« Quand tu élèveras les lampes » et « voici l'ouvrage du candélabre » (Bamidbar 8,1-4) : comment vient ici cet ouvrage, qui paraît un surplus ? Selon le Noam Elimele'h, David ramena les commandements à onze, Yechaya à sept, jusqu'à 'Havakouk qui les ramena à un : le juste vivra par sa foi. L'homme qui entre dans le service se fait des haies et de nombreuses conduites ; en s'élevant il vient davantage vers l'Unité. Onze allude aux mondes unifiés par le tsadik ; sept, aux sept luminaires ; un, à l'Unité parfaite. Les lampes, Torah et commandements, s'élèvent vers la face du candélabre : celui-ci, fait selon la vision de la montagne, est spirituel du commencement à la fin, racine de tout.
Aussi : l'âme ne retourne à l'Infini que vêtue des commandements, comme des bougies jointes en torche ; Aharon lie à la fois Israël et les sept pasteurs ; le Pessa'h en acte et en puissance, dans la joie et l'adhésion
וידבר ה׳ אל משה כו׳ בהעלותך את הנרות כו׳ וזה מעשה המנורה כו׳ כמראה כו׳ כן עשה את המנורה. ודקדקו המפרשים איך בא לכאן "וזה מעשה המנורה" שהיא בכאן לשפת יתר.
ונראה דאיתא בגמרא בא דוד והעמידן כו׳ עד בא חבקוק והעמידן על אחת וצדיק באמונתו יחיה, וי"ל ע"פ דכתבנו כבר שמתחילה צריך אדם הנכנס בעבודתו ית"ש לעשות לעצמו סייגים וגדרים והנהגות רבות כדי שיתנהג כשורה בעבודתו, ואחר שיעלה במדרגות גדולות בכל פעם שוב אין צריך אותן הנהגות שהיה צריך קודם בואו לתכלית העבודה, כי בכל פעם שעולה מעלה א׳ הוא בא יותר אל האחדות והוא מתאחד ג"כ במעשיו ובהנהגותיו. כן הדבר הזה בכאן שבא דוד והעמידן על אחד עשר, כי אחד עשר רמז על העולמות המתאחדים בעבודת הצדיק כידוע ליודעי חן, וזה עיקר תכלית תורה ומעשים טובים לעשות יחודים בעולמות כידוע, וישעיה העמידו על שבע, פירוש כשאדם עולה בעבודה אז הוא מביא הכל אל השבע מאורות העליונים, עד שבא חבקוק והעמידן על אחת, פירוש בתכלית העבודה שיבא כולו אל האחדות הגמור, וזה תכלית המכוון.
Et le Nom parla à Moché etc., 'quand tu élèveras les lampes' etc., 'et voici l'ouvrage du candélabre' etc., 'selon la vision' etc., 'ainsi fit-il le candélabre' (Nombres 8,1-4). Les commentateurs ont scruté ceci: comment vient ici 'et voici l'ouvrage du candélabre', qui paraît en cet endroit un surplus de langage?
Il semble [qu'on l'explique] par ce qui est enseigné dans la Guemara: 'David vint et les ramena à onze' etc., 'jusqu'à ce que vint Habakuk et les ramena à un seul: le juste vivra par sa foi' (Makot 23b-24a; Habakuk 2,4). Et l'on peut dire, selon ce que nous avons déjà écrit, qu'au commencement l'homme qui entre dans le service de Lui, béni soit Son nom, doit se faire à lui-même des haies, des barrières et de nombreuses conduites, afin de se comporter droitement dans son service; et après qu'il s'élève chaque fois vers de grands degrés, il n'a plus besoin de ces conduites dont il avait besoin avant de parvenir au terme du service, car chaque fois qu'il monte d'un degré il vient davantage vers l'Unité, et il s'unifie lui aussi dans ses actes et dans ses conduites.
Ainsi en est-il ici: David vint et les ramena à onze, car onze est une allusion aux mondes qui s'unifient par le service du juste, comme le savent ceux qui connaissent la sagesse cachée (yodééi hen, ceux qui possèdent la science de la Kabbale); et tel est le but essentiel de la Torah et des bonnes actions: opérer des unifications (yihoudim) dans les mondes, comme il est connu. 'Et Isaie les ramena à sept': cela signifie que lorsque l'homme s'élève dans le service, alors il ramène tout aux sept luminaires supérieurs; 'jusqu'à ce que vint Habakuk et les ramena à un seul': cela signifie qu'au terme du service il vient tout entier à l'Unité parfaite, et tel est le but visé.
