s'élèvent contre lui en disant que leur intention est de manifester la jalousie de ה' Tsevaot qui brûle dans leur cœur ; et il y a des tsadikim qui manifestent véritablement la jalousie de ה' Tsevaot contre des méchants achevés.
Et qui tranchera : avec lequel est la vérité, celui-ci ou celui-là ? Mais voici ce qu'il en est : celui dont les paroles sont écoutées et reçues dans le cœur, ses paroles sont assurément sincères et véritables, et c'est lui le tsadik dont les paroles sortent du cœur et entrent dans le cœur ; et par ce moyen l'unité advient entre lui et eux.
Et c'est : "Et Pinhas vit etc. parmi eux", dont le sens est que sa jalousie est entrée dans leur cœur et en leur intérieur, et l'acte de Pinhas fut bon à leurs yeux. "Et je n'ai pas exterminé etc.", c'est-à-dire : par ce moyen il n'y a ni fin ni terme à saisir, ni Moi ni Israël, parce qu'ils contemplent Ma grandeur et voient et comprennent que Je n'ai ni fin ni terme ; et parce qu'ils possèdent l'unité, il n'y a pas non plus de terme à leur propre saisie.
Et le mot את a ici le sens de עם ("avec") les enfants d'Israël. Et cela est facile à comprendre.
או יאמר ע"ד הפשוט. דהנה כבר דקדקנו כתוב אחד אומר "חסד אל כל היום" וכתוב אחד אומר "אל זועם בכל יום".
ונראה שלפי כשיש דין למטה אין דין למעלה, והיינו כשהצדיק רואה איזה שפלות מהאדם והוא מוכיחו על פניו וכועס עליו על עשותו זאת, זה הוא כמו דין, הוא פועל שמבטל מעליו הדין מלמעלה, ו"אל" נקרא הצדיק כמ"ש "ויקרא לו אל אלקי ישראל" ודרשו שהקב"ה קרא ליעקב אל, והיינו בזמן ש"אל" הוא הצדיק "זועם בכל יום" למטה, אז "חסד אל כל היום", ונמצא צדקו יחדיו ב' הפסוקים.
Ou bien on peut le dire selon le sens simple. Voici, nous avons déjà examiné de près qu'un verset dit "la bonté de Dieu (El) dure tout le jour" (Tehilim 52,3) et qu'un autre verset dit "Dieu (El) s'irrite chaque jour" (Tehilim 7,12).
Et il semble que, dans la mesure où il y a jugement en bas, il n'y a pas de jugement en haut : à savoir, lorsque le tsadik voit quelque bassesse chez un homme, qu'il le reprend en face et se met en colère contre lui pour ce qu'il a fait, cela est comme un jugement (din), et il opère ainsi qu'il annule de sur lui le jugement d'en haut. Et "El" désigne le tsadik, comme il est écrit "et il l'appela El, Dieu d'Israël" (Berechit 33,20), et ils ont exposé que le Saint béni soit-Il a appelé Yaakov "El".
À savoir : au moment où "El", qui est le tsadik, "s'irrite chaque jour" en bas, alors "la bonté de Dieu dure tout le jour" ; il se trouve que les deux versets sont justifiés ensemble.
וזהו "אלקים בארמנותיה", העוה"ז נקרא ארמון, ע"ד שאמרו התקן עצמך בפרוזדור, ואלקים הוא דין, והיינו כשיש דין בארמנותיו למטה, אז "נודע למשגב" פירוש אז נודע ית' למשגב, פירוש למחסה ולמסתור מכל נזק. וזהו "בקנאו את קנאתי..
ולא כליתי", מתוך שעשה בהם דין למטה, לזה לא כליתי אותם, כי נתעורר עליהם הרחמים הגדולים, אמן כן יה"ר.
Et c'est : "Elokim dans ses palais" - ce monde-ci est appelé palais, dans l'esprit de ce qu'ils ont dit : "Prépare-toi dans le vestibule" (Avot 4,16) ; et "Elokim" désigne le jugement (din). À savoir : lorsqu'il y a jugement dans Ses palais, en bas, alors "Il s'est fait connaître comme refuge", c'est-à-dire qu'alors Il est connu, qu'Il soit béni, comme refuge, c'est-à-dire comme abri et comme cachette contre tout dommage.
