« Et si c'est ainsi (kakha) que tu agis envers moi, tue-moi donc » (Bamidbar 11,15). Pour le Noam Elimele'h, « ainsi » a la même valeur (guematria) que MaH (quarante-cinq), nom par lequel le juste opère, et qui demande à Israël de venir à ce degré. « Heureux le peuple pour qui il en est ainsi » (Tehilim 144,15) vient de la racine d'apaiser : heureux qui apaise la colère par MaH. Moché, ayant ce degré, demande que soit tué le mauvais penchant déjà écarté de la séduction, devenu réprimandeur (mokhia'h) qui lui montre ses manques pour qu'il craigne de prier ; qu'il ne voie plus qu'il gâte, et qu'il ne trouve pas en lui de manques.
Aussi : l'humilité de Moché qui ôte l'accusation contre Miriam, et la descente soudaine pour punir ici-bas ; Moché qui veut porter la charge d'Israël sans voir leur bassesse ; le nom MI qui met une bouche au juste et réduit l'accusateur au silence
והוסיף עוד בתפלתו "ואם ככה את עשה לי הרגני גא הרג", ד"ככה" בגימ׳טריא "מה", דעיקר התפעלות הצדיק הוא ע"י שם מ"ה. וזהו "ועתה ישראל מה ה׳ א-להיך שואל מעמך" כו׳, ר"ל שם מ"ה שואל מעמך, שתבא למדרגה זאת שתפעלו בשם מ"ה הצטרכותך.
וזהו "אשרי העם שככה לו" פירוש שככה מלשון וחמת המלך שככה, והיינו אשרי העם שיכולין לשכך החימה ע"י שם מ"ה הוא "ככה". וזה שאמר משה רבינו ע"ה "ואם ככה את" כו׳, ר"ל שכיון שנתת לי מדרגת "ככה", אני מתפלל לפניך "הרגני נא הרג", דדוד המלך ע"ה אמר "ולבי חלל בקרבי" ודרשו חז"ל שהרג היצה"ר, ולכאורה הלא היצה"ר הוא מלאך ואיך אפשר שהרגו, אלא פירושו שהעבירו מאומנתו שהיה מסית אותו, וכן צדיק וצדיק הורג היצה"ר, היינו שמעבירו שלא להסיתו, ודרך היצה"ר כיון שאינו יכול לאדם להתגבר עליו באיזה דבר שמסיתו, אז הוא מתהפך לאומנות אחרת ונעשה מוכיח להצדיק תמיד, ומראה לו תמיד חסרונות ואיך שמעשיו אינו עולין כהוגן, וכוונתו בזה למען יבוש הצדיק ויירא מלהתפלל, וזה שהתפלל משה "הרגני נא הרג" היינו היצה"ר הנקרא הרג, שהרגתיו כבר, רק שנהפך עלי למוכיח ומראה בי חסרונות ורעות כדי שאבוש ואירא מלהתפלל לפניך, לכן הרגהו גם אתה בזה שלא יראני שאני מקלקל, ואהיה מתפלל לפניך בכל לב ונפש, וזהו "ואל אראה ברעתי" פירוש שלא אמצא בי חסרונות.
Et il ajouta encore dans sa prière: 'et si c'est ainsi (kakha) que tu agis envers moi, tue-moi donc' (Nombres 11,15). Car 'ainsi' (ככה) a la même valeur numérique (guematria) que 'quoi' (מ״ה, MaH, quarante-cinq), car l'essentiel de l'action opérante du juste se fait par le nom MaH (מ״ה, nom divin de valeur numérique quarante-cinq).
Et c'est là le sens de 'et maintenant, Israël, que (mah) le Nom ton Dieu demande-t-il de toi' etc. (Deutéronome 10,12): cela veut dire que le nom MaH demande de toi que tu viennes à ce degré-là, afin que vous opériez par le nom MaH ce dont vous avez besoin.
Et c'est là 'heureux le peuple pour qui il en est ainsi (shekakha lo)' (Psaumes 144,15): l'explication est que 'shekakha' est de la même racine que 'et la colère du roi s'apaisa (shakhakha)' (Esther 7,10); c'est-à-dire heureux le peuple qui est capable d'apaiser la colère par le nom MaH, lequel est 'ainsi' (ככה). Et c'est ce qu'a dit Moché notre maître, la paix soit sur lui: 'et si ainsi tu agis' etc., c'est-à-dire: puisque tu m'as donné le degré de 'ainsi' (ככה), je prie devant toi 'tue-moi donc'.
Car David le roi, la paix soit sur lui, a dit 'et mon cœur est transpercé au-dedans de moi' (Psaumes 109,22), et nos maîtres, de mémoire bénie, ont expliqué qu'il avait tué le mauvais penchant (yetser hara). Or, à première vue, le mauvais penchant est un ange: comment serait-il possible qu'il l'ait tué?