וזה שציוה ה׳ להצדיק "בהעלותך את הנרות" פירוש כשתרצה לעלות התורה והמצוות הנקרא מאורות המתאחדים באורות העליונים שהם שבע, תראה עיקר שיבא הכל אל האחדות הגמור, והוא "אל מול פני המנורה", הכוונה אל השורש הכל והמקור העליון. וא"ת הלא אדרבה שלפי הנראה שהנרות הם בית קיבול להאורות הנתונים בהם והמנורה עצמה היא דבר עביות יותר מן הנרות, ואיך נעשה מן הטפל עיקר? לזה תירץ שלא תימא שהמנורה עצמה נעשה בגשמיות, "וזה מעשה כו׳ כמראה אשר הראה בהר" כלומר באותה קדושה עצמה שנעשה בהר כן עשה בכאן, והיא ברוחניותה מתחילתה ועד סופה, וא"כ לפי זה המנורה עצמה היא רמז אל האחדות הגמור, והנרות הם נגד שבעה המאורות העליונים, וטוב יותר להביא הכל אל האחדות גמור כי זה העיקר והשורש הכל.
והבן.
Et c'est ce que le Nom a ordonné au juste: 'quand tu élèveras les lampes', c'est-à-dire: lorsque tu voudras élever la Torah et les commandements, appelés luminaires, qui s'unifient dans les lumières supérieures, lesquelles sont sept, veille à l'essentiel, que tout vienne à l'Unité parfaite; et c'est 'vers la face du candélabre', l'intention étant [de tourner tout] vers la racine de tout et vers la source supérieure. Et si tu dis: n'est-ce pas plutôt l'inverse? car selon l'apparence les lampes sont le réceptacle des lumières qui y sont déposées, tandis que le candélabre lui-même est chose plus épaisse que les lampes; comment donc faire de l'accessoire l'essentiel?
À cela il a répondu: ne dis pas que le candélabre lui-même a été fait dans la matérialité, [car il est dit] 'et voici l'ouvrage etc., selon la vision qu'Il montra sur la montagne', c'est-à-dire: dans cette sainteté même qui fut faite sur la montagne, ainsi fit-il ici; et il est dans sa spiritualité depuis son commencement jusqu'à sa fin. Ainsi donc, selon cela, le candélabre lui-même est une allusion à l'Unité parfaite, et les lampes correspondent aux sept luminaires supérieurs; et il vaut mieux ramener tout à l'Unité parfaite, car c'est là l'essentiel et la racine de tout.
Comprends bien.
או יאמר בהעלותך כו׳, ע"פ הקדמה דאיתא בספר הקדוש "שפע טל" בהקדמתו טעם למה שאמרו חז"ל כל העולם ניזון כו׳ וחנינא בני די לו כו׳, והוא דבר תימה למה באמת לא יהנה גם הוא בעוה"ז? ואמר דרך משל אם תקח נר א׳ מאבוקה ותרצה להחזירו, אזי יכבה האור של אבוקה את הנר, ואם תחבר הרבה נרות אחד לאחד עד שגם הם הם אבוקה ותקרבם לאבוקה, אזי יוכל לקרבם יחד וירבה אורם, כן נר ה' נשמת אדם שהיא חלק אלקי, בלתי אפשר שתחזור למקורה כי אם ע"י לבושי המצוות שהם אורות רוחניות, בכדי שתעשה אבוקה לחזור לאור האין סוף, ולכן הטעם שחנינא בני די לו כו׳ ע"ש באריכות. וזהו "בהעלתך את הנרות" ר"ל כאשר תוכיח את ישראל להראות להם הדרך האמת במצוותיו ית׳, כדי להעלותם, "אל מול פני המנורה יאירו" פירוש תאמר להם שהם צריכים לאור באור נשמתם אל מול פני המנורה עליונה שהוא אור אין סוף ב"ה.
Ou bien l'on dira 'quand tu élèveras' etc., selon une introduction: il est rapporté dans le livre saint Chéfa Tal (ouvrage kabbalistique de Rabbi Chabtaï Sheftel Horowitz), dans sa préface, une raison à ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie: 'le monde entier est nourri [par le mérite de Hanina mon fils] etc., et à Hanina mon fils il suffit [d'un kav de caroubes d'une veille de chabbat à l'autre]' etc. (Berakhot 17b; Taanit 24b).
