« Tout homme (un homme, un homme) qui sera impur par un mort » (Bamidbar 9,9-10) : le Noam Elimele'h l'explique par remez (allusion), comme « Avraham, Avraham » : homme en bas et homme en haut. L'impureté du grand tsadik n'est que du côté de la nefech (âme vitale), par la faute d'Adam. Il chemine dans les mondes éloignés pour faire couler le bien et une demeure pour la Che'hina ; ses actes sont pour le Nom, et Pessa'h est peh sah, la bouche qui parle. Qui se joint à lui opère comme lui par un second renouvellement, même mêlé de 'hamets et de matsa, s'il ne brise pas l'essentiel du Choul'han Aroukh.
Aussi : dresser le Tabernacle : nuée de bassesse chez le tsadik, feu chez celui de la nuit ; Moché à 'Hovav, joie des miracles et œil ouvert du Nom ; les anges flairent les pensées dans la prière de Moché sur le poisson
וידבר ה׳ כו׳ דבר אל בני ישראל איש איש כי יהיה טמא לנפש. נראה לפרש ע"ד הרמז, דאיתא בזוהר הקדוש ובשאר ספרים "אברהם אברהם" פירוש אברהם למטה אברהם למעלה, וכן משה משה כו׳, וכן כולם.
ויש לכוין ג"כ הפירוש גם כאן בדרך הזה, "איש איש" פירוש אם המצא ימצא צדיק גדול כזה הנקרא איש למטה ואיש למעלה בהעולמות, "כי יהיה טמא לנפש", דאיתא בזוהר דהצדיק הגדול הוא מהנפש דאדה"ר, ולזה לא נמצא בו שום דופי רק מחמת חטא אדה"ר קצת, וזהו פירוש "טמא לנפש" ר"ל שטומאתו אינו אלא מצד הנפש שנאחז בו מחטא אדה"ר, "או בדרך רחוקה לכם או לדורותיכם" פירוש הכתוב מפרשו ואומר לנו שהצדיק כזה הוא פועל בשני דרכים, שהם "או בדרך רחוקה" והוא עולמות עליונים הרחוקים והוא הולך בהם, "לכם" כמו בשבילכם, להשפיע לכם כל טוב, "או לדורותיכם" פירוש לעשות דירה להשכינה להעלותה לדורות העליונים, "ועשה פסח לה׳" פירוש כל עשיותיו בפיו הקדוש הכל לה׳, "פסח" כבר פירשנו שהוא פה סח.
Et le Nom parla etc., 'parle aux enfants d'Israël: tout homme (littéralement: un homme, un homme) qui sera impur par un mort' (Nombres 9,9-10). Il semble qu'on l'explique par voie d'allusion (remez), car il est enseigné dans le saint Zohar et dans les autres livres, au sujet des mots 'Abraham, Abraham' (Genèse 22,11), que l'explication en est: Abraham en bas et Abraham en haut; et de même 'Moché, Moché' etc., et ainsi de tous.
Et il convient de diriger l'explication de cette même manière ici aussi: 'un homme, un homme' veut dire: s'il se trouve un juste aussi grand, celui qui est appelé 'homme' en bas et 'homme' en haut dans les mondes; 'qui sera impur par une âme' (tame lanefesh) - car il est enseigné dans le Zohar que le grand juste provient de la nefech (l'âme vitale, le degré le plus bas de l'âme) d'Adam le premier homme, et pour cela il ne se trouve en lui aucune tare, sinon un peu à cause de la faute d'Adam le premier homme; et telle est l'explication de 'impur par la nefech': c'est-à-dire que son impureté n'est que du côté de la nefech, par ce qui s'est saisi de lui de la faute d'Adam le premier homme. 'Ou en voyage lointain, pour vous ou pour vos générations' (Nombres 9,10): l'explication en est que l'Écriture s'explique elle-même et nous dit qu'un tel juste opère selon deux voies, à savoir 'ou en voyage lointain', ce sont les mondes supérieurs éloignés, et il y chemine; 'pour vous' (lakhem), au sens de 'à cause de vous', pour faire couler vers vous tout bien; 'ou pour vos générations' (ledoroteikhem), c'est-à-dire faire une demeure (dira) pour la Chekhina, afin de l'élever vers les générations supérieures (dorot, entendu ici comme dirot, demeures); 'et il fera le Pessa'h pour le Nom': l'explication en est que tous ses actes, par sa bouche sainte, sont tout entiers pour le Nom; et quant à 'Pessa'h' (פסח), nous avons déjà expliqué que c'est peh sah (פה סח, la bouche qui parle).