Mais l'explication en est qu'il l'a fait passer de son métier, qui était de le séduire; et de même tout juste qui tue le mauvais penchant, cela veut dire qu'il l'écarte pour qu'il ne le séduise plus. Et telle est la manière du mauvais penchant: dès lors qu'il ne peut plus l'emporter sur l'homme dans la chose où il le séduisait, il se retourne alors vers un autre métier et devient un réprimandeur (mokhiah) constant du juste, et lui montre continuellement ses manques et combien ses actes ne s'accomplissent pas comme il faut; et son intention en cela est que le juste ait honte et craigne de prier.
Et c'est ce que Moché a demandé dans sa prière: 'tue-moi donc' (hargeni na harog), à savoir le mauvais penchant qui est appelé 'harog' (le fait de tuer), que j'ai déjà tué, sauf qu'il s'est retourné contre moi en réprimandeur et me montre mes manques et mes maux afin que j'aie honte et que je craigne de prier devant toi; c'est pourquoi tue-le, toi aussi, en cela qu'il ne me fera plus voir que je gâte, et je prierai devant toi de tout cœur et de toute âme. Et c'est là 'et que je ne voie pas mon malheur' (Nombres 11,15): l'explication est que je ne trouve pas en moi de manques.
וזהו "ותדבר מרים" כו׳, פירוש דאיתא בגמרא עבירות שבין אדם לחבירו אין יוה"כ מכפר, ויש לומר הטעם מחמת כל זמן שלא ריצה לחבירו, יש קטרוג למעלה ואינו מניח לכפר עליו עד שירצה חבירו, שכל זמן שיש לחבירו תרעומות עליו, אז יש למעלה כנגדו קטרוג עליו, וכיון שנתרצה חבירו חלף הלך לו המקטרג. והנה כאן במרים לא היה יכול הקטרוג לקטרג, מחמת שלא הקשה בעיני משה דבורם מגודל ענותנותו, כי היה עניו מכל אדם, וזהו קישור הכתוב "וישמע ה׳" ר"ל השם לבדו, שלא היה שם קטרוג כי "והאיש משה עניו מאוד", אך שהש"י לא רצה לעזוב את עוונם חלילה לעוה"ב, ובעוה"ז א"א לענוש אותם בלא קטרוג, לכן "ויאמר ה׳ פתאום צאו שלשתכם", ר"ל פתאום כדי שיתבהל משה קצת וירד ממדרגתו ויהא שוה לאהרן ומרים במדרגתם, וזהו "שלשתכם" מלה מיותרת, אלא פירושו כנ"ל במדרגה אחת, ואז היה קשה קצת בעיני משה את דבורם בו, ולכן היתה יכולה להענש בעוה"ז ולא ימצא בה חטא ועון כלל לעוה"ב.
Et c'est là 'et Miriam parla' etc. (Nombres 12,1).
L'explication: il est enseigné dans la guemara (Yoma 85b) que les fautes entre l'homme et son prochain, le jour de Kippour ne les expie pas. Et l'on peut en dire la raison: tant qu'il n'a pas apaisé son prochain, il y a une accusation en haut, et elle ne laisse pas expier pour lui jusqu'à ce qu'il ait apaisé son prochain; car tant que son prochain a des griefs contre lui, il y a en haut, en face de lui, une accusation contre lui; et dès lors que son prochain est apaisé, l'accusateur s'en est allé et a disparu.
Or ici, chez Miriam, l'accusation ne pouvait pas accuser, parce que leur parole n'avait pas été pénible aux yeux de Moché, du fait de sa très grande humilité, car il était plus humble que tout homme. Et telle est la liaison du verset 'et le Nom entendit' (Nombres 12,2), c'est-à-dire le Nom seul, car il n'y avait pas là d'accusation, puisque 'et l'homme Moché était très humble' (Nombres 12,3).
Seulement, le Nom, béni soit-Il, ne voulait pas abandonner leur faute, à Dieu ne plaise, pour le monde à venir; et dans ce monde-ci il est impossible de les punir sans accusation. C'est pourquoi 'et le Nom dit soudain: sortez, vous trois' (Nombres 12,4): c'est-à-dire 'soudain', afin que Moché soit un peu saisi et descende de son degré, et qu'il soit égal à Aharon et à Miriam dans leur degré.
Et c'est là 'vous trois', mot superflu; mais son explication est comme ci-dessus: en un seul et même degré. Et alors leur parole à son sujet fut un peu pénible aux yeux de Moché, et c'est pourquoi elle put être punie dans ce monde-ci, et qu'on ne trouve en elle ni faute ni iniquité du tout pour le monde à venir.
