« Voici le décret ('houka) de la Torah » (Bamidbar 19,2). Rachi explique que le Satan et les nations harcèlent Israël : c'est un décret de devant Moi, tu n'as pas le droit d'y réfléchir. Plus loin, il écrit au nom de Rabbi Moché haDarchane une raison à ce commandement. Selon le Noam Elimele'h, un commandement est suspendu à chaque membre ; les nations ne trouvent pas la vache rousse dans leur compte. Toute la raison essentielle de la vache est à cause de la faute du veau, qui ne fut que pour enseigner la techouva : cela même est un décret. C'est pourquoi il est écrit « 'houka », bien qu'il y ait une raison selon Rabbi Moché haDarchane.
Aussi : la Torah révélée et cachée, crainte et amour, la raison dite par nous-mêmes sans mesure ; les tsadikim lichma qui bâtissent des mondes et avancent chaque jour ; la Torah gravée avec l'homme, élevée par le don de soi.
זאת חוקת התורה כו'. פירש רש"י "לפי שהשטן ואומות העולם מונין את ישראל לומר מה המצוה הזאת ומה טעם יש בה, לכך כתיב בה חוקה לומר גזירה היא מלפני אין לך רשות להרהר אחריה".
ויש להקשות שלהלן כתב רש"י בשם ר' משה הדרשן טעם על מצוה זו "תבא פרה כו'", א"כ קשה כיון שיש טעם למה כתיב בה חוקה.
"Voici le décret (houka) de la Torah" (Bamidbar 19,2), etc. Rachi (Rabbi Chelomo Yitshaki) a expliqué: "Parce que le Satan et les nations du monde harcèlent Israël en disant: quel est ce commandement et quelle raison y a-t-il en lui?
C'est pourquoi il est écrit à son sujet 'houka' (décret), pour dire: c'est un décret de devant Moi, tu n'as pas le droit d'y réfléchir." Et il y a lieu de poser une difficulté: plus loin, Rachi écrit au nom de Rabbi Moche haDarchane une raison à ce commandement, "que vienne la vache..." etc. Si c'est ainsi, la difficulté est la suivante: puisqu'il y a une raison, pourquoi est-il écrit à son sujet 'houka'?
ונראה לתרץ כי באדם יש רמ"ח אברים ושס"ה גידים כנגד רמ"ח מ"ע ושס"ה ל"ת, ובכל אבר או גיד תלוי מצוה אחת, גם ביעקב אבינו ע"ה "ותקע כף ירך יעקב כו' על כן לא יאכלו" מיד שהיה המעשה ההוא ביעקב תיכף קבלו ישראל המצוה התלויה בגיד ההוא, והאומות מקטרגים תמיד על ישראל לראות אם הם שלמים במצוותיהם, ובמצוה זו של פרה אדומה אינם יודעים מה ענינה, כי הם מונין האברים והגידים של ישראל ואינם מוצאין מצוה זו במנינם, לכך שואלים מה טעם יש בה. והתירוץ להם הוא כך, כי בגמרא אמרו לא היו ישראל ראוין לאותו מעשה אלא כדי להורות תשובה לרבים, ולזה הוקם להם מעשה פרה לכפר, להראות כי התשובה מועלת לרבים, נמצא כל עיקר הטעם פרה הוא בשביל חטא העגל, והחטא גופא לא היה כי אם להורות תשובה והוא בעצמו חוקה, לכך כתיב בה חוקה אעפ"י שיש בה טעם כדברי ר"מ הדרשן.
והבן.
Et il semble que l'on puisse répondre ainsi. Car dans l'homme il y a 248 membres (רמ"ח) et 365 tendons (שס"ה), correspondant aux 248 commandements positifs (mitsvot asse) et aux 365 commandements négatifs (lo taasse), et à chaque membre ou tendon est suspendu un commandement.
De même chez Yaakov notre père, que la paix soit sur lui: "et il toucha la cavité de la hanche de Yaakov...", "c'est pourquoi ils ne mangent pas [le nerf sciatique]" (Bereshit 32,26 et 32,33) - dès l'instant où cet événement advint à Yaakov, aussitôt Israël reçut le commandement suspendu à ce tendon. Et les nations accusent constamment Israël, pour voir s'ils sont complets dans leurs commandements; or ce commandement de la vache rousse, elles n'en connaissent pas la portée, car elles comptent les membres et les tendons d'Israël et ne trouvent pas ce commandement dans leur compte; c'est pourquoi elles demandent quelle raison il y a en lui.