ועוד אמר לנו הכתוב "בחדש השני" ר"ל אז כשיש צדיק גדול כזה, אז כל מי שהוא בדורו של הצדיק ההוא, אף שאינו צדיק גדול כמוהו, אף על פי כן יכול לפעול גם כן כמו הצדיק גמור מחמת התחברו עמו, וזהו "בחדש השני" ר"ל בחידוש שני, שהוא למטה ממנו ממדרגת הצדיק הגדול, "ככל חוקת הפסח יעשו אותו" פירוש שגם הוא יכול לפעול כמוהו בהתקשרו עמו, וזה רמזו חז"ל באמרם "פסח שני חמץ ומצה עמו בבית" רמז שגם אם הוא מעורב קצת בחמץ ומצה, הם טוב ורע, אעפ"כ יכול להיות הפסח לה׳ כנ"ל, אבל הצדיק גמור, "סביביו נשערה מאד", וחמץ משהו אוסר בו ואינו בטל. ואמר הכתוב רק זאת הוא העיקר הגדול, "ועצם לא ישברו בו" ר"ל הגם שאינו כמו הצדיק הגדול, ויש בו קצת טוב ורע, עכ"פ צריך לראות שלא ישבר את העצמיות, והיינו שלא יעבור על דברי חז"ל המבוארים בש"ע לקיימם היטב, כי הם העיקר העצם והשורש.
וק"ל.
Et l'Écriture nous dit encore 'au second mois' (Nombres 9,11): cela veut dire qu'alors, lorsqu'il y a un tel grand juste, quiconque se trouve dans la génération de ce juste-là, même s'il n'est pas un aussi grand juste que lui, peut néanmoins opérer lui aussi comme le juste parfait, du fait qu'il se joint à lui. Et c'est là 'au second mois' (bahodesh hasheni): cela veut dire par un second renouvellement ('hidouch sheni), qui est au-dessous de lui, au-dessous du degré du grand juste. 'Ils le feront selon toute la loi du Pessa'h' (Nombres 9,12): l'explication en est que lui aussi peut opérer comme lui en se liant à lui.
Et c'est ce qu'ont laissé entendre par allusion nos maîtres, de mémoire bénie, en disant: 'au second Pessa'h, le pain levé (hamets) et le pain azyme (matsa) sont avec lui dans la maison' (Pessahim 95a) - allusion au fait que même s'il est un peu mêlé de hamets et de matsa, qui sont le bien et le mal, il peut malgré tout y avoir le Pessa'h pour le Nom, comme dit plus haut. Mais quant au juste parfait, 'autour de lui c'est une grande tempête' (Psaumes 50,3), et la moindre parcelle de hamets rend interdit chez lui et ne s'annule pas.
Et l'Écriture dit: seulement ceci est le grand principe, 'et ils n'en briseront pas un os' (Nombres 9,12), c'est-à-dire: bien qu'il ne soit pas comme le grand juste et qu'il y ait en lui un peu de bien et de mal, il doit en tout cas veiller à ne pas briser l'essentiel (le mot etsem signifiant à la fois 'os' et 'essence'), à savoir à ne pas transgresser les paroles de nos maîtres, de mémoire bénie, exposées dans le Choulhan Aroukh, mais à les accomplir parfaitement, car elles sont le principe, l'os même et la racine. Comprends bien.
וביום הקים את המשכן. נראה דהנה הצדיק כל עבודתו להעלות ולהקים את השכינה, ואמר הכתוב כאשר יהיה הצדיק במדרגה הזאת ויקים את המשכן היא השכינה, "כסה הענן את המשכן" פירוש הצדיק הזה הוא תמיד בהכנעה גדולה וכאילו כסהו הענן, דהיינו לפניו שפלותו וחסרונות שבו, וחושב בעצמו שאינו צדיק כלל, "ובערב" ר"ל אבל מי שהוא בערב ובחשך, "יהיה על המשכן כמראה אש" פירוש הוא חושב בעצמו שהוא כמראה אש, שהוא צדיק גמור, "כן יהיה תמיד הענן יכסנו" בצדיק גמור, "ומראה אש לילה" מי שהוא במדרגת לילה הוא סובר דווקא שהוא טוב, והאמת הוא להיפך אצל הצדיק גמור.
וק"ל.