Et c'est chose étonnante: pourquoi en vérité ne jouirait-il pas, lui aussi, de ce monde-ci? Et il a dit par voie de parabole: si tu prends une seule bougie à une torche et que tu veuilles la lui rendre, alors la lumière de la torche éteindra la bougie; mais si tu joins beaucoup de bougies l'une à l'autre jusqu'à ce qu'elles soient elles aussi une torche, et que tu les approches de la torche, alors on peut les rapprocher ensemble et leur lumière s'accroîtra.
De même 'la lampe du Nom est l'âme de l'homme' (Proverbes 20,27), qui est une part divine: il lui est impossible de retourner à sa source sinon par les vêtements des commandements, qui sont des lumières spirituelles, afin qu'elle devienne une torche pour retourner à la lumière de l'Infini (Ein Sof). Telle est donc la raison de 'à Hanina mon fils il suffit' etc.; vois là-bas au long.
Et c'est: 'quand tu élèveras les lampes', c'est-à-dire lorsque tu reprendras Israël pour leur montrer le chemin de vérité dans Ses commandements, qu'Il soit béni, afin de les élever; 'vers la face du candélabre elles éclaireront': cela signifie que tu leur diras qu'ils doivent éclairer de la lumière de leur âme vers la face du candélabre supérieur, qui est la lumière de l'Infini, béni soit-Il.
או יאמר וידבר כו׳ בהעלותך את הנרות אל מול פני המנורה כו׳. נ"ל דהנה ידוע דהשם אדנ"י הוא ההיכל להשם הוי"ה ב"ה, ואנחנו מחויבין להמשיך את השם הוי"ה לההיכל הוא שם אדנ"י להיות כסא כנ"ל ע"י מעשים טובים.
וזהו שאמר אברהם אבינו ע"ה "אדנ"י אל נא תעבור מעל עבדך" ופרש"י י"א קודש, ולכאורה היתכן שיאמר אברהם להקב"ה שימתין עליו עד שיכניס האורחים? וע"פ דרכנו יבואר שכך אמר אברהם, דהנה המצוה צריך לעשותה בדחילו ורחימו, ודחילו הוא שצריך האדם שיעלה מורא על ראשו אולי אינו עושה המצוה בשלימות לייחד השם הוי"ה באדנ"י לעשותו כסא כנ"ל, וזה היה אברהם מתפלל "אדני" כו׳ ר"ל שע"י המצוה הזאת אוכל לפעול שלא יעבור השם אדנ"י ויהיה כסא שלם להשם הוי"ה ב"ה כנ"ל, ולא עוד אלא שהצדיק צריך לקדש ולטהר עצמו עד שימשיך הקדושה העליונה למטה, והעולם התחתון יתן אור לעולם העליון, והעולמות עליונים יהיו כסא לעולם התחתון מחמת רוב קדושת הצדיק שהמשיך למטה. והנה הדבר שהוא למטה נקרא "מול" שהוא מכוון נגד הדבר שהוא למעלה ממנו., וזהו שממשיך הצדיק הקדושה למטה נקרא "עלייה".
Ou bien l'on dira: 'et Il parla' etc., 'quand tu élèveras les lampes vers la face du candélabre' etc. Il me semble [de l'expliquer ainsi]: il est connu que le Nom Ado-nai est le palais (héikhal) du Nom Havaya (désignation du Tétragramme), béni soit-Il, et nous sommes tenus d'attirer le Nom Havaya vers ce palais, qui est le Nom Ado-nai, pour qu'il devienne un trône, comme dit plus haut, au moyen des bonnes actions.
Et c'est ce que dit Abraham notre père, la paix sur lui: 'Ado-nai, ne passe pas, je te prie, loin de ton serviteur' (Genèse 18,3), et Rachi explique: certains disent que c'est un nom sacré. À première vue, est-il concevable qu'Abraham dise au Saint, béni soit-Il, d'attendre jusqu'à ce qu'il ait fait entrer les hôtes?
Mais selon notre voie cela s'explique, car voici ce que disait Abraham: le commandement doit être accompli avec crainte et amour (dehilou ourhimou, expression araméenne pour la crainte et l'amour), et la crainte consiste en ce que l'homme fasse monter sur sa tête l'appréhension qu'il n'accomplit peut-être pas le commandement dans sa perfection, [à savoir] unifier le Nom Havaya dans le Nom Ado-nai pour en faire un trône, comme dit plus haut. Et c'est ce que priait Abraham: 'Ado-nai' etc., c'est-à-dire: que par ce commandement je puisse opérer que le Nom Ado-nai ne passe pas [loin de moi] et qu'il soit un trône complet pour le Nom Havaya, béni soit-Il, comme dit plus haut.