או יאמר וישמע משה כו׳ ובעיני משה כו׳, קצת באופן אחר. כי הנה בראות הצדיק שפלות ישראל אינו יכול להתפלל עליהם חלילה ונתרשל דעתו, וזהו "ובעיני משה רע" שראה שפלותם במה שאמרו זכרנו כו׳, שהבין שהוא על עסקי עריות כנ"ל, לכך התפלל "למה הרעות לעבדך" פירוש למה נתת לי מדריגה זאת שאוכל לראות הרעות של ישראל ח"ו, וזה גורם לי שאיני יכול להתפלל עליהם, "ולמה לא מצאתי חן לשום את משא כל העם הזה עלי" ר"ל מוטב היה לי אם נתת משאם עלי, פירוש הצטרכותם להשפיע להם כל צרכם, ולא אסתכל בשפלותם רק מעלתם, כדי שאוכל להתפלל עליהם ולהשפיע להם כל טוב.
Ou bien on expliquera 'et Moché entendit' etc. (Nombres 11,10), 'et aux yeux de Moché ce fut mal' etc., d'une manière quelque peu différente.
Car voici: lorsque le juste voit la bassesse d'Israël, il ne peut pas prier pour eux, à Dieu ne plaise, et son esprit se relâche. Et c'est là 'et aux yeux de Moché ce fut mal', car il vit leur bassesse dans ce qu'ils avaient dit 'nous nous souvenons' etc.
(Nombres 11,5), puisqu'il comprit que cela portait sur des affaires d'unions interdites (arayot), comme dit plus haut. C'est pourquoi il pria: 'pourquoi as-tu fait du mal à ton serviteur' (Nombres 11,11), dont l'explication est: pourquoi m'as-tu donné ce degré-là, qui fait que je puis voir les maux d'Israël, à Dieu ne plaise?
Et cela cause que je ne puis prier pour eux. 'Et pourquoi n'ai-je pas trouvé grâce pour que tu mettes sur moi la charge de tout ce peuple' (Nombres 11,11): cela veut dire qu'il eût mieux valu pour moi que tu mettes leur charge sur moi, c'est-à-dire ce dont ils ont besoin, pour leur faire couler tous leurs besoins, et que je ne regarde pas leur bassesse mais seulement leur élévation, afin que je puisse prier pour eux et faire couler vers eux tout bien.
והנה ידוע דכל השפעות שבעולם נשפעים ע"י אלו שני המדות, שם מ"י ושם מ"ה. ובזה יבואר הפסוק "מי שם פה לאדם או מי ישום אלם", ולכאורה יש לדקדק השנוי לשון, "מי שם" הוא לשון הווה, "או מי ישום" הוא לשון עתיד, ולמה שינה הכתוב? ויבואר ע"פ דאיתא בגמרא (שבת קטז, א), ובמדרש הוא מבואר יותר, וזהו ספר שנמחק ונשתייר בו פ"ה תיבות טעונה גניזה ומטמא את הידים ומצילו מפני הדליקה.
ואפשר שהגמרא רמזה בזה, כי כשהאדם לומד ואינו מקיים, הוא כאילו מוחק מה שכתוב בספר ח"ו, וגורם למיעוט השפעות וטובות לעולם, אך כשיש צדיק בעולם שיש לו פה קדוש, ויוכל לפעול בדיבורו הטוב כל מיני שפע ורחמים, אז הצדיק הזה מבטל הדינים, וזהו "מטמא את הידים" ר"ל ידי עשו שהוא השפלות, מטמא אותם להכניעם ולהשפילם, הוא "מציל מפני הדליקה", היינו הרעות הנקרא דליקה מלשון מה דלקת אחרי, ע"ש שרודפים אחרי האדם והקב"ה מצילו מידם, והוא מבואר "ספר שנמחק" פירוש כנ"ל, שאינם מקיימים מה שכתוב בו, "ונשתייר בו פ"ה תיבות", היינו הצדיק אשר יש לו פה קדוש כנ"ל, אז הוא יכול לתקן הכל.
Et voici, il est connu que tous les flux (hashpaot) qui sont dans le monde sont répandus par ces deux attributs (midot): le nom MI (מ״י) et le nom MaH (מ״ה). Et par là s'expliquera le verset 'qui (mi) a mis une bouche à l'homme, ou qui (mi) rend muet' (Exode 4,11).
Et à première vue il y a lieu d'être précis sur le changement de langue: 'mi sam' est au présent, 'o mi yassoum' est au futur; et pourquoi l'Écriture a-t-elle changé? Cela s'expliquera d'après ce qui est enseigné dans la guemara (Chabbat 116a) - et dans le midrach c'est expliqué davantage - à savoir: un livre qui a été effacé et dans lequel il est resté quatre-vingt-cinq (פ״ה) mots doit être enfoui (gueniza), rend les mains impures, et on le sauve de l'incendie.