'Et le jour où l'on dressa le Tabernacle' (Nombres 9,15). Il semble que voici: tout le service du juste consiste à élever et à redresser la Chekhina; et l'Écriture dit que lorsque le juste sera à ce degré-là et qu'il dressera le Tabernacle, qui est la Chekhina, alors 'la nuée couvrit le Tabernacle' - l'explication en est que ce juste-là est toujours dans un grand abaissement, comme si la nuée le couvrait, c'est-à-dire qu'il a devant lui sa propre bassesse et les manques qui sont en lui, et il pense en lui-même qu'il n'est pas juste du tout. 'Et le soir' - c'est-à-dire: mais celui qui est dans le soir et dans l'obscurité, 'il y avait sur le Tabernacle comme une apparence de feu' - l'explication en est qu'il pense en lui-même qu'il est comme une apparence de feu, c'est-à-dire un juste parfait. 'Ainsi en était-il toujours: la nuée le couvrait' - chez le juste parfait; 'et une apparence de feu la nuit' (Nombres 9,16) - celui qui est au degré de la nuit tient justement qu'il est bon, et la vérité est l'inverse chez le juste parfait.
Comprends bien.
ויאמר משה לחובב כו׳ נוסעים אנחנו עד והטבנו לך. ולכאורה "והיית לנו לעינים" אין לו שחר, דהלא הארון וענני כבוד הולכים לפניהם להורות להם הדרך.
וגם איך מקושר זה "כי על כן ידעת" לכן "והיית לנו" כו׳. נראה לפרש, דהנה ע"י אתערותא דלתתא הוא אתערותא דלעילא, והיינו כשהצדיק רוצה לעורר רחמים ושפע לעולם, צריך לעורר מתחילה חדוה ושמחה להבורא ב"ה, ועי"ז משפיע השי"ת טובות לעולם, וזה נעשה ע"י שהצדיק מכיר ורואה בנסים ונפלאות שעושה עמנו יוצרנו בוראנו, אז בא לו שמחה מזה, וכיון שיש שמחה להצדיק, עי"ז הוא מעורר שמחה למעלה.
אבל מי שאינו מכיר בנפלאות ונסים, בלתי אפשר לו לעורר רחמים, וזהו פירוש "שלש רגלים תחוג לי בשנה", פירוש דהנה בשלש רגלים היה בכל אחד נס גדול לישראל כידוע, פסח היה יציאת מצרים, שבועות מתן תורה, סוכות היה ענני הכבוד, וזה שצוה הקב"ה שיזכרו ישראל ויתנו דעתיהם להכיר הנסים שנעשה להם בימים האלו, כדי שעי"ז יעוררו חדוה ושמחה להבורא ב"ה, ויעשה להם גם עתה נסים כמאז, וזהו "תחוג לי" שהוא לשון חדוה והתלהבות אש. וזהו "עיני ה׳ אל צדיקים" כאשר כתבתי מזה לעיל, שעיני ה׳ הם ביד הצדיקים, שע"י מעשיהם הקדושים הם מעוררים ועושים כביכול עינים להקב"ה, שיתן עינא פקיחא על עמו הקודש לטובה.
וזהו פירוש "אל נא תעזוב אותנו כי על כן ידעת חנותינו במדבר" ר"ל שאתה הכרת הנפלאות וגודל החנינה שעשה עמנו הש"י במדבר, ו"חנותינו" הוא מלשון חנינה, "והיית לנו לעינים" פירוש כיון שאתה במדרגה תהיה לנו לעינים, שתגרום במעשיך ובדבקותיך שישגיח השם עלינו בעינא פקיחא, "והיה הטוב כו' והטבנו לך" ר"ל שממילא יהיה טוב לך, והוא ע"פ דאיתא בגמרא בעל הבית מברך משום טוב עין הוא יבורך, ולכאורה משמעות הפסוק הוא דבעל הבית מתברך, אלא הענין הוא דממילא מחמת שהוא מברך מתברך, ע"ד הכתוב ואברכה מברכיך, וזהו "והיה הטוב" ר"ל הטובות שיושפעו עלינו על ידך, "והטבנו לך" כנ"ל ואברכה מברכיך. וק"ל.
'Et Moché dit à Hovav' etc., 'nous partons' jusqu'à 'et nous te ferons du bien' (Nombres 10,29-32). Or à première vue 'et tu nous serviras d'yeux' (Nombres 10,31) n'a pas de sens, puisque l'arche et les nuées de gloire allaient devant eux pour leur montrer le chemin.
Et de plus, comment se rattache ce 'car c'est pourquoi tu connais' au 'donc tu nous seras' etc.? Il semble qu'on l'explique ainsi: voici, par l'éveil d'en bas (itarouta diletata) vient l'éveil d'en haut (itarouta dileila), c'est-à-dire que lorsque le juste veut éveiller la miséricorde et l'abondance pour le monde, il doit d'abord éveiller la joie et l'allégresse devant le Créateur, béni soit-Il, et par cela le Nom, béni soit-Il, fait couler des bienfaits sur le monde.
