« Et Korach prit » (Bamidbar 16,1) : le Targoum traduit « et il se sépara ». Le Noam Elimele'h explique d'abord le verset « Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux » (Berechit 1,6) : D.ieu a créé des justes et des méchants afin que la justice du juste soit visible et que l'accusateur ne puisse plus l'accuser. Le juste, appelé firmament par sa subtilité, répare les mondes par la Torah appelée eaux ; il a fallu une séparation, juste et libre choix pour le contraire. Korach fit division et séparation : par sa méchanceté se reconnaissait la justice de son père, grand juste, et le verset le rattache à son père.
Aussi : korach, guilgoul de Kayin, pour que la Torah fasse revenir l'âme et soit parfaite ; le mérite des pères n'aide que s'il n'est pas employé ailleurs ; à l'heure de l'attachement, nulle jouissance (Nadav et Avihou)
ויקח קרח תרגומו ואתפליג. נ"ל בהקדים לפרש פסוק "יהי רקיע בתוך המים" כו', דהנה יש להבין על שברא הקב"ה בעולם שיהיו צדיקים ורשעים, והלא אין חפץ הש"י ברשעים, אך מחמת ש"אין צדיק בארץ כו'" ולמען שלא יהא ח"ו קטרוג על הצדיק, כי הצדיק צריך לתקן העולמות שזה הוא מעשה דקות ורוחניות, וע"י הרשעים ניכר ונראה צדקת הצדיק, כמ"ש שלמה המלך ע"ה "כיתרון כו' כן יתרון החכם מן הכסיל" ופירשו המפרשים כמו שע"י חושך ניכר מעלת האור כן ע"י הכסיל ניכר מעלת יתרון החכם בחכמתו, ובראות המקטרג רשעת הרשעים נגד צדקת הצדיק שבחר בחיים בבחירתו שנתן לו הש"י אז נסתם פיו מלקטרג עוד עליו.
וזהו פירוש "יהי רקיע בתוך המים", ר"ל הצדיק שנקרא בשם 'רקיע' ע"ש הדקות והרוחניות מלשון "וירקעו פחי הזהב", שיהיה לו כח לתקן ע"י התורה הקדושה הנקראת "מים". "ויהי מבדיל בין מים למים" כלומר ע"כ הוכרח להיות הבדל בין מים למים, והיינו שיהיה צדיק, וגם ניתן רשות ובחירה לאדם להיפך ח"ו, ואף גם הוא יש לו חלק בתורה כמו שאמרו "רקנין שבך מלאים כו'", ובראות המקטרג ההבדל שבין הצדיק והרשע אין יכול שוב לקטרג עליו ויכול הצדיק לפעול פעולתו כנ"ל.
ויקח קרח - "Et Korah prit" (Bamidbar 16,1) : le Targoum traduit "ve-itpelig" (et il se sépara). Il me semble qu'il faut d'abord expliquer le verset "Qu'il y ait un firmament (rakia) au milieu des eaux" etc.
(Bereshit 1,6). Car il y a lieu de comprendre pourquoi le Saint béni soit-Il a créé dans le monde qu'il y ait des justes et des méchants, alors que le Nom béni n'a nul désir des méchants.
Mais c'est parce qu'"il n'est pas de juste sur terre [qui fasse le bien et ne pèche point]" (Kohelet 7,20), et afin qu'il n'y ait pas, à Dieu ne plaise, d'accusation contre le juste - car le juste doit réparer les mondes, ce qui est une œuvre subtile et spirituelle - et c'est par les méchants que la justice du juste devient reconnaissable et visible, comme l'a dit le roi Salomon, la paix soit sur lui : "de même qu'il y a un avantage [de la lumière sur les ténèbres], ainsi il y a un avantage du sage sur le sot" (Kohelet 2,13) ; et les commentateurs ont expliqué : de même que par l'obscurité se reconnaît la grandeur de la lumière, ainsi par le sot se reconnaît la grandeur de l'avantage du sage dans sa sagesse. Et lorsque l'accusateur voit la méchanceté des méchants face à la justice du juste, qui a choisi la vie par le libre choix que le Nom béni lui a donné, alors sa bouche est fermée et il ne peut plus l'accuser davantage.
Et tel est le sens de "Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux" : cela veut dire le juste, qui est appelé du nom de "firmament" (rakia) en raison de sa subtilité et de sa spiritualité, du langage de "et ils battirent (va-yerake'ou) les lames d'or" (Chemot 39,3), afin qu'il ait la force de réparer par la sainte Torah qui est appelée "eaux". "Et qu'il sépare entre les eaux et les eaux" : c'est-à-dire que pour cette raison il a fallu qu'il y eût une séparation entre les eaux et les eaux, à savoir qu'il y eût un juste, et qu'il fut aussi donné à l'homme permission et libre choix pour le contraire, à Dieu ne plaise ; et même celui-là possède une part dans la Torah, comme ils ont dit : "les vides parmi toi sont pleins [de mitsvot comme la grenade est pleine de grains]" (Berakhot 57a).