Et c'est : "en manifestant ma jalousie... et je n'ai pas exterminé" : du fait qu'il a exercé parmi eux le jugement en bas, pour cela Je ne les ai pas exterminés, car les grandes miséricordes se sont éveillées sur eux. Amen, qu'ainsi soit la volonté [divine].
עוד לאלוה מילין ונשוב שנית לבאר פירוש הפסוק "אני ה' לא שניתי ואתם בני ישראל לא כליתם". דהנה כשעלה ברצונו הפשוט לברוא את העולם כדי להטיב לברואים, ולא היה מקום פנוי זולתו כי הא"ס ב"ה אין בו לא תחילה ולא סוף, וצמצם שכינתו ונשאר מקום פנוי וזו היא הנקודה ונעשה יו"ד היא חכמה וזהו "והחכמה מאין תמצא", וברא את העולם באור הישר הוא השם הוי"ה ב"ה כסדרו, ויצר את האדם בצלמו וחתם אותו בחותם המלך הוא השם הוי"ה ב"ה מבית ומחוץ, חותם בתוך חותם על הגוף ועל הנשמה, כי כן הדין ביין במקום חשש מגע נכרי צריך חותם בתוך חותם, כמו כן האדם בעוה"ז השפל צריך חותם המלך הקדוש כדי להשמר לבל יתערבו בגוים, וחתמו בשם הוי"ה ב"ה הישר, ואף שבאותיות האל"ף בי"ת הה"א קודמת ליו"ד, אך מפני שהאותיות עליונים הם ע"פ תשר"ק והי' קודמת והוא השם הישר.
"Il y a encore des paroles pour Dieu" (Iyov 36,2), et nous revenons une seconde fois expliquer le sens du verset "Je suis ה', je n'ai pas changé, et vous, fils d'Israël, vous n'avez pas été anéantis". Voici : lorsqu'il monta dans Sa volonté simple de créer le monde afin de faire du bien aux créatures, il n'y avait pas de lieu vide en dehors de Lui, car l'Ein Sof (l'Infini) béni soit-Il n'a en Lui ni commencement ni fin ; et Il contracta (tsimtsem) Sa Chekhina, et il resta un lieu vide - et c'est le point, qui devint un youd (י), lequel est la 'Hokhma (la sagesse) ; et c'est : "et la 'Hokhma, d'où se trouve-t-elle ?" (Iyov 28,12).
Et Il créa le monde par la lumière droite (or yachar), qui est le Nom הוי"ה béni soit-Il selon son ordre ; et Il forma l'homme à Son image et le scella du sceau du Roi, qui est le Nom הוי"ה béni soit-Il, au-dedans et au-dehors, un sceau à l'intérieur d'un sceau, sur le corps et sur l'âme. Car telle est la loi pour le vin : là où il y a crainte de contact d'un non-juif, il faut un sceau à l'intérieur d'un sceau ; de même l'homme, dans ce monde inférieur, a besoin du sceau du Roi saint afin d'être garde de se mêler aux nations, et Il l'a scellé du Nom הוי"ה béni soit-Il, droit [dans l'ordre de ses lettres].
Et bien que, dans les lettres de l'alef-beit, le hé (ה) précède le youd (י), c'est que les lettres d'en haut suivent l'ordre tachrak (ת ש ר ק, l'alphabet inverse), où le youd précède : et c'est cela le Nom droit.
ואמנם כי כן שהש"י ב"ה אין בו שום השתנות ח"ו להיות פעמים לטובה ופעמים להיפך חלילה "כי מפי עליון כו'", והוא אחד באחדות האמיתי בלי שום השתנות, רק ההשתנות בא ע"י מעשה בני אדם בעשותם א' מכל מצוות אשר לא תעשינה ח"ו, הם מהפכין האור הישר ונעשים האותיות של השם מהופכים דהיינו והיה. וזהו ג"כ פירוש הפסוק "ויאמר אם שמוע כו' והישר בעיניו תעשה", פירוש תפעול ע"י מעשיך שתעשה הישר באותיות השם הקדוש, כי האותיות נקרא "עינים" לפי שמאירים, וזהו "כי אני ה' רופאך", והיינו כשתהרהר בתשובה לתקן את אשר הפכת האותיות השם ותחזירו לכמות שהיה, זו היא רפואתך.