Et cela se fait par le fait que le juste reconnaît et voit les miracles et les merveilles que fait avec nous Celui qui nous a formés et qui nous a créés; alors lui vient de cela une joie, et puisque le juste a de la joie, par cela il éveille la joie en haut. Mais celui qui ne reconnaît pas les merveilles et les miracles, il lui est impossible d'éveiller la miséricorde.
Et telle est l'explication de 'trois fois l'an tu célébreras une fête pour moi' (Exode 23,14): car voici, en chacune des trois fêtes de pèlerinage il y eut un grand miracle pour Israël, comme on sait - à Pessa'h ce fut la sortie d'Égypte, à Chavouot le don de la Torah, a Soukkot les nuées de gloire. Et c'est cela que le Saint, béni soit-Il, a ordonné: qu'Israël se souvienne et prête attention à reconnaître les miracles qui ont été faits pour eux en ces jours-là, afin que par cela ils éveillent la joie et l'allégresse devant le Créateur, béni soit-Il, et qu'Il fasse pour eux maintenant encore des miracles comme jadis.
Et c'est 'tu célébreras pour moi' (tahog li), terme qui exprime l'allégresse et l'embrasement du feu. Et c'est 'les yeux du Nom sont vers les justes' (Psaumes 34,16), comme je l'ai écrit à ce sujet plus haut: que les yeux du Nom sont dans la main des justes, car par leurs actes saints ils éveillent et font pour ainsi dire des yeux au Saint, béni soit-Il, pour qu'Il pose un œil ouvert (eina pekiha) sur Son peuple saint, pour le bien.
Et telle est l'explication de 'ne nous abandonne donc pas, car c'est pourquoi tu connais notre campement dans le désert' (Nombres 10,31): cela veut dire que toi, tu as reconnu les merveilles et la grandeur de la faveur que le Nom, béni soit-Il, a faite avec nous dans le désert - et 'notre campement' (hanotenou) est du même terme que hanina (faveur, grâce); 'et tu nous serviras d'yeux': l'explication en est que, puisque tu es à ce degré, tu nous serviras d'yeux, car tu feras par tes actes et par ton attachement (dvekout) que le Nom veille sur nous d'un œil ouvert; 'et il arrivera que le bien' etc. 'et nous te ferons du bien' (Nombres 10,32), c'est-à-dire que d'elle-même il t'arrivera du bien. Et cela est selon ce qui est enseigné dans la Guemara: le maître de maison récite la bénédiction, en vertu de 'celui qui a l'œil bon sera béni' (Berakhot 55a; Proverbes 22,9).
Or à première vue le sens du verset est que le maître de maison est béni; mais la chose est que d'elle-même, du fait qu'il bénit, il est béni, selon ce qui est écrit 'et je bénirai ceux qui te bénissent' (Genèse 12,3). Et c'est 'et il arrivera que le bien', c'est-à-dire les bienfaits qui seront répandus sur nous par ton entremise; 'et nous te ferons du bien' comme dit plus haut, selon 'et je bénirai ceux qui te bénissent'.
Comprends bien.
או יאמר ויאמר משה לחובב כו׳ עד והטבנו לך. ולכאורה קשה הלא גם מתחילה אמר לו משה "לכה אתנו והטבנו לך", והוא לא רצה לעכב בשביל ההטבה, ועוד מה זה נתינת טעם "כי על כן ידעת" כו׳, וכי בשביל שידע חנותינו כו' יעכב בשביל ההטבה? ונ"ל דהנה יש ב׳ מיני טובות שהש"י מטיב עם ישראל, דהיינו בזמן שישראל עושין רצונו של מקום, אזי ראוי להם להטיב בשכרם ונקרא הטבה ההיא "רחמים", כרחם אב על בנים, שאז נקראים בנים למקום, וחלילה אם אין עושין רצונו ח"ו, אזי אעפ"כ השם הטוב ברוב חסדיו מקדים ההטבה קודם שיבא הקטרוג, וזה נקרא "חסדים".
Ou bien l'on dira: 'et Moché dit à Hovav' etc. jusqu'à 'et nous te ferons du bien'. Or à première vue c'est difficile: n'est-il pas vrai que déjà au commencement Moché lui avait dit 'viens avec nous et nous te ferons du bien' (Nombres 10,29), et qu'il n'avait pas voulu rester à cause du bienfait?