Et lorsque l'accusateur voit la différence qu'il y a entre le juste et le méchant, il ne peut plus l'accuser, et le juste peut accomplir son œuvre comme ci-dessus.
וזהו פירוש הפסוק "ונתתי כפרך מצרים כוש וסבא תחתיך", כפרך הוא מלשון כפירה וחטא ח"ו, והיינו אם ח"ו הצדיק נכשל קצת בחטא קל כנ"ל, לעומת זה נתן הקב"ה רשעים, כמו למשל מצרים ושאר אומות כוש וסבא בעולם, כדי שעי"ז לא יהיה כח למקטרג לקטרג על הצדיק. ולכן כתיב "תחתיך" שפירושו שהם כבושים תחתיך, כי כיון שנסתם פי המקטרג ממילא כבושים תחת הצדיק כל האומות.
וזהו "ויקח קרח" תרגומו "ואתפליג" דהיינו שעשה חלוקה והבדל, שע"י רשעתו היה ניכר צדקת אביו שהיה צדיק גדול, ולכך מייחסו אחר אביו. וק"ל.
Et tel est le sens du verset "J'ai donné l'Égypte pour ta rançon (kofrekha), Kouch et Seva à ta place" (Yechayahou 43,3). "Kofrekha" est du langage de "kefira" (dénégation) et de faute, à Dieu ne plaise : c'est-à-dire que si, à Dieu ne plaise, le juste a quelque peu trébuché dans une faute légère comme ci-dessus, en contrepartie de cela le Saint béni soit-Il a placé des méchants, par exemple l'Égypte et les autres nations, Kouch et Seva, dans le monde, afin que par ce moyen l'accusateur n'ait pas la force d'accuser le juste.
Et c'est pourquoi il est écrit "à ta place (tahtekha)", dont le sens est qu'ils sont soumis sous toi ; car dès lors que la bouche de l'accusateur est fermée, toutes les nations sont d'elles-mêmes soumises sous le juste. Et tel est "Et Korah prit", que le Targoum traduit "ve-itpelig" : c'est-à-dire qu'il fit une division et une séparation, car par sa méchanceté se reconnaissait la justice de son père qui était un grand juste, et c'est pourquoi [le verset] le rattache à son père.
Et cela se comprend aisément.
או יאמר "ויקח קרח - ואתפליג", כי בריאת אדם ונשמתו חצובה מתחת כסא הכבוד, לזה צריך להיות עיקר דירתו בעולמות עליונים וליתן השפעות מעולם התחתון עד א"ס ב"ה, וכשאדם עובר עבירה ח"ו, אז הוא מפריד עצמו מהעולמות עליונים ואין להם בו שייכות כלל, ונשאר גופו ונשמתו בעולם השפל הזה. וזה תרגמו "ואתפליג", פירוש שהפריד עצמו מעולמות, וזהו "אוהב ה' שערי ציון כו'", כי העולמות הם שערים לאדם שיחזור דרך שם למקום חוצבו, ולהשכין נשמתו תחת כסא הכבוד, וזהו "אוהב ה' שערי ציון" הם השערים המצויינין בהלכה, והם העולמות שנותן בהם השפעה וחיות, ואימתי הוא אוהב אותם? "מכל משכנות יעקב" פירוש כשישראל שוכנים תחת כסא הכבוד.
Ou bien on dira : "Et Korah prit - ve-itpelig". Car l'homme fut créé avec une âme taillée de sous le Trône de Gloire ; aussi sa demeure essentielle doit-elle être dans les mondes supérieurs, et il doit faire passer les influx depuis le monde inférieur jusqu'à l'Ein Sof (l'Infini) béni soit-Il.
Et lorsque l'homme commet une transgression, à Dieu ne plaise, alors il se sépare lui-même des mondes supérieurs, qui n'ont plus aucun lien avec lui, et son corps ainsi que son âme demeurent dans ce bas monde. Et c'est ce que le Targoum traduit "ve-itpelig", ce qui signifie qu'il s'est séparé lui-même des mondes.
Et tel est "le Nom aime les portes de Tsion [plus que toutes les demeures de Yaakov]" (Tehilim 87,2) : car les mondes sont des portes pour l'homme, par lesquelles il retourne au lieu d'où il fut taillé, et pour faire reposer son âme sous le Trône de Gloire. Et tel est "le Nom aime les portes de Tsion" : ce sont les portes distinguées (metsouyanim) par la halakha, et ce sont les mondes auxquels il donne influx et vitalité.
Et quand les aime-t-Il ? "plus que toutes les demeures de Yaakov", ce qui signifie : lorsque Israël demeure sous le Trône de Gloire.