Et en vérité il en est bien ainsi : le Nom, qu'Il soit béni, n'a en Lui aucun changement, à Dieu ne plaise, pour être parfois en bien et parfois au contraire, à Dieu ne plaise, "car de la bouche du Très-Haut etc." (Eikha 3,38) ; et Il est Un d'une unité véritable, sans aucun changement. Le changement ne vient que par les actes des hommes : lorsqu'ils accomplissent l'une de toutes les mitsvot qu'il ne faut pas faire, à Dieu ne plaise, ils renversent la lumière droite et les lettres du Nom deviennent inversées, à savoir והיה.
Et c'est aussi le sens du verset : "Et il dit : si tu écoutes etc. et que tu fasses ce qui est droit à Ses yeux" (Chemot 15,26), c'est-à-dire : tu opéreras par tes actes que tu rendes droites les lettres du Nom saint ; car les lettres sont appelées "yeux" parce qu'elles éclairent. Et c'est : "car Je suis ה' ton guérisseur" - à savoir, lorsque tu songeras à la techouva pour réparer ce que tu as inversé dans les lettres du Nom et que tu les remettras dans l'état où elles étaient, c'est là ta guérison.
היוצא לנו מזה, עבור שהאדם מלובש בחומר ועל ידו תתהפך כחומר חותם המלך הוא הוי"ה ב"ה הנחתם על הגוף, אמנם הנשמה שהיא חלק אלוה ממעל משתוקקת תמיד עלות לשרשה מאור העליון ומעוררת את האדם תמיד לתשובה, ולכן חותמה קיים והשם הוי"ה שבתוכה עומד בקיומו ואינו משתנה. וזהו "אני ה' לא שניתי" פירוש לשון שני ולשון שינוי, ר"ל השם השני החתום על הנשמה אינו משתנה לעולם "ואתם בני ישראל לא כליתם" לפי שהנשמה מחזרת אתכם למוטב.
Ce qui en ressort pour nous : parce que l'homme est revêtu de matière, c'est par elle que se renverse, comme de la matière, le sceau du Roi, qui est הוי"ה béni soit-Il, scellé sur le corps ; mais l'âme, qui est une part de Dieu d'en haut, aspire toujours à monter vers sa racine, la lumière supérieure, et elle éveille continuellement l'homme à la techouva ; c'est pourquoi son sceau subsiste, et le Nom הוי"ה qui est en elle demeure dans son état et ne change pas. Et c'est : "Je suis ה', je n'ai pas changé (lo chaniti)" - expression de "second" (cheni) et expression de "changement" (chinouy) -, c'est-à-dire : le second Nom, celui qui est scellé sur l'âme, ne change jamais ; "et vous, fils d'Israël, vous n'avez pas été anéantis", parce que l'âme vous ramène au bien.
וכיוצא בדבר זה היתה כוונת פנחס גם כאן, להשיב את ישראל ולעורר רוחם בקרבם אל ה', ועי"ז פעל שנעשה השם הוי"ה ב"ה ישר באותיותיו, ולזה נעשה מן חמה מחה, וזהו "השיב את "חמתי"" ונעשה "מחיתי" מעל בני ישראל את כל חטאתם, כי חזרו בתשובה על ידו, "ולא כליתי כו'". והבן.
Et c'est dans ce sens que fut aussi ici l'intention de Pinhas : ramener Israël et éveiller leur esprit en eux vers ה' ; et par ce moyen il a opéré que le Nom הוי"ה béni soit-Il devienne droit dans ses lettres, et par là, de חמה (hema, la fureur) il s'est fait מחה (maha, effacer). Et c'est : "il a détourné ma fureur (חמתי)", et il s'en est fait "j'ai effacé (מחיתי)" de dessus les enfants d'Israël toutes leurs fautes, car ils sont revenus en techouva par son moyen, "et je n'ai pas exterminé etc.".
Et comprends.
ויאמר כו' צרור את המדינים כו' על דבר פעור ועל דבר כזבי כולי. ויש לדקדק אמרו "כי צוררים כו'" בהוה על דבר העבר ונתהוה כבר.