Et bien plus encore: le juste doit se sanctifier et se purifier jusqu'à attirer la sainteté supérieure vers le bas, en sorte que le monde inférieur donne lumière au monde supérieur, et que les mondes supérieurs soient un trône pour le monde inférieur, en raison de l'abondante sainteté que le juste a attirée vers le bas. Or la chose qui est en bas est appelée 'moul' (en face), car elle est dirigée face à la chose qui est au-dessus d'elle; et le fait que le juste attire la sainteté vers le bas est appelé 'élévation' (aliya).
ובזה יבואר "בהעלותך את הנרות" פי׳ כנ"ל, כשתרצה להמשיך הקדושה למטה הנקרא "נרות", צריך אתה להתקדש כל כך עד שתמשיך הקדושה כ"כ ש"מול פני המנורה" כו׳ "שבעת הנרות" כו׳. דהנה ו"ק הם כנגד ששת ימי החול, והמדה השביעית כנגד שבת, וזהו "שבעת הנרות", וצריך הצדיק לייחדם כאחד ולהמשיך הקדושה למטה עד שיהיה כל הקדושה הנקרא "פני המנורה" למטה, והכסא הנקרא "מול" למעלה.
וזהו "אל מול כו׳ יאירו שבעת" כו׳, דהיינו שהעולם התחתון יאיר לעולם העליון. וזהו (תהלים יא, ד) "וה׳ בהיכל קדשו ה׳ בשמים כסאו" פי׳ כנ"ל, שימשיך הקדושה כ"כ השם הוי"ה לשם אדנ"י הוא ההיכל שיהיה למטה, והכסא יהיה בשמים בעולם העליון.
והבן.
Par là s'explique 'quand tu élèveras les lampes', selon l'explication ci-dessus: lorsque tu voudras attirer vers le bas la sainteté appelée 'lampes', tu dois te sanctifier à tel point que tu attires la sainteté jusqu'à ce que 'face au candélabre' etc., 'les sept lampes' etc. Car les six extrémités (vav ketsavot, les six sefirot de 'Hessed à Yessod) correspondent aux six jours ouvrables, et la septième mesure correspond au chabbat: et c'est 'les sept lampes'.
Et le juste doit les unifier comme un seul et attirer la sainteté vers le bas, jusqu'à ce que toute la sainteté, appelée 'face du candélabre', soit en bas, et que le trône, appelé 'moul', soit en haut. Et c'est 'vers moul etc. éclaireront les sept' etc., à savoir que le monde inférieur éclaire le monde supérieur.
Et c'est (Psaumes 11,4) 'le Nom est dans le palais de Sa sainteté, le Nom a Son trône dans les cieux', selon l'explication ci-dessus: qu'il attire la sainteté à ce point, [attirant] le Nom Havaya vers le Nom Ado-nai qui est le palais, de sorte que celui-ci soit en bas, et que le trône soit dans les cieux, dans le monde supérieur. Comprends bien.
או יאמר בהעלותך כו', דרש"י מפרש אל מול פני המנורה היינו נר מערבי, נר אמצעי שממנה היה מתחיל ובה היה מסיים, ולכאורה יאירו ששת הנרות מבעי ליה. ונראה דנר אמצעי הוא רמז להשכינה, שהשכינה במערב, והצדיק צריך להיות תמיד בדביקות גדול, וזהו "ממנה היה מתחיל" כו׳, דהיינו שהוא תמיד בדביקות, וזהו מדרגות שבת, ולכך נקרא הת"ח תמיד שבת מחמת הדבקות שבו בימי החול כבימי השבת, וזהו "בהעלותך את הנרות" הוא רמז לדביקות, "אל מול פני המנורה" שהוא נר אמצעי רמז לשכינה "יאירו שבעת הנרות", פירוש שתתקן גם ימי החול שיאירו יחד עם השבת כאור אחד.
Ou bien l'on dira 'quand tu élèveras' etc.: Rachi explique 'vers la face du candélabre', c'est-à-dire la lampe occidentale, la lampe du milieu, par laquelle il commençait et par laquelle il achevait. Et à première vue il aurait fallu dire 'les six lampes éclaireront'.
Il semble que la lampe du milieu soit une allusion à la Chekhina, car la Chekhina est à l'occident; et le juste doit se tenir toujours dans une grande adhésion (devekout). Et c'est 'par elle il commençait' etc., à savoir qu'il est toujours dans la devekout, et c'est le degré du chabbat; c'est pourquoi le talmid 'hakham (le disciple des sages) est appelé toujours chabbat, en raison de l'adhésion qui est en lui les jours ouvrables comme les jours de chabbat.