או יאמר "אוהב כו'" ע"פ הפסוק "מה טובו אהליך יעקב כו'", דמדריגת יעקב הוא מדריגה התחתונה וישראל הוא מדריגה עליונה, ואהל הוא בנין עראי ומשכן הוא הקבוע, וזהו "מה טובו אהליך יעקב" פירוש מה טוב הוא כשהמוני עם קובעים לתורה עיתים כאהל שהוא בנין עראי, "משכנותיך ישראל" פירוש הצדיק השלם שהוא קובע עצמו בקביעות בעבודת הבורא כמשכן הקבוע.
Ou bien on dira "le Nom aime etc." selon le verset "Que tes tentes sont bonnes, Yaakov, [tes demeures, Israël]" (Bamidbar 24,5). Car le degré de "Yaakov" est le degré inférieur et "Israël" le degré supérieur ; et la tente est une construction provisoire tandis que la demeure (michkan) est ce qui est permanent.
Et tel est "Que tes tentes sont bonnes, Yaakov", ce qui signifie : qu'il est bon que les gens du commun fixent des temps pour la Torah, a la manière d'une tente qui est une construction provisoire ; "tes demeures, Israël", ce qui signifie le juste parfait, qui s'établit lui-même avec permanence dans le service du Créateur, comme la demeure permanente.
והנה דרך הצדיק העובד ה' בקביעות, נדמה אליו תמיד שעדיין לא התחיל כלל לכנוס בעבודת הבורא, ודומה לו שאינו עומד אלא על שער העבודה, וזהו שאמר "אוהב ה' שערי ציון" שאוהב השם הטוב אותם הצדיקים המצויינים בהלכה והם בעיניהם כעומדים על השער עדיין, "מכל משכנות יעקב" פירוש מאותם הנקראים בשם יעקב והם סוברים שכבר עשו בעבודתם בנין קבוע כמשכן הקבוע. וק"ל.
Or telle est la voie du juste qui sert le Nom avec constance : il lui semble toujours qu'il n'a pas encore commencé du tout à entrer dans le service du Créateur, et il lui paraît qu'il ne se tient qu'à la porte du service. Et c'est ce qui est dit "le Nom aime les portes de Tsion" : le Nom, qui est bon, aime ces justes-là, distingués par la halakha, et qui a leurs propres yeux se tiennent encore à la porte ; "plus que toutes les demeures de Yaakov", ce qui signifie : plus que ceux qui sont appelés du nom de "Yaakov" et qui estiment avoir déjà édifié par leur service une construction permanente, comme la demeure permanente.
Et cela se comprend aisément.
ויש לפרש עוד בדרך אחר. "ויקח קרח" דאיתא במדרש "למה תורת ה' תמימה? בשביל שהיא משיבת נפש".
והנה המדרש הוא מופלא הפלא ופלא. ונראה כי המקובלים כתבו שקרח היה גלגול קין, לכך נאבד ע"י פתיחת הארץ כדי לתקן אשר פצתה האדמה את פיה לקחת דמי הבל אחיו, ולזה הוצרך קין להתגלגל בקרח לתקן זה, ולמה לא תיקן קין אז בעצמו זה הדבר באותו הפעם? אלא שברא השי"ת ב"ה בגלגולים כדי שיהיה תורתו שלימה, שאל"כ היה חסר פרשת ויקח קרח בתורה.
ובזה דברי המדרש המה מבוארין היטב "למה תורת ה' תמימה? בשביל שהיא משיבת נפש" פירוש בשביל שהקב"ה ברא העולם ע"י גלגולים כנ"ל .
Et l'on peut encore expliquer d'une autre manière. "Et Korah prit" : car il est enseigné dans le Midrach : "Pourquoi la Torah du Nom est-elle parfaite (temima) ?
Parce qu'elle restaure l'âme (mechivat nefech, littéralement : elle fait revenir l'âme)" (cf. Tehilim 19,8).
Or ce Midrach est extrêmement étonnant. Et il apparaît que les kabbalistes ont écrit que Korah était la réincarnation (guilgoul) de Kayin ; c'est pourquoi il périt par l'ouverture de la terre, afin de réparer ce que "la terre ouvrit sa bouche pour recevoir le sang de Hevel son frère" (Bereshit 4,11) ; et pour cela Kayin dut se réincarner en Korah afin de réparer cette chose.
Et pourquoi Kayin n'a-t-il pas réparé cette chose par lui-même, dès cette première fois ? Mais c'est que le Nom béni soit-Il a créé [le monde] au moyen des réincarnations afin que Sa Torah fut complète, car sans cela il aurait manqué à la Torah la section "Et Korah prit".