וגם אמרו "בנכליהם" שפירושו המחשבה, וכי במחשבה לבד הרעו לישראל? הלא גם פעלו המעשה ג"כ בדבר פעור וכזבי כנאמר.
"Et il dit etc. : traite en ennemis les Midianites etc., à cause de l'affaire de Peor et à cause de l'affaire de Kozbi etc." (Bamidbar 25,17-18). Et il y a lieu d'examiner de près qu'il est dit "car ils vous traitent en ennemis etc." au présent, pour une chose passée et déjà advenue.
Et de même il est dit "par leurs ruses (be-nikhleihem)", dont le sens est la pensée : est-ce donc par la pensée seule qu'ils ont fait du mal à Israël ? N'ont-ils pas aussi accompli l'acte lui-même, dans l'affaire de Peor et de Kozbi, comme il est dit ?
ונראה לפרש כי עיקר כוונת הבורא ב"ה בנקמתו במדין היה מחמת גודל המחשבות והרהורים רעים שנתהוו לישראל על ידם בדברם בסיפור המעשה דפעור או מעשה דכזבי, וע"י הדיבור שדברו בם נפלו לישראל הרהורי תאויות, והכלל בזה שבכל עבירה נברא קליפה ר"ל, וכל זמן שהקליפה בעולם אזי נופלים מחשבות רעות לאדם מאותה העבירה, וצריך האדם השב לבער הקליפה ההיא מן הארץ. וגם בנידון דידן כל זמן שהיו אותם הרשעים המדינים בעולם, אז היו עדיין הרהורי עבירה דפעור שולטים בישראל לבלבל להם המחשבה, ולכך נצטוה משה רבינו ע"ה לנקום בהם נקמת ה'.
וזהו "כי צוררים.. לכם" בהוה, פירוש עדיין הם צוררים לכם, ומפרש הכתוב במה "בנכליהם אשר נכלו לכם על דבר פעור", פירוש באותן המחשבות הרעות המתהוים לכם בדברכם במעשה דפעור "ועל דבר כזבי כו'", ולכך תבערו אותם מן הארץ ותהיו טהורים וקדושים ובערת הרע מקרבך, אמן כן י"ר.
וק"ל.
Et il semble qu'on puisse expliquer que l'intention essentielle du Créateur béni soit-Il, dans Sa vengeance contre Midian, tenait à la grandeur des pensées et des réflexions mauvaises qui advinrent à Israël par leur moyen, lorsqu'ils parlaient en racontant l'affaire de Peor ou l'affaire de Kozbi ; et par la parole qu'ils prononçaient à leur sujet, il tomba sur Israël des pensées de convoitise. Et la règle en cela est que, par chaque transgression, une kelipa (écorce, force impure) est créée, que le Miséricordieux nous en préserve ; et tout le temps que la kelipa est dans le monde, alors tombent sur l'homme des pensées mauvaises issues de cette transgression, et l'homme qui fait techouva doit extirper cette kelipa de la terre.
De même dans le cas qui nous occupe : tout le temps que ces méchants Midianites étaient dans le monde, les pensées de transgression de Peor dominaient encore en Israël pour leur troubler la pensée ; c'est pourquoi Moche notre maître, la paix soit sur lui, reçut l'ordre de tirer d'eux la vengeance de ה'. Et c'est : "car ils vous traitent en ennemis" au présent, dont le sens est : ils vous traitent encore en ennemis ; et le verset explique en quoi : "par leurs ruses dont ils ont usé contre vous à propos de l'affaire de Peor", c'est-à-dire par ces pensées mauvaises qui adviennent chez vous lorsque vous parlez de l'affaire de Peor, "et à propos de l'affaire de Kozbi etc." ; c'est pourquoi vous les extirperez de la terre et vous serez purs et saints, "et tu extirperas le mal du milieu de toi".
Amen, qu'ainsi soit la volonté. Et cela est facile à comprendre.
או יש לפרש באופן אחר ובסיגנון אחד, ע"פ מ"ש חז"ל "פסל לך, הפסולת יהא שלך, מכאן נתעשר משה", והנה כמו זר נחשב שיחפוץ הצדיק בעשירות, ואדרבה הלא מצינו ההיפך שלא חפץ בעשירות בארונו של יוסף, ועליו נאמר "חכם לב יקח מצות". אך נראה דהנה כל דיבור היוצא מהאדם אינו הולך לריק ולבטלה, כי אם מדברי הצדיק הקדוש נברא מלאך הקדוש, ולהיפוך מאדם רע נברא מלאך רע ח"ו.