Et de plus, quelle raison est-ce là, 'car c'est pourquoi tu connais' etc.? Est-ce donc parce qu'il connaissait notre campement etc. qu'il resterait à cause du bienfait?
Et il me semble que voici: il y a deux sortes de bienfaits que le Nom, béni soit-Il, fait avec Israël. À savoir: au temps où Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent, alors il leur revient de droit qu'on leur fasse du bien en salaire, et ce bienfait-là s'appelle 'miséricorde' (rahamim), 'comme un père a pitié de ses enfants' (Psaumes 103,13), car alors ils sont appelés enfants de l'Omniprésent.
Et à Dieu ne plaise, s'ils n'accomplissent pas Sa volonté, que Dieu préserve, alors malgré tout le Nom qui est bon, dans l'abondance de Ses grâces, devance le bienfait avant que vienne l'accusation, et cela s'appelle 'grâces' (hassadim).
וזה שאנו אומרים "הודו לה׳ כי טוב כי לעולם חסדו", כי אנחנו מחוייבים להחזיק עצמינו שכל טובותינו שמטיב עמנו הבורא ב"ה וב"ש הוא ע"פ חסדיו ולא בשכרנו, וזה שאמר דוד המלך ע"ה "כי תקדמנו ברכות טוב תשית לראשו עטרת פז", והיינו כשהאדם הוא במדריגה שהשי"ת עשה עמו חסד חנם, אזי כל עצמו צריך לשבח ולהודות לו על הטובה, אבל כשהאדם הוא מקדים עצמו לעשות רצון המקום קודם שמטיב לו, יכול הוא לעלות במדריגה עליונה יותר ויותר לתקן בעולמות העליונים, וזהו "כי תקדמנו" כו׳, שזה הוא כמדבר לאדם לנוכח כאשר תקדמני במעשיך הטובים קודם שיתן לך "ברכות טוב", אז תעלה במעלות ש"תשית לראשו" ר"ל לעולמות העליונים הנקראים "ראש", תוכל לעשות שם "עטרת פז".
Et c'est ce que nous disons: 'rendez grâce au Nom car Il est bon, car Sa grâce est pour toujours' (Psaumes 118,1), car nous sommes tenus de nous maintenir dans la conviction que tous les bienfaits dont nous comble le Créateur, béni soit-Il et béni soit Son nom, sont selon Ses grâces et non en salaire de nos actes. Et c'est ce qu'a dit le roi David, la paix soit sur lui: 'car tu le devances de bénédictions de bien, tu poses sur sa tête une couronne d'or fin' (Psaumes 21,4).
À savoir: lorsque l'homme est au degré où le Nom, béni soit-Il, lui a fait grâce gratuitement, alors il doit s'employer tout entier à Le louer et à Lui rendre grâce pour ce bienfait; mais lorsque l'homme se devance lui-même pour faire la volonté de l'Omniprésent avant qu'on lui fasse du bien, il peut monter à un degré toujours plus élevé, pour opérer des réparations (tikoun) dans les mondes supérieurs. Et c'est 'car tu le devances' etc., ce qui est comme si l'on parlait à l'homme en face: lorsque tu Me devanceras par tes bonnes actions avant qu'Il ne te donne 'des bénédictions de bien', alors tu monteras dans les degrés, de sorte que 'tu poses sur sa tête', c'est-à-dire dans les mondes supérieurs appelés 'tête' (roch), tu pourras y faire une 'couronne d'or fin'.
וזה שאמר משה בתחילה "לכה כו׳ והטבנו לך כי ה׳ דבר טוב על ישראל", היה סבר יתרו שהטובה היא מחמת חסד אל, לכך לא רצה ואמר "כי אם אל ארצי" כו׳, פירוש אלך לגייר את בני משפחתי למען שיבואני הטובה בשכרי ולא בחסד חנם, לזה אמר לו משה לא כמו שאתה סובר שהטובה היא ברב חסד לבד, כי אם שההטבה בא בשכרנו, ע"י שהיינו במדבר בהתבודדות גדול לאהבה וליראה, "והיה הטוב ההוא אשר ייטיב עמנו" פירוש שעמנו הוא הדבר, שגרמנו לעצמנו הטובה ההיא, וגם אתה היית עמנו וראוי לך ג"כ ההטבה ההיא, וזהו "והטבנו לך" כי ראוי לך ע"י מעשים הטובים. וק"ל.