Et c'est 'quand tu élèveras les lampes', allusion à la devekout; 'vers la face du candélabre', qui est la lampe du milieu, allusion à la Chekhina; 'les sept lampes éclaireront', c'est-à-dire que tu répareras (tikoun) aussi les jours ouvrables, en sorte qu'ils éclairent ensemble avec le chabbat comme une seule lumière.
ויעש כן אהרן כו׳ העלה נרותיה פרש"י להגיד שבחו של אהרן שלא שינה. הדקדוק מפורש מה בעי רש"י בזה שפירש להגיד, אי משום דקשה לרש"י ז"ל מה חידוש שעשה כמו שציוה אותו הש"י, וא"כ האיך מתורץ במה שפירש להגיד שבחו של אהרן, הקושיה במקומה עומדת.
ועוד יש לדקדק בלשון "יאירו שבעת כו׳ העלה נרותיה", והיה לו לומר האיר נרותיה. אך הענין דאיתא שבעה רועים יש לישראל, אברהם כו׳ יוסף ודוד, ושעליהם עומדים כל העולמות שהם מאירים בשבעה ימי הבנין והם יסוד כל העולמות, ונמצא הצדיקים נקראים אורות.
והנה הצדיק העובד השם באמת צריך לקשר עצמו בשבעה רועים הנ"ל, והש"י מלמד לצדיק שלא זה בלבד יעשה לקשר עצמו בשבעה רועים, רק יקשר עצמו בכללות ישראל ג"כ, אך זאת בלתי אפשר לקשר עצמו בכללות ישראל ובשבעה רועים בבת אחת, כי בעת שהוא מקשר עצמו בכללות ישראל צריך לירד ולהטות עצמו ממדרגתו העליונה, ובעת שהוא מקשר עצמו בשבעה הרועים אזי הוא עולה גבוה מעל גבוה, וא"א להיות בבת אחת הב׳ קשרים הנ"ל. וזהו שאמר השי"ת "דבר אל אהרן" כו׳, דהיינו ללמדו שיעשה בהדרגה, מתחילה יקשר עצמו בכללות ישראל ואחר כך בז׳ רועים, וזהו "בהעלותך את הנרות" ר"ל בעת שתעלה עצמך להקשר בנרות הם ז׳ הרועים הנ"ל, "אל מול פני המנורה" הם כללות ישראל נקראים פני המנורה, שהם השורש והגוף של המנורה, ואחר כך "יאירו שבעת הנרות" הם ז׳ הרועים שתתקשר ותאיר בהם.
'Et Aharon fit ainsi etc., il fit monter ses lampes' (Nombres 8,3): Rachi explique 'pour dire la louange d'Aharon, qui ne changea pas'. La difficulté est manifeste: que veut Rachi par ce mot qu'il ajoute, 'pour dire'?
Si c'est parce qu'il lui est difficile, de mémoire bénie, [de comprendre] quelle nouveauté il y a à ce qu'Aharon ait fait comme le lui avait ordonné le Nom, béni soit-Il, alors comment cela se résout-il par son explication 'pour dire la louange d'Aharon'? La difficulté demeure à sa place.
Il y a encore à scruter l'expression 'les sept éclaireront' etc., [puis] 'il fit monter ses lampes': il aurait fallu dire 'il fit éclairer ses lampes'. Mais voici la chose: il est enseigné qu'Israël a sept pasteurs, Abraham etc., Yossef et David (Soukka 52b), et que sur eux se tiennent tous les mondes, car ils éclairent dans les sept jours de la construction (les sept sefirot inférieures) et ils sont le fondement de tous les mondes; il se trouve donc que les justes sont appelés lumières.
Or le juste qui sert le Nom en vérité doit se lier aux sept pasteurs susdits; et le Nom, béni soit-Il, enseigne au juste que ce n'est pas cela seulement qu'il doit faire, se lier aux sept pasteurs, mais qu'il doit se lier aussi à la collectivité d'Israël. Or il est impossible de se lier à la collectivité d'Israël et aux sept pasteurs en un seul et même temps, car au moment où il se lie à la collectivité d'Israël il doit descendre et s'incliner hors de son degré supérieur, tandis qu'au moment où il se lie aux sept pasteurs il monte de hauteur en hauteur; et il est impossible que les deux liaisons susdites aient lieu en un seul et même temps.