Et la réponse à leur faire est celle-ci: dans la Guemara ils ont dit qu'Israël n'était pas digne de cet acte-là [la faute du veau d'or], mais que ce fut seulement pour enseigner la techouva (retour, repentir) à la multitude; et pour cela l'acte de la vache leur fut institué afin d'expier, pour montrer que la techouva est efficace pour la multitude. Il se trouve donc que toute la raison essentielle de la vache est à cause de la faute du veau, et la faute elle-même ne fut que pour enseigner la techouva, et cela même est un décret ('houka).
C'est pourquoi il est écrit à son sujet 'houka', bien qu'il y ait en elle une raison selon les paroles de Rabbi Moche haDarchane. Et comprends.
או יאמר "זאת חוקת כו'", דהנה יש לדקדק דה"ל למימר "זאת חוקת הפרה" דהא בפרה קמיירי. וגם קשה על מה שפירש רש"י "לפי שהאומות כו' נאמר בה חוקה", אדרבה איפכא מסתברא, בשלמא אם היה צריך הטעם בשבילנו שלא יקשה לנו מה טעם, היה שפיר שכתב בה חוקה לומר אין להרהר על מצוותיו ית"ש, אבל עתה שהאומות העולם מונין אותנו, טוב היה לפרש הטעם בכדי שנדע מה נשיב לאפיקורוס.
Ou bien on peut dire "Voici le décret..." etc. Car voici, il y a lieu de préciser: il aurait fallu dire "Voici le décret de la vache", puisque c'est de la vache qu'il s'agit.
Et il y a aussi une difficulté sur ce qu'a expliqué Rachi, "parce que les nations... il est dit à son sujet 'houka'": au contraire, l'inverse est plus logique. Passe encore si l'on avait besoin de la raison pour nous-mêmes, afin que nous n'ayons pas la difficulté de savoir quelle raison il y a: il serait alors bien qu'il ait écrit à son sujet 'houka', pour dire qu'il n'y a pas à réfléchir sur Ses commandements, qu'Il soit béni et que Son Nom soit béni.
Mais maintenant que les nations du monde nous harcèlent, il aurait été bon d'expliquer la raison, afin que nous sachions quoi répondre à l'hérétique.
אך הענין הוא, וכך פירוש "זאת חוקת התורה אשר צוה ה' לאמר", דהנה הש"י ב"ה נתן לנו תורתו הקדושה הכלולה בנגלה ונסתר כנגד אהבה ויראה, דהיראה הוא הנגלה, דהיינו מחמת שאנו רואים את מעשה נוראותיו ונפלאותיו אנו יראים מפניו ית"ש, ומצד נוראותיו מורא עולה על ראשינו והוא הנגלה, ואהבה הוא הנסתר, דאהבה יוכל להיות לאדם כשמזכירים לפניו איזה דבר יופי ומהולל ומשבחים לפניו הדבר ההוא, אז לבו מתלהב לדבר זה מאד ונפשו משתוקק שיזכה לראות הדבר ההוא, והנגלה הוא דבר שיש לו קצבה, כי בלתי אפשרי שיהיה האדם במורא בלי הפסק תמיד באימה וחרדה כי יבוטל ממציאות, ואהבה הוא דבר שאין לו קצבה.
Mais voici l'affaire, et telle est l'explication de "Voici le décret de la Torah que le Nom a ordonné, en disant" (Bamidbar 19,2). Car voici, le Nom, qu'Il soit béni, nous a donné Sa sainte Torah, laquelle est composée du révélé et du caché, correspondant à l'amour et à la crainte.
Car la crainte est le révélé: c'est-à-dire que, du fait que nous voyons les actes de Ses terreurs et de Ses merveilles, nous Le craignons, qu'Il soit béni et que Son Nom soit béni; et du côté de Ses terreurs, la crainte monte sur nos têtes, et c'est cela le révélé. Et l'amour est le caché, car l'amour peut naître chez l'homme lorsqu'on mentionne devant lui quelque chose de beau et de digne d'éloge et qu'on lui en fait la louange: alors son cœur s'enflamme fortement pour cette chose et son âme aspire à mériter de la voir.
Et le révélé est une chose qui a une mesure, car il est impossible que l'homme demeure dans la crainte sans interruption, constamment dans l'effroi et le tremblement, car il serait annulé de l'existence. Et l'amour est une chose qui n'a pas de mesure.