Et par là, les paroles du Midrach sont parfaitement claires : "Pourquoi la Torah du Nom est-elle parfaite ? Parce qu'elle fait revenir l'âme" - ce qui signifie : parce que le Saint béni soit-Il a créé le monde au moyen des réincarnations, comme ci-dessus.
ויקח קרח בן יצהר בן קהת בן לוי. פירש רש"י "ולא הזכיר בן יעקב שביקש כו' והיכן נזכר שמו על קרח בהתיחסם על הדוכן".
ויש לדקדק על קושיות רש"י ז"ל "והיכן כו'", מה היה קשה אם לא היה נזכר שמו בשום מקום? ויש לפרש שרש"י ז"ל כיון בקושיתו להורות לנו דבר גדול, כי היה קשה לרש"י בהפסוק מה לנו ליחוסו בן יצהר כו', אלא פירושו הוא שלקח את היחוס הזאת למחלוקתו וחלק עליהם מחמת יחוסו, ולא זכר את יחוס של יעקב במחלוקתו שביקש כו', ושורש הדבר שזכות אבות הוא דבר גדול ועומדת לו לאדם בשעה שהוא רוצה לעבוד את ה' שיהיה לו סייעתא מן השמים לעשות המצוה בשלימות, וזאת אינו אלא כשלא לקח מעלת היחוס לצד אחר אזי בודאי עומדת לו לעבודת הבורא, וזה שפירש רש"י "ולא הזכיר בן יעקב" וכיון שלא נזכר שמו על המחלוקת, אזי בודאי שנזכר שמו לעבודת הבורא, והיכן נזכר שמו? ומפרש שנזכר שמו על הדוכן. והבן.
"Et Korah prit, fils de Yitshar, fils de Kehat, fils de Levi" (Bamidbar 16,1). Rachi explique : "et il n'a pas mentionné 'fils de Yaakov', car [Yaakov] avait demandé [miséricorde pour que son nom ne fut pas mentionné à propos de leur querelle] etc. ; et où son nom fut-il mentionné à propos de Korah ?
Dans leur généalogie sur l'estrade [des chantres]" (I Divrei Hayamim 6,22-23). Et il y a lieu de s'interroger sur la question de Rachi, de mémoire bénie, "et où etc." : quelle difficulté y aurait-il eu si son nom n'avait été mentionné en aucun endroit ?
On peut expliquer que Rachi, de mémoire bénie, a visé par sa question à nous enseigner une grande chose. Car Rachi trouvait difficile, dans le verset : à quoi nous sert sa généalogie, "fils de Yitshar" etc. ?
Mais son explication est que [Korah] prit cette généalogie pour sa querelle et se dressa contre eux en raison de son ascendance ; et il ne mentionna pas la généalogie de Yaakov dans sa querelle, car [Yaakov] avait demandé etc. Et la racine de la chose est que le mérite des pères est une grande chose, et qu'il se tient au service de l'homme au moment où celui-ci veut servir le Nom, afin qu'il ait une aide du Ciel pour accomplir la mitsva dans sa perfection ; et cela n'est vrai que lorsqu'il n'a pas employé l'excellence de son ascendance à un autre usage - alors, assurément, elle se tient à son service pour le service du Créateur.
Et c'est ce qu'explique Rachi : "et il n'a pas mentionné 'fils de Yaakov'" ; et puisque son nom n'a pas été mentionné à propos de la querelle, alors assurément son nom a été mentionné pour le service du Créateur. Et où son nom fut-il mentionné ?
Et il explique : son nom fut mentionné sur l'estrade. Et comprends bien.
ויאמרו אליו רב לכם כי כל העדה כולם קדושים ובתוכם ה' כו'. דהנה יש לדקדק "כי כל העדה" מה זה נתינת טעם על הקודם? אך הענין הוא דכך אמר להם "רב לכם" פירוש הגדולה שיש לכם לא בא לכם מצד עצמיותיכם שאתם ראוים לגדולה, רק מצד ש"כל העדה כולם קדושים" ע"ד דאיתא במדרש שהקב"ה הראה לאדה"ר דור ודור ודורשיו כו', דור לפי דורשיו ודורשיו לפי הדור, והיינו אם הדור צדיקים גם הדורשים הם צדיקים, "ומדוע תתנשאו על קהל ה'" ע"ד שפרשתי "אשר נשיא יחטא" ופירשו בגמ' "אשרי הדור שהנשיא חוטא", ופירשתי בדרך הזה, דהנה הצדיק הוא מופרש ומובדל מכל עניני עוה"ז ואין לו שייכות עם העולם כלל, ועי"ז קשה להעולם שיעלה הצדיק אותם כי אין לו שייכות עמהם.