Et il est possible que la guemara ait fait par là une allusion: car lorsque l'homme étudie et n'accomplit pas, c'est comme s'il effaçait ce qui est écrit dans le livre, à Dieu ne plaise, et il cause une diminution des flux et des biens pour le monde. Mais lorsqu'il y a dans le monde un juste qui possède une bouche sainte (pe, פ״ה, dont les lettres valent quatre-vingt-cinq), et qui peut opérer par sa bonne parole toutes sortes de flux (shefa) et de miséricordes, alors ce juste-là annule les rigueurs (dinim).
Et c'est là 'il rend les mains impures', c'est-à-dire les mains d'Esav, qui sont la bassesse: il les rend impures pour les soumettre et les abaisser; et il 'sauve de l'incendie (deleka)', à savoir les maux appelés 'deleka', de la même racine que 'que m'as-tu poursuivi (dalakta) ainsi' (Genèse 31,36), parce qu'ils poursuivent l'homme, et le Saint béni soit-Il le sauve de leur main. Et cela s'explique ainsi: 'un livre qui a été effacé', l'explication est comme ci-dessus, qu'ils n'accomplissent pas ce qui y est écrit; 'et il y est resté quatre-vingt-cinq (פ״ה) mots', à savoir le juste qui possède une bouche (pe) sainte comme dit plus haut: alors il peut tout réparer (tikoun).
וזהו "מי שם פה לאדם", ר"ל השם של "מי" שם פה לאדם, היינו הצדיק הנקרא "אדם", שיוכל לפעול בפיו הקדוש כל הרחמים והחסדים, ולכן נכתב בלשון הווה, שבכל דור צריך להיות צדיק כזה שיוכל להמשיך שפע לקיים הדור ההוא, "או מי ישום אלם" דמן הראוי שלא יהיה שום מקטרג על ישראל, אבל אם ח"ו המצא ימצא איזה מלשין ומסטין חלילה, אז הש"י ברחמיו עושה אותו אלם שלא יוכל לקטרג, וע"י שם "מי" הוא עושה אותו אלם, לכך כתיב בלשון עתיד "או מי ישום אלם" כלומר כשהשעה הוצרכה לכך לעשותו אלם, והאדם הצדיק הוא מבטל הדינים ע"י שם מ"ה, כי "אדם" בגימטריא מ"ה, והצדיק הוא במדריגה אד"ם, והוא דבוק במדת מ"ה, ועי"ז הוא מבטל הדינים. וזהו שאמר משה רבינו ע"ה ונחנו מ"ה, כשראה שחטאו ישראל אמר לאהרן אנחנו במדריגה מה, ונבטל הדינים מעליהם.
וגם כאן התפלל משה על זאת, "ואם "ככה"" בגימטריא "מה", שרצה לעורר הרחמים, אמן כן יהי רצון.
Et c'est là 'qui (mi) a mis une bouche à l'homme': cela veut dire que le nom de 'MI' a mis une bouche à l'homme (adam), à savoir le juste qui est appelé 'adam', lequel peut opérer par sa bouche sainte toutes les miséricordes et toutes les bontés (hassadim). Et c'est pourquoi c'est écrit au présent: car dans chaque génération il doit y avoir un juste tel qu'il puisse attirer le flux pour faire subsister cette génération-là. 'Ou qui (mi) rend muet': il eût été convenable qu'il n'y ait aucun accusateur contre Israël; mais si, à Dieu ne plaise, il se trouve quelque délateur et quelque accusateur, alors le Nom, béni soit-Il, dans sa miséricorde, le rend muet afin qu'il ne puisse pas accuser; et c'est par le nom 'MI' qu'Il le rend muet.
C'est pourquoi il est écrit au futur 'ou qui rend muet', c'est-à-dire lorsque l'heure l'exige ainsi, de le rendre muet. Et l'homme juste, lui, annule les rigueurs par le nom MaH, car 'adam' (אדם) a pour valeur numérique quarante-cinq (מ״ה), et le juste est au degré d'adam (אד״ם), et il est attaché à l'attribut de MaH, et par cela il annule les rigueurs.
Et c'est ce qu'a dit Moché notre maître, la paix soit sur lui: 'et nous, que sommes-nous (venahnou mah)' (Exode 16,7): lorsqu'il vit qu'Israël avait fauté, il dit à Aharon: nous sommes au degré de MaH, et nous annulerons les rigueurs de dessus eux. Et ici aussi Moché pria pour cela: 'et si ainsi (ככה)', dont la valeur numérique est celle de 'מ״ה', car il voulait éveiller les miséricordes.
Amen, qu'ainsi soit la volonté.