וזהו "שמש ומגן ה' אלקים" פירוש כמו שה"שמש" שהיא הבהירות בהתפשטות שאין לו קצבה, וה"מגן" דהיינו כשעושין מחיצה בפני השמש הוא יש לו קצבה, וכן התורה הקדושה הנתונה לנו בנגלה ונסתר, אם היה הטעם מפורש היה דבר שיש לו קצבה, ולכן סתמו הכתוב ולא נאמר הטעם מפורש, למען נבין מעצמינו טעמו של דבר, וזה הוא דבר שאין לו קצבה, כי כל טעם שנזכה להבינו יש לו עולם מיוחד, באמירתינו הטעם נעשים שמים חדשים בכל פעם.
Et c'est [le sens de] "Car soleil et bouclier, le Nom Elokim" (Tehilim 84,12). L'explication: de même que le "soleil", qui est la clarté en expansion, n'a pas de mesure, tandis que le "bouclier", c'est-à-dire lorsque l'on fait une cloison devant le soleil, a une mesure - ainsi en est-il de la sainte Torah qui nous a été donnée dans le révélé et le caché: si la raison avait été explicitée, ce serait une chose ayant une mesure.
C'est pourquoi le verset l'a laissée indéterminée et n'a pas dit la raison explicitement, afin que nous comprenions par nous-mêmes la raison de la chose, et cela est une chose qui n'a pas de mesure; car chaque raison que nous méritons de comprendre possède un monde particulier, et par notre énoncé de la raison, des cieux nouveaux sont faits chaque fois.
וזהו "אשר צוה ה' לאמר", פירוש שהש"י ב"ה צוה לנו שאנחנו נאמר הטעם של חוקת התורה כדי שיהיה דבר שאין לו קצבה, וזה שפירש רש"י "לפי שהשטן ואומות העולם מונין" הוא לשון מנין, שמונים וסופרים המצוות וחוזרים ומשיבים עליהם, שאפילו נאמר להם הטעם של המצוה ההיא, הם בהבלי שטותיהם ושקריהם משיבים גם על הטעם, ואם היה טעם מפורש היה חלילה הכח בידם לדחות אותו הטעם חלילה באיזה הבל או שטות, וטעם אחר לא היינו יכולים לומר להם מחמת שהיו אומרים שאינו כתוב זה הטעם בתורה, אבל עתה שלא נאמר הטעם מפורש, אם ישיבו אותנו בדבר אז נוסיף להם טעם לשבח אחר, והכח בידינו להפילם ולשבר את כחם בכל פעם בעולם הנתחדש לנו. וק"ל.
Et c'est "que le Nom a ordonné, en disant (lemor)". L'explication: le Nom, qu'Il soit béni, nous a ordonné que ce soit nous qui disions la raison du décret de la Torah, afin que ce soit une chose qui n'a pas de mesure.
Et c'est ce qu'a expliqué Rachi, "parce que le Satan et les nations du monde monine (מונין)": c'est un terme de compte (minyan), qu'ils comptent et dénombrent les commandements et reviennent y objecter. Car même si on leur disait la raison de ce commandement, eux, dans leurs vanités, leurs sottises et leurs mensonges, objecteraient aussi sur la raison; et si la raison avait été explicitée, ils auraient eu, à Dieu ne plaise, le pouvoir de repousser cette raison, à Dieu ne plaise, par quelque vanité ou sottise, et nous n'aurions pas pu leur dire une autre raison, parce qu'ils auraient dit que cette raison-là n'est pas écrite dans la Torah.
Mais maintenant que la raison n'a pas été dite explicitement, s'ils nous répondent quelque chose, alors nous leur ajouterons une autre raison en louange, et le pouvoir est entre nos mains de les faire tomber et de briser leur force chaque fois, dans le monde qui se renouvelle pour nous. Et cela est facile à comprendre.
או יאמר דהנה הצדיקים העוסקים בתורה לשמה הם בונים עולמות כמ"ש וכל בניך כו' אל תקרא בניך אלא בוניך, והעולמות נקראים "חוק" ע"ד חק וזמן נתן להם, וזהו "זאת חוקת התורה" ר"ל שציוה הש"י שנעסוק בתורה לשמה כדי לעשות "חוקת" היינו לבנות העולמות, "אשר צוה ה' לאמר" לכאורה מלת "לאמר" אין לו ביאור כיון שכתוב "דבר אל בני ישראל", אך הענין הוא לרמוז שצריך האדם להיות הולך בעבודתו ית"ש מדי יום ויום יותר מיום העבר, והיינו גם אם עסק בתורה לשמה ודביקות ביראה ואהבה היום, אז למחרתו יוסיף לפשפש במעשיו ולראות על הלימוד שלמד אתמול שלא יצא ידי חובתו ושלא היה כראוי, וצריך ללמוד היום בבחינה יותר בקדושה וטהרה ופרישות רתת וחיל ורעדה, וכן בכל יום ויום, וזהו "אשר צוה ה' לאמר" ר"ל לאמר בכל יום בבחינה אחרת התורה בעומקו בה.