Et c'est ce que dit le Nom, béni soit-Il: 'parle à Aharon' etc., à savoir pour lui enseigner d'agir par degrés: d'abord qu'il se lie à la collectivité d'Israël, et ensuite aux sept pasteurs. Et c'est 'quand tu élèveras les lampes', c'est-à-dire: au moment où tu t'élèveras toi-même pour te lier aux lampes, qui sont les sept pasteurs susdits, [va d'abord] 'vers la face du candélabre', ce sont la collectivité d'Israël, appelée la face du candélabre, car ils sont la racine et le corps du candélabre; et ensuite 'les sept lampes éclaireront', ce sont les sept pasteurs auxquels tu te lieras et dans lesquels tu éclaireras.
"ויעש כן אהרן כו׳ העלה נרותיה", כי בודאי אם היה באפשרי שיעשה הצדיק השני קשרים כאחד, בודאי היה נחת רוח לפניו ית"ש שזה הוא רצונו, וכן היה הכוונה בשעה שדיבר עם משה רבינו ע"ה, אלא שהכתוב מלמד לאדם איך שיעשה בהדרגה, ואהרן בצדקתו הגדולה עשה שניהם בבת אחת בהתקשרות אחד, וזהו "אל מול פני" כו׳, פירוש בשעה שהתקשר עצמו בפני המנורה, "העלה נרותיה" של שבעה רועים הכל ביחד, וזה היה שבח גדול לאהרן ראש החסידים לעשות כדבר הזה הנכבד בעיני הבורא ית׳, וזהו שפרש"י ז"ל "להגיד שבחו של אהרן שלא שינה" פירוש שלא היה צריך לשנות, דהיינו לעשות שני פעמים כנ"ל, אלא עשה ותיקן הכל כאחד. והבן.
'Et Aharon fit ainsi etc., il fit monter ses lampes': car assurément, s'il était possible que le juste accomplisse les deux liaisons comme une seule, ce serait assurément un contentement devant Lui, béni soit Son nom, car telle est Sa volonté, et telle était aussi l'intention au moment où Il parla avec Moché notre maître, la paix sur lui; seulement l'Écriture enseigne à l'homme comment agir par degrés. Mais Aharon, par sa grande justice, accomplit les deux en un seul et même temps, en une seule liaison.
Et c'est 'vers la face' etc., c'est-à-dire qu'au moment même où il se liait à la face du candélabre, 'il fit monter ses lampes', celles des sept pasteurs, le tout ensemble. Et ce fut une grande louange pour Aharon, chef des hassidim, d'accomplir une telle chose, honorée aux yeux du Créateur, qu'Il soit béni.
Et c'est ce qu'explique Rachi, de mémoire bénie: 'pour dire la louange d'Aharon, qui ne changea pas', ce qui signifie qu'il n'eut pas besoin de s'y reprendre (chana, qui veut dire à la fois changer et répéter), c'est-à-dire d'agir en deux fois comme dit plus haut, mais qu'il fit et répara tout comme un seul. Comprends bien.
וידבר ה׳ כו׳ בחודש הראשון לאמר ויעשו כו׳ את הפסח במועדו בארבעה עשר כו׳ בין הערבים כו׳ ככל חוקותיו כו׳, וידבר משה אל בני ישראל לעשות הפסח ויעשו את הפסח בראשון בארבעה עשר יום בין הערבים כו׳ ככל אשר צוה כו׳ כן עשו כו'. ולכאורה יש לדקדק מה טעם בציווי השי"ת נאמר כל הסימנים הללו באיזה זמן יעשו הפסח בחודש הראשון בי"ד בין הערבים כו׳, ובדבר משה לבני ישראל לא נאמר רק וידבר משה כו׳ לעשות הפסח, ואח"כ בעשייה נאמר ג"כ כל הסימנים כמו בצווי השי"ת, ממה נפשך, אם אין מן הצורך לפרש בצוואת משה לבני ישראל כל העיתים, כי בוודאי ציוה אותם כאשר ציוה ה׳ אותו, א"כ גם בעשיה אין צורך לפרש, כי עשו בוודאי כאשר נצטוו, וגם "כן עשו" הוא מיותר, שכבר התחיל הכתוב ויעשו בני ישראל.
'Et le Nom parla etc. au premier mois, en disant: que les enfants d'Israël fassent etc. le sacrifice pascal en son temps fixé (bémôado), le quatorzième etc., entre les deux soirs etc., selon toutes ses lois etc.; et Moché parla aux enfants d'Israël pour faire le sacrifice pascal, et ils firent le sacrifice pascal au premier mois, le quatorzième jour, entre les deux soirs etc., selon tout ce qu'avait ordonné etc., ainsi firent-ils' etc. (Nombres 9,1-5).