אך אם יארע לצדיק איזה חטא ח"ו, אז יורד ממדרגתו ומהרהר בתשובה, עי"ז יוכל לחזור גם העולם עמו בתשובתו, וזהו שאמרו "אשרי הדור שהנשיא חוטא", עיין בפ' ויחי באריכות, ואח"כ כשהצדיק עושה זה העובדא ומעלה את העולם עמו, הוא בא למדריגה גדולה יותר עבור זה. וזהו שאמרו "ומדוע תתנשאו כו'", פירוש שאתם מתנשאים עצמכם שיש לכם מדריגה זו להעלות העולם עמכם, ובאמת א"צ לזה "כי כל העדה כולם קדושים".
וזה שאמר משה "לא חמור אחד מהם נשאתי" פירוש לא באתי כלל למדריגתי על ידכם, כי לא נשאתי את חמורם זו גופם, "ולא הרעותי את אחד" פירוש לא אירע לי שום חטא ורעה ח"ו שאפול ממדריגתי להתערב עמהם כנ"ל.
"Et ils lui dirent : c'est trop pour vous, car toute la communauté, tous sont saints, et le Nom est parmi eux" etc. (Bamidbar 16,3).
Or il y a lieu de s'interroger : "car toute la communauté" - en quoi cela constitue-t-il une justification de ce qui précède ? Mais la chose est ainsi : voici ce qu'il leur dit, "c'est trop pour vous (rav lakhem)", ce qui signifie : la grandeur que vous avez ne vous est pas venue de par vous-mêmes, comme si vous étiez dignes de grandeur, mais seulement du fait que "toute la communauté, tous sont saints".
Selon ce qui est enseigné dans le Midrach : le Saint béni soit-Il montra à Adam le premier homme chaque génération et ses interprètes (dorchav) etc., la génération selon ses interprètes et les interprètes selon la génération ; c'est-à-dire que si la génération est composée de justes, les interprètes eux aussi sont des justes. "Et pourquoi vous élevez-vous au-dessus de l'assemblée du Nom ?" : selon ce que j'ai expliqué sur "lorsqu'un prince (nassi) pèchera" (Vayikra 4,22), que la Guemara explique : "heureuse (achrei) la génération dont le prince pèche" (Horayot 10b).
Et j'ai expliqué de la manière suivante : le juste est séparé et distinct de toutes les affaires de ce monde-ci et n'a aucun lien avec le monde ; de ce fait il est difficile au monde que le juste l'élève, puisqu'il n'a pas de lien avec lui. Mais si quelque faute survient au juste, à Dieu ne plaise, alors il descend de son degré et songe au repentir, et par ce moyen le monde aussi peut revenir avec lui dans son repentir.
Et c'est ce qu'ils ont dit : "heureuse la génération dont le prince pèche" - vois la paracha Vayehi, longuement. Et ensuite, lorsque le juste accomplit cet acte et élève le monde avec lui, il parvient de ce fait à un degré plus grand encore.
Et c'est ce qu'ils dirent : "et pourquoi vous élevez-vous etc.", ce qui signifie : vous vous élevez vous-mêmes en prétendant que vous avez ce degré-là, celui d'élever le monde avec vous, alors qu'en vérité cela n'est pas nécessaire, "car toute la communauté, tous sont saints". Et c'est ce que dit Moche : "je n'ai pas pris l'âne d'un seul d'entre eux" (Bamidbar 16,15), ce qui signifie : je ne suis nullement parvenu à mon degré par vous, car je n'ai pas porte leur âne, c'est-à-dire leur corps ; "et je n'ai fait de mal à aucun d'eux", ce qui signifie : il ne m'est survenu aucune faute ni aucun mal, à Dieu ne plaise, qui m'aurait fait tomber de mon degré pour me mêler à eux, comme ci-dessus.
וידבר כו' בקר ויודע ה' כו' ואת הקדוש ויקריב אליו כו', פירוש לא כדבריכם שעל ידיכם באתי למדריגה זו, לא כן הוא, כי אם מחמת שנהגתי עצמי בדרך הזה, שתיכף ומיד בקומי ב"בקר" יחדתי שמו הגדול והנורא ביחודים ודביקות, וזהו "ויודע ה'" מלשון וידע את חוה שפירושו יחוד, וזהו "בקר ויודע ה' את אשר לו" שיחדתי קב"ה ושכינתיה עם העולמות, "ואת הקדוש" פירוש דהצדיק אח"כ מקדש עצמו במחשבות טהורות, "והקריב אליו" פירוש שמקרב עצמו להשי"ת להתפלל לפניו ואחר כך "אשר יבחר בו יקריב אליו" ר"ל מי שהש"י ב"ה בוחר בו, יקריב אליו - הוא מקרב אליו במדריגות קדושות, ולא כדבריכם שאתם אומרים שעל ידכם באתי למדריגה זאת. וק"ל.
"Et il parla etc. : au matin (boker), le Nom fera connaître (ve-yoda) etc., et le saint, Il le fera approcher de Lui" etc. (Bamidbar 16,5).