Ou bien on peut dire ainsi. Car voici, les tsadikim qui s'occupent de la Torah pour elle-même (lichma) bâtissent des mondes, comme il est écrit "et tous tes fils..." (Yechayahou 54,13): ne lis pas "banayikh" (tes fils) mais "bonayikh" (tes bâtisseurs).
Et les mondes sont appelés "hok" (loi fixée), selon "Il leur a donné une loi et un temps". Et c'est "Voici le 'houkat' de la Torah", c'est-à-dire que le Nom, qu'Il soit béni, a ordonné que nous nous occupions de la Torah lichma afin de faire "'houkat'", c'est-à-dire de bâtir les mondes.
"Que le Nom a ordonné, en disant (lemor)": à première vue, le mot "lemor" n'a pas d'explication, puisqu'il est écrit "parle aux enfants d'Israël". Mais voici l'affaire: c'est pour faire allusion au fait que l'homme doit aller dans son service du Nom, qu'Il soit béni, chaque jour davantage que le jour précédent.
C'est-à-dire que même s'il s'est occupé aujourd'hui de Torah lichma et d'attachement dans la crainte et l'amour, le lendemain il ajoutera à scruter ses actes et à considérer que l'étude qu'il a étudiée hier ne l'a pas acquitté de son devoir et n'était pas comme il convient; et il doit étudier aujourd'hui selon un aspect supérieur, en sainteté, pureté, abstinence, frisson, effroi et tremblement, et ainsi chaque jour. Et c'est "que le Nom a ordonné lemor", c'est-à-dire de dire chaque jour la Torah selon un autre aspect, dans sa profondeur.
וזהו (איוב יד, ד) "מי יתן טהור מטמא לא אחד", דכבר פירשנו מה שאמרו חז"ל "הפרה מטהרת טמאים ומטמאת טהורים", האנשים אשר הם שלמים ויראים בעיניהם ונגד פניהם נבונים ומדמים בנפשם שהם יוצאים י"ח בעבודתם להש"י, בודאי הם טמאים לנפש ועדיין הם מלוכלכים בעוונות וחטאים ולא יבינו בחשכה יתהלכו, אבל הצדיק העובד ה' באמת הוא להיפך, שכל מעשיו ועבודתו להש"י מדמה הכל בנפשו שאינו עושה כלום, ומוצא בעצמו תמיד חסרונות שמחסר בעבודתו ולא עשה כתיקונו, ועי"ז הולך ומתגבר בכל יום בעבודתו, ותמיד אינו נוח לו ממעשיו ואין לו מנוחה והולך עד אין קץ ותכלית, וזהו "מטמא טהורים" ר"ל הצדיקים הטהורים היא מטמאת, פירוש שמדמים בעצמם שהם טמאים ח"ו בחטאם, "ומטהר טמאים" ההיפוך ברשעים החוטאים שחושבים תמיד שהם הצדיקים הטהורים. וזהו "מי יתן טהור מטמא לא אחד", ר"ל מי יתן טהור מטמא, פירוש שיהיה לו טהרה מזה שהוא מטמא עצמו, דהיינו שעי"ז יהיה לו טהרה באמת, כי לפעמים נמצא אדם שאומר שמחסר בעבודתו ית"ש ומטמא עצמו ובאמת הוא כך, אבל הצדיק האמיתי עי"ז יבוא לו טהרה ופרישות יותר שהוא מתאמץ ומתגבר בכל יום, וזהו "מי יתן כו' לא אחד" ר"ל מי שהוא במדריגה אחד תמיד ואינו מתחזק יותר להיות הולך בעבודה, זה אינו טהור מטמא.
Et c'est [le sens de] (Iyov 14,4) "Qui donnera un pur à partir d'un impur? Pas un seul." Car nous avons déjà expliqué ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie: "la vache purifie les impurs et rend impurs les purs".