Et c'est ce que Moché dit au commencement: 'viens' etc. 'et nous te ferons du bien, car le Nom a parlé du bien sur Israël' (Nombres 10,29). Yitro pensait que ce bien venait par la grâce de Dieu; c'est pourquoi il ne voulut pas et dit 'mais j'irai vers mon pays' etc.
(Nombres 10,30), c'est-à-dire: j'irai convertir les gens de ma famille, afin que le bien me vienne en salaire et non par une grâce gratuite. À cela Moché lui dit: il n'en est pas comme tu le tiens, que le bien ne viendrait que par abondance de grâce, mais bien plutôt que ce bienfait vient en salaire de nos actes, du fait que nous avons été dans le désert dans un grand isolement (hitbodedout) pour aimer et pour craindre. 'Et il arrivera que ce bien-là dont Il nous fera du bien avec nous' (Nombres 10,32): l'explication en est que 'avec nous' (imanou) est la chose même, que nous nous sommes procuré à nous-mêmes ce bien-là; et toi aussi tu as été avec nous, et ce bienfait-là te revient de droit à toi aussi; et c'est 'et nous te ferons du bien', car il te revient de droit par les bonnes actions.
Comprends bien.
וישמע משה את העם כו׳. ופירשו רבותינו על עסקי עריות.
ונדקדק הלא מתחילה לא נאמר בפסוק שבכו על עסקי עריות, רק שאמרו זכרנו את הדגה כו׳. וגם "בעיני משה רע" אין לו שחר לכאורה.
וגם "אשר נשבעתי לאבותיו" הוא מיותר. אך מתחילה נדקדק בפרשת מרים, "ותדבר מרים ואהרן במשה ויאמרו כו׳ הלא גם בנו דבר וישמע ה׳ והאיש משה עניו" כו׳, והנה מה שייכות קישור פסוק "והאיש משה" להפסוק הקודם "וישמע ה׳".
'Et Moché entendit le peuple' etc. (Nombres 11,10).
Et nos maîtres ont expliqué: au sujet d'affaires d'unions interdites (arayot) (Rachi sur place; Yoma 75a). Et nous scruterons ceci: n'est-il pas vrai qu'au commencement il n'est pas dit dans le verset qu'ils pleuraient au sujet d'affaires d'unions interdites, mais seulement qu'ils dirent 'nous nous souvenons du poisson' etc.
(Nombres 11,5)? Et de plus, 'et aux yeux de Moché ce fut un mal' n'a pas de sens à première vue.
Et de plus, 'que j'ai juré à ses pères' (Nombres 11,12) est superflu. Mais scrutons d'abord dans la section de Miriam: 'et Miriam et Aharon parlèrent contre Moché et ils dirent' etc. 'n'est-ce pas aussi par nous qu'Il a parlé?
Et le Nom entendit. Et l'homme Moché était très humble' etc.
(Nombres 12,1-3). Or quel rapport, quel lien y a-t-il entre le verset 'et l'homme Moché' et le verset qui le précède, 'et le Nom entendit'?
ונראה לפרש הכל בחדא מחתא, דאיתא בגמרא אל ישאל אדם צרכיו בלשון ארמי שאין מלאכי השרת מכירין בלשון ארמי, והקשו התוס' תימה הלא אף מחשבה שבלב יודעין ע"ש, ונדחקו המפרשים בהתוס׳ דמנ"ל דאף מחשבה שבלב יודעים, ואפשר לומר דבאמת אין המלאכים יודעין מחשבה שבלב רק באופן זה, דהנה המלאכים הממונים על התפלה הם מעלין את תפלת ישראל לפני הקב"ה ועושים עטרה על ראשו, והם צריכין להבחין בין תפלה כשרה וצלולה ובין תפלה הנמצא בה מחשבת פסול חלילה, כי תפלה זו לא תעלה לריח ניחוח לה׳, ולכאורה לדברי האומר דאין יודעין מחשבה שבלב איך יודעין להבחין, אלא שזה נתן להם השי"ת שיריחו בהתפלות באיזה בחינה שנתפללה, והיינו האדם המשמר עצמו מכל דבר רע כל היום, מחניפות ושקרים וליצנות וכעס וגאות ושנאה ותחרות ומשאר דברים המפסידים העבודה, ולזה הוא עוסק בתורה וג"ח ובעסק המצוות, והיה כאשר יבא אותו האדם להתפלל, אזי כל הבחינות מאיזה מצוה שעשה נותנת בו ריח טוב בהתפלה ההיא, כמו שהתבלין נותנין ריח טוב בתבשיל, וחלילה להיפך נותנת ריח רע בתפלה, והמלאכים המקבלים התפלות הם מריחים באותה תפלה, ובחינת כל מצוה ומצוה יש לה ריח לעצמה, וכן כל חטא ועון יש לו ריח לעצמו, ועל ידי זה יודעים המלאכים להבחין בהתפלות. נמצא ע"י התפלות הם יודעים מחשבות האדם אם טוב ואם רע, אבל בלא זה אינם יודעים מחשבות האדם.