L'explication : il n'en est pas comme vous le dites, que ce serait par vous que je suis parvenu à ce degré ; il n'en est pas ainsi, mais c'est parce que je me suis conduit moi-même de cette manière : aussitôt et sans délai, dès mon lever "au matin", j'ai unifié Son Nom grand et redoutable par des unifications (yihoudim) et par l'attachement (devekout). Et tel est "ve-yoda ה'", du langage de "et il connut (va-yeda) Hava" (Bereshit 4,1), dont le sens est l'union (yihoud) ; et tel est "au matin, le Nom fera connaître celui qui est à Lui" : j'ai unifié le Saint béni soit-Il et Sa Chekhina avec les mondes.
"Et le saint", ce qui signifie que le juste se sanctifie ensuite lui-même par des pensées pures. "Et Il le fera approcher de Lui", ce qui signifie qu'il se rapproche lui-même du Nom béni pour prier devant Lui.
Et ensuite "celui qu'Il choisira, Il le fera approcher de Lui", c'est-à-dire : celui que le Nom béni soit-Il choisit, Il le fait approcher de Lui - Il le rapproche de Lui par des degrés saints. Et il n'en est pas comme vous le dites, vous qui prétendez que c'est par vous que je suis parvenu à ce degré-là.
Et cela se comprend aisément.
או יאמר "בקר ויודע" כו'. כי משה רבינו ע"ה רצה דווקא לעשות להם טובה שישארו חיים, לכן אמר שימתינו עד אור הבקר שאז הרחמים גוברים וחסד אל מתגלה, וכשהחסד גובר אז אעפ"י שהאדם חייב אעפ"כ הקב"ה מרחם עליו, בהיות שמרחם על מעשה ידיו שהם ברואיו לבלתי השחיתם, או מחמת שהקב"ה רואה זכות הצדיק שבדור ובזכותו מרחם על הדור ומכפר להם הכל, לכך אמר להם "בקר" שהחסד גובר, "ויודע ה' אשר לו" פירוש שהש"י ירחם עליכם בשביל שאתם שלו ופועל ידיו, או "ואת הקדוש והקריב אליו" שיקריב אליו זכות הצדיק הקדוש ויגן עליכם למחול לכם.
וק"ל.
Ou bien on dira "au matin, et Il fera connaître" etc. Car Moche notre maître, la paix soit sur lui, voulait précisément leur faire du bien, qu'ils demeurassent en vie ; c'est pourquoi il leur dit d'attendre jusqu'à la lumière du matin, car alors les miséricordes l'emportent et la bonté divine ('hessed) se révèle.
Et lorsque le 'hessed l'emporte, alors, même si l'homme est coupable, malgré cela le Saint béni soit-Il a pitié de lui, du fait qu'Il a pitié de l'œuvre de Ses mains, qui sont Ses créatures, pour ne pas les détruire ; ou bien parce que le Saint béni soit-Il voit le mérite du juste de la génération, et par son mérite Il a pitié de la génération et leur pardonne tout. C'est pourquoi il leur dit "au matin", car alors le 'hessed l'emporte ; "et le Nom fera connaître celui qui est à Lui", ce qui signifie que le Nom béni aura pitié de vous parce que vous êtes à Lui et l'œuvre de Ses mains ; ou bien "et le saint, Il le fera approcher de Lui", qu'Il fasse approcher de Lui le mérite du juste saint, et que celui-ci vous protège pour qu'il vous soit pardonné.
Et cela se comprend aisément.
או יאמר "וישמע משה ויפול על פניו" כו', י"ל ע"פ דרך הלצה, כי איתא בגמרא אסור לאדם ליפול על פניו אלא א"כ יודע שנענה כיהושע כו', ומשה רבינו ע"ה היה עניו מאד והיה שפל בדעתו מכל אחד, והיה מתיירא ליפול על פניו, ואחר ששמע מקרח שאמר שהוא הרב והנשיא שבישראל ולו ראוי הגדולה, התחיל ליפול על פניו, ולזה נאמר "וישמע משה ויפול" כו'.
Ou bien on dira "et Moche entendit et il tomba sur sa face" etc. (Bamidbar 16,4) ; on peut l'expliquer par voie de boutade.
Car il est enseigné dans la Guemara qu'il est interdit à l'homme de tomber sur sa face à moins qu'il ne sache qu'il sera exaucé comme Yehochoua etc. (Baba Metsia 59b) ; or Moche notre maître, la paix soit sur lui, était très humble et se tenait en son propre esprit pour plus bas que quiconque, et il craignait de tomber sur sa face.
Mais après avoir entendu de Korah, qui disait que lui était le maître et le prince en Israël et que la grandeur lui revenait, il se mit à tomber sur sa face. Et c'est pour cela qu'il est dit "et Moche entendit et il tomba" etc.