Les hommes qui sont parfaits et craignants à leurs propres yeux, qui a leur propre regard se voient intelligents et s'imaginent en leur âme qu'ils s'acquittent de leur devoir dans leur service du Nom, ceux-là sont certainement impurs quant à l'âme, et ils sont encore souillés de fautes et de péchés, "et ils ne comprennent pas, dans les ténèbres ils marchent" (Tehilim 82,5). Mais le tsadik qui sert le Nom en vérité est à l'inverse: tous ses actes et son service du Nom, il se les représente en son âme comme s'il ne faisait rien du tout, et il trouve toujours en lui-même des manques, en ce qu'il est en défaut dans son service et n'a pas agi comme il convient; et par cela il va se renforçant chaque jour dans son service, et jamais il n'est satisfait de ses actes, il n'a pas de repos et il va sans fin ni terme.
Et c'est "elle rend impurs les purs", c'est-à-dire que les tsadikim purs, c'est eux qu'elle rend impurs - l'explication: qu'ils s'imaginent eux-mêmes être impurs, à Dieu ne plaise, par leur faute. "Et elle purifie les impurs": c'est l'inverse chez les méchants fautifs, qui pensent toujours être les tsadikim purs.
Et c'est "Qui donnera un pur à partir d'un impur? Pas un seul." C'est-à-dire: qui donnera un pur à partir d'un impur - l'explication: qu'il ait la pureté du fait même qu'il se rend impur à ses propres yeux, c'est-à-dire que par cela il aura la pureté en vérité.
Car parfois il se trouve un homme qui dit qu'il est en défaut dans son service du Nom, qu'Il soit béni, et qui se rend impur, et en vérité il en est ainsi; mais le tsadik véritable, par cela, lui viendront une pureté et une abstinence plus grandes, car il se force et se renforce chaque jour. Et c'est "Qui donnera... pas un seul (lo ehad)", c'est-à-dire: celui qui demeure toujours à un seul et même degré et ne se renforce pas davantage pour aller dans le service, celui-là n'est pas "pur à partir de l'impur".
ונחזור לביאור הכתוב "דבר אל בני ישראל" פירוש שציוה ה' למשה ולאהרן שידברו עם בני ישראל ויתחברו עמהם, דגם הצדיקים גדולים צריכים התחברות לשאר הצדיקים הקטנים מהם ועל ידיהם יבוא להם מדריגות יותר, וזהו "דבר אל בני ישראל" פירוש תתחברו עמהם, ועי"ז יפעלו לך "ויקחו אליך פרה אדומה תמימה", היינו מה שהצדיק מוצא בעצמו חסרונות שהוא כ"פרה" סוררה ומלוכלך בחטאים הנקראים "אדומה" ע"ש אם יהיו חטאיכם כשנים, יהיה המדריגה הזאת עמו "תמימה", ר"ל שיהיה תום לבבו באמת שכן הוא שאינו עובד השם כלל, אבל באמת "אין בו מום" כלל בהצדיק הזה, שאין בו נדנוד חטא ועוון כלל. "ונתתם אתה אל אלעזר הכהן" ר"ל המדריגה הזאת תמסרו גם להצדיקים הקטנים מכם, "ושחט אותה" ר"ל שגם הוא ישחוט וימסור נפשו על הדבר הזה ויהרהר בתשובה על שהוא מקצר בעבודה, "לפניו" פירש רש"י זר שוחט ואלעזר רואה, "לפניו" הוא לשון פנימיות, דכיון רש"י ז"ל בזה דקשה היתכן דצדיק גמור יהיה צריך לשחוט ולמסור נפשו כשמוצא איזה חסרון בעצמו כמו זר שהוא זר לגמרי בעבודת הבורא, לזה אמר "זר שוחט" פירוש שמי שהוא זר בעבודה צריך למסור נפשו ולעשות תשובה גמורה, "ואלעזר רואה" ר"ל אבל הצדיק גמור אשר באמת אין בו מום רק מחמת גודל צדקתו הוא מוצא בעצמו חסרונות תמיד, זה א"צ רק לראות שיסתכל תמיד כך וילך ממדריגה למדריגה בהרהור תשובה לבד ויתכפר לו.
וק"ל:
Et revenons à l'explication du verset. "Parle aux enfants d'Israël": l'explication, que le Nom a ordonné à Moche et à Aharon de parler avec les enfants d'Israël et de s'associer à eux.
Car même les grands tsadikim ont besoin de s'associer aux autres tsadikim plus petits qu'eux, et c'est par eux que leur viennent des degrés plus élevés. Et c'est "Parle aux enfants d'Israël", l'explication: associez-vous à eux, et par cela ils opéreront pour toi "et qu'ils prennent vers toi une vache rousse intègre (temima)".