À première vue il y a lieu de scruter: quelle raison y a-t-il à ce que, dans l'ordre du Nom, béni soit-Il, tous ces repères soient énoncés, à quel temps ils feront le sacrifice pascal, au premier mois, le quatorze, entre les deux soirs etc., tandis que dans la parole de Moché aux enfants d'Israël il n'est dit que 'et Moché parla etc. pour faire le sacrifice pascal'? Et ensuite, dans l'accomplissement, tous les repères sont de nouveau énoncés comme dans l'ordre du Nom, béni soit-Il.
De quelque côté qu'on le prenne: s'il n'était pas nécessaire de détailler tous les temps dans le commandement de Moché aux enfants d'Israël, puisque assurément il leur ordonna comme le Nom le lui avait ordonné, alors dans l'accomplissement non plus il n'y avait pas lieu de détailler, puisque assurément ils firent comme il leur avait été ordonné. Et de plus, 'ainsi firent-ils' est superflu, puisque l'Écriture a déjà commencé par 'et les enfants d'Israël firent'.
אך הענין הוא, דכל מצוות זמניות כגון פסח סוכה שופר ולולב, צריך האדם לעשות המצוה הזאת בבחינה גדולה בשמחה ובדביקות העליון, כדי שעי"ז יתקשר בקדושה בלי שום הפסק לכל זמן, ולזה רמז מלת "במועדו" ולא אמר בזמנו, לרמז להנ"ל ג"כ שיעשה המצוה בשמחה ודביקות כנ"ל, ו"מועדו" סובל שני פרושים, לשון זמן וי"ט דהיינו שמחה ודביקות, ונמצא עשיית המצוה זמניות היא בפועל בזמן ההוא, ובכח לאחר זמן דהיינו הארת קדושה שתשאר בו. ולזה כיון משה רבינו ע"ה שאמר סתם לבני ישראל לעשות הפסח, לרמז הנ"ל שיעשו תמיד הפסח, דהיינו בזמנו בפועל ולאחר זמן בכח קדושה שנתקשר בה ומעוררן תמיד לעבודתו ית׳, ולכן בעשייה נאמר "ויעשו כו׳ במועדו" דהיינו שעשו באופן הנ"ל בשמחה ובדביקות העליון ולזה כפל "כן עשו" להורות שהיה עשייה כפולה, בפועל בזמנו ובכח לעתיד לאחר זמן.
והבן.
Mais voici la chose: tous les commandements liés au temps, tels que Pessa'h, la soukka, le chofar et le loulav, l'homme doit accomplir ce commandement dans un grand niveau (behina), dans la joie et dans l'adhésion supérieure, afin que par cela il soit lié à la sainteté sans aucune interruption, en tout temps. Et c'est à cela que fait allusion le mot 'bémôado' (en son temps fixé), alors qu'il n'a pas dit 'bizmanô' (à son temps), pour faire allusion aussi à ce qui précède, qu'il accomplisse le commandement dans la joie et l'adhésion comme dit plus haut; car 'moado' supporte deux explications, un terme de temps et un terme de fête (yom tov), c'est-à-dire joie et adhésion.
Il se trouve donc que l'accomplissement d'un commandement lié au temps est en acte dans ce temps-là, et en puissance après ce temps, à savoir l'illumination de sainteté qui demeure en lui. Et c'est ce que visait Moché notre maître, la paix sur lui, en disant aux enfants d'Israël sans préciser, de faire le sacrifice pascal: pour faire l'allusion susdite, qu'ils fassent toujours le Pessa'h, à savoir en son temps en acte, et après ce temps en puissance, par la sainteté à laquelle il s'est lié et qui les éveille constamment à Son service, qu'Il soit béni.
C'est pourquoi, dans l'accomplissement, il est dit 'et ils firent etc. en son temps fixé', à savoir qu'ils firent de la manière susdite, dans la joie et dans l'adhésion supérieure; et pour cela l'Écriture a redoublé 'ainsi firent-ils', pour enseigner que l'accomplissement fut double: en acte en son temps, et en puissance pour l'avenir, après ce temps. Comprends bien.
ויהי אנשים כו׳ למה נגרע כו׳ עמדו ואשמעה מה יצוה ה׳ לכם. נראה שנכתב בתורה כאן מעלת אותן האנשים הצדיקים קדושי עליון, נושאי ארונו של יוסף היו, ואיך הגיעו למעלה ההוא לומר דברים קדושים כאלו, וזכו לכתוב על ידן פרשה בתורה.