ויאמר משה אל קרח קחו לכם מחתות קרח כו' קטורת. כתב רש"י "וכי טפשים היו הלא התרה בהם אלא הם חטאו בנפשותם וקרח שפקח היה" כו'.
ולכאורה תמוה מה התירוץ הם חטאו כו', ע"ז ג"כ קשה למה חטאו וכי טפשים היו, אלא נראה דהנה בודאי שכוונתם היתה גדולה מאוד לשם שמים, כי תשוקתם היתה לכהונה גדולה ולהקטיר קטורת לפני ולפנים, וקשה הלא צריך לזה דביקות גדול, אלא ע"כ צריך לומר שזה גופא היתה כונתם, כי הם היו ראשי סנהדראות כולם, לכן היו מתאוים אל העבודה הזאת כדי שעל ידה יוכלו לתקן את שלימות נפשם ולבוא אל הדביקות היותר גדול. ומשה הבין זה ג"כ, אך שהבין עוד יותר שהם לא יוכלו לגמור זאת בדביקות שלהם, כי צריך בהכרח לזה דוקא בני אהרן המובחרים ולא שאר העם, כי לדביקות צריך יראה גדולה שלא יהנה ממנה להנאת עצמו כלל רק התפשטות גמור, וזה היה חטא נדב ואביהוא כאשר נבאר אי"ה בתוך הביאור.
"Et Moche dit à Korah : prenez-vous des encensoirs, Korah etc. ... de l'encens (ketoret)" (Bamidbar 16,6-7). Rachi écrit : "Étaient-ils donc des sots ?
Il les avait pourtant avertis ! Mais eux ont péché au péril de leurs âmes, et Korah, qui était perspicace" etc.
Et à première vue cela est étonnant : quelle réponse y a-t-il à dire "eux ont péché" etc. ? Car sur cela aussi la difficulté demeure : pourquoi ont-ils péché, étaient-ils donc des sots ?
Mais il apparaît qu'assurément leur intention était très élevée et pour l'amour du Ciel, car leur désir portait sur la grande prêtrise et sur l'offrande de l'encens dans le lieu le plus intérieur. Et l'on objectera : cela ne requiert-il pas un grand attachement (devekout) ?
Mais il faut nécessairement dire que c'était là précisément leur intention : car ils étaient tous des chefs de sanhédrin, aussi aspiraient-ils à ce service, afin que par lui ils puissent réparer la perfection de leur âme et parvenir à l'attachement le plus grand. Et Moche comprenait cela lui aussi, mais il comprenait de surcroît qu'ils ne pourraient mener cela à son terme avec leur attachement, car cela requiert nécessairement et précisément les fils d'Aharon, les élus, et non le reste du peuple ; car l'attachement requiert une grande crainte, afin de n'en tirer aucune jouissance pour son propre agrément, mais seulement un dépouillement complet [de la corporalité].
Et telle fut la faute de Nadav et Avihou, comme nous l'expliquerons, avec l'aide du Ciel, dans le cours de l'explication.
ותחילה נפרש דברי הגמרא שאמרו "מאי טעמא מתו בני אהרן על שהורו הלכה כו', וחד אמר שתויי יין נכנסו למקדש". ולכאורה תמוה, הלוא בפסוק כתיב בהקריבם אש זרה, והם מפרשים טעמים אחרים.
ונראה כי הם לא אמרו רק הטעם הפסוק כי חטא בני אהרן היה על שהקריבו אש הדיוט, ובאמת אמרינן אע"פ שבא אש מן השמים מצוה להביא מן ההדיוט, וא"כ עשו כדת ולמה נענשו? ולזה באו המפרשים הנ"ל לפרש החטא ולמה היה העונש. והפירוש הוא כך, שכוונת נדב ואביהוא היה לטובה מאד, כי היה להם דביקות גדול מאוד, והדביקות נקרא "אש" ע"ש שהאדם מקרב עצמו אל אור שכינתו ובוער בקרבו האור הגדול כאש בוערת, ויש ג"כ אש אחר, והיינו שיש לאדם חשק ותענוג גשמי ולבו בוער לדבר ההוא, ואש הדביקות נקרא "אש מן השמים", וזה הגשמי נקרא "אש מן ההדיוט", והאדם צריך להעלות הכל למעלה, אפילו כל ההנאות הגשמיות, הן אכילה ושתיה ובכל המידות צריך להוציא יקר מזולל, וזו היא "אע"פ שבא אש מן השמים מצוה להביא מן ההדיוט", אלא שבשעה שאדם מדבק עצמו אין רשאי לערב בתוכה שום צורך הנאתו, שח"ו פוגם במקום ההוא אשר הדביקות שם שורה.