C'est-à-dire: ce que le tsadik trouve en lui-même comme manques, en ce qu'il est comme une "vache" rétive et souillée de fautes appelées "adouma" (rousse), d'après "si vos péchés sont comme l'écarlate" (Yechayahou 1,18) - ce degré sera avec lui "temima", c'est-à-dire que l'intégrité de son cœur sera véritable, en ce qu'il tient vraiment qu'il ne sert pas le Nom du tout; mais en vérité "il n'y a en elle aucun défaut" du tout chez ce tsadik, il n'y a en lui pas la moindre trace de faute ni de péché. "Et vous la donnerez à Elazar le kohen": c'est-à-dire, ce degré-là, transmettez-le aussi aux tsadikim plus petits que vous.
"Et il l'égorgera": c'est-à-dire que lui aussi égorgera et livrera son âme pour cette chose, et se repentira en pensée de ce qu'il est en défaut dans le service. "Devant lui": Rachi a expliqué "un étranger (zar) égorge et Elazar regarde".
"Lefanav" (devant lui) est un terme d'intériorité (pnimiout), et Rachi, de mémoire bénie, a visé ceci: il est difficile de concevoir qu'un tsadik parfait ait besoin d'égorger et de livrer son âme lorsqu'il trouve en lui-même quelque manque, comme un étranger qui est totalement étranger au service du Créateur. À cela il dit "un étranger égorge", l'explication: celui qui est étranger au service doit livrer son âme et faire une techouva complète; "et Elazar regarde", c'est-à-dire: mais le tsadik parfait, en qui en vérité il n'y a aucun défaut, et qui seulement en raison de la grandeur de sa justice trouve toujours en lui-même des manques, celui-là n'a besoin que de regarder, qu'il contemple toujours ainsi et aille de degré en degré par la seule pensée de techouva, et il lui sera pardonné.
Et cela est facile à comprendre.
או יאמר "זאת חקת התורה" בצירוף הפסוקים "זאת התורה אדם כי ימות באהל", "וזאת התורה אשר שם משה לפני בני ישראל".
Ou bien on peut dire "Voici le décret de la Torah" en le joignant aux versets "Voici la Torah: un homme qui meurt dans une tente" (Bamidbar 19,14) et "Et voici la Torah que Moche plaça devant les enfants d'Israël" (Devarim 4,44).
דהנה השי"ת ב"ה הוא למעלה מן הזמן, והעולמות אשר ברא הנאצלים מאתו ית' הם נקראים "מועדים" לשון זמן, דכל דבר נברא יש לו זמן, וזהו "להקריב לי במועדו" ר"ל דרצון ותשוקת הבורא ב"ה שיתייחד בעולמות ע"י אתערותא דלתתא כשישראל עושין רצונו ית', עי"ז הם ממשיכים את הבורא ב"ה לעולמות, וזהו "להקריב לי במועדו" ר"ל להקריב אותי אל העולמות שנקראים "מועדים" ע"י מעשיהם הטובים, וע"י עוסקם בתורה לשמה לתענוג הבורא ב"ה כדי להעלותה עד מקום שורשה ששם נקראת התורה "בית", דהעיקר התורה היא משם, והש"י ברוב רחמיו וחסדיו נתן לנו את תורתו כדי שע"י התורה נהיה יכולים לעורר את הבורא ב"ה בחדוה ושמחה רבה להשפיע לנו כל טוב, וכאן נקראת התורה בשם "אהל" שהוא לחסות בצל כנפים כאהל. וזהו "וידבר ה' אל משה מאהל מועד לאמר", ר"ל שהש"י ב"ה לימד למשה רבינו ע"ה איך יהא התעסקו ולימודו בהתורה הקדושה, דהיינו מעולם התחתון עד העלותה לעולמות עליונים לשורשה, והיינו "מאהל מועד לאמר" פירוש שתאמר את התורה מ"אהל" היינו מעוה"ז, עד העולמות עליונים הנקראים "מועד" ששם הוא מקום שורשה של תורה.
Car voici, le Nom, qu'Il soit béni, est au-dessus du temps, et les mondes qu'Il a créés, émanes de Lui, qu'Il soit béni, sont appelés "moadim" (temps fixés), terme de temps, car toute chose créée a un temps. Et c'est "pour Me présenter en son temps (bémoado)" (Bamidbar 28,2), c'est-à-dire que la volonté et le désir du Créateur, béni soit-Il, est qu'Il s'unisse dans les mondes par l'éveil d'en bas (itarouta dilta'ta), lorsque Israël fait Sa volonté; par cela ils attirent le Créateur, béni soit-Il, vers les mondes.