והוא כי דרך הצדיק בכל מה שמוסיף והולך בקדושה, הוא מבין יותר בחינות אלהות, ודומה לו שלא התחיל עדיין בעבודת הבורא, ואותן אנשים שזכו לשאת ארונו של יוסף הצדיק באו למדרגה גדולה עד מאוד, והבינו בעצמם שאינם כלום, והיו נגד פניהם חשובים כטמאים. וזהו שאמרו "אנחנו טמאים כו׳ למה נגרע", פירוש בכל פעם כשאנחנו מוסיפים עבודה, אנחנו נגרעים בעינינו, כי ידענו בבירור שלא התחלנו בעבודה לפי רוממותו.
וזה שאמר משה להם "עמדו ואשמעה" כו׳, פירוש הוטב בעיניו מאד דבריהם, ואמר אלך ואתפאר בדבריכם לפני הבורא ב"ה לאמר, היש עם כזה שיותר שעובדים אותו מקטינים עצמם עד מאד, "ואשמעה" מה שיאמר הוא ב"ה לדברים הללו. והשיבו הש"י ב"ה "איש איש כו׳ בדרך רחוקה כו׳ ועשה פסח בחודש השני" ע"פ אשר כתבנו למטה על כפל "איש איש" הנאמר בתורה, לרמוז על הצדיק הגדול שהוא איש למעלה ואיש למטה, "כי יהיה טמא או בדרך רחוקה" פירושו כנ"ל שיבא למדריגה גדולה שידמה בעצמו כטמא, או כאדם שהוא בדרך רחוקה בעבודת הבורא, "ועשה פסח בחודש השני", פסח נקרא על שם הקדושה הגדולה כידוע, פירוש שיוסיף בקדושה תמיד בהתחדשות שניות, כי כשיוקטן בעיניו תיכף ומיד יבא להשגת מדרגות היותר גדולות, ויחודש תמיד מעלה ומעלה עד אין סוף.
והבן.
'Or il y eut des hommes etc. ... pourquoi serions-nous retranchés etc. ... tenez-vous là et j'entendrai ce que le Nom ordonnera à votre sujet' (Nombres 9,6-8). Il semble que la Torah ait inscrit ici l'élévation de ces hommes justes, saints d'en haut, qui étaient les porteurs du cercueil de Yossef (Soukka 25a), et comment ils parvinrent à ce degré au point de dire de telles paroles saintes et de mériter qu'une section de la Torah fut écrite par leur entremise.
Et voici: telle est la voie du juste, qu'à mesure qu'il ajoute et progresse en sainteté il comprend davantage les niveaux de la divinité, et il lui semble qu'il n'a pas encore commencé le service du Créateur. Et ces hommes qui méritèrent de porter le cercueil de Yossef le juste parvinrent à un degré extrêmement grand, et comprirent d'eux-mêmes qu'ils n'étaient rien, et devant leurs propres faces ils étaient tenus pour impurs.
Et c'est ce qu'ils dirent: 'nous sommes impurs etc., pourquoi serions-nous retranchés (nigrâ)', ce qui signifie: chaque fois que nous ajoutons au service, nous diminuons à nos propres yeux, car nous savons clairement que nous n'avons pas commencé le service à la mesure de Son élévation. Et c'est ce que Moché leur dit: 'tenez-vous là et j'entendrai' etc., ce qui signifie que leurs paroles lui plurent beaucoup, et il dit: j'irai et je me glorifierai de vos paroles devant le Créateur, béni soit-Il, en disant: y a-t-il un peuple pareil, qui plus il Le sert, plus il se rapetisse à l'extrême? 'Et j'entendrai' ce que Lui, béni soit-Il, dira à ces paroles.
Et le Nom, béni soit-Il, répondit: 'tout homme, quiconque (ich ich) etc. ... ou en voyage lointain etc. ... et il fera le sacrifice pascal au second mois' (Nombres 9,10-11), selon ce que nous avons écrit plus bas sur le redoublement 'ich ich' (littéralement: homme homme) énoncé dans la Torah, qui fait allusion au grand juste, lequel est un homme en haut et un homme en bas. 'S'il est impur ou en voyage lointain': son explication est comme ci-dessus, qu'il parvient à un grand degré au point de se tenir lui-même pour impur, ou comme un homme qui est sur une route lointaine dans le service du Créateur. 'Et il fera le sacrifice pascal au second mois': Pessa'h est ainsi nommé d'après la grande sainteté, comme il est connu; cela signifie qu'il ajoutera toujours en sainteté par un renouvellement second, car dès qu'il se rapetisse à ses propres yeux, aussitôt il parvient à l'atteinte de degrés plus grands encore, et il se renouvelle toujours, degré après degré, sans fin. Comprends bien.