Et tout d'abord nous expliquerons les paroles de la Guemara, où ils ont dit : "Pour quelle raison les fils d'Aharon sont-ils morts ? Parce qu'ils ont tranché une règle halakhique [en présence de leur maître] etc. ; et un autre dit : parce qu'ils sont entrés dans le sanctuaire après avoir bu du vin" (Erouvin 63a).
Et à première vue cela est étonnant : n'est-il pas écrit dans le verset "lorsqu'ils offrirent un feu étranger" (Bamidbar 3,4), tandis qu'eux expliquent par d'autres raisons ? Or il apparaît qu'ils n'ont donné que la raison même du verset : car la faute des fils d'Aharon fut d'avoir offert un feu profane (ech hedyot) ; et pourtant nous disons : "bien qu'un feu descende du Ciel, c'est une mitsva d'en apporter du profane" (Yoma 21b).
S'il en est ainsi, ils ont agi selon la loi, et pourquoi donc ont-ils été punis ? C'est pour cela que les commentateurs susdits sont venus expliquer en quoi consista la faute et pourquoi il y eut châtiment.
Et l'explication est ainsi : l'intention de Nadav et Avihou était très bonne, car ils avaient un attachement (devekout) très grand ; et l'attachement est appelé "feu", du fait que l'homme rapproche sa personne de la lumière de Sa Chekhina et que la grande lumière brûle au-dedans de lui comme un feu ardent. Et il existe aussi un autre feu, à savoir lorsque l'homme éprouve un désir et un plaisir corporels et que son cœur brûle pour cette chose-là.
Et le feu de l'attachement est appelé "feu venu du Ciel", tandis que ce feu corporel est appelé "feu venu du profane" ; et l'homme doit tout élever vers le haut, même toutes les jouissances corporelles, qu'il s'agisse du manger et du boire, et dans toutes les qualités il lui faut "tirer le précieux du vil" (Yirmeyahou 15,19). Et tel est le sens de "bien qu'un feu descende du Ciel, c'est une mitsva d'en apporter du profane" ; seulement, à l'heure où l'homme s'attache [à son Créateur], il ne lui est pas permis d'y mêler quelque besoin de sa propre jouissance, car à Dieu ne plaise il porterait atteinte à ce lieu même où l'attachement réside.
והנה הם היו בדביקות גדול מאוד ולא היו רשאין לקרב לשם באש זרה ולכך נענשו, וידוע שהדביקות מרומז בשם "יין המשומר בענביו", ולכך אמרו בגמרא שנענשו על האש זרה כנאמר בפסוק, והוא משום הטעם "שנכנסו שתויי יין", והרמז על הדביקות הגדול המרומז ביין, ולא היה להם להקריב במקום ההוא האש של הדיוט. "וחד אמר על שהורו" כו', ג"כ כך שקאי על בהקריבם, אלא שמפרש מה היה האש זרה שפירושו הנאה גשמי כדלעיל, ומפרש שהיה להם תענוג גדול מזה על שבאו על דבר האמת להקריב אש זרה כמו שבאמת הוא מצוה כנ"ל, והיה להם תענוג מזה שכוונו האמת, וזו היה "על שהורו הלכה בפני רבן", פירוש שהם עשו כך בדעתם קודם ששמעו מפי רבן, וכוונו האמת ובאו לידי הנאה מזה, ובשעת הדביקות לא היה להם לחשוב הנאתם כלל.
Or eux se trouvaient dans un attachement très grand, et il ne leur était pas permis de s'approcher là avec un feu étranger, et c'est pourquoi ils furent punis. Et il est connu que l'attachement est évoqué par l'expression "le vin conservé dans ses raisins" ; c'est pourquoi ils ont dit dans la Guemara qu'ils furent punis pour le feu étranger, comme il est dit dans le verset, et cela pour la raison "qu'ils entrèrent après avoir bu du vin", l'allusion portant sur le grand attachement évoqué par le vin : ils n'avaient pas à offrir en ce lieu-là le feu du profane.
"Et un autre dit : parce qu'ils ont tranché une règle halakhique" etc. : cela aussi porte sur "lorsqu'ils offrirent", sauf qu'il explique en quoi consistait le "feu étranger", dont le sens est une jouissance corporelle comme ci-dessus ; et il explique qu'ils éprouvèrent un grand plaisir de ce qu'ils étaient parvenus à la chose vraie en offrant un feu étranger, puisque en vérité c'est une mitsva comme ci-dessus, et ils éprouvèrent du plaisir d'avoir visé juste. Et c'est cela "parce qu'ils ont tranché une règle halakhique en présence de leur maître", ce qui signifie qu'ils ont agi ainsi de leur propre jugement avant d'avoir entendu de la bouche de leur maître, et ils ont visé le vrai et en sont venus à en tirer une jouissance ; or à l'heure de l'attachement ils n'auraient pas dû songer du tout à leur propre jouissance.