Et il semble qu'on explique le tout d'un seul tenant. Il est enseigné dans la Guemara: que l'homme ne demande pas ses besoins en langue araméenne, car les anges du service ne connaissent pas la langue araméenne (Chabbat 12b).
Et les Tossefot ont objecté: c'est étonnant, n'est-ce pas que même la pensée du cœur ils la connaissent - vois-y. Et les commentateurs se sont trouvés à l'étroit sur ces Tossefot: d'où leur vient que même la pensée du cœur ils la connaissent?
Et l'on peut dire qu'en vérité les anges ne connaissent la pensée du cœur que de cette manière-ci. Voici: les anges préposés à la prière élèvent la prière d'Israël devant le Saint, béni soit-Il, et en font une couronne sur Sa tête; et ils doivent discerner entre une prière pure et limpide et une prière dans laquelle se trouve une pensée disqualifiante, que Dieu préserve, car cette prière-là ne montera pas en odeur agréable pour le Nom.
Or à première vue, selon celui qui dit qu'ils ne connaissent pas la pensée du cœur, comment savent-ils discerner? Mais c'est que le Nom, béni soit-Il, leur a donné ceci: qu'ils flairent dans les prières en quelle disposition (behina) elle a été priée.
À savoir: l'homme qui se garde tout le jour de toute chose mauvaise - de la flatterie, des mensonges, de la moquerie, de la colère, de l'orgueil, de la haine, de la rivalité et des autres choses qui gâtent le service - et qui pour cela s'occupe de Torah, d'actes de bonté et de la pratique des commandements: lorsque cet homme-là viendra prier, alors toutes les dispositions issues de chaque commandement qu'il a accompli mettent en lui une bonne odeur dans cette prière-là, comme les épices mettent une bonne odeur dans le mets; et à l'inverse, à Dieu ne plaise, cela met une mauvaise odeur dans la prière. Et les anges qui reçoivent les prières flairent cette prière-là; et la disposition de chaque commandement a une odeur qui lui est propre, et de même chaque faute et chaque péché a une odeur qui lui est propre, et par cela les anges savent discerner dans les prières.
Il se trouve donc que c'est par les prières qu'ils connaissent les pensées de l'homme, si elles sont bonnes ou mauvaises; mais sans cela, ils ne connaissent pas les pensées de l'homme.
והנה השבתי על דברי אדם אחד, הלא מצינו אצל ישמעאל שאמרו המלאכים לפני הש"י זה שעתיד כו׳ ואתה מעלה לו הבאר, ונמצא שידעו אף המחשבה העתידה לבא ע"י בחירת האדם, ומכ"ש מחשבה שהיתה כבר שיהיו יודעים. והשבתי לו שגם זה לא ידעו אלא ע"י תפלת אברהם ע"ה שהתפלל לו ישמעאל יחיה לפניך, שבוודאי אברהם אבינו ע"ה שהשיג כל התורה, והיה נביא וידע שעתיד ישמעאל להרע לישראל, אלא שהתפלל על ישמעאל מחמת שבחר לישראל עול גלות ולא גיהנם, ובאותה תפלה שהתפלל על ישראל הכניס אותה מחשבה, אף שעתיד להרע לישראל מוטב שיסבלו עול גלות והתפלל שיחיה, ועי"ז ידעו המלאכים אותה המחשבה העתידה להיות כנ"ל.
Et voici, j'ai répondu aux paroles d'un certain homme: n'avons-nous pas trouvé, au sujet d'Ichmael, que les anges dirent devant le Nom, béni soit-Il: 'celui-là, dont la descendance est destinée' etc., 'et Tu lui fais monter le puits' (Roch Hachana 16b, sur Genèse 21,17)? Il se trouve donc qu'ils connaissaient même la pensée à venir par le libre choix de l'homme, et à plus forte raison une pensée qui a déjà été, ils la connaîtraient.