Et c'est "pour Me présenter en son temps", c'est-à-dire: Me rapprocher des mondes qui sont appelés "moadim", par leurs bonnes actions et par leur occupation de la Torah lichma pour le plaisir du Créateur, béni soit-Il, afin de l'élever jusqu'au lieu de sa racine, là où la Torah est appelée "maison" (bayit), car l'essentiel de la Torah vient de là. Et le Nom, qu'Il soit béni, dans l'abondance de Ses miséricordes et de Ses bontés, nous a donné Sa Torah, afin que par la Torah nous puissions éveiller le Créateur, béni soit-Il, dans l'allégresse et une grande joie, pour qu'Il répande sur nous tout bien; et ici la Torah est appelée du nom de "tente" (ohel), qui sert à s'abriter à l'ombre des ailes comme dans une tente.
Et c'est "Et le Nom parla à Moche depuis la tente d'assignation (ohel moed), en disant" (Vayikra 1,1), c'est-à-dire que le Nom, qu'Il soit béni, a enseigné à Moche notre maître, que la paix soit sur lui, comment devaient être son occupation et son étude dans la sainte Torah: a savoir depuis le monde inférieur jusqu'à l'élever vers les mondes supérieurs, à sa racine. Et c'est "depuis ohel moed lemor", l'explication: que tu dises la Torah depuis la "tente", c'est-à-dire depuis ce monde-ci, jusqu'aux mondes supérieurs appelés "moed", où se trouve le lieu de la racine de la Torah.
וזהו "וזאת התורה אשר שם משה לפני בני ישראל" ר"ל משה רבינו ע"ה למד לפני בני ישראל ג"כ סדר הלימוד כך כמו שמסר לו הש"י, וזהו דאמרינן בגמרא אשרי מי שבא לכאן ותלמודו בידו, דלכאורה הוא דבר רחוק שיהא הכח ביד האדם להעלות התורה עד מקום שורשה, אך מחמת שאדם נחצב מתחת כסא הכבוד ממקום שורש התורה ובזה הוא יכול להעלות עצמו עם התורה לשרשה, והיינו אשרי מי שבא כו', למשל האדם שלוה מחבירו מעות ובהחזירו לו הוא נושא מעותיו צרורות בידו בשמחה להשיבו את מעותיו, כמו כן התורה שנחקקה עמו בהחצבו מתחת כסא הכבוד הוא מביאה בידו לשם.
Et c'est "Et voici la Torah que Moche plaça devant les enfants d'Israël", c'est-à-dire que Moche notre maître, que la paix soit sur lui, a enseigné devant les enfants d'Israël ce même ordre d'étude, tel que le Nom, qu'Il soit béni, le lui avait transmis. Et c'est ce que nous disons dans la Guemara: "Heureux celui qui vient ici et son étude est en sa main." À première vue, il est invraisemblable que l'homme ait le pouvoir d'élever la Torah jusqu'au lieu de sa racine; mais du fait que l'homme est taillé de dessous le Trône de gloire, depuis le lieu de la racine de la Torah, par cela il peut s'élever lui-même avec la Torah jusqu'à sa racine.
Et c'est "Heureux celui qui vient..." etc. Par exemple, l'homme qui emprunte de l'argent à son compagnon: en le lui rendant, il porte son argent noué en sa main, avec joie de lui restituer son argent.
De même la Torah, qui a été gravée avec lui lors de sa taille de dessous le Trône de gloire, il l'apporte en sa main là-bas.
וזהו "זאת חקת התורה" מלשון חקיקה, דהיינו שהתורה נחקקה עם האדם ועי"ז יוכל האדם לעורר חדוה ושמחה להשפיע ע"י התורה הנקראת "זאת", אך "זאת התורה" שעל ידה יכול לפעול כנ"ל, ["אדם כי ימות באהל"] היינו מי שלומד במסירות נפש, יכול להעלות התורה בעודו בחיים, ע"ד שאמרו חז"ל אין התורה מתקיימת אלא במי שממית עצמו עליה, היינו שלומד במסירת נפש, וזהו "זאת התורה אדם כי כו'".