והנה זה הדיבור הוא משוטט בארץ באין מנוחה עד בואו להצדיק ואז נופל להצדיק הזה במחשבתו הדיבור ההוא והוא מעלהו אל הקדושה. וזהו שלפעמים בא להצדיק מחשבה אשר מעולם לא עברה על דעתו המחשבה ההיא, ואין זה כי אם היוצא מפי איזה רשע ומשוטטת עד מצאה מנוח.
Ou l'on peut expliquer d'une autre manière et dans un autre style, d'après ce qu'ont dit nos Sages de mémoire bénie : "'Taille-toi (pessal lekha) [des tables]' - les éclats (pessolet) seront à toi ; de là Moche s'est enrichi". Or il paraîtrait étrange que le tsadik désire la richesse ; au contraire, nous trouvons l'inverse, qu'il n'a pas désiré la richesse et s'est occupé du cercueil de Yossef, et c'est de lui qu'il est dit "le sage de cœur prend les mitsvot" (Michle 10,8).
Mais il semble [qu'il faille expliquer ainsi] : voici, toute parole qui sort de l'homme ne s'en va pas au vide et en vain, car des paroles du tsadik saint est créé un ange saint, et à l'inverse, d'un homme mauvais est créé un ange mauvais, à Dieu ne plaise. Et voici, cette parole erre sur la terre sans trouver de repos jusqu'à ce qu'elle parvienne au tsadik ; alors cette parole tombe dans la pensée de ce tsadik, et lui l'élève vers la sainteté.
Et c'est ce qui fait que parfois vient au tsadik une pensée qui n'avait jamais traversé son esprit : et cela n'est autre que ce qui est sorti de la bouche de quelque méchant et qui erre jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un repos.
וזהו פירוש הפסוק "משכני אחריך נרוצה", דהיינו שהמחשבה אשר לא טובה אומרת להצדיק "משכני" להקדושה כי "אחריך נרוצה", ואח"כ בבואה אל הקדש משבחת ואומרת "הביאני המלך חדריו", הוא הצדיק הנקרא 'מלך', הביאני בחדרי קדש של הש"י ב"ה.
Et c'est le sens du verset "Attire-moi, nous courrons après toi" (Chir haChirim 1,4) : à savoir que la pensée qui n'est pas bonne dit au tsadik "attire-moi" vers la sainteté, car "après toi nous courrons" ; et ensuite, lorsqu'elle vient au saint, elle loue et dit "le roi m'a fait entrer dans ses chambres" - c'est le tsadik, qui est appelé "roi", [et elle dit :] il m'a fait entrer dans les chambres saintes du Nom, qu'Il soit béni.
וזהו שאמרו "פסל לך, הפסולת יהא שלך", פירוש הדברים הפסולים והמחשבות הפסולות יהא שלך, שאתה תביאם אל הקדושה ובזה יתעלו, "ומכאן נתעשר משה" עשירות גדול לא יערכנו כל זהב סגור, הם המחשבות.
Et c'est ce qu'ils ont dit : "'Taille-toi' - les éclats seront à toi", dont le sens est : les paroles rejetées et les pensées rejetées seront à toi, car c'est toi qui les amèneras à la sainteté et par là elles s'élèveront ; "et de là Moche s'est enrichi" - une grande richesse que tout l'or fin ne saurait égaler : ce sont les pensées.
וזהו כוונת הפסוק בכאן "כי צוררים הם לכם בנכליהם" פירוש ע"י מחשבותם הרע ודיבורם הרע, פועלים שגם אתם יש לכם המחשבות ההם כדי להעלותם, ובאמת הוא עבודה גדולה לכם. וק"ל.
Et c'est l'intention du verset ici : "car ils vous traitent en ennemis par leurs ruses", dont le sens est : par leurs pensées mauvaises et leur parole mauvaise, ils font que vous aussi ayez ces pensées, afin que vous les éleviez ; et en vérité c'est pour vous un grand service (avoda). Et cela est facile à comprendre.