Et je lui ai répondu que cela non plus ils ne l'ont su que par la prière d'Abraham, la paix soit sur lui, qui pria pour lui: 'qu'Ichmael vive devant Toi' (Genèse 17,18). Car assurément Abraham notre père, la paix soit sur lui, qui atteignit toute la Torah et qui était prophète, savait qu'Ichmael était destiné à faire du mal à Israël; mais il pria pour Ichmael parce qu'il choisit pour Israël le joug de l'exil et non la géhenne; et dans cette prière-là qu'il pria pour Israël, il fit entrer cette pensée-là: bien qu'il soit destiné à faire du mal à Israël, mieux vaut qu'ils souffrent le joug de l'exil - et il pria qu'il vive.
Et par cela les anges connurent cette pensée destinée à être, comme dit plus haut.
ובזה יבוארו הפסוקים הנ"ל, דהנה מה שאמרו ישראל "זכרנו את הדגה" היה מחשבותיהם על עריות, דדגה הוא רמז דדגים הם פרים ורבים, והצדיק בשמעו איזה דיבור, יכול להשיגו לדעת שורש מחשבות האדם בדיבורו. וזהו "וישמע משה כו׳ בוכה למשפחותיו", פירוש שהבין המחשבה שבלבם באמרם זכרנו את הדגה, ומשה היה מתפלל על ישראל תמיד אף בעת ההיא ג"כ, ונמצא אותה המחשבה הבחינו המלאכים בתפלתו כנ"ל, שכל מחשבות האדם נכנסים בבחינת התפלה, והתחיל הקטרוג לקטרג ע"י אותה המחשבה שהבחינו בתפלת משה, וקטרגו על ישראל בעריות, לכן "ויחר אף ה׳" דאילולי הקטרוג לא היו נענשים על המחשבה, דמחשבה רעה אין הקב"ה מצרפה למעשה, ולפי דברינו הטעם הוא שאין המלאכים יודעים מהמחשבה ואין שום קטרוג עליה, אבל עתה ע"י משה הבחינו זאת, לכן התחילו לקטרג, "ויחר כו׳ ובעיני משה רע" מחמת שהבין שהוא גרם להם זאת, ומה עשה משה? התחיל בתפלתו "ויאמר משה" כו׳ עד "על האדמה אשר נשבעתי לאבותיו" ר"ל שכוונתו היה להזכיר להם זכות אבות ואף אם חטאו, ואמר משה "מאין לי בשר" כוונתו היתה לסבב הדבר לומר שלא היתה כוונתם על עריות כלל, כי אם על בשר ולא על עריות כדי להשקיט הקטרוג.
Et par cela s'expliqueront les versets susdits. Voici: ce que dirent Israël, 'nous nous souvenons du poisson' (Nombres 11,5), leurs pensées portaient sur les unions interdites, car 'le poisson' (daga) est une allusion, puisque les poissons fructifient et se multiplient.
Et le juste, en entendant quelque parole, peut y atteindre au point de connaître la racine des pensées de l'homme dans sa parole. Et c'est 'et Moché entendit' etc. 'pleurant selon ses familles' (Nombres 11,10): l'explication en est qu'il comprit la pensée qui était dans leur cœur lorsqu'ils dirent 'nous nous souvenons du poisson'.
Et Moché priait toujours pour Israël, en ce temps-là également; il se trouve donc que cette pensée-là, les anges l'ont discernée dans sa prière, comme dit plus haut, car toutes les pensées de l'homme entrent dans la disposition de la prière. Et l'accusation commença à accuser par cette pensée-là qu'ils avaient discernée dans la prière de Moché, et ils accusèrent Israël au sujet des unions interdites; c'est pourquoi 'la colère du Nom s'enflamma' (Nombres 11,10).
Car sans l'accusation ils n'auraient pas été punis pour la pensée, puisque le Saint, béni soit-Il, ne joint pas une mauvaise pensée à l'acte (Kidoushin 40a); et selon nos paroles la raison en est que les anges ne connaissent pas la pensée et qu'il n'y a sur elle aucune accusation; mais maintenant, par Moché, ils l'ont discernée, c'est pourquoi ils ont commencé à accuser. 'Et la colère' etc. 'et aux yeux de Moché ce fut un mal', parce qu'il comprit que c'était lui qui leur avait causé cela. Et que fit Moché?
Il commença dans sa prière: 'et Moché dit' etc. jusqu'à 'sur la terre que j'ai jurée à ses pères' (Nombres 11,12), c'est-à-dire que son intention était de leur rappeler le mérite des pères, même s'ils avaient péché. Et Moché dit 'd'où aurais-je de la viande?' (Nombres 11,13): son intention était de détourner la chose pour dire que leur intention ne portait pas du tout sur les unions interdites, mais sur la viande et non sur les unions interdites, afin d'apaiser l'accusation.