Et c'est "Voici le 'houkat' de la Torah", du terme "hakika" (gravure): c'est-à-dire que la Torah a été gravée avec l'homme, et par cela l'homme peut éveiller l'allégresse et la joie pour faire répandre l'influx par la Torah appelée "zot" (ceci). Mais "voici la Torah" par laquelle il peut opérer comme ci-dessus, ["un homme qui meurt dans une tente"], c'est-à-dire celui qui étudie avec don de soi (mesirout nefech) peut élever la Torah de son vivant, selon ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie: "la Torah ne se maintient que chez celui qui se fait mourir sur elle", c'est-à-dire qui étudie avec don de soi.
Et c'est "voici la Torah: un homme qui..." etc.
או יאמר דהנה האדם צריך לעבוד הבורא ב"ה בשני מדריגות, יראה ואהבה, ויראה הוא לחשוב שסופו לעפר, כי מחמת שיש באדם יסוד העפר שהוא ממשיכו לתאוות רעות ח"ו וצריך לשבר תאותו ג"כ בדבר הדומה לזה, והיינו שסופו לעפר וזהו היראה. ואהבה היא רוממות אל, וזהו תמיד לאדם מלחמה כבידה מלחמת היצה"ר המסיתו תמיד, וזהו "על כן יאמר בספר" ר"ל שהאדם צריך לקדש עצמו כ"כ עד שתהיה הקדושה נשרשת אצלו בטבע כאילו הספר התורה שלומד נאמרת ממילא בקדושה מתוך גרונו, וזהו "יאמר בספר" והיינו ע"י שאדם לוחם תמיד מלחמות היצר עד שתושרש הקדושה בו, וזהו "מלחמת ה'".
"את והב בסופה" ר"ל שהמלחמה מתנהגת ע"י ב' אלו שהם "את והב" הוא לשון אהבה, ומדריגה הב' שיחשוב מה יהא בסופו, וזהו "בסופה" היינו יראה.
Ou bien on peut dire ainsi. Car voici, l'homme doit servir le Créateur, béni soit-Il, selon deux degrés: la crainte et l'amour.
Et la crainte, c'est de penser que sa fin est la poussière; car du fait qu'il y a dans l'homme l'élément de la poussière, qui l'attire vers de mauvais désirs, à Dieu ne plaise, il doit briser son désir également par une chose semblable à celle-là, à savoir que sa fin est la poussière, et c'est cela la crainte. Et l'amour, c'est l'exaltation de Dieu.
Et l'homme mène toujours une guerre pesante, la guerre du mauvais penchant (yetser hara) qui l'incite constamment. Et c'est "c'est pourquoi il est dit dans le livre" (Bamidbar 21,14), c'est-à-dire que l'homme doit se sanctifier à tel point que la sainteté soit enracinée en lui par nature, comme si le livre de la Torah qu'il étudie se disait de lui-même, en sainteté, du fond de sa gorge; et c'est "il est dit dans le livre", à savoir par le fait que l'homme livre constamment les guerres du penchant jusqu'à ce que la sainteté soit enracinée en lui, et c'est "les guerres du Nom".
"Et Vahev en Soufa": c'est-à-dire que la guerre se conduit par ces deux-là, qui sont "Et Vahev (והב)", terme d'amour (ahava), et le second degré, qu'il pense à ce que sera sa fin, et c'est "béSoufa (בסופה)", à savoir la crainte.
וזהו "זאת חקת" דהיינו המצוה שאין לה טעם, האדם העושה אותה הוא מצד אהבה שאוהב את הבורא ומקיים מצוותיו וחוקיו, וזהו "זאת חקת התורה" שיהא לימוד התורה באהבה כחוקה, ומדריגה הב' "וזאת התורה אדם כי ימות" היינו יראה, שיזכיר יום המיתה. ובזכות זה נזכה במהרה שיקוים בנו מקרא שכתוב בלע המות לנצח.
אכי"ר.
Et c'est "Voici le 'houkat'", à savoir le commandement qui n'a pas de raison: l'homme qui l'accomplit le fait du côté de l'amour, car il aime le Créateur et accomplit Ses commandements et Ses décrets. Et c'est "Voici le décret de la Torah", que l'étude de la Torah soit dans l'amour, comme un décret.
Et le second degré, "et voici la Torah: un homme qui meurt", c'est la crainte, qu'il se rappelle le jour de la mort. Et par ce mérite, puissions-nous mériter bientôt que s'accomplisse en nous le verset qui est écrit: "Il engloutira la mort pour toujours" (Yechayahou 25,8).
Amen, qu'il en soit ainsi.